Anda di halaman 1dari 56

L’actualité des 18e et 19e arrondissements de Paris

Médialibre n° 98, magazine-école de l’école des métiers de l’information (EMI-CFD)

société
médecins : contrer
la pénurie
DOSSIER
Pigalle
Se rhabille
culture
la bande dessinée
met Belleville
en bulles
économie
en bas de chez vous
dailymotion défie google 2 €
Directrice de la publication
Marie-Geneviève Lentaigne
Directeur de la rédaction
Philippe Bordier
Rédacteurs en chef
Sophie Le Renard (www.dixneufinfo.com),
François Longérinas, Marc Mentré, Fidel Navamuel,
Dominique Patte, Jean Stern
Conseillers à la rédaction
Laurent Catherine, Wilfrid Estève, Hédi Kaddour
Directeurs artistiques
Martine Billot, Dominique Morvilliers,
Dagui Tanaskovic
Secrétaires généraux de rédaction 
Guillaume Falourd, Sébastien Ruszniewski

Crédit photo : Laurent carré


Concepteurs graphiques
Yohann Jacob, Marie-Laure de Montalier,
Laurence Papin, Fanny Parisot
Responsables photo
Émilie Wood, Maurice Virivau
Rédacteurs
Marlène Andrezo, Frank Aubry, Laura Bittoun,
Claire Cecchini, Violaine Desmons,
Marie-Carolyn Domain, Édouard Dropsy,
Carla Ferrand, Juliette Gheerbrant, Jocelyn Hue,
Alix de La Roncière, Thomas Roure, Julie Sabatier,
Élisa Vazquez, David Zarader UN PARTENARIAT
Secrétaires de rédaction
Claudine Alizon, Marie Bourdellès,
Gaëlle Desportes-Maillet, Guillaume Falourd,
FRUCTUEUX
Arnaud Gancel, Francis Gimelet, Julien Grunberg,
Caroline Heurteau, Marylène Lacerenza,
Isabelle Lakomy, Fabienne Moncelle, Le magazine que vous tenez entre les mains est le
Anne-Cécile Nguyen-Thanh, Claire Nicolas, fruit d’une collaboration inédite et originale entre
Marina Péhé, Jacky Péraud, Julien Retaillaud,
Sébastien Ruszniewski
les sites dixhuitinfo.com, dixneufinfo.com et
l’école des métiers de l’information, EMI-CFD. Ce
Graphistes
Thibault d’Argent, Damien Barquero,
journal est la continuation d’un partenariat
Nathalie Brigardis, Sandrine Chantelot, commencé le 14 février, qui a vu dans un premier
Marie-Élise Chocroun, Gilles Fonteny, Émilie Formoso, temps les stagiaires de l’EMI nourrir les deux sites
Yohann Jacob, Hervé Krakenberger, Laurence Lachèvre,
Marjorie Lequeux, Marie-Laure de Montalier,
en articles, vidéos, photos et diaporamas.
Léo Pajon, Laurence Papin, Fanny Parisot, Un travail stimulant auquel ils ont participé avec
Hélène Pavie, Véronique Pouplier, Aurélie Romanacce, beaucoup d’enthousiasme : c’était l’occasion pour
Gwenaëlle Serre, Nina Testut eux de se frotter au réel, en travaillant pour deux
Photojournalistes sites d’information locale à la personnalité
Laurent Carré, Adeline Dufresne, Jéremie Jung, affirmée, dont l’audience est loin d’être négli-
Jean Larive, Lucien Lung, Adrien Matton, Julien Pebrel,
Alexandre Pieroni, David Rodrigues, Thomas Rothé, geable. Nous avons décidé de poursuivre notre
Élodie Sueur, Miguel Templon, Théophile Trossat, association sous forme d’une déclinaison papier
Émilien Urbano, Delphine Vaisset, des sites, en réalisant un journal de A à Z : défini-
Antoine Vincens de Tapol, Maurice Virivau,
Christophe Voisin, Émilie Wood
tion du concept, de la ligne graphique, comme du
travail d’enquête et de reportage.
Impression Delta Papiers 75019 Paris
dixhuit-dixneuf info n° 1 / Médialibre n° 98, avril 2011
Pour cela, nous avons mobilisé les compétences
des élèves des différentes formations dispensées
Commission paritaire n° 65547 à l’école : journalistes rédacteurs, secrétaires de
ISSN 7-590-997
Dépôt légal : 2e trimestre 2011 rédaction, photojournalistes et graphistes. Au
total, près de quatre-vingts personnes !
Ce magazine a été conçu et réalisé par les
promotions 2011 de rédacteurs bimédia, de Une implication de chaque stagiaire, mais aussi un
secrétaires de rédaction bimédia, de graphistes investissement collectif pour l’encadrement de
bimédia et de photojournalistes de l’École des
métiers de l’information
l’école et pour les responsables des sites, tant
nous avions à cœur de réussir, tous ensemble.
École des métiers de l’information (EMI-CFD)
7, rue des Petites-Écuries - 75010 Paris
www.emi-cfd.com Marc Mentré

2 dixhuitdixneufinfo
SO
M
M
AI
RE
DOSSIER
4
PIGALLE
SE
RHABILLE

12 SOCIÉTÉ Hôtels sociaux : la précarité dans18m2


36 ENVIRONNEMENT
Cité Michelet Curial : le chantier s’éternise
Les caméras zappent les tours
Écoles du 19e : des CP à vingt-cinq
Femmes du 19e : la paix en fabrique
38 SPORT
La jeune génération monte sur le ring
Au taekwondo : frère et sœur
Espaces verts : en mal de gardiens de combat

25
Monter en national : l’espoir fou
POLITIQUE des footeux

44 CULTURE
Daniel Vaillant : la journée d’un maire
Pierre-Yves Bournazel : « depuis 3 ans,
ma priorité absolue reste le 18e » La bande desssinée met
Belleville en bulles

28 BONS PLANS
Nos dix-neuf adresses coup de cœur
Julie Navarro : « Créer un véritable
réseau social et culturel »
Petits théâtres du 18e : le grand jeu de rôles
Photographie : une légende à Montmartre

30 ÉCONOMIE Dailymotion success story :


en bas de chez vous
Conférences publiques :
le savoir pour tous
Boutique éphémère :
alternatives et découvertes
Kiosques des 18e et 19e : la grande déprime
Le Sacré-Cœur non-stop :
Coulisses de la mode : la création a sa voie 125 années d’adoration

18 SOCIÉTÉ
Médecins :
contrer
la pénurie
dix huit dix neuf info 3
DO
SS
IE
R

4 dix huit dix neuf info
Autour de la place Pigalle, le long des boulevards de Clichy

et de Rochechouart, s’étale un quartier populaire historique

étiqueté comme celui des touristes et des sex-shops.

Mais, depuis quelques années, les vagues de bobos successives

font émerger commerces bio, boutiques de créateurs, bars

PIGALLE
SE RHABILLE
« tendance » et salles de concerts relookées. Adieu, vieux rades !

Adieu cabarets et boîtes de strip-tease traditionnels ! Bonjour,

spéculation immobilière... Le prix du mètre carré a déjà plus

que doublé en dix ans. Au grand dam de ses anciens habitants,

la métamorphose de Pigalle ne fait que commencer.

dix huit dix neuf info 5
6
i
Il suffit de se promener sur le boule-
vard de Clichy pour s’en rendre compte :
Pigalle a changé. Des travaux, terminés
au milieu de l’année 2010, ont transfor-
mé le terre-plein central en promenade
plantée, délimitée par une piste cy-
clable. L’éclairage a été modernisé, et
les passages piétons, sécurisés par des
feux de signalisation. Même les mul-
tiples sex-shops semblent avoir trouvé
une seconde jeunesse.
Certains signes montrent que le quar-
tier est en train de s’adapter à sa nou-
velle population. Une population dite
« bobo », identifiée depuis une dizaine
d’années, mais qui reste difficile à cir-
conscrire : jeune (35-40 ans), aisée, elle
recherche des produits originaux, bran-
chés, tout en gardant le goût de l’au-
thentique et du pittoresque.
Des commerces spécialisés révèlent le
changement des habitudes de consom-
mation : l’alimentation biologique, par
exemple. Le magasin Naturalia, ouvert
en janvier 2010 sur le boulevard de
Clichy, est spacieux, lumineux. « Il y
avait une attente de la part des habitants
qui, jusqu’à présent, se rendaient dans notre
magasin de la rue Lepic, beaucoup plus pe­
tit », assure une vendeuse. Même si le
coût du panier moyen reste plus élevé à
Abbesses, la fréquentation dans ce nou-
veau lieu reste honorable. Une épicerie
fine, Le Marché des gastronomes, avec
plats traiteur, produits biologiques et
équitables, avait déjà fait son apparition
sur la place Pigalle en mai 2009.
L’installation des créateurs dans le bas
de Pigalle, côté 9e arrondissement, a
valu au quartier d’être surnommé
« SoPi », pour « South Pigalle », une
sorte de SoHo (quartier chic de New
York) parisien. Plusieurs boutiques de
vêtements se sont implantées depuis
deux ans rue Henri-Monnier. Le maga-
sin Cancan, par exemple, a sélectionné

dix huit dix neuf info
Des clubs emblématiques
comme Le Folie’s Pigalle
ou Le Divan du monde ,
conçus pour les classes
populaires du XIXe siècle,
draînent à présent de jeunes
noctambules aisés
du quartier et d’ailleurs.

dix huit dix neuf info 7
de jeunes créateurs internationaux dont un concert ou d’écouter des disques.
la plupart sont diffusés en exclusivité « Notre clientèle est jeune : ce sont des per­
en France. Sur les vingt-sept marques sonnes entre 25 et 40 ans, qui recherchent
choisies, dix sont scandinaves, et toutes une relation personnalisée avec le vendeur.
proposent des habits décalés mais Ils aiment être conseillés », remarque
sobres. Warmi, une marque franco-­ Pauline Dutheil, l’une des deux fonda-
colombienne de mode éthique, s’est trices du magasin. Les produits propo-
spécialisée dans les collections faites à sés chez elles renouent avec la tradition
la main. « Mes clientes recherchent des musicale du coin : « Nous nous sommes
pièces originales, qui se différencient des installées dans le quartier des magasins de
chaînes de magasins chics que l’on trouve à musique, des labels et des salles de concert »,
Abbesses. Ce sont généralement des femmes se réjouit la commerçante.
d’une quarantaine d’années qui gagnent
bien leur vie, confie Lisa Muscinesi, gé­
rante de la boutique. J’ai choisi de m’instal­ 2,80 ¤ le café Ces deux
ler à Pigalle car c’est un quartier vivant qui dernières années, quelques établisse-
va continuer à se développer. » ments musicaux ont fait leur réap­
Dans cette même rue se trouve Gals parition. Le Moulin-Rouge a ainsi ra-
Rock, un commerce consacré à la cheté la discothèque La Locomotive, et
culture rock féminine qui vend vête- l’a rebaptisée La Machine du Moulin-
ments, CD, vinyles, livres et DVD musi- Rouge : elle comprend à présent un
caux. La petite salle attenante permet à club et une salle de concert à la pro-
une trentaine de personnes d’assister à grammation électro, hip-hop ou new

8 dix huit dix neuf info
Avec Le Moulin-Rouge,
temple mondial de la revue,
les néons de ses sex-shops
et de ses discothèques
(comme Chez Moune,ci‑dessus,
wave. À quelques mètres, Les Trois quartier, dans lequel les clients locaux ex‑cabaret lesbien reconverti en
Baudets, salle mythique de Pigalle, a avaient coutume de suivre les matchs de 2008), Pigalle ressemble pour
rouvert ses portes en février 2009, en rugby, en bar « tendance ». « On aime les beaucoup aujourd’hui
à un décor pour touristes.
mettant au premier plan la nouvelle bars branchés, mais on aime aussi les vieux
scène de la chanson française. rades comme L’Arsouille, à Abbesses », af-
Les bars branchés qui ont émergé n’ont firme Fabien, l’ami de Thomas.
plus rien à voir avec les cabarets popu- Sur le boulevard de Clichy, le luxueux
laires et les établissements où se produi- Café La Cigale, ouvert en août 2010 par
saient des danseuses dévêtues. Chez Thierry Costes et deux autres associés, a
Moune, rue Jean-Baptiste-Pigalle, était remplacé un bar-tabac-PMU. Si le fils de
depuis 1936 un cabaret lesbien, avant l’aîné des frères Costes, magnats de la
d’être racheté en 2008 par La Clique, restauration chic, a décidé de s’im-
l’équipe de Lionel Bensemoun (le gérant planter dans ce quartier, c’est parce qu’il
du Baron). L’aff­luen­ce dans cette disco- savait qu’il y trouverait une clientèle
thèque a entraîné une hausse de la fré- aisée. Ici, le café est à 2,80 €. Il est à 1,60 €
quentation du Sans Souci, le bar situé sur à La Fourmi, le bar voisin (cf. notre
le trottoir d’en face. « On vient boire un
verre ici le soir avant d’aller Chez Moune »,
explique Thomas, 23 ans, étudiant en
Le luxueux Café La Cigale, ouvert en août
sciences politiques. « Et puis ils passent de
la bonne musique rock et électro », précise-t-
2010 par Thierry Costes et deux associés,
il. L’équipe du Sans Souci, en place de-
puis trois ans, a transformé ce bistrot de a remplacé un bar-tabac-PMU

dix huit dix neuf info 9
Au Bus Palladium,
dans le South Pigalle,
comme à la Fourmi,
rue des Martyrs
(à droite), la clientèle
est plutôt jeune
et rock’n’roll.

10 dix huit dix neuf info
en­cadré). La configuration des lieux a été « En dix ans, le prix du mètre carré a été
pensée par le célèbre designer français multiplié par deux, voire deux et demi à
Philippe Starck et la fresque aux couleurs Pigalle. Il est aujourd’hui de 8 000 € », dit
vives, visible dès l’entrée, est l’œuvre de Brice Moyse. Il faut savoir qu’il est de
l’artiste new-yorkais Phil Frost. Les prix, 12 900 € dans le 6e arrondissement – le
liés au prestige du lieu et du nom plus cher de Paris – et de 6 300 € dans
« Costes », sont plus élevés que dans la le 19e – le moins cher de la capitale.
plupart des autres établissements du Cette hausse des prix remet en cause la
quartier. Dans la journée, la clientèle est mixité de la population. Les classes po-
aussi touristique que locale. Les salariés pulaires et moyennes ont de plus en
de La Cigale (la salle de concert) y tien- plus de mal à se loger dans ce secteur à
nent leurs rendez-vous professionnels. cheval sur deux arrondissements.
Le soir, ce sont les noctambules sortant Pourtant, côté 9e, quelques immeubles
des concerts de La Cigale et du Divan du vont être transformés en logements so-
monde voisins qui viennent investir le ciaux par la mairie de Paris. Côté 18e,
Café. Ce dernier se veut un « pub rock l’opération la plus importante concerne
moderne ». Tous les jeudis soirs, deux ou plusieurs dépendances du Moulin-

À Pigalle, la hausse du prix du mètre carré


pose un problème. Les classes populaires
ont de plus en plus de mal à se loger
trois groupes s’y produisent dans le cadre Rouge, boulevard de Clichy, qui ont ré-
de tremplins musicaux. « Ces dernières cemment fait l’objet de préemption,
années, à Pigalle, il n’y avait plus d’endroits c’est-à-dire de rachat par la mairie de
où on pouvait boire un verre et écouter de la Paris. Mais ces projets sont vraiment Les pionniers :
musique », raconte Olivier Marzetto, l’un peu nombreux. « Il faut saisir toutes les le bar La Fourmi
des actionnaires et directeur de l’établis- occasions de rachat pour créer du logement
sement. Il assure qu’« au­jourd’hui, il y a une social et enrayer la spéculation immobi­ « Quand nous avons ouvert
offre artistique dense dans le quartier ». Mais lière », insiste Ian Brossat, un élu com- La Fourmi il y a quatorze ans,
ce n’est pas l’avis de Sylvie, la soixan- muniste du 18 e arrondissement. raconte José Madureira, le
taine, ancienne danseuse de cabaret : « Il « Evidemment, le logement social coûte plus responsable du bar, il n’y avait
n’y a plus de lieux pour aller danser à Pigalle, cher à Pigalle qu’à la porte de la Chapelle. autour que des vieux troquets
c’est fini. Le quartier est plein de bobos, et les Mais il est nécessaire de rééquilibrer tous les avec des serveurs habillés en
bobos ne savent pas s’amuser ! » quartiers et de ne pas concentrer ce type de pingouins. Nous avons voulu faire
logements dans certaines zones, car sinon, quelque chose de différent. » Son
c’est la paupérisation qui attend ces der­ café aux allures de bistrot tradi
Mixité Les bobos en question ont nières », estime Ian Brossat. Josette, habi- a tout du bar branché : grands
commencé par s’installer dans le quar- tante de Pigalle depuis quarante ans, ne volumes, comptoir design
tier des Abbesses il y a une dizaine se réjouit pas des changements de ces de forme ondulée, murs aux
d’années, au moment du succès du film dernières années : « Le quartier a perdu couleurs chaudes, peints à
de Jeunet, Le Fabuleux Destin d’Amélie son âme. Avant, c’était plus populaire, plus l’éponge. Au plafond, un lustre
Poulain (sorti en 2001). Cinq ou six ans ordinaire. Les gens étaient plus sympas. Les pittoresque en fer, planté de
plus tard, une deuxième vague est arri- vieux sont partis ou sont morts, je ne con­ bouteilles de vin vides
vée et a élu domicile un peu plus bas, à nais plus personne. » Malheureusement renversées. Dans ce bar, tous
Pigalle. « Ce qui a attiré cette population, pour elle, la transformation de Pigalle les profils se mélangent : des
rapporte Brice Moyse, directeur des comme de nombreux quartiers de Paris gens ordinaires, des musiciens,
agences immobilières Immopolis dans est en marche et n’est pas près de s’arrê- des artistes... « J’aime les grandes
le 18e arrondissement, c’était le contraste ter. D’autres « bobos » viendront bientôt baies vitrées et la musique en fond
entre le côté populaire du quartier et la s’installer dans le quartier de Josette… sonore, explique David,
beauté des immeubles du boulevard de la quarantaine, comédien. Je suis
Clichy. » L’arrivée de ces habitants aisés  Texte : Elisa Vazquez venu lire ici avant de me rendre
a fait prendre de la valeur au quartier.  Photos : Emilien Urbano à une audition dans le quartier. »

dix huit dix neuf info 11
SO
CI
ÉT
É

Pour Brazedi T.
et sa fille (ci-contre),
comme pour toutes
les familles vivant
en hébergement
social, chaque jour
est un combat
contre l’exclusion.

Le 18e concentre
le plus grand Hôtels
nombre
d’hébergements
sociaux
sociaux la précarité

L
de la capitale.
300 familles dans 18 m 2
vivent dans
L ogée dans un hôtel social avec ses Gérald Briant (PC), adjoint au député-
des chambres trois enfants, Blebleko s’étonne de maire du 18e Daniel Vaillant (Parti so-
son loyer : « 2 200 € par mois pour mon cialiste), chargé des Affaires sociales et
de fortune, 18 m² ! » Un prix exorbitant, et cepen- de la lutte contre les exclusions. Sur les
dant à peine supérieur à ceux prati- 777 hôtels sociaux de la ville de Paris,
aux loyers élevés. qués dans ce type d’hébergement. À 144 sont situés dans le 18e, ce qui repré-
Paris, en 2009, les services sociaux de sente 300 familles. En comparaison, le
Parfois pendant la mairie ont versé 23 millions d’eu- 7e arrondissement en compte cinq.
ros pour loger 1 200 familles, dont
plusieurs années. environ un quart vivent dans le 18 e
arrondissement. Le 7 février dernier, ISOLÉES Aujourd’hui, ces hô­tels
La mairie finance le conseil de Paris a voté des mesures sont généralement occupés par des
visant à réduire ces dépenses. Les fa- femmes isolées. Pour la plupart, elles
ce système, milles doivent résider depuis au moins sont d’origine africaine. À leur arrivée,
trois mois dans la ville. Et leur héber- elles sont sans-papiers. « C’est le Samu
que l’élu PC gement en hôtel meublé ne pourra social ou les associations qui s’occupent de
dépasser un an, au maximum. Le PC, leur trouver un hôtel tant qu’elles sont en
Gérald Briant le Parti de gauche et les Verts se sont situation irrégulière, précise M. Briant.
opposés au texte. Ils souhaitent limiter L’hébergement d’urgence est du ressort de
qualifie la durée d’hébergement en logement l’État, mais il s’est totalement désengagé. »
précaire, mais dénoncent le manque de Mickaël Couillaud, patron de l’hôtel
de « véritable solutions au-delà de l’année passée en du 27, rue du Poteau, dans le 18e, expli­
hôtel social. « On confie au privé une pro- que, quant à lui, qu’il ne travaille plus
bombe sociale ». blématique de politique sociale », regrette avec le Samu social.

