Anda di halaman 1dari 17

PRAXIS International, issue: 4/1982, p.

421­437

Joseph Gabel
"Le drame de l'aliénation est dialectique" (Henri Lefebvre)

The hypothesis explored in this paper is that racism is a form of ideology, in


Marx's sense of ideology. By relating racism to the concepts of alienation and
faise consciousness, we can not only characterize racism but also distinguish it
from the parasitic phenomenon of pseudo-racism. The concept of racism is
defmed with reference to four criteria: (a) unwarranted extrapolation, Cb) the
idea that sorne groups are biologically superior to others, Cc) the postulate that
the alleged biologieal superiority confers special rights, Cd) the degradation of
rationality. AlI four of these criteria are important, especially "cl", otherwise
every conflict involving ethnically different opponents can be interpreted as a
racial conflict. The characterization of "racist faise consciousness" is explicitly
related to the insights of Weber, Lukacs, and Adorno concerning the character
of rationalization processes in the modern world. The interpretation of racism
developed here stresses the structural analogy with clinical alienation, and
particularly with sehizophrenia.Racism is an autistic phenomenon CArieti): the
racist is confined in the inner worid (Eigenwelt) of his/her stereotypes and
phantasms; a genuine acquaintance with the object of his/her hatred is not
necessary for the elaboration of his/her ideology. The projective character of
racism appears with the greatest clarity in racist caricatures - an ideologicai
equivalent of the mirror syndrom which belongs to the clinical picture of schizo-
phrenia. The problem of racism offers a concrete possibility for testing the
practical value of a Marxist theory of alienation - especially against those
"Marxists" like Althusser who reject the concepts of alienation and faise con..
sciousness.

Le racisme nous intéresse uniquement dans ses relations avec le problème de


l'aliénation et celui, connexe, de la fausse conscience. Ce que nous avons en
vue ici c'est une critique du racisme en tant qu'idéologie, autrement dit, une
critique idéologique du racisme, critique qui ressortit à la philosophie de la
conscience (Bewusstseinsphilosophie). La critique scientifique (biologique) des
théories de l'inégalité raciale se situe en dehors des cadres de cet exposé; il en
est de même des problèmes pratiques que pose le combat quotidien contre
cette aberration. Il nous semble cependant qu'en liant le problème du racisme
à celui de l'aliénation, on facilite la recherche d'une définition précise du
phénomène raciste, préalable indispensable à la lutte anti-raciste. Il n'y a pas
de bonne thérapeutique sans diagnostic précis. La recherche d'une telle
définition constitue à la fois une nécessité et une difficulté qui peut paraître
insurmontable. Ce n'est pas sans raison que l'Encyclopaedia Universalis con..
state qu'il "n'est pas aisé de donner du racisme une définition qui fasse
l'unanimité. C'est pour le moins étonnant à propos d'un sujet abordé tant de
fois et de tant de manières."l
421
422 Praxis International

En effet si le racisme est une idéologie, le concept de racisme est devenu


lui-même un concept idéologique (concept polémique). Par le terme de "concept
idéologique" nous entendons des formes de cristallisation de fausses identi-
fications égocentriques, dans le genre de "judéo-bolchévisme" ou "hitléro-
trotskisme". La présence de tels concepts dans le discours politique est
symptomatique d'une distorsion égocentrique de la pensée. Dès lors qu'un
système privilégié - une ethnie, un parti ou un pays - est érigé au rang de
centre logique de l'univers politique, les adversaires de ce système deviennent de
ce fait virtuellement identiques entre eux: pour un nazi, tous les Juifs étaient
au moins potentiellement, des communistes, tous les communistes se
trouvaient plus ou moins consciemment au service des "intérêts juifs". Cette
"fausse identification," analogon logique de la technique de l'amalgame,
constitue une structure fondamentale du discours idéologique, de l'aliénation
politique et même de l'aliénation tout court. Il m'a toujours semblé que
l'importance du facteur égocentrique dans les mécanismes de l'aliénation
politique n'a pas été toujours appréciée à sa juste valeur par les sociologues du
phénomène idéologique, qui n'ont pas peut-être tiré de la psychologie de
l'enfance de Piaget tout le profit qu'ils auraient pu en tirer. La pensée parti-
sane est en effet normalement égocentrique; le militant se met rarement à la place
de l'adversaire. L'ontologisation inconsciente des structures de cet
"égocentrisme normal" est au moins partiellement responsable des phé-
nomènes de distorsion idéologique et d'aliénation politique. Anticipant sur
des développements ultérieurs, il y a lieu de souligner dès maintenant que le
racisme est aussi une forme extrême d'égocentrisme collectif et doit être étudié
comme tel.
Or, il se trouve que depuis quelques décennies le concept de racisme a subi
un processus d'idéologisation (égocentrisation) de cet ordre: qu'il suffise de
rappeler parmi tant d'autres exemples récents, l'accusation de racisme formu-
lée contre l'Etat d'Israël par les instances internationales. Exemple qui est
d'ailleurs loin d'être unique: n'a-t-on pas lu sous des signatures sérieuses des
expressions comme "racisme anti-jeune", "racisme anti-communiste" ou
"racisme anri-femmes". Ces pseudo-racismes foisonnent dans le discours poli-
tique quotidien. Ils menacent de faire irruption dans celui de la science
sociale, rendant ainsi illusoire toute approche scientifique sérieuse du pro-
blème.
La définition suggérée est fondée sur quatre critères. Le racisme se carac-
tériserait par:

(a) La généralisation abusive (unwarranted extrapolation de Whitehead):


"tous les Juifs (ou Noirs, ou Arabes) sont ...";
(b) L'idée d'une supériorité biologique de certaines ethnies;
(c) Le postulat que cette supériorité confère aux ethnies en question des
droits spécifiques (principe de la dissymétrie des droits);
(d) L'existence d'une dégradation de la rationalité qui sous-tend le racisme.
L'Ecole de Francfort parle d'une "éclipse de la raison". Compte tenu de
l'importance du facteur "réification" dans le racisme, il est loisible de
substituer à ce terme celui de "fausse conscience raciste".
Praxis International 423

