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ANNUAIRE

DU

COLLÈGE DE FRANCE
2007-2008

RÉSUMÉ
DES COURS ET TRAVAUX

108 e année

PARIS

1 1 , p l a c e Ma rc e l i n - Be r t h e l o t ( Ve )
Photo couverture : Statue de Guillaume Budé (1467-1540)
à l’origine de la fondation du Collège de France
(par M. Bourgeois, 1880)

La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une
part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et
non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes
citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction
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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc
une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.
© Collège de France, 2008,
ISSN 0069-5580
ISBN 978-2-7226-0082-9
LE COLLÈGE DE FRANCE

QUELQUES DONNÉES SUR SON HISTOIRE


ET SON CARACTÈRE PROPRE

I. LES ORIGINES

Les lecteurs royaux. — Le Collège de France doit son origine à l’institution


des lecteurs royaux par le roi François Ier, en 1530.

L’Université de Paris avait alors le monopole de l’enseignement dans toute


l’étendue de son ressort. Attachée à ses traditions comme à ses privilèges, elle se
refusait aux innovations. Ses quatre facultés : Théologie, Droit, Médecine, Arts,
prétendaient embrasser tout ce qu’il y avait d’utile et de licite en fait d’études et
de savoir. Le latin était la seule langue dont on fît usage. Les sciences proprement
dites, sauf la médecine, se réduisaient en somme au quadrivium du moyen âge.
L’esprit étroit de la scolastique décadente y régnait universellement. Les écoles de
Paris étaient surtout des foyers de dispute. On y argumentait assidûment ; on y
apprenait peu de chose. Et il semblait bien difficile que cette corporation, jalouse
et fermée, pût se réformer par elle-même ou se laisser réformer.

Pourtant, un esprit nouveau, l’esprit de la Renaissance, se répandait à travers


l’Europe. Les intelligences s’ouvraient à des curiosités inédites. Quelques précurseurs
faisaient savoir quels trésors de pensée étaient contenus dans ces chefs-d’œuvre de
l’Antiquité, que l’imprimerie avait commencé de propager. On se reprochait de les
avoir ignorés ou méconnus. On demandait des maîtres capables de les interpréter
et de les commenter. Sous l’influence d’Érasme, un généreux mécène flamand,
Jérôme Busleiden, venait de fonder à Louvain, en 1518, un Collège des trois langues,
où l’on traduisait des textes grecs, latins, hébreux, au grand scandale des aveugles
champions d’une tradition sclérosée. L’Université de Paris restait étrangère à ce
mouvement.

François Ier, conseillé par le savant humaniste Guillaume Budé, « maître de sa


librairie », ne s’attarda pas à la convaincre. Il institua en 1530, en vertu de son
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autorité souveraine, six lecteurs royaux, deux pour le grec, Pierre Danès et
Jacques Toussaint ; trois pour l’hébreu, Agathias Guidacerius, François Vatable
et Paul Paradis ; un pour les mathématiques, Oronce Finé ; puis, un peu plus
tard, en 1534, un autre lecteur, Barthélémy Masson (Latomus), pour l’éloquence
latine. Les langues orientales autres que l’hébreu firent leur entrée au Collège avec
Guillaume Postel (1538-1543), l’arabe en particulier, avec Arnoul de L’isle
(1587-1613).
Le succès justifia cette heureuse initiative. Les auditeurs affluèrent auprès des
nouveaux maîtres. Par là, un coup mortel venait d’être porté aux arguties stériles,
aux discussions à coups de syllogismes, aux recueils artificiels qui avaient trop
longtemps tenu la place des textes eux-mêmes. Par l’étude des langues, on remontait
aux sources. On y retrouvait le pur jaillissement d’une pensée libre et féconde.
Ainsi naquit le Collège de France. Ne relevant que du roi, dégagés des entraves
qu’imposaient aux maîtres de l’Université les statuts d’une corporation trois fois
séculaire, affranchis des traditions et de la routine, novateurs par destination, les
lecteurs royaux furent, pendant tout le xvie siècle, les meilleurs représentants de la
science française. Le Collège, pourtant, n’avait pas encore de domicile à lui. Il ne
constituait même pas une corporation distincte, à proprement parler ; il n’existait,
comme personne morale, que par le groupement de ses maîtres sous le patronage
du grand aumônier du roi. Mais son unité résultait de leur indépendance même.
Et déjà, il assurait son avenir par la valeur et l’influence de quelques-uns d’entre
eux, tels qu’Adrien Turnèbe, Pierre Ramus, Jean Dorat, Denis Lambin, Jean
Passerat, comme aussi par la reconnaissance qu’ils inspiraient à d’illustres auditeurs,
un Joachim du Bellay, un Ronsard, un Baïf, un Jacques Amyot. Leurs méthodes
d’enseignement étaient variées. Les uns faisaient surtout œuvre de critiques et
d’éditeurs de textes ; d’autres commentaient, quelquefois éloquemment, comme
Pierre Ramus, les orateurs ou les philosophes, les historiens ou les poètes de
l’antiquité classique. Tous, ou presque tous, étaient vraiment des initiateurs en
même temps que des érudits.

II. LE DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE

Cette bonne renommée de l’institution royale se soutint pendant les xviie et


xviiie siècles. Le Collège vit alors se préciser son organisation et s’accroître ses
chaires, au nombre d’une vingtaine à la fin de l’Ancien Régime.
Depuis le xviie siècle, les lecteurs royaux forment vraiment un corps, symbolisé
par l’apparition, sur les affiches de cours, du nom définitif, sous sa forme latine :
Collegium regium Galliarum. En 1610, le projet d’une demeure propre, élaboré
sous Henri IV, connaît un début de réalisation : Louis XIII, âgé de 9 ans, pose la
première pierre du Collège royal. Mais c’est seulement à la fin du xviiie siècle que
Chalgrin le mènera à terme sur des plans entièrement remaniés ; les lecteurs royaux
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possèdent désormais, sur la place de Cambrai, un lieu spécifique où enseigner et


relèvent directement du secrétaire d’État chargé de la Maison du roi.

En 1772, une décision royale réorganise entièrement la répartition des chaires


de manière à intégrer les enseignements novateurs : physique de Newton, turc et
persan, syriaque, droit de la nature et des gens, mécanique, littérature française,
histoire, histoire naturelle, chimie — à côté des domaines de recherche déjà en
place : médecine, anatomie, arabe, philosophie grecque, langue grecque, éloquence
latine, poésie latine, droit canon, hébreu, mathématiques.

Le Collège de France semble viser à justifier l’ambitieuse devise de son blason :


Docet omnia et, de fait, il a « vocation à tout enseigner ».

En même temps, son ouverture au monde et l’originalité de sa conception lui


valent, presque seul entre les institutions de l’Ancien Régime, d’être épargné par la
Révolution ; et, malgré plusieurs projets de réformation qui n’aboutirent pas, il se
retrouve au temps de l’Empire, et par-delà, tel qu’il était auparavant, bénéficiant
même d’une liberté accrue : la loi du 11 floréal an X (1er mai 1802) lui accorde en
effet l’initiative de présentation des candidats, à l’origine de l’actuel système de
cooptation. La souplesse de son organisation va lui permettre de s’adapter sans
peine à des conceptions changeantes et de se prêter à tous les progrès.

Ainsi s’expliquent son extension considérable au cours du xixe siècle et son rôle
dans le développement d’un grand nombre de sciences. En fait, sous une apparence
inchangée, il a subi une réelle transformation qui se continue au xxe siècle. Elle
s’est accomplie, comme il est naturel, en accord intime avec celle qui se produisait
simultanément au-dehors dans presque tous les ordres de connaissance. Mais il est
à noter que, très souvent, c’est le Collège de France qui a frayé ou élargi les voies
nouvelles, et qu’il continue de le faire.

Pour compléter et préciser les données précédentes, on pourra se reporter à l’ouvrage


d’Abel Lefranc, intitulé Histoire du Collège de France, Paris, 1893 ; au livre
jubilaire Le Collège de France, publié en 1932, où vingt-cinq notices ont été consacrées
à l’histoire de l’enseignement donné au Collège de France dans les principales disciplines
de l’ordre littéraire et de l’ordre scientifique ; à la Revue de l’Enseignement supérieur
qui a publié, sous la plume de Marcel Bataillon, dans son no 2 de 1962 (p. 1 à 50)
un aperçu de l’histoire du Collège de France, de son fonctionnement institutionnel et
de ses moyens d’action ; à la conférence d’ Yves Laporte publiée en 1990 sous forme
de plaquette par le Collège de France ; à Christophe Charle et Éva Telkès, Les
Professeurs du Collège de France, dictionnaire biographique 1901-1939, Institut
national de Recherche pédagogique et Éditions du CNRS, Paris, 1988 ; Christophe
Charle, « Le Collège de France », dans Les lieux de mémoire, sous la direction de
Pierre Nora, II : La Nation, t. 3, p. 389-424. En 1998 est également publié le livre
Les origines du Collège de France (1500-1560), sous la direction de Marc Fumaroli,
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aux Éditions Klincksieck, et en 2006 le premier tome de l’Histoire du Collège de


France : I. La Création 1530-1560, sous la direction d’André Tuilier, avec une
préface de Marc Fumaroli, aux Éditions Fayard.

III. LES CHAIRES DU COLLÈGE DE FRANCE


DEPUIS LE XIXe SIÈCLE

Antiquité grecque et romaine. — Dans la chaire de Langue et littérature


grecques où s’étaient illustrés Jean-Baptiste Gail (1791-1829) et Jean-François
Boissonade (1829-1855), Jean-Pierre Rossignol (1855-1892) eut comme
successeurs Maurice Croiset (1893-1930) et Émile Bourguet (1932-1938). Une
chaire d’Épigraphie et antiquités grecques a été instituée en 1877, et occupée
successivement par Paul Foucart (1877-1926), Maurice Holleaux (1927-1932)
et Louis Robert (1939-1974). Une chaire dénommée La Grèce et la formation de
la pensée morale et politique a été créée en 1973 pour Mme Jacqueline de Romilly,
première femme à occuper une chaire au Collège (1973-1984), puis transformée,
en 1984, en chaire de Tradition et critique des textes grecs pour M. Jean Irigoin
(1986-1992). — Gabriel Millet, qui occupa de 1926 à 1937 la chaire d’Esthétique
et histoire de l’art, l’orienta vers l’étude du byzantinisme, auquel fut consacrée une
chaire d’Archéologie paléo-chrétienne et byzantine pour André Grabar (1946-1966)
puis une chaire d’Histoire et civilisation de Byzance pour Paul Lemerle (1967-1973) ;
elle est devenue Histoire et civilisation du monde byzantin pour M. Gilbert Dagron
de 1975 à 2001. En 1992, a été créée une chaire d’Histoire économique et monétaire
de l’Orient hellenistique pour M. Georges Le Rider (1993-1998), et en 2002, une
chaire d’Épigraphie et histoire des cités grecques occupée par M. Denis Knoepfler à
partir de 2003.
Une chaire de Philosophie grecque et latine eut comme titulaires Édouard
Bosquillon (1775-1814), Jean-François Thurot (1814-1832), Théodore
Jouffroy (1832-1837), Jules Barthélémy Saint-Hilaire (1838-1852), Émile
Saisset (chargé de cours 1853-1857), Charles Lévêque (chargé de cours 1857-1860,
titulaire 1861-1900), Henri Bergson (1900-1904). Une chaire d’Histoire de la
pensée hellénistique et romaine a été créée en 1981 pour M. Pierre Hadot (1982-
1991).
Pour l’enseignement du latin, deux chaires existaient depuis l’Ancien Régime :
l’Éloquence latine, tenue successivement par Pierre Gueroult (1809-1816),
Jean-Louis Burnouf (1817-1844), Désiré Nisard (1844-1852), Wilhelm Rinn
(1853-1854), Ernest Havet (1854-1885), et la Poésie Latine, par Jacques Delille
(1778-1813), Pierre-François Tissot (1813-1821), Joseph Naudet (1821-1830),
Pierre-François Tissot à nouveau (1830-1854), Charles-Augustin de Sainte-Beuve
(1854-1869) qui, toutefois, ne put jamais enseigner. La prédominance de curiosités
et de méthodes nouvelles se manifesta par la transformation de la chaire d’Éloquence
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latine en Philologie latine, avec pour titulaire Louis Havet (1885-1925), et de la


Poésie latine en Histoire de la littérature latine, occupée par Gaston Boissier (1869-
1906) et Paul Monceaux (1907-1934). Ces enseignements ont été complétés par
ceux de disciplines qui attestaient l’élargissement de l’horizon scientifique ; une
chaire d’Épigraphie et antiquités romaines, créée en 1861, pour Léon Renier (1861-
1885) a été occupée par Ernest Desjardins (1886), et ensuite par René Cagnat
(1887-1930), puis, sous le titre élargi de Civilisation romaine, par Eugène Albertini
(1932-1941), André Piganiol (1942-1954), et Jean Gagé (1955-1972) ; elle est
devenue, de 1975 à 1999, Histoire de Rome pour M. Paul Veyne. Une chaire
d’Histoire de l’Afrique du Nord, où furent spécialement étudiées les périodes romaine
et post-romaine, a eu pour titulaire Stéphane Gsell (1912-1932). Une chaire
d’Histoire de la langue latine, occupée par Alfred Ernout (1944-1951), a été
transformée en 1951 en chaire de Littérature latine pour Pierre Courcelle (1951-
1980). En 2000, une chaire intitulée Religion, institutions et société de la Rome
antique a été créée pour M. John Scheid et est occupée depuis 2001.

Une chaire de Numismatique de l’Antiquité et du Moyen Âge, inaugurée en 1908


par Ernest Babelon, a été transformée, en 1924, en une chaire de Numismatique
de l’Antiquité, que Théodore Reinach a occupée jusqu’en 1928.

Philosophie. — Un enseignement de Philosophie moderne créé en 1874 a été


assuré par Jean Nourrisson (1874-1899), Gabriel Tarde (1900-1904), Henri
Bergson (1904-1921), Édouard Le Roy (1921-1940), Louis Lavelle (1941-1951),
Maurice Merleau-Ponty (1952-1961). En 1962, fut créée une chaire de Philosophie
de la connaissance pour Jules Vuillemin qui l’occupa jusqu’en 1990. Une chaire
d’Histoire de la philosophie au Moyen Âge, tenue de 1932 à 1950 par Étienne Gilson,
a été remplacée par une chaire d’Histoire et technologie des systèmes philosophiques
pour Martial Guéroult (1951-1962), et dénommée ensuite chaire d’Histoire de la
pensée philosophique pour Jean Hyppolite (1963-1968). Cette chaire a été
transformée en chaire d’Histoire des systèmes de pensée pour Michel Foucault
(1970-1984), puis, de 1985 à 1990, en chaire d’Épistémologie comparative pour
M. Gilles-Gaston Granger. Une chaire de Philosophie du langage et de la connaissance,
créée en 1994, est occupée depuis 1995 par M. Jacques Bouveresse.

En 1999, ont été créées une chaire de Philosophie des sciences biologiques et
médicales pour Mme Anne Fagot-Largeault et une chaire de Philosophie et histoire
des concepts scientifiques pour M. Ian Hacking (2001-2006).

Linguistique générale. — L’enseignement de la Grammaire comparée fut


inauguré au Collège de France par Michel Bréal (1866-1905), qui eut pour
successeurs Antoine Meillet (1906-1936) et Émile Benveniste (1937-1972).
Pendant un temps s’y trouva rattaché un Laboratoire de phonétique expérimentale,
dont le premier directeur fut l’abbé Rousselot ; une chaire de Phonétique
expérimentale fut occupée par ce savant de 1923 à 1924. Une chaire de Théorie
linguistique est créée en 1986 pour M. Claude Hagège (1988-2006).
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Langues, histoire et littératures occidentales. — L’enseignement de la


Littérature française fut d’abord représenté par Antoine de Cournand (1784-1814)
et Stanislas Andrieux (1814-1833). Ce fut le début d’une tradition à laquelle se
rattachent les noms de Jean-Jacques Ampère (1833-1864), de Louis de Loménie
(1864-1878), de Paul Albert (1878-1880), d’Émile Deschanel (1881-1903),
d’Abel Lefranc (1904-1937). La chaire a été transformée en une chaire de Poétique,
occupée par Paul Valéry (1937-1945), puis en une chaire d’Histoire des créations
littéraires en France pour Jean Pommier (1946-1964). Cette chaire a été ensuite
consacrée à l’enseignement de la Littérature française moderne ; elle a été occupée
par M. Georges Blin de 1965 à 1988. Une chaire de Sémiologie littéraire a été créée
pour Roland Barthes (1976-1980). En 1986, a été créée une chaire intitulée
Rhétorique et société en Europe (xvie-xviie siècles) pour M. Marc Fumaroli (1987-
2002) ; et une chaire de Littératures modernes de l’Europe néolatine a été créée pour
M. Carlo Ossola en 1998. En 2005 sont créées une chaire de Littérature française
moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie, occupée à partir de 2006 par
M. Antoine Compagnon, et une chaire intitulée Écrit et culture dans l’Europe
moderne, occupée depuis 2006 par M. Roger Chartier.

Une chaire spécialement consacrée à la Langue et littérature françaises du Moyen


Âge, a été inaugurée par Paulin Paris (1853-1872), qui eut pour successeurs Gaston
Paris (1872-1903), puis Joseph Bédier (1903-1936). Remplacée ensuite par une
chaire d’Histoire du vocabulaire français occupée par Mario Roques (1937-1946),
elle a été rétablie sous son ancien titre pour Félix Lecoy, de 1947 à 1974, puis en
1993 sous le titre de Littératures de la France médiévale pour M. Michel Zink.

En 1905, une chaire d’Histoire et antiquités nationales s’y ajouta pour Camille
Jullian (1905-1930), tenue ensuite par Albert Grenier (1936-1948).

En 1964, a été créée une chaire d’Archéologie et histoire de la Gaule pour


Paul-Marie Duval (1964-1982), transformée en 1983 en chaire d’Antiquités
nationales pour M. Christian Goudineau.

D’autre part, deux chaires nouvelles instituées en 1925 et en 1932, concernaient


l’Europe médiévale : l’une, occupée par Edmond Faral (1925-1954), s’intitulait
Littérature latine du Moyen Âge, l’autre déjà mentionnée en philosophie, fut occupée
par Étienne Gilson, de 1932 à 1950. En 1969 a été créée une chaire d’Histoire
des sociétés médiévales pour Georges Duby, devenue en 1991 Histoire de l’occident
méditerranéen au Moyen Âge pour M. Pierre Toubert, qui l’a occupée de 1992 à
2003.

Consacrée à l’activité extérieure de la France, une chaire, fondée par les principales
colonies d’alors, a été occupée sous le titre d’Histoire coloniale par Alfred Martineau
(1921-1935), puis, sous le titre d’Histoire de la colonisation, par Edmond
Chassigneux (1939-1946), et ensuite, sous le titre d’Histoire de l’expansion de
l’Occident, par Robert Montagné (1948-1954).
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Enfin a été créée, en 1984, une chaire d’Histoire de la France contemporaine, pour
M. Maurice Agulhon, qui l’a occupée jusqu’en 1997.
La chaire de Langues et littératures slaves fut inaugurée en 1840 par le poète
polonais, chargé de cours, Adam Mickiewicz (1840-1852) puis par Cyprien
Robert (chargé de cours 1852-1857) et Alexandre Chodzko (chargé de cours
1857-1883), et occupée plus tard par Louis Léger (1885-1923), André Mazon
(1923-1951) et André Vaillant (1952-1962). En 1992 a été créée une chaire
d’Histoire moderne et contemporaine du monde russe pour M. François-Xavier
Coquin (1993-2001).
Une chaire de Langues et littératures de l’Europe méridionale, qui eut pour titulaires
successifs Edgar Quinet (de 1841 à 1852 et de 1870 à 1875), Paul Meyer (1876-
1906), Alfred Morel-Fatio (1907-1924), a été rétablie, en 1925, sous le titre
d’Histoire des littératures comparées de l’Europe méridionale et de l’Amérique latine
pour Paul Hazard (1925-1944). Depuis, deux des domaines qu’elle recouvrait ont
été distingués par la création, en 1945 et en 1946, de deux chaires consacrées l’une
aux Langues et littératures de la péninsule ibérique et de l’Amérique latine, tenue par
Marcel Bataillon (1945-1965), puis par Israël Révah (1966-1973) ; l’autre à
l’Histoire de la civilisation italienne pour Augustin Renaudet de 1946 à 1950,
transformée en chaire de Langues et civilisation italienne pour André Pézard de
1951 à 1963. En 1992, une chaire de Langues et littératures romanes a été créée
pour M. Harald Weinrich, qui l’occupa jusqu’en 1998.
Une chaire de Langues et littératures d’origine germanique eut pour premiers
titulaires Philarète Chasles (1841-1873) et Guillaume Guizot (1874-1892).
Celui-ci fut suppléé par Jean-Jules Jusserand, puis par Arthur Chuquet, qui
devint titulaire de la chaire en 1893 et l’occupa jusqu’en 1925. Lui succédèrent
Charles Andler (1926-1933), Ernest Tonnelat (1934-1948), Fernand Mossé
(1949-1956), et Robert Minder de 1957 à 1973. En 1984 a été créée une chaire
de Grammaire et pensée allemandes, pour M. Jean-Marie Zemb, qui l’occupa
jusqu’en 1998.
Une chaire de Langues et littératures celtiques a été occupée par Henry d’arbois
de Jubainville (1882-1910) puis par Joseph Loth (1910-1930).
Une chaire de Civilisation américaine, créée en 1931, pour Bernard Faÿ (révoqué
en 1945), a été transformée pour Marcel Giraud, de 1947 à 1971, en chaire
d’Histoire de la civilisation de l’Amérique du Nord.
Une chaire d’Étude de la création littéraire en langue anglaise a été créée en 2001
pour M. Michael Edwards (2003-2008).
Langues, histoires et littératures orientales. — L’enseignement de
l’Hébreu, le plus ancien de tous, donné par Étienne Quatremère (1819-1857),
puis par Louis Dubeux (chargé de cours 1857-1861), a été illustré ensuite par
Ernest Renan (1862-1864 et 1870-1892), par Salomon Munk (1864-1867) et par
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Philippe Berger (1893-1910). Celui de l’Araméen a été assuré par Rubens Duval
(1895-1907). Après un long intervalle, une chaire intitulée Hébreu et Araméen a
été instituée de 1963 à 1971 pour André Dupont-Sommer ; puis pour André
Caquot de 1972 à 1994. Une chaire d’Épigraphie et antiquités sémitiques a été
créée pour Charles Clermont-Ganneau (1890-1923), une autre d’Histoire
ancienne de l’Orient sémitique a été occupée par Isidore Lévy (1932-1941) et de
1995 à 2001, une chaire d’Antiquités sémitiques occupée par M. Javier Teixidor.
L’égyptologie a fait son entrée au Collège avec son fondateur, Jean-François
Champollion (1831-1832), dans une chaire d’Archéologie tenue ensuite par
Jean-Antoine Letronne (1837-1848), puis par Charles Lenormant (1849-1859).
Elle devint chaire de Philologie et archéologie égyptiennes avec Emmanuel de Rougé
(1860-1872) et Gaston Maspero (1874-1916), fut reprise par Alexandre Moret
(1923-1938), et occupée successivement par Pierre Lacau (1938-1947), Pierre
Montet (1948-1956), Étienne Drioton (1957-1960), et Georges Posener (1961-
1978). Elle a subsisté sous le titre d’Égyptologie pour M. Jean Leclant (1979-1990),
puis pour M. Jean Yoyotte (1991-1997). En 1999, une chaire de Civilisation
pharaonique : archéologie, philologie, histoire a été créée pour M. Nicolas Grimal.
L’enseignement de l’assyriologie a été ouvert aussi par un fondateur, Jules Oppert
(1874-1905), dans une chaire de Philologie et archéologie assyriennes où lui a succédé
Charles Fossey (1906-1939). Après un intervalle, il a été repris par Édouard
Dhorme (1945-1951) sous le titre de Philologie et archéologie assyro-babyloniennes
et poursuivi sous celui d’Assyriologie par René Labat de 1952 à 1974, puis par
M. Paul Garelli, de 1986 à 1995 et par M. Jean-Marie Durand depuis 1999.
Une chaire d’Archéologie de l’Asie occidentale a été créée en 1953 pour Claude
Schaeffer-Forrer qui l’a occupée jusqu’en 1969. Enfin, en 1973 était créée une
chaire de Langues et civilisation de l’Asie Mineure pour Emmanuel Laroche, qui
l’a occupée jusqu’en 1985.
Une chaire d’Histoire et civilisation du monde achéménide et de l’empire d’Alexandre
a été créée en 1998 pour M. Pierre Briant, qui l’occupe depuis 1999.
La chaire d’Arabe a été tenue successivement par Antoine Caussin de Perceval
(1783-1833), Armand-Pierre Caussin de Perceval (1833-1871), Charles-François
Defrémery (1871-1883), Stanislas Guyard (1884), Adrien Barbier de Meynard
(1885-1908), Paul Casanova (1909-1926), William Marçais (1927-1943). Elle a
été transformée en chaire d’Histoire du monde arabe pour Jean Sauvaget
(1946-1950). Devenue chaire de Langue et littérature arabes, elle a été occupée par
Gaston Wiet (1951-1959). À côté d’elle, furent fondées : en 1902, une chaire de
Sociologie et sociographie musulmanes, inaugurée par Alfred le Chatelier
(1902-1925), occupée ensuite par Louis Massignon (1926-1954), modifié en
chaire de Sociologie musulmane pour Henri Laoust de 1956 à 1975, et transformée
en 1976 en une chaire de Langue et littérature arabes classiques pour M. André
Miquel, occupée jusqu’en 1997 — puis en 1941, une chaire d’Histoire des arts de
13

l’Orient musulman pour Albert Gabriel (1941-1953). En 1956 était créée une
chaire d’Histoire sociale de l’Islam contemporain, occupée par Jacques Berque
jusqu’en 1981. Une chaire d’Histoire contemporaine du monde arabe est créée en
2003 pour M. Henry Laurens.
Les chaires de turc et de persan ont été réunies de 1784 à 1805 par Pierre Ruffin,
qui abandonna à partir de 1805 le persan au plus illustre islamisant de l’époque,
Isaac Silvestre de Sacy (1806-1838). Lui succédèrent : Amédée Jaubert (1838-
1847), Jules Mohl (1850-1876), Adrien Barbier de Meynard (1876-1885),
James Darmesteter (1885-1894). Après Pierre Ruffin (1805-1822) l’enseignement
du turc seul a été assuré par Daniel Kieffer (1822-1833), Alix Desgranges (1833-
1854), Mathurin-Joseph Cor (1854), Abel Pavet de Courteille (chargé de cours
1854-1861, titulaire 1861-1889). En 1997, a été créée une chaire d’Histoire turque
et ottomane pour M. Gilles Veinstein, qui l’occupe depuis 1999.
Les domaines de recherche nouveaux entrés dans l’enseignement du Collège au
xixe siècle ont d’abord été ceux de l’Inde et de la Chine, dont l’étude avait été
amorcée en Europe par plusieurs orientalistes du Collège au siècle précédent. En
1814, furent créées ensemble les chaires de Sanscrit et de Chinois.
La première a été inaugurée par Léonard de Chézy (1814-1832), illustrée par
Eugène Burnouf (1932-1852), et reprise après un intervalle de suppléances par
Édouard Foucaux (1862-1894), puis Sylvain Lévi (1894-1935) et Jules Bloch
(1937-1951). L’enseignement y débordant traditionnellement le domaine du
sanscrit, elle a repris en 1951, la dénomination de chaire de Langues et littératures
de l’Inde et a eu pour titulaire Jean Filliozat de 1952 à 1978. En 1983 a été créée
une chaire d’Histoire du monde indien pour M. Gérard Fussman, et, en 1993, une
chaire de Langues et religions indo-iraniennes pour M. Jean Kellens.
La seconde, dont l’enseignement s’est, de son côté, constamment étendu à
l’ensemble de la sinologie, a été tenue par Jean-Pierre Abel-Rémusat (1814-1932),
Stanislas Julien (1832-1873), Léon d’Hervey de Saint-Denys (1874-1892),
Édouard Chavannes (1893-1918), Henri Maspero (1921-1945), Paul Demiéville
(1946-1964), M. Jacques Gernet (1975-1992) ; depuis 1991 une chaire d’Histoire
de la Chine moderne est occupée par M. Pierre-Étienne Will et une chaire d’Histoire
intellectuelle de la Chine est confiée en 2008 à Mme Anne Cheng.
Étendant le champ des enseignements aux pays d’influence indienne et chinoise
et aux civilisations propres à ces pays, trois chaires ont été créées : la première de
Langues, histoire et archéologie de l’Asie centrale pour Paul Pelliot (1911-1945),
qui devait prendre le titre d’Histoire et civilisations de l’Asie centrale pour
Louis Hambis, de 1965 à 1977, et se transformer en chaire de Sociographie de
l’Asie du Sud-Est pour Lucien Bernot (1978-1985) ; la deuxième d’Histoire et
philologie indochinoises pour Louis Finot (1920-1930), auquel ont succédé Jean
Przyluski (1931-1944), puis Émile Gaspardone, de 1946 à 1965, et qui a été
alors transformée en chaire d’Étude du monde chinois : institutions et concepts pour
14

Rolf A. Stein (1966-1981) ; enfin la troisième, sous le titre de Civilisations


d’Extrême-Orient, a été occupée par Paul Mus (1946-1969). Une chaire d’Étude
du Bouddhisme a été créée en 1970 pour André Bareau, qui l’a occupée jusqu’en
1991. Enfin, en 1979, a été créée une chaire de Civilisation japonaise pour Bernard
Frank qui l’a occupée jusqu’en 1996.

Droit et sciences humaines. — Depuis l’Ancien Régime existait une chaire


de Droit de la nature et des gens, tenue au xixe siècle par Pierre de Pastoret
(1804-1821), Xavier de Portets (1822-1854), Adolphe Franck (1856-1887). En
1831 commençait, avec Eugène Lerminier (1831-1849), un enseignement
d’Histoire générale et philosophique des législations comparées, qui fut continué par
Édouard Laboulaye (1849-1883), et par Jacques Flach (1884-1919). En 1979,
une chaire de Droit international est créée pour René-Jean Dupuy qui l’a occupée
jusqu’en 1989. Une chaire d’Études juridiques comparatives et internationalisation
du droit a été créée en 2001 pour Mme Mireille Delmas-Marty qui l’occupe
depuis 2002.

Dès 1831, était instituée pour Jean-Baptiste Say une chaire d’Économie politique,
qui fut occupée après lui par Pellegrino Rossi (1833-1840), Michel Chevalier
(1840-1879), et Paul Leroy-Beaulieu (1880-1916). Une chaire d’Histoire des
doctrines économiques, créée en 1871 pour Émile Levasseur, fut transformée sur sa
demande en 1885 en chaire de Géographie, histoire et statistiques économiques. En
1911, elle devint chaire d’Étude des faits économiques et sociaux pour Marcel
Marion (1912-1932). De 1955 à 1974 une chaire d’Analyse des faits économiques
et sociaux a été occupée par François Perroux ; en 1987 a été créée une chaire
d’Analyse économique pour M. Edmond Malinvaud qui l’a occupée jusqu’en 1993.
Une chaire de Théorie économique et organisation sociale a été créée en 1998 pour
M. Roger Guesnerie, qui l’occupe depuis 2000.

En 1958 une chaire d’Anthropologie sociale était créée pour M. Claude Lévi-
Strauss (1959-1982), et en 1971, une chaire d’Anthropologie physique pour Jacques
Ruffié (1972-1992). En 1981, a été créée pour Mme Françoise Héritier une
chaire d’Étude comparée des sociétés africaines (1982-1998) et en 1992 pour
M. Nathan Wachtel une chaire d’Histoire et anthropologie des sociétés méso- et sud-
américaines (1992-2005). En 1999, une chaire d’Anthropologie de la nature a été
créée pour M. Philippe Descola, qui l’occupe depuis 2000.

En 1917, un cours complémentaire d’Assurances sociales fondé par Alfred Mayen,


a été transformé, aux frais de la Ville de Paris et du Département de la Seine, en
une chaire de Prévoyance et assistance sociales, qu’occupa Édouard Fuster
(1917-1935).

En 1920, une chaire instituée pour dix ans, à l’initiative de la Fédération des
Sociétés coopératives, et affectée à l’Enseignement de la Coopération, a eu pour
titulaire Charles Gide jusqu’en 1930.
15

Dans le même ordre d’études, d’autres développements se sont encore produits.


Une chaire de Philosophie sociale, créée pour Jean Izoulet (1897-1929), a été
transformée en chaire de Sociologie pour Marcel Mauss (1931-1942), puis en chaire
de Psychologie collective pour Maurice Halbwachs (1944-1945). Une chaire
d’Histoire et structure sociales de Paris et de la région parisienne, fondée par la Ville
de Paris en 1950, a été occupée par Louis Chevalier (1952-1981). Une chaire
d’Histoire du travail, fondée en 1907 par la Ville de Paris, a été occupée par Georges
Renard (1907-1930), par François Simiand (1932-1935), puis, de 1936 à 1957,
par Émile Coornaert. Une chaire de Démographie sociale : la vie des populations,
lui a succédé et a eu pour titulaire Alfred Sauvy de 1959 à 1969. Cette chaire a
été transformée en chaire de Sociologie de la civilisation moderne pour Raymond
Aron de 1970 à 1978. Enfin a été créée, en 1981, une chaire de Sociologie pour
Pierre Bourdieu (1981-2001). Une chaire d’Histoire moderne et contemporaine du
politique a été créée en 2001 pour M. Pierre Rosanvallon. En 2005 est créée une
chaire de Rationalité et sciences sociales, occupée par M. Jon Elster.
Géographie. — Une chaire de Géographie humaine, créée grâce à une libéralité
d’Albert Kahn, a été occupée de 1912 à 1930 par Jean Brunhes.
En 1932 était créée la chaire de Géographie économique et politique, où enseigna
André Siegfried (1933-1946). La Géographie historique de la France fut enseignée,
de 1892 à 1911, par Auguste Longnon ; elle a été rétablie de 1947 à 1968 pour
Roger Dion, puis transformée en chaire de Géographie du continent européen pour
Maurice Le Lannou, de 1969 à 1976. Une chaire d’Étude du monde tropical
(géographie physique et humaine) a été créée en 1946 pour Pierre Gourou
(1947-1970).
Histoire des religions. — Une chaire d’Histoire des religions, créée en 1880,
a eu pour titulaires Albert Réville (1880-1906), Jean Réville (1907-1908), Alfred
Loisy (1909-1932), Jean Baruzi (1933-1951) et Henri-Charles Puech (1952-
1972).
Une chaire d’Histoire des mentalités religieuses dans l’Occident moderne a été créée
en 1973 pour M. Jean Delumeau qui l’a occupée de 1975 à 1994 et une chaire
d’Étude comparée des religions antiques en 1973 pour Jean-Pierre Vernant, qui l’a
occupée de 1975 à 1984.
En 1977, a été créée une chaire intitulée Christianisme et gnoses dans l’Orient
préislamique pour Antoine Guillaumont qui l’a occupée jusqu’en 1986 et en
1990 une chaire d’Histoire des syncrétismes de la fin de l’Antiquité pour M. Michel
Tardieu (1991-2008). En 2006 est créée une chaire intitulée Milieux bibliques
pour M. Thomas Römer.
Préhistoire. — Fut créée, en 1929 une chaire de Préhistoire, tenue par l’abbé
Henri Breuil (1929-1947), discipline reprise de 1969 à 1982 par André Leroi-
Gourhan, puis transformée en 1982 en chaire de Paléoanthropologie et préhistoire
pour M. Yves Coppens (1983-2005), elle-même transformée en chaire de
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Paléontologie humaine en 2005. En 1993, une chaire de civilisations de l’Europe au


Néolithique et à l’Âge du Bronze a été créée pour M. Jean Guilaine (1994-2007).
Histoire générale. — L’histoire générale était professée au Collège de France
depuis le dernier tiers du xviiie siècle. On l’associait alors à la morale, et cette
union persista, nominalement au moins, pendant tout le xixe siècle. À Pierre
Daunou (1819-1830), succédèrent Jean-Antoine Letronne (1831-1837), et Jules
Michelet (1838-1852), puis, un peu plus tard, Joseph Guigniaut (1857-1862),
et Alfred Maury (1862-1892).
Une chaire d’Histoire de la civilisation moderne tenue par Lucien Febvre
(1933-1949), puis par Fernand Braudel (1950-1972), subsiste pour M. Emmanuel
Le Roy Ladurie, qui l’occupa de 1973 à 1999. En 1997, une chaire d’Histoire de
la France des Lumières créée pour M. Daniel Roche (1999-2005), transformée en
chaire intitulée Écrit et cultures dans l’Europe moderne pour M. Roger Chartier
(2006).
Une chaire de Civilisation indo-européenne a été occupée de 1948 à 1968 par
Georges Dumézil. Une chaire d’Histoire générale des sciences, créée en 1891, a été
occupée par Pierre Laffitte (1892-1903), Grégoire Wyrouboff (1903-1913) et
Pierre Boutroux (1920-1922).
Art. — Une chaire d’Esthétique et histoire de l’art, créée en 1878, a eu pour
titulaires, successivement Charles Blanc (1878-1882), Eugène Guillaume
(1882-1905) ; Georges Lafenestre (1905-1919), André Michel (1920-1925)
(qui la spécialisa en Histoire de l’art français), Gabriel Millet (1926-1937), Henri
Focillon (1938-1943). En 1970 a été créée une chaire d’Art et civilisation de la
Renaissance en Italie pour André Chastel (1970-1984). Une des chaires fondées
par la Ville de Paris, affectée en 1933 à l’Histoire de l’art monumental, a été occupée
par Paul Léon (1933-1944). Une autre a été affectée à la Psychologie des arts
plastiques pour René Huyghe de 1951 à 1976 ; désormais chaire d’État, elle a été
transformée en 1976 en Histoire de la création artistique en France pour M. Jacques
Thuillier, qui l’a occupée de 1977 à 1998. En 2000, une chaire d’Histoire de l’art
européen médiéval et moderne a été créée pour M. Roland Recht qui l’occupe
depuis 2001.
Une chaire d’Intervention, technique et langage en musique a été créée en 1975
pour M. Pierre Boulez (1976-1995) ; elle fut transformée de 1996 à 1999 pour
Jerzy Grotowski en chaire d’Anthropologie théâtrale. En 1980, a été créée pour
M. Yves Bonnefoy, une chaire d’Études comparées de la fonction poétique
(1981-1993).
Mathématiques. — L’enseignement des mathématiques fut assuré par Antoine-
Rémy Mauduit (1770-1815), Sylvestre-François Lacroix (1815-1843), Guillaume
Libri-Carucci (1843-1848), Joseph Liouville (1851-1882), Camille Jordan
(1883-1912), Georges Humbert (1912-1921), Henri Lebesgue (1921-1941). S’y
ajoutait l’Astronomie, professée par Jérôme de Lalande (1768-1807), puis par
17

Jean-Baptiste Delambre (1807-1822) et Jacques Binet (1823-1856). La chaire


d’Astronomie fut transformée, en 1856, en une chaire de Mécanique céleste pour
Joseph Serret (1861-1885). Elle devint chaire de Mécanique analytique et
mécanique céleste pour Maurice Lévy (1885-1908), et Jacques Hadamard
(1909-1937). Une chaire de Mathématique et mécanique a été occupée de 1938 à
1972 par Szolem Mandelbrojt, puis transformée en chaire d’Analyse mathématique
des systèmes et de leur contrôle pour Jacques-Louis Lions (1973-1998). Une chaire
de Théorie des équations différentielles et fonctionnelles a été occupée par Jean Leray
de 1947 à 1978. Une chaire d’Algèbre et géométrie occupée par M. Jean-Pierre
Serre de 1956 à 1994 a été transformée, en 1995, en chaire intitulée Équations
différentielles et systèmes dynamiques pour M. Jean-Christophe Yoccoz. Une chaire
de Théorie des groupes a été créée pour M. Jacques Tits (1973-2000) ainsi qu’une
chaire d’Analyse et géométrie depuis 1983 pour M. Alain Connes. En 1999, une
chaire de Théorie des Nombres a été créée pour M. Don Zagier qui l’occupe depuis
2000. Une chaire d’Équations aux dérivées partielles et applications a été créée en
2001 pour M. Pierre-Louis Lions qui l’occupe depuis 2002.
Physique. — En 1769, une chaire de Physique mathématique remplaça l’ancienne
chaire de Philosophie grecque et latine ; Jacques-Antoine Cousin l’occupa jusqu’en
1800 ; il eut pour successeur Jean-Baptiste Biot, à la fois physicien et mathématicien
(1801-1862).
Devenue chaire de Physique générale et mathématique, elle fut occupée par Joseph
Bertrand (1862-1900), Marcel Brillouin (1900-1931) ; sous le titre de Physique
théorique, elle a été occupée par Léon Brillouin (1932-1949) et par Jean Laval
(1950-1970), puis transformée en 1971 en chaire de Physique de la matière condensée
pour Pierre-Gilles de Gennes (1971-2004). D’autre part, en 1786, fut créée une
chaire de Physique générale et expérimentale, occupée par Louis Lefèvre-Gineau
jusqu’en 1823, André-Marie Ampère (1824-1836), Félix Savart (1836-1841),
Henri-Victor Régnault (1841-1871), Élie Mascart (1872-1908), Paul Langevin
(1909-1946). À la chaire de Physique générale et expérimentale, tenue par Maurice
de Broglie de 1942 à 1944 et sur laquelle fut réintégré Paul Langevin, révoqué
en 1940, succéda une chaire de Physique atomique et moléculaire par transformation
de la chaire de Physique mathématique créée en 1933 pour Albert Einstein et qu’il
n’avait jamais occupée. Elle eut pour titulaire de 1946 à 1972 Francis Perrin
auquel succéda M. Claude Cohen-Tannoudji, de 1973 à 2004. Une nouvelle
chaire de Physique mathématique a été créée en 1951 pour André Lichnerowicz
(1952-1986). Une chaire de Chimie nucléaire occupée par Frédéric Joliot (1937-
1958) a été transformée de 1958 à 1972 en chaire de Physique nucléaire pour Louis
Leprince-Ringuet puis en chaire de Physique corpusculaire de 1973 à 2004 pour
M. Marcel Froissart. Une chaire de Physique cosmique, occupée de 1944 à 1962
par Alexandre Dauvillier, a été transformée en 1962 en chaire d’Astrophysique
théorique pour M. Jean-Claude Pecker (1964-1988), puis, en 1989, en chaire
d’Astrophysique observationnelle pour M. Antoine Labeyrie. Une chaire de
Magnétisme nucléaire, créée en 1959, a été occupée par M. Anatole Abragam
18

jusqu’en 1985 et une chaire de Méthodes physiques de l’astronomie par André


Lallemand de 1961 à 1974. En 1982, une chaire de Physique statistique a été créée
pour M. Philippe Nozières (1983-2001).