12 dix huit dix neuf info
« Ils me versaient 15 à 16 € par jour et par plaques chauffantes, se souvient Fatou.
personne », détaille-t-il. Soit un manque Dans le bar d’à côté le café était à 2,50 €,
à gagner de 10 à 20 €. Les chambres sont je me suis demandé comment j’allais man-
prévues pour deux personnes au maxi- ger ! » L’hôtel du 27 de la rue du Poteau
mum, conformément aux critères de jouxte des immeubles haussmanniens.
l’Aide sociale à l’enfance (ASE), service
départemental dédié à la protection des
enfants et de leur famille. En plus, pour Voisinage L’été, les enfants
en bénéficier, les ménages doivent avoir ne partent pas en vacances. Alors
des papiers en règle. M. Couillaud les laisse jouer dans la
« Depuis la loi sur le droit au logement cour. Mais les riverains n’apprécient
opposable (Dalo) [votée en mars 2007, pas le chahut. Ni l’impact de ce voisi-
Ndlr] la durée d’attente pour obtenir un nage sur la valeur de leurs propriétés.
logement en HLM s’est un peu raccourcie : « L’autre jour, un agent est venu me
un an et demi à deux ans en moyenne », demander à quelle heure les jeunes sont les
explique M. Couillaud. Or, cela fait plus calmes. Forcément, il devait faire
maintenant pas moins de sept ans que visiter un appartement juste à côté ! »,
Blebleko est logée dans son hôtel  ! raconte le patron dans un grand éclat
Les conditions d’hébergement sont par- de rire. Ici, la mixité sociale reste un
fois très mauvaises, témoigne Fatou (1). projet. Pour ces mères célibataires,

Les toilettes sont hors service, la moquette


se décolle et la chambre est sale
Âgée de quarante ans, elle est arrivée à assurer une éducation stable à leurs
Paris en 2001. Expulsée de sa chambre enfants est une gageure. M. Briant
de bonne en 2008, elle est relogée par avertit d’ailleurs : « L’hébergement en
la mairie du 9 e, dans un hôtel social hôtel meublé est une véritable fabrique de
proche du quartier de la Chaussée- “bombes sociales”. » Selon lui, une telle Ci-dessous, à gauche :
d’Antin. Là-bas, elle passera trois mois précarité annihile toute chance de réus- la promiscuité et parfois
l’insalubrité, deux maux
dans des conditions déplorables : les site scolaire. « Les enfants font leurs principaux au quotidien.
toilettes sont hors service, la moquette devoirs sur le lit. Quand la maîtresse
Le coin cuisine du 18 m2,
se décolle et la chambre est sale. « On appelle pour parler de ma deuxième fille,
ci-dessous. A l’heure
n’avait droit ni au réfrigérateur, ni aux c’est compliqué », se désole Blebleko. des devoirs, les enfants
travaillent sur le lit.

dix huit dix neuf info 13
« Un jour, j’ai entendu ma fille dans le cou- pas de l’hébergement d’urgence et sont
loir qui disait “non, je ne viens pas, mon- donc en situation difficile. « Souvent,
sieur, non”, murmure Fatou, les yeux nous sommes confrontés à un “combat de
baissés. Le voisin tentait de l’attirer dans sa misère humaine” », déplore M. Briant.
chambre. » Le soir même, elle est allé en Quant à Fatou, début 2010, elle a ob-
parler au gardien qui lui a conseillé la tenu un CDI pour des heures de mé-
vigilance : l’homme avait été condamné nage dans des bureaux . « La semaine
deux fois pour pédophilie. Par chance, passée, mon patron m’a dit :  “Toi, tu fermes
deux semaines plus tard, Fatou obtenait ta gueule !” Ce n’est pas normal de parler
enfin un logement HLM. comme ça aux gens, mais je n’ai rien ré-
Un véritable Graal pour ces familles : pondu. J’avais peur de perdre mon travail et
Gérald Briant, élu communiste, « Ici, quand une cliente trouve un loge- mon logement. Je ne veux jamais retourner
adjoint au maire du 18e, ment social, c’est la folie. On fait une fête en hôtel social. »
chargé des Affaires sociales terrible ! », sourit M. Couillaud. Mais
et de la lutte contre les exclusions.
pour décrocher ce sésame, il faut justi- Texte : Edouard Dropsy
fier d’un CDI. « Et le plus souvent, on ne et David Zarader
me propose qu’une succession de CDD», Photos : Julien Prebel,
confie Blebleko. Les ménages placés en Jérémie Jung et Jean Larive
Jusqu’à 1 395 €, le coût du loyer meublé ne sont pas prioritaires pour
mensuel pour 15 m2. l’accès aux appartements des HLM.
La nuit, Daouda (à droite) dort
Nombreux sont ceux qui ne bénéficient 1. Son prénom a été changé.
sur le sol, laissant le lit à sa femme
enceinte et à son fils.

14 dix huit dix neuf info
un écran de contrôle. On n’a toujours pas de
réponse. » explique-t-il.
« Vous savez, on ne s’oppose pas aux loca-
taires par principe, répond M. Leverve,
directeur de la communication à France
Habitation. Les images sont uniquement
destinées à la police et on ne peut pas laisser
tout un chacun regarder les films. » Le res­
ponsable ignore où est situé le poste de
contrôle et ne sait pas qui visionne les
bandes : « La vidéosurveillance n’est pas la
panacée. Mais c’est un outil dissuasif qui
peut aider à résoudre des enquêtes. »
Sur ce point, M. Leverve rejoint les posi­
tions de Michel Neyreneuf, chargé de la
politique du logement et adjoint au
maire PS du 18e arrondissement, Daniel
Vaillant. L’élu assure que ces caméras

Les caméras « ne sont qu’un outil complémentaire aux


moyens existants, comme le Groupement
parisien interbailleurs de surveillance
zappent (GPIS) ». Ni plus, ni moins.

À la demande les tours leurres Pour Mme Albingre,


de l’opposition habitante du 1, rue Firmin-Gémier,
« Les caméras, ça a servi au début. Ce n’est
municipale, Posées trop bas, les caméras de vidéo­ pas vain comme système, mais ce n’est pas
surveillance ont rapidement été occul­ prendre le mal à la racine. Ce qu’il faudrait,
l’installation de la tées à l’aide de bombes de peinture. ce sont des éducateurs de rue. » Il y a
« On ne sait pas si elles fonctionnent ! Moi, quelques années, sa résidence était une
vidéosurveillance je pense qu’elles ne fonctionnent pas », dé­ zone bien connue de trafic de drogue.
clare M. Arfaoui, président de l’Amica­ Alors présidente de l’Amicale des loca­
dans les le des locataires du 77-83, boulevard taires, elle avait demandé la pose de
Ney, dans le 18e arrondissement de Paris. caméras.
logements Depuis dix ans, cet homme a tout es­ Si c’était à refaire, cette retraitée éner­
sayé pour rendre sa résidence vivable : gique n’y serait plus aussi favorable. Et
sociaux fait grillager les coursives et le petit parc à ne venez pas lui parler de protection de
l’intérieur de l’immeuble, poser des la vie privée : « À l’heure où tout le monde
régulièrement barres pour éviter que les scooters ne s’affiche sur Facebook, ça ne me fait pas
tournent dans l’enceinte, réparer les peur ! » se fâche Mme Albingre. Pour
débat dans le 18e portes pour un coût de 2 000 euros (aux elle, « c’est surtout du gaspillage. »
frais de France Habitation, l’organisme Cas semblable au 247-251, rue Marca­
arrondissement. bailleur). Mais rien à faire, intrusions et det. Une demande a été faite à la suite
dégradations ont continué. des propositions de l’opposition muni­
Ces équipements cipale UMP du 18e. M. Chabbi, qui ha­
bite l’immeuble, n’y croit pas  : « Je suis
existent dans aveugle Il y a deux ans, pour l’installation de leurres (des fausses
M. Arfa­oui décide, avec l’accord d’une caméras), mais je m’oppose aux dépenses
certains HLM. vingtaine d’autres locataires et du d’argent inutiles. Le GPIS passe régulière-
bailleur social, de faire poser quatre ca­ ment, une porte sécurisée a été installée, un
Où l’avis méras, pour dissuader les intrus. Elles gardien est sur place, des grillages empê-
sont désormais aveugles. « De toute fa- chent les intrusions… C’est suffisant ! »
des habitants çon, on ne sait même pas qui visionne les
images. Nous, on a demandé à France Habi- Texte : Edouard Dropsy
est contrasté. tation que les gardiens des immeubles aient Illustration : Léo Pajon

dix huit dix neuf info 15
SO
CI
ÉT
É

Logique budgétaire
oblige : le maintien
d’une classe
se joue à quatre
inscriptions près.

Le 11 février 2011,
ÉCOLES DU 19e
l’académie DES CP

L
de Paris
a renoncé À VINGT-CINQ
à la fermeture
Les écoles primaires Barbanègre et 9 Tan- rentrée prochaine. Or, la fermeture
attendue dou dans le 19e, Torcy et Richomme dans d’une classe intervient s’ils sont moins
le 18e - toutes classées en zone d’éduca- de 325 ! Une institutrice s’insurge : « On
de quatre classes. tion prioritaire (Zep) -, ont échappé à la avait obtenu l’ouverture d’une quatorzième
fermeture de classes pour la rentrée 2011. classe l’année dernière. Si maintenant on
Nouvel espoir Telle est l’issue du Conseil départemen- nous la supprime à nouveau, on va encore se
tal de l’éducation nationale (Cden) qui retrouver avec des CP à vingt-cinq élèves ou
pour syndicats s’est tenu le 11 février dernier. Dans le plus. En Zep, c’est beaucoup trop. »
19 e, six écoles restent menacées : les
et parents écoles primaires Carrel, Curial A, 67 Bo-
livar, Ourcq B et Goubet (mais cette der- contexte L’enseignante
d’élèves, nière ne conteste pas la décision), ainsi compte sur la mobilisation des parents,
que l’école maternelle Maroc. « très forte » jusqu’ici, pour faire évoluer
qui poursuivent Pour Eve Heinrich, secrétaire de la Fé- la situation. Ils y sont bien arrivés dans
dération des conseils de parents le 18e ! Laure Letondel, chargée de mis-
leur mobilisation d’élèves (Fcpe) du 19e et parent d’élève sion aux affaires scolaires à la mairie du
élue au Cden, les fermetures sont un 18e, précise : « À l’école Torcy, il manquait
dans six autres nouveau coup dur porté à des écoles vingt-quatre élèves pour arriver au seuil de
déjà fragilisées : « Je pense notamment à non fermeture ». Soutenus par la mairie,
établissements Curial et Ourcq, qui commençaient tout les parents et les syndicats ont dure-
juste à sortir la tête de l’eau. » L’exemple ment bataillé. L’académie a cédé, de
scolaires de l’école primaire Ourcq B illustre bien même que pour l’école Richomme qui
la logique comptable de l’académie : à « subit le trop plein d’effectifs des autres
du quartier. ce jour, 321 élèves sont inscrits pour la écoles de l’est de la Butte Montmartre ».

16 dix huit dix neuf info
« Si l’on travaille avec la règle à calcul, c’est que chose, l’aca­démie le récupère ail­leurs ».
facile de justifier ces fermetures. Si l’on Ainsi, trois postes d’instituteurs rem-
considère le contexte social des écoles, c’est plaçants ont été supprimés en 2010 afin
une grosse erreur », estime Daniel Marco- de maintenir trois postes d’enseignants
vitch, adjoint aux affaires scolaires de la spécialisés du Rased.
mairie du 19e. À l’école 67 Bolivar, la fer- Pour la rentrée prochaine, on compte
meture d’une classe se joue à trois vingt-sept suppressions de postes de
élèves près. Par ailleurs, cette école, qui Rased à Paris ( une dans le 19e et quatre
n’est pas classée en Zep, est la seule de dans le 18e). Une institutrice de CP du
l’arrondissement à accueillir une classe 19 e s’en inquiète : « Les personnels du

Une institutrice de CP avoue ne pas savoir


comment continuer à enseigner correctement
d’initiation aux non-francophones Rased permettent de saisir la situation par-
(Clin) : « Nous avons toutes les caractéris- ticulière d’un enfant en grande difficulté,
tiques d’une école de Zep sans en avoir les c’est un travail très spécifique. » Elle avoue
avantages, déplore M. Défosse, son di- ne pas savoir comment continuer à en-
recteur. On souhaiterait donc, au moins, seigner correctement sans eux.
une attention plus particulière à nos effec- Daniel Marcovitch dénonce une poli-
tifs, sociologiquement fragiles ». tique qui fragilise les minorités sociales :
« On ne peut pas vivre qu’avec les con­train­
tes budgétaires, surtout quand elles sont
négocier Syndicats d’ensei- liées à la baisse des impôts des plus riches.
gnants et parents d’élèves ont tenté de Ni toujours taper sur les mêmes quartiers ! ».
négocier en plaidant le maintien de Le sort des six écoles du 19e concernées Gérard Duthy* :
postes de Rased (Réseaux d’aides spé- sera scellé au conseil de juin.
cialisées aux élèves en difficulté). Mais,
« Ne faisons
s’agace Jérôme Lambert, se­crétaire dé­­ Texte : Thomas Roure pas un tableau
partemental du Snuipp-FSU-Paris : « Le Photos : Delphine Vaisset apocalyptique
problème, c’est que lorsque l’on obtient quel­ et Émilie Wood
de la situation »
Grâce à la pugnacité des parents « Les décisions ne sont pas
et des enseignants, quatre classes
mécaniques. Pour chaque école,
au moins seront sauvées en 2011.
nous prenons en compte
le nombre d’élèves par classe.
Mais nous avons aussi
une approche qualitative,
en observant comment
chacune d’elle peut s’organiser
après une fermeture.
Ne faisons pas un tableau
apocalyptique de la situation,
qui ne correspond pas
à la réalité. Les taux
d’encadrement
dans le 19e arrondissement
sont particulièrement
favorables, avec une moyenne
de 22 élèves par classe.
Il y a un petit peu
de psychodrame autour
de ces fermetures. »

* Inspecteur de l’académie de Paris

dix huit dix neuf info 17
MÉDECINS :
So
ci
ét

contrer
é

la pénurie

18 dix huit dix neuf info
R
Le docteur Agnès Giannotti, dans le 18e arrondissement,
peut recevoir jusqu’à quarante patients dans la journée,
sans pour autant lésiner sur le temps des consultations.

Rue Léon, dans le quartier de la Goutte grandes disparités au sein même de ces
d’Or, la salle d’attente du docteur Gian- deux arrondissements. Surcharge de tra-
notti est toujours pleine. Avec sa consœur, vail, prix de l’immobilier, isolement :
Contrairement elles reçoivent sans rendez-vous. Entre seuls 10 % des jeunes diplômés choisis-
vingt-cinq patients les « petites » jour- sent d’exercer en milieu libéral, et très
au reste nées et quarante les « très grosses ». Et peu en tant que généralistes. Pour le
s’il faut faire venir d’urgence un média- docteur Agnès Giannotti, il y a égale-
de la capitale, teur du quartier pour servir d’inter- ment un problème dans le cursus des
prète, la consultation, malgré l’afflu­ études : « La filière généraliste n’est pas du
le Nord-Est ence, peut dépasser la demi-heure. tout valorisée, explique-t-elle, les études
En vingt ans d’exercice, Agnès Gian- restent centrées sur l’hôpital. C’est pourtant
parisien se situe notti a appris à connaître tout le mon­ intéressant ! Il faut donner ce goût aux
de : « C’est un peu comme un village ! Le jeunes pendant leur for­mation. »
largement travail de médecin de proximité est pas- C’est ce qui est arrivé au Dr David Faure.
sionnant, même si les journées sont fati- Pendant ses études, ce jeune médecin a
au-dessous gantes. Pour rien au monde je n’irais tra- fait un stage chez le Dr Margelich, ave-
vailler à l’hôpital. » nue de Flandre. Séduit par sa façon de
de la moyenne Dans le 19e arrondissement, le quartier travailler, il a franchi le pas après
Flandre a perdu la moitié de ses méde- quelques années de remplacements. « Je
nationale cins libéraux entre 2000 et 2009 : on comp­ ne comprends pas les jeunes qui ne veulent
te dix-neuf installations contre trente- pas s’installer », dit cet homme de trente-
en nombre huit départs. Pour une popu­lation de trois ans qui a toujours eu envie de faire
42 000  habitants, il compte trente-­neuf un travail de proximité et de suivi avec
de médecins généralistes et trente-cinq spécialistes, ses patients. Le cabinet reçoit sur ren-
mais un seul gynécologue, un seul psy- dez-vous l’après-midi et fait des visites
par habitant. chiatre et deux pédiatres. Résultat, les à domicile et dans les maisons de re-
urgences de l’hôpital pour enfants Ro- traite le matin. La charge de travail n’est
Les praticiens bert Debré, près de la porte des Lilas, pas insupportable, selon lui. Mais ce qui
sont constamment surchargées. l’a réellement convaincu, c’est le projet
et les élus de maison de santé auquel il va partici-
per avec le docteur Margelich. En sep-
se mobilisent disparités Dans le 18e arron­ tembre prochain, il est prévu que tous
dissement, où la population a augmenté deux s’installent au rez-de-chaussée de
donc, afin d’éviter de 12 000 habitants en dix ans, la situa- la tour « M » de la cité Michelet Curial,
tion n’est guère différente. Les urgences dans le 19e, en compagnie d’une dizaine
ce phénomène de l’hôpital Bichat, porte de Saint-Ouen, de praticiens (médecins, infirmiers, ki-
elles non plus, ne désemplissent pas. Si nésithérapeutes) qu’ils sont en train de
de désertion la capitale est nettement mieux dotée en réunir. Il s’agira de la première maison
médecins que le reste du pays, les 18e et de santé parisienne (cf. notre article sur les
médicale. 19e sont en dessous et il existe de très travaux de la cité Michelet Curial, p. 36-37).

dix huit dix neuf info 19
« Je crois beaucoup à cette idée de opérationnel. » Le docteur Agnès
regroupement, explique le doc- Giannotti est convaincue que
teur Olivier Margelich, car c’est l’avenir des généralistes est de se
efficace pour les patients, mais aussi réunir. Mais pour cela, ajoute-t-
pour les professionnels. Si une infir- elle, il faut des locaux. « Si nous
mière cons­tate un problème avec un avions davantage de place au cabi-
malade, il est plus facile d’intervenir net, les deux remplaçantes qui tra-
rapidement. L’information passe vaillent avec nous s’installeraient
mieux entre les soignants. La proxi- tout de suite ! Il y en a qui en ont
mité des praticiens facilite l’adhé- envie. Trois sont passées chez nous
sion des gens au parcours de soin. et ont ensuite décidé de s’installer
C’est le principe des centres médi- en ville, parce qu’elles ont apprécié
caux sociaux, mais nous, nous pra- cette manière d’exercer. Mais ici,
tiquerons en libéraux. Un secréta- dans le quartier de la Goutte d’Or,
riat commun nous déchargera d’une il n’y a pas de locaux disponibles
partie du travail administratif. Bref, qui répondent aux normes de sécu-
c’est à la fois plus confortable et plus rité et d’accessibilité. »