Les points Ca), Cb), et Cc) vont de soi et n'appellent nul commentaire. Le
point (d) qui cristallise en somme l'apport marxiste au problème, est seul à
appeler une justification. Une définition se justifie par son utilité. Nous
essayerons donc de montrer que l'introduction de cette notion marxiste consti-
tue le meilleur moyen - et peut-être le seul- pour remédier au parasitage du
concept de racisme par des pseudo-concepts polémiques qui font barrage à
toute analyse critique objective. Nous essayerons de montrer en outre que la
critique marxiste des idéologies, élaborée à une époque qui n'a connu du
racisme qu'une timide ébauche, peut encore, à l'époque des génocides, consti-
tuer un instrument de choix du combat anti-raciste. Dans cet ordre d'idées, il
est permis de dire - paraphrasant un mot célèbre du pape Pie XI - qu'en
tant qu'anri-racistes nous sommes tous plus ou moins des marxistes.
Nous essayerons de montrer enfin que le racisme étant essentiellement une
perception anti-dialectique, anti-historiciste et réifiante du minoritaire ethni-
que, la critique du racisme doit, pour être efficace, se fonder sur une
conception dialectique et historiciste. Il ne s'agit donc pas d'affirmer -
comme cela a été fait maintes fois - que le socialisme une fois instauré
supprimera tous les problèmes, celui de la coexistence des ethnies entre
autres. C'est possible, sans être prouvé; en tout cas, c'est là une autre ques-
tion. On peut affirmer par contre, que le marxisme, doctrine dialectique et
historiciste, s'oppose irréductiblement au racisme, idéologie réifiée et anti-
historiciste. Il en est de même du durkheimisme en tant que sociologisme, mais
nous ne saurions entrer ici dans le détail de cette question.
La référence principale de cette étude est le marxisme du jeune Lukacs dont
la réification et la fausse conscience constituent, chacun le sait, l'expérience
centrale. Werner Stark a caractérisé le marxisme comme "un faisceau de
théories". Plusieurs clivages légitimes peuvent être pratiqués dans ce faisceau;
celui qui oppose marxisme scolastique à marxisme ouvert en est, sans doute, le
plus important. 2 Robert Meigniez a opposé il y a assez longtemps déjà, le
matérialisme "dialectique" à la dialectique "matérialiste", 3 terminologie à
retenir car la dialectique, "méthode critique et révolutionnaire" (Marx) est
trop souvent de pure forme chez les tenants de la première tendance; quant à
ceux de la seconde, leur tiédeur en matière de matérialisme a été souvent
critiquée, notamment dans le débat qui a eu lieu vers 1950 autour du "cas
Lukâcs." Le marxisme de l'Ecole d'Althusser - un marxisme anti-humaniste
et anti-historiciste - constitue, à notre sens, l'élaboration théorique la plus
conséquente de la première tendance, l'Ecole de Lukacs, celle de la seconde.
Compte tenu du nombre important de théoriciens d'origine hongroise parmi
les représentants de cette dernière et pour d'autres raisons relevant de la
sociologie de la connaissance, nous avons suggéré de l'appeler "hungaro-
marxisme". Le terme "lukacsisme" suffit en pratique, à condition de ne pas y
englober exclusivement des disciples, même indépendants, de Lukâcs,
comme le regretté Lucien Goldmann, mais tous ceux qui ont subi par voie
directe ou indirecte cette influence puissante comme Karl Korsch, Karl
Mannheim, Henri Lefebvre, Léa Kofler, certains membres du groupe "Argu-
ments", comme Kostas Axelos, François Châtelet ou Georges Lapassade.
Ainsi défini, le "lukacsisme" apparaît comme un ensemble cohérent carac-
424 Praxis International

térisé par la corrélativité remarquable de ses grands thèmes. Ces thèmes sont:
la critique dialectique et historiciste de la réification dans Histoire et Conscience
de Classe, le problème de la fausse conscience, l'historicisme et la théorie
critique de l'idéologie et de l'utopie dans l'œuvre de Mannheim. 4
Goldmann, l'un des premiers à introduire en France le concept lukacsien de
réification, considère les termes "réification" et "aliénation" comme des
synonymes; il en tire une conclusion logique en renonçant pratiquement à
l'utilisation du second. Pour des raisons qu'il nous est impossible d'exposer
ici,s nous ne saurions partager intégralement ce point de vue qui n'en est pas
moins significatif. Il s'agit en effet dans les deux cas de l'objectivation illusoire
de données subjectives, individuelles ou collectives, autrement dit, de
"naturalisation" des faits sociaux. 6
De son côté, le phénomène de la fausse conscience est, dans l'esprit des
lukacsiens, inséparable d'une perception réifiée, dédialectisante et anti-
historiciste des faits sociaux. Selon l'expression de Werner Stark, "la réifi-
cation réside essentiellement dans l'affirmation que la pensée bourgeoise tend
à penser en termes chosistes des données qui devraient être pensées en termes
de relations sociales et en termes de stabilité . . . plutôt qu'en termes de
mouvement ... La vie est comme gelée, coulée dans un moule rigide et froid
alors que la réalité humaine est vivante et historique . . . La réification est un
piège inhérent à toutes les formes de pensée visant la réalité humaine et
historique; il importe de l'éviter si l'on veut échapper au danger de fausse
conscience concernant ces secteurs de l'existence. Entre ces considérations
bergsoniennes et la position marxiste, l'écart est moins important qu'on ne serait
tenté de le croire de prime abord". 7 En effet le bergsonisme, volontiers considéré
en France comme une philosophie "réactionnaire" a été perçu en Hongrie
comme une pensée dialectique et démystificatrice; il a exercé une influence
discrète mais indéniable sur la genèse d'Histoire et Conscience de Classe.
Quant au "marxiste bourgeois" Mannheim (né à Budapest en 1893), les
liens de sa pensée avec celle de Lukacs sont assez voyants pour que son
originalité même pût être mise en cause, à tort au demeurant. Mannheim s'est
attaqué au problème de l'idéologie dans une optique résolument dialectique et
historiciste. 8 Son ambition semble avoir été de passer de la politique partisane
à la politique scientifique (Politik aIs Wissenschaft)9 tout en conservant pour
cette dernière l'acquis des techniques de démasquage utilisées dans la pre-
mière.
Trois plans de clivage sont introduits par Mannheim dans l'idéologie; pour
simplifier, nous nous bornerons à mentionner simplement la distinction assez
stérile qu'il établit entre concept évaluatif et concept non évaluatif. Un pre-
mier plan de clivage sépare le concept particulier de l'idéologie, résultat d'une
mystification volontaire et intéressée, de son concept total impliquant une
néo-structuration "liée à l'être" (Seinsgebunden) des bases logiques de la pen-
sée. Sa distinction entre le concept spécial et le concept général de l'idéologie,
s'inscrit dans un registre un peu différent; le concept spécial correspond à un
point de vue polémique dans l'optique duquel le poiDt de vue propre occupe
par définition une position privilégiée (et cesse en réalité d'être considérée
comme idéologique), alors que le concept général traduit un point de vue
Praxis 1ntemational 425

gnoséo-sociologique, réfractaire par principe à tout postulat de système privi-


légié. Entre les deux façons de voir, l'incompatibilité est patente; la première
sanctifie le postulat égocentrique-manichéen de la pensée partisane, la seconde
consacre son rejet. Utiliser le concept à la fois total et général de l'idéologie
signifie donc que l'on considère la mystification consciente (le "mensonge
politique") comme secondaire par rapport aux modifications structurelles de
la pensée et que l'on renonce en même temps à toute prétention de représenter
soi-même un secteur privilégié, autrement dit, que l'on se refuse à la séduction
égocentrique et manichéenne.
Dans nos différentes publications consacrées à Mannheim,lO nous avons cru
pouvoir simplifier cette typologie en distinguant le concept polémique de
l'idéologie avec comme corollaire l'accusation de mensonge et de mauvaise foi
de son concept structurel, corollaire de fausse conscience par suite de
l'ontologisation CVerabsolutierung) inconsciente d'une perspective partielle. Il
F. Châtelet et J. Lacroix ont souligné le caractère réifiant de l'idéolgie; 12 la
même constatation a été faite par J. M. Domenach au sujet du mensonge
politique. 13 Cette dimension réifiante de l'idéologie est à la fois instrument de
résistance au changement et de justification de l'état des choses donné.
L'idéologie est en somme le savon dont depuis Ponce-Pilate les puissants de ce
monde se lavent les mains.
Le lukacsisme, au sens large du terme, se présente alors comme un ensem-
ble remarquablement cohérent dans les cadres duquel la réification, l'alié-
nation, la dédialectisation, l'anti-historicisme, l'idéologisation et l'émergence
de la fausse conscience ne sont guère que les diverses facettes d'un processus
fondamental unique. Or, il apparaît que la plupart des éléments qui caractéri-
sent cet ensemble cohérent, se retrouvent dans l'idéologie raciste. Dans cet ordre
d'idées, il est permis de constater que l'idéologie raciste est l'idéologie type;
quant à la conscience raciste, elle fait figure de véritable "type idéal".spontané
de la conscience fausse.