Une chaire nouvelle, créée par la loi de Finances de 1964, et portant le titre de
Physique théorique des particules élémentaires a été occupée par M. Jacques Prentki
jusqu’en 1983. En 2000, une chaire de Physique quantique a été créée pour M. Serge
Haroche qui l’occupe depuis 2001. M. Gabriele Veneziano occupe depuis 2004
la chaire de Particules élémentaires, gravitation et cosmologie créée l’année précédente.
En 2005 est créée une chaire de Physique mésoscopique, occupée depuis 2007 par
M. Michel Devoret.

Chimie. — Une chaire de Chimie et une chaire d’Histoire naturelle, fondées en


1774, furent quelque temps réunies, sous le titre de chaire de Chimie et histoire
naturelle pour Jean Darcet, qui d’ailleurs limita son enseignement à la première
de ces deux sciences. Le titre primitif de la chaire de Chimie fut repris quand la
chaire fut attribuée à Nicolas Vauquelin (1801-1804) auquel succéda Louis-
Jacques Thénard (1804-1845). En 1845, elle se spécialisa sous le titre de Chimie
minérale, et elle eut pour titulaires Théophile-Jules Pelouze (1845-1850), Antoine-
Jérôme Balard (1851-1876), Paul Schützenberger (1876-1897), Henri Le
Chatelier (1898-1907) et Camille Matignon (1908-1934). Une autre chaire,
attribuée à la Chimie organique, eut pour premier titulaire Marcelin Berthelot
(1865-1907), auquel succédèrent Émile-Clément Jungfleisch (1908-1916),
Charles Moureu (1917-1929), Marcel Delépine (1930-1941) et Charles
Dufraisse (1942-1955) ; elle a été transformée en 1955 en chaire de Chimie
organique des hormones, pour Alain Horeau (1956-1980). En 1979 a été créée
pour M. Jean-Marie Lehn une chaire de Chimie des interactions moléculaires, et de
1996 à 1998 pour Jean Rouxel une chaire de Chimie des solides. En 2000, une
chaire de Chimie de la matière condensée a été créée pour M. Jacques Livage qui
l’occupe depuis 2001. En 2007 est créée une chaire de Chimie des processus
biologiques pour M. Marc Fontecave.

Histoire naturelle et sciences biologiques. — L’enseignement de l’histoire


naturelle fondé en 1774 n’étant pas effectivement donné par Jean Darcet, une
chaire consacrée à la seule Histoire naturelle fut créée en 1778 et attribuée à Louis
Daubenton (1778-1799), puis à Georges Cuvier (1800-1832). Cette chaire
nouvelle ne tarda pas à être elle-même dédoublée. D’une part, une chaire d’Histoire
naturelle des corps inorganiques fut donnée à Léonce Élie de Beaumont (1832-1874)
et fut ensuite occupée par Charles Sainte-Claire Deville (1875-1876), Ferdinand
Fouqué (1877-1904), Auguste Michel-Lévy (1905-1911). À cette chaire
succèdent une chaire de Géologie, occupée par Lucien Cayeux (1912-1936) puis
une chaire de Géologie méditerranéenne pour Paul Fallot (1938-1960) et une
chaire de Géodynamique pour M. Xavier Le Pichon (1986-2008). En 2000 est
créée une chaire d’Évolution du climat et de l’océan pour M. Édouard Bard. Entre-
temps, une création temporaire de chaire consacrée aux Études coloniales, protistologie
19

pathologique a eu pour titulaire Louis Nattan-Larrier (1923-1943). D’autre part,


une seconde chaire fut consacrée à l’Histoire naturelle des corps organisés : elle eut
pour titulaires Georges Duvernoy (1837-1855), Pierre-Jean-Marie Flourens
(1855-1867), Étienne-Jules Marey (1869-1904), Nicolas François-Franck
(1905-1921), et André Mayer (1922-1946) ; elle a été transformée pour Jean
Roche, de 1947 à 1972, en chaire de Biochimie générale et comparée, puis en chaire
de Biochimie cellulaire pour M. François Gros (1973-1996) et enfin en 1996 en
chaire d’Immunologie moléculaire pour M. Philippe Kourilsky. En 1980, une
chaire de Bio-Énergétique cellulaire a été créée pour M. Pierre Joliot (1981-2002).
En 1995 a été créée pour M. Armand de Ricqlès une chaire de Biologie historique
et évolutionnisme.

En 1844 fut créée une chaire d’Embryogénie comparée, tenue par Victor Coste
(1844-1873), Édouard Balbiani (1874-1899), Félix Henneguy (1900-1928),
puis par Emmanuel Fauré-Frémiet (1928-1954). Consacrée ensuite à l’Embryologie
expérimentale, elle a été occupée de 1955 à 1974 par Étienne Wolff. Depuis 1974
elle a été transformée en chaire de Communications cellulaires pour M. Jean-Pierre
Changeux (1976-2006).

Enfin, en 1964, une chaire nouvelle a été créée par la loi de Finances sous le
titre de Génétique cellulaire pour M. François Jacob (1965-1991). Elle a été
transformée en chaire de Génétique moléculaire pour M. Pierre Chambon
(1992-2002), puis en chaire de Génétique humaine pour M. Jean-Louis Mandel
(2003). En 1967 était créée pour Jacques Monod une chaire de Biologie moléculaire,
qui l’occupa jusqu’en 1973. Une chaire de Génétique et physiologie cellulaire a été
créée en 2000 pour Mme Christine Petit, qui l’occupe depuis 2001, et une chaire
de Processus morphogénétiques est créée en 2006, occupée à partir de 2007 par
M. Alain Prochiantz.

Médecine. — La médecine, enseignée au Collège dès le xvie siècle, disposait de


quatre chaires, progressivement spécialisées.

L’anatomie fut professée par Antoine Portal de 1773 à 1832, tandis que la
médecine dite pratique était attribuée à d’autres titulaires, parmi lesquels Jean-
Nicolas Corvisart (1796-1804), Jean-Noël Hallé (1805-1822), René-Théophile
Laennec (1822-1826), et Joseph Récamier (1827-1830). François Magendie
(1830-1855) eut pour successeurs Claude Bernard (1855-1878), Charles Brown-
Séquard (1878-1894), Arsène d’Arsonval (1894-1930) et Charles Nicolle
(1932-1936). Une chaire d’Épidémiologie fut créée pour Hyacinthe Vincent
(1925-1936). La chaire de Médecine a été occupée par René Leriche (1937-1950) ;
transformée ensuite en chaire de Médecine expérimentale, elle a été occupée par
Antoine Lacassagne (1951-1954), Charles Oberling (1955-1960), Bernard
Halpern (1961-1975), M. Jean Dausset (1977-1987), et subsiste sous cette
même dénomination pour M. Pierre Corvol (1989).
20

Furent encore créées successivement plusieurs chaires nouvelles : en 1875, une


chaire d’Anatomie générale, occupée par Louis-Antoine Ranvier (1875-1911), et
transformée d’abord en chaire d’Histologie comparée pour Jean Nageotte
(1912-1937) puis en chaire de Morphologie expérimentale et endocrinologie pour
Robert Courrier, de 1938 à 1966, puis en chaire de Physiologie cellulaire de 1967
à 1993 pour François Morel ; enfin en chaire de Biologie moléculaire des plantes
pour Joseph Schell de 1994 à 1998. En 1903, une chaire de Pathologie générale
et comparée fut créée pour Albert Charrin (1903-1907). Cette chaire fut
transformée en chaire de Biologie générale, successivement occupée par le
physiologiste Émile Gley de 1908 à 1930 et par le physico-chimiste Jacques
Duclaux de 1931 à 1948. Elle fut remplacée par une chaire de Neuro-physiologie
générale pour Alfred Fessard, de 1949 à 1971, et modifiée en 1971 en chaire de
Neurophysiologie pour M. Yves Laporte, de 1972 à 1991. Elle est devenue depuis
1992 chaire de Physiologie de la perception et de l’action pour M. Alain Berthoz.
En 1925, une chaire d’Histophysiologie, attribuée à Justin Jolly (1925-1940), a été
remplacée par une chaire de Radiobiologie expérimentale, occupée par Antoine
Lacassagne de 1941 à 1951 où il devint titulaire de la chaire de Médecine
expérimentale mentionnée au paragraphe précédent ; cette chaire a repris de 1951
à 1966, son ancienne affectation pour Jacques Benoit ; elle est devenue en 1973
chaire de Physiologie du développement pour Alfred Jost (1974-1987), puis, chaire
d’Embryologie cellulaire et moléculaire pour Mme Nicole Le Douarin (1988-2000).
En 1993, une chaire de Fondements et Principes de la reproduction humaine a été
créée pour M. Étienne-Émile Baulieu (1993-1998), transformée en 1998, en
chaire de Biologie et génétique du développement pour M. Spyros Artavanis-
Tsakonas qui l’occupe depuis 2000. En 2006 est créée la chaire de Microbiologie
et maladies infectieuses pour M. Philippe Sansonetti.

En 1929, une chaire de Mécanique animale appliquée à l’aviation, attribuée à


Antoine Magnan (1929-1938), a subsisté de 1939 à 1955 sous le titre d’Aéroloco-
motion mécanique et biologique, et a été occupée par Étienne Oehmichen.

À ces disciplines s’ajoutèrent, en 1887, l’enseignement alors nouveau de la


Psychologie expérimentale et comparée, confié successivement à Théodule Ribot
(1888-1901) et à Pierre Janet (1902-1934), puis les chaires de : Physiologie des
sensations, attribuée à Henri Piéron (1923-1951), Psychologie et éducation de
l’enfance occupée par Henri Wallon (1937-1949) ainsi que Neuropsychologie du
développement créée en 1975 pour Julian de Ajuriaguerra qui l’occupa jusqu’en
1981 et qui a été transformée, en 1982, en chaire de Neuropharmacologie pour
M. Jacques Glowinski (1983-2006). En 2005 est créée la chaire de Psychologie
cognitive expérimentale, confiée à M. Stanislas Dehaene la même année.

Chaire européenne. — Cette chaire destinée à une personnalité scientifique


originaire d’un pays membre de la communauté économique européenne, pour
une année académique, a été créée en 1989. Elle a été occupée par M. Harald
Weinrich, Professeur à l’Université de Munich qui a traité de la Mémoire
21

linguistique de l’Europe pendant l’année 1989-1990. Le Professeur Cesare Vasoli,


de l’Université de Florence, nommé pour l’année 1990-1991, n’a pu assurer son
enseignement à la suite d’un accident de santé. En 1991-1992, M. Wolf Lepenies,
Professeur au Wissenschaftskolleg de l’Université libre de Berlin a traité du sujet
suivant : Les intellectuels et la politique de l’esprit dans l’histoire européenne ; en 1992-
1993, M. Umberto Eco, Professeur à l’Université de Bologne, de La quête d’une
langue parfaite dans l’histoire de la culture européenne ; en 1993-1994, M. Werner
Hildenbrand, Professeur à l’Université de Bonn, du Contenu empirique des théories
économiques ; M. Norbert Ohler, Professeur à l’Université de Fribourg, en 1994-
1995, de l’Apport des pèlerins à la formation de l’Europe ; M. Klaus Rajewski,
Professeur à l’Université de Cologne, en 1995-1996, des Nouvelles approches
génétiques chez la souris ; M. Pieter Westbroek, Professeur à l’Université de Leyde,
en 1996-1997, de Géophysique : esquisse d’une nouvelle Science de la Terre ;
M. Abram de Swaan, Professeur à l’Université d’Amsterdam, en 1997-1998, de
Langue et culture dans la société transnationale ; M. Thomas W. Gaehtgens,
Professeur à l’Université libre de Berlin, en 1998-1999, de l’Image des collections en
Europe au XVIII e siècle ; M. Hans-Wilhelm Müller-Gärtner, Professeur à la
Faculté de Médecine de Düsseldorf, en 1999-2000, des Bases neuronales de la
conscience : apport de l’imagerie cérébrale ; M. Michael Edwards, Professeur à
l’Université de Warwick, en 2000-2001, de Poétiques de l’anglais et du français ;
M. Claudio Magris, Professeur à l’Université de Trieste, en 2001-2002, de
Nihilisme et mélancolie. Jacobsen et son Niels Lyhne ; M. Hans Belting, Professeur
à l’Université de Heideberg, en 2002-2003, de L’histoire du regard. Représentation
et vision en Occident ; M. Theodor Berchem, Professeur émérite de l’Université de
Wurzbourg, de L’Avenir de l’Université — l’Université de l’Avenir, en 2003-2004 ;
M. Sandro Stringari, Directeur du Research and Development Center on Bose-
Einstein Condensation à Trente, de Condensation de Bose-Einstein et superfluidité, en
2004-2005. Les titulaires de cette chaire ont été ensuite, en 2005-2006, M. Maurice
Bloch : L’anthropologie cognitive à l’épreuve du terrain ; en 2006-2007, M. Daniele
Vitali : Les Celtes d’Italie ; en 2007-2008, M. Manfred Kropp : Études coraniques.
En 2008-2009, cette chaire est thématisée « Savoirs contre pauvreté » et confiée à
Mme Esther Duflo.

Chaire internationale. — Créée en 1992 pour accueillir, pendant une année


académique, des personnalités scientifiques originaires des pays de l’Europe de l’Est
ou appartenant à d’autres continents, cette chaire a eu pour premier titulaire
Bronislaw Geremek, Professeur à l’Académie des Sciences de Varsovie, qui a traité
en 1992-1993 du sujet suivant : Histoire sociale : exclusions et solidarités. En 1993-
1994, M. Zhang Guangda, Professeur à l’Université de Pékin, a traité de La Chine et
les civilisations de l’Asie centrale du VII e au XI e siècle ; M. Orest Ranum, Professeur à
l’Université Johns Hopkins de Baltimore, en 1994-1995, de La France des années
1650 ; histoire et historiographie ; M. Harris Memel-Fotê, Professeur à l’Université
d’Abidjan, en 1995-1996, de L’esclavage lignager africain et l’anthropologie des Droits
de l’Homme ; M. Igor Mel’čuk, Professeur à l’Université de Montréal, en 1996-1997,
22

de Linguistique « Sens-Texte » ; M. Brian Stock, Professeur à l’Université de Toronto,


en 1997-1998, de La Connaissance de soi et la littérature autobiographique au Moyen
Âge ; M. Patrice Higonnet, Professeur à l’Université d’Harvard, en 1998-1999, des
Mythes de Paris, des Lumières au Surréalismes ; M. James Watson Cronin, Professeur
à l’Université de Chicago, en 1999-2000, du Développement de la physique des
particules et des grandes expériences ; M. Miklós Szabó, Professeur à l’Université
Eötvös Loránd de Budapest, en 2000-2001, de l’Histoire des Celtes danubiens et leur
romanisation ; M. Paul Farmer, Professeur à la Harvard Medical School de Boston,
en 2001-2002, de La violence struturelle et la matérialité du social ; M. Stuart
Edelstein, Professeur à l’Université de Genève, en 2002-2003, des Mécanismes de la
transduction du signal en biologie. M. Jayant Vishnu Narlikar, Professeur à l’Inter-
University centre for Astronomy and Astrophysics de Pune (Inde) a traité en 2003-
2004 de Cosmology : Theory and Observations ; M. A. M. Celâl Şengör, Professeur à
l’Université technique d’Istanbul, en 2004-2005, de L’histoire de la tectonique depuis
les temps les plus reculés jusqu’à l’apparition de la tectonique des plaques : une étude
épistémologique. Les titulaires de cette chaire ont été ensuite, en 2005-2006,
M. Thomas Pavel : Comment écouter la littérature ? ; en 2006-2007, M. Guy Orban :
La vision, mission du cerveau ; en 2007-2008, à M. Pierre Magistretti : Cellules
gliales, neuroénergétique et maladies neuropsychiatriques. En 2008-2009, cette chaire
est thématisée « Développement durable » et est confiée à M. Henri Leridon.

Chaire de création artistique. — Créée en 2004 pour accueillir, pendant


une année académique, une personnalité illustrant la création artistique
contemporaine, et consacrée à toutes les formes de création artistique, cette chaire
a eu pour premier titulaire, en 2005-2006, M. Christian de Portzamparc,
architecte, qui a traité de : Architecture : figures du monde, figures du temps. La
chaire est ensuite occupée, en 2006-2007, par M. Pascal Dusapin, compositeur,
dont le cours a pour titre : Composer : musique, paradoxe, flux. En 2007-2008, la
chaire est confiée à Mme Ariane Mnouchkine et en 2008-2009 à M. Pierre-
Laurent Aimard.

Chaire d’innovation technologique-Liliane Bettencourt. — Créée en


2007, en partenariat avec la fondation Bettencourt-Schueller, cette chaire a pour
vocation d’accueillir, pour chaque année académique, un nouveau titulaire chargé
de proposer un enseignement à la pointe de la recherche dans les secteurs hautement
innovants des nanotechnologies, de l’informatique, des réseaux de communication,
du transfert et du cryptage de données, des sciences du vivant. Le premier titulaire,
en 2006-2007, a été M. Jean-Paul Clozel, chercheur et P.-D.G. de la société
ActelionLtd, qui a traité de : La biotechnologie : de la science au médicament. En
2007-2008, la chaire est occupée par M. Gérard Berry, directeur scientifique de
Esterel Technologies, qui s’est consacré à la question : Pourquoi et comment le monde
devient numérique. Lui succède, pour 2008-2009, M. Mathias Fink, professeur à
l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris et
directeur du Laboratoire Ondes et acoustique.
TABLEAU DES CHAIRES DEPUIS 1800

Chaire ancienne Chaire nouvelle


1800 1
Physique mathématique Physique mathématique
Jacques-Antoine Cousin (1769-1800) Jean-Baptiste Biot (1801-1862)
Histoire naturelle Histoire naturelle
Louis Daubenton (1778-1799) Georges Cuvier (1800-1832)
1801
Chimie Chimie
Jean Darcet (1774-1801) Nicolas Vauquelin (1801-1804)
1804
Droit de la nature et des gens Droit de la nature et des gens
Mathieu-Antoine Bouchaud (1773-1804) Pierre de Pastoret (1804-1821)
Chimie Chimie
Nicolas Vauquelin (1801-1804) Louis-Jacques Thénard (1804-1845)
Création Grec moderne
Jean-Baptiste d’Ansse de Villoison
(1804-1805)
1805
Persan et Turc Persan
Pierre Ruffin (1784-1805) Antoine-Isaac Silvestre de Sacy
(1806-1838)
Médecine Médecine
Jean-Nicolas Corvisart (1796-1804) Jean-Noël Hallé (1805-1822)

1. L’année indiquée est celle de la délibération de l’Assemblée des Professeurs sur la création,
le maintien ou la transformation de la chaire.
24

Grec moderne Turc


Jean-Baptiste d’Ansse de Villoison Pierre Ruffin (1805-1822)
(1804-1805)
1807
Astronomie Astronomie
Jérôme de Lalande (1768-1807) Jean-Baptiste Delambre (1807-1822)
1809
Éloquence latine Éloquence latine
Charles-François Dupuis (1787-1809) Pierre Guéroult (1809-1816)
1812
Histoire et morale Histoire et morale
Pierre-Charles Lévesque (1791-1812) Étienne Clavier (1812-1817)
1813
Poésie latine Poésie latine
Jacques Delille (1778-1813) Pierre-François Tissot (1813-1821)
1814
Philosophie grecque et latine Langue et philosophie grecques
Édouard Bosquillon (1775-1814) Jean-François Thurot (1814-1832)
Littérature française Littérature française
Antoine de Cournand (1784-1814) Stanislas Andrieux (1814-1833)
Création Langues et littératures chinoise et
tartare-mandchoue
Jean-Pierre Abel-Remusat (1814-1832)
Création Langue et littérature sanscrites
Léonard de Chézy (1815-1832)
1815
Mathématiques Mathématiques
Antoine-Rémy Mauduit (1770-1815) Sylvestre-François Lacroix (1815-1843)
1816
Éloquence latine Éloquence latine
Pierre Guéroult (1809-1816) Jean-Louis Burnouf (1817-1844)
1817
Histoire et morale Histoire et morale
Étienne Clavier (1812-1817) Pierre Daunou (1819-1830)
1819
Hébreu Hébreu
Prosper-Gabriel Audran (1799-1819) Étienne-Marc Quatremère (1819-1857)
25

1821
Droit de la nature et des gens Droit de la nature et des gens
Pierre de Pastoret (1804-1821) Xavier de Portets (1822-1854)
Poésie latine Poésie latine
Pierre-François Tissot (révoqué) Joseph Naudet (1821-1830)
(1813-1821)
1822
Médecine Médecine
Jean-Noël Hallé (1805-1822) René-Théophile Laennec (1822-1826)
Turc Turc
Pierre Ruffin (1805-1822) Daniel Kieffer (1822-1833)
Astronomie Astronomie
Jean-Baptiste Delambre (1807-1822) Jacques Binet (1823-1856)
1823
Physique générale et expérimentale Physique générale et expérimentale
Louis Lefèvre-Gineau (révoqué) André-Marie Ampère (1824-1836)
(1786-1823)
1826
Médecine Médecine
René-Théophile Laennec (1822-1826) Joseph Récamier (1827-1830)
1829
Langue et littérature grecques Langue et littérature grecques
Jean-Baptiste Gail (1791-1829) Jean-François Boissonade (1829-1855)
1830
Histoire et morale Histoire et morale
Pierre Daunou (1819-1830) Jean-Antoine Letronne (1831-1837)
Poésie latine Poésie latine
Joseph Naudet (1821-1830) Pierre-François Tissot (rétabli)
(1830-1854)
1831
Médecine Médecine
Joseph Récamier (1827-1830) François Magendie (1831-1855)
Création Économie politique
Jean-Baptiste Say (1831-1832)
Création Archéologie
Jean-François Champollion (1831-1832)
Création Histoire générale et philosophique
des législations comparées
Eugène Lerminier (1831-1849)
26

1832
Anatomie Chaire supprimée
Antoine Portal (1773-1832)
Histoire naturelle Histoire naturelle, puis Histoire naturelle
Georges Cuvier (1800-1832) des corps inorganiques
Léonce Élie de beaumont (1832-1874)
Langues et littératures chinoise et Langues et littératures chinoise et
tartare-mandchoue tartare-mandchoue
Jean-Pierre Abel-Rémusat (1814-1832) Stanislas Julien (1832-1873)
Langue et philosophie grecques Philosophie grecque et latine
Jean-François Thurot (1814-1832) Théodore Jouffroy (1832-1837)
Langue et littérature sanscrites Langue et littérature sanscrites
Léonard de Chézy (1815-1832) Eugène Burnouf (1832-1852)
Économie politique Économie politique
Jean-Baptiste Say (1831-1832) Pellegrino Rossi (1833-1840)
1833
Arabe Arabe
Antoine Caussin de Perceval Armand-Pierre Caussin de Perceval
(1784-1833) (1833-1871)
Littérature française Littérature française
Stanislas Andrieux (1814-1833) Jean-Jacques Ampère (1833-1853)
Turc Turc
Daniel Kieffer (1822-1833) Alix Desgranges (1833-1854)
1836
Physique générale et expérimentale Physique générale et expérimentale
André-Marie Ampère (1824-1836) Félix Savart (1836-1841)
1837
Archéologie Archéologie
Jean-François Champollion (1831-1832) Jean-Antoine Letronne (1837-1848)
Histoire et morale Histoire et morale
Jean-Antoine Letronne (1831-1837) Jules Michelet (1838-1852)
Philosophie grecque et latine Philosophie grecque et latine
Théodore Jouffroy (1832-1837) Jules Barthélémy Saint-Hilaire
(1838-1852)
Création Histoire naturelle des corps organisés
Georges Duvernoy (1837-1855)
1838
Persan Persan
Antoine-Isaac Silvestre de Sacy Amédée Jaubert (1838-1847)
(1806-1838)
27

1840

Économie politique Économie politique


Pellegrino Rossi (1833-1840) Michel Chevalier (1840-1879)

Création Langue et littérature slaves


Adam Mickiewicz, chargé de cours
(1840-1852)

1841

Physique générale et expérimentale Physique générale et expérimentale


Félix Savart (1836-1841) Henri-Victor Régnault (1841-1871)

Création Langues et littératures d’origine germanique


Philarète Chasles (1841-1853)

Création Langues et littératures de l’Europe méridionale


Edgar Quinet (1841-1852)

1843

Mathématiques Mathématiques
Sylvestre-François Lacroix (1843-1848) Guillaume Libri-Carucci (1815-1843)

1844

Éloquence latine Éloquence latine


Jean-Louis Burnouf (1817-1844) Désiré Nisard (1844-1852)

Création Embryogénie comparée


Victor Coste (1844-1873)

1845

Chimie Chimie minérale


Louis-Jacques Thénard (1804-1845) Théophile-Jules Pelouze (1845-1850)

1847

Persan Persan
Amédée Jaubert (1838-1847) Jules Mohl (1850-1876)
28

1848
Le 7 avril 1848, un décret du gouvernement provisoire supprima cinq chaires :
Économie politique, Droit de la nature et des gens, Législations comparées, Turc et Poésie
latine,
pour en créer douze nouvelles destinées à instituer une École d’Administration dont
l’existence fut éphémère :
Droit politique français et droit politique comparé, Jean Reynaud
Droit international et histoire des traités, Alphonse de Lamartine
Droit privé, Armand Marrast
Droit criminel, Faustin Hélie
Économie générale et statistique de la population, Augustin Serres
Économie générale et statistique de l’agriculture, Joseph Decaisne
Économie générale et statistique des mines, usines, arts et manufactures, Jean-Martial Bineau
Économie générale et statistique des travaux publics, Alfred-Charles Franquet
de Franqueville
Économie générale et statistique des finances et du commerce, Louis-Antoine Garnier-Pagès
Droit administratif, Louis-Marie Delahaye de Cormenin
Histoire des institutions administratives françaises et étrangères, Alexandre Ledru-Rollin
Mécanique, Jean-Victor Poncelet.
Le 14 novembre 1848, l’Assemblée Nationale rétablit les cinq chaires supprimées et leurs
titulaires furent réintégrés au Collège.

Chaire ancienne Chaire nouvelle


1849
Histoire générale et philosophique Histoire des législations comparées
des législations comparées
Édouard Laboulaye (1849-1883) Eugène Lerminier (1831-1849)
Archéologie Archéologie
Jean-Antoine Letronne (1837-1848) Charles Lenormant (1849-1859)
1850
Mathématiques Mathématiques
Guillaume Libri-Carucci (1843-1848) Joseph Liouville (1851-1882)
Chimie minérale Chimie minérale
Théophile-Jules Pelouze (1845-1850) Antoine-Jérôme Balard (1851-1876)
1852
Langue et littérature sanscrites Langue et littérature sanscrites
Eugène Burnouf (1832-1852) Théodore Pavie, chargé de cours
(1853-1857)
Révocation de Quinet, Michelet, Mickiewicz.
Langue et littérature slaves Langue et littérature slaves
Adam Mickiewicz, chargé de cours Cyprien Robert, chargé de cours
(1840-1852) (1852-1857)
29

Éloquence latine Éloquence latine


Désiré Nisard (1844-1852) Wilhelm Rinn (1853-1854)
1853
Littérature française Langue et littérature françaises modernes
Jean-Jacques Ampère (1833-1853) Jean-Jacques Ampère (1853-1864)
Philosophie grecque et latine Philosophie grecque et latine
Jules Barthélémy Saint-Hilaire Émile Saisset, chargé de cours
(1838-1852) (1853-1857)
Fusion des chaires de :
— Langues et littératures de Langues et littératures étrangères de
l’Europe méridionale l’Europe moderne
Edgar Quinet (révoqué) (1841-1852) Philarète Chasles (1853-1870)
— Langues et littératures d’origine germanique
Philarète Chasles (1841-1853)
Création Langue et littérature françaises du Moyen Âge
Paulin Paris (1853-1872)
1854
Droit de la nature et des gens Droit de la nature et des gens
Xavier de Portets (1822-1854) Adolphe Franck, chargé de cours
(1854-1856), titulaire (1856-1887)
Poésie latine Poésie latine
Pierre-François Tissot (1830-1854) Charles-Augustin de Sainte-Beuve
(1854-1869)
Turc Turc
Alix Desgranges (1833-1854) Mathurin-Joseph Cor (1854)
Histoire et morale Histoire et morale
Jules Michelet (révoqué) (1838-1852) Joseph Guigniaut, chargé de cours
(1854-1857), titulaire (1857-1862)
Éloquence latine Éloquence latine
Wilhelm Rinn (1853-1854) Ernest Havet (1854-1885)
Turc Turc
Mathurin-Joseph Cor (1854) Abel Pavet de Courteille, chargé de
cours (1854-1861), titulaire (1861-1889)
1855
Langue et littérature grecques Langue et littérature grecques
Jean-François Boissonade (1855-1892) Jean-Pierre Rossignol (1829-1855)
Médecine Médecine
François Magendie (1831-1855) Claude Bernard (1855-1878)
Histoire naturelle des corps organisés Histoire naturelle des corps organisés
Georges Duvernoy (1837-1855) Pierre-Jean-Marie Flourens (1855-1867)
30

1857
Hébreu Langues hébraïque, chaldaïque, et syriaque
Étienne-Marc Quatremère (1819-1857) Louis Dubeux, chargé de cours
(1857-1861)
Langue et littérature slaves Langue et littérature slaves
Cyprien Robert, chargé de cours Alexandre Chodzko, chargé de cours
(1852-1857) (1857-1883)
Philosophie grecque et latine Philosophie grecque et latine
Émile Saisset, chargé de cours Charles Lévêque, chargé de cours
(1853-1857) (1857-1860), titulaire (1861-1900)
Langue et littérature sanscrites Langue et littérature sanscrites
Théodore Pavie, chargé de cours Édouard Foucaux, chargé de cours
(1853-1857) (1857-1862), titulaire (1862-1894)
1860
Astronomie Mécanique céleste
Jacques Binet (1823-1856) Joseph Serret (1861-1885)
Archéologie Philologie et archéologie égyptiennes
Charles Lenormant (1849-1859) Emmanuel de Rougé (1860-1872)
Langues hébraïque, chaldaïque, et syriaque Langues hébraïque, chaldaïque, et syriaque
Louis Dubeux, chargé de cours (1857-1861) Ernerst Renan (1862-1864)
Création Épigraphie et antiquités romaines
Léon Renier (1861-1885)
1862
Physique mathématique Physique générale et mathématique
Jean-Baptiste Biot (1801-1862) Joseph Bertrand (1862-1900)
Histoire et morale Histoire et morale
Joseph Guigniaut (1857-1862) Alfred Maury, chargé de cours (1861),
titulaire (1862-1892)
1864
Langue et littérature françaises modernes Langue et littérature françaises modernes
Jean-Jacques Ampère (1853-1864) Louis de Loménie (1864-1878)
Langues hébraïque, chaldaïque, et syriaque Langues hébraïque, chaldaïque, et syriaque
Ernest Renan (révoqué) (1862-1864) Salomon Munk (1864-1867)
Création Grammaire comparée
Michel Bréal, chargé de cours
(1864-1865), titulaire (1866-1905)
1865
Création Chimie organique
Marcelin Berthelot (1865-1907)
31

1869

Poésie latine Poésie latine


Charles-Augustin De Sainte-Beuve Gaston Boissier (1869-1885)
(1854-1869)

Histoire naturelle des corps organisés Histoire naturelle des corps organisés
Pierre-Jean-Marie Flourens (1855-1867) Étienne-Jules Marey (1869-1904)

1870

Langues et littératures étrangères de Langues et littératures d’origine


l’Europe moderne germanique
Philarète Chasles (1853-1870) Philarète Chasles (1870-1873)

Langues hébraïque, chaldaïque, et syriaque Langues hébraïque, chaldaïque, et syriaque


Salomon Munk (1864-1867) Ernest Renan (rétabli) (1870-1892)

Rétablissement Langues et littératures de l’Europe


méridionale
Edgar Quinet (1870-1875)

1871

Arabe Arabe
Armand-Pierre Caussin de Perceval Charles-François Defrémery
(1833-1871) (1871-1883)

Création Histoire des doctrines économiques


Émile Levasseur (1871-1885)

1872

Physique générale et expérimentale Physique générale et expérimentale


Henri-Victor Régnault (1841-1871) Élie Mascart (1872-1908)

Langue et littérature françaises du Langue et littérature françaises du


Moyen Âge Moyen Âge
Paulin Paris (1853-1872) Gaston Paris (1872-1903)

1873

Langues et littératures chinoise et Langues et littératures chinoise et


tartare-mandchoue tartare-mandchoue
Stanislas Julien (1832-1873) Léon d’Hervey de Saint-Denys
(1874-1892)
32

Embryogénie comparée Embryogénie comparée


Victor Coste (1844-1873) Édouard Balbiani (1874-1899)
Philologie et archéologie égyptiennes Philologie et archéologie égyptiennes
Emmanuel de Rougé (1860-1872) Gaston Maspero (1874-1916)
Langues et littératures d’origine germanique Langues et littératures d’origine germanique
Philarète Chasles (1870-1873) Guillaume Guizot (1874-1892)
1874
Histoire naturelle des corps inorganiques Histoire naturelle des corps inorganiques
Léonce Élie de Beaumont Charles Sainte-Claire Deville
(1832-1874) (1875-1876)
Création Histoire de la philosophie moderne
Jean Nourrisson (1874-1899)
Création Philologie et archéologie assyriennes
Jules Oppert (1874-1905)
1875
Langues et littératures de l’Europe Langues et littératures de l’Europe
méridionale méridionale
Edgar Quinet (1870-1875) Paul Meyer (1876-1906)
Création Anatomie générale
Louis Ranvier (1875-1911)
1876
Persan Persan
Jules Mohl (1850-1876) Adrien Barbier Demeynard (1876-1885)
Chimie minérale Chimie minérale
Antoine-Jérôme Balard (1851-1876) Paul Schützenberger (1876-1897)
Histoire naturelle des corps inorganiques Histoire naturelle des corps inorganiques
Charles Sainte-Clairedeville (1875-1876) Ferdinand Fouqué (1877-1904)
1877
Création Épigraphie et antiquités grecques
Paul Foucart (1877-1926)
1878
Médecine Médecine
Claude Bernard (1855-1878) Charles-Édouard Brown-Séquard
(1878-1894)
Langue et littérature françaises modernes Langue et littérature françaises modernes
Louis de Loménie (1864-1878) Paul Albert (1878-1880)
Création Esthétique et histoire de l’art
Charles Blanc (1878-1882)
33

1880
Économie politique Économie politique
Michel Chevalier (1840-1879) Paul Leroy-Beaulieu (1880-1916)
Langue et littérature françaises modernes Langue et littérature françaises modernes
Paul Albert (1878-1880) Émile Deschanel (1881-1903)
Création Histoire des religions
Albert Réville (1880-1906)
1882
Mathématiques Mathématiques
Joseph Liouville (1851-1882) Camille Jordan (1883-1912)
Esthétique et histoire de l’art Esthétique et histoire de l’art
Charles Blanc (1878-1882) Eugène Guillaume (1882-1905)
Création Langues et littératures celtiques
Henry d’Arbois de Jubainville
(1882-1910)
1883
Histoire des législations comparées Histoire des législations comparées
Édouard Laboulaye (1849-1883) Jacques Flach (1884-1919)
Arabe Arabe
Charles-François Defrémery (1871-1883) Stanislas Guyard (1884)
1884
Langue et littérature slaves Langues et littératures slaves
Alexandre Chodzko, chargé de cours Louis Léger (1885-1923)
(1857-1883)
Arabe Arabe
Stanislas Guyard (1884) Adrien Barbier de Meynard (1885-1908)
1885
Éloquence latine Philologie latine
Ernest Havet (1854-1885) Louis Havet (1885-1925)
Mécanique céleste Mécanique analytique et mécanique céleste
Joseph Serret (1861-1885) Maurice Lévy (1885-1908)
Épigraphie et antiquités romaines Épigraphie et antiquités romaines
Léon Renier (1861-1885) Ernest Desjardins (1886)
Poésie latine Histoire de la littérature latine
Gaston Boissier (1869-1885) Gaston Boissier (1885-1906)
Histoire des doctrines économiques Géographie, histoire, et statistiques
Émile Levasseur (1871-1885) économiques
Émile Levasseur (1885-1911)
Persan Langues et littératures de la Perse
Adrien Barbier de Meynard (1876-1885) James Darmesteter (1885-1894)
34

1886
Épigraphie et antiquités romaines Épigraphie et antiquités romaines
Ernest Desjardins (1886) René Cagnat (1887-1930)
1887
Droit de la nature et des gens Psychologie expérimentale et comparée
Adolphe Franck (1856-1887) Théodule Ribot (1888-1901)
1890
Turc Épigraphie et antiquités sémitiques
Abel Pavet de Courteille (1861-1889) Charles Clermont-Ganneau (1890-1923)
1892
Histoire et morale Géographie historique de la France
Alfred Maury (1862-1892) Auguste Longnon (1892-1911)
Création Histoire générale des sciences
Pierre Laffitte (1892-1903)
1893
Langue et littérature grecques Langue et littérature grecques
Jean-Pierre Rossignol (1855-1892) Maurice Croiset (1893-1930)
Langues hébraïque, chaldaïque Langues et littératures hébraïque,
et syriaque chaldaïque, et syriaque
Ernest Renan (1870-1892) Philippe Berger (1893-1910)
Langues et littératures d’origine germanique Langues et littératures d’origine germanique
Guillaume Guizot (1874-1892) Arthur Chuquet (1893-1925)
Langues et littératures chinoise et Langues et littératures chinoise et
tartare-mandchoue tartare-mandchoue
Léon d’Hervey de Saint-Denys Édouard Chavannes (1893-1918)
(1874-1892)
1894
Langue et littérature sanscrites Langue et littérature sanscrites
Édouard Foucaux (1862-1894) Sylvain Lévi (1894-1935)
Médecine Médecine
Charles-Édouard Brown-Séquard Arsène d’Arsonval (1894-1930)
(1878-1894)
Langues et littératures de la Perse Langue et littérature araméennes
James Darmesteter (1885-1894) Rubens Duval (1894-1907)
1897
Chimie minérale Chimie minérale
Paul Schützenberger (1876-1897) Henri Le Chatelier (1898-1907)
Création Philosophie sociale
Jean Izoulet (1897-1929)
35