20 dix huit dix neuf info
Face à la pénurie
de médecins
de quartier,
les salles d’attente L’idée de la maison de santé Michelet a plateforme de service ou d’accompagne-
sont saturées
en permanence.
été promue par la mairie suite à une ment qui aiderait les médecins libéraux
Les habitants étude ciblée sur le quartier Flandre. Les dans leurs projets de regroupement. Car les
se reportent élus sont inquiets : « On ne veut pas subir structures juridiques et administratives
massivement la désertification médicale », déclare Chris- sont compliquées et les médecins déjà sur-
sur les hôpitaux.
tophe Najem, conseiller municipal du chargés de travail n’ont pas toujours les
19e arrondissement délégué à la santé. compétences pour les mettre en place. Nous
Les résultats de cette étude, ainsi qu’une devons aussi aider à la circulation de l’in-
concertation avec les pro­fes­sion­nels, formation : y a-t-il des locaux disponibles ?
ont permis de retenir deux pistes. La Où ? Quels sont les projets en cours ? »
première est d’aider les cen­tres de santé D’autres mesures sont envisagées, tel
associatifs à se développer ou à s’instal- l’élargissement des horaires d’ouver-
ler ; des projets sont à l’étude dans le ture des centres municipaux. Celui de
quartier des entrepôts Macdonald, où la rue Marcadet, par exemple, ferme à
de nouveaux logements vont être cons­ 17 heures, ne permettant pas aux tra-
truits. La seconde est le regroupement vailleurs de s’y rendre.
de praticiens comme à la maison de Enfin, la création d’un centre géria-
santé. Cette structure aura par ailleurs trique de proximité est à l’étude. Ce lieu
une mission de prévention et d’éduca- spécialisé facilitera une prise en charge
tion, par exemple sous forme d’ateliers complète des personnes âgées, qui se-
ou de réunions de patients. Le quartier ront ensuite suivies par leur médecin
Danube devrait lui aussi bénéficier habituel ou en structure hospitalière si
d’une attention particulière dans les besoin. Une manière de prévenir les ac-
prochaines années. cidents et de maintenir plus longtemps
les personnes à domicile. Avec un nom­
bre de centenaires qui pour­rait tripler
ACCOMPAGNEMENT d’ici à 2050 sur le plan national, selon
Le 18e arrondissement est également les prévisions de l’Ined (Institut natio-
mobilisé. Dominique Demangel, adjointe nal des études démographiques), ce
au maire en charge de la santé, rappelle genre d’initiatives pourrait se multi-
que la santé n’est pas une compétence plier dans les années à venir.
municipale, mais relève de l’État. « Il y a
des choses à faire, ajoute-t-elle. Con­crè­ Texte : Juliette Gheerbrant
tement, nous réfléchissons à une sorte de Photos : Julien Pebrel

dix huit dix neuf info 21
FEMMES DU 19e
So
ci
ét

LA PAIX
é

EN FABRIQUE

D
Des grains de sucre sur la langue, du vit en forte proportion. Grâce au sou-
rose, du vert, un goût de datte, de miel tien de la mairie de Paris et de celle du
et de cannelle. Comme autrefois, toutes 19e, les dé­marc­hes ­d’Annie-Paule lui
ensemble. C’est autour des pratiques permettent de disposer de lieux straté-
culinaires que des femmes juives, giques. Une salle municipale est mise à
arabes et musulmanes souhaitent à la disposition des femmes de l’associa-
nouveau partager leur temps, au sein tion, et le centre culturel Danube les ac-
d’une association appelée Les Bâtis- cueillent une fois tous les deux mois.
seuses de paix. La création d’un atelier Visites de lieux de mémoire, dîners-dé-
« Renouer de pâtisserie orientale a été l’une des bats et pique-niques s’organisent. Les
premières activités proposées par les thèmes sont toujours liés à ce qui a pu
le dialogue Bâtisseuses. Mêmes ingrédients, rapprocher les juifs et les musulmans à
mêmes contraintes rituelles (halal/ travers le temps. L’association compte
et regarder casher) et même goût des petites dou- quarante adhérents, mais ce chiffre ne
ceurs sucrées. Un exemple concret de reflète pas le taux de participation aux
ensemble concordance entre les cultures. « On joue rassemblements. Les femmes membres
sur l’inconscient, la douceur de l’enfance, le amènent leur famille et convient leur
le passé », passé. La sociologie et la psychologie occu- mari. « Je regrette qu’il n’y ait pas plus de
pent une place essentielle dans notre ac- femmes juives. Elles ont du mal à bouger
tel est le credo tion », avoue ­Annie-Paule Derczansky. dans le 19e », déplore Annie-Paule.
La fondatrice de l’association œuvre de-
de l’association puis neuf ans au rapprochement entre
les juifs et les musulmans de France, ParTEnariat Mais la
Les Bâtisseuses loin de la guerre qui fait rage au Moyen- première des Bâtisseuses ne se décou-
Orient. « Il n’y a aucune volonté de conver- rage pas. Pour fédérer encore, elle lance
de paix, tir l’autre. Je tiens à ce que tout soit fait dans des appels sur les ondes de Radio
le respect des religions et des traditions. » Shalom qui lui a offert la possibilité
dédiée à l’amitié d’enregistrer chaque mois l’émission
« La voix des femmes ». Journaliste de
judéo-musulmane. SOLIDARITé L’as­so­ciation presse écrite et de radio, ­Annie-Paule
­ ’Annie-Paule voit le jour en 2004. Les
d n’a aucun mal à animer et annoncer,
Initiatrice statuts sont déposés au Journal officiel. dans les quinze minutes qui lui sont
À Paris, où elle réside, la journaliste imparties, l’agenda des prochaines ren-
du projet, lance cette « machine de la solidarité » contres. L’émission est diffusée pour la
après deux ans de préparation. Elle se première fois en décembre 2010. En fé-
Annie-Paule tourne vers les femmes, piliers de l’édu- vrier 2011, « La voix des femmes » réu-
cation des enfants, pour rapprocher les nit Pierre Djiki, président du centre
Derczansky communautés. Une règle d’or chez les culturel Danube, et Salah, musulmane
Bâtisseuses de paix : « Ne jamais parler du du 19e : « J’ai grandi avec des amis juifs,
voudrait étendre conflit israélo-palestinien, sous peine d’ex- raconte-t-elle. Aujourd’hui, j’aimerais re-
clusion de l’association » (cf. notre enca- trouver cette proximité à Paris. » Son
l’expérience dré à droite). Le 19e arrondissement est ­message est sans ambiguïté : « Mes-
un lieu idéal pour initier des ren- dames, n’hésitez pas à nous retrouver
à toute la France. contres : la population juive séfarade y ­dimanche 20 mars prochain, à l’occasion

22 dix huit dix neuf info
Annie-Paule Derczansky, fondatrice des Bâtisseuses
de paix, Salah, membre de l’association, et Pierre Djiki,
président du centre culturel Danube, (de gauche à droite)
enregistrent leur émission mensuelle sur Radio Shalom.

de “Pourim expliqué à mon quartier et tous les arrondissements de la capitale,


à mes copines“. Réunissons-nous pour avant d’essaimer dans la France entiè­
que nos enfants n’aient pas peur les uns re. Les membres souhaitent aussi po-
des autres. » L’association mise sur la ser une plaque commémorative à l’en-
connaissance interculturelle pour une trée de la Grande Mosquée de Paris,
meilleure compréhension entre les dif- pour rappeler l’aide que les mus­ul­
ENTENTE localE
La création d’un atelier de pâtisserie orientale Comment parler d’amitié entre
juifs et musulmans en mettant
a été l’une des premières activités de l’association de côté le conflit israélo-
palestinien ? En 2001, lors de
férentes communautés. Un partenariat mans ont apporté aux juifs pendant la la seconde Intifada, Annie-
avec la radio nationale Beur FM est à seconde guerre mondiale. Et, encore et Paule Derczansky est envoyée
l’étude. Annie-Paule y tient, pour que toujours, continuer à réunir les fa- en reportage à Créteil. Une
son message soit relayé de manière bila- milles et les enfants pour détruire les école juive et une synagogue
térale et sur de plus larges ondes. L’as- clichés sur l’une ou l’autre des com- y ont été vandalisées. Le lien
sociation possède aussi une antenne à munautés. « Le jour où les femmes des entre ces actes et la situation
Lyon, et de nouvelles initiatives pour- deux cultures comprendront qu’elles ne au Moyen-Orient semble
raient voir le jour dans d’autres villes. sont pas ennemies, que le conflit israélo- évident. Alors que le débat
palestinien ne concerne pas leur citoyen- sur la recrudescence des
neté et que leur intégration au sein de la violences antisémites fait rage,
RENCONTRES Dans un pre- collectivité nationale est primordiale, nous la journaliste comprend que
mier temps, Annie-Paule Derczansky et pourrons alors dissoudre notre asso­c ia­ la vraie question n’est pas là.
ses Bâtisseuses veulent amener les fem­ tion », conclut Annie-Paule. Son association se donnera
mes juives orthodoxes du 19e à adhé­rer. pour but la lutte « contre les
Ensuite, elles aimeraient étendre la Texte : Laura Bittoun et Violaine Desmons discriminations au sein de la
sphère d’influence de l’association à Photo : Delphine Vaisset communauté nationale ».

dix huit dix neuf info 23
‘‘
Espaces verts
SO
CI

en mal de gardiens
ÉT
É

« Là-bas, il y a du trafic de came, des groupes Pascal Julien, adjoint au maire du 18e,
qui rapportent leurs cocottes-minute et tout chargé des espaces verts et de l’environ-
leur attirail, laissant des saletés derrière nement, reconnaît l’existence de pro-
Certains eux. » Marylou Zacharie, riveraine du blèmes dans certains parcs. Le square
quartier, désigne le petit espace vert qui Léon, à proximité de la Goutte d’Or, était
habitants du 18e fait face au square de la Madone, porte réputé difficile. Mais grâce au tissu asso-
de la Chapelle. ciatif et à la mobilisation des riverains,
arrondissement des animations quasi quotidiennes ont
eu lieu tout l’été, lui donnant un nou-
ne se sentent pas Rondes Incivilités, consomma- veau visage. Les difficultés ne sont pas
tion de drogues et d’alcool, agressions chroniques et fluctuent d’un square à
en sécurité et bagarres y seraient trop fréquentes. l’autre. Pour Pascal Julien : « C’est la mise
Les habitants imputent ces problèmes en place d’initiatives comme les jardins
dans les jardins au manque de gardiens. partagés ou des animations qui permet-
La mairie de Paris gère la surveillance traient de résoudre les problèmes, plutôt
municipaux des espaces verts selon leur superfi- que de rajouter des gardiens. »
cie. Un site de plus d’un hectare est
de leur quartier. considéré comme prioritaire. Au
moins un gardien doit y être affecté en Initiatives La sécurité
Ils incriminent permanence. Les parcs plus petits, concerne aussi les agents. En 2008, la
dits secondaires, font l’objet de hausse globale est de 41,55 %, et de
le nombre trop rondes. Pour gérer un secteur, comme 24,77 % pour les seules agressions
celui du nord de l’arrondissement verbales et physiques visant des agents
réduit d’agents (dans les environs de la mairie et de la de la DEVE (direction des espaces verts
porte de Clignancourt), un gardien et de l’environnement). Une agression
de surveillance. doit gérer au moins trois squares. d’agent de la ville sur quatre concerne
Les trente-quatre squares du 18e comp- un gardien de jardin public. L’heure de
tent une cinquantaine d’AAS (agents fermeture des parcs est souvent un
d’accueil et de surveillance). Un gardien moment de tension. Les usagers rechi-
Lors de la fermeture, en congé ou en arrêt maladie, c’est toute gnent à quitter les lieux et les agents
certains usagers
l’équipe qui est déstabilisée et cela cause doivent composer avec leur humeur.
rechignent à partir.
parfois la fermeture de certains parcs. L’absence ponctuelle de gardiens ne dé-
Le parc Léon Serpollet est un site priori- range pas Marylou Zacharie. Elle
taire. Communément appelé parc des évoque les toxicomanes de l’espace vert
Cloÿs (du nom de sa rue), il est situé à en face du square de la Madone, mais
proximité de la mairie, quartier com- reste optimiste. « On est dans un quartier
merçant et animé du 18e. Comme en té- où il y a une grande mixité sociale, et je vois
moigne Marie-Pierre Dauloudet, une cela d’un bon œil. On sait où l’on est ici, donc
habituée de l’endroit : « L’été dernier, un on sait à quoi s’attendre. Les SDF aussi ont le
jeune à l’allure un peu efféminée a failli être droit de se poser quelque part », note-t-elle.
étranglé. Des bandes de jeunes dont certains S’il y a des soucis, la bonne cohésion so-
ont à peine dix ans se battent souvent. Les ciale fait que les personnes s’entraident
gardiens le savent, mais ne bougent pas. » et règlent les problèmes entre elles,
À cela, Roger*, un agent, réplique : « Nous même si elles ne se connaissent pas.
faisons de notre mieux pour que tout aille
bien, et nous essayons d’intervenir quand il  Texte : Julie Sabatier
y a des problèmes. En été lorsqu’il y a plus Photo : Émilie Wood
de mille personnes, comment voulez-vous
qu’on ait l’œil partout ? » * Le prénom a été modifié

1 dix huit dix neuf info
PO
LI
TI
Q
UE

Maire du 18e
arrondissement,
député de la 19e
circonscription
de Paris, l’ancien
ministre de
l’Intérieur du
gouvernement DANIEL
Jospin, entre 2000
et 2002, est un VAILLANT
homme pressé.
À 62 ans, il gère
La JOURNÉE
son emploi
du temps avec
D’UN MAIRE
9 h 45 - Le maire socialiste du 18e ment, puis de l’Intérieur, entre 1997 et
pragmatisme. arrondissement de Paris débute sa 2002. Désormais, outre le mardi et le
journée municipale. Sur la cheminée de mercredi, voués au travail de l’Assem-
Récit de son bureau est posée, entre autres, une blée nationale, Daniel Vaillant consacre
photographie des membres du gouver- l’essentiel de ses journées à la gestion
douze heures nement Jospin dans la cour de Mati­ des affaires de l’arrondissement. Et son
gnon. Un cliché souvenir d’un passé de temps lui est compté.
dans sa vie. ministre des relations avec le Parle­ « On traitera donc du menu en trois quarts

dix huit dix neuf info 25
d’heures », annonce-t-il à son interlocuteur, un respon- 15 h 30 - Retour dans son bureau. Lecture du jour-
sable de la SNCF. Ordre du jour : la restructuration du nal Le Monde. Café. Daniel Vaillant devrait écrire. Pour­
quartier La Chapelle-international. Daniel Vaillant or- suivre la rédaction de son livre, 40 ans d’histoire du parti
chestre la partie : il résume chaque point, consulte, socialiste. À paraître en avril 2011. Mais l’homme préfère
conclut. Sa voix, forte, imposante, contraste avec le ton dialoguer. Raconter ses projets. Son 18e arrondissement,
calme et discret du responsable de la SNCF. Le maire du où il vit depuis cinquante ans. Il évoque aussi sa famille :
18e est direct, franc. « Elle vit en province. J’y consacre mes fin de semaines. » Dif-
ficile à prendre en défaut, l’homme n’élude aucune
question. Il a réponse à tout. Exemple, la saleté dans
11 h 00 - Daniel Vaillant prend l’ascenseur. Di- plusieurs quartiers du 18e souvent mise à l’index : « Est-
rection une grande salle du sous-sol où a commencé, ce que je salis volontairement ? Au-delà de l’action des services
il y a une vingtaine de minutes, la réunion des chefs concernés, c’est une question d’éducation. »
de circonscription. Elle se déroule une fois par mois
et rassemble les directions des services techniques de
la mairie, le commissaire de police, Paris Habitat, etc. 16 h 00 - Remise d’une médaille de Chevalier de
Les débats ont commencé. Daniel Vaillant entre, le l’Ordre national du mérite à une habitante du 18e arron-
pas pressé. Son directeur de cabinet lui apporte une dissement pour la remercier de son action en faveur de
grande tasse de café. Interruption du débat. « Merci, quartiers défavorisés du 18e. Discours. Petits-fours. Le
je reprends. Vous savez à quel point j’apprécie ces réunions maire trempe ses lèvres dans une coupe de champagne.

DIFFICILE À PRENDRE EN DÉFAUT, L’HOMME N’ÉLUDE


AUCUNE QUESTION. IL A RÉPONSE À TOUT
de chefs de circonscription. […] Je dois m’absenter pendant Puis élaboration de son agenda avec son chef de cabinet.
quelques minutes, pour célébrer un mariage, mais vous C’est serré. Son mandat de député de la 19e circonscrip-
allez voir, cela peut être très rapide », annonce Daniel tion s’ajoute à son quotidien de maire.
Vaillant. Le plus souvent, les adjoints s’occupent des
mariages. « C’est rarement le maire, explique son chef
de cabinet. Il le fait pour des amis ou parce qu’on lui de- 18 h 30 - Il s’engouffre dans sa voiture. Accom-
mande personnellement, mais c’est compliqué à caser dans pagné par son officier de sécurité. Direction Radio
son emploi du temps. » Orient, en proche banlieue. La journaliste l’interroge
sur les événements qui secouent le Maghreb. « Ces ré-
volutions sont une bonne chose. » Prière dans la rue.
12 h 35 - « On va terminer là-dessus, on est déjà « L’Institut des cultures d’Islam et ses salles de prière per-
presque en retard pour le repas. […] Est-ce que ce sera du mettront aux musulmans du 18e de pratiquer dignement
poulet ? », demande le commissaire Clouzot. « Non, on n’a leur religion. C’est bien beau de critiquer, moi, je suis dans
pas osé ! », répond en riant Daniel Vaillant. Excep­tion­nel­ l’action. » La journaliste rétorque en riant : « Vous avez
lement, un repas est organisé pour le passage en 2011. réponse à tout » .
L’édile confesse un « bon coup de fourchette ». Ça se voit.
Il assume. « Je me porte bien ! »
20 h 00 - Retour dans le 18 . Une salle de la sec-
e

tion du PS local, rue de Trétaigne. Le maire intervient


14 h 30 - Il est temps de rallier une petite salle de devant les militants. Débat sur la légalisation du canna-
la mairie. Une vingtaine de personnes attendent le bis et des salles de consommation à moindre risque. La
maire. Architectes, représentants de la préfecture de po- salle écoute, attentive.
lice et de la région Ile-de-France, tous appartiennent au
Comité de suivi de l’Opah (Opération programmée
d’amélioration de l’habitat) des secteurs Belliard Dou- 21 h 30 - Fin de la journée de travail. « Je vais rentrer
deauville. Daniel Vaillant pose les termes du débat. chez moi, rue Ernestine dans la Goutte d’Or. Il sera temps,
Donne la parole. Écoute. Sa présence ne semble pas in- alors, d’ouvrir une brique de soupe ! »
dispensable. Ses conseillers techniques suivent le dos-
sier. « J’ai besoin d’être là, indique-t-il pourtant. Des infor- Texte : Philippe Bordier
mations remontent des quartiers. C’est une manière de me et Simon Gouin
tenir in­formé. » Photo : Adrien Matton

26 dix huit dix neuf info
Pierre-yves bournazel
« DEPUIS TROIS ANS, MA PRIORITÉ
ABSOLUE RESTE LE 18e »

‘‘
Entre la préparation des élections municipales de 2014 et le dossier
du Grand Paris, le jeune conseiller régional d’Île-de-France
est occupé… Portrait d’un homme qui incarne la droite moderne.