Le racisme comme idéologie réifiée


Cet aspect de la question sera élucidé par la convergence de trois points de
vue: celui de Lukâcs dans La Destruction de la Raison,14 celui de l'enquête
d'Adorno,15 et celui plus récent de Colette Guillaumin. 16 Rappelons que l'un
des traits caractéristiques de l'univers réifié est la "naturalisation" des faits
sociaux, autrement dit, l'effacement des limites entre Nature et Culture. Le
mot souvent cité d'un nazi: "quand j'entends le mot culture, je sors mon
revolver" est peut-être plus riche de signification que ne l'imaginait son
auteur.

Le point de vue de G. Luktics


La non-différenciation entre Nature et Culture est l'un des leitmotive de ce
darwinisme social auquel Lukâcs a consacré un des chapitres de son ouvrage
La Destruction de la Raison. Ce chapitre, il faut le lire un peu entre les lignes.
Lukacs en effet évite soigneusement le mot "réification". Sa situation politico-
426 Praxis International

idéologique est délicate en 1955 et la condamnation d'Histoire et Conscience de


Classe (à laquelle il a dû s'associer) encore récente. Mais si le mot est absent,
l'idée y est et, dans l'ensemble, la démarche de Lukâcs dans ce chapitre, reste
assez proche de celle d'Histoire et Conscience de Classe.
Les origines du darwinisme social- et partant, celles de l'idéologie raciste
- remontent en Allemagne à l'époque wilhelminienne. C'est en effet un
biologiste de cette époque, A. Weismann, qui a émis la théorie de la dualité
des lignées germinale et somatique. La lignée germinale transmettant tout le
patrimoine héréditaire sans subir l'influence de la lignée somatique, il ne
saurait y avoir hérédité des caractères acquis au cours de l'existence. La seule
source de perfectionnement de l'espèce est la concurrence vitale et l'élimi-
nation des faibles et des mal-adaptés. Dans l'œuvre scientifique de ce biolo-
giste mort en 1914, nous retrouvons ainsi la justification anticipée de nom-
breuses mesures qui marqueront le passage du racisme allemand au pouvoir,
notamment de la plus révoltante de toutes: le meurtre prémédité des malades
mentaux. Cependant, Weismann n'était pas personnellement raciste et son
œuvre proprement scientifique - bien que dépassée - mérite quelque
respect.
Transposé sur le terrain sociologique sous le nom de darwinisme social, cette
théorie donnera naissance à une série d'ouvrages de valeur douteuse ou nulle
mais intéressants pour l'historien des idées en tant qu'une des racines idéologi-
ques du racisme. L'idée centrale est partout la même: la sélection, c'est-à-dire
l'élimination des faibles étant le seul moteur de l'évolution, sa suppression
dans les cadres de ce que l'on appellera plus tard le Welfare State provoquerait
des phénomènes de dégénérescence. Gumplovicz et son disciple G. Rat-
zenhofer considèrent la lutte des races (Rassenkampf) comme le véritable
moteur de l'histoire. Otto Ammon, auteur d'un ouvrage sur les bases
naturelles de l'ordre social l7 préconise une fiscalité favorable aux riches et fait
l'apologie de la guerre comme facteur propre à favoriser la sélection naturelle.
Tous ces écrits tombés dans un oubli mérité ont été pieusement déterrés par
les Nazis l8 10rs de leur passage au pouvoir. Il ne faut pas croire cependant que
ce darwinisme social relève exclusivement de l'histoire idéologique. Lors des
élections américaines de 1964(1), le candidat conservateur B. Goldwater a
présenté un programme social très proche des idées de cette école. Il a été
battu mais il a eu tout de même 35% des voix. Sans se servir de ce terme,
tabou en 1955, Lukacs a très clairement montré le caractère réifié et anti-
historiciste de ce proto-racisme: "Gumplowicz . . . - et avec encore plus de
force son disciple Ratzenhofer - ont pour point de départ le postulat de
l'identité absolue et de l'indifférenciation qualitative des processus naturels et des
processus sociaux . . . Avec cette méthode soi-disant scientifique, le darwi-
nisme social supprime l'Histoire" . 19

L'enquête d'Adorno
Paru il y a vingt-cinq ans, The Authoritarian Personality reste un classique de la
recherche expérimentale sur le racisme.
Lukâcs a posé le problème des origines du racisme sur le plan de l'histoire
Praxis International 427

des idées. Il montre l'existence d'une certaine continuité allant du darwinisme


orthodoxe (Weissmanisme) au racisme nazi en passant par le darwinisme
social. Le dénominateur commun de ces différentes tendances est la négation
de l'autonomie de l'Histoire humaine, absorbée par la sphère biologique.
Adorno envisage la question dans une optique plus psychologique. L'histo-
rien des idées cherche à établir une continuité entre certaines idéologies de la
fin du XIXème siècle et le racisme du XXème siècle. Le psychologue social
pose deux questions:
(a) Pourquoi la classe bourgeoise allemande a-t-elle opté pour l'idéologie
nazie?
(b) Pourquoi certains allemands petits-bourgeois, lumpenprolétaires, voire
prolétaires authentiques, s'y sont montrés réceptifs. Le marxisme tradi-
tionnel n'offre de réponse qu'à la première interrogation et c'est là une
sérieuse lacune.
Wilhelm Reich a posé la même question, mais pour donner une réponse
différente, réponse qui, on le sait, fait appel au rôle médiateur de la répression
sexuelle. On peut dire, en simplifiant, que la misère matérielle pousse à la
révolte, alors que la misère sexuelle serait facteur de conformisme. D'où
l'importance de la lutte contre les tabous sexuels dans la lutte anti-
idéologique.
A ce même problème (le mécanisme d'acceptation), Adorno offre une
réponse expérimentale qui corrobore les idées de Reich. Un questionnaire
permet d'évaluer le degré de réceptivité à l'ethnocentrisme du sujet et de
distinguer entre high scorers (réceptifs) et low scorers (non-réceptifs). Une
combinaison de méthodes statistiques et cliniques permet ensuite de dresser le
portrait-robot du futur raciste.
Portrait intéressant, précisément parce que l'on y retrouve, à l'échelle
individuelle, certains caractères essentiels de l'idéologie, fait social. L'enquête
d'Adorno établi~ainsi une continuité entre le niveau psychologique et le
niveau sociologique dans l'étude des idéologies.
Ainsi, les high scorers manifestent une certaine résistance à l'égard de la
sexualité comprise comme un dialogue entre partenaires égaux; ils tendent en
revanche à y voir un instrument d'ascension sociale. Ils ont aussi un idéal
féminin manichéen et désexualisé "pure versus bad women". 20 Ils sont peu
féministes et professent parfois une conception "sportive" de la vie sexuelle
considérée sous l'angle de "victoires" ou de "défaites".
Tout ceci renvoie aux idées de W. Reich et aussi à celles d'Igor A. Caruso.
La correspondance de ces diverses doctrines est cependant loin d'être
simple. 21
Un autre trait très "idéologique" du "high scorer" est ce que Rozenzweig
désigne du terme d'''extrapunitiveness''; une tendance à chercher des boucs
émissaires au lieu d'assumer la responsabilité de ses échecs.
Non moins caractéristique est la perception différente de l'image de son enfance
et du présent(the contrasting picture of childhood and present). L'ethnocentriste
utilise son passé comme un écran de projection pour les traits non assumés de
la personnalité adulte (". . . high scoring subjects seem to use their childhood as a
428 Praxis International