1899
Histoire de la philosophie moderne Philosophie moderne
Jean Nourrisson (1874-1899) Gabriel Tarde (1900-1904)
Embryogénie comparée Embryogénie comparée
Édouard Balbiani (1874-1899) Félix Henneguy (1900-1928)
1900
Philosophie grecque et latine Philosophie grecque et latine
Charles Lévêque (1861-1900) Henri Bergson (1900-1904)
Physique générale et mathématique Physique générale et mathématique
Joseph Bertrand (1862-1900) Marcel Brillouin (1900-1931)
1901
Psychologie expérimentale et comparée Psychologie expérimentale et comparée
Théodule Ribot (1888-1901) Pierre Janet (1902-1934)
1902
Création Sociologie et sociographie musulmanes
Alfred Le Chatelier (1902-1925)
1903
Langue et littérature françaises du Moyen Âge Langue et littérature françaises du Moyen Âge
Gaston Paris (1872-1903) Joseph Bédier (1903-1936)
Histoire générale des sciences Histoire générale des sciences
Pierre Laffitte (1892-1903) Grégoire Wyrouboff (1903-1913)
Création Pathologie générale et comparée
Albert Charrin (1903-1907)
1904
Histoire naturelle des corps organisés Histoire naturelle des corps organisés
Étienne-Jules Marey (1869-1904) Nicolas François-Franck (1905-1921)
Histoire naturelle des corps inorganiques Histoire naturelle des corps inorganiques
Ferdinand Fouqué (1877-1904) Auguste Michel-Lévy (1905-1911)
Langue et littérature françaises modernes Langue et littérature françaises modernes
Émile Deschanel (1881-1903) Abel Lefranc (1904-1937)
Philosophie moderne Philosophie moderne
Gabriel Tarde (1900-1904) Henri Bergson (1904-1921)
1905
Grammaire comparée Grammaire comparée
Michel Bréal (1866-1905) Antoine Meillet (1906-1936)
Philologie et archéologie assyriennes Philologie et archéologie assyriennes
Jules Oppert (1874-1905) Charles Fossey (1906-1939)
Esthétique et histoire de l’art Esthétique et histoire de l’art
Eugène Guillaume (1882-1905) Georges Lafenestre (1905-1919)
36

Philosophie grecque et latine Histoire et antiquités nationales


Henri Bergson (nommé en 1904 titulaire Camille Jullian (1905-1930)
de la chaire dePhilosophie moderne)
(1900-1904)
1906
Langues et littératures de l’Europe Langues et littératures de l’Europe
méridionale méridionale
Paul Meyer (1876-1906) Alfred Morel-Fatio (1907-1924)
Histoire des religions Histoire des religions
Albert Réville (1880-1906) Jean Réville (1907-1908)
Histoire de la littérature latine Histoire de la littérature latine
Gaston Boissier (1885-1906) Paul Monceaux (1907-1934)
1907
Chimie organique Chimie organique
Marcelin Berthelot (1865-1907) Émile Jungfleisch (1908-1916)
Chimie minérale Chimie minérale
Henri Le Chatelier (1898-1907) Camille Matignon (1908-1934)
Pathologie générale et comparée Biologie générale
Albert Charrin (1903-1907) Émile Gley (1908-1930)
Création Histoire du travail
Georges Renard (1907-1930)
1908
Physique générale et expérimentale Physique générale et expérimentale
Élie Mascart (1872-1908) Paul Langevin (1909-1946) (révoqué
en 1940, réintégré en 1944)
Arabe Langue et littérature arabes
Adrien Barbier Demeynard (1885-1908) Paul Casanova (1909-1926)
Langue et littérature araméennes Numismatique de l’Antiquité et du
Rubens Duval (1895-1907) Moyen Âge
Ernest Babelon (1908-1924)
Histoire des religions Histoire des religions
Jean Réville (1907-1908) Alfred Loisy (1909-1932)
1909
Mécanique analytique et mécanique céleste Mécanique analytique et mécanique céleste
Maurice Lévy (1885-1908) Jacques Hadamard (1909-1937)
1910
Langues et littératures celtiques Langues et littératures celtiques
Henry d’Arbois de Jubainville Joseph Loth (1910-1930)
(1882-1910)
37

1911
Langues et littératures hébraïque, Langues, histoire et archéologie de
chaldaïque, et syriaque l’Asie centrale
Philippe Berger (1893-1910) Paul Pelliot (1911-1945)
1912
Anatomie générale Histologie comparée
Louis Ranvier (1875-1911) Jean Nageotte (1912-1937)
Mathématiques Mathématiques
Camille Jordan (1883-1912) Georges Humbert (1912-1921)
Géographie, histoire et statistiques Étude des faits économiques et
économiques sociaux
Émile Levasseur (1885-1911) Marcel Marion (1912-1932)
Géographie historique de la France Histoire de l’Afrique du Nord
Auguste Longnon (1892-1911) Stéphane Gsell (1912-1932)
Histoire naturelle des corps inorganiques Géologie
Lucien Cayeux (1912-1936) Auguste Michel-Lévy (1905-1911)
Création temporaire (fondation Albert Géographie humaine
Kahn) Jean Brunhes (1912-1930)
1914
Histoire générale des sciences Chaire supprimée
Grégoire Wyrouboff (1903-1913)
1916
Philologie et archéologie égyptiennes Chaire supprimée
Gaston Maspero (1874-1916)
Chimie organique Chaire supprimée
Émile Jungfleisch (1908-1916)
Création Prévoyance et assistance sociales
(fondation de la Ville de Paris) Édouard Fuster (1917-1935)
1917
Économie politique Chimie organique
Paul Leroy-Beaulieu (1880-1916) Charles Moureu (1917-1929)
1919
Langues et littératures chinoise et Langue et littérature chinoises
tartare-mandchoue Henri Maspero (1921-1945)
Édouard Chavannes (1893-1918)
Esthétique et histoire de l’art Histoire de l’art français
Georges Lafenestre (1905-1919) André Michel (1920-1925)
1920
Histoire des législations comparées Histoire des sciences
Jacques Flach (1884-1919) Pierre Boutroux (1920-1922)
38

Création Histoire et philologie indochinoises


Louis Finot (1920-1930)
Création temporaire Enseignement de la coopération
Charles Gide (1921-1930)
1921
Philosophie moderne Philosophie
Henri Bergson (1904-1921) Édouard Leroy (1921-1940)
Histoire naturelle des corps organisés Histoire naturelle des corps organisés
Nicolas François-Franck (1905-1921) André Mayer (1922-1946)
Mathématiques Mathématiques
Georges Humbert (1912-1921) Henri Lebesgue (1921-1941)
Création Histoire coloniale
Alfred Martineau (1921-1935)
1922
Histoire des sciences Égyptologie
Pierre Boutroux (1920-1922) Alexandre Moret (1923-1938)
1923
Langues et littératures slaves Langues et littératures slaves
Louis Léger (1885-1923) André Mazon (1923-1951)
Épigraphie et antiquités sémitiques Physiologie des sensations
Charles Clermont-Ganneau (1890-1923) Henri Piéron (1923-1951)
Création Phonétique expérimentale
Jean Rousselot (1923-1924)
Création temporaire Études coloniales, protistologie pathologique
Louis Nattan-Larrier (1923-1943)
1924
Langues et littératures de l’Europe Littérature latine du Moyen Âge
méridionale
Edmond Faral (1925-1954) Alfred Morel-Fatio (1907-1924)
Numismatique de l’Antiquité et du Numismatique de l’Antiquité
Moyen Âge Ernest Babelon (1908-1924)
Théodore Reinach (1924-1928)
1925
Philologie latine Histoire des littératures comparées de l’Europe
Louis Havet (1885-1925) méridionale et de l’Amérique latine
Paul Hazard (1925-1944)
Langues et littératures d’origine germanique Langues et littératures d’origine germanique
Arthur Chuquet (1893-1925) Charles Andler (1926-1933)
Phonétique expérimentale Histophysiologie
Jean Rousselot (1923-1924) Justin Jolly (1925-1940)
39

Création Épidémiologie
Hyacinthe Vincent (1925-1936)
1926
Épigraphie et antiquités grecques Épigraphie grecque
Paul Foucart (1877-1926) Maurice Holleaux (1927-1932)
Sociologie et sociographie musulmanes Sociologie et sociographie musulmanes
Alfred Le Chatelier (1902-1925) Louis Massignon (1926-1954)
Langue et littérature arabes Langue et littérature arabes
Paul Casanova (1909-1926) William Marçais (1927-1943)
Histoire de l’art français Esthétique et histoire de l’art
André Michel (1920-1925) Gabriel Millet (1926-1937)
1928
Embryogénie comparée Embryogénie comparée
Félix Henneguy (1900-1928) Emmanuel Fauré-Frémiet (1928-1954)
1929
Philosophie sociale Sociologie
Jean Izoulet (1897-1929) Marcel Mauss (1931-1942)
Chimie organique Chimie organique
Charles Moureu (1917-1929) Marcel Delépine (1930-1941)
Numismatique de l’Antiquité Préhistoire
Théodore Reinach (1924-1928) Henri Breuil (1929-1947)
Création Mécanique animale appliquée de l’aviation
Antoine Magnan (1929-1938)
1930
Histoire et philologie indochinoises Histoire et philologie indochinoises
Louis Finot (1920-1930) Jean Przyluski (1931-1944)
1931
Épigraphie et antiquités romaines Civilisation romaine
René Cagnat (1887-1930) Eugène Albertini (1932-1941)
Langue et littérature grecques Langue et littérature grecques
Maurice Croiset (1893-1930) Émile Bourguet (1932-1938)
Médecine Médecine
Arsène d’Arsonval (1894-1930) Charles Nicolle (1932-1936)
Physique générale et mathématique Physique théorique
Marcel Brillouin (1900-1931) Léon Brillouin (1932-1949)
Histoire du travail Histoire du travail
Georges Renard (1907-1930) François Simiand (1932-1935)
Biologie générale Biologie générale
Émile Gley (1908-1930) Jacques Duclaux (1931-1948)
40

Langues et littératures celtiques Histoire de la philosophie au Moyen Âge


Joseph Loth (1910-1930) Étienne Gilson (1932-1950)
Création Civilisation américaine
Bernard Faÿ (1932-1945)
1932
Histoire des religions Histoire de la civilisation moderne
Alfred Loisy (1909-1932) Lucien Febvre (1933-1949)
Histoire de l’Afrique du Nord Histoire ancienne de l’Orient sémitique
Stéphane Gsell (1912-1932) Isidore Lévy (1932-1941)
Étude des faits économiques et sociaux Géographie économique et politique
Marcel Marion (1912-1932) André Siegfried (1933-1946)
Création temporaire Histoire de l’art monumental
(fondation de la Ville de Paris) Paul Léon (1932-1944)
1933
Langues et littératures d’origine germanique Langues et littératures d’origine germanique
Charles Andler (1926-1933) Ernest Tonnelat (1934-1948)
Épigraphie grecque Histoire des religions
Maurice Holleaux (1927-1932) Jean Baruzi (1933-1951)
Création (pour A. Einstein, qui ne Physique mathématique
devait jamais l’occuper)
1934
Suppression par décret des chaires de :
Psychologie expérimentale et comparée
Pierre Janet (1902-1934)
Histoire de la littérature latine
Paul Monceaux (1907-1934)
Chimie minérale
Camille Matignon (1908-1934)
1935
Histoire et antiquités nationales Antiquités nationales
Camille Jullian (1905-1930) Albert Grenier (1936-1948)
Prévoyance et assistance sociales Psychologie et éducation de l’enfance
Édouard Fuster (1917-1935) Henri Wallon (1937-1949)
Histoire du travail Histoire du travail
François Simiand (1932-1935) Émile Coornaert (1936-1957)
1936
Langue et littérature sanscrites Chimie nucléaire
Sylvain Lévi (1894-1935) Frédéric Joliot (1937-1958)
Médecine Langue et littérature sanscrites
Charles Nicolle (1932-1936) Jules Bloch (1937-1951)
41

1937
Langue et littérature françaises du Moyen Âge Histoire du vocabulaire français
Joseph Bédier (1903-1936) Mario Roques (1937-1946)
Langue et littérature françaises modernes Poétique
Paul Valéry (1937-1945) Abel Lefranc (1904-1937)
Grammaire comparée Grammaire comparée
Antoine Meillet (1906-1936) Émile Benveniste (1937-1972)
Géologie Géologie méditerranéenne
Lucien Cayeux (1912-1936) Paul Fallot (1938-1960)
Histoire coloniale Histoire de la colonisation
Alfred Martineau (1921-1935) Edmond Chassigneux (1939-1946)
Épidémiologie Médecine
Hyacinthe Vincent (1925-1936) René Leriche (1937-1950)
1938
Mécanique analytique et mécanique céleste Mathématique et mécanique
Jacques Hadamard (1909-1937) Szolem Mandelbrojt (1938-1972)
Histologie comparée Morphologie expérimentale et endocrinologie
Jean Nageotte (1912-1937) Robert Courrier (1938-1966)
Égyptologie Égyptologie
Alexandre Moret (1923-1938) Pierre Lacau (1938-1947)
Esthétique et histoire de l’art Esthétique et histoire de l’art
Gabriel Millet (1926-1937) Henri Focillon (1938-1942)
Mécanique animale appliquée à l’aviation Aérolocomotion mécanique et biologique
Antoine Magnan (1929-1938) Étienne Œhmichen (1939-1955)
Langue et littérature grecques Épigraphie et antiquités grecques
Émile Bourguet (1932-1938) Louis Robert (1939-1974)
1941
Philologie et archéologie assyriennes Histoire des arts de l’Orient musulman
Charles Fossey (1906-1939) Albert Gabriel (1941-1953)
Physique générale et expérimentale Physique générale et expérimentale
Paul Langevin (1909-1946) (révoqué Maurice Debroglie (1942-1944),
en 1940, réintégré en 1944) puis à nouveau Paul Langevin
Philosophie Philosophie
Édouard Leroy (1921-1940) Louis Lavelle (1941-1951)
Mathématiques Affectation réservée
Henri Lebesgue (1921-1941)
Histophysiologie Radiobiologie expérimentale
Justin Jolly (1925-1940) Antoine Lacassagne (1941-1951)
Chimie organique Chimie organique
Marcel Delépine (1930-1941) Charles Dufraisse (1942-1955)
42

Civilisation romaine Civilisation romaine


Eugène Albertini (1932-1941) André Piganiol (1942-1954)
1943-1944
Histoire des littératures comparées de l’Europe Langues et littératures de la péninsule
méridionale et de l’Amérique latine ibérique et de l’Amérique latine
Paul Hazard (1925-1944) Marcel Bataillon (1945-1965)
Sociologie Psychologie collective
Marcel Mauss (1931-1942) Maurice Halbwachs (1944-1945)
Esthétique et histoire de l’art Histoire de la langue latine
Henri Focillon (révoqué) (1938-1942) Alfred Ernout (1944-1951)
Mathématique et mécanique Physique cosmique
Szolem Mandelbrojt (1938-1972) Alexandre Dauvillier (1944-1962)
(révoqué en 1942, réintégré en 1944)
1945 2
Langue et littérature chinoises Langue et littérature chinoises
Henri Maspero (1921-1945) Paul Demiéville (1946-1964)
Langue et littérature arabes Histoire du monde arabe
William Marçais (1927-1943) Jean Sauvaget (1946-1950)
Histoire ancienne de l’Orient sémitique Philologie et archéologie assyro-babyloniennes
Isidore Lévy (1932-1941) Édouard Dhorme (1945-1951)
Physique mathématique Physique atomique et moléculaire
(chaire créée pour A. Einstein en 1933) Francis Perrin (1946-1972)
Poétique Histoire des créations littéraires en France
Paul Valéry (1937-1945) Jean Pommier (1946-1964)
Psychologie collective Histoire de la civilisation italienne
Maurice Halbwachs (1944-1945) Augustin Renaudet (1946-1950)
1946
Physique générale et expérimentale Théorie des équations différentielles
Paul Langevin (1909-1946) et fonctionnelles
Jean Leray (1947-1978)
Langues, histoire et archéologie de l’Asie centrale Archéologie paléochrétienne et byzantine
Paul Pelliot (1911-1945) André Grabar (1946-1966)
Histoire naturelle des corps organisés Biochimie générale et comparée
André Mayer (1922-1946) Jean Roche (1947-1972)
Histoire et philologie indochinoises Histoire et philologie indochinoises
Jean Przyluski (1931-1944) Émile Gaspardone (1946-1965)

2. L’année indiquée est celle de la délibération de l’Assemblée des Professeurs, l’arrêté ministériel
déclarant la vacance de la chaire, postérieur de quelques mois, peut être parfois daté de l’année
suivante.
43

Civilisation américaine Histoire de la civilisation de


Bernard Faÿ (révoqué) (1932-1945) l’Amérique du Nord
Marcel Giraud (1947-1971)
Géographie économique et politique Étude du monde tropical
André Siegfried (1933-1946) Pierre Gourou (1947-1970)
Histoire du vocabulaire français Langue et littérature françaises du Moyen Âge
Mario Roques (1937-1946) Félix Lecoy (1947-1974)
Création Civilisations de l’Extrême-Orient
Paul Mus (1946-1969)
1947
Préhistoire Géographie historique de la France
Henri Breuil (1929-1947) Roger Dion (1948-1968)
Égyptologie Égyptologie
Pierre Lacau (1938-1947) Pierre Montet (1948-1956)
Histoire de la colonisation Histoire de l’expansion de l’Occident
Edmond Chassigneux (1939-1946) Robert Montagné (1948-1954)
1948
Biologie générale Neurophysiologie générale
Jacques Duclaux (1931-1948) Alfred Fessard (1949-1971)
Langues et littératures d’origine germanique Langues et littératures d’origine germanique
Ernest Tonnelat (1934-1948) Fernand Mossé (1949-1956)
Antiquités nationales Civilisation indo-européenne
Albert Grenier (1936-1948) Georges Dumézil (1949-1968)
1949
Physique théorique Physique théorique
Léon Brillouin (1932-1949) Jean Laval (1950-1970)
Histoire de la civilisation moderne Histoire de la civilisation moderne
Lucien Febvre (1933-1949) Fernand Braudel (1950-1972)
Psychologie et éducation de l’enfance Psychologie des arts plastiques
Henri Wallon (1937-1949) René Huyghe (1951-1976)
1950
Médecine Médecine expérimentale
René Leriche (1937-1950) Antoine Lacassagne (1951-1954)
Histoire de la civilisation italienne Littérature et civilisation italiennes
Augustin Renaudet (1946-1950) André Pézard (1951-1963)
Histoire du monde arabe Langue et littérature arabes
Jean Sauvaget (1946-1950) Gaston Wiet (1951-1959)
Création Histoire et structure sociales de Paris
(fondation de la ville de Paris) et de la région parisienne
Louis Chevalier (1952-1981)
44

1951
Langues et littératures slaves Langues et littératures slaves
André Mazon (1923-1951) André Vaillant (1952-1962)
Physiologie des sensations Physique mathématique
Henri Piéron (1923-1951) André Lichnerowicz (1952-1986)
Histoire de la philosophie au Moyen Âge Histoire et technologie des systèmes
Étienne Gilson (1932-1950) philosophiques
Martial Guéroult (1951-1962)
Histoire des religions Histoire des religions
Jean Baruzi (1933-1951) Henri-Charles Puech (1952-1972)
Langue et littérature sanscrites Langues et littératures de l’Inde
Jules Bloch (1937-1951) Jean Filliozat (1952-1978)
Philosophie Philosophie
Louis Lavelle (1941-1951) Maurice Merleau-Ponty (1952-1961)
Histoire de la langue latine Littérature latine
Alfred Ernout (1944-1951) Pierre Courcelle (1952-1980)
Philologie et archéologie assyro-babyloniennes Assyriologie
Édouard Dhorme (1945-1951) René Labat (1952-1974)
Radiobiologie expérimentale Histophysiologie
Antoine Lacassagne (nommé en Jacques Benoit (1952-1966)
1951, titulaire de la chaire de
Médecine expérimentale créée
l’année précédente)
1953
Histoire des arts de l’Orient musulman Archéologie de l’Asie occidentale
Claude Schaeffer-Forrer (1954-1969) Albert Gabriel (1941-1953)
1954
Littérature latine du Moyen Âge Analyse des faits économiques et sociaux
Edmond Faral (1925-1954) François Perroux (1955-1974)
Embryogénie comparée Embryologie expérimentale
Emmanuel Fauré-Frémiet (1928-1954) Étienne Wolff (1955-1974)
Civilisation romaine Civilisation romaine
André Piganiol (1942-1954) Jean Gagé (1955-1972)
Médecine expérimentale Médecine expérimentale
Antoine Lacassagne (1951-1954) Charles Oberling (1955-1960)
1955
Sociologie et sociographie musulmanes Sociologie musulmane
Louis Massignon (1926-1954) Henri Laoust (1956-1975)
Aérolocomotion mécanique et biologique Algèbre et géométrie
Étienne Œhmichen (1939-1955) Jean-Pierre Serre (1956-1994)
45

Chimie organique Chimie organique des hormones


Charles Dufraisse (1942-1955) Alain Horeau (1956-1980)
Histoire de l’expansion de l’Occident Histoire sociale de l’Islam contemporain
Robert Montagné (1948-1954) Jacques Berque (1956-1981)
1956

Égyptologie Philologie et archéologie égyptiennes


Pierre Montet (1948-1956) Étienne Drioton (1957-1960)
1957

Langues et littératures d’origine germanique Langues et littératures d’origine germanique


Fernand Mossé (1949-1956) Robert Minder (1957-1973)
1958

Histoire du travail Démographie sociale : la vie des populations


Émile Coornaert (1936-1957) Alfred Sauvy (1959-1969)
Chimie nucléaire Physique nucléaire
Frédéric Joliot (1937-1958) Louis Leprince-Ringuet (1959-1972)
Création Anthropologie sociale
Claude Lévi-Strauss (1959-1982)
1959

Langue et littérature arabes Magnétisme nucléaire


Gaston Wiet (1951-1959) Anatole Abragam (1960-1985)
1960

Géologie méditerranéenne Méthodes physiques de l’astronomie


Paul Fallot (1938-1960) André Lallemand (1961-1974)
Médecine expérimentale Médecine expérimentale
Charles Oberling (1955-1960) Bernard Halpern (1961-1975)
Philologie et archéologie égyptiennes Philologie et archéologie égyptiennes
Étienne Drioton (1957-1960) Georges Posener (1961-1978)
1961

Philosophie Philosophie de la connaissance


Maurice Merleau-Ponty (1952-1961) Jules Vuillemin (1962-1990)
1962

Histoire et technologie des systèmes Histoire de la pensée philosophique


philosophiques Jean Hyppolite (1963-1968)
Martial Guéroult (1951-1962)
Langues et littératures slaves Hébreu et araméen
André Vaillant (1952-1962) André Dupont-Sommer (1963-1971)
46

1963
Physique cosmique Astrophysique théorique
Alexandre Dauvillier (1944-1962) Jean-Claude Pecker (1964-1988)
Langue et littérature chinoises Histoire et civilisations de l’Asie centrale
Paul Démiéville (1946-1964) Louis Hambis (1965-1977)
Histoire des créations littéraires en France Littérature française moderne
Georges Blin (1965-1988) Jean Pommier (1946-1964)
Littérature et civilisation italiennes Archéologie et histoire de la Gaule
André Pézard (1951-1963) Paul-Marie Duval (1964-1982)
Création Physique théorique des particules élémentaires
Jacques Prentki (1965-1983)
Création Génétique cellulaire
François Jacob (1965-1991)
1965
Langues et littératures de la péninsule Langues et littératures de la péninsule
ibérique et de l’Amérique latine ibérique et de l’Amérique latine
Marcel Bataillon (1945-1965) Israël Révah (1966-1973)
Histoire et philologie indochinoises Étude du monde chinois : institutions
Émile Gaspardone (1946-1965) et concepts
Rolf A. Stein (1966-1981)
1967
Morphologie expérimentale et endocrinologie Physiologie cellulaire
Robert Courrier (1938-1966) François Morel (1967-1993)
Archéologie paléochrétienne et byzantine Histoire et civilisation de Byzance
André Grabar (1946-1966) Paul Lemerle (1967-1973)
Histophysiologie Biologie moléculaire
Jacques Benoit (1952-1966) Jacques Monod (1967-1973)
1968
Civilisation indo-européenne Préhistoire
Georges Dumézil (1949-1968) André Leroi-Gourhan (1969-1982)
1969
Géographie historique de la France Géographie du continent européen
Roger Dion (1948-1968) Maurice Lelannou (1969-1976)
Archéologie de l’Asie occidentale Histoire des sociétés médiévales
Claude Schaeffer-Forrer (1954-1969) Georges Duby (1970-1991)
Démographie sociale : la vie des populations Sociologie de la civilisation moderne
Alfred Sauvy (1959-1969) Raymond Aron (1970-1978)
Histoire de la pensée philosophique Histoire des systèmes de pensée
Jean Hyppolite (1963-1968) Michel Foucault (1970-1984)
47

1970
Civilisations de l’Extrême-Orient Art et civilisation de la Renaissance en Italie
Paul Mus (1946-1969) André Chastel (1970-1984)
Étude du monde tropical Étude du Bouddhisme
Pierre Gourou (1947-1970) André Bareau (1971-1991)
Physique théorique Physique de la matière condensée
Jean Laval (1950-1970) Pierre-Gilles de Gennes (1971-2004)
1971
Histoire de la civilisation de Anthropologie physique
l’Amérique du Nord Jacques Ruffié (1972-1992)
Marcel Giraud (1947-1971)
Neurophysiologie générale Neurophysiologie
Alfred Fessard (1949-1971) Yves Laporte (1972-1991)
Hébreu et araméen Hébreu et araméen
André Dupont-Sommer (1963-1971) André Caquot (1972-1994)
1972
Physique atomique et moléculaire Physique atomique et moléculaire
Francis Perrin (1946-1972) Claude Cohen-Tannoudji (1973-2004)
Biochimie générale et comparée Biochimie cellulaire
Jean Roche (1947-1972) François Gros (1973-1996)
Physique nucléaire Physique corpusculaire
Louis Leprince-Ringuet (1959-1972) Marcel Froissart (1973-2004)
1973
Grammaire comparée Langues et civilisation de l’Asie Mineure
Émile Benveniste (1937-1972) Emmanuel Laroche (1973-1985)
Mathématique et mécanique Analyse mathématique des systèmes
Szolem Mandelbrojt (1938-1972) et de leur contrôle
Jacques-Louis Lions (1973-1998)
Histoire de la civilisation moderne Histoire de la civilisation moderne
Fernand Braudel (1950-1972) Emmanuel Le Roy Ladurie (1973-1999)
Histoire des religions La Grèce et la formation de la pensée morale
Henri-Charles Puech (1952-1972) et politique
Jacqueline de Romilly (1973-1984)
Civilisation romaine Théorie des groupes
Jean Gagé (1955-1972) Jacques Tits (1973-2000)
Langues et littératures d’origine germanique Étude comparée des religions antiques
Robert Minder (1957-1973) Jean-Pierre Vernant (1975-1984)
Langues et littératures de la péninsule Histoire sociale et intellectuelle de la Chine
ibérique et de l’Amérique latine Jacques Gernet (1975-1992)
Israël Révah (1966-1973)
48

Biologie moléculaire Physiologie du développement


Jacques Monod (1967-1973) Alfred Jost (1974-1987)
Histoire et civilisation de Byzance Histoire des mentalités religieuses
Paul Lemerle (1967-1973) dans l’Occident moderne
Jean Delumeau (1975-1994)
1974
Embryologie expérimentale Communications cellulaires
Étienne Wolff (1955-1974) Jean-Pierre Changeux (1975-2006)
Méthodes physiques de l’astronomie Neuropsychologie du développement
André Lallemand (1961-1974) Julian de Ajuriaguerra (1975-1981)
1975
Épigraphie et antiquités grecques Sémiologie littéraire
Louis Robert (1939-1974) Roland Barthes (1976-1980)
Langue et littérature françaises du Moyen Âge Invention, technique et langage en musique
Félix Lecoy (1947-1974) Pierre Boulez (1976-1995)
Assyriologie Histoire de Rome
René Labat (1952-1974) Paul-Marie Veyne (1976-1999)
Analyse des faits économiques et sociaux Histoire et civilisation du monde byzantin
François Perroux (1955-1974) Gilbert Dagron (1975-2001)
Sociologie musulmane Langue et littérature arabes classiques
Henri Laoust (1956-1975) André Miquel (1976-1997)
1976
Psychologie des arts plastiques Histoire de la création artistique en France
René Huyghe (1951-1976) Jacques Thuillier (1977-1998)
Médecine expérimentale Médecine expérimentale
Bernard Halpern (1961-1975) Jean Dausset (1977-1987)
Géographie du continent européen Christianisme et gnoses dans l’Orient
Maurice Lelannou (1969-1976) préislamique
Antoine Guillaumont (1977-1986)
1977
Histoire et civilisations de l’Asie centrale Sociographie de l’Asie du Sud-Est
Louis Hambis (1965-1977) Lucien Bernot (1978-1985)
1978
Philologie et archéologie égyptiennes Égyptologie
Georges Posener (1961-1978) Jean Leclant (1979-1990)
1979
Théorie des équations différentielles Droit international
et fonctionnelles René-Jean Dupuy (1979-1989)
Jean Leray (1947-1978)
49

Langues et littératures de l’Inde Civilisation japonaise


Jean Filliozat (1952-1978) Bernard Frank (1979-1996)
Sociologie de la civilisation moderne Chimie des interactions moléculaires
Raymond Aron (1970-1978) Jean-Marie Lehn (1979)
1980
Chimie organique des hormones Bio-Énergétique cellulaire
Alain Horeau (1956-1980) Pierre Joliot (1981-2002)
Sémiologie littéraire Études comparées de la fonction poétique
Roland Barthes (1976-1980) Yves Bonnefoy (1981-1993)
1981
Littérature latine Sociologie
Pierre Courcelle (1952-1980) Pierre Bourdieu (1981-2001)
Histoire et structure sociales de Paris Étude comparée des sociétés africaines
et de la région parisienne Françoise Héritier (1982-1998)
Louis Chevalier (1952-1981)
Étude du monde chinois : institutions Histoire de la pensée hellénistique
et concepts et romaine
Rolf A. Stein (1966-1981) Pierre Hadot (1982-1991)
1982
Histoire sociale de l’Islam contemporain Physique statistique
Jacques Berque (1956-1981) Philippe Nozières (1983-2001)
Préhistoire Paléoanthropologie et préhistoire
André Leroi-Gourhan (1969-1982) Yves Coppens (1983-2005)
Neuropsychologie du développement Neuropharmacologie
Julian de Ajuriaguerra (1975-1981) Jacques Glowinski (1982-2006)
1983
Anthropologie sociale Histoire du monde indien
Claude Lévi-Strauss (1959-1982) Gérard Fussman (1984)
Archéologie et histoire de la Gaule Antiquités nationales
Paul-Marie Duval (1964-1982) Christian Goudineau (1984)
Physique théorique des particules élémentaires Analyse et géométrie
Jacques Prentki (1964-1983) Alain Connes (1984)
1984
La Grèce et la formation de la pensée morale Tradition et critique des textes grecs
et politique Jean Irigoin (1986-1992)
Jacqueline de Romilly (1973-1984)
Étude comparée des religions antiques Grammaire et pensée allemandes
Jean-Pierre Vernant (1975-1984) Jean-Marie Zemb (1986-1998)
50

1985

Histoire des systèmes de pensée Épistémologie comparative


Michel Foucault (1970-1984) Gilles-Gaston Granger (1986-1991)
Art et civilisation de la Renaissance en Italie Histoire de la France contemporaine
André Chastel (1970-1984) Maurice Agulhon (1986-1997)
Langues et civilisation de l’Asie Mineure Assyriologie
Emmanuel Laroche (1973-1985) Paul Garelli (1986-1995)

1986

Physique mathématique Analyse économique


André Lichnerowicz (1952-1986) Edmond Malinvaud (1987-1993)
Magnétisme nucléaire Géodynamique
Anatole Abragam (1960-1985) Xavier Le Pichon (1987-2008)
Christianisme et gnoses dans l’Orient Théorie linguistique
préislamique Claude Hagège (1988-2006)
Antoine Guillaumont (1977-1986)
Sociographie de l’Asie du Sud-Est Rhétorique et société en Europe
Lucien Bernot (1978-1985) (XVI e-XVII esiècles)
Marc Fumaroli (1987-2002)

1987

Physiologie du développement Embryologie cellulaire et moléculaire


Alfred Jost (1974-1987) Nicole Le Douarin (1988-2000)

1988

Médecine expérimentale Médecine expérimentale


Jean Dausset (1977-1987) Pierre Corvol (1989)

1989

Astrophysique théorique Astrophysique observationnelle


Jean-Claude Pecker (1964-1988) Antoine Labeyrie (1991)
Droit international Histoire des syncrétismes de la fin de
René-Jean Dupuy (1979-1989) l’Antiquité
Michel Tardieu (1991-2008)
Création Chaire européenne
Harald Weinrich (1989-1990)

1990

Littérature française moderne Histoire de la Chine moderne


Georges Blin (1965-1988) Pierre-Étienne Will (1991)
Égyptologie Égyptologie
Jean Leclant (1979-1990) Jean Yoyotte (1991-1997)
51

1991
Philosophie de la connaissance Langues et littératures romanes
Jules Vuillemin (1962-1990) Harald Weinrich (1992-1998)
Histoire des sociétés médiévales Histoire de l’Occident méditerranéen
Georges Duby (1970-1991) au Moyen Âge
Pierre Toubert (1992-2003)
Neurophysiologie Physiologie de la perception et de l’action
Yves Laporte (1972-1991) Alain Berthoz (1992)
Épistémologie comparative Histoire et anthropologie des sociétés
Gilles-Gaston Granger (1986-1990) méso- et sud-américaines
Nathan Wachtel (1992-2005)
Chaire européenne Wolf Lepenies (1991-1992)
1992
Génétique cellulaire Génétique moléculaire
François Jacob (1964-1991) Pierre Chambon (1993-2002)
Étude du Bouddhisme Histoire moderne et contemporaine
André Bareau (1971-1991) du monde russe
François-Xavier Coquin (1993-2001)
Histoire sociale et intellectuelle de la Chine Langues et religions indo-iraniennes
Jacques Gernet (1975-1992) Jean Kellens (1993)
Histoire de la pensée hellénistique Histoire économique et monétaire de
et romaine l’Orient hellénistique
Pierre Hadot (1982-1991) Georges Le Rider (1993-1998)
Chaire européenne Umberto Eco (1992-1993)
Création Chaire internationale
Bronislaw Geremek (1992-1993)
1993
Anthropologie physique Fondements et principes de la
Jacques Ruffié (1972-1992) reproduction humaine
Étienne Baulieu (1993-1998)
Études comparées de la fonction poétique Littératures de la France médiévale
Yves Bonnefoy (1981-1993) Michel Zink (1994)
Tradition et critique des textes grecs Les civilisations de l’Europe au néolithique
Jean Irigoin (1986-1992) et à l’âge du bronze
Jean Guilaine (1994-2007)
Chaire européenne Werner Hildenbrand (1993-1994)
Chaire internationale Zhang Guangda (1993-1994)
1994
Physiologie cellulaire Biologie moléculaire des plantes
François Morel (1967-1993) Joseph Schell (1994-1998)
Hébreu et araméen Antiquités sémitiques
André Caquot (1972-1994) Javier Teixidor (1995-2001)
52

Histoire des mentalités religieuses Biologie historique et évolutionnisme


dans l’Occident moderne Armand de Ricqlès (1995)
Jean Delumeau (1975-1994)
Analyse économique Philosophie du langage et de la connaissance
Edmond Malinvaud (1987-1993) Jacques Bouveresse (1995)
Chaire européenne Norbert Ohler (1994-1995)
Chaire internationale Orest Ranum (1994-1995)
1995
Algèbre et géométrie Équations différentielles et systèmes dynamiques
Jean-Pierre Serre (1956-1994) Jean-Christophe Yoccoz (1996)
Invention, technique et langage en musique Anthropologie théâtrale
Pierre Boulez (1976-1995) Jerzy Grotowski (1996-1999)
Assyriologie Chimie des solides
Paul Garelli (1986-1995) Jean Rouxel (1996-1998)
Chaire européenne Klaus Rajewski (1995-1996)
Chaire internationale Harris Memel-Fotê (1995-1996)
1996
Biochimie cellulaire Immunologie moléculaire
François Gros (1973-1996) Philippe Kourilsky (1998)
Chaire européenne Pieter Westbroek (1996-1997)
Chaire internationale Igor Mel’čuk (1996-1997)
1997
Civilisation japonaise Histoire de la France des Lumières
Bernard Frank (1979-1996) Daniel Roche (1999-2005)
Égyptologie Histoire turque et ottomane
Jean Yoyotte (1991-1997) Gilles Veinstein (1999)
Chaire européenne Abram Deswaan (1997-1998)
Chaire internationale Brian Stock (1997-1998)
1998
Langue et littérature arabes classiques Assyriologie
André Miquel (1976-1997) Jean-Marie Durand (1999)
Étude comparée des sociétés africaines Littératures modernes de l’Europe néolatine
Françoise Héritier (1982-1998) Carlo Ossola (1999)
Histoire de la France comtemporaine Théorie économique et organisation sociale
Maurice Agulhon (1986-1997) Roger Guesnerie (2000)
Langues et littératures romanes Histoire et civilisation du monde achéménide
Harald Weinrich (1992-1998) et de l’empire d’Alexandre
Pierre Briant (1999)
53

Fondements et principes de la Biologie et génétique du développement


reproduction humaine Étienne-Émile Baulieu (1993-1998)
Spyros Artavanis-Tsakonas (2000)
Chaire européenne Thomas W. Gaehtgens (1998-1999)
Chaire internationale Patrice Higonnet (1998-1999)

1999

Analyse mathématique des systèmes Théorie des Nombres


et de leur contrôle Don Zagier (2000)
Jacques-Louis Lions (1973-1998)
Histoire de la création artistique en France Philosophie des sciences biologiques
Jacques Thuillier (1977-1998) et médicales
Anne Fagot-Largeault (2000)
Grammaire et pensée allemandes Philosophie et histoire des concepts
Jean-Marie Zemb (1986-1998) scientifiques
Ian Hacking (2000-2006)
Histoire économique et monétaire de Anthropologie de la Nature
l’Orient hellénistique Philippe Descola (2000)
Georges Le Rider (1993-1998)
Biologie moléculaire des plantes Physique quantique
Joseph Schell (1994-1998) Serge Haroche (2001)
Chimie des solides Civilisation pharaonique : Archéologie,
Jean Rouxel (1996-1998) philologie, histoire
Nicolas Grimal (2000)
Chaire européenne Hans-Wilhelm Müler-Gärtner
(1999-2000)
Chaire internationale James Watson Cronin (1999-2000)

2000

Histoire de la civilisation moderne Chimie de la matière condensée


Emmanuel Le Roy Ladurie (1973-1999) Jacques Livage (2001)
Histoire de Rome Histoire de l’art européen médiéval et moderne
Paul Veyne (1976-1999) Roland Recht (2001)
Physique statistique Évolution du climat et de l’océan
Philippe Nozières (1983-2001) Édouard Bard (2001)
Embryologie cellulaire et moléculaire Génétique et physiologie cellulaire
Nicole Le Douarin (1988-2000) Christine Petit (2001)
Anthropologie théâtrale Religion, institutions et société de la
Jerzy Grotowski (1996-1999) Rome antique
John Scheid (2001)
54

Chaire européenne Michael Edwards (2000-2001)


Chaire internationale Miklós Szabó (2000-2001)
2001
Théorie des groupes Histoire moderne et contemporaine
Jacques Tits (1973-2000) du politique
Pierre Rosanvallon (2001)
Sociologie Études juridiques comparatives et
Pierre Bourdieu (1981-2001) internationalisation du droit
Mireille Delmas-Marty (2002)
Antiquités sémitiques Équations aux dérivées partielles et
Javier Teixidor (1995-2001) applications
Pierre-Louis Lions (2002)
Chaire européenne Claudio Magris (2001-2002)
Chaire internationale Paul Farmer (2001-2002)
2002
Histoire et civilisation du monde byzantin Étude de la création littéraire en
Gilbert Dagron (1975-2001) langue anglaise
Michael Edwards (2003-2008)
Rhétorique et sociétés en Europe Épigraphie et histoire des cités grecques
(XVI e-XVII esiècles) Denis Knoepfler (2003)
Marc Fumaroli (1987-2002)
Histoire moderne et contemporaine Histoire contemporaine du monde arabe
du monde russe Henry Laurens (2003)
François-Xavier Coquin (1993-2001)
Génétique moléculaire Génétique humaine
Pierre Chambon (1993-2002) Jean-Louis Mandel (2003)
Chaire européenne Hans Belting (2002-2003)
Chaire internationale Stuart Edelstein (2002-2003)
2003
Bioénergétique cellulaire Particules élémentaires, gravitation et
Pierre Joliot (1981-2002) cosmologie
Gabriele Veneziano (2004)
Chaire européenne Theodor Berchem (2003-2004)
Chaire internationale Jayant Vishnu Narlikar (2003-2004)
2004
Physique atomique et moléculaire Rationalité et sciences sociales
Claude Cohen-Tannoudji (1973-2004) Jon Elster (2006)
Histoire de l’Occident méditerranéen Psychologie cognitive expérimentale
au Moyen-Âge Stanislas Dehaene (2005)
Pierre Toubert (1992-2003)
55