« Je viens d’être nommé au bureau politique mon équipe d’élus et de bénévoles. Nous
de l’Ump en tant que secrétaire national en rencontrons les habitants de l’arrondisse-
charge des grandes métropoles. C’est une ment. Ma méthode, c’est l’écou­te et l’aide à
décision de Jean-François Copé, notre secré- la démarche, et il y en a beaucoup : sécurité,
taire général, ainsi qu’une grande chance propreté, voirie, logement, insalubrité, gar­
pour moi qui ne suis qu’un élu local sur Pa- de des enfants… »
ris et la région. » À la demande de Xavier
Bertrand, Pierre-Yves Bournazel s’occu­
pe depuis dix-huit mois du dossier du permanence « Nos moyens
Grand Paris, rencontrant architectes, sont encore faibles, surtout par rapport à
sociologues et associations d’Île-de- ceux de la majorité, mais nous avançons.
France. Ses statuts de con­seiller à la ré- Courant mars, nous ouvrons une perma-
gion et à la Ville de Paris l’ont préparé à nence rue du Mont-Cenis et un site inter-
cette tâche. « Paris est une grande métro- net. Ma lettre mensuelle est diffusée à
pole européenne et internationale, mais qui quelques milliers d’exemplaires. Mon ana-
ne peut plus rester une ville autocentrée. lyse est que “la gauche s’essouffle à Paris.
Elle doit s’inscrire dans sa région, comme À nous d’assumer l’alternance”, et de ne
d’autres capitales de pro­v ince », déclare pas la laisser à Europe Écologie », pré­cise-t-
l’élu à l’allure encore estudiantine. Le il en abordant les élections municipales
ton est ferme, l’argumentaire construit. de 2014. « Nous gagnerons sur les idées, sur
« Tous les thèmes ont été abordés : du déve­ les projets. Avec une droite moderne et so-
lop­pement durable au maillage des trans- ciale, qui a acté l’évolution sociologique de la
ports, en passant par le développement éco- ville », celle qu’il revendi­que incarner. Il
nomique, le logement ou encore le rayonne- soutient le Pacs, n’est pas hostile à Pierre-Yves
ment culturel. » Le militant est déjà aguer­ l’aménagement des voies sur berge, Bournazel, 33 ans.
ri : « C’est un projet du président. Il nous veut favoriser le développement des
faut porter sa parole. » transports en com­mun : « À nous d’avoir
« Mais, depuis trois ans, ma priorité absolue un temps d’avance sur la gau­che. »
reste le 18e. » L’objectif politique est clair : Convaincu par son discours, il affir­me :
gagner la mairie d’arrondissement. « C’est le même électeur parisien qui a voté
Cela lui prendra le temps nécessaire.« Je pour Sarkozy en 2007, réélu en 2008 Ber-
travaille sur le long terme. Il ne s’agit pas trand Delanoë et soutenu Europe Écologie
simplement de se présenter lors des élec- en 2009. L’électorat parisien n’est pas idéo-
tions. ». Il habite le 18 e depuis 2008, logique ; nous gagnerons en étant décom-
d’abord rue Damrémont, puis rue du plexés, en innovant sur les questions d’ur-
Mont-Cenis (qui donne sur la mairie). banisme et de logement. »
Deux cent mille personnes y vivent, qu’il
faut aborder, entendre puis con­vaincre. Texte : Franck Aubry
« Je me consacre au travail de terrain avec Photo : Moland Fengkov

dix huit dix neuf info 27
L’actualité des 18e et 19e arrondissements de Paris

bons plans
À livre battant onctueux et frais (4,50 €),
BOUTIQUES mais aussi des soupes du jour
De sa Librairie des Abbesses, et leurs madeleines salées
Le surplus APC, Marie-Rose Guarniéri (5 €), des sandwichs décalés
chic, moins cher aiguillonne la création littéraire. (poulet, mangue, poivre
Sa boutique, qui fait la part noir et cacahuète, 3,50 €),
La boutique ne désemplit belle aux auteurs et aux des desserts et des salades
pas depuis son ouverture, livres oubliés par les médias, maison… et la bonne humeur
en septembre 2008. APC, du service en prime.

© Centre B. Fleury Goutte d’Or


© C. Nicolas

organise prix et manifestations.


la marque chic et épurée Un passage obligé pour les Smooth in the City
du créateur Jean Touitou, y Mange-disques La Table d’Eugène
amateurs de belles lettres. 11, rue des Abbesses • 75018 Paris
1, rue Fleury • 75018 Paris 18, rue Eugène-Sue • 75018 Paris
vend ses collections homme (du lun. au dim. de 9 h à 19 h)
et femme, avec un an de Tél. : 01 53 09 30 70 Tél. : 01 42 55 61 64
décalage mais moitié moins (du mar. au dim. de 11 h à 20 h) (du mar. au sam.)
www.fgo-barbara.fr/83 AGITATEUR DE
cher. Comptez 200 € pour un
manteau long, 160 pour une SAVEURS
paire de chaussures en daim ou bistrot aux airs
Gourmandise et produits de
invente la happy flower :
encore 98 pour un jean. de café d’antan saison : voilà le credo de la
bleue, Dominique Colombi
APC Table d’Eugène, néobistrot
et le flower power. À la Java
Le décor n’a pas changé depuis

© C. Heurteau
20, rue André-Del-Sarte • 75018 convivial. La carte, renouvelée
On connaissait la happy hour
Paris Librairie des Abbesses le début du siècle dernier.
toutes les six semaines,
Tél. : 01 42 62 10 88 30, rue Yvonne-Le-Tac • 75018 Paris D’ailleurs, on y tourne parfois
réinterprète avec créativité la
des fleurs
(du mar. au sam. de 12 h 30 à des films. Entre la porte de
Tél. : 01 46 06 84 30 gastronomie française. Formule
19 h 30 • dim. de 13 h 30 à 19 h 30) Clignancourt et la mairie du 18e,
Le pouvoir
(lun. de 11 h à 20 h • du mar. au ven. déjeuner à 18 €, menus à 27,
www.apc.fr de 9 h 30 à 20 h • sam. de 10 h à
La Renaissance est un lieu hors
35, 55 et 75 €. Le soir, il est 14 h 30 • lun. de 16 h à 20 h 30)
20 h • dim. de 12 h à 20 h) du temps. Café sur le zinc à 1 €.
vivement conseillé de réserver. (du mar. au dim. de 10 h 30 à
Affinage raffiné www.leblogdelalibrairiedes Tél. : 01 42 49 21 94
abbesses.blogspot.com
rue lepic 9, rue de la Villette • 75019 Paris
L’Alta Rocca
En plein cœur du quartier DÉNICHEUSE DE
Pigalle, cette boutique de cent TENDANCES
ans d’âge propose plus de deux
© M. Péhé

cent cinquante spécialités. Conçue par Nathalie Bui, la


Parmi les originalités qui boutique multimarques Make
© J. Retaillaud

© G. Falourd
attirent touristes et amateurs : My D… propose une sélection
le camembert aux truffes, le pointue de vêtements et La Renaissance
chèvre aux figues et les tours accessoires de mode. Du 112, rue Championnet • 75018 Paris
Eiffel tout en fromage ! T-shirt basique (Little Marcel) à Tél. : 01 46 06 01 76
la tunique très féminine (Margit
Brandt), retrouvez les pièces
prévoir de débourser 4,50 €.
Doux et décalé Internet de la boutique.
essentielles d’une vingtaine de
coppa est craquant, mais
être commandé sur le site
créateurs français et étrangers.
de myrte. Le sandwich à la
C’est une idée de filles, ce Le matériel peut également
la châtaigne et autres liqueurs
Make My D… bar à smoothies rose fuchsia : pellicules Kodak, Ilford ou Fuji.
fermiers, huile d’olive, bières à
7, rue La-Vieuville • 75018 Paris des kilos de fruits livrés vue noir et blanc comme les
corses : charcuteries, fromages
Tél. : 01 44 92 82 98 tous les jours pour des jus les classiques de la prise de
une sélection de produits
(du lun. au mer. de 14 h à 19 h 30 •
amateurs peuvent s’y procurer
Jean‑François Balucanti recèle

© M. Bourdellès
du jeu. au sam. de 10 h 30 à 19 h 30
(ouvert 7/7 jours • de 7 h 30 à 2 h) argentique. Comme eux, les
La micro boutique de
• dim. de 12 h à 19 h)
entretenir leur labo photo
Fromagerie Lepic Tél. : 01 42 49 17 33
le matériel nécessaire pour
20, rue Lepic • 75018 Paris 103, rue de Belleville • 75019 Paris La Corse à Paris
professionnels trouvent ici
Tél. : 01 46 06 90 97 BARS - RESTAURANTS Le Bariolé chimiques aux papiers, les
bons plans L’actualité des 18e et 19e arrondissements de Paris
HÉBERGEMENTS
des fleurs coupées « à moitié Photostock Lao miam ! Ici, tout est possible, et à prix
prix », le dimanche soir à 17 h. 126, boulevard Sérurier • 75019 Paris abordables… ou presque. À la
Elle vide son stock et, rentré Familial malgré une affluence carte : quesadillas (7 €), tripoux
L’auberge chez lui, le client compose son
Tél. : 01 42 00 26 25
(du lun. au sam. de 10 h à 13 h et de record de fidèles connaisseurs, d’Auvergne (12,50 €), clafoutis
ANglaise propre bouquet. 14 h 30 à 19 h) le Lao Siam a bâti son succès créole (6 €). À ne pas rater : la
www.photostock.fr depuis vingt-six ans sur la liste charnue de vins, à partir de
Des amis viennent vous voir à qualité de sa cuisine lao et thaï : 15 € la bouteille. Valentin propose
Paris ? Vous manquez de place Cinéma côté fraîche, authentique, variée, une formule midi avec entrée-
pour les recevoir ? Ouverte abordable. Daurade suprême plat ou plat-dessert à 14 €.
depuis 2008, l’auberge de livres et DVD à 9,50 €, « Tigre qui pleure » Valentin
jeunesse Saint Christopher’s (bœuf grillé épicé) à 8 €. 64, rue Rébeval • 75019 Paris
Accolée au MK2, quai de
Inns accueille les voyageurs,
© C. Alizon

Loire, cette librairie possède Tél. : 01 42 08 12 34


et pas seulement les jeunes, à
un rayon DVD unique, sa (ouvert 7/7 jours de 12 h à 14 h 30
partir de 25 € la nuitée.
spécialité. On peut y dégoter et de 19 h 30 à 23 h)

© A.-C. Nguyen-Thanh
La Java bleue le vieux western introuvable,
107, rue de Belleville • 75019 Paris le documentaire rare et même
Tél. : 01 42 01 22 33 des versions originales sans
www.lajavableue.com sous-titres. Lectures sur l’eau
et séances de dédicaces.
© M. Bourdellès

Marchand de vin MK2 DVD www.kiehls.fr


7, quai de Loire • 75019 Paris Lao Siam (du mar. au dim. de 10 h 30 à 19 h)
Du sol au plafond, des casiers Tél. : 01 44 52 50 70 49, rue de Belleville • 75019 Paris Tél. : 01 42 54 44 19
étiquetés à la main sont remplis (de 12 h à 20 h ou 22 h 30, selon les Tél. : 01 40 40 09 68 22, rue des Abbesses • 75018 Paris
Saint Christopher’s Inns de bouteilles, couchées pour jours) (ouvert 7/7 jours • réservation Kiehl’s Abbesses
159, rue de Crimée • 75019 Paris préserver la qualité des crus www.mk2.com conseillée)
soigneusement sélectionnés.

© G. Desportes
Tél. : 01 40 34 34 40
(ouverte 7/7 jours • bar ouvert En prime, conseils d’achat et BARS - RESTAURANTS La table
jusqu’à 2 heures, salle de concerts dégustations régulières.
ouverte jusqu’à 5 heures) Bar d’ambiance multiculturelle
www.st-christophers.co.uk/
paris-hostels 18 h sur 24 h du 19e
Déguster des plats aux
BOUTIQUES Déco sobre, cuisine ouverte
influences sud-américaines,
sur la salle, plats traditionnels
auvergnates, thaï ?
Plaisirs bio à petits prix, on vient ici
© J. Péraud
élevée. À tester !
pour l’atmosphère : jeunes, naturelle en concentration
Vous êtes adeptes des produits vieux, bobos ou non, font de à base d’ingrédients d’origine
bio ? Dans l’atmosphère l’établissement un p’tit bistrot de cosmétiques new-yorkaise
d’une boutique classée aux Ma cave de quartier chaleureux, surtout « commerce équitable ». craquent pour cette marque
Monuments historiques, 105, rue de Belleville • 75019 Paris à partir de 18 h. Tout le monde (env. 4 €)… que des produits Kiehl’s. Mais les femmes aussi
Véronique Mauclerc vous y trouve sa place… Même
Tél. : 01 42 08 62 95 1,50 €), sandwiches à l’ancienne découvre la crème à raser
propose un large choix de (du lun. au sam. de 9 h 30 à 13 h et de
lorsque c’est plein ! comptoir : jus frais (à partir de cri du cœur d’un homme qui
pains, gâteaux et viennoiseries, 16 h à 19 h 30 • dim. de 10 h à 13 h) du centre Barbara Fleury. Au rasé d’aussi prêt ! » : c’est le
le tout cuit au four à bois. dans le cadre contemporain « Je ne me suis jamais senti
Boulangerie, pâtisserie, De l’or pour d’un verre ou d’un en-cas bio
les amoureux
NY aux Abbesses
salon de thé
mélomanes se croisent autour
83, rue de Crimée • 75019 Paris
Les soirs de concert, artistes et
d’argentique
Beauté made in
Tél. : 01 42 40 64 55

© J. Péraud
À l’apéro
(du lun. au ven. de 9 h à 14 h et de 13 h 30 • fermée le lun.)
De la cuve de développement
15 h 30 à 20 h • sam. et dim. de 9 h compos bio de 15 h 30 à 20 h • dim. de 7 h 30 à
au compte-pose, des produits
à 20 h • fermée le mar.)
(du mar. au sam. de 7 h 30 à 13 h et
ÉC
O
N
O
M
IE

Au 49, rue Ganneron,


on compte au total
quatre niveaux de bureaux
dans une même pièce.
Les employés de Dailymotion
l’appellent « la cathédrale ».

L’entreprise
installée
Dailymotion
dans le 18e success story
est devenue
un des leaders en bas

C
du partage
de vidéos
de chez vous
en ligne, derrière
C’est comme si Pepsi-Cola se cachait partenariats avec les producteurs de
son concurrent, derrière une porte cochère. Face au ci- contenus : presse, radios, télévisions…
metière Montmartre, au 49, rue Gan­ « Nous voulions rester dans Paris, sans re-
l’américain neron, la plaque « Dailymotion », dis- joindre les pôles médias d’Issy-les-Mouli-
crète, signale pourtant la première so- neaux ou de Boulogne. Nous avons trouvé
YouTube. ciété européenne d’hébergement et de ici tout un écosystème d’entreprises de créa-
partage de vidéos sur Internet. tion de vidéos qui nous convient. »
Martin Rogard, Martin Rogard, la trentaine, est direc- L’immeuble ? 1 350 m2 loués. Des pla-
teur général France de Dailymotion de- teaux de travail sur quatre niveaux, oc-
le directeur puis juillet 2007. Il n’a pas renoncé pour cupés par une centaine de collabora-
autant à porter Nike et jeans, un souve- teurs, en majorité des hommes, et des
général, entend nir des études de droit qu’il a abandon- bureaux pour les managers. Aucune
nées avant de travailler chez un éditeur porte n’est fermée. Dans la « cathé-
conserver de jeux vidéos, puis auprès du ministre drale », rue Ganneron, les salariés se
de la Culture Renaud Donnedieu de partagent les tâches techniques et de
l’esprit start-up Vabres, comme conseiller technique. développement, mais aussi la régie pu-
« Nous sommes implantés dans le 18e de- blicitaire, les ressources humaines, le
pour continuer puis janvier 2008 », précise-t-il d’emblée. ­juridique et les finances.
Son bureau surplombe celui des déve- « La moyenne d’âge est de 29 ans et je fais
à se développer. loppeurs commerciaux, qui signent des déjà partie des plus anciens », précise

30 dix huit dix neuf info
Martin Rogard. Dailymotion est égale- pas sain de consacrer vingt heures par jour à
ment implanté à New York et à Londres, la boîte. » Ils déjeunent au McDo de la
mais le pilotage de la vingtaine de sites place Clichy ou chez Puccinella, rue
mondiaux est effectué depuis le Damrémont, mais aussi au Berkeley,
18e arrondissement. rue Fauvet, au Perroquet Vert, à la
Galère des Rois ou au Bouclard, rue
Cavallotti. « On ne vit pas en vase clos,
Déjeuner Le directeur géné- mais avec les commerces alentour. On joue
ral ne cache pas l’ambition du site : aussi tous les jours au foot et au basket
« Être un succès français ne nous a jamais square Carpeaux. » Le soir, pour ceux que
Bientôt repris
intéressé. » Il n’a aucun complexe vis-à- cela tente, il y a pot au Carambol, à côté. par Orange ?
vis de la concurrence internationale, et Enfin, tous les premiers jeudis du mois, Dailymotion a été créé
il a toujours le même business model : hé- certains se rendent au Cinéma des ci- en mars 2005. Aujourd’hui,
bergement gratuit de vidéos et musique néastes. Mais là, c’est dans le 17e. 93 millions d’internautes,
pour le grand public, financement par Aucune autre raison de quitter l’arron- dont 15 millions de Français,
la publicité. Facebook, toute proportion dissement, donc, sauf si le développe- visitent le site chaque mois.
Avec 20 millions d’euros
Aucune raison de quitter l’arrondissement de chiffre d’affaires en 2010
et une croissance de 40 %,
sauf si le développement de l’activité l’exigeait l’entreprise est bénéficiaire
cette année pour la première
gardée, fonctionne pareil. Tout comme ment de l’activité exigeait de nouveaux fois. Elle a connu plusieurs
YouTube, propriété de Google, seul vé- locaux. « Nous n’avons qu’une seule de- levées de fonds : le FSI (Fonds
ritable concurrent avec ses 500 mill­ions mande à présent : pouvoir traverser le cime- stratégique d’investissement)
de visiteurs, contre 93 mil­lions pour tière sans avoir à le contourner », sourit est entré à son capital en
Dailymotion. Martin Rogard. « Nous sommes enclavés 2009, et depuis février 2011,
Malgré la pression, Martin Rogard de ce côté, et donc trop loin des Abbesses. Orange est en négociation
veille à ménager ses salariés : « On a gar- Mais notre porte est toujours ouverte aux pour racheter 49 % des actions,
dé l’envie d’innover des start-up, mais le autres entreprises du quartier. » avec une option sur les 51 %
quotidien du travail est bien français. Les restants. Les investisseurs
gens prennent des pauses déjeuner. Ils ont Texte : Frank Aubry et les opérateurs y croient.
des horaires normaux. Ce n’est vraiment Photos : Antoine Vincens de Tapol
Martin Rogard, DG France
de Dailymotion depuis 2007.

dix huit dix neuf info 31
ÉC
KIOSQUES
DES 18 ET 19
e e
O
N
O
M

la grande
IE

‘‘
déprime
« La presse papier va mal, alors nous aussi », appliquées. Mais en décembre 2010, les
déplore M. Mabire dans son petit diffuseurs de presse, engagés dans un
kiosque à la sortie du métro Laumière. conflit social, sont restés en grève pen-
Aujourd’hui plus que jamais, les dant près de trois semaines. Et les
kiosquiers parisiens sont menacés. Ils kiosquiers ont observé une baisse fla-
ne cachent pas la difficulté de leur mé- grante des ventes due, entre autres, à la
tier, de plus en plus précaire. Présents concurrence des titres gratuits et d’In-
dans la capitale depuis 150 ans, les ternet. « J’ai perdu 20 % de mon chiffre
Sous-représentés kiosques sont pourtant le symbole du d’affaires en 2010 », constate M. Mabire,
commerce de quartier et de proximité. dans le métier depuis 25 ans. Son prin-
dans la capitale, Avec un ratio d’un magasin ou kiosque cipal problème : l’exiguïté. « On n’a pas
de presse pour près de 7 000 habitants, l’espace nécessaire pour étaler les maga-
les kiosquiers les 18e et 19e arrondissements sont repré- zines. » Néanmoins, il ne compte pas
sentatifs des craintes de la profession. pour autant échanger sa place.
de nos Sur les 340 kiosques parisiens, il y en a 12 Gérant du kiosque près du métro Porte-
dans le 19e et une quinzaine dans le 18e. de-Pantin depuis 2005, M. Lanaya
arrondissements trouve sa situation « moyenne ». Il attend
la prochaine commission, qui réunit les
sont, comme EXIGUÏTÉ L’avenir de tous les gérants de kiosques tous les six mois,
points de vente de presse s’annonce in- pour pouvoir demander une mutation.
tous les autres, certain. Depuis 2009, certaines des « Heureusement, nous recevons des 
nombreuses mesures adoptées lors des subventions qui complètent notre chiffre
inquiets pour États généraux de la presse ont été d’affaires », reconnaît-il.

leur avenir.
Et ce ne sont pas
les aides
annoncées
qui les rassurent.

Gérant d’un kiosque


près de la Porte
de Pantin,
M. Lanaya recherche
un autre emplacement.