projection screen for traits now considered as undesirable"). Ceci implique un


sentimellt de discontinuité entre passé et présent, alors que le non-
ethnocentriste ("low scorer") assume au contraire son enfance et perçoit une
continuité entre passé et présent.
Tout cela est caractéristique à souhait. On connaît le mot de Marx dans
l' Idéologie allemande: "l'idéologie est une abstraction ou une distorsion de
l'Histoire". Il est frappant de retrouver cette abstraction ou distorsion de
l'Histoire à l'échelle individuelle chez le futur raciste. En somme sa perception
de la vie humaine est à la fois anti-historiciste puisq'uil entrevoit une "cou-
pure" entre passé et présent et anti-dialectique puisque les différentes étapes
de la vie ne sont pas organisées en totalité. Quant au phénomène de l"'extrapu-
nitiveness" - autrement dit, la recherche du bouc émissaire - c'est là une
dimension trop classique du comportement idéologique en général, pour qu'il
soit nécessaire d'insister.
Faut-il admettre alors que l'idéologisation soit un processus psychologique
qui se généralise par voie d'imitation un peu dans l'esprit des théories de
Tarde? Ce serait vite dit. Il s'agit là à notre sens d'un processus social de
réification et de dédialectisation qui "coopte" ses partisans essentiellement
parmi des personnes chez qui cette réification pré-existe au niveau psycholo-
gique.

Le point de vue de C. Guillaumin


Selon C. Guillaumin, "la saisie de la race est actuellement soumise à une saisie
spatialisante profondément hétérogène à la perception du temps. Nous sommes en
face d'une organisation synchronique contraire à l'ancienne diachronie". 22
Rappelons que dans l'univers de la réification, l'espace géométrique prévaut
sur la durée concrète. Le monde propre du racisme serait donc un monde
"anti-bergsonien". Constatation importante car elle renvoie au phénomène de
dédialectisation caractéristique des idéologies en général.
Lorsqu'on disait autrefois "un tel est de bonne race", cela visait à situer le
sujet dans une continuité historique. Quand on parle aujourd'hui de "race
supérieure" ou "inférieure", on vise, au contraire, à isoler le jugement de
valeur de son contexte historique. Ce n'est pas la même démarche et on peut
se demander si la première ressortit véritablement au racisme proprement dit.
C. Guillaumin compare enfin la définition de plusieurs concepts dans un
dictionnaire de la fin du XVlllème siècle (le "Wailly") et le Robert (Edition de
1953). Là encore on aboutit à une conclusion significative: l'évolution séman-
tique accuse un net infléchissement du socio-historique vers le biologique. Ainsi
le terme "race" renvoie à une lignée juridique dans le premier de ces ouvrages,
et à une continuité charnelle dans le second. Le même infléchissement est noté
pour des termes comme "Juif', "Arabe", "Nègre", "Jaune", "Nable" etc .. Le
terme "Nègre" désigne un esclave noir dans le dictionnaire du XVIllème
siècle et un "homme de race noire . .. employé autrefois dans certains pays
chauds comme esclave" dans le Robert. Et Guillaumin de conclure "la boucle
est bouclée, désormais le racial domine le social". Le racial domine désonnais
le social! Le mot "désormais" est dans ce contexte porteur d'une signification
Praxis International 429

redoutable. Visiblement sur le plan idéologique au moins, Hitler n'a pas


entièrement perdu sa guerre.
La convergence de ces trois points de vue met en valeur l'importance de la
réification dans l'idéologie raciste: la perception raciste de la minorité discri-
minée est une perception réifiante, homogénéisante et dépersonnalisante. 23
Cette minorité est perçue, par le raciste, comme une masse indifférenciée
composée d'atomes interchangeables, un peu au sens de la "solidarité mécani-
que" de Durkheim. Perception qui est d'ailleurs à la fois condition et consé-
quence de cette "unwarranted extrapolation" que nous avons signalée plus
haut comme l'un des critères discriminatoires du racisme authentique. Quant
à la personnalité du futur - et de l'actuel- raciste, elle apparaît à la lumière
de l'enquête d'Adorno comme une personnalité schizoïde, ce qui nous situe
d'emblée dans la problématique de l'aliénation.

Le racisme comme phénomène projectif


La catégorie de la projection est d'importance capitale en psychopathologie.
Selon la définition de Laplanche et Pontalis, la projection est "dans le sens
proprement psychanalytique, une opération par laquelle le sujet expulse de soi
et localise dans l'autre, personne ou chose, des qualités, des sentiments, des
désirs, voire des "objets" qu'il méconnaît ou refuse en lui. Il s'agit là d'une
défense d'origine archaïque qui se trouve à l'œuvre dans la paranoïa particu-
lièrement mais aussi dans des modes de pensée "normaux" comme la
superstition" .24
Signalons ici pour souligner la cohérence de notre interprétation, que la
réification est de son côté un phénomène de projection d'un genre particulier:
l'homme de l'univers réifié projette dans la Nature des phénomènes d'origine
socio-historique lorsqu'il attribue par exemple la périodicité des crises écono-
miques à celle de l'apparition des taches solaires.
Ce n'est donc nullement un hasard si l'atteinte schizophrénique (paranoïde)
se caractérise à la fois par la réification (rationalisme morbide) et la projection
(phénomène hallucinatoire).
Le discours idéologique est généralement de structure projective, consé-
quence inévitable de son "égocentrisme normal". Le type du comportement
idéologique est celui du voleur qui crie au voleur: on prépare la guerre et on
accuse l'adversaire de la préparer: on accuse de racisme une minorité discrimi-
née pour des raisons raciales, etc .. L'un des signes distinctifs de l'attitude
raciste est ce que l'on pourrait appeler la conduite de type "le meunier, son fils
et l'âne". Le raciste fait grief d'un comportement mais aussi du comportement
opposé: il pénalise les défauts mais aussi les qualités de la minorité visée. Pour
le raciste, le Juif riche est un exploiteur mais le Juif pauvre est un parasite.
Autrement dit, le jugement de culpabilité est antérieur à l'expérience, il la
façonne au lieu d'en dépendre. C'est là un critère' important; un signe
"pathognomonique", comme on dit en médecine et qui existe - au moins
sous la forme d'une ébauche - dans toutes les formes de racisme. Le caractère
projectif et partant "autiste,,25 de la conscience raciste renvoie à la nature
réifiée et idéologique du racisme. Il explique aussi la paradoxale polyvalence
430 Praxis 1ntemational