Chaire européenne Sandro Stringari (2004-2005)


Chaire internationale Celâl Sengör (2004-2005)

2005

Physique de la matière condensée Physique mésoscopique


Pierre-Gilles de Gennes (1971-2004) Michel Devoret (2007)
Physique corpusculaire Littérature française moderne et
Marcel Froissart (1973-2004) contemporaine : histoire, critique, théorie
Antoine Compagnon (2006)
Histoire de la France des Lumières Écrit et cultures dans l’Europe moderne
Daniel Roche (1999-2005) Roger Chartier (2006)
Chaire européenne Maurice Bloch (2005-2006)
Chaire internationale Thomas Pavel (2005-2006)
Chaire de création artistique Christian de Portzamparc (2005-2006)

2006

Histoire et anthropologie des sociétés Processus morphogénétiques


méso-et sud-américaines Alain Prochiantz (2007)
Nathan Wachtel (1992-2005)
Chaire européenne Daniele Vitali (2006-2007)
Chaire internationale Guy Orban (2006-2007)
Chaire de création artistique Pascal Dusapin (2006-2007)
Chaire d’innovation technologique- Jean-Paul Clozel (2006-2007)
Liliane Bettencourt

2007

Communications cellulaires Chimie des processus biologiques


Jean-Pierre Changeux (1975-2006) Marc Fontecave (2008)
Neuropharmacologie Microbiologie et maladies infectieuses
Jacques Glowinski (1982-2006) Philippe Sansonetti (2007)
Paléoanthropologie et préhistoire Paléontologie humaine
Yves Coppens (1983-2005) Michel Brunet (2007)
Théorie linguistique Milieux bibliques
Claude Hagège (1988-2006) Thomas Römer (2007)
Les civilisations de l’Europe au néolithique Physique de la matière condensée
et à l’âge du bronze
Jean Guilaine (1994-2007)
Philosophie et histoire des concepts scientifiques Histoire intellectuelle de la Chine
Ian Hacking (2000-2006) Anne Cheng (2008)
56

Chaire européenne Manfred Kropp (2007-2008)


Chaire internationale Pierre Magistretti (2007-2008)
Chaire de création artistique Ariane Mnouchkine (2007-2008)
Chaire d’innovation technologique- Gérard Berry (2007-2008)
Liliane Bettencourt
2008
Chaire européenne - Développpement durable Henri Leridon (2008-2009)
Chaire internationale - Savoirs contre pauvreté Esther Duflo (2008-2009)
Chaire de création artistique Pierre-Laurent Aimard (2008-2009)
Chaire d’innovation technologique- Mathias Fink (2008-2009)
Liliane Bettencourt
57

IV. LE RÔLE PROPRE ET L’ORGANISATION


DU COLLÈGE DE FRANCE

De cet historique des chaires, il ressort que le Collège de France a servi souvent,
selon l’esprit de son royal fondateur, à des enseignements nouveaux qui n’avaient
pas encore reçu ailleurs droit de cité. C’est ce qui a fait dire à Ernest Renan
qu’« à côté des établissements où se garde le dépôt des connaissances acquises, il
est donc nécessaire qu’il y ait des chaires indépendantes où s’enseignent, non les
branches de la Science qui sont faites, mais celles qui sont en voie de se faire »
(Questions contemporaines p. 144).
Le Collège de France recrute sans condition de grades universitaires ; et par là,
il lui est possible d’appeler à lui des savants qui ne sont pas des professeurs de
carrière mais qui se sont signalés par des découvertes, par des vues personnelles,
par des travaux originaux. Il suffit qu’on soit en droit d’attendre d’eux, dans le
domaine de leurs recherches propres, des résultats nouveaux.
D’autre part, il ne prépare à aucun examen et, par conséquent, ses enseignements
ne sont assujettis à d’autre programme que celui défini chaque année par le titulaire
de la chaire et approuvé par l’Assemblée des Professeurs. Nulle part, la recherche
scientifique ne jouit d’une indépendance aussi large. De plus en plus, cette liberté
est devenue sa loi, parce qu’elle est sa raison d’être ; et, de plus en plus, elle a
déterminé son organisation.
N’étant pas enfermé dans un cycle d’études invariables, le Collège de France n’a
pas, en principe, de chaires permanentes. Selon que les sciences diverses se modifient
et selon que se produisent des hommes aptes à les faire progresser, les enseignements
anciens peuvent disparaître ou se transformer, des enseignements nouveaux peuvent
être institués.
Le nombre des chaires de professeurs titulaires est actuellement de cinquante-
deux (décret du 22 juin 1934, loi de finances du 24 mai 1951, du 4 août 1956,
du 30 décembre 1957 et de 1964 ; à partir de 1969 intégration des trois chaires
municipales dans le budget de l’État). Chaque fois qu’un de ces traitements devient
disponible par retraite, démission ou décès d’un titulaire, l’Assemblée des professeurs
est appelée, de droit, à décider à quel enseignement il conviendrait d’affecter le
crédit qui se trouve ainsi sans emploi. Elle peut demander au Ministre le maintien
de l’enseignement dont le titulaire vient de disparaître ; elle peut, si elle juge
préférable, l’inviter à y substituer un enseignement différent. Dans un cas comme
dans l’autre, dès que sa proposition est acceptée, elle désigne deux candidats, l’un
en première ligne, l’autre en seconde ; et, comme il a été dit plus haut, elle n’est
liée, dans cette désignation, par aucune condition de grade. Elle transmet les
procès-verbaux de ses délibérations et ses votes au Ministre, qui communique les
documents à l’une des cinq Académies de l’Institut de France : celle-ci présente, à
son tour, et dans les mêmes formes, deux candidats. Il appartient au Ministre de
58

choisir, entre les candidats proposés, le futur professeur ; celui-ci est nommé par
un décret du Président de la République.
À partir de 1970 le principe de chaires de « professeur associé » a été admis, et
deux crédits de chaire ont été ouverts à cet effet au budget de l’État. Des savants
étrangers sont ainsi invités chaque année par l’Assemblée à venir au Collège donner,
pendant un ou deux mois, un enseignement relatif à leurs recherches.
En outre deux chaires permettant l’accueil de savants étrangers pour la durée
d’une année académique ont été créées :
— en 1989, une chaire dite européenne, destinée à une personnalité scientifique
originaire d’un pays membre de la Communauté économique européenne ;
— en 1991, une chaire dite internationale, destinée à une personnalité originaire
des pays de l’Europe de l’Est ou d’autres continents.
Puis, en 2004 est créée une chaire de création artistique, consacrée à toutes les
formes de création artistique, qui accueille chaque année un professeur différent.
Enfin, en 2007, est créée une nouvelle chaire annuelle, chaire d’Innovation
technologique-Liliane Bettencourt, en partenariat avec la fondation Bettencourt-
Schueller.
Dans la pratique, sans doute, la liberté de transformation, qui est un élément
constitutif de l’institution du Collège, ne saurait être absolue ; l’Assemblée des
Professeurs cherche à conserver une juste proportion entre chaires de Sciences
exactes et chaires de Lettres et Sciences humaines. En outre, il arrive qu’on juge
nécessaire de conserver une chaire, bien que de nombreuses chaires de même titre
existent dans les Universités, s’il y a lieu de faire place à un maître original.
Dans l’enseignement aussi prédomine le même principe de liberté. Chaque
professeur choisit, d’année en année, le sujet de son cours dans le domaine
scientifique qui lui est propre, et généralement dans l’ordre particulier de recherches
auxquelles il s’applique à ce moment. Il le soumet ensuite à l’approbation de
l’Assemblée des professeurs du Collège, comme il a été indiqué plus haut. Une
partie de l’enseignement peut être donné dans des institutions françaises en dehors
de Paris, en France ou dans d’autres pays ; cette possibilité a été étendue à l’ensemble
des établissements d’enseignement supérieur européens à partir de 1989,
extraeuropéens à partir de 1992.
Quelle qu’en soit la forme, les enseignements ont pour règle commune de viser
au développement de la science. La simple vulgarisation en est exclue. Les
professeurs s’accordent à prendre comme point de départ ce qui est connu et se
proposent toujours d’y ajouter quelques éléments nouveaux : faits d’expérience,
éclaircissements personnels, vues ou interprétations propres, analyses plus exactes
ou synthèses plus suggestives. Il est entendu, au reste, que cet enseignement même
n’est que l’une des formes extérieures de leur activité scientifique, laquelle se traduit
aussi bien, ou mieux, par des publications, par des missions, par les travaux divers
qu’ils font eux-mêmes ou qu’ils suscitent et dirigent.
59

C’est pourquoi, aux leçons proprement dites, viennent s’adjoindre les directions
données aux recherches individuelles qui se font dans les divers laboratoires. Bien
entendu, ces recherches comportent toujours, de la part de ceux qui les font auprès
des professeurs, un travail personnel et vraiment scientifique. Il ne s’agit en aucun
cas de préparation aux examens universitaires, exception faite pour les doctorats,
qui ne sont pas assujettis à des programmes. Elles sont surtout l’affaire de chercheurs
déjà engagés dans une voie déterminée, qui viennent demander les conseils de
savants connus, se familiariser avec leur méthode, profiter de leurs suggestions et
des ressources spéciales qu’ils ont pu réunir.
Les cours du Collège étant ouverts à tous, il n’y a ni immatriculation ni droits
à payer. L’accès des salles d’enseignement est entièrement libre, dans la limite des
places disponibles.
Le Collège de France ne fait pas partie des Universités de Paris. Il relève
directement de son protecteur, le Chef de l’État, et, par délégation, du ministre
ayant en charge l’Enseignement supérieur et la Recherche.
C’est à l’Assemblée des professeurs qu’appartiennent, sous réserve de l’approbation
ministérielle, toutes les décisions relatives aux intérêts généraux de l’établissement.
L’exécution de ces décisions et la direction des services sont confiées à un
Administrateur. Celui-ci doit être pris parmi les professeurs. Il est présenté par ses
collègues et nommé par trois ans par décret du Président à la République, sur la
proposition du Ministre. Il préside l’Assemblée, dont le bureau comprend, à côté
de lui, un vice-président, nommé selon les mêmes règles, et un secrétaire, choisis
l’un et l’autre parmi les professeurs.
Par une loi du 31 décembre 1932, l’établissement, qui déjà était investi de la
personnalité civile, a été également doté de l’autonomie financière. Un décret du
5 octobre 1990 portant organisation du Collège de France, modifie les textes
antérieurs (décrets de 1911 et 1935). Il stipule notamment que « le Collège de
France est administré par l’Assemblée du Collège de France. Il est dirigé par un
administrateur assisté de deux directeurs adjoints, l’un chargé des affaires culturelles
et des relations extérieures, l’autre chargé des affaires administratives et financières.
Il est doté d’un Conseil d’établissement ».
L’Assemblée du Collège de France comprend les 52 professeurs titulaires avec
voix délibérative ; les deux professeurs associés dans les chaires européenne,
internationale et de création artistique peuvent y siéger avec voix consultative. Elle
détermine la politique scientifique de l’établissement et joue également le rôle d’un
Conseil d’administration. L’avis du Conseil d’établissement — qui comprend,
outre l’Administrateur, neuf professeurs, quatorze représentants élus des personnels
et quatre personnalités extérieures — doit précéder la délibération de l’Assemblée
dans les matières énumérées par le décret.
Voici la liste des Administrateurs du Collège, depuis l’institution de ce titre :
Louis Lefèvre-Gineau (1800-1823), Isaac Silvestre de Sacy (1824-1838),
Louis Thénard (1838-1840), Jean-Antoine Letronne (1840-1848), Jules
60

Barthélémy Saint-Hilaire (1848-1852), Xavier Deportets (1852-1853),


Wilhelm Rinn (1853-1854), Stanislas Julien (1854-1873), Édouard Laboulaye
(1873-1883), Ernest Renan (1883-1892), Gaston Boissier (1892-1894), Gaston
Paris (1894- 1903), Émile Levasseur (1903-1911), Maurice Croiset (1911-
1929), Joseph Bédier (1929-1936), Edmond Faral (1937-1954), Marcel
Bataillon (1955-1965), Étienne Wolff (1966-1974), Alain Horeau (1974-
1980), Yves Laporte (1980-1991), André Miquel (1991-1997), Gilbert Dagron
(1997-2000), Jacques Glowinski (2000-2006), Pierre Corvol.

V. DONATIONS
Les ressources mises à la disposition du Collège par divers donateurs lui
permettent, chaque année, de favoriser certains efforts de la pensée scientifique.

Don Singer-Polignac

Le Collège de France a reçu depuis 1950, en souvenir de Winnaretta Singer,


princesse Edmond de Polignac, des dons importants dont les revenus doivent
servir, de façon générale, « au progrès des connaissances ». L’affectation précise des
fonds est déterminée chaque année par l’Assemblée des professeurs.

Donations Gustave Schlumberger

Par décret du 24 juin 1932, l’administrateur du Collège de France a été autorisé


à accepter les legs faits au Collège par Gustave Schlumberger. Les revenus des
sommes provenant de ces legs doivent être affectés d’une part à des études d’histoire
et d’archéologie byzantines, d’autre part à des études de numismatique.

Donation Jean Ébersolt

Mme Jean Ébersolt a fait une donation en 1968 dont les arrérages doivent être
affectés au développement des études d’Histoire et civilisation de Byzance.

Donation Voronoff

Par décret du 28 septembre 1920, l’administrateur du Collège de France a été


autorisé à accepter, au nom du Collège, la donation faite à cet établissement par
Mme Frances Évelyn Bostwick, épouse Voronoff, pour la création et l’entretien
d’une « Station de chirurgie expérimentale, fondation Voronoff ».

Depuis le décès de la donatrice, et selon sa volonté, le revenu annuel est attribué


aux laboratoires de biologie, d’histologie ou autres laboratoires similaires, selon
l’avis de l’Assemblée des professeurs.
61

Fondation Paul Dellheim


Par décret du 5 juin 1956, l’administrateur du Collège de France a été autorisé
à accepter le legs fait au Collège de France par Mme J. Dellheim « pour aider les
jeunes savants peu fortunés qui, après avoir fait de fortes études, seront jugés aptes
à poursuivre leurs travaux dans les laboratoires du Collège de France, en vue de
recherches scientifiques susceptibles de contribuer au soulagement de l’humanité ».
Le prix Dellheim pour l’année 2004 est attribué à M. Fazilleau, pour l’année
2005 à M. Liyuan et pour l’année 2006 à M. Mariano Sigman. Le prix Delheim
est attribué en 2007 à M. Stéphane Romero.

Fondation Antoine Lacassagne


Par décret du 6 janvier 1964, l’administrateur du Collège de France a été autorisé
à accepter le don fait au Collège de France par Antoine Lacassagne, qui fut
titulaire de la chaire de Médecine expérimentale (de 1951 à 1954), du montant du
prix de 10 000 dollars que lui a décerné l’organisation des Nations Unies pour ses
travaux sur le cancer.
Les revenus de cette somme permettent d’inviter de jeunes biologistes français
ou étrangers à venir chaque année au Collège exposer, en français, les résultats de
leurs recherches.
L’Assemblée des professeurs du 20 février 1977, a décidé que désormais serait
attribué un prix Antoine Lacassagne auquel seraient associées deux conférences ;
son montant est de 1 600 €.
Des conférences ont été données en 1966, par le Docteur J. Harel ; en 1967,
par M. François Gros ; en 1968, par le Docteur Patrick Derome ; en 1970, par
M. Georges N. Cohen ; en 1971, par le Docteur Michel Boiron ; en 1972,
par M. François Chapeville ; en 1973, par Mme Nicole Le Douarin ; en 1974,
par M. Claude Kordon ; en 1975, par M. Luc Montagnier ; en 1976, par
M. Jean- Paul Lévy ; en 1977, par M. Robert M. Fauve.
Prix décerné en 1977 à Mme Andrée Tixier-Vidal, en 1978 à M. Serge Jard,
en 1979 à M. Michel Imbert, en 1980 à M. Jacques Glowinski, en 1981 à
M. Guy Blaudin de Thé, en 1982 à M. Jean Girard, en 1983 à M. Pierre
Freychet, en 1984 à M. François Cuzin, en 1985 à M. Michel Hamon, en 1986
à M. Dominique Stehelin, en 1987 à M. Emmanuel Pierrot-Deseilligny, en
1988 à M. Pierre Tiollais, en 1989 à M. Jean-François Nicolas, en 1990 à
M. Philippe Kourilsky, en 1991 à Mme Françoise Dieterlen, en 1992 à
Mme Anne-Marie Thierry, en 1993 à M. Gérard Couly, en 1994 à M. Alain
Doucet, en 1995 à M. Antonio Coutinho, en 1996 à M. Jean-Antoine Giraud,
en 1997 à M. Alexeï Grantyn, en 1998 à Mme Marie-Aimée Teillet, en 1999 à
M. Jules-Alphonse Hoffmann, en 2002 à M. Werner Graf, en 2004 à M. Michel
Bornens, en 2005 à Mme Ana Cumano, en 2006 à M. Philippo Rijli, en 2007
à M. Thomas Bourgeron.
62

Legs Antoine Meillet


Par décret du 1er septembre 1937, l’administrateur du Collège de France a été
autorisé à accepter le legs fait au Collège par Antoine Meillet, qui fut titulaire de
la chaire de Grammaire comparée (de 1906 à 1936). Les revenus de ce legs sont
affectés à des études de linguistique théorique, suivant les vœux du donateur.

Fondation Claude-Antoine Peccot


Plusieurs donations successives (en 1886, en 1894, en 1897, en 1902) ont
permis de créer d’abord des bourses, transformées par la suite en prix ; puis, en
outre, à partir de 1900, une charge de cours, au bénéfice de mathématiciens âgés
de moins de trente ans et s’étant signalés dans l’ordre des mathématiques théoriques
ou appliquées.
Voici, depuis l’origine, la liste des personnes qui ont bénéficié des prix ou ont
reçu la charge du cours :

Bourses et prix

À partir de 1885 : L. Bortniker, Jacques Hadamard, Élie Cartan, Jules Bocquet,


Jules Drach, Louis-Emmanuel Leroy, Adolphe Bühl, Gabriel Mesuret, Pierre
Fatou, René-Maurice Fréchet, Henri Galbrun, Osée Marcus, Jean Chazy, Albert
Laborde-Scar, Paul Frion, Gabriel Pélissier, René Garnier, Emmanuel Fauré-
Fremiet, Émile Terroine, Roux, Maurice Gevrey, F. Lafore, Joseph Marty,
Georges Giraud, Maurice Janet, Coty, Paul Lévy, Gaston Julia, Léon Brillouin,
Marcel Courtines, Szolem Mandelbrojt, Yves Rocard, Wladimir Bernstein,
Henri Cartan, André Weil, Jean Dieudonné, Paul Dubreil, René de Possel, Jean
Leray, Georges Bourion, Jean-Louis Destouches, Jacques Solomon, Claude
Chevalley, Frédéric Roger, Daniel Dugué, Gérard Petiau, Hubert Delange,
Jacques Dufresnoy, Laurent Schwartz, Jacqueline Ferrand, Roger Apéry, Jacques
Deny, Jean-Louis Koszul, Jean Combes, Jean-Pierre Serre, Paul Malliavin,
Maurice Roseau, Bernard Malgrange, François Bruhat, Pierre Cartier, Paul-
André Meyer, Marcel Froissart, Michel Demazure, Gabriel Mokobodzki, Hervé
Jacquet, Haïm Brézis, Alain Connes, Grégory Choodnovsky, Jean-Pierre
Demailly, Jean-Benoît Bost, Noam Elkies, Laurent Lafforgue, Philippe Michel,
Vincent Lafforgue, Cédric Vilani, Gaëtan Chenevier.

Chargés de cours

1900. Émile Borel. 1907. Pierre Boutroux.


1901. Émile Borel. 1908. Pierre Boutroux.
1902. Émile Borel. 1909. Ludovic Zoretti.
1903. Henri Lebesgue. 1910. Émile Traynard.
1904. René Baire. 1911. Louis Rémy.
1905. Henri Lebesgue. 1912. Jean Chazy.
1906. Guillaume Servant. Albert Chatelet.
63

1913. Arnaud Denjoy. 1951. Jean-Louis Koszul.


1914. Édouard-René Garnier. Evry Schatzman.
Maurice Gevrey. 1952. Roger Godement.
1915. Édouard-René Garnier. Michel Hervé.
1918. Gaston Julia. 1953. Jean Combes.
1919. Georges Giraud. 1954. Yvonne Fourès-Bruhat.
Paul Lévy. 1955. Jean-Pierre Serre.
1920. Léon Brillouin. 1956. Paul Malliavin.
Gaston Julia. Maurice Roseau.
1921. Maurice Janet. 1957. Jean-Pierre Kahane.
1922. René Thiry. 1958. Marcel Berger.
1923. Robert Deltheil. Alexandre Grothendieck.
Torsten Carleman. 1959. Jacques-Louis Lions.
1924. René Lagrange. Bernard Malgrange
1925. Marcel Legaut. 1960. François Bruhat.
1926. Henri Milloux. 1961. Pierre Cartier.
1927. Joseph Kampé Defériet. 1962. Jacques Neveu.
Yves Rocard. 1963. Jean-Paul Benzécri.
1928. Szolem Mandelbrojt. Philippe Nozières.
1929. Jean Favard. 1964. Paul-André Meyer.
1930. Wladimir Bernstein. 1965. Marcel Froissart.
1931. Jean Delsarte. Pierre Gabriel.
1932. Henri Cartan. 1966. Yvette Amice.
André Weil. 1967. Michel Demazure.
1933. Jean Dieudonné. Jean Ginibre.
Paul Dubreil. 1968. Uriel Frisch.
1934. René Depossel. Pierre Grisvard.
Jean Leray. 1969. Yves Meyer.
1935. Marie-Louise Claude Morlet.
Dubreil-Jacotin. Michel Raynaud.
1936. Georges Bourion. 1970. Gabriel Mokobodzki.
Jean-Louis Destouches. Roger Temam.
1937. Jacques Solomon. 1971. Jean-Pierre Ferrier.
Claude Chevalley. Hervé Jacquet.
1938. Frédéric Marty. Gérard Schiffmann.
1941. Claude Chabauty. 1972. Louis Boutet de Monvel.
1942. Gérard Pétiau. Pierre Deligne.
1943. Jean Ville. 1973. Jean-Michel Bony.
Marie-Antoinette Tonnelat. François Laudenbach.
1944. Hubert Delange. 1974. Haïm Brézis.
Jacques Dufresnoy. Michel Duflo.
1945. André Lichnerowicz. Jean Zinn-Justin.
1946. Laurent Schwartz. 1975. Jean-Marc Fontaine.
Jacqueline Ferrand. André Neveu.
1947. Gustave Choquet. Robert Roussarie.
1949. Roger Apéry. 1976. Alain Connes.
1950. Jacques Deny. Bernard Teissier.
64

1977. Luc Tartar. 1993. Marc Rosso.


Michel Waldschmidt. François Golse.
1978. Jean Lannes. 1994. Ricardo Perez-Marco.
Arnauld Beauville. Frédéric Helein.
1979. Bernard Gaveau. 1995. Éric Séré.
Grégory Choodnovsky. Loïc Merel.
1980. Gilles Robert. 1996. Laurent Lafforgue.
1981. Michel Talagrand. 1997. Christophe Breuil.
Gilles Pisier. Christine Lescop.
Christophe Soulé. 1998. Philippe Michel.
1982. Jean-Bernard Baillon. Wendelin Werner.
Jean-Luc Brylinski. 1999. Emmanuel Grenier.
1983. Jean-Loup Waldspurger. Raphaël Rouquier.
1984. Pierre-Louis Lions. 2000. Vincent Lafforgue.
Guy Henniart. Frédéric Leroux.
Laurent Clozel. 2001. Denis Auroux.
1985. Joseph Oesterlé. Thierry Bodineau.
1986. Jean-Pierre Demailly. 2002. Franck Barthe.
1987. Jean-Michel Coron. Cédric Villani.
Jean-Christophe Yoccoz. 2003. Laurent Fargues.
1988. Jean-Lin Journé. Laure Saint-Raymond.
Jean-Claude Sikorav. 2004. Artur Avila.
1989. Bernard Larrouturou. Stefaan Vaes.
Jean-François Legall. 2005. Laurent Berger.
1990. Jean-Benoît Bost. Emmanuel Breuillard.
Benoît Perthame. 2006. Erwan Rousseau.
1991. Olivier Mathieu. Jérémie Szeftel.
Claude Viterbo. 2007. Karine Beauchard.
1992. Claire Voisin. Gaëtan Chenevier.
Fabrice Bethuel. 2008. Joseph Ayoub.
Noam Elkies. Julien Dubédat.

Fondation Loubat
Par deux décrets en date du 16 avril 1902 et 28 juillet 1903, le Collège de France
a été autorisé à accepter la donation faite par le duc de Loubat, membre associé
de l’Institut de France, en vue de la fondation, dans l’établissement, d’un cours
complémentaire d’Antiquités américaines.
Ce cours a été confié à Léon Lejeal (1902-1907), puis au docteur Louis Capitan
(1908-1929). Depuis 1939, les revenus de cette fondation ont permis de demander
des conférences à des américanistes.
Voici la liste des conférenciers qui ont répondu à l’appel du Collège :
1939. Jacques Soustelle. 1945. Marcel Giraud.
1941. André Leroi-Gourhan. 1946. Henri Vallois.
1942. Raoul d’Harcourt 1943 1948. Guy Stresser-Péan.
Maurice Leenhardt. 1950. Claude Lévi-Strauss.
65

1952. Paul Rivet. 1977. Nathan Wachtel.


1953. Alfred Métraux. 1980. Christian Duverger.
1955. Jehan Vellard. 1995. Serge Gruzinski.
1965. Pierre Clastres. 1996. Philippe Descola.
1969. Frédéric Engel. 1997. Carmen Bernand.
1973. A. Laming-Emperaire. 1998. Jacques Galinier.
1974. Jean-Claude Quilici. 2002. Danielle Lavallée.
1975. Georges Larrouy. 2004. Jon Landaburu.

Fondation Michonis
Par décret du 10 mars 1903, M. G. Michonis a légué au Collège de France une
somme dont les revenus doivent servir à « faire faire, toutes les fois que ce sera
possible, par un savant ou un penseur étranger désigné par les professeurs ou
l’administrateur du Collège de France, et qui sera, autant que les circonstances le
permettront, au moins une fois sur trois un philosophe ou un historien de sciences
religieuses, une série de conférences ». L’exécution des volontés de M. Michonis
a commencé en 1905.
Voici la liste des conférenciers invités par le Collège :
1905. Édouard Naville. 1930. Georges D. Birkoff.
Franz Cumont. 1933. Magnus Olsen.
1906. Guglielmo Ferrero. 1934. Harl Jaberg.
1908. Charles Michel. Jacob Jud.
Xénopol. 1935. Stanislas Kot.
1910. Christophe Nyrop. 1936. Jacques Pirenne.
Édouard Montet. 1937. Albert Michotte.
1912. Lorentz. 1938. Giorgio Levi Della Vida.
Gomperz. 1940. Hrozny.
1914. Maxime Kowalewsky. 1942. Jean Piaget.
1915. Georges Doutrepont. 1943. Franz Cumont.
Delannoy. 1945. Alexandre Rosetti.
Albert Brachet. 1947. Georges Dossin.
1916. Charles de La Vallée-Poussin. Hans Selye.
1917. Joséphine Ioteyko. 1948. Charles Detolnay.
1918. Paul Frédéricq. 1951. Étienne Lamotte.
1919. Henri Pirenne-Anesaki. 1956. Gino Luzzatto.
1920. Michel Rostovtzeff. Walter E. Petrascheck.
Jorga. 1961. Théodor W. Adorno.
1922. Albert Einstein. 1965. V.I. Abaev.
1923. Raffaele Altamira. 1968. Théodor W. Adorno.
1924. Ettore Pais. 1973. Ludovico Geymonat.
1925. Holger Pedersen. 1984. Jean Rudhart.
1926. Nicolas Alexeieff. 1989. David Wiggins.
1927. Ernest Muret. 2002. Oleg Grabar.
1929. Wolfgang Koehler. 2007. Philippe Borgeaud.
66

Fondation Saintour
Par décret du 25 juillet 1889, l’administrateur du Collège de France a été autorisé
à accepter le legs fait au Collège de France par le Dr Saintour pour la fondation
d’un prix. Ce prix, périodiquement revalorisé, est décerné tous les deux ans par
l’Assemblée des professeurs, sur la présentation qui lui est faite, d’après un
roulement déterminé, par l’une des trois sections instituées à cet effet. Chaque
section regroupe les titulaires de chaire pour lesquels les différentes Académies
composant l’Institut ont concurremment avec le Collège le droit de présentation.
Les trois sections comprennent ensemble la totalité des professeurs.
Ce prix a été attribué depuis sa fondation (1893) à M. Matignon, M. Chassinoit,
M. Abel Lefranc, M. Philippe Glangeaud, M. Laurent, M. Chauvin,
M. Hallion, M. Lenestour, M. Lacôte, M. Ernest Charles, M. Léon Lecornu,
M. Homo, M. Jules Chauvin, M. Paul Langevin, M. Gaston Colin, M. Gaston
Cohen, M. Pierre Leroux, M. Georges Mayer, M. Alexandre Dufour, M. Alfred
Ernout, M. Louis Bodin, M. Paul Mazon, M. René Henry, M. Julien Barat,
Mlle Chevroton, Mlle Loyez, M. Delaruelle, M. Valois, M. Chabot,
M. Édouard Salles, M. Copaux, M. Claude Blanchel, M. Jules Bloch,
M. Boudréaux, M. Gaffiot, M. Virolleaud, M. Brillaut, M. Henri Clouzot,
M. Georges Lecarpentier, M. Achille Millien, M. Champy, M. Leroux, M. Lévy,
M. et Mme Marouseau, M. Lejeune, M. Terroine, M. Roux, Mme Boudréaux,
M. Ouveriaux, M. Foulet, Mlle Blanchard Demonge, M. Boulard, M. Bernard
Leroy, M. André Pézard, M. Randouin, Mlle Ioteyko, M. Prosper Alfaric,
M. Doutrepont, Mlle Maitret, M. Delapparent, M. Alfred Quinquaud,
M. Meyerson, M. Henri Heine, M. Taha Hussein, M. André Vaillant,
M. Marty, l’abbé Busson, M. Sartre, M. Fréjacques, M. Émile Benveniste,
M. Sommerfelt, M. Caridroit, M. Misconi, M. baudot, M. Albert Houstin,
Mlle Marie Cochet, M. Millon, Mlle Marchal, Mlle bezard, M. Contineau,
M. Umbegaun, M. P. Noailhon, M. Boris Ephrussi, M. Casteras, M. Salovine,
M. Samara, M. Martini, M. Paul Émard, Mlle Alice Hulubet, M. Robert
Courrier, M. Jean Filliozat, M. Pierre Pascal, M. Marc Cohn, M. Maurice
Leenhardt, M. Étienne Wolff, Mme d’Also, M. Chapire, M. Rolland,
M. Biquard, M. Jean Fourquet, M. André Chevalier, M. Albert Dauzat,
M. René Clozier, M. Jules Driessens, M. René Pintard, M. Klein, M. René
Vallois, M. Charles Morazé, M. A. Jost, M. Marcel Simon, M. Lemagnen,
M. Paul-Henri Michel, M. André Adam, Mme Skreb-Guilcher, Rév. Père
Estugière, M. Yves Lecorre, M. Adigard des Gautries, M. Pierre Rancastel,
M. Armand Hampé, M. Jacques Fontaine, M. Roger Guillemin, M. Louis-
Charles Damais, M. Jean Pouilloux, M. Guy Lasserre, M. Paul Kessler, M. Paul
Garelli, Mme Martha Spitzer, M. Henri Rolland, M. Paul Pelissier, M. André
Landesman, M. Jean Riché, M. W. Streiff, M. Valentin Nikiprowetzky,
M. Richard Gascon, M. Gilles Granger, M. Hans Glattli, Mlle Odette Taffanel,
M. Michel Gaudin, M. Hervé Savon, M. Victor Goldschmidt, M. Neil Sullivan,
M. Venceslas Kruta, M. M. Flato, M. R. Turcan, M. Daniel Estève, M. Jean-
67

Pierre Mahé, M. André Langaney, M. Jean-Marie Durand, Mme Marianne


Mahn-Lot, M. Loïc Merel, M. Willy Clarysse, M. Claude Ghesquière,
M. Pierre Milza, M. Piemontese, M. Christian Giaume.

Fondation Hugot du Collège de France


En 1977, l’Assemblée des Professeurs du Collège de France décidait à l’unanimité
de créer une fondation dite Fondation Hugot du Collège de France consacrée,
conformément aux intentions de ses bienfaiteurs, Hélène et Jean-Pierre Hugot, à
favoriser au mieux de ses moyens et en étroit accord avec le Collège de France,
« la rencontre de diverses disciplines qui œuvrent à la connaissance, à la formation
et à l’épanouissement de l’homme, le rapprochement, par delà toutes les frontières,
des meilleurs esprits animés de ce même souci ».
Pour ce faire, la Fondation s’efforce de développer toutes études, recherches et
activités ayant un double caractère à la fois humaniste et pluridisciplinaire.
Le Conseil d’État, par décret en date du 7 février 1979, faisait droit à la demande
de l’Assemblée reconnaissant comme établissement d’utilité publique autonome
ladite Fondation.
En 2001, le Conseil d’Administration de la Fondation a décidé de la création
d’un « Prix de la Fondation Hugot du Collège de France ». Ce prix consiste en
l’attribution d’un poste de Maître de conférences au Collège de France
(traditionnellement pour un an, éventuellement renouvelable une fois) ainsi qu’une
somme de 4 000 € versée par la Fondation Hugot. Il a été décidé que ce prix serait
attribué dans une discipline différente chaque année.
Le premier lauréat, pour l’année 2003-2004, est un mathématicien mexicain,
M. Ricardo Uribevargas. Le lauréat de l’année 2004-2005 est M. Han Hee-Jin,
philosophe coréen, celui de 2005-2006 est M. Wouter Henkelman, historien
néerlandais et celui de 2007-2008 est M. Jacques Boutet de Monvel, biophysicien
de la cochlée.

Station Marine de Concarneau


La Station de Biologie Marine de Concarneau a été fondée en 1859 par Victor
Coste titulaire de la chaire d’Embryogénie au Collège de France. L’établissement
ainsi créé, connu également sous le nom de Vivier-Laboratoire fut le premier d’une
longue série : Naples, Roscoff, Banyuls, Plymouth, Woods Hole.
C’est à Concarneau que furent réalisés les premiers élevages de poissons marins.
Les études de Laurent Chabry dans les années 1880 ont apporté les bases techniques
et conceptuelles de l’embryologie expérimentale.
Plus près de nous, les travaux de Jean Roche et de ses collaborateurs ont jeté les
bases d’une biochimie comparée s’appuyant sur la grande diversité structurale et
fonctionnelle des organismes marins.
68

Ainsi, la Station de Biologie Marine de Concarneau a offert sur près de 140 ans,
l’exemple d’une recherche parfois marginale au regard des activités pratiquées dans
les autres laboratoires marins : endocrinologie comparée, écobiochimie, biologie
des espèces des grands fonds sous leurs aspects fondamentaux mais aussi pratiques :
biotechnologies, enzymes, biomatériaux, gestion de l’espace marin.
Depuis 1996, la station est devenue Station de Biologie Marine du Muséum
National d’Histoire Naturelle et du Collège de France, la gestion scientifique et
administrative étant assurée dans le cadre du Muséum National d’Histoire
Naturelle.
Un programme de réhabilitation des viviers, partie historique du laboratoire,
d’extension du Marinarium, exposition ouverte au public et de modernisation des
locaux scientifiques et de l’accueil des chercheurs et stagiaires a été élaboré. Ce
projet bénéficie du concours du Collège de France, du Muséum, de fonds euro-
péens et de l’aide des collectivités locales.

Fondation du Collège de France


Le décret de création de la Fondation du Collège de France, reconnue d’utilité
publique, a été publié au Journal officiel du 7 avril 2008. Cette Fondation a pour
but, dans l’esprit du Collège de France et de son ouverture, le soutien, le
développement et la valorisation des activités d’enseignement, de recherche, de
formation, de diffusion des connaissances, en France et à l’étranger.
Les fonds privés mobilisés permettront de répondre aux besoins de financement
de projets de recherche de l’Institution, d’accroître les ressources nécessaires à
l’animation de la vie scientifique des chaires, de moderniser des laboratoires,
d’acquérir des équipements techniques de dernière génération, d’amplifier la
formation des jeunes chercheurs, de favoriser l’accès aux connaissances et aux
dernières recherches menées par les chaires et par les équipes accueillies. Ils serviront
l’exigence d’une recherche de haut niveau tournée vers la société.
La Fondation est administrée par un Conseil constitué de 12 membres (le collège
des membres fondateurs constitué de professeurs de l’Institution, le collège des
personnalités qualifiées qui fait appel à des personnalités de la société civile et
académique et le collège des donateurs). La composition du Conseil illustre la
volonté de dialogue et d’échange de la Fondation avec la société civile et les acteurs
du monde économique. Le Conseil d’administration est assisté d’un Comité
d’orientation scientifique composé de 6 à 8 membres issus du corps professoral du
Collège de France.
CHRONIQUE
DE L’ANNÉE ACADÉMIQUE 2007-2008

2007
20 juillet .............. Décret du Président de la République (publié au Journal
officiel du 22 juillet 2007) nommant M. Manfred Kropp
professeur associé à temps plein au Collège de France sur la
Chaire européenne 2007-2008.
23 juillet .............. Décret du Président de la République (publié au Journal
officiel du 25 juillet 2007) nommant Mme Ariane Mnouchkine
professeure associée à temps plein au Collège de France sur la
chaire de Création artistique 2007-2008.
30 juillet .............. Décret du Président de la République (publié au Journal
officiel du 1er août 2007) nommant M. Pierre Magistretti
professeur associé à temps plein au Collège de France, sur la
Chaire internationale 2007-2008, et M. Gérard Berry
professeur associé à temps plein au Collège de France sur la
chaire d’Innovation technologique-Liliane Bettencourt 2007-
2008
4 août .................. Publication au Journal officiel de l’avis de création des chaires
de Chimie des processus biologiques et d’Histoire intellectuelle
de la Chine.
13 septembre........ Par arrêté ministériel, MM. Michael Edwards et Michel
Tardieu sont admis à faire valoir leurs droits à la retraite à
compter du 1er septembre 2008.
19 novembre ........ Décret du Président de la République (publié au Journal
officiel du 21 novembre 2007) nommant M. Michel Brunet
professeur au Collège de France sur la chaire de Paléontologie
humaine, et M. Thomas Römer professeur au Collège de
France sur la chaire de Milieux bibliques.
23 novembre ........ Décret du Président de la République (publié au Journal
officiel du 28 novembre 2007) nommant M. Philippe
Sansonetti professeur au Collège de France sur la chaire de
Microbiologie et maladies infectieuses.
25 novembre ........ Délibération de l’Assemblée des Professeurs demandant la
création d’une chaire de Physique de la matière condensée (en
remplacement de la chaire de Civilisations de l’Europe au
Néolithique et à l’âge de bronze).
70 CHRONIQUE DE L’ANNÉE ACADÉMIQUE 20072008

2008
19 février.............. Publication au Journal officiel de l’avis de création de la chaire
de Physique de la matière condensée.
7 avril................... Publication au Journal officiel du décret de création de la
Fondation du Collège de France, reconnue d’utilité publique.
2 mai ................... Décret du Président de la République (publié au Journal
officiel du 4 mai 2008) nommant Mme Anne Cheng
professeure au Collège de France sur la chaire d’Histoire
intellectuelle de la Chine et M. Marc Fontecave professeur
au Collège de France sur la chaire de Chimie des processus
biologiques.
19 mai ................. Décret du Président de la République (publié au Journal
officiel du 21 mai 2008) nommant Mme Esther Duflo
professeure associée à temps plein au Collège de France sur la
chaire internationale – Savoirs contre pauvreté 2008-2009.
11 juin ................. Par arrêté ministériel, Mme Anne Fagot-Largeault est admise
à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er septembre
2009.
5 juillet ................ Décret du Président de la République (publié au Journal
officiel du 9 juillet 2008) nommant M. Henri Léridon
professeur associé à temps plein au Collège de France sur la
chaire européenne – développement durable 2008-2009 et
M. Mathias Fink professeur associé à temps plein au Collège
de France sur la chaire d’innovation technologique – Liliane
Bettencourt 2008-2009.
27 août ................ Décret du Président de la République (publié au Journal
officiel du 29 août 2008) nommant M. Pierre-Laurent Aimard
professeur associé à temps plein au Collège de France sur la
chaire de Création artistique 2008-2009.
NÉCROLOGIE

François MOREL
(1923-2007)

Le 9 mai 2007, François Morel nous quittait à l’âge de 84 ans, après toute une
vie consacrée à la recherche sur la physiologie rénale qu’il a réalisée en grande partie
au Collège de France où il a été titulaire de la chaire de Physiologie cellulaire de
1967 à 1993. François Morel était né à Genève en 1923. Son père était titulaire
de la chaire de Psychiatrie dans cette ville, ce qui l’a sans doute incité à entreprendre
des études de médecine. En fait, il n’a jamais exercé la médecine car, très vite, il a
été attiré par la démarche expérimentale. En 1944, quatre ans avant de passer son
diplôme de Médecine, il est licencié ès sciences et, par le fait de rencontres fortuites,
il découvre le laboratoire de Robert Courrier, titulaire de la chaire d’Endocrinologie
et de morphologie expérimentale (1938-1966) au Collège de France, à qui il
succédera en 1967.