32
Justement, cette année, les subventions
« pleuvent ». Le ministère de la Culture
et de la Communication a décidé de faire
de la vente de presse une priorité pour
2011. Parmi les initiatives : des mesures
d’urgence exceptionnelles en faveur du
déploiement des points de vente (en par-
ticulier les kiosques), des solutions pour
préserver le commerce de proximité,
une enveloppe de plus de 12 millions Zélium,
d’euros, la mise en place d’un « plan
kiosques ». L’objectif serait d’ouvrir 300
le magazine
nouveaux points de vente sur l’en- M. Mabire, kiosquier à Laumière, qui soutient
se plaint de l’exiguïté de sa boutique.
semble du territoire national d’ici à trois les kiosques
ans, soit une progression de près de 40 %
par rapport au réseau existant. « Une noble initiative » selon
souvenirs touristiques, tickets de trans- certains, « un exemple à suivre »
ports ou cartes de stationnement de- pour d’autres. Quoi qu’il en soit,
AIDES Rendre le métier plus attrac- vrait leur permettre de mieux gagner l’action de Zélium est largement
tif est également une des priorités du leur vie. Mais cette proposition de di- plébiscitée par les kiosquiers.
rapport relatif à l’implantation des versification des activités n’est pas Ce nouveau mensuel satirique,
kiosques à journaux, publié en juillet rentable : « Les commissions sur ces dans la lignée d’Hara-Kiri
2009 par l’Inspection générale des af- produits sont infimes », explique ou de Bakchich, a décidé de
faires culturelles. Il indique que « l’ac- M. Lanaya. « Tout dépend de la situation ne pas proposer d’abonnement
croissement du nombre de kiosques passe géographique », précise M. Traore, qui à ses lecteurs. Cette décision,
obligatoirement par une amélioration de la travaille au métro Parmentier et qui fondée sur le constat que « pour
situation des kiosquiers (…). » peine à écouler ses plans de Paris. faire vivre la presse, il faut des
gens qui la vendent », est jusqu’à
présent unique en son genre.
Les kiosquiers observent une baisse flagrante
des ventes due à la presse gratuite et à Internet
En 2001, la ville de Paris avait réduit La seconde mesure propose une aide
considérablement la redevance des exceptionnelle de 200  000 euros au Le nombre des kiosques parisiens
kiosquiers. En 2005, elle en avait Centre d’entraide parisien de la presse est passé de 252 à 340 en six ans.
modifié la gestion, considérant leur et de l’édition (CEPPE), qui répartira
travail comme un service public, ce qui ensuite la somme de manière équitable
a évité leur fermeture progressive. En entre les 340 kiosquiers parisiens.
2010, elle avait renoncé à percevoir sa En février 2011, Presstalis, principal
redevance, afin d’alléger les frais intermédiaire entre les éditeurs de
pesants sur la profession. presse et les points de vente, a annoncé
Par ailleurs, depuis 2009, les États une aide exceptionnelle de 500 000 euros
généraux de la presse ont décidé d’oc- pour les marchands de presse parisiens,
troyer des aides financières exception- afin de pallier les pertes qui avaient été
nelles à tous les diffuseurs et des aides engendrées par les grèves récentes.
nécessaires à la modernisation du Cependant, les kiosquiers restent scep-
réseau. Entre 2005 et 2011, les kiosques tiques quant à leur avenir. « Tant que le
parisiens sont ainsi passés de 252 à 340. fond du problème n’est pas réglé, les
Malgré tout, ils restent menacés. grèves vont recommencer et nous conti-
En janvier 2011, à l’occasion de ses nuerons à perdre du chiffre d’affaires », 
vœux à la presse, Bertrand Delanoë a soupire, fataliste, M. Mabire.
annoncé deux mesures en leur faveur.
La première vise à permettre aux Texte : Violaine Desmons
kiosquiers d’élargir leurs activités de et Marie-Carolyn Domain
vente hors presse. Le commerce des Photos : Émilie Wood

dix huit dix neuf info 33
coulisses
ÉC

DE LA MODE
O
N
O
M
IE

LA CRÉATION

D
A SA VOIE
Difficile de dénicher la fameuse rue des Sa clientèle est aussi éclectique que son
Gardes, petite enclave fashion parmi les style : elle vient de la rue d’à côté ou du
commerces populaires de Barbès. De bout du monde. De nombreux guides
part et d’autre de cette rue pentue, des touristiques mentionnent l’adresse :
Depuis 2001, enseignes carmin surmontent les « Les touristes qui viennent nous voir
vitrines dans lesquelles des vêtements recherchent avant tout une expérience shop-
la rue des de toutes sortes, d’abondantes et singu- ping originale à Paris. »
lières créations, attirent le regard. Au La « rue de la mode » naît en 2001 d’une
Gardes, fond des boutiques, les ateliers déploient initiative de la mairie de Paris et de la
leurs trésors : boutons, bobines, Fédération française du prêt-à-porter
à la Goutte d’Or, aiguilles, tissus colorés, croquis. féminin. Objectif : soutenir la création
dans un quartier cosmopolite. Quatorze
est devenue jeunes espoirs de la mode se lancent
Métissage Au milieu de ce alors dans l’aventure. Pour démarrer
un pôle fashion. foisonnement, Márcia de Carvalho va leur activité, ils louent leurs locaux
et vient, pique et repique dans le tissu, – d’une surface allant de 30 à 170 m2 –
Des ateliers conseille une jeune stagiaire, vérifie la 61 euros le mètre carré, un prix très
finesse d’un voile. La créatrice brési-
boutiques sont lienne a été l’une des premières à s’ins-
taller ici, en 2002. Son style chamarré
loués aux jeunes marie savamment les contrastes. « Je
viens d’une culture où le mélange est
stylistes important. Je m’efforce de retranscrire ce
métissage dans mes réalisations. » Selon
à des prix elle, la rue des Gardes apporte cette
même diversité dans le quartier : « C’est
dérisoires. un îlot exotique, qui valorise les talents et
savoir-faire de chacun. »
Márcia Márcia a hérité de sa mère son attirance
pour la mode, de son père son goût
de Carvalho, pour le recyclage. Aujourd’hui, cette
sociologue de formation met son talent
Tessa Delpech au service des autres. Elle recycle, par
exemple, des « chaussettes orphelines »
et Sakina M’Sa sous forme de patchworks et d’acces-
soires, et son projet de réinsertion
s’y sont sociale profite aux femmes du quartier,
qui bénéficient de l’apprentissage des
installées. techniques artisanales de couture.

34 dix huit dix neuf info
Saint-Germain-des-Prés. À l’inverse,
Sakina M’Sa, créatrice marseillaise d’ori-
gine comorienne, s’est installée rue des
Gardes avec la ferme intention d’y rester.

insertion Arrivée en 2005,


elle fait de sa marque une entreprise
d’insertion. Au sous-sol de sa boutique,
le fer à repasser lisse le tissu encore et
encore, alors que la radio crachote un
petit air de rock. Au fil des saisons, ses
collections sophistiquées au style
contemporain se sont rehaussées d’une
touche ethnique. En hommage à la
classe ouvrière, Sakina a créé un
blouson qui revisite le bleu de travail.
« La création doit s’ancrer dans la réalité et
le tissu social du quartier. Il reste néan-
moins encore beaucoup à faire pour déve-
lopper ce projet. La “rue de la mode” ne
raisonnable dans la capitale. Pourtant, doit pas s’endormir sur ses lauriers. »
dix ans plus tard, ils ne sont plus que Plusieurs créateurs, venus « rue de la
neuf. La dernière créatrice arrivée rue mode », sont ensuite repartis vers des
des Gardes est Tessa Delpech. Elle tient quartiers plus centraux, menaçant la

La « rue de la mode », enclave au cœur de Barbès,


apporte de la diversité au quartier Dans l’atelier de Sakina M’Sa
(photo de gauche). La créatrice
depuis près d’un an une boutique très pérennité du projet. Aujourd’hui, l’ini- d’origine comorienne forme
girly, sise au numéro 7, où elle s’occupe tiative survit grâce à la détermination de des femmes sans emploi à la couture.

de tout : couture, communication et quelques artisans, durablement installés. La boutique de Márcia de Carvalho
même comptabilité. « Je souhaite explorer (en haut et ci-dessous) a été
toutes les facettes de la féminité. Mon style Texte et photos : Carla Ferrand une des premières à s’installer
s’inspire des icônes de mode telles Marilyn et Alix de La Roncière dans la rue des Gardes.
La Brésilienne, sociologue
Monroe ou Audrey Hepburn. » Après des
de formation, se distingue
études de styliste, elle lance sa marque par ses collections aux mélanges
en 2008 et travaille à domicile dans le ethniques et colorés.
quartier du Trocadéro. Lui manquait un
point de vente pour se faire connaître. La
mairie de Paris lui propose cette« belle
opportunité ». Est-elle toujours aussi
enthousiaste ? « Ce projet qui soutient les
jeunes créateurs peu fortunés mérite d’être
valorisé et développé », mais elle regrette
« le manque de dynamisme du quartier ».
Son ancienne clientèle des quartiers
chics peinant à rejoindre sa boutique de
la Goutte d’Or, elle s’est adaptée aux
nouvelles riveraines et réalise des robes
africaines sur mesure. « Cela m’a permis
de me diversifier, explique-t-elle. Je ne
pensais pas pouvoir toucher autant de
personnes différentes. » Tessa espère néan-
moins migrer, dans un an ou deux, vers

dix huit dix neuf info 35
EN
V
IR
O
N
N
EM
EN
T

Rue Cambrai,
l’entrée principale de la cité
Edmond-Michelet Curial
se métamorphose
au gré du grand chantier
qui prendra fin en 2014.

&,7e0,&+(/(7
&85,$/

‘‘
/(&+$17,(5
6­e7(51,6(
Les habitants ©-·$,9e&8,&,WRXWHPRQHQIDQFHHWODFLWpMH 3DULV1RUG(VWVRLWGHX[FHQWVKHFWDUHV
QH OD UHFRQQDLV SOXVª UHJUHWWH FHWWH HQWUHOHVSRUWHVGHOD9LOOHWWHHWGHOD
des seize tours IHPPHG·XQHTXDUDQWDLQHG·DQQpHV(OOH &KDSHOOH&·HVWXQS{OHFLWDGLQWRWDOH
Q·KDELWH SOXV FLWp (GPRQG0LFKHOHW PHQWUHQRXYHOpTXLVRUWLUDGHWHUUHDYHF
de la cité du 19e &XULDOPDLV\WUDYDLOOHGDQVOHGRPDLQH XQUpVHDXGHWUDQVSRUWVDPpOLRUpWUDP
DVVRFLDWLI6DUDKDXVVLDJUDQGLHQWUHOHV ZD\7VXUOHVERXOHYDUGVGHVPDUp
vivent depuis UXHV&XULDOHW&DPEUDLGDQVOHQRUGGX FKDX[FRQQH[LRQDX5(5(HWHQILQj
HDUURQGLVVHPHQW&HWWHDGROHVFHQWH O·KRUL]RQDUULYpHGX7UDP·<HQ
plus d’un bail WURXYH TXH OHV WUDYDX[ V·pWHUQLVHQW SURYHQDQFHGH6DLQW'HQLV  
'HSXLVHOOHYLWDXU\WKPHGHV
au cœur PDUWHDX[SLTXHXUVHWGHVSHOOHWHXVHV
FRPPHOHVKDELWDQWVGHFHVORJH 129$7(85 /HVEkWLVGDWHQW
des travaux. PHQWVVRFLDX[/HJLJDQWHVTXHFKDQ GHpSRTXHROD9LOOHWWHDEULWDLW
WLHUDFRQQXTXHOTXHVGpERLUHVOHVWUD HQFRUHGHVDEDWWRLUV&HWHQVHPEOHHVW
Et la réhabilitation YDX[RQWpWpVXVSHQGXVjSOXVLHXUVUH pGLILp GDQV OD FRQWLQXLWp GH GHX[
SULVHVHQUDLVRQGHODSROOXWLRQGHV DXWUHVRXYUDJHV2O\PSLDGHVHQ
de l’ensemble VRXVVROVSXLVG·XQUHWDUGGHÀQDQFH HDUURQGLVVHPHQW HW)URQWGH6HLQH
PHQW(WODUpQRYDWLRQQ·HVWSDVÀQLH HQ HDUURQGLVVHPHQW /DFRQV
est loin &HSURJUDPPHV·LQVFULWGDQVOH*UDQG WUXFWLRQGHODUpVLGHQFH0LFKHOHWIDLW
SURMHW GH UHQRXYHOOHPHQW XUEDLQ ÀJXUHGHSURMHWQRYDWHXU©/HVJHQVVH
d’être terminée. *358 /DUpQRYDWLRQFRQFHUQHOD]RQH EDWWDLHQWSRXUKDELWHULFLH[SOLTXH-DFN\

 GL[KXLWGL[QHXILQIR
ODVRL[DQWDLQH,O\DYDLWGHODPRTXHWWH WUDQTXLOOHTXDQGLOVRUWVRQFKLHQª&HUWDLQV
GHVPLURLUV'HSXLVODVLWXDWLRQV·HVWGpWp WURXYHQWTXHOHVWUDYDX[VRQWPHQpVHQ
ULRUpH0DLVDYHFOHVWUDYDX[F·HVWEHDX GpSLWGXERQVHQVWHOOHFHWWHKDELWDQWH
FRXSPLHX[ª3RXUWDQWFHVpYROXWLRQV TXLGpSORUHTX·RQDLWSHLQWVXUOHFDUUH
ERXVFXOHQWOHVKDELWXGHV/D©UpVLGHQ ODJH0DLVJOREDOHPHQWOHVORFDWDLUHVVH
WLDOLVDWLRQªHQSDUWLFXOLHUODLVVHSHU UpMRXLVVHQW'pMjOHVJURXSHVVFRODLUHV
SOH[H/HSULQFLSHDGRSWpÀQDOHPHQW OHJ\PQDVHOHFHQWUHG·DQLPDWLRQHWOHV
FRQVLVWHjUpXQLUOHVWRXUVSDUGHX[RX WHUUDLQVGHVSRUWRQWpWpOLYUpV4XDWUH
WURLVDYHFXQHHQWUpHXQLTXHF{WpUXH LPPHXEOHV DWWHQGHQW OD UpIHFWLRQ GHV
IDoDGHVODSHLQWXUHGHVKDOOVG·HQWUpH
OHVDFFqVFRGpVHWO·DPpQDJHPHQWGHV

*5,//(6 ©$YDQWDXUHWRXUGXWUD ORJHPHQWV SORPEHULHHWpOHFWULFLWp (Q
YDLOOHVJHQVWUDYHUVDLHQWOHVEkWLPHQWV,OV VHSWHPEUH  XQ FDELQHW PpGLFDO
VHFURLVDLHQWVHFRQQDLVVDLHQW0DLQWHQDQW G·XQHGL]DLQHGHSUDWLFLHQVRXYULUDVHV

En septembre prochain, un cabinet médical


d’une dizaine de praticiens ouvrira ses portes
LO IDXW FRQWRXUQHU SDU O·H[WpULHXUª V·LQ SRUWHV GDQV OD WRXU ©0ª /·HQVHPEOH
TXLqWHXQHpGXFDWULFH6RSKLDQH/DID FRPSWHUDGHX[QRXYHOOHVUXHVHWGHX[
GLUHFWHXUGXFHQWUHVRFLDO&DPEUDLV·LQ MDUGLQVSRXVVHURQWHQWUHOHVPXUV)LQ
WHUURJHDXVVL©6LO·RQYHXWGpVHQFODYHUOD GXFKDQWLHUSUpYXHHQ
FLWpSRXUTXRLO·HQWRXUHUGHJULOOHV"«6DQV
GRXWHSRXUSHUPHWWUHjODSROLFHG·LQWHUYHQLU 7H[WH$OL[GH/D5RQFLqUH
SOXV IDFLOHPHQWª 'H TXRL UDVVXUHU HW-XOLHWWH*KHHUEUDQW
5REHUW XQ VH[DJpQDLUH TXL©Q·HVW SDV 3KRWRV/DXUHQW&DUUp

DROIT DE CITÉ
En 1995, la cité Michelet
est estampillée «site
de développement social
urbain» (DSU) et devient
Pierres, gravats un projet d’urbanisme
et chenillettes
prioritaire pour la ville.
émaillent
le parcours Son habitat dégradé et son fort
quotidien taux de chômage lui valent
des riverains d’être classée «zone urbaine
(ci-contre et sensible» (ZUS) l’année
en haut à droite).
suivante. Elle figure dans
les projets de développement
de la périphérie de Paris
Contre-partie Nord-Est. Ce programme
des travaux,
s’inscrit dans le cadre plus
les habitants
de la cité général du Grand projet de
disposent renouvellement urbain, qui
des nombreux porte sur sept arrondissements
services sociaux de de la capitale et vise
l’Espace Cambrai,
à améliorer la qualité de vie
que dirige
Sophiane Lafa de 200 000 habitants.
(en bas à droite).


SP
/$-(81(
*e1e5$7,21
O
RT

0217(

L
La salle de boxe
685/(5,1*
du 87, avenue /(6&216(,/6GXFRDFKSOHXYHQWFRPPH HQDSSOLTXDQWXQHFRPSUHVVHVXUO·±LO
OHVFRXSV©7DJDUGH5HQWUHODWrWH6RUV WXPpÀp©$OOH]RQPHWOHVJDQWVªVXU
Jean-Jaurès, GHVFRUGHVª(PDOHW$GULHQV·DIIURQWHQW O·DXWUHULQJ.HYLQHW0LFNDsOWRXWMXVWH
VXUOHULQJ­ODOXPLqUHGHVQpRQVHW GRX]HDQVHQFKDvQHQWOHVVZLQJVHWOHV
dans le 19e, VRXVOHUHJDUGGHER[HXUVOpJHQGDLUHV FURFKHWVHWHVTXLYHQWOHVFRXSVSUHVTXH
&HUGDQ7\VRQRX/D0RWWDGRQWOHV DXVVLELHQTXHOHXUVDvQpV
accueille SRUWUDLWVHQQRLUHWEODQFJUDIIpVVXUOHV
PXUVF{WRLHQWGHVWDJVFRORUpV
des sportifs 'HX[PLQXWHVHWF·HVWÀQL/HEUXLWGHV Ÿ12%/( $57  'DQV OD
XSSHUFXWVHWGHVUHVSLUDWLRQVKDOHWDQWHV VDOOH GH ER[H DQJODLVH GX J\PQDVH
de tous âges, HVWVWRSSpSDUO·DODUPHVWULGHQWHGXPL -HDQ-DXUqV DXWUHIRLV IUpTXHQWpH SDU
QXWHXUTXLDUHPSODFpODFORFKH(PDO &\ULO 6HURU FKDPSLRQ GH )UDQFH GHV
de tous niveaux MHXQH$IJKDQDUULYpGHSXLVXQDQj SRLGVORXUGVHQO·DPELDQFHHVWDX
SHLQHVHIDLWPLHX[FRPSUHQGUHDYHF PpODQJHGHFRQFHQWUDWLRQHWGHEODJXHV
et de toutes VHVSRLQJVTX·DYHFVRQIUDQoDLV,OVRUW SURIpUpHV HQWUH GHX[ URXQGV 8Q
GXURXQGXQHSDXSLqUHDPRFKpHSDU SXQFKLQJEDOOEDWODPHVXUH/HFODTXH
origines. Kevin, XQPpFKDQWGLUHFW©/HVULVTXHVGXPp PHQWUpJXOLHUGHVFRUGHVjVDXWHUU\WK
WLHUª V·DPXVH OH PDvWUH GHV OLHX[ PHOHVLPSDFWVVRXUGVGHVSRLQJVTXL
Igor, Youssef -DFTXHV&KLFKH©DQVHWGHPLªWRXW SLORQQHQWOHVVDFVGHIUDSSH&RQFHV

et Adrien Aux murs, des portraits


de boxeurs légendaires.
s’y entraînent
chaque jour
sous l’œil attentif
et nostalgique
de Jacques
Chiche, 73 ans,
ancien
professionnel
et gardien
du temple.
 GL[KXLWGL[QHXILQIR
INFOS PRATIQUES
Pour cette année, c’est complet,
mais vous pouvez toujours tenter
votre chance auprès de Jacques
Chiche…
Les lundi, mardi, mercredi
et vendredi, de 17 h à 20 h.
Le samedi matin est réservé aux
préparations des compétitions
Jacques Chiche dirige la salle du lendemain.
depuis près de trente ans.. Tarif : 200 euros par an pour
les cours + 50 euros pour la
licence et l’assurance.
sion à l’époque : du rap craché d’un cessite technique et analyse, un sport Un tarif raisonnable : chez
poste que l’entraîneur s’est résolu à ac- très agréable à pratiquer comme à re- Jacques, « on est Chiche, mais
cepter, même s’il préférait, lui, la « mu- garder « lorsque c’est bien fait », ajoute pas radin ! »
sique des coups » d’autrefois. Une quin- Stéphanie. Gymnase Jean Jaurès, salle
zaine de personnes, de toutes profes- Jean Bretonnel, 87, avenue
sions, âges et origines, ­s ’affairent. Jean-Jaurès, 75019 Paris.
Jacques Chiche se plaît aussi à souli- Poids plume Les aspirants Tél. : 01 48 08 57 11
gner le caractère multiconfessionnel de champions arrivent au compte-gouttes. Les enfants peuvent commencer
ses élèves. Il y tient, dans ce quartier où Certains s’échauffent en faisant le tour dès l’âge de dix ans, si leur
les communautés religieuses se sont du gymnase, les plus courageux sor- morphologie est suffisamment
parfois affrontées. « C’est la maison du tent courir au parc des Buttes Chau- développée. La compétition, en
bon Dieu… de tous les dieux », pré­cise-t- mont. Dans les vestiaires, qui sentent la revanche, est réservée aux plus
il. Avant d’ajouter : « La boxe, c’est avant sueur et l’huile de camphre, Whalid de seize ans.
tout le respect de l’autre. » enroule un ventre rebondi de papier
Ici, Igor soulève des poids, assis sur un cellophane afin de « suer plus, pour mai-
banc d’école. Là, son ami Youssef fait grir plus ». Jacques Chiche, partout à la