de ce préjugé: le raciste anti-Juif est souvent aussi raciste anti-Arabe, sans trop
se préoccuper des relations un peu tourmentées qu'entretiennent dans le
monde ces deux ethnies. C'est que le raciste ne s'intéresse pas réellement à son
adversaire, il est enfermé en lui-même et sa sensibilité se réduit en fin de
compte à l'agacement que produit chez lui la différence. Une forme d'agressi-
vité qui ne vise qu'une seule cible (sentiment anri-allemand chez les Français
d'autrefois, anri-américanisme aujourd'hui) n'est pas du véritable racisme ou,
à tout le moins, n'en représente pas une forme pure. Dans son ouvrage
L'opium des intellectuels, R. Aron compare la propagande anti-américaine, très
intense à l'époque, au racisme. C'est au moins discutable.
Racisme et fausse conscience
Chez Lukacs de même que chez les auteurs proches de ses idées, les concepts
d'idéologie, de réification et de fausse conscience sont corollaires. L'idéologie
est réifiante, nous dit François Châtelet car " ... elle tend à tiare durer l'état de
choses données. Dès lors, elle invente des concepts grâce auxquels cet état de
chose doit pouvoir être légitimé. L'opération de légitimation se passe dans la
plupart des cas de la manière suivante: on tend à prouver que l'état social
actuel correspond bien à la nature, à la vocation, au destin de l'humanité et
que cet état de chose réalise pleinement ce qui a toujours été souhaité."26 La
réification idéologique assume ainsi une fonction double; résistance au
changement et justification de l'état social actuel; c'est une source de bonne
conscience sociale. Une théorie économique réifiée qui explique la périodicité
des crises économiques par celle de l'apparition des taches solaires, est symp-
tomatique à la fois d'une conscience fausse, puisqu'elle perçoit un fait social
comme un phénomène de la Nature, et d'une intention idéologique dans la
mesure où cette "naturalisation" de l'essence sacio-économique des crises peut
servir de justification à l'absence de toute politique sociale au début du
système capitaliste en général, et dans l'Angleterre victorienne en
particulier. 27 En percevant l'existence de certaines inégalités ethniques
comme une fatalité inscrite dans la biologie, le racisme de son côté se confirme
comme le type même d'une idéologie aliénante; quant à sa fonction justifica-
trice, quelque peu estompée depuis la décolonisation, elle n'en demeure pas
moins agissante dans certaines formes de l'exploitation de l'homme par
l'homme.
L'Ecole de Francfort parle d'une "éclipse de la Raison"; le terme de
conscience fausse semble plus utile car il implique la composante réifiante de
l'idéologie raciste. Le concept "éclipse de la raison" est trop général; il peut
renvoyer en psychopathologie à la débilité mentale au même titre qu'au délire
paranoïde. En suggérant l'introduction du concept de "fausse conscience"
dans la définition du racisme, nous soulignons qu'il ne s'agit pas là de faiblesse
intellectuelle ou d'information insuffisante mais d'une distorsion de type
délirant (schizophrénique) de la perception de l'altérité. Nous attachons une
certaine importance à cette dernière précision: autrement tout conflit mettant
aux prises des ethnies différentes (autrement dit, la plupart des guerres
non-civiles) pourrait être qualifié de raciste. C'est généralement l'adversaire
qui est alors taxé de racisme: le raciste c'est l'autre. Le débat retombe alors au
Praxis International 431

niveau du concept partiel et particulier de l'idéologie pour employer la termi-


nologie de Mannheim.
Je suggère un exemple très simple mais qui illustre de façon assez convain-
cante l'importance de l'apport marxiste-lukacsien à la recherche d'une défini-
tion adéquate du fait raciste. Au cours de la dernière guerre des Américains
d'origine japonaise (les "Nisei") ont été frappés d'une certaine limitation de
leurs droits civiques; leur situation n'était donc pas sans rappeler celle des
Juifs sous Hitler. On est tenté de parler à ce propos de racisme. Sans
prétendre justifier ces mesures, il est permis d'affirmer qu'il ne s'agissait pas
là de racisme authentique. La base rationnelle de ces mesures était l'hypothèse
qu'un Américain d'origine japonaise était plus accessible qu'un autre à des
tentatives de corruption ou de chantage venant du camp adverse; sa présence
dans de hautes fonctions militaires, voire même civiles, pouvait bel et bien
constituer un "security risk". La rationalité qui sous-tendait ces mesures,
certes gênantes, voire souvent injustes, n'en était pas moins une rationalité
normale. La rationalité qui se trouvait à la base du racisme hitlérien était par
contre une rationalité délirante: en chassant de leurs chaires de grands phys-
ciens d'origine juive, le racisme allemand a puissament contribué à sa propre
défaite. 28
Max Weber distingue deux formes de rationalité: une rationalité dirigée
vers un but (Zweckrationalitaet) et une rationalité dirigée vers une valeur
(Wertrationalitaet). Ce qui caractérise le racisme dans toutes ses formes - mais
le phénomène est particulièrement net dans le nazisme - c'est un déplace-
ment d'accent de la première vers la deuxième ce qui fait que, même dans
l'optique de ses propres buts, le racisme engendre souvent un comportement
désadapté, une conduite d'échec. 29 Cette prépondérance de la Wertrationalitaet
sur la Zweckrationalitaet constitue d'ailleurs une dimension constante du
comportement idéologique. Louis XIV en France, Ferdinand le Catholique et
Philippe III en Espagne ont causé un tort considérable à l'économie de leur
propre pays en chassant pour des raisons idéologiques Huguenots, Juifs et
Arabes. Mais la Wertrationalitaet raciste se réfère à cette pseudo-valeur réifiée
qu'est la "valeur" raciale, ce qui confirme l'existence de liens entre la question
du racisme et celle de l'aliénation.
De tout cela, peut-on tirer des conséquences pratiques? J'en vois deux, dont
la première est assez banale mais mérite cependant d'être rappelée.
Nous avons vu que l'attitude raciste est une attitude autiste et projective. 30
Shakespeare a créé la figure de Shylock sans guère avoir rencontré de Juifs
dans l'Angleterre élisabéthaine, judenrein depuis des siècles. On peut en dire
autant de son contemporain Marlowe, auteur du Juif de Malte. Le raciste n'a
pas besoin de connaître pour haïr.
Il Y a donc lieu de favoriser les contacts inter-ethniques non pas comme
source d'information - on ne combat pas un délire par l'information - mais
comme psychothérapie de l'autisme projectif où s'enferme sans doute depuis
l'enfance le raciste. La pratique du ramassage scolaire en vue de la co-
éducation interethnique (le "busing") a été objet de résistance aux Etats-Unis
et pas seulement de la part de la majorité blanche. C'est pourtant là le chemin
du progrès.
432 Praxis International