À cette époque, François Morel conclut sa leçon inaugurale au Collège par la


mention d’un compagnon de longue date, le rein, en citant une réflexion du
poète danois Isak Dienesen qui met dans la bouche d’un marin arabe naviguant
au large des côtes africaines sous un ciel étoilé : « Qu’est-ce en définitive que
l’homme quand on y réfléchit un peu, sinon un dispositif extraordinairement précis
et ingénieux, pour transformer, avec un art consommé, le vin rouge de Chiraz en
urine ? » Tout François Morel est là, dans cette ironie distante vis-à-vis de son
travail qui, effectivement, s’est concentré sur la compréhension des mécanismes
cellulaires aboutissant à la réabsorption de l’eau et des électrolytes par le rein. Il
ne s’est jamais départi de cette ligne de recherche, de 1947 jusqu’à la fin de son
parcours au Collège en 1993.

Comme beaucoup de physiologistes rénaux dans les années cinquante, François


Morel aurait pu exploiter la technique des clairances rénales pour étudier la
fonction du rein. Cette approche permet d’aborder in vivo, de façon globale et
quantitative, la capacité du rein à réabsorber l’eau, les électrolytes ou d’autres
substances mais elle ne donne aucune indication sur les mécanismes de transport,
72 NÉCROLOGIE

de sécrétion et de réabsorption qui sont impliqués. Afin de comprendre en finesse


les mécanismes mis en jeu dans les différents secteurs du rein, François Morel
étudie in vitro les différentes entités qui composent le tube néphronique en
analysant les caractéristiques propres des différents segments du néphron.
Méthodologiste précis et rigoureux, il met au point plusieurs micro-techniques
ingénieuses et novatrices. Il utilise la toute naissante technique de microperfusion
des tubules rénaux. Il sépare les différents segments du néphron par microdissection
et développe les microméthodes biochimiques nécessaires à ses travaux. Sa phrase
favorite, que ses nombreux élèves français et étrangers ont gardée en mémoire, était
« Voyez, c’est tout simple et ça marche ». Il suit le transport des ions et de l’eau à
travers les membranes cellulaires en utilisant les isotopes radioactifs dont c’était
l’une des premières applications en biologie. Il analyse ensuite mathématiquement
les résultats de ses expériences, les modélise et en tire les conclusions.
Ses premières recherches ont été favorisées par sa rencontre avec Frédéric Joliot-
Curie au Collège de France, qui lui a permis d’utiliser des produits radioactifs
provenant du tout jeune CEA. François Morel est engagé comme médecin
biologiste au CEA en 1948 et deviendra chef du laboratoire de Physiologie physico-
chimique du département de Biologie du CEA de Saclay. Il installera par la suite
son laboratoire au Collège de France, à partir de 1967.
Dans les années 70, François Morel s’intéresse à l’action des hormones sur les
différentes régions du néphron. Il caractérise les récepteurs membranaires de la
parathormone, de la vasopressine, du glucagon, de la calcitonine, des α-adrénergiques.
Il met au point une microméthode extrêmement sensible de dosage l’adénylate
cyclase qui lui permet de déterminer les cellules cibles des hormones. Il montre la
complexité et l’hétérogénéité des différents segments du néphron, la fonction de
divers types cellulaires dans un même segment tubulaire en termes de métabolisme
intermédiaire et de réponse hormonale. Afin de résoudre certaines questions de
physiologie, il fait appel à la physiologie comparée : pour étudier les mécanismes
aboutissant à l’élaboration d’une urine concentrée, il analyse les propriétés
particulières du rein de la gerboise, un rongeur du désert qui n’excrète que quelques
microlitres d’urine par mois. L’épithélium de batracien, qui possède des analogies
avec le tube urinifère de mammifère, lui sert à analyser le transport vectoriel du
sodium. Ce fut une période pionnière de la physiologie et de l’endocrinologie rénales
qui, comme il le souligne lui-même, lui a permis pendant plusieurs années d’avoir le
rare privilège d’accumuler des résultats originaux en l’absence de compétiteurs.
En s’appuyant sur la physiologie rénale, il a parfaitement démontré que l’on
pouvait disséquer un organe complexe en ses différentes fonctions cellulaires et
étudier en retour comment le travail des cellules spécialisées assure une grande
fonction intégrée de l’organisme.
François Morel possédait les qualités qu’une telle recherche exigeait : extrême
minutie, rigueur de l’analyse, ténacité et modestie. Il ne se donnait pas un rôle
dans sa recherche mais valorisait son équipe et était attentif à ceux qui l’entouraient.
NÉCROLOGIE 73

Il se décrivait comme un manuel, comme un artisan qui, à l’inverse de l’artiste, ne


signe pas ses œuvres. Il a vécu de près un débat scientifique entre deux théories
qui s’opposaient sur les mécanismes de concentration des urines. Celle de Khun et
Wirtz, qui supposait un mécanisme de concentration à contre-courant des urines,
avait la faveur de François Morel. Elle s’est avérée exacte, mais François Morel
disait modestement qu’il avait eu la chance d’être du bon côté de la balance. Lui-
même ne s’est jamais attribué une grande théorie bien qu’il ait été souvent
l’initiateur de nouveaux concepts.
François Morel n’avait rien d’un mondain, ni d’un homme de pouvoir. C’était un
homme de devoir. Il a estimé qu’il ne pouvait rester en marge des questions qui se
posaient alors et déjà ! sur l’orientation et le développement de la recherche en
France. Il s’est impliqué dans plusieurs actions concertées de la Direction générale de
la Recherche scientifique et technique (DGRST), notamment comme Président
d’une action « Membranes biologiques » dans les années 60 où il a joué un rôle
important. Son action a été aussi déterminante comme membre du Conseil supérieur
des universités dans la réforme des Diplômes d’études épprofondies en 1985.
Chez François Morel, il y avait le goût du bel ouvrage et l’émerveillement devant
la nature. Sa collection de papillons, qu’il a constituée en partie avec Christian de
Rouffignac, un des chercheurs de son laboratoire au CEA, est exceptionnelle. Il l’a
constituée par 18 voyages qu’il avait intitulés « Calendrier de mes chasses aux
papillons exotiques ». A la fois esthète et scientifique, il admirait la beauté des
papillons et cherchait à en comprendre le mimétisme.
Nous gardons de lui un souvenir vivace. Lors de ma leçon inaugurale au Collège,
je rappelais les cours de François Morel sur le mode d’action des hormones que
nombre d’entre nous, scientifiques ou médecins, suivaient assidûment. Scientifique
modeste, affable, prêt à rendre service et de haute tenue morale, il a marqué toute
une génération de chercheurs et de néphrologues qu’il a formée à une méthodologie
rigoureuse et innovante au service d’idées et de concepts originaux. La communauté
scientifique nationale et internationale perd l’un des pionniers de la physiologie et
de l’endocrinologie rénales, et le Collège de France un ami.
Pierre Corvol, le 29 juin 2008
RÉSUMÉ DES COURS
ET TRAVAUX
DE L’ANNÉE ACADÉMIQUE 2007-2008

I. SCIENCES MATHÉMATIQUES,
PHYSIQUES ET NATURELLES
Analyse et géométrie

M. Alain Connes, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

Caractérisation spectrale des variétés

1. Introduction

J’ai donné cette année dans mon cours la solution d’un problème que j’avais
formulé il y a quelques années et qui donne une caractérisation spectrale des
variétés Riemanniennes.

2. Les axiomes et la caractérisation

Les cinq conditions, en dimension p, sont


(1) La valeur caractéristique μn de la résolvante de D vérifie μn = O(n–1/p).
(2) [[D, a], b] = 0 ∀a, b ∈ A.
(3) Pour tout a ∈ A, a et [D, a] appartiennent au domaine de δm, pour tout
entier m où δ est la dérivation : δ(T ) = [|D|, T ].
(4) Il existe un cycle de Hochschild c ∈ Zp (A, A) tel que πD (c) = 1 pour p
impair, alors que pour p pair, πD (c) = γ est une ⺪/2 graduation.
(5) Le A-module H∞ = ∩ Dom Dm est projectif de type fini. De plus l’égalité

suivante le dote d’une structure hermitienne ( | ) : ξ, aη = – a (ξ|η) |D|–p, ∀a ∈ A,
∀ξ, η ∈ H∞.
L’application πD est définie par
(2.1) πD (a0 ⊗ a1 ⊗ … ⊗ a p) = a0[D, a1] … [D, a p], ∀a j ∈ A.


Le symbole – représente la trace de Dixmier.
78 ALAIN CONNES

Théorème 2.1. Soit (A, H, D) un triplet spectral, avec A commutative, vérifiant


les cinq conditions ci-dessus, on suppose que :
— la régularité (3) est vérifiée par tous les endomorphismes de H∞ ;
— le cycle de Hochschild c est antisymétrique.
Il existe alors une variété compacte orientée X telle que A soit l’algèbre C ∞(X ) des
fonctions de classe C ∞ sur X.
De plus toute variété compacte orientée apparaît de cette manière. On a aussi la
variante suivante qui ne suppose plus la régularité forte, définie ainsi :

Définition 2.2. Un triplet spectral est fortement régulier si tous les endomorphismes
du A-module H∞ appartiennent au domaine de δm, pour tout entier m.

Théorème 2.3. Soit (A, H, D) un triplet spectral, avec A commutative, vérifiant


les cinq conditions ci-dessus, avec c antisymétrique. On suppose que la multiplicité de
l’action de A ′′ dans H est 2 p/2. Il existe alors une variété compacte X (spinc ) telle que
A = C ∞(X ).
Cette hypothèse de multiplicité est une forme faible de la dualité de Poincaré
qui était la condition (6) de ma formulation du problème. J’avais montré dans un
cours antérieur que l’opérateur D est alors un opérateur de Dirac. La condition de
réalité sélectionne ensuite les variétés spinorielles et l’action spectrale sélectionne la
connection de Levi-Civita.
Il y a trois étapes dans la démonstration :
a) Montrer que le spectre X de l’algèbre A est suffisamment grand i.e. que
l’image d’une « carte locale » aα contient un ouvert de ⺢p.
b) Montrer que la mesure spectrale des a αj ( j > 0) sur une « carte locale » est la
mesure de Lebesgue.
c) Appliquer l’estimation de l’obstruction de Voiculescu sur les unités quasi-
centrales et en déduire que les « cartes locales » sont localement injectives.

3. Topologie de A

Le lemme suivant montre que le triplet spectral (A, H, D) est uniquement


déterminé par ( A ′′ , H, D) où A ′′ est l’algèbre de von Neumann commutative
fermeture faible de A.

Lemme 3.1. Soit T ∈ A ′′ . Les conditions suivantes sont équivalentes :


(1) T ∈ A
(2) [D, T ] est borné et T et [D, T ] sont dans le domaine de δm, pour tout entier m
(3) T est dans le domaine de δm, pour tout entier m
(4) TH∞ ⊂ H∞
ANALYSE ET GÉOMÉTRIE 79

On utilise l’égalité :
m  
m m−k
D Tξ = ∑ ξ, ∀ξ ∈ Dom|D|m
m
(3.1) δ k (T ) D
k =0
k
On montre alors que A est une algèbre de Fréchet avec les semi-normes sous-
multiplicatives
(3.2) p k ( xy ) ≤ p k ( x ) p k ( y ), ∀x, y ∈ A
associées à la condition de régularité,
x
δ(x ) " δ k (x ) / k !

0 x " "
(3.3) pk(x) =
ρk(x)
, ρk(x)=
" " x δ(x )
0 " 0 x
où ρk est une représentation de A.
Le Lemme 3.1 donne des estimés de Sobolev. Soient ημ des générateurs du
A-module H∞, on définit les normes de Sobolev sur A par

& a &ssobolev = ( ∑& (1 + D 2 ) s / 2 aη μ & )1/ 2 ,


2
(3.4) ∀a ∈ A
μ

On a

Proposition 3.2.
(1) Munie des normes (3.4), A est un espace de Fréchet nucléaire séparable.
(2) On a des estimés de Sobolev de la forme
(3.5) p k ( a ) ≤ c k & a &ssobolev , p k ([ D, a ]) ≤ c ′k & a &ssobolev
′ , ∀a ∈ A
k k

avec c k < ∞, c ′k < ∞ et des suites s k > 0, s ′k > 0.


(3) Le spectre X = Spec(A) est métrisable.
(4) Tout T ∈ EndA H∞ agit continûment dans H∞ et définit un opérateur borné
dans H.
(5) L’isomorphisme algébrique H∞ = eAn est topologique.
(6) L’application (a, ξ)  aξ et le produit à valeurs dans A sont des applications
continues A × H∞ → H∞ et H∞ × H∞ → A.
On a de plus la stabilité par calcul fonctionnel démontrée par Varilly et
Rennie :

Proposition 3.3. Soient a j = a *j , n éléments auto-adjoints de A et f : ⺢n  ⺓


une fonction de classe C ∞ définie sur un voisinage du spectre des aj. Alors
f (a1,…, an) ∈ A appartient à A ⊂ A.
80 ALAIN CONNES

4. Fonctions implicites et cartes locales

Soit (A, H, D) un triplet spectral vérifiant les cinq conditions du §2.


Lemme 4.1. Soit B l’algèbre des endomorphismes of H∞. On a une décomposition
finie de la forme
(4.1) [ D, a ] = ∑ δ j ( a ) γ j , ∀a ∈ A,
où γj ∈ B et les δj sont des dérivations
(4.2) δ j ( a ) = i(ξ j [ D, a ]ξ j ), ∀a ∈ A,
pour ξj ∈ H∞.
Par hypothèse le cycle c est de la forme :
(4.3) c = ∑ a α0 ω α , ω α = ∑ ε(β )1 ⊗ a αβ (1) ⊗ " ⊗ a αβ ( p )
α β
où l’on peut supposer que les a αμ
sont auto-adjoints pour μ > 0. Le module
projectif de type fini H∞ sur A est de la forme H∞ = eAn, où e ∈ Mn(A) est un
idempotent auto-adjoint. La trace τ = Tr(e ) = ∑ e jj ∈ A détermine uniquement
les projecteurs pj ∈ A associés à la dimension j de la fibre, par l’égalité
(4.4) τ = Tr(e ) = ∑ j pj ∑ pj = 1.
On note que p0 = 0. On définit une espérance conditionnelle EA :
EndA(H∞) → A, par
1
(4.5) EA (T ) = ∑ pj ∑Tkk , ∀T = (Tkl ) ∈ eMn(A)e
j >0 j

On définit alors ρα ∈ A par


p ( p +1)
(4.6) ρα = i 2 E A (γ ∑ ε (β )[ D, a αβ (1) ]"[ D, a αβ ( p ) ]).
β
On pose
(4.7) Cα = {x ∈ X | ρα(x) = 0}
et on désigne par Uα = C αc son complément i.e. l’ouvert où ρα ne s’annule pas.

Lemme 4.2. Les Uα forment un recouvrement ouvert de X = Spec(A).


On utilise alors le lemme suivant :

Lemme 4.3. Soit A commutative, et a = (a j ), p éléments auto-adjoints de A. Soit


χ un caractère de A, et δj ∈ DerA des dérivations telles que
— chaque δj s’exponentie ;
— le déterminant de la matrice χ(δj(ak)) n’est pas nul.
ANALYSE ET GÉOMÉTRIE 81

Alors l’image par a de tout voisinage de χ dans Spec(A) contient un voisinage de


a(χ) dans ⺢p. Il existe de plus une famille de classe C ∞, σt ∈ Aut(A), t ∈ ⺢p, un
voisinage Z de χ dans X = Spec(A) et W de 0 ∈ ⺢p tels que, pour tout κ ∈ Z,
l’application t  a(κ ◦ σt) soit un diffeomorphisme, dépendant continûment de κ, de
W avec un voisinage de a(κ) dans ⺢p.

5. Dérivations dissipatives

Commençons par la propriété de dissipativité des dérivations. On a en effet :


Lemme 5.1. Supposons que les dérivations de la forme (4.2) s’exponentient. Alors,
pour tout h = h∗ ∈ A, le commutateur [D, h] est nul là où h atteint son maximum.
Réciproquement, cette propriété entraîne que les dérivations ± δj de la forme (4.2) sont
dissipatives i.e.
(5.1.)
x + λδj(x)

x
, ∀x ∈ A, λ ∈ ⺢.
On notera que la commutativité de [D, h] avec h et l’auto-adjonction de D ne
suffisent pas à entraîner la conclusion du Lemme 5.1. En effet considérons le
triplet spectral
 
(5.2.) A = C∞([0, 1]), H = L2([0, 1]) ⊗ ⺓2, D = 0 ∂x
avec la condition au bord −∂x 0
 
(5.3.) Dom D = {ξ = ξ 1 |ξ1(0) = 0, ξ2(1) = 0}
ξ2
Pour tout h ∈ A on a [D, h] = ∂x h γ1,
 
0 1
γ1=
−1 0
Ainsi [D, h] commute avec h. Mais pour h(x) = x le maximum est en x = 1 et
[D, h] ne s’annule pas en ce point.
Un point crucial est la détermination du symbole principal de |D| sous la
forme,

Proposition 5.2. Soit h = h∗ ∈ A, alors on a pour la convergence en norme dans


H:
(5.4) lim τ −1 e iτ h | D | e − iτ hξ = |[ D, h] | ξ , ∀ξ ∈ Dom D.
τ →∞

Remarque 5.3. La Proposition 5.2 montre que, sous l’hypothèse de régularité,


(5.5) [|[D, h]|, [D, a]] = 0, ∀h = h∗, a ∈ A.
Si l’on fait l’hypothèse de régularité forte de la Définition 2.2 on obtient
(5.6) [D, h]2 ∈ A, ∀h = h∗ ∈ A.
82 ALAIN CONNES

On montre de plus que la régularité suffit à assurer la propriété de dissipativité


du Lemme 5.1.

Théorème 5.4. Soit (A, H, D) un triplet spectral régulier, vérifiant la condition


d’ordre un. Alors pour tout h = h∗ ∈ A, le commutateur [D, h] s’annule là où h atteint
son maximum, i.e. pour toute suite bn ∈ A,
bn
≤ 1, de support tendant vers {χ},
|χ(h)| maximum, on a

[D, h]bn
→ 0.

Corollaire 5.5. Soit (A, H, D) un triplet spectral avec A commutative vérifiant


les cinq conditions du §2. Les dérivations ±δj du Lemme 4.1 sont dissipatives.
Cela résulte du Théorème 5.4 et du Lemme 5.1.

Corollaire 5.6. Soit h = h∗ ∈ A. Le symbole principal de l’opérateur


(5.7) Grad(h) = [D2, h]
est nul là où h atteint son maximum.

. Dérivations auto-adjointes

Nous dirons qu’un opérateur borné A est régulier si il appartient au domaine de


δm pour tout m.

Proposition 6.1. Soit A un opérateur régulier. Alors l’opérateur H = A∗DA de


domaine Dom D est essentiellement auto-adjoint. Le domaine de la fermeture de H
est l’ensemble des ξ ∈ H pour lesquels A∗DA(1 + ε|D|)–1ξ converge en norme pour
ε → 0. La limite des A∗DA(1 + ε|D|)–1ξ donne Hξ .

On applique ce résultat aux endomorphismes du A-module H∞ qui sont de


rang un, pour obtenir un opérateur de A dans A.

Lemme 6.2. Soit ξ, η ∈ H∞, la formule suivante définit un endomorphisme du


A-module H∞ :
(6.1) Tξ,η(ζ) = (η|ζ)ξ, ∀ζ ∈ H∞
où (η|ζ) est le produit à valeurs dans A. On a
(6.2) Taξ, bη = ab∗Tξ,η, ∀a, b ∈ A, Tξ∗,η = Tη,ξ
Le résultat principal est le suivant :

Théorème 6.3. Soit (A, H, D) un triplet spectral fortement régulier, avec A


commutative, vérifiant les cinq conditions du §2. Alors toute dérivation de A de la
ANALYSE ET GÉOMÉTRIE 83

forme (4.2) i.e. δ0(a) = i(ξ|[D, a]ξ), ∀a ∈ A, est le générateur d’un groupe à un
paramètre d’automorphismes σt ∈ Aut(A) tels que
— ∂t σt(a) = δ0(σt(a).
— L’application (t, a) ∈ ⺢ × A  σt(a) ∈ A est continue.
On peut alors montrer directement la continuité absolue des mesures σ t∗ (λ) par
rapport à λ. Nous dirons qu’une mesure μ est fortement équivalente à υ si et
seulement si il existe c > 0 tel que cυ ≤ μ ≤ c–1υ.

Proposition 6.4. Soit (A, H, D), δ0 et σt comme dans le Théorème 6.3. Alors
pour tout t ∈ ⺢ la mesureλ de
(6.3) ad λ = – a|D|–p, ∀a ∈ C(X ).
est fortement équivalente à ses transformées par σt .

. Multiplicité spectrale

La mesure (6.3) est localement équivalente à la mesure spectrale de la


représentation de A = C(X ) dans H. On a en effet :

Lemme 7.1. Pour tout ouvert V ⊂ X les mesures suivantes sont fortement
équivalentes :
— la restriction λ|V à V de la mesure λ de (6.3) ;
— la restriction à V de la mesure spectrale associée à un vecteur ξ ∈ H∞ pour lequel
(ξ, ξ) est strictement positif sur V .
On a de plus

Théorème 7.2. Soit V ⊂ Uα un ouvert et aαj |V la restriction des aαj ∈A au sous-


espace 1V H ⊂ H. Alors
— la mesure spectrale jointe des aαj |V est la mesure de Lebesgue sur sα(V ) ;
— la multiplicité spectrale mac(y) vérifie
(7.1) mac ( y) ≥ n ( y) = #{ sα−1( y) 傽 V } , ∀y ∈ sα(V ),
presque partout pour la mesure de Lebesgue.

. Forme locale des estimés L (p, 1)

L’obstruction de Voiculescu relative à un idéal J d’opérateurs compacts est donnée par


(8.1) k J ({a j }) = lim inf max &[ A, a j ]&J
A∈R1+ , A↑1
où R +1 est l’ensemble partiellement ordonné des opérateurs positifs de rang fini,
de norme ≤ 1, dans H.
84 ALAIN CONNES

Théorème 8.1. Il existe une constante finie κp telle que pour tous aj ∈ A et tout
compact K ⊂ X on ait, avec J = L (p, 1), l’inégalité

(8.2) κJ ({aj 1K }) ≤ κp max


δ(aj)
∞(λ(K))1/p

où :

λ(K ) = inf –b|D|–p.
b∈A + , b1 K =1 K

Corollaire 8.2. Il existe C < ∞ tel que la multiplicité spectrale mac


V ( x) du spectre

absolument continu de la restriction aαj |V des aαj , à 1VH vérifie :

(8.3) V ( x) ≤ C ,
mac ∀x ∈ W = sα(V )

Corollaire 8.3. Il existe m < ∞ tel que

(8.4) #( sα−1( x) 傽V ) ≤ m, ∀x ∈ W = sα(V )

. Théorème de Reconstruction

On utilise le Corollaire 8.3 ainsi que l’existence de suffisamment d’automorphismes


de A pour démontrer le lemme clef suivant :

Lemme 9.1. Pour tout point χ ∈ X il existe p éléments auto-adjoints x μ ∈ A et


une famille, de classe C ∞, τt ∈ Aut(A), t ∈ ⺢p, τ0 = id, tels que

— les x μ définissent un homéomorphisme d’un voisinage de χ avec un ouvert de


⺢p ;

— l’application t  h(t) = χ ◦ τt est un homéomorphisme d’un voisinage de 0 dans


⺢p avec un voisinage de χ ;

— l’application x ◦ h est un difféomorphisme local.

Il en résulte alors

Lemme 9.2. L’algèbre A est localement l’algèbre des restrictions de fonctions C ∞


sur ⺢p à un ouvert borné de ⺢p.

En utilisant ce lemme, l’on montre que l’on peut doter le spectre X de A d’une
unique structure de variété compacte lisse telle que A = C ∞(X ).
ANALYSE ET GÉOMÉTRIE 85

Conférences

Septembre 2007, 1 conférence à Oberwolfach.


Octobre 2007, 1 conférence à NYU, New York.
Octobre 2007, 1 conférence à Rutgers.
Octobre 2007, 1 conférence à ICTP, Trieste.
Mai 2008, 5 conférences à Vanderbilt (Fifth Spring Institute in Non-commutative
Geometry and Operator Algebras).
Mai 2008, 1 conférence à l’IHÉS (50e anniversaire).
Mai 2008, 3 conférences à Toronto (Fields Lectures).

Publications

A. Connes, M. Marcolli, Noncommutative Geometry, Quantum Fields, and Motives,


Colloquium Publications, Vol. 55, American Mathematical Society, 2008.
A. Connes, C. Consani, M. Marcolli, Fun with ⺖1. A paraître dans JNT.
Équations différentielles et systèmes dynamiques

M. Jean-Christophe Yoccoz, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

Cours : cocycles uniformément hyperboliques


1. Le cours a présenté des résultats obtenus en collaboration avec A. Avila et
J. Bochi.
Soient X un espace topologique, f un homéomorphisme de X, et p : E → X un
fibré vectoriel de base X. Un cocycle linéaire au-dessus de f est un isomorphisme
F de E vérifiant f ⴰ p = p ⴰ F . Un tel cocycle est uniformément hyperbolique s’il
existe 0 < λ < 1, c > 0 et une décomposition F-invariante
E = E s ⊕ E u vérifiant
F n (v s ) ≤ c λ n v s pour n ≥ 0, vs ∈ E s ,
F −n (v u ) ≤ c λ n v u pour n ≥ 0, vu ∈ E u .
On va considérer la situation spécifique suivante : X est un sous-décalage de type
fini ∑ sur un alphabet fini A, f est le décalage σ : ∑→∑, E est le produit ∑ × R2,
et F est déterminé par une application A : ∑ → SL(2, R ) qui ne dépend que de la
lettre en position zéro dans un élément de ∑. Le cocycle F est donc déterminé par
une famille ( Aα )α ∈A ∈(S L(2, R )) A via la formule
F n ( x , v ) = (σ n ( x ), A n ( x )v ),
avec A n ( x ) = A x n−1 … A x 0 si n ≥ 0,
= A x−n1 … A x−−11 si n < 0.
Le sous-décalage ∑ étant fixé, l’espace des paramètres est donc (S L(2, R )) A . Les
cocycles uniformément hyperboliques correspondent à une partie ouverte H qu’on
se propose d’étudier.
2. Un critère classique d’uniforme hyperbolicité est basé sur l’existence d’un
champ de cônes vérifiant certaines propriétés. Dans la situation considérée, nous
88 JEANCHRISTOPHE YOCCOZ

avons découvert un critère alternatif, d’emploi plus simple, basé sur la notion de
multicône. Nous appelons multicône une partie ouverte de P1 = P1(R), non vide
et distincte de P1, qui a un nombre fini de composantes connexes. Le critère est
plus simple à énoncer lorsque ∑ est un décalage complet. Dans ce cas, le cocycle
associé à ( Aα )α ∈A est uniformément hyperbolique si et seulement s’il existe un
multicône M tel que Aα M est contenu dans M pour tout α ∈A .
Dans le cas général d’un décalage de type fini, la condition est qu’il existe des
multicônes M α ,α ∈A tels que Aβ Mα ⊂ Mβ pour chaque transition admissible
α → β.
Pour voir que ces conditions impliquent l’uniforme hyperbolicité, on fait appel
à un autre critère d’uniforme hyperbolicité (valable pour les cocycles à valeurs dans
SL (2, R) sur une base compacte) : il faut et il suffit que la norme des produits
An(x) croisse de façon uniformément exponentielle. Cette croissance est obtenue
en munissant les multicônes de leur métrique de Hilbert.
Supposons inversementque le cocycle défini par ( Aα )α ∈A soit uniformément
hyperbolique. Pour x ∈ , notons e s (x), e u (x) les directions stables et instables
(considérées comme des points de P1).
Lorsque ∑ est un décalage complet, posons K s = e s (∑), K u = e u (∑). Appelons
noyau instable (resp. stable) la partie U (resp. S) de P1 dont le complémentaire
est l’union des composantes connexes de P1 – Ku qui rencontrent K s (resp. des
composantes connexes de P1 – K s qui rencontrent K u). Alors S et U sont des
parties compactes non vides et disjointes de P1 qui n’ont qu’un nombre fini de
composantes connexes. De plus, les composantes connexes de U et S sont alternées
pour l’ordre cyclique de P1 et on a Aα U ⊂ U , Aα−1 S ⊂ S pour tout α ∈A. Le
multicône M est alors un épaississement approprié de U (ne rencontrant pas S).
Lorsque ∑ est un décalage de type fini général, on doit définir, pour chaque
α ∈A 
K αs = e s ({ x ∈ , x 0 = α }),

K αu = e u ({ x ∈ , x −1 = α }).
Le noyau instable (resp. stable) U α (resp. Sα ) est alors le complémentaire de
l’union des composantes connexes de P 1 − K αu qui rencontrent Aα K αs (resp. des
composantes connexes de P 1 − K αs qui rencontrent Aα−1K αu ). Les parties U α , Sα
sont compactes non vides et n’ont qu’un nombre fini de composantes connexes. Les
parties U α et Aα Sα sont disjointes et leurs composantes connexes sont alternées.
On a Aβ U α ⊂ U β , Aα−1Sβ ⊂ Sα pour chaque transition admissible α → β . Le
multicône Mα est un épaississement approprié de U α .
On notera que les cônes stables et instables dépendent continûment des
paramètres. En particulier, le nombre de composantes connexes, et la façon dont
elles sont envoyées les unes dans les autres par les Aα, restent les mêmes dans une
composante connexe du lieu d’hyperbolicité H.
ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES ET SYSTÈMES DYNAMIQUES 89

3. On suppose dans cette section que ∑ est un décalage complet sur


N ≥ 2 symboles. Une composante connexe de H est dite principale s’il existe
(ε α )α ∈A ∈{−1, + 1} A tel que (ε α A )α ∈A appartienne à cette composante pour
toute matrice A telle que TrA > 2. Il y a 2N composantes principales ; leur union
est notée H0.
On montre aisément qu’un N-uplet hyperbolique ( Aα )α ∈A appartient à H0 si et
seulement si le cône instable U est connexe. D’autre part, si un N-uplet ( Aα )α ∈A
appartient à la frontière ∂H0 , alors soit l’une des matrices Aα est parabolique, soit il
existe des indices distincts α, β tels que uAα = s Aβ. On a désigné par uA (resp. sA) la
direction stable (resp. instable) d’une matrice hyperbolique A ; lorsque A est
parabolique mais distincte de ± id, on notera uA = sA l’unique direction invariante.
4. Nous décrivons dans cette section le lieu d’hyperbolicité H lorsque ∑ est le
décalage complet sur 2 symboles.
Considérons la partie ouverte Hid de (S L(2, R))2 formée des matrices (A, B) telles
que Tr A > 2, Tr B > 2, Tr AB > 2, TrA TrB TrAB < 0 . Notons H id+ la partie de
Hid formée des matrices telles que TrA > 2, TrB > 2, TrAB < −2.
On montre que Hid est contenu dans H − H0. En fait, H id+ est l’union de deux
composantes connexes de H qui se déduisent l’une de l’autre par une conjugaison
renversant l’orientation de P1 et Hid est donc union de huit composantes de H.
Les éléments de Hid sont exactement les paires ( A, B ) ∈H telles que le noyau
instable U a deux composantes connexes.
Pour décrire toutes les composantes connexes de H, on introduit les
difféomorphismes de (S L(2, R))2
F+(A, B) = (A, AB),
F−(A, B) = (BA, B),
et on note M le monoïde (libre) engendré par F+, F−. Pour F ∈M, on pose
HF = F−1 (Hid). Chaque HF a donc 8 composantes connexes.
Théorème – Les composantes de H sont exactement les composantes de H0 et les
composantes des HF , F décrivant M. Deux composantes connexes distinctes sont
d’adhérences disjointes. De plus, une partie compacte de (SL(2,R))2 ne rencontre qu’un
nombre fini de composantes connexes.
On désigne par E l’ensemble des paramètres ( Aα )α ∈A tels qu’il existe un point
périodique x de ∑ (de période n) telle que la matrice An(x) associée soit elliptique.
C’est une partie ouverte de l’espace des paramètres, disjointe de H.
Pour un sous-décalage de type fini général, Avila a montré que E est dense dans
le complémentaire de H. Pour le décalage complet sur deux symboles, on a un
résultat plus précis.
90 JEANCHRISTOPHE YOCCOZ

Théorème – On a ∂E = ∂H = (H ∪ E )c .
Indiquons quel est le lemme principal dans la démonstration des théorèmes
précédents. On dit qu’une paire (A, B) est tordue si A et B ne sont pas elliptiques
et (A, B) n’appartient pas à H0 .
Lemme – Si (A, B) est tordue, alors une et une seule des quatre propriétés suivantes
est satisfaite :
i) AB est elliptique ;
ii) ( A, B ) ∈ Hid ;
iii) (A, AB) est tordue ;
iv) (BA, B) est tordue.
Ceci étant, on veut montrer que (SL(2, R))2 est l’union disjointe de H0, E et
des HF , F ∈M. On prend donc une paire (A, B) qui n’appartient pas à H0 ∪ E
et on applique le lemme. Le cas i) est impossible par hypothèse. Si on se trouve
dans les cas iii) ou iv) on applique à nouveau le lemme à la paire obtenue. Il s’agit
de voir qu’on ne peut indéfiniment éviter le cas ii), ce qui résulte de l’étude de la
dynamique sur les triplets (tr A, tr B, tr AB) au cours de ce processus.
5. On dispose d’une description explicite des multicônes correspondant aux
composantes non principales de H pour le décalage complet sur 2 symboles.
Notons M* le monoïde opposé de M ; pour F ∈M*, posons j ( F ) = p q , où
q désigne la longueur du mot F(AB) et p le nombre d’occurences de B dans ce
mot. L’application j est une bijection de M* sur Q ∩ (0,1).
Fixons p q ∈Q ∩ (0,1). Posons IA = [0, 1 − p/q), IB = [1 − p q , 1), et notons
θ : [0,1] → { A,B} l’application qui vaut A sur IA et B sur IB.
Notons Rp/q l’application x 哫 x + p q mod 1. Pour x ∈[0,1), posons
Θ( x ) = (θ ( R ip q x )) 0≤i < q . L’image Θ([0,1)) = : O( p q ) est un ensemble de q mots de
longueur q qui se déduisent les uns des autres par permutation cyclique.
Soit [ p 0 q 0 , p1 q1 ] l’intervalle de Farey dont p q est le centre. On munit
l’union disjointe O := O( p q )  O( p 0 q 0 )  O( p1 q1 ) de l’ordre cyclique
suivant (où Θ0, Θ1 sont définis à partir de p 0 q 0 , p1 q1 comme l’a été Θ à partir
de p q ) : on commence par Θ0(0), Θ(0), Θ1(0) puis on rencontre alternativement,
par ordre lexicographique croissant, les mots Θ( R ip q (0)) et Θ 1( R ip1 q1 (0)),
1
0 < i < q1, puis le mot Θ( R qp1 q (0)) = Θ(1 − ), et enfin alternativement, par ordre
q
−j −j
lexicographique décroissant, les mots Θ 0 ( R p0 q 0 (0)) et Θ( R p q (0)), 0 < j < q 0 .
Si (A, B) appartient à une composante connexe de H associée à p q , les cônes
stable et instable ont chacun q composantes connexes, et les 2q composantes
connexes du complémentaire de S  U sont naturellement paramétrées par O :
pour C ∈O, il existe une composante de (S  U )c dont les extrémités sont sC et uC.
ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES ET SYSTÈMES DYNAMIQUES 91

6. On suppose dans cette section que ∑ est un décalage complet sur


N ≥ 2 symboles. On a remarqué plus haut que le nombre de composantes de S et
U , ainsi que la dynamique induite par les Aα sur les composantes de S et U ,
restent invariants par déformation donc constants dans chaque composante
connexe de H.
Pour formaliser ceci, on introduit la notion de multicône combinatoire : un
ensemble fini M = Mu  Ms muni d’un ordre cyclique tel que Mu et Ms soient de
même cardinal et alternés. On appelle rang de M le cardinal q = # Ms = # Mu. Les
éléments de Ms (reps. Mu) correspondent aux composantes de S (resp. U ).
On appelle correspondance monotone une partie C de M × M telle que
i) C ⊂ (Ms × Ms) ∪ (Mu × Mu) ;
ii) C ∩ (Ms × Ms) est le graphe {(Cs(xs), xs), xs ∈ Cs} d’une application
Cs : Ms → Ms ;
iii) C ∩ (Mu × Mu) est le graphe {(xu, Cu (xu)), xu ∈ Cu} d’une application
Cu : Mu → Mu ;
iv) C peut être muni d’un ordre cyclique tel que l’élément suivant (x, y) est soit
(x++, y), soit (x+, y+), soit (x, y++) (on note x+ l’élément suivant x pour l’ordre
cyclique de M).
Les correspondances monotones forment un monoïde associatif C (M) pour la
composition.
On dit qu’une correspondance monotone est constante si Cs et Cu le sont.
Notons FN le monoïde libre à N générateurs (indexés par l’alphabet A. Chaque
Aα définit une correspondance monotone C α, donc on a un homomorphisme de
FN dans C (M).
Cet homomorphisme possède de plus les propriétés suivantes : il est hyperbolique,
c’est-à-dire que l’image de tout mot assez long est une correspondance constante ;
et il est réduit, c’est-à-dire que les images des C uα recouvrent Mu et les images des
C sα recouvrent Ms.
En résumé, à chaque composante de H est associée un multicône combinatoire
M et un morphisme hyperbolique réduit de FN dans C (M).
Inversement, lorsque N = 2, tout morphisme hyperbolique réduit est associé à
exactement 4 composantes de H (se déduisant les unes des autres par changements
de signes).
Par contre, on peut construire des exemples de morphismes hyperboliques
réduits avec N > 2 qui ne sont associés à aucune composante de H.
7. On revient dans cette section au cadre général d’un décalage ∑ de type fini.
Soient alors H une composante connexe du lieu d’hyperbolicité H, et (Aα)α∈A un
paramètre appartenant à ∂H.
92 JEANCHRISTOPHE YOCCOZ

Théorème – L’une au moins des deux propriétés suivantes a lieu :


i) il existe un point périodique x de ∑, de période k, tel que |trAk(x)| = 2 ;
ii) (connexion hétérocline) il existe des points périodiques x, y de ∑, de période respective
k et l, un entier n ≥ 0 et un point z ∈W loc u ( x ) ∩ σ − nW s ( y ) tels que Ak(x), Al(y)
loc
soient hyperboliques et on ait :
An(z) · u(Ak(x)) = s(Al(y)).
De plus, les entiers k, l, n sont majorés par une constante ne dépendant que de H.
Corollaire – Chaque composante connexe de H est un ensemble semi-algébrique.
Le bord de chaque composante est aussi semi-algébrique.
Par contre, H lui-même n’est pas (en général) semi-algébrique, puisqu’il a une
infinité de composantes connexes. Lorsque ∑ est un décalage complet, H n’est pas
une composante principale, et (Aα) ∈ ∂H comme ci-dessus, on peut montrer
qu’aucun produit des Aα ne peut être égal à ± id.
8. On a vu que, pour le décalage complet sur 2 symboles, toute partie compacte
de l’espace des paramètres ne rencontre qu’un nombre fini de composantes
connexes de H. Ceci n’est plus vrai quand on considère le décalage complet sur
3 symboles, en raison d’un phénomène de bifurcation hétérocline.
On a étudié une occurrence de ce phénomène : on a un triplet (A0, B0, C0) ∈
(SL(2, R))3 avec ( A0 , B 0 ) ∈ H id+ C 0uB 0 = sA0. Localement dans l’espace des
paramètres, l’hypersurface {CuB = sA} sépare un voisinage V de (A0, B0, C0) en deux
composantes ; l’une est contenue dans H tandis que l’autre rencontre H suivant
une suite de composantes connexes dont les combinatoires associées sont de plus
en plus compliquées.
9. De nombreuses questions concernant H et ses composantes connexes restent
ouvertes, même pour les décalages complets sur N ≥ 3 symboles.
Mentionnons ici simplement l’une d’entre elles : existe-t-il des composantes
connexes H de H qui soient bornées modulo conjugaison, c’est-à-dire telles qu’il

existe une partie compacte K de (SL(2, R))N vérifiant H ⊂ g gKg −1 ?
On dispose d’un critère intéressant pour tester cette propriété : une partie Z de
(SL(2,R))N est bornée modulo conjugaison si et seulement si chacune des fonctions
trAα, trAαAβ est bornée sur Z.
On aimerait aussi savoir si on a toujours ∂H = ∂E = (H  E )c, comme c’est le
cas pour le décalage complet sur 2 symboles.
ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES ET SYSTÈMES DYNAMIQUES 93

Conférences, Missions

11 octobre 2007 : Colloquium à l’Université de Provence.