Emal, jeune Afghan, se fait mieux comprendre


avec ses poings qu’avec son français Alex Anglio,
l’entraîneur
des scolaires.
des tractions. Il ne faut pas négliger la fois, lace des gants, replace un casque
préparation, car « la boxe, c’est moitié et donne sans cesse des conseils. Ce pe-
physique, moitié technique », disent ces tit homme vif aux yeux malicieux, qui
quadras habitués du lieu. Quelques boxerait aujourd’hui en poids plume,
filles sont présentes, même si le « pa- n’a rien perdu de sa combativité et a
tron », au départ, n’y était pas vraiment mouillé sa chemise pour en arriver là.
favorable. Parmi elles, Stéphanie, édu- Une touche de nostalgie, mais « pas de
catrice spécialisée dans le quartier. Les regrets », pour ce Juif tunisien débarqué
débuts ont été difficiles. Il a fallu se faire en France en 1955. Il a combattu deux
accepter d’un milieu viril, où elle était fois contre Marcel Cerdan… junior.
perçue comme une « touriste ». Quatre Question de génération, il avait dix ans
ans plus tard, elle a gagné sa place. Pour à l’époque de la gloire du « boxeur aux
elle, la boxe, c’est le « noble art » qui né- mains d’argile », dont le décès tragique

dix huit dix neuf info 39
Six filles
prennent part
aux séances
d’entraînement.

dans un accident d’avion, en octobre école du respect et de l’élégance ». Pour cet


1949, l’affectera tellement qu’il séchera « ouvrier du ring », comme il se définit,
l’école « pendant deux semaines ». « la boxe fout le camp » à cause du « fric qui
a tout pourri », des gens qui « n’ont plus
faim » et sont « plus sur Internet que dans
passion En 1960, il écrit une les salles de sport ». À ce moment, Adrien,
lettre à Jean Bretonnel, l’un des plus qui boxe dimanche prochain en hui­
grands managers français d’alors, pour tième de finale du championnat des no­
le supplier de l’entraîner. Il ne le quit­ vices, met son adversaire au tapis et ral­
tera plus jusqu’à sa mort. La salle porte lume l’œil de l’entraîneur après avoir
aujourd’hui le nom de son mentor et détruit celui d’Emal : la passion est tou­
ses yeux s’embrument encore à l’évoca­ jours là, dans le sang. D’ailleurs, chez
tion du parrain de ses enfants. C’est les Chiche, c’est une affaire de famille :
« Monsieur Jean » qui, à la fin d’une car­ la fille a épousé le neveu de l’ancien
rière honorable, lui conseille de pas­­ser champion du monde, Young Perez, et le
le diplôme d’État. Jacques obéit. Autre fils, Thierry, lui aussi entraîneur diplô­
combat. Autre victoire. Il sera aussi en­ mé, prendra la relève, pour de bon, l’an­
traîneur. En 1984, il bataille contre les née prochaine.
ingénieurs de la mairie de Paris pour L’entraînement touche à sa fin. Quel­
transformer les anciens bains-douches ques étirements, une centaine d’abdos
en salle de boxe. Dans le courant des et une douche plus tard, les plus moti­
années 1990, il y organise chaque mois vés continueront à la brasserie d’en
des combats qui réunissent jusqu’à face, nommée Le Gymnase, bien sûr.
Dans la salle 2 500 personnes. Comme le dit Jacques Chiche devant un
de boxe, Mais l’âge d’or est révolu. Il pense rac­ demi : « On ne sort jamais du sport ! »
l’ambiance crocher les gants l’année prochaine,
mêle après plus d’un demi-siècle de boxe, dé­ Texte : Joce Hue
concentration
et blagues
goûté par la disparition de la « vieille Photos : Jean Larive
lancées entre
deux rounds.

40 dix huit dix neuf info


au taekwondo

‘‘
frère et sœur
de combat
« Traduction littérale : la voie du pied et du énormément de préparation physique. J’ai
poing. Mais chaque pratiquant possède son passé mon enfance à courir, à faire des
taekwondo propre, c’est un style que tu flexions, à marcher en canard, à faire des
adaptes, tout en coups de pieds, en accéléra- pompes. Il m’a assuré un physique solide »,
tion et en vélocité », explique Mathias. Le raconte Mathias.
frère et la sœur ne se voient pas vivre Très jeunes, ils ont aussi appris à gérer
sans ce sport, ils ont été élevés avec. la douleur avec leur père : « Il nous a tou-
Chez eux, le taek­wondo est une affaire jours répété que la blessure est une illusion
de famille ; leur père, Lucien Maizeroi, de l’esprit », raconte Cannelle. Son frère
est lui-même entraîneur et ancien com- précise : « La psychologie de Cannelle, c’est
pétiteur. « Il a tout d’abord eu un club dans que, si tu es blessé à une jambe, tu en as une
Depuis l’enfance, le 19e, rue Archereau. Au début des années deuxième ! »
1990, il s’est installé à la Goutte d’Or, dans
ils pratiquent le 18e », précise Cannelle.
Le 5 février dernier, les championnats expérience La compéti-
l’art martial de France seniors de taekwondo se sont tion demande beaucoup de temps et de
déroulés à Strasbourg. Mathias est sa- l’argent. Le reste de l’année, il faut
coréen tisfait : « Cette année, j’ai bien combattu. continuer à vivre. « On est obligé d’avoir
Après cinq tours, j’ai rencontré Pascal un travail », explique Mathias. En 2008,
sous l’œil attentif Gentil [quatorze fois champion de encore étudiants, ils avaient pu s’in-
France, Ndlr] en finale. » Le manque de vestir plus intensément dans le
de leur père. temps pour s’entraîner a desservi taekwondo et combattre au niveau
Mathias. « J’ai manqué de réaction, de pré- international. Les entraînements ont
Mathias cision, mes combats étaient brouil­lons. » alors payé : Mathias a fini 4e au classe-
Mathias a fini second, ramenant chez ment européen et Cannelle, 8e. « Après,
et Canelle lui la médaille d’argent, et Pascal Gentil j’ai trouvé un travail. Maintenir le niveau
a remporté son quinzième titre natio- international n’était plus possible. On
Maizeroi nal. Cannelle a décroché la troisième avait une compétition par mois, qui t’im-
place dans sa catégorie. Pour atteindre mobilise au moins un week-end complet.
s’entraînent des niveaux aussi élevés, il a fallu des Les patrons aiment bien que tu fasses des
années de préparation. arts martiaux, mais pas que tu sois
dans le 18e. blessée », ajoute Cannelle.
Malgré les nombreuses séances d’en-
Compétiteurs, discipline Mathias n’a pas traînements suivies, Mathias reste lu-
de souvenirs de l’époque où il a cide : « Nous sommes très loin de bien
ils évoluent commencé, quand il était en CP. « Notre d’autres compétiteurs en termes d’expé-
père nous imposait une rigueur à tenir qui rience et de réactivité. » L’essentiel :
chez les seniors n’est pas toujours évidente quand tu es « Combattre sans se blesser pour pouvoir
gamin. La discipline, ce n’était pas trop continuer. Comme on est en élimination di-
au niveau mon fort à l’époque. » Il s’est investi dans recte, il faut gagner les combats en s’écono-
le taekwondo lors de son arrivée au misant pour les suivants. » L’année pro-
national comme collège. Pour Cannelle, les souvenirs chaine, ils tenteront de faire encore
sont flous également. Ils ne sont sûrs mieux pour les championnats de
international. que d’une chose : l’entraînement France.
dispensé par leur père leur a donné de
Avec succès. très bonnes bases. « Il m’a fait faire Texte : Marie-Carolyn Domain

dix huit dix neuf info 41
SP
O
RT

MONTER EN
NATIONAL
C’est au stade
des Poissonniers
L’ESPOIR FOU
(18e) que l’équipe
de foot des moins
DES FOOTEUX
de dix-neuf ans À mi-parcours du championnat de divi- remplir cet objectif dès leur première an-
sion d’honneur, l’équipe première des née en division d’honneur. Il reste néan-
s’entraîne. moins de dix-neuf ans (U19 A) de l’Es- moins satisfait : « Il vaut mieux finir
pérance sportive parisienne (ESP) est dernier dans cette division, que premier
à mi-championnat classée quatrième ex-æquo avec le FC dans la dernière division du district. »
Saint-Leu PB 95. Elle a peu à peu gravi L’équipe des U19 A joue également en
de division les échelons en quelques années, pas- coupe de la ligue de Paris, qui rassemble
sant avec brio les divisions départe- les quatre-vingt-douze meilleurs clubs
d’honneur, mentales et régionales. Elle affronte de la ligue. « En division d’honneur, douze
­aujourd’hui les meilleurs joueurs d’Île- clubs sur deux mille trois cents appartien-
ses joueurs rêvent de-France de la même classe d’âge. nent à l’élite et nous avons la chance d’y
L’équipe pourrait monter en national la être », précise Robert Weinberger. L’ESP
de gravir saison prochaine. Pour cela, il faut finir à est en huitième de finale, « c’est-à-dire
la première ou deuxième place du clas- parmi les seize meilleurs en coupe ».
les échelons, sement. Robert Weinberger, président
de l’ESP, y compte bien, mais considère
en terminant qu’« il n’est jamais bon de brûler les étapes. plÉBISCITÉS Sur le terrain,
L’équipe est à cinq points de la deuxième les joueurs « donnent du grand spectacle »,
premiers place ; elle a la meilleure attaque de la divi- ce qui ne les empêche pas d’avoir
sion d’honneur avec vingt-trois buts mar- « intégré la citoyenneté » et adopté « un
ou deuxièmes qués depuis le début de la saison. Elle est au comportement courtois », souligne le
sommet, mais il ne faut pas rêver. » Réaliste, président du club. S’ils jouent dans une
de leur groupe. il ne croit pas que ses joueurs pourront ambiance familiale, c’est parce que

42 dix huit dix neuf info
LES CLÉS
DU football
Ci-dessus, Bala Sidibi, entraîneur, jouit d’une bonne réputation auprès des clubs français et des recruteurs. amateur
À gauche, l’Espérance sportive parisienne. Ce club amateur court après la division supérieure.
La France est composée
l’ESP a instauré un « programme de réus- équipes qu’il prend en main parce qu’il sait de trente ligues régionales,
site solidaire. Nous aidons nos jeunes à parler aux jeunes. » Ses joueurs sont plé- dont huit dans les DOM-TOM.
outrance, poursuit-il, mais à leur tour, ils biscités par de nombreux clubs français. L’Espérance sportive parisienne
deviennent une “ressource pour la « Quand on a rencontré le Red Star de (ESP) joue dans la ligue
société”. C’est un contrat tacite. Nous Saint-Ouen en février, leurs agents et re- Paris-Île-de-France. Au niveau
avons une trentaine de jeunes volontaires cruteurs étaient là et certains voulaient em- départemental, le territoire
pour s’occuper des plus petits qu’eux. Ils baucher chez nous tout de suite », confie le français est constitué
de 101 districts. Paris, l’Alsace,
Sur le terrain, les joueurs « donnent du grand la Corse et les DOM-TOM n’ont
pas de structures propres,
spectacle », selon le président du club leurs clubs sont donc répartis
sur d’autres districts. L’ESP est
sacrifient deux soirs par semaine et le président, avant d’ajouter que l’ESP se classée dans les championnats
samedi après-midi, bénévolement. » Une refuse par principe de « casser l’équipe » de Seine-Saint-Denis, comme
manière de souder l’ensemble du club. en milieu de saison. Et que l’essentiel tous les clubs des 9e, 10e, 11e,
C’est en suivant ce programme que reste le beau jeu, dans le respect des 18e, 19e et 20e arrondissements.
Bala Sidibi est devenu l’entraîneur des règles du football et des joueurs. » Chaque ligue régionale
U19 A. Il croit que son équipe pourra at- se scinde en différentes
teindre son objectif. Robert Weinberger Texte : Marie-Carolyn Domain divisions ; idem pour chaque
le juge « ambitieux », mais reconnaît ses Photos : Théophile Trossat district départemental.
qualités : « Bala a toujours ‘‘monté’’ les La ligue régionale de Paris
Dans la chaleur des vestiaires, à l’heure
comprend la division d’honneur,
des commentaires « après match »...
la division supérieure régionale,
la division d’honneur régionale
et la promotion d’honneur.
Le district départemental
de la Seine-Saint-Denis compte
la division Excellence, le plus
haut niveau, puis s’échelonne
de la première à la quatrième
division. Chaque division
est ensuite partagée entre
différentes poules ou différents
groupes. À la fin de la saison,
les deux premiers de chaque
championnat montent et les
équipes qui terminent dernières
et avant-dernières descendent.

dix huit dix neuf info 43
/$%$1'(
CU
LT

'(66,1e(
UR
E

0(7%(//(9,//(
(1%8//(6

ª
Après minuit,
deuxième tome ©0(6'$0(6 (7 0(66,(856PHUFLGHELHQ ²9RXVYRXOH]TXHMHYpULÀHOHVSDSLHUVGH
YRXORLUSUpVHQWHUYRVSDSLHUVG·LGHQWLWp PHV FOLHQWV DYDQW GH OHXU YHQGUH
de Belleville Story, DX[RIILFLHUVGHSROLFH«dDYDVHSDVVHU XQHELqUH"&·HVWoD"ª
VDQVGRXOHXU 1RXVVRPPHVILQDXEDUWDEDF
cosigné par ² 1RQ RK QRQ )UDQFKHPHQW oD IDLW /H&HOWLFUXHGH%HOOHYLOOH&HGLDORJXH
TXDWUHIRLVHQXQPRLV« HQWUHXQSROLFLHUHWXQSDWURQGHFDIp
Arnaud Malherbe ² /DLVVH]QRXV IDLUH QRWUH WUDYDLO HVWUpHOHWDpWpVDLVLDXYROSDU$UQDXG
PRQVLHXU 0DOKHUEHUpDOLVDWHXUHWVFpQDULVWHGX
et Vincent Perriot, ² (W PRL YRXV FUR\H] TXH MH SHX[ WpOpILOP%HOOHYLOOH6WRU\ $UWH ,O
WUDYDLOOHU"9RXVFUR\H]TXHMHSHX[YLYUH V·DJLWG·XQSRODU©ORFDOªTXLDpJDOH
plonge au cœur GDQVFHVFRQGLWLRQV" « PHQWpWpPLVHQEXOOHVSDUVRQFRPSOLFH
² $ORUV H[SOLTXH]PRL SRXUTXRL YRXV OHGHVVLQDWHXU9LQFHQW3HUULRW $YDQW
du « Chinatown » VHUYH] GHV JHQV TXL VRQW HQ VLWXDWLRQ PLQXLW HW $SUqV PLQXLW SDUXV FKH]
LUUpJXOLqUH" 'DUJDXGHQHW 
parisien.
Un polar fiévreux
et ténébreux,
ancré dans la vie
du quartier.

Place de Belleville, 24 février 2011. Vincent Perriot


s’est imprégné de l’atmosphère du quartier pour mettre
en scène, dans un décor nocturne rehaussé de tons
fauves, les héros de Belleville Story (en haut, ci-contre).

 GL[KXLWGL[QHXILQIR
Boulevard de Belleville, 23 février 2011.
Dans le scénario de la bande
dessinée, les vendeurs à la sauvette
s’enfuient par crainte de représailles.

GL[KXLWGL[QHXILQIR 
TXLOOHVLOOXLDVXIILGHOLUHOHMRXUQDO
'DQVXQDUWLFOHGH/LEpUDWLRQGDWDQWGH
LOWRPEHVXUOHSRUWUDLWG·XQGpWHF
WLYHSULYpKXPDQLVWHGHODUpJLRQGX
6KDQ[L=KX GLPLQXWLIGH©=XROXRª
RXGH©=RUURªSURQRQFpjODFKLQRLVH 
VHFKDUJHDXSUqVGHIDPLOOHVGpVDUJHQ
WpHVGHUHWURXYHUOHXUVÀOOHVNLGQDSSpHV
PDULpHVGHIRUFHRXHQYR\pHVGDQVGHV
UpVHDX[GHSURVWLWXWLRQ3DUPLHOOHVLO\
DYDLWODMHXQH+LELVFXVTX·RQUHWURXYH
GDQVODEDQGHGHVVLQpH

12,5&(85/HGHX[LqPHWRPH
GH%HOOHYLOOH6WRU\V·RXYUHHQWUHFKLHQHW
ORXS PpWUR %HOOHYLOOH 2Q \ VXLW OHV
SpUpJULQDWLRQV GH )UHGG\ TXL V·HQ
Le scénariste Arnaud Malherbe IRQFHGDQVOHVPpDQGUHVGXTXDUWLHU­
a choisi d’inscrire son polar PHVXUH TXH O·REVFXULWp V·LQVWDOOH OD
dans un cadre qui reflète au plus près
)DQ GH -DFTXHV $XGLDUG $UQDXG QRLUFHXU GX UpFLW V·LQWHQVLÀH )UHGG\
la réalité de Belleville.
0DOKHUEHYRXODLWpFULUHXQVFpQDULRGH WUDYHUVHGHVOLHX[IDPLOLHUVPDUFKpGH
SRODUTXLV·DQFUHGDQVXQXQLYHUVELHQ %HOOHYLOOHSODFHGX0DQqJH«/HWRXW
UpHO ,O Q·D HX TX·j VH SHQFKHU SDU OD VXUIRQGFUpSXVFXODLUHWUDQVÀJXUpSDU
IHQrWUHGHVRQDSSDUWHPHQWj0pQLO OHWUDLWGH9LQFHQW3HUULRWHQXQGpFRU
PRQWDQW SRXU WURXYHU O·LQVSLUDWLRQ DX[FRXOHXUVIDXYHV/HVHXOUD\RQGH
3RXULPDJLQHUOHVWUDLWVHWODSHUVRQQD OXPLqUHDSSDUDvWTXDQG)UHGG\pWUHLQW
OLWpGXKpURVGH%HOOHYLOOH6WRU\)UHGG\ VDGRXFHEHDXWpVODYH/DUQD
² XQH SHWLWH IUDSSH DX JUDQG F±XU $UQDXG0DOKHUEHDYDLWDXGpSDUWSUR
HQWUDvQp GDQV XQH KLVWRLUH TXL OH SRVpVRQVFpQDULRj$UWH1·D\DQWSDV
GpSDVVH²LODSULVFRPPHPRGqOHXQ REWHQXGHUpSRQVHLODYDLWGpFLGpDYHF
YHQGHXUjODVDXYHWWH©8QW\SHTXHMH 9LQFHQW3HUULRWGHWUDQVSRVHUVRQKLV
FURLVDLVGHWHPSVHQWHPSVDX´PDUFKpGH WRLUHHQEDQGHGHVVLQpH8QHVHPDLQH
OD PLVqUHµ HW TXL DYDLW XQ F{Wp XQ SHX DSUqVDYRLUVLJQpDYHF'DUJDXG$UWH
ORXORXªFRQÀHWLO O·DSSHODLWSRXUOXLDQQRQFHUTXHVRQ
Place de Belleville, 23 février 2011. 3RXUOHSHUVRQQDJHGH0=KXP\VWp SURMHWpWDLWYDOLGp'XFRXS%HOOHYLOOH
L’authenticité du quartier
et les qualités du scénario
ULHX[TXLQTXDJpQDLUHTXLGpEDUTXHGH 6WRU\HVWXQH±XYUHGRXEOHjODIRLVWp
ont également séduit Arte. &KLQHFRPPHXQFKLHQGDQVXQMHXGH OpÀOPHWEDQGHGHVVLQpH/HVGHX[SUR
MHWVRQWpWpPHQpVHQSDUDOOqOHVDQVV·LQ
ÁXHQFHUO·XQO·DXWUH9LQFHQW3HUULRWQ·D
SDVYXODPRLQGUHLPDJHGXWRXUQDJH
DYDQWG·DYRLUWHUPLQpODGHUQLqUHFDVH
GHVHVGHVVLQV
&HKDVDUGGHFDOHQGULHUV·HVWÀQDOHPHQW
UpYpOpEpQpILTXHOHWRPH,$YDQWPL
QXLWDpWpVpOHFWLRQQpDXIHVWLYDOG·$Q
JRXOrPHSULPpj6DLQW0DORHWV·HVW
GpMjYHQGXjSOXVGHH[HPSODL
UHV8QVXFFqVTXLDWWHQGSHXWrWUHOH
WRPH,,$SUqVPLQXLWSDUXOHPDUVHW
TXLGpYRLOHODGHVWLQpHGH/DUQDG·+L
ELVFXVGH)UHGG\HWGH0=KX

7H[WH'DYLG=DUDGHU
3KRWRV/XFLHQ/XQJ
,OOXVWUDWLRQ9LQFHQW3HUULRW

 GL[KXLWGL[QHXILQIR
-8/,(1$9$552
Ÿ&5e(5819e5,7$%/(5e6($8
62&,$/(7&8/785(/ 
Le festival Les Uns chez les autres organise une rencontre culturelle
par mois dans le 19e. Chargée de la culture et de l’animation

Q
des quartiers, l’adjointe au maire revient sur ces rendez-vous.