Une autre conséquence moins évidente mais non moins importante: la


nécessité d'une éducation dialectique el historiciste du public. Dans cet ordre
d'idées on ne peut que regretter le déclin actuel des études historiques dans
l'enseignement secondaire.
Nous avons vu que l'attitude raciste est avant tout une attitude réifiante,
dédialectisante, dépersonnalisante et anti-historiciste. Pour l'historien des
idées, le racisme dérive du darwinisme social, "négateur de l'histoire"
(Lukacs). Pour le psychologue social, la conscience du raciste se caractérise
par le manichéisme, par l'incapacité d'organiser en "bonne forme" le passé et
le présent, par la recherche du bouc émissaire, par la perception "sérielle"
dépersonnalisante et réifiante de la minorité discriminée et aussi par la society-
blindness; dans le racisme, "le racial domine le social". 31 Il en résulte qu'un
marxisme réellement dialectique et historiciste (une dialectique "maté-
rialiste") - ce dont le lukacsisme est le principal, mais pas forcément l'unique
représentant - constitue un excellent instrument idéologique pour combattre
le racisme au niveau de sa structure même. Mais il en résulte également que le
marxisme scolastique qui a plus ou moins ouvertement tourné le dos à la
tradition historiciste et dialectique, est idéologiquement désarmé devant le
racisme et ceci quelles que soient les convictions personnelles de ses
représentants. La complaisance montrée depuis quelque temps par certains
milieux avancés face à certaines manifestations de racisme anti-Juif32 est
symptomatique à cet égard.
La dialectique a connu dans l'après-guerre une destinée singulière. Un
philosophe célèbre (M. Merleau-Ponty) a donné à l'un de ses ouvrages le titre
caractéristique: Les aventures de la dialectique. Dans une existence aven-
tureuse, il y a naturellement des hauts et des bas.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la dialectique se trouve en
France au premier plan de la vie intellectuelle, ceci grâce à la convergence de
deux facteurs: l'intérêt de l'Université pour la pensée de Hegel et l'impact du
lukacsisme. Actuellement la philosophie dialectique se trouve indubitable-
ment un peu en perte de vitesse. L'entrée en scène de l'Ecole d'Althusser -
véritable type idéal d'un matérialisme fort peu "dialectique" - constitue l'un
des symptômes majeurs de cette évolution que son influence d'ailleurs contri-
bue à renforcer. L'impasse historique où se trouve actuellement le monde-
échec patent des économies socialistes, crise interminable du système libéral,
dévalorisation de l'idéal tiers-mondialiste 33 - n'est guère propre à favoriser
les options historicistes. De plus le discrédit suscité par certains évènements
récents dans le monde socialiste, a rejailli sur l'ensemble de la doctrine
marxiste sans en épargner la composante dialectique; pour de nombreux
écrivains et journalistes la dialectique n'est plus guère qu'une technique de
l'absurde. Phénomène paradoxal car il y a longtemps que le marxisme d'Etat a
tourné le dos à la dialectique.
Or la philosophie dialectique est par excellence la philosophie anti-raciste. Le
racisme est essentiellement hétérophobie qui pousse volontiers à l'extrême cet
"esprit d'abstraction facteur de guerre" (et aussi facteur de haine) dont parle
Gabriel Marcel; 34 or selon G. Gurvitch ". .' . la méthode dialectique nie toute
abstraction qui ne tiendrait pas compte de son propre artifice et ne conduirait
Praxis International 433

pas vers le concret . .. ".35 Enfin, le racisme est réifiant et anti-historiciste alors
que la dialectique est déréifiante et historiciste.
Une éducation dialectique de l'opinion, même si elle ne concerne pas
directement le problème de la discrimination ethnique, constitue donc de par
sa nature même, une bonne médication spécifique de l'idéologie raciste et
même de l'aliénation en général. 36
Cette idée d'une "éducation dialectique de l'opinion" est de K. Mannheim.
K. A. Wittfogel, marxiste de stricte obédience avant 1933, a classé Mannheim
parmi les théoriciens bourgeois qui pillent l'arsenal intellectuel de l'ennemi de
classe. 37 Et en effet son œuvre d'expression anglaise constitue une véritable
leçon de choses dialectique à l'usage d'un public beaucoup moins rompu à
cette forme de pensée que celui de Weimar, mais une leçon de choses dont le
mot dialectique est banni pour être remplacé par des vocables anodins comme
"wholeness" Cà la place de totalité dialectique) ou encore "education for
change". Sous l'étiquette innocente de social awareness, il s'est offert le luxe de
présenter à son public anglo-saxon toute une théorie dialectique de la fausse
conscience politique rendue acceptable à la "bonne société" grâce à l'élimi-
nation de toute terminologie de consonance suspecte. 38 Il s'agit là d'un véri-
table travail de désaliénation préventive dont l'apparition quelques décennies
plus tard de courants comme le maccarthysme ou le goldwatérisme constitue
la justification rétrospective.
Sans vouloir nous engager sur le chemin dangereux des parallèles histori-
ques (l'Histoire ne se répète pas), la situation idéologique actuelle du monde
occidental n'est pas sans rappeler celle que Mannheim affrontait dans ses
écrits d'expression anglaise. Nous sommes entrés depuis quelques décennies
dans une de ces Verhüllungsperioden dont parle P. Szende;39 l'essor du racisme
et le recul de la dialectique sont peut-être simplement deux facettes du même
processus. La critique du racisme doit se fonder sur l'information et sur la
désaliénation; sans sous-estimer l'importance de la première, nous avons
voulu au terme de cette analyse, souligner l'importance de la seconde.
L'idéologie raciste est une forme d'aliénation - dans le sens à la fois clinique
et sociologique de ce terme - il faut donc la "traiter" comme telle. Et le
meilleur instrument de cette désaliénation nous semble être encore aujour-
d'hui cette dialectique si peu "matérialiste" qu'est le lukacsisme "épigone
attardé d'un humanisme éculé ..." comme l'a dit, dans un moment
d'humeur chagrine, le regretté Nicos Poulantzas. 4o

NOTES
1 Encyclopaedia Universalis, vol. 13, p. 915.
2 Je renvoie ici au vieux numéro de la revue Esprit: Marxisme ouvert contre Marxisme
scolastique (Mai-Juin 1948).
3 Robert Meigniez: "l'Univers de la Culpabilité - Réflexions sur les bases du stalinisme
intellectuel en Europe," Psyché, Paris, Avril 1952.
Les guillemets sont de nous afin de souligner à quel point le matérialisme "dialectique" -
par ex. celui d'un Roger Garaudy lors de sa période pré-islamique - était en réalité
étranger à la dialectique. Cf. à propos de R. Garaudy le jugement de J. Y. Calvez: la
Pensée de Karl Marx (Paris, 1954), "Ouvrage ... qui expose un matérialisme marxiste
434 Praxis 1ntemational