26 novembre-7 décembre 2007 : Mission à l’Instituto de Matematica Pura e Aplicada à
Rio de Janeiro, Brésil.
17 décembre-21 décembre 2007 : Mission à la Scuola Normale Superiore de Pise,
Italie.
4-8 février 2008 : Mini-cours de 4 conférences dans le cadre d’une École d’hiver à Séville,
Espagne.
5 mars 2008 : Conférence lors de la journée de Rham à l’École Polytechnique de
Lausanne, Suisse.
16 avril 2008 : Colloquium à l’Université Paris-Nord.
5-16 mai 2008 : Mission à l’Université de Montréal, Canada. Titulaire de la chaire
Aisenstadt, j’ai donné 4 conférences dans ce cadre, et une cinquième lors d’un workshop la
semaine suivante.
26-30 mai 2008 : Coorganisateur d’un colloque à la mémoire d’Adrien Douady à l’IHP,
Paris.
2-6 juin 2008 : Une conférence lors d’un workshop “Dynamique dans l’espace de
Teichmüller” à Roscoff.
14 juin 2008 : Conférence au Séminaire Bourbaki, IHP, Paris.
7-18 juillet 2008 : Co-directeur d’une école d’été en Systèmes dynamiques à l’ICTP,
Trieste, Italie.

Publications

– Ensembles de Julia de mesure positive et disques de Siegel des polynômes quadratiques


[d’après X. Buff et A. Chéritat], Séminaire Bourbaki, Volume 2005/2006, exposé n° 966,
Astérisque (311), 2007, 385-401.
– Exponential mixing for the Teichmüller flow, Publ. Math. IHES (104), 143-211 (avec
A. Avila et S. Gouezel).
Équations aux dérivées partielles et applications

M. Pierre-Louis Lions, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), Professeur

Cours : Jeux à champ moyen (suite)

1. Introduction

Le cours, suite de celui de l’an dernier, a porté sur une théorie nouvelle élaborée
en collaboration avec M. Jean-Michel Lasry, appelée théorie des « jeux à champ
moyen ». L’objectif de cette théorie est d’introduire rigoureusement, d’analyser et
d’appliquer dans différents contextes une nouvelle classe de modèles mathématiques
permettant d’étudier des situations faisant intervenir un très grand nombre de
joueurs rationnels (au sens de l’Économie, c’est-à-dire optimisant leur
comportement), chaque joueur interagissant avec les autres en « moyenne ». Ce
type de situations est fréquent en Économie et en Finance où chaque agent (joueur)
optimise ses actions en tenant compte d’informations globales c’est-à-dire
moyennées sur l’ensemble des joueurs. D’autres domaines d’applications concernent
les transports et l’étude du trafic ou la Biologie et l’Écologie.

Plus précisément, nous considérons des équilibres de Nash à N joueurs, faisons


tendre N vers l’infini, obtenons ainsi des systèmes d’un type nouveau d’Équations
aux Dérivées Partielles (EDP en abrégé) non linéaires modélisant des équilibres (ou
points de Nash) pour des continua de joueurs, et analysons mathématiquement
ces systèmes. Les équations que nous introduisons de cette manière sont très
générales et contiennent comme cas particuliers de nombreux systèmes et équations
classiques : les équations elliptiques semilinéaires, les équations de type Hartree de
la Mécanique Quantique, les équations d’Euler compressibles de la Mécanique des
Fluides, les modèles cinétiques (équations de Vlasov, Fokker-Planck, Boltzmann…),
les équations des milieux poreux, les équations du transport optimal de masse
(problème de Monge-Kantorovich) ou les équations d’Euler-Lagrange associées à
des problèmes de contrôle optimal d’EDP…
96 PIERRELOUIS LIONS

La terminologie « champ moyen » provient de la Physique et de la Mécanique


et est naturelle puisque notre approche contient effectivement les théories classiques
de champ moyen en Physique et en Mécanique (voir d’ailleurs les exemples
mentionnés plus haut). Indiquons simplement qu’un cas particulier de notre
théorie est celui où les joueurs n’ont plus de possibilité d’influer sur (en optimisant)
leur comportement et sont alors soumis passivement aux interactions avec le reste
des joueurs ce qui est bien sûr le cas des « particules » en Physique ou des éléments
de matière en Mécanique des milieux continus.
Il est donc clair que la classe de systèmes que nous obtenons par cette approche
de modélisation est extrêmement vaste et que de très nombreuses questions
d’Analyse Mathématique se posent, dont beaucoup restent à résoudre. Signalons
en outre une direction importante de notre théorie : dans tout ce qui précède, nous
avons implicitement considéré un ensemble homogène de joueurs « identiques »
(en fait, ayant les mêmes caractéristiques). Il est en fait utile et souvent réaliste
d’introduire plusieurs catégories de joueurs (ou agents, ou organismes vivants…),
chaque catégorie étant composée d’un très grand nombre de « joueurs identiques ».
De plus, le nombre total de joueurs n’est pas nécessairement constant dans le
temps (naissance et mort, échanges d’attributs…). Les systèmes que nous
introduisons dans ces cas contiennent alors comme cas particuliers des modèles de
dynamique des populations ou de réactions chimiques…
Cette année, le cours a porté sur le cadre théorique mathématique nécessaire à
la justification (rigoureuse) de la limite quand le nombre de joueurs N tend vers
l’infini. Ce cadre mathématique permet de comprendre le comportement
asymptotique des fonctions symétriques d’un grand nombre de variables et de leur
calcul différentiel, ainsi que des solutions symétriques d’EDP en très grande
dimension. Signalons le travail antérieur d’A. Grunbaum 1 qui contient une
esquisse du cadre général abstrait que nous introduisons, et les considérations
heuristiques d’A. Matytsin 2. Enfin, indiquons que les résultats que nous présentons
s’appliquent à de nombreux autres sujets que la théorie des jeux à champ moyen :
EDP à N variables quand N tend vers l’infini, grandes déviations pour des EDP
stochastiques, théorie du transport et systèmes de particules (éventuellement
stochastiques) en interaction.

2. Fonctions symétriques d’un grand nombre de variables


Afin de simplifier la présentation et les notations, nous ne considérons ici que
le cas de variables décrivant un ensemble Q = O où O est un ouvert borné régulier
de d (d ≥ 1) muni de la métrique euclidienne usuelle (|x – y|) — nous pourrions
aussi bien considérer le tore ou [0, 1]d avec périodicité, ou aussi simplement le cas

1. Propagation of chaos for the Boltzmann Equation, Arch. Rat. Mech. Anal., 42 (1971),
p. 323-345.
2. On the large N limit of the Itzykson-Zuber integral, preprint.
ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES ET APPLICATIONS 97

d’un espace métrique Q compact quelconque. L’objectif étant de comprendre le


comportement quand N tend vers l’infini de suites de fonctions « continues »
uN(x1, …, xN) symétriques par rapport à (x1, …, xd) ∈ QN (i.e. uN (X ) = uN (Xσ),
∀ X ∈ QN, ∀ σ ∈ SN, où X = (x1, …, xN), Xσ = (xσ(1), …, xσ(N ))) et SN désigne le
groupe des permutations de l’ensemble {1, …, N }), il nous faut introduire diverses
N
métriques sur QN (et sur l’espace quotient QN/SN ) : d p ( X ,Y ) = ( N1 ∑ x i − y i p )1/p
i =1
(pour 1  p  ∞), d LP ( X , Y ) = inf {ε > 0 / N1 (#{i / x i − y i > ε }) < ε }, dp (X, Y ) =
inf d p ( X ,Y σ ), d LP ( X ,Y ) = inf d LP ( X ,Y σ ).
σ ∈S N σ ∈S N
L’idée essentielle sera de considérer un point X = (x1, …, xN) ∈ QN (identifié à ses
permutations…) comme soit une mesure de probabilité « empirique »
N
m XN = 1
N ∑ δ x , soit une variable aléatoire dans un espace de probabilité (Ω, F, P)
i
i =1
nontrivial (fixé dans tout ce qui suit) prenant les valeurs x1, …, xN avec probabilité
1 . On note enfin P = P (Q) l’ensemble des mesures de probabilité sur Q, espace
N
métrique compact pour les distances dites de Wasserstein dp (m1, m2) =
inf {E [|X – Y|p]1/p / X ∈ L p (Ω ; ⺢d ), X a pour loi m1, Y a pour loi m2} (en tout cas
pour p < ∞) ou de Lévy-Prohorov dLP (m1, m2) = inf {ε > 0, P (|X – Y | > ε) < ε}.
Malheureusement, la terminologie consacrée oublie que les distances dp ont été
introduites (et identifiées dans le cas p = 1) par Monge et Kantorovich. Toutes ces
distances (à nouveau si p < ∞) induisent sur P la convergence faible des mesures et
on a bien d p (m XN , mYN ) = dp (X, Y), dLP (m XN , mYN ) = dLP (X, Y ). Enfin, on notera
Pp l’espace P muni de la distance dp et P = P2.

En observant que les mesures m XN sont denses dans P, on obtient facilement le

Théorème 1 : Soit uN ∈ C (QN) symétrique. On suppose que

⎪⎧⎪sup sup | u N ( X ) |< ∞, lim sup sup{| u N ( X )


(1) ⎪⎨ N X ∈Q d ε →0 N
⎪⎪
⎩⎪−u N (Y ) | / X , Y ∈ Q , d LP ( X ,Y ) < ε } = 0
N

Alors, on peut extraire une sous-suite (encore notée uN pour simplifier) telle qu’il
existe U ∈ C (P ) vérifiant

(2) lim sup | u N ( X ) − U (m XN ) | = 0


N →∞ X ∈Q N

Remarques : i) De multiples variantes et extensions de ce résultat sont possibles


(plusieurs groupes de variables symétriques, réitération, modules de continuité
en d ∞ , demi-limites au sens des solutions de viscosité…),
98 PIERRELOUIS LIONS

ii) Un exemple important de fonctions U dans C (P ) est fourni par les polynômes
i.e. les combinaisons linéaires finies de monômes définis par, étant donnés k  1
(ordre) et ϕ ∈ C (Qk) ou pour simplifier C ∞ (Qk) symétrique (coefficient),
 
k
(3) M k (m ) = ϕ dm( x i ) .
QK i =1

Et l’ensemble des polynômes est dense dans C (application du théorème de


Stone-Weierstrass ou démonstration constructive directe…),
iii) Il sera utile dans la suite d’observer qu’une fonction U dans C (Pp) peut être
identifiée à une fonction dans C (L p) (où L p = L p (Ω ; ⺢d )) possédant la propriété
d’invariance ou de symétrie suivante : U (X ) = U (Y ) si X et Y ont la même loi.
On note CL le sous-espace vectoriel formé composé de telles fonctions.
Le résultat ci-dessous est en quelque sorte dual d’un résultat classique à savoir le
théorème d’Hewitt et Savage (que l’on peut en fait redémontrer très simplement
grâce à notre point de vue…). Rappelons que, si ( fN)N  1 est une suite de mesures
de probabilité sur Q N symétriques, après extraction éventuelle d’une sous-suite, on
peut supposer que les marginales f Nk = ∫ f N ( X )dx k +1 …dx N convergent
faiblement, pour tout k  1, vers f k ∈ P (Q k) symétrique. Bien sûr, f k = ∫ f k + 1
dxk + 1 (∀k  1). Et la donnée d’une telle suite consistante ( f k)k  1 est équivalente
(Hewitt-Savage) à la donnée d’une mesure de probabilité π sur P telle que

k
f k = ∫ P m( x i ) d π (m ). On dit alors que fN converge vers π (et on dira que uN
i =1
converge vers U si (2) a lieu).
Théorème 2 : Soient U ∈ C (P), π ∈ P (P), uN ∈ C (QN) symétrique et fN ∈ P (QN)
symétrique. On suppose que uN converge vers U et que fN converge vers π. Alors, on a
 
(4) u N d f N → U (m ) d π (m ) si N → ∞
QN P
Remarque : Si π = δf (« chaos moléculaire »…) alors on déduit de (4) le fait
suivant
 
(5) | uN − u N d f N |2 d f N → 0 si N → ∞
QN QN

3. Calcul différentiel
Le but est de définir sur P un calcul différentiel compatible avec la limite
considérée au paragraphe précédent, ce qui n’est pas le cas du calcul différentiel
élaboré (ou esquissé) dans l’espace (dit) de Wasserstein par de nombreux auteurs.
La présentation la plus simple de notre calcul différentiel consiste en se servir d’une
part de la structure Hilbertienne de L2 (Ω) et du calcul différentiel induit et d’autre
part de la troisième remarque faite après le théorème 1.
ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES ET APPLICATIONS 99

Plus précisément, on note L l’application qui à X ∈ L2 (Ω) associe sa loi. Si U


est une fonction définie sur P (ou sur un voisinage de m0 ∈ P ) alors U L est
définie sur L2 et U L ( X ) = U L (Y ) si X et Y ont même loi. Bien sûr,
U ∈ C 0, α (P ) (0  α  1) si et seulement si U L ∈C L 0,α ( L2 ). On dit alors que
U est différentiable en m0 ∈ P s’il existe X0 tel que L ( X 0 ) = m0 et U L est
différentiable en X0 (on peut vérifier que cette propriété est équivalente à la
différentiabilité de U L en tout point de L −1(m0 )). En identifiant différentielle
et gradient grâce à la structure Hilbertienne de L2 (Ω), on peut démontrer que si
U est différentiable en X0 ∈ L2 et U ∈CL ( L2 ) (par exemple), alors U définie par
U (m ) = U ( X ) si L ( X ) = m est différentiable en m0 = L ( X 0 ) et U ′( X 0 ) (∈ L2 (Ω))
est mesurable par rapport à la tribu engendrée par X0.
Ensuite, il est naturel de définir les fonctions C k, C k, a (0 < α  1) sur P par ce
biais : par exemple, U ∈ C 1 (P) si U L ∈C 1 ( L2 )…
Se posent alors les questions de savoir si le calcul différentiel que nous venons
de définir est i) d’une part intrinsèque, ii) d’autre part cohérent avec la limite
« N → ∞ ». Tel est bien le cas et nous nous contenterons d’illustrer ces deux faits
par quelques exemples. Tout d’abord, la notion naturelle de variations dans P
correspond au transport des mesures par des champs de vecteur B sur ⺢d (ou sur
Q…) supposés, pour simplifier, réguliers. En notant par (mt )t ∈ ⺢ le groupe induit,
on montre que si U est différentiable en m0 alors U (mt ) est dérivable en t = 0 et
d
(6) U (mt ) |t =0 = E[∇(U L )( X 0 ) B( X 0 )] où L ( X 0 ) = m0
dt
De plus, on démontre que U ∈ C1 (P ) si et seulement si il existe un module de
d
continuité uniforme ω tel que, pour toute mesure M (x, y) ∈ P (Q 2), U (mt )| t =0+
existe et dt

d
(7) |U (m1 ) − U (m0 ) −U (m1 ) |  d 2 (m0 , m1 )ω (d 2 (m0 , m1 )) ,
dt
où mt est défini par ∫Q ϕ dmt = ∫Q2 ϕ ((1 – t) x + ty) dM (x, y), ∀ϕ C (Q).
Enfin, U est différentiable en m0 si et seulement si on peut trouver U , U ∈C 1( P )
telles que : U  U  U sur P et U (m0 ) = U (m0 ).
Le deuxième point, à savoir la cohérence avec la limite étudiée précédemment,
peut s’illustrer par l’exemple suivant des résultats que nous avons obtenus. En
notant πN U la fonction symétrique définie sur QN par π N U ( X ) = U (m XN ), on
démontre que U ∈ C1 (P) si et seulement si πN U ∈ C 1 (QN ) et il existe un module
de continuité uniforme ω indépendant de N tel que, pour tous X, Y ∈ QN,
(8) |(πN U ) (Y ) – (πN U ) (X ) – (∇(πN U ) (X ), Y – X )|  d2 (X, Y ) ω (d2 (X, Y )).
Remarque : Bien sûr, les résultats mentionnés ci-dessus ne sont que des
échantillons (à peine) représentatifs du calcul différentiel mis en place et présenté
dans le cours. Signalons qu’il est possible d’obtenir de nombreuses autres
100 PIERRELOUIS LIONS

caractérisations, d’introduire des méthodes de régularisation et d’étudier


l’approximation (par exemple par des polynômes)… Enfin, nous pouvons ainsi
introduire une notion de fonction convexe sur P (U est convexe si U L est
convexe sur L2) qui a de nombreuses applications…

4. Équations aux dérivées partielles


Là encore, nous nous contenterons de quelques exemples.
Exemple 1 : Équation eikonale
On considère la solution uN (solution de viscosité) de
∂u N
(9)
∂t
+N ∑|∇x u N |2 = 0 dans (
i
d )N ×]0, +∞[
i
avec la condition initiale
(10) uN |t =0= u N
0

0 est symétrique et u 0 →U 0 ∈ C ( P ). La solution (de viscosité) de (9) est


où u N NN
donnée par la formule de Lax-Oleinik
 1 
(11) u N ( X , t ) = inf u N (Y ) + d 2 ( X ,Y ) 2 ;
2t
Bien sûr, uN est symétrique et u N N U ∈ C ( P ×[0, + ∞[ ) donnée par
 1 
(12) U (m, t ) = inf U 0 (m ′ ) + d 2 (m, m ′ ) 2 .
m′∈P 2t
Grâce au calcul différentiel introduit ci-dessus, on peut alors écrire une équation
« Eikonale » dans P et démontrer que la formule (12) est bien l’unique solution
(de viscosité) de cette équation.
Exemple 2 : Équation de diffusion à coefficients constants
On considère la solution uN de
N N
∂u N α2 β2
(13)
∂t

2 ∑ Δ xi u − N −
2 ∑ ∇x ∇x U N = 0 dans (
i j
d ) N ×]0, + ∞[

i =1 i , j =1
avec la condition initiale (10). Là encore, on démontre que u N N U ∈ C ( P ×[0, ∞[ )
où U est l’unique solution (de viscosité par exemple) d’une équation de diffusion
sur P que l’on peut écrire formellement comme
d
∂U α2 β2 ∂m ∂m
2 ∑
(14) + (∇U , Δm ) − D 2U ( , ) = 0 et U |t =0 = U 0
∂t 2 i =1
∂x i ∂x i
Il est bien sûr possible et utile d’aller au-delà de ces deux exemples, ce que nous
ferons dans le cours de l’année 2008-2009.
ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES ET APPLICATIONS 101

Cours et Séminaire

Cours : Le cours a eu lieu du 12 octobre 2007 au 11 janvier 2008.

Séminaire de Mathématiques Appliquées


— 12 octobre 2007 : Olivier Pironneau (Laboratoire J.-L. Lions, Université Paris 6).
Zooms numériques et méthodes de sous-domaines.
— 19 octobre 2007 : Bruno Bouchard (Ceremade, Université Paris-Dauphine). Régularité
d’EDS rétrogrades et approches probabilistes pour la résolution d’équations semi-
linéaires paraboliques.
— 9 novembre 2007 : Christian Klingenberg (Université de Wuerzburg, Allemagne). New
numerical solvers for Hydro- and Magnetohydrodynamics.
— 16 novembre 2007 : Xavier Blanc (Laboratoire J.-L. Lions, Université Paris 6). Vortex
dans des condensats de Bose-Einstein en rotation rapide.
— 23 novembre 2007 : Nizar Touzi (CMAP, École Polytechnique). Méthode de Monte
Carlo pour les EDP non linéaires.
— 30 novembre 2007 : Albert Cohen (Laboratoire J.-L. Lions, Université Paris 6).
Triangulations adaptatives et algorithmes greedy pour l’approximation et
l’apprentissage.
— 7 décembre 2007 : Stefano Olla (Ceremade, Université Paris-Dauphine). Modèles
microscopiques pour la conductivité thermique.
— 14 décembre 2007 : Clément Mouhot (Ceremade, Université Paris-Dauphine). Quelques
résultats d’hypocoercivité en théorie cinétique collisionnelle.
— 11 janvier 2008 : Jean-Michel Morel (CMLA-ENS Cachan). Encore et toujours
l’équation de la chaleur.
— 18 janvier 2008 : Pierre Cardaliaguet (Université de Brest). Propagation d’interfaces avec
termes non locaux.
— 25 janvier 2008 : Stéphane Gaubert (INRIA-Rocquencourt). De la théorie de Perron-
Frobenius à la programmation dynamique et vice versa.
— 1er février 2008 : Sylvia Serfaty (Université de Paris 6 & Courant Institute, New York).
Configurations de vortex dans le modèle de Ginzburg-Landau de la supraconductivité.
— 8 février 2008 : Sergio Guerrero Rodriguez (Université de Paris 6). Contrôle optimal
singulier pour quelques équations aux dérivées partielles.
— 15 février 2008 : Jean-François Le Gall (Université de Paris-Sud 11). Autour des grandes
cartes planaires aléatoires.
— 14 mars 2008 : Radu Ignat (Université de Paris-Sud 11). Un résultat de compacité pour
l’état de Landau en micromagnétisme.
— 21 mars 2008 : Peter Constantin (Université de Chicago). Particles and Fluids.
— 28 mars 2008 : Herbert Koch (Université de Bonn). Strong uniqueness for elliptic and
parabolic equations.
— 4 avril 2008 : Tony Lelièvre (CERMICS, ENPC). Méthodes adaptatives en dynamique
moléculaire.
— 11 avril 2008 : Claude Viterbo (École Polytechnique). Homogénéisation symplectique.
— 16 mai 2008 : Antonin Chambolle (École Polytechnique). « Rigidité » dans les matériaux
fracturés.
— 23 mai 2008 : Nader Masmoudi (Courant Institute of Mathematical Science). Passage
à la limite de Klein-Gordon-Zakharov vers Schrödinger non linéaire.
102 PIERRELOUIS LIONS

— 30 mai 2008 : François Golse (École Polytechnique). Le gaz de Lorentz périodique dans
la limite de Boltzmann-Grad.
— 6 juin 2008 : Massimiliano Gubinelli (Université de Paris-Sud). Sur l’équation du
transport stochastique et les EDS avec dérive irrégulière.
— 13 juin 2008 : Ivan Gentil (Ceremade, Université Paris-Dauphine). Convergence
entropique et inégalités fonctionnelles.
— 20 juin 2008 : Graeme Milton (University of Utah). Variational principles for
elastodynamics and Maxwell’s equations in inhomogeneous bodies.

Publications

— Towards a self-consistent theory of volatility. En collaboration avec J.-M. Lasry. A paraître


dans J. Maths. Pures Appl.
— On the energy of some microscopic stochastic lattices. En collaboration avec X. Blanc et
C. Le Bris. Arch. Rat. Mech. Anal., 184 (2007), p. 303-340.
— Correlations and bounds for stochastic volatility models. En collaboration avec M. Musiela.
Annales de l’I.H.P. Non Linear Analysis, 24 (2007), p. 1-16.
— Large investor trading impacts on volatility. En collaboration avec J.-M. Lasry. Annales de
l’I.H.P. Non Linear Analysis, 24 (2007), p. 311-323.
— Instantaneous self-fulfilling of long-term prophecies on the probabilistic distribution of
financial asset values. En collaboration avec J.-M. Lasry. Annales de l’I.H.P. Non Linear
Analysis, 24 (2007), p. 361-368.
— Mean Field Games. En collaboration avec J.-M. Lasry. Japanese Journal of Mathematics,
2 (2007), p. 229-260.
— Deux remarques sur les flots généralisés d’équations différentielles ordinaires. En collaboration
avec M. Hauray et C. Le Bris. C.R. Acad. Sci. Paris. 344 (2007), p. 759-764.
— Global existence of weak solutions to some micro-macro models. En collaboration avec
N. Masmoudi. C.R. Acad. Sci. Paris, 345 (2007), p. 15-20.
— A discussion about the homogenization of moving interfaces. En collaboration avec
P. Cardialaguet et P.E. Souganidis.
— Préface du numéro spécial de ESAIM M2AN sur la Modélisation Moléculaire, 41 (2007).
— Atomistic to continuum limits for computational materials science. En collaboration avec
X. Blanc et C. Le Bris. ESAIM M2AN, 41 (2007), p. 391-426.
— Stochastic homogenization and random lattices. En collaboration avec X. Blanc et
C. Le Bris.
— Convexity and non-convexity of option prices for SABR models. En collaboration avec
M. Musiela.
— Trois chapitres du Lecture Notes in Maths. # 1919, Paris-Princeton Lectures In Mathematical
Finance 2004, En collaboration avec J.-M. Lasry. Springer, Berlin, (2007), p. 103-172.
— Résumé du Cours au Collège de France (2006-2007) : Jeux à champ moyen.
— Existence and uniqueness of solutions to Fokker-Planck type equations with irregular
coefficients. En collaboration avec C. Le Bris. Comm. P.D.E., 33 (2008),
p. 1272-1317.
— Molecular simulation and related topics : some open mathematical problems. Non-linearity,
21 (2008).
— Préface de Finance and Sustainable Developement, Economica, Paris, 2008. En
collaboration avec P.-A. Chiappori et J.-M. Lasry.
ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES ET APPLICATIONS 103

Missions, Invitations, Conférences

— Conférence au Colloque « Geometric Function Theory and Nonlinear Analysis », on


the occasion of the 60th birthday of Tadeusz Iwaniec, Ischia, Naples (11-14 octobre
2007).
— Conférence à l’Académie des Sciences d’Autriche : Johann Radon Lectures, Vienne
(17 octobre 2007).
— Conférence dans un lycée dans le cadre de la « Junior Academy », Vienne, (18 octobre
2007).
— Conférence pour l’élection à l’Académie des Sciences d’Argentine, « Analyses, modèles
et simulations », Rosario (26 octobre 2007).
— Cours (8 h) à l’Université du Texas à Austin (13-26 janvier 2008).
— Conférences du Collège de France à Tunis « L’homme artificiel », Bibliothèque Nationale
(4 février 2008).
— Conférence publique à l’Académie des Sciences, Tunis (5 février 2008).
— Cours (8 h) à l’Université du Texas à Austin (10-21 février 2008).
— Cours (2 h) à l’Université de La Havane (28 février 2008).
— Conférence au Congrès « 8th International Conference on Operations Research »,
La Havane, Cuba (28 février 2008).
— Cours (6 h) dans le cadre du « Collège de France à Bruxelles », Bruxelles (15-16 avril
2008, 21-22 avril 2008).
— Cours (4 h) à l’École d’Été, « Topics in PDE and applications 2008 », Grenade (7-9 avril
2008).
— Conférence « Magna », Académie des Sciences du Brésil, Rio de Janeiro (6 mai 2008).
— Conférence COPEA, UFRJ, Rio de Janeiro (8 mai 2008).
— Conférence au Colloque « Chicago-Paris Workshop in Financial Mathematics », Château
de la Princesse, Mello (27 juin 2008).

Responsabilités collectives et fonctions diverses

— Membre de l’Académie des Sciences ; de l’Académie des Technologies ; de l’Académie


des Sciences d’Italie, d’Argentine et du Brésil ; de l’Istituto Lombardo.
— Professeur à temps partiel à l’École Polytechnique.
— Président du Conseil Scientifique de l’ENS puis Membre du Conseil d’Administration
de l’ENS.
— Président du Conseil Scientifique du CEA-DAM.
— Président du Conseil Scientifique d’EDF.
— Président du Conseil Scientifique de France Telecom.
— Président du Conseil Scientifique de la Fondation de Recherche pour l’Aéronautique et
l’Espace.
— Président du Conseil Scientifique de la Chaire de Finance et Développement Durable
de l’Université Paris-Dauphine.
— Président du Conseil Scientifique de ParisTech.
— Président du jury du prix « Science et Défense ».
— Membre du Haut Conseil de la Science et de la Technologie.
— Membre du Visiting Committee du CEA.
104 PIERRELOUIS LIONS

— Membre du Conseil Scientifique de l’Institut Europlace de Finance.


— Membre du Scientific Advisory Panel de l’European Mathematical Society.
— Membre fondateur du Comité International de l’« International Summer School of
Applied Mathematics », Morningside Institute, Chinese Academy of Sciences.
— Membre du Comité des Programmes Scientifiques du CNES.
— Membre de l’International Advisory Board de l’Institute of Mathematical Sciences de
l’Imperial College.
— Membre du Conseil Scientifique de la Fondation du Risque.
— Membre du Board of Trustees et du Conseil Scientifique de l’IMDEA (Madrid).
— Membre du Conseil d’Administration et du Conseil Scientifique de la Fondation
Sciences Mathématiques de Paris.
— Membre du Conseil d’Administration de la Fondation d’Entreprise IXIS.
— Membre du Comité d’Orientation de l’ENS.
— Membre de la Société des Amis du Palais de la Découverte.
— Membre de l’International Advisory Board of the Scuola di Dottorato in Scienze
Astronomiche, Chimiche, Fisiche e Mathematiche « Vito Volterra ».
— Administrateur de Sark et Channel Bridge.
— Conseiller Scientifique auprès de BNP PARIBAS, CALYON, EADS-ST, REECH.
Théorie des nombres

M. Don Zagier, professeur

Cours : Fonctions de Green et valeurs spéciales de fonctions L

Le thème du cours de cette année était le lien entre les valeurs spéciales des
fonctions L motiviques (et de leurs dérivées) d’un côté et les invariants algébro-
géométriques des objets auxquels ces fonctions sont liées de l’autre. Les invariants
en question, du type « régulateur généralisé », se calculent à l’aide de fonctions
spéciales telles que les fonctions logarithme ou polylogarithme dans les situations
les plus simples et des fonctions de Green dans des situations plus générales.

Travaux d’Euler
L’année 2007 ayant été le 300e anniversaire de la naissance d’Euler, le cours a
commencé par un aperçu historique des travaux d’Euler sur les fonctions zêta.
Cette partie ne sera pas reproduite ici, sauf pour rappeler qu’Euler, dans ses travaux
datés de 1734 et 1749, a trouvé :
• la définition de la fonction zêta dite « de Riemann » comme somme infinie,

1
ζ( s ) = ∑ ns ;
n=1
• la décomposition multiplicative de cette fonction comme produit portant sur
les nombres premiers,
1
ζ( s ) = ∏
−s ;
p premier 1 − p
• les formules
π2 π4 π6
ζ(2 ) = , ζ( 4 ) = , ζ(6 ) = , …
6 90 945
106 DON ZAGIER

et plus généralement
B
ζ(k ) = − k (2i π ) k (k > 0 pair, Bk = k-ième nombre de Bernoulli) (1)
2k
pour les valeurs de ζ (s) pour s un entier pair strictement positif ;
• l’extension de ζ (s) à des valeurs de s inférieures à 1 ;
• les formules
1 1 1
ζ(0) = − , ζ(−1) = − , ζ(−2 ) = 0, ζ(−3) = , ζ(−4 ) = 0, …
2 12 120

et plus généralement
B
ζ(1 − k ) = (−1) k −1 k (k > 0, Bk = k-ième nombre de Bernoulli) (2)
k
pour les valeurs de ζ (s) pour s un entier négatif ;
• l’équation fonctionnelle (sans démonstration)
πs Γ( s )
ζ(1 − s ) = 2 cos( ) ζ( s )
2 (2 π ) s
de la fonction ζ (s) pour s réel, avec des arguments théoriques et des vérifications
numériques à haute précision pour appuyer cette conjecture ;
• la définition de la série L « de Dirichlet »

χ(n ) 1 1
L( s , χ ) = ∑ = 1− + −…
n=1 ns 3s 5s

pour le caractère χ (n) = (– 4/n) et les généralisations de toutes les propriétés ci-
dessus (produit d’Euler, prolongement à s < 1, valeurs spéciales pour s = 1, 3, 5, 7, ...
et pour s ∈ ⺪≤ 0, énoncé de l’équation fonctionnelle) pour cette fonction.
En d’autres mots, Euler a trouvé toutes les propriétés essentielles de la fonction
zêta connues actuellement sauf la preuve de l’équation fonctionnelle et l’énoncé de
l’hypothèse de Riemann, donnés tous les deux par Riemann dans son mémoire
célèbre de 1859.

Fonctions zêta motiviques


La liste des propriétés de ζ (s) trouvées par Euler peut nous servir encore
aujourd’hui comme guide dans l’étude des fonctions zêta et fonctions L qui nous
intéressent en théorie des nombres. Une telle fonction est toujours donnée par une

série de Dirichlet du type L( s ) = L X ( s ) = ∑ a(n ) / n s où les an sont des entiers
n=1
(ou des entiers algébriques) liés aux propriétés d’un certain objet algébrique ou
THÉORIE DES NOMBRES 107

géométrique X (qui peut être un corps de nombres, une représentation galoisienne,


une variété algébrique sur un corps de nombres,
 une forme automorphe, etc.) ; elle
a un produit d’Euler de la forme LX (s) = p φp ( p–s), où φp (t) est une fonction
rationnelle dont les coefficients sont liés aux propriétés p-adiques de X ; elle a une
équation fonctionnelle du type
L X ( s ) := γ ( s ) L X ( s ) = ± L X (k − s ) (3)
(où quelquefois L X ( s ) = w L X *(k − s ) avec |w| = 1, où X* est un objet algébrique/
géométrique « dual » à X ) pour un certain entier k > 0, où γ (s) est une fonction
de la forme
s + α1 s +αd
γ ( s ) = A s Γ( ) … Γ( ) ( A ∈ >0 , α 1, …, α d ∈ ) (4)
2 2
liée aux propriétés de X sur le corps ⺢ ou ⺓ ; et il y a des formules spéciales qui
donnent les valeurs de LX (s) pour certaines valeurs intégrales de l’argument s. Plus
précisément, dans les cas les plus intéressants, la fonction LX (s) est une fonction
dont on sait ou dont on conjecture qu’elle est entière (ou ne possède qu’un nombre
fini de pôles, comme le pôle en s = 1 de ζ (s)) ; les fonctions φp (t) intervenant dans
le produit d’Euler ont la forme 1/Pp (t) où Pp (t) est un polynôme de degré d pour
presque tout nombre premier p (et < d pour les autres), avec le même entier d que
dans (4) ; les racines du polynôme Pp (t) (pour les p pour lesquels le degré est égal
à d ) et tous leurs conjugués algébriques ont la valeur absolue p–(k–1)/2, avec le même
entier k que dans (3) (hypothèse de Riemann locale) ; et on conjecture que toutes
les racines de la fonction L X ( s ) se trouvent sur la droite ᑬ (s) = k/2, toujours avec
le même k (hypothèse de Riemann globale).
Regardons quelques exemples avant de continuer.
1. Fonction zêta de Riemann, ζ (s). Ici on a a (n) = 1 pour tout n, la fonction
φp (t) est égale à 1/(1 – t) pour tout p, et on a l’équation fonctionnelle (3) avec
k = 1, signe +, et γ (s) = π –s/2 Γ (s/2).
2. Fonctions L de Dirichlet, L (s, χ). Ici on a a (n) = χ (n), où χ : ⺪ → ⺓ est un
caractère de Dirichlet, la fonction φp (t) est égale à 1/(1 – χ (p)t), et on a une
équation fonctionnelle du type (3) avec k = 1, signe +, et γ (s) comme dans (4) avec
d = 1 et α1 = 0 ou 1 selon la valeur de χ (– 1).
3. Fonctions zêta de Dedekind, ζF (s). Dans ce cas le nombre a (n) ∈ ⺪≥0 compte
le nombre des idéaux entiers de norme n dans un corps de nombre fixé F ; l’entier k
dans l’équation fonctionnelle (3) est égal à 1, l’entier d défini par (4) ou par le
degré des facteurs d’Euler de la fonction zêta est égal au degré [F : ⺡], et les αj
dans (4) sont égaux à 0 ou à 1, le nombre de chaque type étant déterminé par le
nombre de plongements réels de F dans ⺓.
4. Fonctions L d’Artin, L (s, ρ). Ces fonctions, qui généralisent les trois
précédentes, sont attachées à une représentation irréductible ρ du groupe de Galois
d’une extension galoisienne F/⺡. Ici encore on a k = 1, tandis que le nombre d
108 DON ZAGIER

(défini soit par le nombre de fonctions gamma intervenant dans le facteur gamma
de l’équation fonctionnelle, soit par le degré des facteurs d’Euler typiques de la
fonction L) est égal au degré de la représentation ρ.
Tous ces exemples sont liés aux corps de nombres ou aux « motifs de dimension 0 »
et ont k = 1 (c’est-à-dire que l’équation fonctionnelle relie les valeurs s et 1 – s de
l’argument de la fonction zêta, que les racines des polynômes Pp (t) ont toutes la
valeur absolue 1, et que l’hypothèse de Riemann généralisée prédit ℜ( s ) = 12 pour
les racines de la fonction zêta dont il s’agit). Ça ne sera plus le cas dans les exemples
venant de la géométrie. En voici quelques-uns.
5. Fonction L d’une
 courbe elliptique, L (E, s). Pour une courbe elliptique E/⺡ on
définit L (E, s) = Pp ( p–s)–1, où Pp (t) = 1 – a ( p)t + pt2 avec a ( p) = p + 1 – |E (⺖p)|
pour presque tout p. On n’a aucune définition directe de ces fonctions comme séries
de Dirichlet (et c’est l’une des raisons principales pour la difficulté de démontrer
leurs propriétés essentielles telles que le prolongement analytique ou l’équation
fonctionnelle). L’hypothèse de Riemann locale, avec k = d = 2, est l’inégalité connue,
mais non-triviale, | a( p ) | ≤ 2 p . Le prolongement analytique de L (E, s) et
l’équation fonctionnelle, avec k = 2, d = 2, α1 = 0 et α2 = 1, sont également connus,
mais extrêmement difficiles (théorème de Wiles et al.).
6. Fonction L d’une courbe, L (C, s). La définition de la fonction L dans ce cas
est analogue au cas des courbes elliptiques, sauf que les polynômes Pp (t) pour p
générique ont le degré d = 2g, où g est le genre de la courbe C définie sur ⺡.
L’hypothèse de Riemann locale est connue encore dans ce cas, mais le prolongement
analytique et l’équation fonctionnelle restent conjecturales sauf pour certains cas
particuliers comme les courbes modulaires.
7. Fonctions L associées à la cohomologie d’une variété. Dans cet exemple, qui
généralise les deux précédents, on associe au groupe i-ième de cohomologie d’une
variété X définie sur ⺡ une fonction L donnée par un produit eulerien dans lequel
Pp (t) est un polynôme de degré d = dim H i (X ) (i-ième nombre de Betti) et qui
satisfait à l’hypothèse de Riemann locale avec k = i + 1 (conjecture de Weil,
démontrée par Deligne). Bien sûr, on n’a aucune démonstration du prolongement
analytique ou de l’équation fonctionnelle en général.
Enfin, il y a les fonctions L attachées aux formes automorphes (mais qui seront,
d’après le programme de Langlands, identiques avec les fonctions du type 7. dans
beaucoup de cas). On en mentionne deux.

8. Fonction L de Hecke d’une forme modulaire, L ( f , s). Si f ( z ) = ∑ a(n )e 2i πnz
n=0
est une forme modulaire sur Γ0 (N ), propre pour les opérateurs 
de Hecke et
normalisée par a(1) = 1, alors la série de Dirichlet L (f, s) = n >0 a (n)n–s a un
produit d’Euler Pp (p–s)–1 avec Pp (t) = 1 – a (p)t + pk–1t 2 pour p  N et possède
un prolongement analytique (entière si f est parabolique, et avec un seul pôle en
s = k sinon) et équation fonctionnelle du type (3) avec d = 2, α1 = 0, α2 = 1. Les
THÉORIE DES NOMBRES 109

résultats d’Eichler et Shimura (pour k = 2) et Deligne (en général) implique que


cette fonction est du type 7. et donc que l’hypothèse de Riemann locale
|a (p)| ≤ 2p(k–1)/2 (hypothèse de Ramanujan) est vérifiée.
9. Fonction L du carré symétrique d’une forme modulaire, L (Sym2 f, s). Pour f
comme
 ci-dessus, cette fonction L est donnée par un produit eulerien du type
Pp (p–s)–1 avec Pp (t) = (1 – pk–1t) (1 – (a (p)2 – 2pk–1) t + p2k–2t2) pour p  N.
Son prolongement méromorphe a été démontré par Rankin et Selberg et son
prolongement holomorphe (pour f parabolique) par Shimura et l’auteur. On a une
équation fonctionnelle du type (3) (avec k remplacé par 2k – 1) et facteur gamma
donné par (4) avec d = 3. Des propriétés semblables sont conjecturées, et démontrées
dans certains cas, pour les fonctions L associées aux produits symétriques de degré
supérieur de f.