JHRQVSDVODIRUFHGHO·DUWXQUHQGH]
YRXVFKDTXHGXPRLVSHUPHWGH
FUpHU XQ YpULWDEOH UpVHDX VRFLDO HW
FXOWXUHOGDQVO·DUURQGLVVHPHQW


48(/(67/·2%-(&7,) &200(176·25*$1,6(17
'8)(67,9$/©/(6816 /(6',))e5(17(6$1,0$7,216"
&+(=/(6$875(6ª" &KDTXHpYpQHPHQWIRQFWLRQQHGLIIp
1RXVVRXKDLWRQVIDLUHLQWHUYHQLUO·DUW UHPPHQWFDUODSOXSDUWGHVDGUHVVHV
VRXVWRXWHVVHVIRUPHVGDQVGHVHV TXLDFFXHLOOHQWOHVUHQGH]YRXVQHVRQW
SDFHVGHYLHSXEOLFVRXSULYpVFRPPH SDVGHVOLHX[GHGLIIXVLRQ,OVIRQWXQ
GDQVGHVOLHX[RXEOLpVjUHGpFRXYULU HIIRUWF·HVWLQWpUHVVDQWSRXUOHXULPDJH
&KDTXHpYpQHPHQWHVWO·RFFDVLRQGH GHV·DVVRFLHUDXIHVWLYDO/HIpYULHU
V·LQWHUURJHUVXUODQRWLRQGHWHUULWRLUH GHUQLHUODSDWLQRLUH3DLOOHURQDSURSRVp /DSDWLQRLUH3DLOOHURQ
VXUODPpPRLUHHWOHVKLVWRLUHVGHVXQV XQFRQFHUWGHPXVLTXHFRQWHPSRUDLQH SDUWHQDLUHGXIHVWLYDO
HWGHVDXWUHV1RWUHEXWJpQpUHUXQ JUDWXLW/·HVSDFHVSRUWLIRUJDQLVDLWGpMj
TXHVWLRQQHPHQWPXWXHOVXUQRVLGHQ GHVVRLUpHVPXVLFDOHVMHOHVVDYDLVWUqV
WLWpVHWODULFKHVVHGHQRVGLIIpUHQFHV RXYHUWV-HOHXUDLGRQFVXJJpUpG·RUJD
/HVLQWHUYHQDQWVYLHQQHQWHVVHQWLHOOH QLVHUXQpYpQHPHQWDYHFO·DVVRFLDWLRQ
PHQW GX  H  DUURQGLVVHPHQW PDLV /H&DEDUHW&RQWHPSRUDLQGRQWOHGLUHF PROCHAINS
QRXVDSSUpFLRQVDXVVLO·RXYHUWXUHHW WHXUDUWLVWLTXH/DXUHQW-DFTXLHUVRX RENDEZ-VOUS
ODFROODERUDWLRQDYHFOHPRQGHH[Wp KDLWDLWLQLWLHUOHMHXQHSXEOLFDXUpSHU
ULHXU&HVUHQFRQWUHVDOOLHQWO·DPXVH WRLUHFRQWHPSRUDLQ/HVGHX[VWUXFWXUHV /HPDUV
PHQWO·DUWHWODUHFKHUFKHGHVHQV RQWGRQFpWpPLVHVHQUHODWLRQSRXURU À l’occasion de l’anniversaire
JDQLVHUFHWpYpQHPHQW-·HVVDLHGHQpJR des accords d’Évian, signés
&200(17(671e(/·,'e( FLHUGHODPDQLqUHODSOXV©VDLQHªSRV le 19 mars 1962, le festival
'(&(65(1&2175(6" VLEOHOHEXGJHWGXIHVWLYDOF·HVW proposera un parcours spectacle
,O\DTXHOTXHVDQQpHVOHFROOHFWLI$X G·DUWLVWLTXHHWGHSURGXFWLRQ(W sur l’identité maghrébine,
WRXUGXFDQDOGHO·2XUFTRUJDQLVDLWGHV QRQO·LQYHUVHFRPPHGDQVODSOXSDUW avec la complicité du Cabaret
DQLPDWLRQVTXLUpXQLVVDLHQWGHVFRP GHVIHVWLYDOV/·LPSRUWDQWF·HVWGHUpXV sauvage. Au rendez-vous :
PHUoDQWVGHVDVVRFLDWLRQVHWGHVKDEL VLUjFUpHUO·HQWHQWHHQWUHXQFRPPLV un hammam, un bar kabyl
WDQWVGXTXDUWLHU&HODQ·DPDOKHXUHX VDLUHXQDUWLVWHHWXQOLHX-HVXLVLQWLPH et de nombreux concerts.
VHPHQWSDVGXUpPDLVO·LGpHpWDLWLQWp PHQWFRQYDLQFXHTXHO·RQSHXWPHQHU
UHVVDQWHjH[SORLWHU-HO·DLGRQFUHF\ GHVSROLWLTXHVFXOWXUHOOHVGDQVXQHORJL /HDYULO
FOpHORUVGHPDSULVHGHIRQFWLRQjOD TXHGHPXWXDOLVDWLRQ Collaboration avec le squat
PDLULH8QHSROLWLTXHFXOWXUHOOHHVWLQ artistique La Gare aux gorilles.
WpUHVVDQWH XQLTXHPHQW VL RQ OD 7H[WH&DUOD)HUUDQG Des photos d’habitants du 19e
FRQVWUXLW DYHF OHV DXWUHV 1H QpJOL 3KRWR$GULHQ0DWWRQ seront projetées sur des façades.

GL[KXLWGL[QHXILQIR 
CU
LT
UR
E

L’Atelier Théâtre
de Montmartre :
à 95 %, la programmation
repose sur les créations.

Perles de culture
discrètes,
PETITS
les salles théâtres du 18e
de cinquante
le grand jeu


à soixante places
proposent
des spectacles
de rôles
où culture « Je veux être maître chez moi, même si cela est « Nous donnons leur chance à de petites compa-
difficile parfois. » Rue Coustou, Michèle gnies, amateurs ou professionnelles, qui n’ont
et création ­Tollemer a ouvert l’Atelier Théâtre de pas les moyens de se produire dans de grandes
Montmartre en 2002. En toute indépen- salles parisiennes », explique Romain
se partagent dance. « Le métier est précaire, le choisir c’est Landry, le régisseur. Comme son nom l’in-
accepter succès et échec. » Ne percevant au- dique, Le Tremplin Théâtre est aussi une
la distribution. cune subvention, l’établissement subit les passerelle pour des projets sociaux. La co-
soubresauts de la crise économique depuis médienne Séverine Hinschberger y anime
Si les statuts, deux ans. Pour autant, les spectateurs sont des séances d’alphabétisation pour ado-
étonnés de la qualité de sa programma- lescents et des ateliers d’expression théâ-
l’activité tion. Et reviennent souvent. « J’arrive mieux trale pour adultes chômeurs de longue
à tenir avec les spectacles pour enfants qu’avec durée.
et le succès ceux pour adultes », précise Michèle Sans fonds de soutien, ni subvention, ni
­Tollemer. La fidélité du public pour les lien avec le CNT (Centre national du
ne sont pas spectacles jeunesse tient en partie à des rai- théâtre), seul le taux de remplissage du
sons financières : la place ne coûte que 6 €. théâtre permet de mener à bien tous les
les mêmes pour Si Michèle réussit des prouesses avec peu projets. Les tarifs adaptés à chaque catégo-
de moyens, c’est aussi grâce à un réseau de rie de population (de 10 à 17 €) et le renou-
tous, l’amour connaissances créé par le passé. vellement régulier des spectacles expli-
Dans le même esprit d’autonomie et de quent le succès de cette salle auprès du
du spectacle créativité, Catherine Larousse, directrice public. Place Charles-Dullin, L’Atalante
de l’association  Le Tremplin Théâtre , fait accueille soixante spectateurs dans une
vivant les réunit. vivre la salle du même nom depuis 1991. « salle-scène », un concept mixte qui

48 dix huit dix neuf info
permet une plus grande proximité entre Frères. Et  pour les amateurs d’étrange, il
le  public et les comédiens. Alain-Alexis y a la Crypte du Martyrium de Saint-De-
Barsacq, son directeur artistique, est un en- nis, rue Yvonne-Le-Tac. Le comédien et
fant de la balle : son père, André, a dirigé le metteur en scène Zygmunt Blazynsky,
grand Théâtre parisien de l’Atelier pen- partage cet endroit sacré avec des jé- L’ Atalante : 10, place Charles-
dant trente ans. La renommée de L’Ata­lan­ suites. Soixante personnes peuvent y Dullin - 75018 Paris.
te n’est plus à faire. Ouvert en 1984, ce prendre place pour l’écouter réciter, le www.theatre-latalante.com
théâtre compte parmi les plus vieilles vendredi soir et le week-end, des poésies La Nuit de l’ours, d’Ignacio del
Moral, jusqu’au 31 mars.
« Les grandes structures méprisent les petites
Le Tremplin Théâtre : 39, rue
comme nous. Mais récupèrent les pièces rentables » des Trois-Frères - 75018 Paris.
www.tremplintheatre.fr
salles du genre. Sa programmation est tirées du répertoire universel : Rainer L’ Amant, de Harold Pinter,
faite à 95 % de créations contemporaines et Maria Rilke, Fernando Pessoa ainsi que jusqu’au 21 mai.
d’adaptations de classiques et à 5 % de d’autres grands auteurs. Toutefois, en
spectacles achetés à l’extérieur. Il ne pro- dépit de tarifs attractifs et d’entrées L’Atelier Théâtre
pose pas de spectacles jeune public. libres, si les thèmes abordés sont reli- de Montmartre : 7, rue Coustou
Propriété de la famille Barsacq, ce théâtre gieux, le spectacle de poésie n’attire plus - 75018 Paris. www.
privé est dirigé par la Compagnie des guère. Lieu de création et de partage so- ateliertheatredemontmartre.
­Matinaux. La troupe bénéficie d’une aide cial, les petits théâtres ont un rôle culturel ifrance.fr
au fonctionnement de 74 000 € par an, ver- important à Paris. Ils permettent à de C’est toujours ça de pris, avec
sée par la Drac (Direction régionale des af- nouvelles générations de comédiens de Vanessa Hidden.
faires culturelles) d’Ile-de-France. s’affirmer en leur proposant un accueil
devant un public très chaleureux. L’Alambic Comédie : 12, rue
Neuve-de-la-Chardonnière
PasSion L’Alambic, en revan­ Textes : Marlène Andrezo 75018 Paris.
che, ne perçoit ni subventions ni droit de et Frank Aubry www.alambic-comedie.com
suite. Repris en 2008, ce théâtre, rue Photos : Laurent Carre
Neuve-de-la-Chardonnière, est géré par- La Crypte du Martyrium de
Loïs Le Dû, qui est en permanence à l’affût Saint-Denis : 11, rue Yvonne-
de spectacles de qualité . Il reconnaît que Lse-Tac - 75018 Paris. www.
Alain-Alexis Barsacq,
c’est difficile financièrement : « Monter un directeur artistique de l’Atalante. cryptemartyrium-paris-cef.fr
théâtre, c’est avant tout de la passion. Le sys-
tème n’est pas équitable. Les grandes structures
méprisent les petites comme nous, mais lorsque
les pièces deviennent rentables, elles les récupè-
rent » L’intérêt artistique des petites salles
est avant tout de faire connaître de jeunes
talents. « Les comédiens veulent jouer. Les
grands théâtres ne travaillent qu’avec des têtes
d’affiche », rappelle Loïs Le Dû. Le seul mo-
teur des gestionnaires de petites salles
reste l’amour de l’art. Leurs théâtres reçoi-
vent chaque soir une grande diversité de
spectateurs. Plusieurs sites Internet propo-
sant d’acheter les billets à tarif réduit, à 10 €
maximum. Le manque de visibilité les
rend vulnérables. Souvent cachés dans de
petites rues, derrière des façades quel-
conques, sans accroche lumineuse, les pe-
tits théâtres sont difficiles à repérer.
« Chacun a son public dans le 18 e, et à
­Montmartre, on peut tout se permettre »,
s’enthousiasme Romain Landry, le régis-
seur du Tremplin Théâtre, rue des Trois-

dix huit dix neuf info 49
3+272*5$3+,(
&8
/7

81(/e*(1'(
85

L
(

£02170$575(
Magnum photos
/·$*(1&( 3+272*5$3+,48(0$*180VH 'HSDUGRQ0DUF5LERXGRXSOXVUp
est installée WURXYHDXUXH+pJpVLSSH0RUHDX FHPPHQW0DUWLQ3DUURX3DROR3HOOH
GDQVOHHDUURQGLVVHPHQWGH3DULV(Q JULQ (OOH LQFDUQH OD SpULRGH R OD
dans le 18e IDFHG·XQWHUUDLQYDJXHXQHSRUWHGHIHU ©IUHQFKWRXFKªGRPLQDLWOHSKRWRMRXUQD
EUXWV·RXYUHVXUXQHSLqFHEODQFKHR OLVPHLQWHUQDWLRQDOTXDQGOHVDJHQFHV
depuis huit ans. VHXOO·HVFDOLHUHQFROLPDoRQGHYHUUHHW HQYR\DLHQWGHVSKRWRJUDSKHVWDOHQ
G·DFLHUpFODLUHXQHFDJHF\OLQGULTXH WXHX[DX[TXDWUHFRLQVGXPRQGH
Ce symbole WUDQVOXFLGH8QHHQYHORSSHNUDIWGpFKL
UpH\HVWHQIHUPpHGHVGL]DLQHVGHSD
de l’âge d’or SLOORQVV·HQpFKDSSHQWHWPRQWHQWYHUV &5,6(/·kJHG·RUDSULVÀQHQUDL
OHVpWDJHV«$OOpJRULHGHVLPDJHVTXL VRQGHODPDUFKDQGLVDWLRQGHVLPDJHV
du journalisme WUDQVLWHQWLFLSRXULQRQGHUOHPRQGHGH GHODJUDWXLWpG·,QWHUQHWGHODSURIX
SXLV  DQV" 1RQ XQ KRPPDJH j VLRQGHVVRXUFHVDPDWHXUV«/DUpYROX
photo poursuit O·DPpULFDLQ3KLOLS+DOVPDQÀJXUHGH WLRQQXPpULTXHWUDQVIRUPHOHVXVDJHV
O·DJHQFHPRUWHQ6RQSHWLWÀOVD HW DFFpOqUH OD FULVH GH OD SURIHVVLRQ
son activité UHWURXYpGHVDUFKLYHVOXLDSSDUWHQDQW FRPPHGHODSUHVVH3RXUOHSKRWRMRXU
GDQVFHW\SHG·HQYHORSSHjO·pSRTXH QDOLVPHIXWXQHDQQpHQRLUHFRO
presse, diversifie ROHVSKRWRJUDSKHVXWLOLVDLHQWOHSD OHFWLIVDJHQFHVHWEDQTXHVG·LPDJHVGH
SLHUHWODSRVWH UHQRPRQWEDLVVpOHULGHDXOHVRUJDQL
ses activités &UppHHQSDU5REHUW&DSDHW+HQUL VDWLRQVSURIHVVLRQQHOOHVRQWDSSHOpjOD
&DUWLHU%UHVVRQHQWUHDXWUHVO·DJHQFH WHQXHG·pWDWVJpQpUDX[SRXU©VDXYHUOD
dans la com’ IXWODSUHPLqUHjSHUPHWWUHDX[SKRWR SKRWRJUDSKLHªOH)HVWLYDOGX6FRRSHW
JUDSKHVGHJDUGHUOHFRQWU{OHVXUOHXUV GX-RXUQDOLVPHDYpFXVDGHUQLqUHpGL
et participe GURLWVG·DXWHXU(OOHUHJURXSHTXHOTXHV WLRQj$QJHUV«8QPpWLHUGHSOXVHQ
XQVGHVSOXVJUDQGVSKRWRMRXUQDOLVWHV SOXVSUpFDLUHPDLVWRXMRXUVDXVVLGDQ
à la vie sociale GXPRQGH-RVHI.RXGHOND5D\PRQG JHUHX[ -RmR 6LOYD D SHUGX VHV GHX[

et culturelle
du quartier,
que certains de
ses photographes
ont exploré.

Le cardinal Lustiger,
photographié par Abbas
en 1999, sur les marches
du Sacré-Cœur pendant
la procession pascale.