dénué de tout élément dialectique", (p. 650, italiques de nous); ce jugement sans appel peut
être extrapolé sur tout un secteur de la littérature marxiste de l'époque.
4 Il est à noter qu'Althusser récuse toute critique de la réification comme "idéaliste". Cf.
Eléments d'autocritique (Paris, 1974), p. 36.
5 La différenciation entre "réification" et "aliénation" revêt une signification particulière et
assez importante en psychopathologie, domaine qui était naturellement étranger à Gold-
mann.
6 J'ai souvent cité comme exemple typique de théorie réifiée celle du savant victorien
W. Jevons: explication de la périodicité des crises par la périodicité des taches solaires.
7 "Briefly - and we must be brief, for we see the problem of truth in an entirely different
way - the assertion is that the bourgeois mind tends to think in terms of things where it
should think in terms of social relationships, and in terms of stabilitywhere it should think
in terms of movement. In either case, there is Verdinglichung - a word which cao perhaps
best be translated as "reification". Life freezes, as it were, into cold hard forms while in
reality it is both humanly alive and historically in flux. Reification is thus an inherent
pitfall of ail thinking where the study of human and historical reality is concerned, and
must he resisted if we are to avoid the emergence of a false consciousness concerning these
sectors of being. Between these Bergsonian speculations and the Marxian position, there is
a much smaller gap than might be assumed at first sight". W. Stark, The Sociology of
Knowledge (Glencoe, Illinois: The Free Press, 1958), pp. 308 & 315.
8 Cf. Goldmann, Sciences Humaines et Philosophie, (Paris: P.U.F. 1952), p. 39 et aussi
l'excellente contribution de Madame Eva Gabor, Mannheim et la dialectique, in Gabel-
Rousset-Trinh Van Thao, Actualité de la dialectique (Paris: Anthropos, 1981), pp. 423-
434.
9 C'est le titre de l'un des grands chapitres d'Ideologie und Utopie, omis dans la traduction
française.
10 Cf. Gabel, "Karl Mannheim et la sociologie marxiste", Recherche Sociale, 72 (Octobre-
Décembre 1979), p. 35 & passim.
Il Le mot "Verabsolutierung" est difficile à traduire; le terme "ontologisation" est une
traduction approximative. La "Verabsolutierung" d'une perspective partielle caractérise
de façon très typique la logique du stalinisme.
12 Cf. J. Lacroix, Le personnalisme comme anti-idéologie, (Paris: P. U.F. 1972), p. 21,
"L'idéologie est un système global d'interprétation du monde historico-politique. Puis-
qu'elle exprime et valorise une société ou un groupe à un moment et en un lieu déterminés,
elle a un caractère historique certain. Mais elle est anhistorique en ce qu'elle idéalise un
régime, une situation, et voudrait fixer définitivement pour l'é~ernité ce qu'elle exprime et
interprète. Toute idéologie est réifiante: elle vise à faire durer un état de choses donné. En
ce sens elle est anti-historique".
Cf. aussi F. Châtelet, Idéologie et Vérité (1962), cité plus loin. J. Lacroix perçoit surtout
l'ambiguïté du phénomène idéologique, à la fois reflet d'une situation historique donnée et
négateur de l'historicité; personnellement, nous attachons plus d'importance au second
aspect.
13 J. M. Domenach, "Le mensonge politique", Esprit (Février 1952), p. 167 et passim.
14 Nous citons l'édition allemande, Die Zerstorung der Vernunft, Berlin: Aufbau-Verl, 1955.
15 T. Adorno & Coll. The Authoritarian Personality, New York: Harper, 1951.
16 Colette Guillaumin, Caractères spécifiques de l'idéologie raciste, Cahiers internationaux de
Sociologie, vol. III, 1972; et du même auteur, L'Idéologie raciste, genèse et langage actuels,
Paris-La Haye: Mouton éditeur, 1972.
17 Otto Ammon, Die Gesellschaftsordnung und ihre natürliche Grundlagen, jena, 1896.
18 Sauf bien entendu L. Gumplovicz, auteur d'un ouvrage souvent cité: Rassenkampf (la lutte
des races) qui eut le mauvais goût d'être juif polonais!
Praxis International 435

19 Lukâcs, Zerstorung der Vernunft, p. 542 (passages soulignés par nous).


20 Le manichéisme est d'ailleurs une structure psychologique générale du "high-scorer" qui
tend à percevoir l'Histoire comme une lutte des bons contre les méchants. Nous avons là
une dangereuse convergence thématique avec le marxisme vulgaire.
21 Igor A. Caruso a montré l'importance de la réification en pathologie sexuelle (cf. son article
La réification de la sexualité, Paris: Psyché, 1952, et aussi les travaux de l'école de
Daseinanalyse, et en particulier ceux de Medard Boss). Ceci vaut non seulement pour le
fétichisme sexuel (où elle est évidente), mais également pour des formes mineures de
comportement sexuel déviant comme par exemple certaines formes de donjuniasme: ce
sont des objets que l'on collectionne; avec des êtres vivants on dialogue.
Cette sexualité correspond assez exactement à celle du "high scorer" d'Adorno, qui perçoit
d'ailleurs l'univers humain en général, et la minorité discriminée en particulier, de façon
réifiée. En refoulant la sexualité normale, non réifiée - une sexualité de dialogue - le
conservatisme politique défend indirectement la réification sociale. C'est en somme la
thèse de Reich liée par la médiation d'Adorno au lukacsisme et intégrée de cette façon dans
une théorie générale de l'aliénation.
22 C. Guillaumin, Art. cil. p. 265, passage souligné par moi.
23 Notons que le traducteur anglais d'Ideologie und Utopie traduit "réification" par
"impersonalisation"! (Ideology and Utopia, Londres: Routledge & Kegan Paul, 1948,
p. 249). C'est évidemment un peu cavalier; mais ce n'est pas tout à fait un contresens; le
traducteur a bien perçu une dimension dépersonnalisante de la réification, dimension qui
se trouve au premier plan dans le racisme.
24 J. Laplanche & J. B. Pontalis, Vocabulaire de la Psychanalyse, Paris; P.U.F. 1967, p. 344.
25 "Autisme", concept psychopathologique dû à Bleuler: repliement extrême de la conscience
sur elle-même, fréquent dans la schizophrénie.
26 H. Lefebvre & F. Châtelet, Idéologie et Vérité, Les Cahiers du Centre d'Etudes Socialistes, 15
Octobre 1962.
27 On peut faire une démonstration identique au sujet de la plupart des théories réifiées; ainsi
l'explication biologique de la criminalité dans l'Ecole italienne (Lombroso, Ferri), assume
une fonction idéologique implicite en exonérant les pouvoirs publics (et en général la
société) de leur responsabilité face à l'essor de la criminalité, justifiant ainsi une certaine
rigueur pénale comme par exemple le maintien de la peine capitale. (Il est intéressant de
rappeler ici qu'Enrico Ferri, marxiste à ses débuts, terminera sa carrière comme sénateur
de l'Etat fasciste italien). Nous sommes donc en présence d'un phénomène général dont le
biologisme de l'idéologie national-socialiste n'est guère que la forme extrême; en mettant
entre parenthèses la composante sociale des phénomènes, on met aussi entre parenthèses la
responsabilité des pouvoirs.
28 "Si, dans le domaine des applications de la science, la "guerre totale" resta un vain mot,
cela était dû aussi à des entraves d'ordre idéologique. Hitler tenait en haute estime le
physicien Philipp Lenard qui avait obtenu le prix Nobel en 1920 et était, parmi les
premiers partisans de Hitler, l'un des rares à être issu des milieux scientifiques. Lenard
avait inculqué à Hitler l'idée que les Juifs exerçaient une influence pernicieuse par
l'intermédiaire de la physique nucléaire et de la théorie de la relativité. Devant ses
convives, Hitler se réclamait à l'occasion de son illustre compagnon du parti pour qualifier
la physique nucléaire de "physique juive" - expression que Rosenberg reprit à son
compte et qui n'encouragea certainement pas le ministre de l'Education à soutenir la
recherche nucléaire". Albert Speer, Au cœur du II/ème Reich (Paris: Fayard, 1971), p. 324.
En somme la défaite de l'Allemagne en 1945 a été un peu "l'effet pervers" (si l'on peut dire)
de l'idéologie raciste.
29 Ceci ne vaut pas pour le seul racisme allemand. Aux Etats-Unis également, la
discrimination raciale dans les états du Sud a constitué une dangereuse conduite d'échec.
436 Praxis International