Valeurs spéciales

Les valeurs spéciales (1) et (2) de ζ (s) données par Euler ont une vaste généralisation
conjecturale due à Deligne. Supposons donnée une fonction L motivique, avec
équation fonctionnelle donnée par (3) et (4). On appelle critique une valeur entière
s0 de l’argument s telle que ni s0 ni k – s0 sont des pôles du facteur gamma γ (s). Alors
la valeur de L (s0), sera conjecturalement un multiple algébrique d’une certaine

période (= intégrale d’une forme différentielle définie sur sur un cycle fermé).
Plus généralement, d’après des conjectures dues à Bloch, Beilinson et Scholl, si s0 est
un entier quelconque et on note par r l’ordre de L ( s ) en s = s0 (ou s = k – s0), alors la
valeur de la dérivée r-ième de L ( s ) en s = s0 (ou s = k – s0) sera le produit d’une
période et d’un « régulateur » défini comme le déterminant d’une certaine matrice
réelle de taille r × r. Ces conjectures contiennent comme cas spéciaux des conjectures
classiques célèbres telle que la conjecture de Stark, où L (s) est du type 4. ci-dessus,
s0 = 0, et les éléments de la matrice qui définit le régulateur sont des logarithmes
d’unités algébriques, ou la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer, dans laquelle
L (s) est la fonction L d’une courbe elliptique E sur ⺡, s0 = 1, r est conjecturalement
égal au rang du groupe de Mordell-Weil de E, et les éléments de la matrice qui
définit le régulateur sont donnés par les hauteurs des points rationnels sur E. Une
autre généralisation de la conjecture de Deligne est l’énoncé que si l’argument central
s0 = k/2 est critique, alors la valeur de la série L en s0, divisée par une période
correctement normalisée, sera un carré dans son corps de définition naturel. C’est le
cas, par exemple, dans la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer (où la valeur
centrale normalisée est égale à l’ordre du groupe de Shafarevich-Tate, qui est toujours
un carré) et pour les valeurs centrales des séries L associées aux caractères de Hecke,
qui, correctement normalisées, sont toujours des carrés (théorème de Villegas et
l’auteur ; voir le résumé de cours de 2001-2002).
De nombreux exemples spéciaux de ces conjectures ont été discutés dans le
cours. Nous en reprenons quelques-uns ici.
110 DON ZAGIER

Le régulateur dans la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer


Soit E/⺡ une courbe elliptique avec groupe de Mordell-Weil de rang r, avec
générateurs (modulo torsion) P1, ..., Pr . La conjecture de Birch et Swinnerton-
Dyer prédit que la série L de E aura un zéro d’ordre exactement r en s = 1 (ce que
l’on sait dans certains cas) et que la dérivée L(r) (E, 1) sera, à un facteur élémentaire
près, égale au produit de la période réelle ΩE de E et du régulateur R = det (〈Pi,
Pj〉i,j =1,...,r), où 〈⋅, ⋅〉 est l’accouplement canonique sur E (⺡) ⊗ ⺢. Un cas particulier
d’un résultat de Scholl, qui a été explicité dans un article de M. Kontsevich et
l’auteur il y a quelques années et présenté dans le cours, dit que le produit ΩER
s’écrit lui-même comme le déterminant d’une matrice, cette fois de taille
(r + 1) × (r + 1), dont les coefficients sont des périodes « mixtes » de la courbe. La
grande question, encore non résolue, serait alors de démontrer que la valeur
L(r) (E, 1) aussi s’exprime en termes des périodes des formes algébriques ; si c’était
le cas, des conjectures générales sur les périodes nous permettraient d’espérer
pouvoir démontrer l’égalité voulue, au moins dans des cas concrets. (Pour l’instant
la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer n’est vérifiée que numériquement dans
aucun cas avec r > 1.)

Valeurs des fonctions zêta de Dedekind et polylogarithmes


Il s’agit ici des conjectures énoncées il y a quelques années par l’auteur, et
démontrées dans certains cas par Deligne, Beilinson et Goncharov, d’après
lesquelles les valeurs en s = m de la fonction zêta de Dedekind ζF (s) d’un corps de
nombres F quelconque, et pour un entier m > 1 quelconque, s’exprimeraient
comme le déterminant d’une matrice ayant comme coefficients des combinaisons
linéaires rationnelles des valeurs de la m-ième fonction polylogarithme Dm
(convenablement définie) avec arguments dans F. L’espace vectoriel sous-jacent à
cette matrice est le « m-ième groupe de Bloch » et devrait être isomorphe au
K-groupe algébrique K2m–1 (F ) ⊗ ⺡. Cette conjecture, qui est appuyée par
beaucoup de calculs numériques et arguments théoriques, est dans un certain sens
typique de la situation générale. On a expliqué aussi comment on peut retrouver
les fonctions Dm (x) comme des fonctions de Green associées au quotient du demi-
plan de Poincaré modulo le groupe des translations par des entiers, avec la métrique
hyperbolique.

Fonctions L des courbes sur ⺡ en s = 2


Si E est une courbe elliptique, des idées et résultats de Bloch et de Beilinson
impliquent que la valeur non-critique L (E, 2) peut s’exprimer comme un multiple
simple d’une combinaison linéaire, à coefficients dans ⺡, de la fonction dilogarithme
elliptique associée à E, évaluée dans des points algébriques de E. (Si on écrit E (⺓)
comme ⺓*/q ⺪ pour un nombre complexe q avec |q| < 1, la fonction dilogarithme
elliptique dont il s’agit est définie comme la somme sur une orbite de q ⺪ de la
THÉORIE DES NOMBRES 111

fonction dilogarithme modifiée qui intervient dans le calcul des valeurs des
fonctions zêta de Dedekind en s = 2.) Une description précise des combinaisons
linéaires permises a été donnée il y a quelques années par l’auteur (avec des
corrections dues à Schappacher et Rolshausen dans certains cas) et présentée dans
le cours. Si on remplace E par une courbe C/⺡ de genre g > 1, les conjectures
générales impliquent toujours une expression pour L (C, 2) en termes d’un certain
régulateur dont les coefficients sont des intégrales sur la courbe, mais ne sont plus
donnés en termes d’une fonction explicite comme le dilogarithme elliptique. Le
groupe sur lequel ces intégrales doivent être évaluées est le K-groupe algébrique
K2 (C/⺪). Ce cas, qui a été étudié et vérifié numériquement dans beaucoup de cas
(tous hyperelliptiques, de genre allant jusqu’à 6) dans un article récent de R. de
Jeu, T. Dokchitser et l’auteur, a été discuté en détail. Le problème de construire
des éléments non-triviaux du K-groupe K2 (C ) dans ces cas mène à des problèmes
élémentaires en théorie des nombres où il s’agit de trouver des polynômes f définis
sur ⺡ pour lesquels f (x)2 – f (0)2 se factorise en autant de facteurs rationnels que
possible, un exemple typique étant la décomposition (x6 + 2x5 – 787x4 – 188x3
+ 150012x 2 – 149040x – 3326400) 2 – 3326400 2 = (x – 22) (x – 20) (x – 18)
(x – 12) (x – 10) (x – 1)x (x + 7) (x + 15) (x + 18) (x + 23) (x + 24).

Valeurs des fonctions de Green modulaires

Dans des travaux joints avec B. Gross il y a un certain nombre d’années, un lien
a été établi entre les dérivées centrales L′ (f, k/2) des séries L des formes modulaires
(propres pour les opérateurs de Hecke) de poids pair k et des valeurs de certaines
fonctions de Green modulaires associées aux quotients du demi-plan de Poincaré
par un groupe fuchsien, avec la métrique hyperbolique. Ces résultats dans le cas
k = 2 avaient des conséquences pour la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer,
mais aussi (dans le même cas) pour l’étude arithmétique des valeurs de la fonction
modulaire j (z) dans des points z à multiplication complexe. Pour k > 2, ils ont
mené à une conjecture d’après laquelle les valeurs de ces fonctions de Green dans
les arguments à multiplication complexe seraient dans certains cas les logarithmes
de nombres algébriques. Un nombre de résultats obtenus par l’auteur dans l’entre-
temps, et des résultats très récents de A. Mellit qui démontrent l’algébricité prédite
dans certains cas (notamment quand k = 4, le groupe modulaire en question est
SL (2, ⺪), et l’un des arguments de la fonction de Green est −1) ont été présentés
dans le cours, mais sont trop techniques pour être repris ici. Un aspect intéressant
est le lien entre les fonctions de Green qui interviennent ici et les fonctions
polylogarithmes qui interviennent dans les conjectures concernant les valeurs
spéciales des fonctions zêta de Dedekind. Les conjectures et résultats peuvent
s’interpréter aussi comme des énoncés sur les valeurs spéciales de certaines fonctions
qui satisfont à une équation différentielle à coefficients rationnels ou algébriques.
112 DON ZAGIER

Cours à l’École Normale Supérieure : « Bouillon Mathématique »

Dans le cours « Bouillon » de cette année on a présenté des méthodes explicites


qui permettent de résoudre des diverses types de problèmes asymptotiques tels que :
1. Quel est le comportement asymptotique quand x tend vers 0 d’une série

lentement convergente de la forme ∑ f (nx ) , où f (x) est une fonction dont
n=1
le comportement pour x petit est connu ?
2. Comment trouve-t-on une formule asymptotique précise pour des nombres
an (par exemple, an pourrait être le nombre de partitions de n) dont on connaît

« explicitement » la fonction génératrice ∑ an x n ?
n=0
3. Si on a une suite de nombres An (par exemple, An pourrait être le nombre
de courbes algébriques de degré n passant par 3n – 1 points génériques dans le
plan, pour lequel Kontsevich a trouvé une récurrence non-linéaire) dont on
conjecture qu’ils ont un comportement asymptotique de la forme
An ∼ nαe An (C0 + C1n–1 + C2n–2 + …), comment peut-on trouver les premiers
coefficients A, α, C0, C1, C2, … à haute précision à partir d’un nombre limité (par
exemple, A1, …, A500) des An ?

4. Comment calculerait-on la valeur de la fonction S ( x ) = ∑ n=1 sin( x / n ) / n
de Hardy-Littlewood pour, disons, x = 1060 à 100 chiffres près ?
De tels problèmes se posent partout en mathématiques et en physique
mathématique mais les méthodes pour les résoudre de façon efficace ne sont en
général pas très bien connues.

Conférences invitées

Bordeaux, octobre 2007 : Quantum modular forms. Conférence à l’occasion du 60e anni-
versaire d’Henri Cohen, Université de Bordeaux I.
Bonn, Allemagne, octobre 2007 : Verknotete Modulformen. Conférence à l’occasion du
80e anniversaire de Friedrich Hirzebruch, Universität Bonn.
Banff, Canada, octobre 2007 : Modularity and three-manifolds. Conférence sur « Low-
dimensional Topology and Number Theory », Banff International Research Station.
Paris, novembre 2007 : Les « mock theta functions » de Ramanujan (d’après Zwegers et
Bringmann-Ono). Séminaire Bourbaki, Institut Henri Poincaré.
Lille, décembre 2007 : Les fausses formes modulaires. Colloque, Université de Lille I.
Bonn, Allemagne, janvier 2008 : The Riemann zeta function and the Selberg zeta function
as determinants. Workshop « Random matrices and number theory », Hausdorff Mathematics
Institute.
Bonn, Allemagne, janvier 2008 : Gaussian periods and finite projective planes. Number
Theory Seminar, Max-Planck-Institut für Mathematik.
Bonn, Allemagne, janvier et février 2008 : Asymptotic methods (deux conférences).
Conférences pour membres de l’école doctorale « IMPRS », Max-Planck-Institut für
Mathematik.
THÉORIE DES NOMBRES 113

Paderborn, Allemagne, janvier 2008 : Warum ich von Primzahlen träume. Conférence
populaire dans le cadre du programme « Zahlen, bitte! », Nixdorf-Zentrum.
Bonn, Allemagne, février 2008 : Spectral decomposition and the Rankin-Selberg method.
Second Japanese-German number theory workshop.
Amsterdam, Pays-Bas, février 2008 : Mock theta functions and their applications.
Colloquium, Universiteit Amsterdam.
Utrecht, Pays-Bas, février 2008 : Finite projective planes, Fermat curves, and Gaussian
periods. Colloquium Universiteit Utrecht.
Amsterdam, Pays-Bas, février 2008 : Modular Green’s functions. Intercity number theory
seminar « L-functions and friends ».
Dublin, Irlande, avril 2008 : Gaussian periods and finite projective planes. Colloquium,
University College Dublin et Trinity College.
Dublin, Irlande, avril 2008 : The amazing five-term relation. Conférence populaire,
Trinity College.
Dublin, Irlande, avril 2008 : Modular forms and not-so-modular forms in mathematics and
physics. Workshop on Gauge Theory, Moduli spaces and Representation Theory, Trinity
College.
Vienne, Autriche, avril 2008 : Quantum ideas in number theory and vice versa. Conférence
plénière à l’occasion du 15e anniversaire de l’Institut Ernst Schrödinger.
Baton Rouge, Louisiana, États-Unis, avril 2008 : The « q » of « quantum » (trois
conférences). Porcelli Lectures 2008, Louisiana State University.
Austin, Texas, États-Unis, avril 2008 : Mock modular forms. Number theory seminar,
University of Texas.
Bonn, Allemagne, mai 2008 : Diophant und die diophantischen Gleichungen. Conférence
pour lycéens, Max-Planck-Institut für Mathematik.
Bar-Ilan, Israël, mai 2008 : Differential equations and curves on Hilbert modular surfaces.
Conférence « Hirz80 » en l’honneur du 80e anniversaire de Friedrich Hirzebruch, Université
de Bar-Ilan.
Haifa, Israël, mai 2008 : The mysterious mock theta functions of Ramanujan. Colloquium,
University of Haifa.
Bonn, Allemagne, juin 2008 : Das Geheimleben der Zahlen. Conférence d’intérêt général
dans le cadre du programme « Mathe für alle—Vorlesungen im Freien ».
Bielefeld, Allemagne, juin 2008 : On the conjecture of Birch and Swinnerton-Dyer.
Conférence générale dans la série « Jahrtausendprobleme der Mathematik ».
Bonn, Allemagne, juin et juillet 2008 : Periods of modular forms (trois conférences).
Conférences pour membres de l’école doctorale « IMPRS », Max-Planck-Institut für
Mathematik.
Bonn, Allemagne, juillet 2008 : Von Zahlentheorie zu Knotentheorie zu Quantentheorie.
Conférence populaire, « Nacht der offenen Tür » du Max-Planck-Institut für Mathematik.
Bayreuth, Allemagne, juillet 2008 : Diophantische Gleichungen: 2000 Jahre alt und noch
nicht gelöst. Conférence spéciale dans le cadre du Tag der Mathematik de l’Université de
Bayreuth.
Bonn, Allemagne, juillet 2008 : Mock theta functions, indefinite theta series and wall-
crossing formulas. Workshop on Mirror Symmetry, Hausdorff Institute for Mathematics.
Bonn, Allemagne, juillet 2008 : Teichmüller curves and modular forms. Workshop on
Codes, Invariants and Modular Forms, Max-Planck-Institut für Mathematik.
114 DON ZAGIER

Tokyo, Japon, août 2008 : q-series and modularity. Algebra Colloquium, Tokyo
University.
Tokyo, Japon, août 2008 : The mathematics of and around Seki Takakazu as seen through
the eyes of a contemporary mathematician. International Conference on History of Mathematics
in Memory of Seki Takakazu, Tokyo University of Science.

Autres Missions et Activités

Bonn, Allemagne, février 2008 : Entretien enregistré avec Deutschlandfunk, diffusé le


12 mai 2008.
Bonn, Allemagne, mars 2008 : Entretien enregistré avec WDR, diffusé le 29 avril
2008.
Bar-Ilan, Israël, mai 2008 : Beirat (comité scientifique), Emmy Noether Institute.
Utrecht, Pays-Bas, mai 2009 : Membre du jury, thèse de Oliver Lorscheid (« Toroidal
automorphic forms for function fields »), Universiteit Utrecht.
Bonn, Allemagne, juin 2008 : Rapporteur et membre du jury pour la thèse de mon
étudiant Anton Mellit (« Higher Green’s functions for modular forms »), Universität
Bonn.
Berlin, Allemagne, juin 2008 : « Mathematik im Gespräch », discussion publique avec
R. Taschner, Akademientag, Deutsche Union der Akademien der Wissenschaften.
Paris, juin 2008 : Rapporteur et membre du jury, thèse de Sarah Carr (« Multizeta
values : Lie algebras and periods on ᑧ0,n »), Université de Paris 6.

Publications et Prépublications

(avec L. Weng) Deligne products of line bundles over moduli spaces of curves. Commun.
in Math. Phys. 281 (2008), no 3, 793-803.
Evaluation of S (m, n). Appendice à « Low energy expansion of the four-particle genus-
one amplitude in type II superstring theory » par M. Green, J. Russo et P. Vanhove,
JHEP 02 (2008), 020, pp. 33-34.
Integral solutions of Apéry-like recurrence equations. A paraître dans Groups and
Symmetries : From the Neolithic Scots to John McKay, CRM Proceedings and Lecture Notes
of the American Mathematical Society, 47 (2008), Centre de Recherches Mathématiques,
18 pages.
Ramanujan’s mock theta functions and their applications (d’après Zwegers and
Bringmann-Ono). Séminaire Bourbaki, 60e année, 2006-2007, no 986, à paraître dans
Astérisque, 20 pages.
(avec A. Zinger) Some properties of hypergeometric series associated with mirror
symmetry. Dans Modular Forms and String Duality, Fields Institute Communications 54
(2008), pp. 163-177.
Exact and asymptotic formulas for vn. Appendice à « Sequences of enumerative geometry :
congruences and asymptotics » par D. Grünberg et P. Moree, pp. 21-24, à paraître dans
Experimental Mathematics.
Physique quantique

M. Serge Haroche, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

Le cours de l’année 2007-2008

Le cours donné au Collège de France, de janvier à mars 2008, était intitulé


« Mesures quantiques non destructives ». Il a analysé les propriétés fondamentales
de la mesure en physique quantique et ses relations avec les concepts de
complémentarité, d’intrication et de décohérence. Il s’est ensuite focalisé sur
l’analyse des mesures non destructives (Quantum Non-Demolition ou QND en
anglais). Celles-ci projettent le système mesuré dans un des états propres de
l’observable mesurée et peuvent être répétées un grand nombre de fois, en redonnant
le même résultat tant que le système n’est pas perturbé. Cette propriété les rend
potentiellement utiles à la détection ultra-sensible de faibles perturbations. L’histoire
des mesures QND de la lumière a été rappelée et les expériences récentes
d’électrodynamique quantique en cavité qui ont permis la détection non destructive
de photons uniques ont été décrites. Ces expériences sont réalisées sur des champs
de quelques photons piégés pendant une fraction de seconde dans une cavité de
très grand facteur de qualité. Elles constituent une nouvelle façon de « voir » la
lumière en suivant en temps réel les trajectoires stochastiques du nombre de
photons et en enregistrant les sauts quantiques associés à la perte ou à la création
d’un seul quantum. Ces mesures QND permettent la reconstruction complète de
l’état quantique du champ dans la cavité, ouvrant la voie à l’étude détaillée des
états de type « chat de Schrödinger », superpositions cohérentes d’états photoniques
de phase ou d’amplitudes différentes. Chaque leçon était accompagnée d’une
présentation par ordinateur consultable dès le jour du cours sur le site internet du
Collège de France et de l’Ecole normale supérieure ou, plus directement, à l’adresse
internet www.cqed.org.

Un tiers de l’enseignement de la chaire a par ailleurs été donné à Chicago, à


l’invitation de l’université de cette ville. Un des cours a été présenté dans le cadre
des Colloquiums du département de physique de l’université et les autres donnés
116 SERGE HAROCHE

aux étudiants et post-docs dans le domaine de la physique atomique et de l’optique


quantique. Dans ces présentations, j’ai décrit les mesures non-destructives de
lumière réalisées dans mon groupe de recherche à l’ENS (voir plus loin).
Le cours donné à Paris, réparti sur sept leçons, a traité les questions suivantes :
1. Mesures projectives en physique quantique.
2. Mesures généralisées et POVM (Positive Operator Valued Measures).
3. Généralités sur les mesures quantiques non-destructives (QND).
4. Expériences QND en électrodynamique quantique avec des atomes de
Rydberg.
5. Comptage QND de 0 ou 1 photon.
6. Comptage QND de N photons : projection progressive du champ.
7. Perspectives ouvertes par les mesures QND en électrodynamique quantique
en cavité.
La première leçon a commencé par rappeler de façon générale les propriétés
essentielles de la mesure d’un système microscopique en physique quantique. Par
« mesure » on comprend au sens large toute expérience qui extrait de l’information
d’un système quantique. Alors qu’en physique classique, le système étudié peut se
trouver dans un état indépendant de tout observateur et être mesuré sans
perturbation, en physique quantique une mesure est un processus plus complexe,
dans lequel l’état de l’objet mesuré est en général modifié. Le résultat de la mesure et
son effet sur le système sont décrits de façon statistique, la théorie ne pouvant que
déterminer la loi de probabilité du processus (« Dieu joue aux dés »). Les propriétés
de la mesure quantique entraînent des limitations (certaines mesures sont
incompatibles entre elles — cf. relations d’incertitude de Heisenberg) et des
impossibilités (par exemple théorème de « non-clonage » d’un état inconnu). Ces
caractéristiques, souvent décrites négativement, peuvent être exploitées de façon
positive pour réaliser des opérations impossibles en physique classique (cryptographie
et calcul quantiques).
Après ces rappels généraux, la leçon a abordé le problème plus spécifique de la
mesure quantique de la lumière. Le champ électromagnétique est un système central
en physique. L’essentiel de l’information qui nous provient du monde est véhiculé
par lui. Comprendre la mesure de la lumière dans la théorie quantique a toujours
préoccupé les physiciens, depuis Planck (1900), Einstein (1905) et les débuts de la
mécanique quantique moderne (expériences de pensée de Bohr, Einstein et
Schrödinger). La dualité de la lumière (onde et ensemble de photons à la fois) joue
un rôle fondamental dans cette théorie. L’optique quantique, née avec le laser en
1960, a reposé dans un contexte moderne les questions posées dans les années 1920.
La théorie de la mesure de la lumière, le comptage de photons, établie par R. Glauber
(1963), constitue le cadre d’analyse de toutes les expériences d’optique.
La mesure de la lumière implique son interaction avec un milieu matériel auquel
l’information véhiculée par le champ est transférée. Ce transfert s’effectue en général
PHYSIQUE QUANTIQUE 117

par absorption d’énergie (effet photo-électrique étudié par Einstein en 1905), si bien
que le champ est détruit par la mesure. Cette destruction est une limitation des
expériences d’optique non imposée par la physique quantique. Les physiciens se sont
demandés, depuis les années 1970, comment détecter les photons de façon non
absorptive, les laissant présents après la mesure. Un tel procédé dit QND (pour
Quantum Non-Demolition) ouvrirait la voie à de nombreuses applications.
Nous avons ensuite décrit différents modèles d’appareils réalisant une mesure
projective idéale. Nous avons en particulier analysé un modèle simple dans lequel
l’appareil de mesure est un moment angulaire, superposition symétrique de spins ½.
L’importance de la décohérence dans le processus de mesure a été soulignée. Les
incertitudes sur les mesures de variables conjuguées ont été rappelées, et la limite que
ces incertitudes imposent sur la précision des mesures a été discutée. Certains aspects
« paradoxaux » de la mesure ont été soulignés (effet Zenon). Enfin, les propriétés des
corrélations entre mesures effectuées sur des parties spatialement séparées d’un
système nous ont conduit à rappeler l’aspect non-local de la physique quantique.
Dans la deuxième leçon, nous avons décrit des mesures « généralisées » n’obéissant
pas aux critères restrictifs de la mesure projective idéale de von Neumann. Ces
mesures qui donnent une information plus ou moins partielle sur l’état d’un
système quantique correspondent souvent à des situations plus proches des
expériences réelles que les mesures projectives. Un cas particulier important de
mesure généralisée est défini par un ensemble d’opérateurs hermitiques positifs
formant un « POVM » (Positive Operator Valued Measure). Le lien entre mesures
généralisées, POVM et mesure projective a été rappelé et un certain nombre
d’exemples intéressants pour la suite ont été présentés.
Comme nous l’avions vu dans la première leçon, un modèle simple de processus
de mesure est réalisé par le couplage d’un système quantique S à un ensemble de
N spins ou « qubits » de mesure indépendants (constituant un moment angulaire
J = N/2). Nous avons montré que l’acquisition partielle d’information résultant du
couplage de S avec un seul qubit est un POVM et avons décrit comment
l’accumulation de mesures POVM résultant du couplage avec un ensemble de
qubits se transforme en mesure projective. Nous avons aussi montré que l’acquisition
d’information sur S résultant de la mesure POVM s’apparente à un processus
d’inférence bayesienne en théorie des probabilités. Nous avons conclu la leçon en
considérant un exemple curieux de mesure, dans lequel il semble que l’information
soit obtenue « sans que le système mesuré ait interagi avec l’appareil ». Le paradoxe
provient, comme dans d’autres cas du même genre, de l’utilisation indue de
concepts classiques pour décrire une situation quantique.
La troisième leçon a introduit les mesures QND du champ électromagnétique.
Le but en est de mesurer une observable du champ sans la perturber de façon à
pouvoir répéter la mesure et retrouver le même résultat dans une mesure ultérieure.
Il s’agit de la mesure projective d’une observable qui ne change pas entre deux
détections successives sous l’effet de l’évolution Hamiltonienne. L’énergie du
118 SERGE HAROCHE

champ et son nombre de photons sont des observables pouvant être mesurées de
façon QND, à condition d’éviter l’absorption de photons dans le détecteur. Nous
avons présenté quelques modèles simples de mesures QND, basées soit sur la
détection de la pression de radiation exercée sur un miroir (mesures opto-
mécaniques), soit sur l’effet Kerr croisé dans un milieu optique non linéaire. Nous
avons analysé l’effet en retour de la mesure sur la phase du champ, ce qui nous a
conduit à définir de façon rigoureuse un opérateur de phase. L’analyse s’appuie soit
sur une description des champs en terme de vecteurs d’états (ce qui est bien adapté
au cas où la mesure projette le champ sur un état de Fock), soit sur une discussion
en terme de bruit de photon, commode lorsque la mesure ne discrimine pas les
photons individuels et que le champ apparaît comme une variable continue
fluctuante. Les deux approches sont bien sûr équivalentes à la limite continue.
A partir de la quatrième leçon, nous avons abordé la description du comptage non
destructif de photons micro-ondes dans une cavité de très grand facteur de qualité.
Cette méthode QND, qui atteint la résolution des quanta de rayonnement, exploite
les concepts de l’Electrodynamique Quantique en Cavité (CQED), dont nous avons
commencé par rappeler les principes. Nous avons évoqué brièvement des expériences
de CQED faites dans le domaine optique pour les distinguer des études micro-onde
qui nous intéresseront plus particulièrement ici. La méthode QND de comptage
utilise pour détecter les photons les propriétés remarquables des atomes de Rydberg
dans des états circulaires couplés à une cavité micro-onde supraconductrice. Nous
avons consacré l’essentiel de la leçon aux atomes, et laissé la description de la cavité
pour la leçon suivante. Un aspect remarquable du principe de correspondance est
que les propriétés des états circulaires (dont tous les nombres quantiques sont grands)
peuvent se comprendre à partir d’une description quasi-classique, en n’introduisant
les concepts quantiques (quantification des orbites atomiques et du champ rayonné)
que de façon minimale, à l’image de la description de l’ancienne théorie des quanta
de Bohr. Nous avons décrit ainsi classiquement le rayonnement de ces états
circulaires, leur susceptibilité aux champs électriques et leur couplage à la cavité.
Nous avons enfin analysé les méthodes de préparation et de détection des atomes de
Rydberg circulaires et leur sélection en vitesse.
La cinquième leçon a été consacrée aux expériences d’électrodynamique en cavité
micro-onde détectant, sans les détruire, des photons uniques piégés. Les sondes du
champ sont des atomes de Rydberg traversant un à un la cavité C. Le champ laisse
une empreinte sur la phase d’une superposition d’états atomiques, préparée avant
l’entrée des atomes dans C par une première impulsion micro-onde R1 et analysée,
après C, par une seconde impulsion R2. L’ensemble R1-R2 est un interféromètre
de Ramsey. Le détecteur D mesure l’état final de l’atome. L’information fournie
par chaque atome est binaire, ce qui suffit pour discriminer entre 0 et 1 photon.
Le photon n’étant pas détruit, la mesure peut en principe être indéfiniment répétée.
Deux expériences ont été analysées. La première (1999) exploite une interaction
atome-cavité résonnante, la condition QND étant réalisée en ajustant le temps
d’interaction pour que l’atome revienne dans son état initial, sans absorber le
PHYSIQUE QUANTIQUE 119

photon (impulsion Rabi 2π). Elle a été faite dans une cavité amortie en un temps
TC = 1 ms, trop court pour de multiples répétitions de la mesure. La seconde
expérience (2006) utilise une interaction dispersive non-résonnante et une cavité
stockant les photons pendant un temps très long (Tc = 0,13 s). Des centaines de
mesures indépendantes du même photon ont permis d’observer pour la première
fois les sauts quantiques associés à l’annihilation et la création de photons dans les
miroirs de la cavité. Avant de décrire ces expériences, nous avons commencé par
des rappels théoriques sur les états du système atome-champ dans la cavité.
La sixième leçon a montré comment la méthode de mesure QND dispersive de 0
ou 1 photon peut être généralisée au comptage d’un nombre de photons supérieur à
1. Nous avons rappelé que la mesure d’un quantum de lumière unique nécessitait
que le déphasage Φ0 induit par un photon sur le dipôle atomique vaille π. Chaque
atome, décrit comme un spin, sort alors de l’appareil en pointant le long de l’une de
deux directions opposées, indiquant que C contient 0 ou 1 photon. Le réglage Φ0=π
est adapté à la mesure de la parité du nombre n de quanta, assimilable à n si le
champ, très faible, a une probabilité négligeable de contenir plus d’un photon. Pour
des champs plus grands, le comptage QND reste possible en modifiant Φ0. La valeur
de n ne peut plus être obtenue à l’aide d’un seul ‘spin’ mais doit être extraite d’un
ensemble d’atomes. En détectant les ‘spins’ de cet ensemble un à un, on observe
l’évolution progressive du champ vers un état de Fock, ce qu’on appelle l’effondrement
ou ‘collapse’ de sa fonction d’onde. La répétition de la mesure correspondant au
passage dans C d’ensembles d’atomes successifs, révèle la cascade en marches
d’escalier du nombre de photons vers le vide, due à la relaxation du champ. Après
quelques rappels et remarques générales, nous avons analysé cette procédure de
mesure idéale de la lumière en l’appliquant à un petit champ cohérent.
La septième et dernière leçon nous a permis d’apporter quelques précisions sur les
mesures QND de champs piégé micro-onde et de conclure le cours sur quelques
perspectives. Nous avons vu (leçon 6) que la mesure d’une séquence de m atomes
traversant un à un une cavité C en étant tous soumis au même déphasage par
photon Φ0 réduit progressivement le champ à un état de Fock |n>. Le nombre m
augmente comme nm2, où nm est la borne supérieure de n. Nous avons décrit le
principe d’une variante de cette expérience, utilisant successivement des atomes
soumis à des déphasages Φ0 = π, π/2, π/4…, qui peut déterminer n avec seulement
m~log2 nm atomes.
Nous nous sommes intéressé ensuite au premier état intermédiaire du champ,
entre l’état initial cohérent et l’état de Fock final. L’action en retour de la mesure
QND produit après détection du premier atome une superposition d’états du
champ avec 2 phases classiques différentes. Quand Φ0 = π, les composantes de ce
« chat de Schrödinger » ont des amplitudes opposées et ne contiennent, suivant
l’état final de l’atome, qu’un nombre pair ou impair de photons. En injectant dans
C un champ cohérent d’homodynage et en continuant à mesurer de façon QND
avec les atomes suivants la parité de n, on reconstruit la fonction de Wigner de ces
120 SERGE HAROCHE

‘chats’ et on étudie en temps réel leur décohérence. Nous avons présenté le principe
de ces expériences qui ont été décrites plus en détail dans le séminaire de I. Dotsenko
qui faisait suite au cours. Nous avons enfin conclu la leçon par la description d’une
expérience d’effet Zénon sur un champ mesuré de façon répétée et par une brève
présentation des études sur la non-localité que nous comptons effectuer, dans le
prolongement de ces expériences, avec deux cavités.

Enseignement du Collège de France « hors les murs »


L’enseignement donné à Chicago en octobre 2008 était destiné aux étudiants et
chercheurs du département de physique de l’Université de Chicago. Deux leçons
étaient réservées aux étudiants en thèse (graduate students) et aux post-docs en
physique atomique et en optique quantique. Elles ont porté sur la description des
expériences QND en électrodynamique quantique en cavité traitées dans le cours
donné à Paris (contenu des leçons 5 à 7 décrites ci-dessus). Deux autres leçons
étaient destinées aux étudiants en maîtrise (undergraduates) et ont constitué une
introduction générale à l’optique quantique et au refroidissement des atomes par
laser. Enfin, un colloquium plus général intitulé « Counting photons without
destroying them: an ideal measurement of light » a été donné à l’ensemble du
département de physique de l’université.

Les séminaires de l’année 2007-2008


Une série de sept séminaires accompagnait le cours du Collège de France à Paris
en le complétant et en en illustrant différents aspects. En voici la liste dans l’ordre
où ils ont été donnés :
21 janvier 2008 : Interférence à un photon, complémentarité et expérience à choix retardé
de Wheeler.
Jean-François Roch, ENS-Cachan.
28 janvier 2008 : Circuit QED : Quantum Optics of Electrical Circuits.
Steven Girvin, Yale University.
4 février 2008 : Optical manipulation of quantum dot spins.
Atac Imamoglu, ETH Zurich.
11 février 2008 : Chatons de Schrödinger et états non gaussiens de la lumière : de nouveaux
outils pour les communications quantiques.
Philippe Grangier, Institut d’Optique, Palaiseau.
25 février 2008 : Cavity-free efficient coupling of single photons and single emitters.
Vahid Sandoghdar, ETH, Zurich.
3 mars 2008 : Precision quantum metrology with lattice-confined ultracold atoms.
Jun Ye, JILA et Université de Boulder, Colorado.
10 mars 2008 : Tomography of photonic Schrödinger cats in a cavity.
Igor Dotsenko, LKB- ENS et Collège de France.
PHYSIQUE QUANTIQUE 121

Autres conférences et séminaires de Serge Haroche

En dehors de ses cours au Collège de France et à Chicago, S. Haroche a donné


les séminaires, cours et conférences suivants entre juillet 2007 et juin 2008 :
— Août 2007 : Communication invitée à la Gordon Research Conference on Quantum
Control of Light and Matter : « From Quantum Non-demolition measurements of photons to
the control of quantum states of light in a cavity », Newport, États-Unis.
— Août 2007 : Quatre cours à l’École Latino Américaine de Physique, ELAF 2007 :
« Quantum information with atoms and photons in cavities », Mexico.
— Septembre 2007 : Communication invitée à la Conférence « Photons, Atoms and
Qubits » de la Royal Society : « Quantum non-demolition counting of photons in a cavity: an
ideal measurement of light », Londres.
— Septembre 2007 : Communication invitée à la Conférence QuAMP 2007 : « Quantum
non-demolition counting of photons applied to the investigation of non-classical states of light »,
University College, Londres.
— Octobre 2007 : Colloquium à Argonne National Laboratories : « Quantum non-
demolition measurement of light : The birth, life and death of trapped photons », Argonne,
Illinois.
— Octobre 2007 : Communication invitée à la Conférence QIPC 2007 : « Quantum
Non-Demolition Counting of Photons in a Cavity : an ideal measurement of light »,
Barcelone.
— Novembre 2007 : Colloquium à l’Université d’Oxford : « Counting photons without
destroying them: an ideal measurement of light ».
— Décembre 2007 : Colloquium à MIT : « Trapping and counting photons without
destroying them: a new way to look at light », Cambridge, États-Unis.
— Décembre 2007 : Séminaire à Harvard University : « Quantum Non-Demolition
measurement of light and tomography of photonic Schrödinger cats in Cavity QED », Cambridge,
États-Unis.
— Janvier 2008 : Communication invitée à la Conférence « Quantum Noise in Strongly
Correlated Systems : “Non-destructive photon counting and reconstruction of photonic ‘Schrödinger
cat’ states” in cavity QED », Institut Weizman, Israël.
— Janvier 2008 : Conférence à l’École polytechnique : « Voir sans détruire la lumière : vie
et mort de photons dans une cavité ».
— Janvier 2008 : Présentation au Colloque ANR Lumière : « Champs mésoscopiques non-
locaux en electrodynamique quantique en cavité », Orsay.
— Février 2008 : Colloquium à Los Alamos : « Quantum Non Demolition counting of
photons and Schrödinger cat tomography in Cavity QED experiments », Los Alamos, Nouveau-
Mexique, États-Unis.
— Février 2008 : Communication invitée au Workshop SQUINT (Southwest Quantum
information and technology) : « Quantum Non-Demolition counting of photons in Cavity
QED », Santa Fe, Nouveau-Mexique, États-Unis.
— Mars 2008 : Présentation invitée à la Young Atom Optician Conference : « Trapping
and counting photons without destroying them : a new way to look at light », Florence, Italie.
— Mars 2008 : Conférence invitée au Meeting de la Société Finlandaise de Physique :
« Trapping and counting photons without destroying them: a new way to look at light », Turku,
Finlande.
122 SERGE HAROCHE

— Avril 2008 : Rydberg lecture à l’Université de Lund : « Trapping and counting photons
without destroying them: a new way to look at light », Lund, Suède.
— Avril 2008 : Communication invitée à la Conference on precision measurements with
quantum gases : « QND photon counting applied to the preparation and reconstruction of
Schrödinger cat states of light trapped in a cavity », Trente, Italie.
— Avril 2008 : Colloquium à l’Université du Wisconsin : « Trapping and counting photons
without destroying them: a new way to look at light », Madison, Wisconsin, États-Unis.
— Avril 2008 : Séminaire à l’Université du Wisconsin : « Reconstructing the Wigner
function of a photonic Schrödinger cat in a cavity : a movie of decoherence », Madison,
Wisconsin, États-Unis.
— Avril 2008 : Colloquium à l’université de Bielefeld : « Trapping and counting photons
without destroying them : a new way to look at light », Bielefeld, Allemagne.
— Avril 2008 : Colloquium à l’Université d’Innsbruck : « Quantum non-demolition
photon counting & Schrödinger cat states reconstruction in a cavity », Innsbruck, Autriche.
— Mai 2008 : Présentation invitée au Solvay Workshop on Bits, Quanta, and Complex
System: « Generating and reconstructing non-classical photonic states in Cavity QED : present
stage and perspectives », Bruxelles.
— Mai 2008 : Conférence invitée au Workshop on Quantum Phenomena and
Information « Reconstructing the Wigner function of photonic Schrödinger cats in a cavity : a
movie of decoherence », Trieste, Italie.
— Mai 2008 : Colloquium à l’Université technologique de Vienne : « Time-resolved
reconstruction of photonic Schrödinger cats in a cavity : a movie of decoherence », Vienne,
Autriche.
— Juin 2008 : Conférence invitée au Symposium en l’Honneur du 75e anniversaire de
Peter Toschek : « From atom to light quantum jumps : applying to photons the wizard tricks
learned from Peter Toschek and his ion trapper colleagues », Hambourg.