PORTRAIT

Ÿ,OIDXWrWUHLQYLVLEOH
VLQRQRQQHSHXW
L’agence, créée en 1947, permet aujourd’hui à plus de quatre-vingts photographes d’exercer leur métier. SOXVWUDYDLOOHU 
Personne n’a jamais vu son
MDPEHVHQRFWREUHGHUQLHUHQVDXWDQW FRXYHUWH&DU0DULHDXQHPLVVLRQ©ID visage. En photo, tout du
VXUXQHPLQHHQ$IJKDQLVWDQHW/XFDV EULTXHUOHVDUFKLYHVGHGHPDLQª$XSUH moins. Abbas, photographe
'ROHJDYLFWLPHGHODSROLFHDQWLpPHX PLHUpWDJHHVWDIÀFKpHODFpOqEUHLPDJH à l’agence Magnum depuis
WHWXQLVLHQQHDXGpEXWGHODUpYROXWLRQ GH &DSD PRQWUDQW OD PRUW GX VROGDW trente ans, cultive l’anonymat:
GH-DVPLQHVWGpFpGpOHMDQYLHU UpSXEOLFDLQHQSHQGDQWODJXHUUH «Il faut être invisible, sinon on
&·HVWGDQVFHFRQWH[WHGHFULVHLO\D G·(VSDJQHjO·LQVWDQWSUpFLVRVDWrWH ne peut plus travailler.» En 1980,
KXLW DQV TXH O·DJHQFH DXSDUDYDQW HVWDWWHLQWHSDUXQHEDOOH2Q\WURXYH il quitte l’Iran, son pays natal,
GDQVOHHDUURQGLVVHPHQWV·HVWLQVWDO XQLPPHQVHRSHQVSDFHHWXQODERQX et rejoint Magnum. Son travail
s’oriente vers la spiritualité, les
La presse est devenue au fil des années religions. Il préfère l’expression
«photographe amateur»,
la portion congrue des activités de l’agence spécialiste de Dieu. Pourquoi ?
«Demandez-lui», répond-il.
OpH GDQV OH ©6 202 ª RX ©6 287+  2) PpULTXH TXL D UHPSODFp OD FKDPEUH Personne n’en saura plus. Sa
02170$575(ªHQUpIpUHQFHDXTXDUWLHU QRLUH GH O·DUJHQWLTXH /H QXPpULTXH relation à Dieu est «purement
EUDQFKpGH/RQGUHVFRPPHO·DTXDOLÀp SHUPHW GHV pFRQRPLHV GH WHPSV HW professionnelle». Abbas habite
'LDQH 'XIRXU VD GLUHFWULFH MXVTX·HQ G·DUJHQW/HVFOLFKpVVRQWDFFHVVLEOHV le 18e depuis onze ans. Il connaît
 SDUWLH IRQGHU OH%DO j TXHOTXHV SDURUGLQDWHXUYLDOHORJLFLHO&RUWH[OH d’autant mieux le coin qu’il l’a
SDVG·LFL ©FHUYHDX GH OD PDLVRQª 0rPH VL OH photographié en 1999, avec
SDSLHUUHVWHPDMRULWDLUHGHSOXVHQSOXV d’autres confrères de l’agence,
GH FRQWHQXV PXOWLPpGLDV VRQW SUR pour la mairie. L’homme visite
180e5,48( /HV FRPPHU GXLWV/·DJHQFHDGRQFFpGpO·DQGHUQLHU tous les lieux où les confessions
oDQWV GX TXDUWLHU QH V·pWRQQHQW SOXV j'HOOVHVDUFKLYHVSDSLHUTXLGRLYHQW religieuses sont présentes,
PDLQWHQDQW GH FHV pWUDQJHV WRXULVWHV rWUH QXPpULVpV SDU O·XQLYHUVLWp GX «l’église, la mosquée, la
DYHFOHXUVJURVDSSDUHLOVSKRWRQRXV 7H[DV8Q©VXSHUGHDOKLVWRULTXHªVHORQ synagogue, le temple indien…»
DSSUHQG0DULH6XPDOODUHVSRQVDEOH 0DULH6XPDOOD0DJQXPD\DQW©FpGpª Il est surpris par «ce quartier,
GXFRQWHQXpGLWRULDO©­PRLWRXWHVHXOH FHVTXHOTXHFOLFKpVSRXUFLQT le plus hétéroclite de France». Il
MHVXLVXQHDJHQFHª(OOHQ·DSDVXQPR DQVVHXOHPHQWHWVDQVGURLWVGHUHSUR se décrit comme celui qui écrit,
PHQWjHOOHGHSXLVOHGpEXWGHVUpYROX GXFWLRQUDSSRUWDQWDLQVLSOXVLHXUVPLO quand d’autres dessinent avec
WLRQVGDQVOHPRQGHDUDEH©-·DLO·LP OLRQVGHGROODUVjO·DJHQFHSKRWR« la lumière: un «photo-graphe».
SUHVVLRQG·rWUHXQ7RXU2SHUDWRUjIRUFH /HDYULODXUDOLHXjO·,QVWLWXWGHV Il conçoit chacune de ses
G·HQYR\HUGHVSKRWRMRXUQDOLVWHVSDUWRXWª FXOWXUHVG·LVODPOHYHUQLVVDJHGHO·DU photos comme l’élément d’une
0DJQXPF·HVWYLQJWFLQTHPSOR\pVHW WLVWHDQJODLV0DUWLQ3DUUTXLDH[SORUp chronique, qui s’articule avec la
TXDWUHYLQJWVSKRWRJUDSKHVTX·LOIDXW OHTXDUWLHUGHOD*RXWWHG·2USRXUXQ précédente et justifie la suivante.
JpUHUSRXUSURGXLUHXQFRQWHQXpGLWR SURMHWRULJLQDOHWLQpGLWVXUO·LVODPWHO Quelle est sa photo favorite? Il
ULDOMRXUQDOLVWLTXHPrPHVLODSUHVVH TX·LO\HVWYpFXHWSUDWLTXpDXMRXUG·KXL ne sait ou ne veut pas répondre :
HVWGHYHQXHDXÀOGHVDQQpHVODSRUWLRQ «C’est comme si on demandait à
FRQJUXHGHVDFWLYLWpVGHO·DJHQFH/D 7H[WH$OL[GH/D5RQFLqUH un père quel enfant il préfère.»
SXEODFRP·HWOH©FRUSRUDWHª HQWUHSUL 3KRWRV$EEDV0DJQXPSKRWRV Abbas continue son exploration
VHVHWLQVWLWXWLRQV DVVXUHQWOHQHUIGHOD $OL[GH/D5RQFLqUH des religions. Avec comme
JXHUUHPrPHVLO·DFWXDOLWpHVWWRXMRXUV HW$GHOLQH'XIUHVQH prochaine étape, l’hindouisme.

GL[KXLWGL[QHXILQIR 
&21)e5(1&(6
&8
/7

38%/,48(6
85
(

/(6$92,532857286
©12866200(662863(5)86,21SHUPDQHQWH VXUXQDXWUHU\WKPH(OOHVRQWOLHXXQH
Deux universités G·LQIRUPDWLRQVQRXVDYRQVEHVRLQGHFOpV IRLVSDUPRLVHWDERUGHQWGHVWKqPHV
SRXUOHVGpFRGHUªLQGLTXH&DULQH5RO SOXVJpQpUDOLVWHV©GpFRUUpOpVGHFRQQRWD
populaires ODQGDGMRLQWHDXPDLUHGXHHQFKDUJH WLRQ SROLWLTXHª VHORQ &DULQH 5ROODQG
GHOD&XOWXUH3RXUHOOHODPDLULHHQ $XFRXUVGHVGHUQLqUHVVpDQFHVO·(+(66
s’ouvrent WDQWTXHV\PEROHHWUHSUpVHQWDQWHGHOD HVWLQWHUYHQXHVXUGHVVXMHWVDXVVLGL
5pSXEOLTXHGRLWMRXHUXQU{OHGDQVOD YHUV HW FRPSOH[HV TXH ©/D SODFH GHV
aux habitants ©GLIIXVLRQGHVVDYRLUVª MHXQHVHQ)UDQFHªRXHQFRUHVXUODPp
4XHFHVRLWDYHFODPXQLFLSDOLWpRXDYHF GLFDWLRQ DXWRXU G·XQH TXHVWLRQ WUqV
du 18e. Celle O·DVVRFLDWLRQ83 O·XQLYHUVLWpSRSX DFWXHOOH©&HVPpGLFDPHQWVTXLQRXVVRL
ODLUHGXH OHSXEOLFHVWLQYLWpjSDUWD JQHQWTXLGpFLGH"ª/HVVXMHWVGXSUR
de la mairie JHU XQ PRPHQW GH UpIOH[LRQ VXU OHV FKDLQF\FOHQ·RQWSDVHQFRUHpWpDUUrWpV
JUDQGHVTXHVWLRQVTXLDQLPHQWQRWUH 'HX[IRLVSDUDQGHVUHVSRQVDEOHVGH
propose VRFLpWp3RXU)UDQN%XUEDJHSURIHVVHXU O·(+(66GHVPHPEUHVG·DVVRFLDWLRQV
GHOHWWUHVj6DLQW2XHQHWWUpVRULHUGH GDQVOHVGRPDLQHVFXOWXUHOHWSpGDJR
des conférences O·DVVRFLDWLRQ83OHEXWHVWGHIRXUQLU JLTXHDLQVLTXHGHVFRQVHLOOHUVGHTXDU
GHV©RXWLOVLQWHOOHFWXHOVªDX[FLWR\HQVGX WLHUVHUpXQLVVHQWSRXUGpÀQLUOHVVXMHWV
en partenariat HDILQTX·LOVFRPSUHQQHQWPLHX[OH TXLVHURQWDERUGpV6DEU\+DQLFKDUJp
PRQGHGDQVOHTXHOLOVYLYHQW GHO·pGXFDWLRQSRSXODLUHjODPDLULHGX
avec l’École &KDTXHKHXUHGHFRXUVRXGHFRQIp HHW&DULQH5ROODQGSDUWLFLSHQWpJDOH
UHQFHHVWVXLYLHG·XQHKHXUHGHGpEDW PHQWjFHFRPLWpGHSLORWDJH
des hautes études HQWUHOHSXEOLFHWOHVLQWHUYHQDQWV­ (QSOXVGHVFRXUVO·83V·RXYUHj
FHX[TXLVHGHPDQGHQWVLFHVFRXUVQH G·DXWUHVGLVFLSOLQHVHWRUJDQLVHOHV©PL[
en sciences VHUDLHQWSDVUpVHUYpVDX[VHXOVLQLWLpV GHZHHNHQGªjODÀQGHFKDTXHF\FOH
)UDQN%XUEDJHUpSRQGVDQVKpVLWDWLRQ ­FHWWHRFFDVLRQGHVVSHFWDFOHVRXGHV
sociales (EHESS). ©1RXVIDLVRQVXQWUDYDLOFLWR\HQVXUOH H[SRVLWLRQVVRQWRUJDQLVpVHQFROODERUD
IURQWGHVLGpHVRQSHXWrWUHGDQVOHVTXHV WLRQDYHFGHVDUWLVWHVHWGHVDVVRFLDWLRQV
La seconde, WLRQVYLYHVGHODUHFKHUFKHFRQWHPSRUDLQHHW FXOW XUHOOHVGXTXDUWLHU/HSURFKDLQ
OHVUHQGUHFRPSOqWHPHQWDFFHVVLEOHVª ©PL[ª DXUD QRUPDOHPHQW OLHX OH
fondée par PDLHWVHUDVXLYLG·XQHIrWH
&DULQH5ROODQGFRQVLGqUHOHVGHX[XQL
des professeurs /(Ÿ0,;  ­SDUWLUGXPDUV YHUVLWpV FRPPH FRPSOpPHQWDLUHV
FKDTXHYHQGUHGLHWSHQGDQWVL[VHPDL ©1RXVWUDYDLOORQVHQERQQHLQWHOOLJHQFH
de lettres QHV OHV SURIHVVHXUV GH O·83 LQWHU DYHFO·83OHXUSURMHWPpULWHWRXWHQRWUH
YLHQGURQWVXUOHWKqPH©&RORQLDOLVPH DWWHQWLRQHWQRWUHVRXWLHQª3RXUO·XQH
et d’histoire, DQWLFRORQLDOLVPH SRVWFRORQLDOLVPHª FRPPHSRXUO·DXWUHO·HQWUpHHVWJUD
/·DVVRFLDWLRQDFKRLVLXQU\WKPHKHE WXLWH HW VDQV SUpUHTXLV G·kJH RX GH
organise GRPDGDLUHTXLLPSOLTXHXQHSURJUHV IRUPDWLRQ
VLRQ HW XQ VXLYL SHUVRQQDOLVpV VXU
des cycles FKDTXHWKqPHWUDLWp/HVFRXUVVRQWDV 7H[WH9LRODLQH'HVPRQG
VXUpVEpQpYROHPHQWSDUTXDWUHSURIHV
de cours VHXUVUpSXWpVGHX[KLVWRULHQV6RSKLH L’intégralité des cours et débats du premier cycle de l’UP18
:DKQLFKHW3LHUUH$OEHUWLQLDFFRPSD et le programme de la session de printemps sont
via l’association JQpVGHVSKLORVRSKHV1DWKDOLH&KRX disponibles sur www.up18.org.
Le programme des conférences de l’université populaire de
FKDQHW)UDQN%XUEDJH/HVFRQIpUHQFHV
UP18. RUJDQLVpHVSDUODPDLULHVHGpURXOHQW
la mairie du 18e se trouve quant à lui en ligne à la rubrique
« actualités culturelles » sur www.mairie18.paris.fr.

 GL[KXLWGL[QHXILQIR
%287,48(e3+e0¿5(
$/7(51$7,9((7'e&289(57(6
Le Centquatre, établissement culturel de la rue d’Aubervilliers,
dans le 19e, loue périodiquement une partie de son espace
à des enseignes et à des artistes. L’objectif de cette initiative

M
est de promouvoir un autre aspect de la création.

O·HQWUpH&XULDO­SDUWLUGXHUPDUV
INFORMATIONS
XQHWRXWHQRXYHOOHHQVHLJQHDSULVVD
SODFH6DZDIDEULFDQWGHEDVNHWVSUR PRATIQUES
GXLWHVHQ$IULTXHDYHFGHVPDWpULDX[OR
FDX[TXLVHYHXW©pFRQRPLTXHPHQWPLOL /H&HQWTXDWUH
WDQWHPDLVSDVpTXLWDEOHRXFRPPXQDX 104, rue d'Aubervilliers
©0,;,7e&8/785(//(ª&·HVWGDQVFHWpWDW WDLUHªSUpFLVHO·XQGHVHVWURLVFRIRQGD 5, rue Curial
75019 Paris
G·HVSULWTXHODERXWLTXHpSKpPqUHGX WHXUV0HKGL6OLPDQL©,OQHV
DJLWSDVGH
&HQWTXDWUH D pWp ODQFpH HQ VHSWHP SURPRXYRLUOHFRPPHUFHpTXLWDEOHUHFRQ Billetterie
EUH(OOHV·pWHQGVXUPHWSURSRVH QDvWYRORQWLHUV$PDQGLQH9DQGHQGULHV 01 53 35 50 00
jODORFDWLRQFHUWDLQVGHVHVHVSDFHVFOpV PDLVG·DERUGG·HQFRXUDJHUGHVSURMHWVDOWHU
Administration
HQ PDLQ SRXU XQH GXUpH YDULDEOH QDWLIVTXLPHWLHQQHQWjF±XUª 01 53 35 50 01
©/·LGpHF·pWDLWGHSHUPHWWUHjGHVPDUTXHVDO
WHUQDWLYHVG·DYRLUXQHYUDLHYLVLELOLWpHWj 7H[WH7KRPDV5RXUH Mardi au samedi : 11 h – 20 h
PRLQGUHFR€WSXLVTX·LOQ·\DSDVGHGURLWGH 3KRWR7KRPDV5RWKp Dimanche : 11 h – 19 h.
EDLOªH[SOLTXH$PDQGLQH9DQGHQGULHV
FKDUJpHGHVFRPPHUFHVGX&HQWTXDWUH La boutique Sawa propose des produits ZZZIU
modernes « made in Africa ».

9,75,1(8QHPDQLqUHGHPHWWUH
HQDYDQWGHVFRQFHSWVQRYDWHXUVGDQVOD
PRGHOHGHVLJQRXO·DUWPDLVDXVVLG·DWWL
UHUXQHFOLHQWqOHGLIIpUHQWHGDQVOHH
(WKRVPDUTXHGHYrWHPHQWV©pWKLTXHVª
HQFRWRQELRUDSKLDRXDOSDJDLOOXVWUH
WUqVELHQODUpXVVLWHGXSURMHW©2QDHX
GHVUHWRXUVGLWK\UDPELTXHVGHODSDUWGXSX
EOLFTXLUHJUHWWHTX·(WKRVQHVRLWSOXVOj
3HQGDQWQHXIPRLVFHWWHHQVHLJQHDGUDLQp
XQSXEOLFTXLQHFRQQDLVVDLWSDVIRUFpPHQWOH
&HQWTXDWUH(QUHWRXUOH&HQWTXDWUHOXLDDV
VXUpXQHEHOOHYLWULQHªV·HQWKRXVLDVPH
$PDQGLQH9DQGHQGULHV&HVXFFqVD
FRQYDLQFXODPDUTXHHWO·HVSDFHFXOWXUHO
PXQLFLSDOGHSURORQJHUOHXUSDUWHQDULDW
'qVOHPDUVHWSRXUXQHGXUpHGH
TXDWUHPRLV(WKRVGRLWGRQFV·LQVWDOOHU
GDQVXQHERXWLTXHSOXVSHWLWHGXF{WpGH

GL[KXLWGL[QHXILQIR 
CU
LT
UR
E

Au Sacré-Cœur, des fidèles


du monde entier
se succèdent dans l’adoration
eucharistique
du Saint-Sacrement.

le sacré-cŒur
non-stop
125 années

S
Depuis 1885, d’adoration
les fidèles prient
24 heures sur 24 Selon le recteur de la basilique, le père À leur arrivée, les pèlerins choisissent
Laverton, le Sacré-Cœur n’a jamais dé- entre une chambre et un box en dortoir,
et 365 jours sempli : « On veille à ce qu’il y ait toujours selon leur envie et leur budget. La mai-
des personnes devant le Saint-Sacrement. son d’accueil dispose de cent treize lits.
par an dans Le cas échéant, les sœurs font alors appel à À ceux qui prennent une chambre indi-
des volontaires. » Les seize bénédictines viduelle, la sœur remet une grosse clé
la basilique de l’église parisienne s’occupent elles- dont la forme reprend celle de La
même de l’organisation des veillées. Savoyarde, la plus grosse cloche de
parisienne. Parmi elles, une « sœur gestionnaire » France (3 mètres de diamètre pour 19
dirigeant cette armée dévouée. tonnes). En revanche, les fidèles dor-
Rencontre Dès 19 h 30, dans la maison d’accueil mant en box n’ont le droit qu’à un simple
qui avoisine la basilique, au 5, rue du document en papier. Lors de la ferme-
nocturne Chevalier-de-La-Barre, deux nonnes re- ture des portes, à 23 h, l’une ou l’autre
çoivent chaque jour les visiteurs. Elles pièce fait office de laissez-passer.
avec certains inscrivent les personnes seules et les
groupes. Parmi eux, « il y a des Parisiens
d’entre eux, qui repartent travailler dès le lendemain Planning Une fois ces menus
matin, des familles pour qui l’adoration est détails matériels réglés, l’introduction à
en cette « année un rituel annuel. Et, à l’occasion du jubilé, l’adoration commence. Dans la salle
de nombreux diocèses sont venus avec leur Saint-Irénée, une trentaine de personnes
jubilaire ». évêque », précise le père Laverton. écoutent avec attention Sœur Marie-­

54 dix huit dix neuf info
Judith venue livrer ses derniers conseils Toutes les heures, de nouveaux visages
avant le « cœur-à-cœur » avec le Christ. apparaissent dans la basilique. À trois
De sa voix douce, elle prêche l’amour et heures, nous rencontrons Jeanne, les
l’espérance. Elle invite les auditeurs à yeux ensommeillés, le pyjama mal ajus-
« contempler le cœur de Jésus pour rencon- té et les cheveux électrisés. Cette
trer celui du Père. » Forts de ces préceptes, Strasbourgeoise de vingt-neuf ans ap-
les participants rejoignent la nef pour as- partient au groupe des Fraternités de
sister à la célébration de 22 h. Jérusalem, et son adoration s’inscrit

De la fin de la messe à l’ouverture des portes,


des couples, des enfants se relaient pour prier
Dans le même temps, les derniers visi- dans un programme de pèlerinage. Elle
teurs nocturnes les retrouvent dans la apparaît plutôt mécontente de ce réveil
basilique. Une heure plus tard, le sur- matutinal : « L’adoration n’est pas vrai-
veillant leur demande de sortir, seuls ment ma forme de prière favorite. Je préfère
restent ceux qui sont munis de leur per- chanter le Seigneur pour le célébrer. »
mis de nuitée. Chaque adorateur s’est, Participer à l’adoration perpétuelle à la Le père Laverton,
au préalable, inscrit sur un planning basilique du Sacré-Cœur est un événe- recteur
d’adoration. Selon Annick, une habi- ment important dans la vie d’un catho-
tuée sexagénaire : « La règle c’est une lique. Hélène confirme : « C’est grandiose
du Sacré-Cœur
heure, mais ça passe tellement vite que par- de faire une nuit d’adoration car c’est un L’adoration est une prière
fois je reste plus longtemps sans m’en aper- lieu dans lequel Dieu nous offre sa pré- contemplative devant le Saint-
cevoir. » De la fin de la messe à l’ou­ver­ sence. » La basilique domine la capitale Sacrement. À l’origine, l’hostie
était conservée pour les malades

ture des portes, le matin à 6 h, des et, en ouvrant ses portes, elle tourne et les personnes âgées
couples et des enfants se relaient pour alors « l’hostie consacrée vers les Parisiens qui ne pouvaient pas se déplacer.
prier. Agenouillée ou assise dans la nef, qui peuvent répondre à son appel. » Puis, l’Église a considéré
l’assemblée des fidèles se tourne vers Au petit matin, les fidèles, groggy, se re- qu’il était important que les bien
l’ostensoir où repose le corps du Christ, trouvent dans le réfectoire de la maison portants puissent aussi
véritablement présent selon le dogme d’accueil pour un petit-déjeuner en se recueillir devant la « présence
catholique. Dans un silence absolu, la commun. Les adorateurs diurnes pren- réelle » de Jésus. Placée
« communion des cœurs » commence. nent alors le relais pour ne jamais aban- dans l’ostensoir, l’hostie domine
Pour Hélène, jeune professeure de fran- donner Jésus aux affres de la capitale. l’assemblée des prieurs.
çais, la très grande discrétion de l’en- Le moment de l’adoration,
semble des pèlerins « rend la rencontre Texte : Claire Cecchini c’est celui où l’on regarde Dieu
avec Jésus plus intense. » Photos : Alexandre Pieroni et où l’on se laisse regarder.

dix huit dix neuf info 55
L’École des métiers de l’information Journalisme
Multimédia
Édition
Vidéo
Photo
Graphisme
Conception, écriture (textes, images
et sons), édition, graphisme
et maîtrise des outils techniques.
Découvrez notre offre de formation
aux métiers de la presse de l’édition
et du multimédia.

Rien de ce qui touche au traitement de l’information ne nous est étranger.

www.emi-cfd.com
Emi, 7-9 rue des Petites-Écuries, 75010 Paris - 01 53 24 68 68 - emi@emi-cfd.com