Une minorité en somme loyale au début, et assez attirée par l'''American way of life" a été
inutilement poussée vers l'extrémisme. On note depuis quelque temps un reflux de cette
tendance grâce à une politique plus intelligente du pouvoir fédéral, notamment pendant la
présidence de J. Carter.
30 La caricature raciste constitue une manifestation assez typique de cette tendance projec-
tive: le visage haineux du minoritaire caricaturé (que l'on songe aux caricatures de Léon
Blum avant la guerre) reflète en réalité la psychologie haineuse du raciste.
31 Le racisme étant à la fois un anti-historicisme et un anti-sociologisme ("society-
blindness"), le sociologisme durkheimien est, lui aussi, structurellement opposé à l'idéologie
raciste, au même titre que l'historicisme marxiste. Dans cet ordre d'idées, le regain
d'intérêt actuel pour la pensée de Durkheim en France, serait plutôt bon signe.
32 Il est bon de rappeler ici le débat qui a eu lieu il y a quelques années autour de deux films
soupçonnés - non sans raison à notre sens - de véhiculer un certain degré de racisme
anti-juif.
Le scénario du film Ombre des Anges (Fassbinder) est le suivant: Un "juif riche", (il n'a pas
d'autre nom) domine une ville de l'Allemagne de l'Ouest. Sa maîtresse, la prostituée Lilly,
est fille d'un dignitaire nazi déchu. Le "Juif riche" finit par étrangler sa maîtresse, fait
disparaître un témoin de son crime, laisse condamner un innocent (le souteneur Raoul, ami
de la vicÙTI1e), et continue, le cœur léger, sa carrière d'homme d'affaires.
Evidemment, il faut voir le film. Je prétends cependant qu'aucun artifice de mise en scène
ne saurait enlever à ce scénario son caractère raciste. Gilles Deleuze (Le Monde du 18.2.77),
évoque le "charme du héros explicitement voulu par le film"; c'est absurde. Le spectateur
moyen n'est ni lecteur de Nietzsche, ni partisan de la morale du surhomme: pour lui, un
crime hideux commis par un personnage séduisant, reste un crime hideux.
Mais la signature la plus évidente du caractère raciste du film est son "anonymisme". Le
"Juif riche" n'a pas de nom: c'est un symbole, et l'on devine de quoi. Nous trouvons
d'ailleurs dans ce film une gradation savante. De la prostituée Lilly - de loin le person-
nage le plus attrayant du film - on connaît le nom complet. Son père, le nazi déchu,
possède un nom. Le souteneur Raoul a un prénom. Quant au "Juif riche" et ses complices,
ils n'ont ni nom ni prénom. L'antisémitisme, nous dit Adorno, "involves an inability to
experience Jews as individuals. Rather each Jew is seen and reacted to as a sort of sample
specimen of the stereotyped reified image of the group" (op. cit. p. 94).
La cause devrait normalement être entendue. G. Deleuze parle cependant d"'accusation
démente d'antisémitisme"(!) et une fraction importante de la presse progressiste a partagé
son opinion. Nous sommes là en présence d'un exemple remarquable de distorsion
idéologique. Le film de Fassbinder est, avant tout, un réquisitoire contre l'Allemagne de
l'Ouest ce qui est un thème progressiste. Ce fait a occulté - avec une efficacité surprenante
-l'intention raciste sous-jacente mais indiscutable de ce film remarquable au demeurant.
Dans le film d'Andrzej Wajda, La terre de la grande promesse programmé à deux reprises à la
télévision, le facteur réification se manifeste sous la forme d'une perception homogénéisante
de la minorité visée, avec distorsion consécutive de la réalité historique. Tous les Juifs du
film appartiennent sans exception à la bourgeoisie; ils se conduisent d'ailleurs en parvenus
incultes et dépourvus de scrupules. Il n'y a rien là d'impossible. Mais le judaïsme polonais
comportait à l'époque également des prolétaires exploités et des révolutionnaires luttant
contre le capitalisme: leur existence est ignorée par Wajda. La totalité historique concrète
que forme tout groupement ethnique (riches et pauvres, croyants et mécréants, conser-
vateurs et révolutionnaires), est ici dissociée et homogénéisée en fonction d'une idée
préconçue. Ses représentants apparaissent une fois de plus comme des "spécimens de
l'image réifiée et stéréotypée du groupe".
Le débat autour de ce film rappelle celui auqueLle film de Fassbinder a donné lieu. Wajda
ne serait pas antisémite; il dépeint simplement les Juifs tels qu'ils sont (cf. la lettre de
Praxis International 437

R. Laskowski dans Le Monde du 18-19 Février 1979). Le facteur de distorsion idéologique


est ici la personne de Wajda, metteur en scène progressiste, mondialement connu en tant
que tel, qui ne saurait donc être a priori raciste. De plus, l'accusation de racisme souvent
formulée contre les Juifs introduit un autre facteur de distorsion: dès lors que les Juifs sont
racistes, une œuvre antisémite est censée comporter obligatoirement une discrète dimen-
sion anti-raciste. Le débat autour de ces films montre avec netteté l'effet de la distorsion
égocentrique sur la perception du racisme.
33 L'un des symptômes les plus voyants de cette dégradation idéologique est sans doute la
facilité avec laquelle l'Argentine a réussi à faire avaliser par un secteur important du
Tiers-Monde, son aventure malouine. L'assimilation de cette entreprise au processus de
décolonisation offre un exemple remarquable de fausse identification idéologique.
34 Gabriel Marcel, Les Hommes contre l'Humain, Paris: La Colombe, 1953, pp. 114--12l.
35 G. Gurvitch, Dialectique et Sociologie, Paris: Flammarion, 1962, p. 25.
36 Comme exemple de désaliénation par historicisation à l'échelle individuelle (clinique), cf.
les travaux connus de la psychanalyste G. Pankow, résumés dans La Fausse Conscience,
édition D.S. Harper Torchbook, 1978, pp. 228-9.
37 Cf. K. A. Wittfogel, Wissen und Gesellschaft. Neuere Deutsche Literatur zur Wissens-
soziologie, Unter dem Banner des Marxismus, An V, Fasc. l, p. 83.
38 Cf. Karl Mannheim, Diagnosis of our time, New York, 1944 pp. 59-79, (Education,
sociology and the problem of social awareness). Le but occulte de Mannheim semble avoir
été d'historiciser et de dialectiser la conscience politique américaine. J'ai essayé de mettre
en évidence ailleurs (Idéologies, Paris, Anthropos, 1974, pp. 203-251) le caractère essen-
tiellement anti-historiciste des "idéologies américaines" comme le maccarthysme ou le
goldwatérisme.
39 Cf. P. Szende, Verhüllung und Enthüllung. Der Kampf den Ideologien in der Geschichte,
Leipzig, 1922, traduction française (partielle) in Gabel-Rousset-Trinh Van Thao, L'Alié-
nation aujourd'hui, Paris: Anthropos, 1974, pp. 319-48 et en particulier pp. 343 et 347.
Les "Enthüllungsperioden" sont généralement favorables à la pensée dialectique et histo-
riciste.
40 N. Poulantzas in Critique de l'Economie Politique, Janvier-Mars 1974, p. 138.