Activités de recherche

Le travail de recherche de S.Haroche se déroule au sein du Laboratoire Kastler


Brossel (LKB) de l’École normale supérieure. Il y co-dirige, avec ses collègues Jean-
Michel Raimond (Professeur à Paris VI et à l’Institut universitaire de France) et
Michel Brune (Directeur de recherche au CNRS) une équipe de chercheurs et
d’étudiants (groupe d’électrodynamique quantique en cavité). Un des chercheurs
du groupe est un visiteur postdoctoral recruté sur un poste de maître de conférence
au Collège de France, Monsieur Igor Dotsenko (de nationalité ukrainienne).
Le thème général des recherches du groupe porte sur l’étude des effets quantiques
(intrication, complémentarité et décohérence) et de leurs applications dans des
systèmes constitués d’atomes en interaction avec des photons. Un rapport d’activité
complet est rédigé tous les deux ans pour le comité national du CNRS et contient
une analyse détaillée des problèmes scientifiques abordés par le groupe et un bilan
des résultats nouveaux.
Nos recherches se poursuivent depuis quelques années dans deux directions :
d’une part, nous étudions des états non-classiques de champs mésoscopiques piégés
dans des cavités de très grand facteur de qualité, d’autre part nous réalisons des
PHYSIQUE QUANTIQUE 123

« puces » à atomes piégeant de petits échantillons d’atomes froids au voisinage de


circuits supraconducteurs. La problématique de ces deux types d’expériences a été
détaillée dans le résumé de cours et travaux antérieurs et nous nous contenterons
d’indiquer ici les résultats obtenus au cours de la dernière année.

1) Gel de l’évolution cohérente d’un champ quantique dans une cavité :


une démonstration de l’effet Zénon quantique

La mesure QND du champ décrite dans le résumé des travaux de l’année


dernière permet une observation répétée d’un système quantique. On sait que dans
ces conditions, toute évolution cohérente du système peut se trouver inhibée, en
raison de sa projection répétée sur l’état initial. Il s’agit du fameux effet Zénon,
analysé théoriquement depuis longtemps en physique quantique et observé sur un
certain nombre de systèmes simples au cours des dernières années. Avec notre
montage nous avons pu en faire une démonstration spectaculaire en gelant le
champ dans une cavité excitée par une succession d’impulsions micro-onde en
phase. Si le champ est laissé libre entre ces impulsions, il se bâtit dans la cavité
sous l’effet constructif des excitations successives. Si on le mesure entre deux
impulsions, cette construction du champ est empêchée et il reste très proche de
son état initial, le vide. L’expérience confirme en tous points les prévisions
théoriques et permet d’interpréter cet effet Zénon comme résultant de l’action en
retour de la mesure du nombre de photons sur la phase du champ.

2) Reconstruction d’états non classiques du champ piégé dans une cavité

La mesure quantique non destructive (QND) du nombre de photons a également


ouvert la voie à des expériences nouvelles de reconstruction complète de l’état d’un
champ piégé. Bien que la mesure QND ne fournisse en principe qu’une information
sur le nombre de photons, on peut l’utiliser pour réaliser une « tomographie »
complète d’un état quantique arbitraire préparé dans la cavité. En effet notre
mesure du nombre de photons permet, en la répétant un grand nombre de fois,
de mesurer la probabilité d’occurrence d’un nombre de photon donné dans un état
quelconque du champ. On peut ainsi directement mesurer les éléments diagonaux
de la matrice densité du champ dans la base des états nombre. En couplant une
source classique au mode de la cavité contenant le champ à mesurer, on réalise une
simple opération de translation de l’état du champ dans l’espace des phases (plan
de Fresnel). Cette opération redistribue les éléments de matrice non diagonaux de
l’opérateur densité du champ de sorte que la mesure de la probabilité du nombre
de photons de l’état translaté devient sensible à ces éléments non diagonaux. Si on
réalise cette mesure pour un nombre suffisant de translations différentes de l’état
à mesurer, on obtient un ensemble de contraintes qui déterminent complètement
l’opérateur densité du champ, ou, de façon équivalente, sa distribution de
Wigner.
124 SERGE HAROCHE

Nous venons d’appliquer cette méthode à la mesure de la fonction de Wigner


des états nombre de photons (états de Fock) préparés par notre méthode de mesure
non destructive, et d’états « chats de Schrödinger » du champ. Ces états,
superpositions quantiques de deux champs quasi-classiques de phases différentes,
sont préparés par la détection du premier atome utilisé pour la mesure QND du
champ. Leur préparation peut être vue comme l’action en retour d’une mesure
QND du nombre de photons sur son observable conjuguée, la phase du champ.
En appliquant notre protocole de reconstruction complète de l’état quantique du
champ après un délai variable, nous pouvons enregistrer le film de la décohérence
d’un chat de Schrödinger, c’est à dire observer toutes les étapes de son passage à
travers la frontière floue entre les mondes quantique et classique.

3) Expérience de puce à atome cryogénique

Après la réalisation de pièges à atome sur puce à courants supraconducteurs et


l’observation de la première condensation de Bose Einstein dans ce système (voir
résumé des travaux précédent), nous avons passé la dernière année à analyser la
durée de vie des atomes dans ce type de piège, très différent des systèmes à
température ambiante réalisés jusqu’alors. Un des principaux défis posé par les
puces à atomes est de parvenir à amener l’échantillon atomique à proximité de la
surface. C’est en effet dans ce régime que l’on obtient les plus grands confinements,
importants pour de nombreuses expériences. Il a malheureusement été observé que
le temps de vie des atomes dans le piège décroît de manière importante à très
courte distance de surfaces métalliques. On comprend bien les raisons physiques
de ce phénomène : les atomes s’approchent en effet de matériaux dans lesquels
existent des fluctuations thermiques de courant. Ces dernières rayonnent un champ
magnétique aléatoire au niveau des atomes dont certaines composantes spectrales
induisent des transitions vers des niveaux Zeeman non piégés. Le bruit magnétique
devient très important à courte distance du fait du rayonnement en champ proche
des sources de courant. On attend une situation radicalement différente dans le
cas des supraconducteurs.
Le théorème fluctuation-dissipation permet de relier le taux de pertes du piège à la
dissipation du métal par effet Joule à la fréquence de transition atomique. Or ce type
de perte est diminué drastiquement dans le cas des matériaux supraconducteurs. Les
modèles les plus simples de supraconductivité prédisent une augmentation de la
durée de vie des atomes dans le piège de plus de 6 ordres de grandeurs par rapport à
un métal normal. Toute la difficulté est cependant de disposer d’un modèle théorique
qui rende bien compte de la réponse du supraconducteur. Il y a un certain débat sur
cette question au sein de la communauté des théoriciens de la supraconductivité, en
particulier dans le cas des supraconducteurs de type II (comme le niobium) dans
lesquels existent des vortex de champ magnétique. Nous avons engagé une
collaboration avec des chercheurs du Laboratoire Pierre Aigrain spécialistes de la
question. Nous devrions bientôt apporter des réponses théoriques sur l’effet des
vortex sur le temps de vie des atomes. Il semble, au vu des résultats préliminaires,
PHYSIQUE QUANTIQUE 125

que la présence des vortex raccourcisse la durée de vie des atomes, mais qu’elle la
laisse cependant très supérieure à ce qu’elle est en présence de métaux normaux. Pour
vérifier ces prévisions, il est essentiel du point de vue expérimental de pouvoir
mesurer de très longs temps de vie dans le piège sans être limité par des causes de
bruit technique. Atteindre ou approcher les très longs temps de piégeage prédits par
la théorie est un but difficile, mais indispensable si l’on veut tirer avantage des puces
cryogéniques. Nous avons à cette fin réduit significativement les sources de bruit
technique dans notre expérience. Ceci nous a permis d’augmenter d’un facteur 5 le
temps de vie rapporté précédemment et ouvre la voie à une mesure réaliste de la
dissipation dans les puces supraconductrices.

Publications du groupe d’électrodynamique quantique en cavité


(juillet 2007 - juin 2008)

1. C. Guerlin, J. Bernu, S. Deléglise, C. Sayrin, S. Gleyzes, S. Kuhr, M. Brune,


J.-M. Raimond et S. Haroche, « Progressive field state collapse and quantum non-demolition
photon counting », Nature, 448, 889 (2007).
2. S. Haroche, M. Brune et J.-M. Raimond, « Measuring the photon number parity in a
cavity : from light quantum jumps to the tomography of non-classical field states », Journal
of Modern Optics, 54, 2101 (2007).
3. S. Haroche, « A short history of Cavity Quantum Elecrodynamics » dans Coherence
and Quantum Optics IX, N.P. Bigelow, J.H. Eberly et C.R. Stroud, éditeurs, AIP (2008).
4. M. Brune, S. Gleyzes, S. Kuhr, C. Guerlin, J. bernu, S. Deléglise, U. Busk Hoff,
J.-M. Raimond et S. Haroche, « Observing quanum jumps of light by Quantum
Non-Demolition measurements » dans Coherence and Quantum Optics IX, N.P. Bigelow,
J.H. Eberly et C.R. Stroud, éditeurs, AIP (2008).
5. S. Haroche, C. Guerlin, J. Bernu, S. Deléglise, C. Sayrin, S. Gleyzes, S. Kuhr,
M. Brune et J.-M. Raimond, « Quantum Non-Demolition counting of photons in a cavity »
dans Laser Spectrsocopy XVIII, L. Holberg , J. Bergquist et M. Kasevich editeurs, World
Scientific (2008).
6. S. Haroche, J.-M. Raimond and M. Brune, « Schrödinger cat states and decoherence
studies in cavity QED », Proceedings of the Durban Conference « Theoretical and
experimental foundations of modern technologies », European Physical Journal-Special
Topics, Volume : 159 pages : 19 (2008).
7. C. Roux, A. Emmert, A. Lupascu, T. Nierregarten, G. Nogues, M. Brune,
J.-M. Raimond et S. Haroche : Bose-Einstein condensation on a superconducting atom
chip, Ero. Phys. Lett. 81, 56004 (2008).
8. S. Deléglise, I. Dotsenko, C. Sayrin, J. Bernu, M. Brune, J.-M. Raimond et S. Haroche,
Reconstruction of non-classical cavity field states and movie of their decoherence, soumis à
publication (juin 2008).
9. J. Bernu, S. Deléglise, C. Sayrin, S. Kuhr, I. Dotsenko, M. Brune, J.-M. Raimond et
S. Haroche, Freezing coherent field growth in a cavity by quantum Zeno effect, soumis à
publication (juillet 2008).
Physique mésoscopique

M. Michel Devoret, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

1. Enseignement au Collège

1.1. Cours de l’année 2008 : « Signaux et circuits quantiques »

En informatique, la notion de bit, unité élémentaire d’information, est souvent


discutée en termes abstraits, dissociés d’une implémentation particulière. C’est le
cas par exemple lorsqu’on aborde les opérations booléennes. Ceci est justifié par
l’universalité de la plupart des algorithmes et des protocoles de communication,
lesquels sont largement indépendants des détails de la représentation. Toutefois,
quand on s’intéresse aux limites ultimes des paramètres du traitement de
l’information comme le débit, le volume de données, la consommation d’énergie,
le temps de latence, etc., la nature physique et les interactions mutuelles des degrés
de liberté porteurs de l’information deviennent cruciales. Dans ce cours, est
explorée la physique des dispositifs et des systèmes électroniques qui traitent
l’information au niveau le plus élémentaire : le un et le zéro sont représentés par
la présence et l’absence d’un quantum d’excitation des champs électromagnétiques
dans le circuit. Les leçons de cette année ont constitué une introduction à ce
domaine, limitée aux situations où le traitement quantique des signaux et des
circuits est en continuation la plus directe du traitement classique.

La première leçon a commencé par quelques rappels de théorie des circuits


classiques, comme les définitions concernant les variables de nœuds et les variables
de boucles, les lois de Kirchhoff et les relations constitutives des éléments du
circuit, à partir de l’exemple simple d’un circuit résonant LC (inductance +
capacitance). L’élément d’information quantique, le bit quantique est constitué
d’une paire de niveaux quantiques — généralement le niveau fondamental et le
premier niveau excité — d’un degré de liberté élémentaire, en l’occurrence celui
d’un mode électromagnétique du circuit. On a compris depuis le milieu des années
90 que l’information quantique est extrêmement puissante quand il s’agit de
128 MICHEL DEVORET

représenter de façon minimale les relations contenues dans la donnée d’une


fonction. Mais comment en pratique implémenter les bits quantiques ? Peut-on
tout simplement utiliser les niveaux quantiques d’un circuit LC, comme on
utiliserait ceux d’un oscillateur harmonique mécanique ? En fait, ce dernier possède
la désagréable propriété d’avoir toutes les transitions entre niveaux voisins situées
à la même fréquence. Il faut donc introduire dans le circuit un élément non-
linéaire, non-dissipatif, pour isoler une paire de niveaux. Cet élément est une
jonction tunnel Josephson, qui joue le rôle d’une inductance dont la valeur varie
avec le courant. On arrive ainsi au circuit quantique élémentaire qui comprend un
minimum d’élément, la boîte à paires de Cooper, qui est constituée d’une simple
jonction tunnel en série avec une capacité et une source de courant. Ce circuit est
l’équivalent d’un simple atome hydrogénoïde en physique atomique.
Dans la seconde leçon, nous avons abordé le problème que pose l’écriture de
l’hamiltonien dans un circuit quantique arbitraire. Pour les atomes, l’hamiltonien
quantique s’obtient simplement en traitant les variables conjuguées du problème
classique — position et impulsion des électrons — comme des opérateurs qui ne
commutent pas. Qu’en est-il dans les circuits ? Le rôle de la position et de
l’impulsion est joué par le flux et la charge. Ces opérateurs canoniquement
conjugués sont définis à partir des intégrales temporelles de la tension et du
courant dans une branche du circuit. On peut se convaincre de la validité des
relations de commutation entre charge et flux à partir des relations de
commutation entre champ électrique et champ magnétique en électrodynamique
quantique. Parmi les notions surprenantes des circuits quantiques, il y a celle de
flux généralisé aux bornes d’un élément quelconque qui n’est pas nécessairement
une inductance. On arrive ainsi à la quantification des modes électromagnétiques
d’une ligne de transmission, en traitant celle-ci comme une chaîne d’oscillateurs
LC couplés.
La troisième leçon a été consacrée à la décomposition d’un signal se propageant
le long d’une ligne de transmission en modes discrets orthogonaux. Nous avons
introduit les concepts de base de la théorie des ondelettes. Il est remarquable
qu’un signal d’énergie finie puisse être décomposé sur une base d’ondes continues
à la fois localisées en temps et en fréquence. Chaque onde de base peut être
représentée par un rectangle dans le plan temps-fréquence, lequel rappelle la portée
d’une partition de musique. La largeur du rectangle correspond au pas en temps
de la base, et sa hauteur, au pas en fréquence de la base. Cette segmentation
discrète correspond à une « première quantification » des signaux. Lorsque les
propriétés de celle-ci sont bien acquises, on peut introduire la seconde
quantification : elle consiste à déclarer comme variables conjuguées les amplitudes
complexes de deux modes discrets de même index de position en temps, mais avec
des index opposés en fréquence. Cette seconde quantification implique l’existence
d’états discrets pour la fonction d’onde décrivant l’amplitude des deux modes. On
arrive ainsi aux états discrets correspondant aux photons, les ondelettes sous-
jacentes constituant la « fonction d’onde » des photons. Il faut remarquer que
PHYSIQUE MÉSOSCOPIQUE 129

cette fonction d’onde ne peut pas avoir tous ses moments finis à la fois en
fréquence et en temps, comme une fonction gaussienne, et servir en même temps
de patron pour une base discrète.
Au cours de la quatrième leçon, nous avons établi l’expression des opérateurs de
champ dans l’espace des fréquences, à partir de la décomposition du signal en ondes
de vecteurs d’onde bien déterminés. Le commutateur de ces opérateurs de champ est
singulier : il est donné par une fonction de Dirac faisant intervenir la somme des
fréquences. De même, dans l’état thermique, la valeur moyenne de l’anti-commutateur
est donnée par la même fonction de Dirac, mais multipliée par une fonction analogue
au nombre moyen de photons d’un oscillateur. On arrive ainsi à des expressions
commodes pour les calculs ; mais pour retrouver le sens physique des opérateurs, il
faut introduire les opérateurs de création et d’annihilation de mode, à partir des
ondelettes définies dans la leçon précédente. Ces opérateurs de modes permettent de
spécifier rigoureusement l’état du champ dans une ligne de transmission, par exemple
un état semi-classique du champ. On peut représenter un état semi-classique par une
généralisation du vecteur de Fresnel, surnommée parfois « sucette de Fresnel » : on
munit le segment du vecteur, qui représente l’amplitude et la phase moyenne de l’état
dans le plan des quadratures, non pas d’une pointe de flèche, mais d’un disque dont le
rayon donne l’écart type des fluctuations, en l’occurrence celles de point zéro. En
revanche, un état avec un nombre de photons bien déterminé (état dit de Fock)
correspond à une figure avec symétrie de rotation comportant une série d’anneaux, le
nombre d’anneaux étant égal au nombre de photons.
La cinquième leçon a commencé par le rappel de la relation entre le nombre
de photons dans un mode propagatif et les valeurs moyennes quadratiques
correspondantes des courants et des tensions. À partir de ce type de relation, on
peut calculer les fluctuations des quantités électriques pour un circuit LC, et par
là, établir pour une impédance quelconque la relation entre la partie réelle de
l’impédance et la densité spectrale des fluctuations du bruit Johnson. Dans le cas
quantique, cette densité spectrale est asymétrique : les fréquences positives, qui
correspondent aux processus d’émission spontanée et stimulée du circuit connecté
à l’impédance, sont plus intenses que les fréquences négatives, qui correspondent
aux processus d’absorption. Nous avons présenté ce calcul de la densité spectrale
à la fois en prenant le point de vue de Caldeira-Leggett, où l’impédance est
remplacée par une série infinie d’oscillateurs harmoniques (modes stationnaires),
et le point de vue de Nyquist, qui remplace la partie dissipative de l’impédance
par une ligne de transmission semi-infinie (modes propagatifs), peuplée par un
champ thermique incident. Le formalisme entrée-sortie est très utile pour passer
des équations du circuit avec les deux termes de dissipation et de forçage, aux
équations de diffusion des champs sur le noyau formé de la partie réactive du
circuit. Ainsi, le théorème fluctuation-dissipation quantique peut-il être vu comme
une conséquence de la propriété de symétrie du circuit : ce dernier ne peut pas
distinguer, dans le processus de diffusion des champs conduits par la ligne de
transmission, un signal déterministe du bruit thermique.
130 MICHEL DEVORET

La sixième leçon a été consacrée au processus d’amplification paramétrique. Le


point de départ est le théorème de Caves, qui stipule qu’un amplificateur préservant la
phase doit nécessairement ajouter au signal une intensité de bruit — comptée en se
référant à l’entrée — équivalente à un demi-photon par mode du signal. Comment
atteindre cette limite quantique ? La solution, dans le cas de l’amplificateur
paramétrique non-dégénéré, est simple : il faut utiliser le nombre minimum de modes
possibles, c’est-à-dire 2, si l’on compte le mode à amplifier. Au mode de signal doit
donc être adjoint un mode image, circulant dans une ligne annexe. Le modèle le plus
élémentaire de ce type d’amplificateur consiste en deux circuits LC couplés par une
inductance mutuelle variant sinusoïdalement dans le temps à la fréquence de la pompe.
Chacun des oscillateurs est couplé à la ligne de transmission servant à injecter et à
extraire les modes signal et image, ce qui est réalisé en pratique avec un circulateur. En
nous basant sur la théorie entrée-sortie, nous avons établi la matrice de diffusion pour
un tel circuit. Cette matrice possède la remarquable propriété d’être symplectique,
laquelle propriété traduit à son tour mathématiquement la conservation de
l’information par ce circuit actif, en dépit de la non-conservation de l’énergie. En
pratique l’implémentation de la mutuelle variable dans le temps est réalisée à l’aide
d’un modulateur en anneau Josephson, qui comprend quatre jonctions tunnel formant
une boucle dans laquelle est envoyé un demi-quantum de flux magnétique. La symétrie
de type pont de Wheatstone du modulateur en anneau privilégie les termes de mélange
à trois ondes dans l’hamiltonien, par rapport aux termes de couplage parasites qui
favorisent le chaos dynamique et donc un excès de bruit. Expérimentalement, on peut
donc avec un tel dispositif observer la compression du bruit dans les corrélations entre
le signal direct et le signal image, en les mesurant par interférence.
La leçon s’est achevée par une courte discussion sur le programme de l’année
2008-2009, qui poursuivra cette revue des phénomènes quantiques dans les circuits
supraconducteurs microondes, et qui se focalisera sur les aspects non-perturbatifs.

2. Enseignement en dehors du Collège


5, 7 et 12 novembre 2007 : Série de trois leçons données au département de
Physique Appliquée de Yale, dans le cadre de la chaire F.W. Beinecke. Ce cours
de physique mésoscopique s’intitulait « Single Electron Effects ».
2 juillet 2008 : Série de deux leçons données dans le cadre de l’International
School of Physics « Enrico Fermi », Quantum Coherence in Solid State Systems.

3. Activité de recherche
3.1. Signaux et circuits quantiques (en collaboration avec Nicolas Bergeal,
Flavius Schakert, Archana Kamal et Adam Marblestone)
Le phénomène d’amplification des signaux électriques par un composant
électronique actif est à la base d’un grand nombre d’applications dans tous les
domaines de la physique. Il est soumis à un principe dérivé de la relation
PHYSIQUE MÉSOSCOPIQUE 131

d’incertitude de Heisenberg : un amplificateur préservant la phase ajoute au moins


un bruit dont l’énergie correspond à un demi-photon à la fréquence du signal.
Aucune limitation n’intervient en revanche pour un amplificateur qui ne mesure
d’un signal qu’une composante ou que son énergie. Le but de notre recherche est
d’abord de montrer que l’on peut effectivement atteindre en pratique le régime où
le bruit d’un amplificateur « utile » n’est limité que par le bruit quantique, et
ensuite de vérifier les prédictions théoriques concernant le bruit ajouté au signal.
Nous travaillons dans le régime micro-onde, avec des fréquences de signaux aux
alentours de f = 10 GHz et des températures T << hf/k ∼ 500 mK. Nous utilisons
des résonateurs micro-ondes supraconducteurs dans lesquels est placé un milieu
non-linéaire purement dispersif, basé sur des réseaux de jonctions tunnel Josephson
pompés par irradiation micro-onde. La limite quantique devrait être atteinte du
fait de l’absence de dissipation parasite dans ce type de système, tout en préservant,
par degré de liberté amplificateur, une bande passante de l’ordre de 1 MHz et un
gain de l’ordre de 30 dB. Cette année, nous avons réalisé et mesuré une version
plus avancée de ce type d’amplificateur, basée sur un modulateur en anneau
Josephson. Le gain dépasse 40 dB. Nous avons réalisé la mesure de la température
de bruit du système complet en nous basant sur le bruit auto-calibré d’un nanofil
de cuivre. Nos résultats indiquent un facteur 3 par rapport à la limite quantique.
Même si l’on n’atteint pas encore la limite ultime, un tel résultat représente
néanmoins une amélioration d’un facteur 30 par rapport aux meilleurs amplificateurs
cryogéniques microonde basés sur les transistors HEMT.

3.2. Qubits supraconducteurs (en collaboration avec Markus Brink,


Nick Masluk et Vladimir Manucharyan)

Nous avons mis au point cette année deux nouveaux qubits supraconducteurs.
Le but de cette recherche est de comprendre les facteurs influant sur la décohérence,
c’est-à-dire la perte d’information quantique d’un circuit. Le premier qubit est basé
sur le « transmon », qui est une boîte à paires de Cooper dans laquelle on a
augmenté le rapport entre l’énergie Josephson et l’énergie de charge, de façon à
rendre le circuit insensible aux fluctuations de charge du substrat. Dans ce nouveau
qubit, la capacité ajoutée à la jonction tunnel est obtenue par une ligne de
transmission dans laquelle la jonction est insérée en série, au lieu de la configuration
parallèle précédemment explorée dans le groupe de R. Schoelkopf. Les mesures des
temps de décohérence T1 et T2 sont en cours. Le deuxième qubit met en jeu une
approche encore plus radicale. Nous shuntons une jonction de grande énergie de
charge par une très forte inductance réalisée grâce à un réseau de 50 jonctions
tunnel en série. Ce shunt des courants continus supprime complètement les
fluctuations de charge, tout en rendant possible un contrôle du dispositif par la
charge alternative des signaux sonde. La mesure spectroscopique des niveaux
d’énergie du système est en cours, et l’analyse du spectre devrait permettre de
remonter aux paramètres de l’hamiltonien avec une excellente précision, ce qui sera
très utile pour ensuite mesurer la dissipation du circuit de manière contrôlée.
132 MICHEL DEVORET

4. Publications

[1] Boaknin E., Manucharian V., Fissette S., Metcalfe M., Frunzio L., Vijay R., Siddiqi I.,
Wallraff A., Schoelkopf R. and Devoret M.H., Dispersive Bifurcation of a Microwave
Superconducting Resonator Cavity incorporating a Josephson Junction, [Cond-Mat/0702445],
Submitted to Physical Review Letters.
[2] Manucharian V., Boaknin E., Metcalfe M., Fissette S., Vijay R., Siddiqi I. and
Devoret M.H., Rf Bifurcation of a Josephson Junction : Microwave Embedding Circuit
Requirements, [Cond-Mat/0612576] Phys. Rev. B 76, 014524 (2007).
[3] Schuster D.I., Houck A.A., Schreier J.A., Wallraff A., Gambetta J.M., Blais A.,
Frunzio L., Johnson B., Devoret M.H., Girvin S.M., Schoelkopf R.J., Resolving Photon
Number States in a Superconducting Circuit, Nature (London) 445, 515-518 (2007) [Cond-
Mat/0608693].
[4] Houck A.A., Schuster D.I., Gambetta J.M., Schreier J.A., Johnson B.R., Chow J.M.,
Frunzio L., Majer J., Devoret M.H., Girvin S.M., Schoelkopf R.J., Generating single
microwave photons in a circuit, Nature 449, 328 - 331 (2007).
[5] Boulant N., Ithier G., Meeson P., Nguyen F., Vion D., Esteve D., Siddiqi I.,
Vijay R., Rigetti C., Pierre, F. and Devoret M., Quantum Nondemolition Readout Using a
Josephson Bifurcation amplifier, Phys. Rev. B 76, 014525 (2007).
[6] Majer J., Chow J.M., Gambetta J.M., Koch Jens, Johnson B.R., Schreier J.A.,
Frunzio L., Schuster D.I., Houck A.A., Wallraff A., Blais A., Devoret M.H., Girvin S.M.,
Schoelkopf R.J., Coupling superconducting qubits via a cavity bus, Nature 449, 443-447
(2007).
[7] Metcalfe M., Boaknin E., Manucharyan V., Vijay R., Siddiqi I., Riggetti C.,
Frunzio L., and Devoret M.H., Measuring a Quantronium qubit with the Cavity Bifurcation
Amplifier, Phys. Rev. 76, 174516 (2007) [Cond-Mat, arXiv:0706.0765].
[8] Koch J., Yu T.M., Gambetta J., Houck A.A., Schuster D.I., Majer J., Blais A.,
Devoret M.H., Girvin S.M., and Schoelkopf R.J., Charge insensitive qubit design from
optimizing the Cooper-Pair Box, Phys. Rev. A 76, 042319 (2007).
[9] Devoret, M., Girvin, S., Schoelkopf, R.S., Circuit-QED: How strong can the coupling
between a Josephson junction atom and a transmission line resonator be ?, Annalen Der Physik
16, 767-779 (2007).
[10] Houck A.A., Schreier J.A., Johnson, B.R., Chow J.M, Koch Jens, Gambetta J.M.,
Schuster D.I., Frunzio L., Devoret M.H., Girvin S.M., Schoelkopf R.J., Controlling the
spontaneous emission of a superconducting transmon qubit, Phys. Rev. Lett 101, 080502
(2008).
[11] Schreier J.A., Houck A.A., Koch Jens, Schuster D.I., Johnson B.R., Chow J.M.,
Gambetta J.M., Majer J., Frunzio L., Devoret M.H., Girvin S.M., and Schoelkopf R.J.,
Suppressing charge noise decoherence in superconducting charge qubits, Phys. Rev. B 77,
180502(R) (2008).
[12] Bergeal N., Vijay R., Manucharyan V. E., Siddiqi I., Schoelkopf R. J., Girvin S. M.
and Devoret M. H., Analog information processing at the quantum limit with a Josephson ring
modulator, Submitted to Nature Physics (2008) [arXiv:0805.3452].
[13] Devoret M., De l’atome aux machines quantiques, Leçon inaugurale, Collège de
France / Fayard, 2008 (à paraître).
[14] Bergeal N., Schakert F., Frunzio L., Schoelkopf R.J., Girvin S.M. and Devoret M.H.,
Parametric Amplification with the Josephson Ring Modulator, en préparation.
PHYSIQUE MÉSOSCOPIQUE 133

5. Conférences
5.1 Exposés donnés sur invitation
Octobre 2007 : CIFAR meeting on Quant. Inf. Proc., Newport, Rhode Island, USA.
Décembre 2007 : Decoherence in Superconducting Qubits, Berkeley, California, USA.
Janvier 2008 : Physics of Quantum Electronics, Snowbird, Utah, USA.
Mars 2008 : Physics Colloquium, Penn State University, State College, Pennsylvania,
USA.
Avril 2008 : Stanford Photonics Research Center Meeting, Stanford, California, USA.
Avril 2008 : Quantum Information Seminar, MIT, Cambridge, Massachussetts, USA.
Mai 2008 : Journées Supraconductivité, ESPCI, Paris.
Juin 2008 : Séminaire général de Physique, ESPCI, Paris.
Particules élémentaires, gravitation et cosmologie

M. Gabriele Veneziano, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

1. Enseignement au Collège
1.1. Le cours de l’année 2007-2008 : « Le modèle standard et ses extensions »
Après la parenthèse 2006-2007 (cours donné entièrement à l’étranger), le cours
de l’année 2007-2008 a repris le chemin initié en 2004-2005 et 2005-2006 afin
de compléter la présentation du modèle standard des particules élémentaires. Les
deux cours précédents ayant porté sur les interactions fortes (dans leurs aspects
perturbatives et non perturbatives respectivement), ce dernier cours se concentra
sur le secteur dit électrofaible du Modèle Standard (MS).
Le cours s’est déroulé en 18 heures, dont 11 de cours proprement dit et 7 heures
de séminaires, donné en partie par le professeur Riccardo Barbieri de l’École
Normale (Scuola Normale) de Pise et en partie par le professeur Ferruccio Feruglio
de l’Université de Padoue.
Chaque cours et séminaire, présenté avec l’aide d’un fichier « Power Point », a
été imprimé et distribué avant chaque cours, et ensuite inséré sur les sites en
français et en anglais de la chaire.
Le premier cours, « Théories de jauge : un rappel », fut un résumé des principales
notions (déjà discutée en 2004-2005) qui sont à la base des théories de jauge.
Nous sommes revenu, en particulier, sur l’importante distinction entre le cas de
fermions dans une représentation réelle du groupe de jauge (les cas de la QED et
QCD) et celui d’une représentation complexe (fermions « chiraux »), le cas d’intérêt
pour les interactions faibles.
Le deuxième cours, « QED et QCD : un rappel », fut, à son tour, un résumé des
concepts de base de la QED (comme théorie des interactions électromagnétiques)
et de la QCD (comme théorie des interactions fortes) qui avaient été couverts dans
les cours 2004-2005 et 2005-2006.
136 GABRIELE VENEZIANO

Le troisième cours, « Interactions faibles : du modèle de Fermi à une théorie de


jauge », a retracé, dans ses grandes lignes, le développement de la théorie des
interactions faibles, à partir de sa première formulation par Enrico Fermi en 1934.
On a rappelé comment, à travers les différentes découvertes expérimentales, l’idée
est née qu’une théorie de jauge puisse décrire, d’une façon unifiée, les interactions
électromagnétiques et faibles en utilisant le groupe de jauge SU(2)xU(1). Ensuite,
nous avons discuté des représentations auxquelles les fermions doivent appartenir
et, en même temps, nous avons souligné la nécessité d’un mécanisme de brisure
de la symétrie de jauge sans quoi tous les fermions resteraient sans masse.
Dans le quatrième cours, « Brisure spontanée de symétries », après avoir souligné
l’importante distinction entre la brisure de symétries globales et locales, nous avons
discuté des principales caractéristiques et conséquences de chacune et, en particulier
pour cette dernière, le fameux mécanisme de Higgs dans le cas le plus simple du
groupe U(1). Nous avons aussi souligné que ce mécanisme, au moins dans sa
forme la plus simple, nécessite l’introduction d’un champ scalaire à côté des
champs de jauge et des champs de fermions.
Dans le cinquième cours, « Boson de Higgs et Lagrangien pour une seule famille »,
nous avons utilisé les éléments déjà introduits pour définir le modèle standard des
interactions électrofaibles dans les cas d’une seule famille (ou génération) de quarks
et de leptons. Nous avons aussi observé que le neutrino reste sans masse, malgré
la brisure de la symétrie, au moins d’introduire un nouveau type de neutrino qui
est neutre par rapport à toutes les interactions de jauge.
Le sixième cours, « Prédictions au niveau arbre pour une famille », nous avons tiré les
conséquences expérimentales du modèle présenté au cours précédent dans
l’approximation dite à « arbre », c’est-à-dire sans tenir compte des corrections radiatives.
L’accord est qualitativement bon, mais quantitativement pas encore parfait.
Dans le septième cours, « Plusieurs familles : mécanisme de GIM et matrice
CKM », nous avons discuté de la généralisation du modèle précédant au cas,
apparemment choisi par la Nature, où il y a trois familles de quarks et de
leptons. Même si conceptuellement la généralisation est simple, ses conséquences
phénoménologiques sont très importantes. Pourtant, le MS avec trois générations
évite d’une façon très naturelle l’apparition de courants neutres avec changement
de saveur (FCNC) et, en même temps, est capable d’introduire les mélanges
observés dans les courants chargées aussi qu’une phase qui détermine la violation
de la symétrie CP.
Le huitième cours, « Autres conséquences du Modèle Standard », a porté sur
d’autres conséquences du modèle standard en particulier dans la physique de
mésons K neutres et (en préparation des séminaires spécialisés du professeur
Feruglio, voir ci-dessous) en ce qui concerne les masses et les oscillations des
neutrinos. Nous avons terminée avec un exemple de calculs des corrections
radiatives, celui qui concerne le soi-disant paramètre ρ.
PARTICULES ÉLÉMENTAIRES, GRAVITATION ET COSMOLOGIE 137

Après une première série de séminaires par les professeurs Riccardo Barbieri et
Ferruccio Feruglio (voir ci-dessous), le neuvième cours, « Secteur de Higgs : questions
de réglage fin » a entamé une critique bien connue du MS comme ayant besoin
d’une quantité importante de « réglage fin » afin de maintenir la masse du boson
de Higgs suffisamment basse. C’était, en même temps, une introduction à certains
modèles qui vont au-delà du MS, le sujet des deux derniers cours et séminaires.
Ainsi, le dixième cours, « Supersymétrie et le MSSM », a introduit le concept de
supersymétrie, d’abord comme construction théorique et après comme une possible
résolution du problème de réglage fin discuté dans le neuvième cours. Néanmoins,
la supersymétrie n’élimine pas complètement ce problème. En même temps elle
permet à priori certains processus qui ne sont pas observés. Donc la supériorité du
modèle supersymétrique par rapport au modèle standard n’est pas de tout évidente.
Le nouvel accélérateur de particules du CERN, le LHC, nous dira sans doute si la
supersymétrie existe bien aux énergies qui seront atteignables.
Dans le onzième cours, « Théories de Grand Unification », nous avons présenté
des modèles, dits de Grand Unification (GUT), où les trois interactions non
gravitationnelles découleraient d’une théorie de jauge basée sur un groupe de jauge
techniquement dit « simple » et donc avec des relations entre les différentes
constants de couplage et les différentes masses des particules. Les exemples des
groupes SU(5) et O(10), avec leurs avantages relatifs, ont été discutés.

1.2. Les séminaires liés au cours

Après les premières 8 heures de cours, le professeur Riccardo Barbieri (Scuola


Normale Superiore, Pise, Italie) a donné deux séminaires intitulés « La physique
de la saveur dans le MS » et « Violation de la symétrie CP dans le MS ». Le premier
été centré sur la phénoménologie de la matrice CKM, les tests d’unitarieté, les
mélanges et oscillations des mésons K neutres, aussi que sur les bornes relatives aux
processus de FCNC (tels que μ → e γ). Dans le deuxième séminaire, le professeur
Barbieri a illustré les phénomènes de violation de la symétrie CP (toujours dans le
système des K neutres) et leur calcul dans le modèle standard.
Ces séminaires ont été suivis par deux autres donnés par le professeur Ferruccio
Feruglio (Université de Padoue, Italie), qui a développé la physique des neutrinos
dans le MS sous les titres « Masses, mélanges et oscillations des neutrinos : les données
expérimentales » et « Masses, mélanges et oscillations des neutrinos : la théorie ». Il a
donné ainsi un cadre très complet de la situation actuelle à la fois expérimentale
et théorique dans ce nouveau domaine très excitant de la physique des particules.
Ensuite, le professeur Barbieri est encore intervenue à trois reprises.
Premièrement, dans « Le tests de précision du MS », il a fait le point sur les tests
de précision du MS à travers des expériences de physique atomique et surtout avec
les données de l’accélérateur LEP du CERN. Il a souligné qu’un accord entre la
138 GABRIELE VENEZIANO

théorie et les données expérimentales a besoin de corrections radiatives et que cet


accord est tout à fait remarquable si le boson de Higgs est assez léger pour être
produit aux énergies du LHC.
Ensuite le séminaire « Modèles sans le boson de Higgs », porta sur des modèles où
le mécanisme de Higgs est induit par autre chose qu’un champ scalaire. Dans ce
cas de figure, il n’y aurait pas une véritable particule de Higgs. Un exemple de ce
genre c’est la théorie dite du « techni-couleur ». Même si cette classe de théorie est
esthétiquement attrayante, son accord avec les tests de précision est loin d’être
évident.
Dans son dernier séminaire, « Où la nouvelle physique peut-elle se cacher ? », le
professeur Barbieri a donné un panorama très complet des expériences qui
pourraient dénicher de la physique qui va au-delà de celle du MS soit en utilisant
de très hautes énergies (comme au LHC) soit par des mesures à basse énergie mais
d’une très grande précision.

2. Enseignement en dehors du Collège


Mai 2008 : « 40 anni di teoria delle stringhe : passato, presente e futuro ».
Conférence sur la théorie des cordes pour les étudiants des lycées à Florence: son
but était d’expliquer en quoi consiste la théorie des cordes, comment elle s’est
développée depuis sa découverte, et pourquoi les théoriciens de particules y sont
tellement intéressés aujourd’hui. Une conférence portant le même titre, mais
réadaptée, a été donnée, peu après, au « Collegio di Milano » (un Collège qui
réunit un nombre sélectionné d’étudiants universitaires de la métropole milanaise
de toutes disciplines), suivie d’un débat.

3. Activité de recherche
Elle a porté sur les trois sujets de l’intitulé de la chaire en particulier sur les
questions liées à la gravitation classique et quantique dans le cadre de la théorie
des cordes. Depuis 2005, la chaire fait aussi partie de la Fédération « Interactions
Fondamentales » avec le LPT-ENS, les LPNHE et LPTHE de Paris 6, et le APC
(après son départ du Collège).
Voici un aperçu de cette activité de recherche, suivi d’une liste des publications
scientifiques correspondantes.

3.1. Particules élémentaires


Avec le professeur Jacek Wosiek (Université de Cracovie, Pologne) nous avons
essayé de généraliser les modèles de mécanique quantique matricielle déjà étudiés
au cas d’une théorie de champs supersymétrique en deux dimensions spatio-
temporelles. En dépit d’un progrès indiscutable, nous sommes toujours confrontés
à des problèmes de divergences infrarouges qui nous empêchent, pour l’instant,
d’arriver à des conclusions fermes.
PARTICULES ÉLÉMENTAIRES, GRAVITATION ET COSMOLOGIE 139

3.2. Gravitation

L’étude théorique des collisions entre particules légères à énergies trans-


planckiennes, a été poursuivie dans le but de mieux comprendre le problème de
l’information en physique quantique des trous noirs.

Cette dernière année, avec les professeurs Daniele Amati (Université de Trieste)
et Marcello Ciafaloni (Université de Florence), un progrès considérable sur ce
problème a été accompli. Utilisant des méthodes à la fois analytiques et numériques,
nous avons résolu les équations de mouvement qui découlent d’une action efficace
en deux dimensions de l’espace que nous avions proposé il y a une quinzaine
d’années. Cette ligne de recherche a été poursuivie en collaboration avec le
professeur Jacek Wosiek. Les résultats, obtenus dans un contexte complètement
quantique, s’accordent très bien avec les estimations classiques et pourraient
indiquer la façon avec laquelle l’information est récupérée dans un processus
quantique de collision de particules ou de cordes.

3.3. Cosmologie

La théorie des cordes suggère de nouveaux scénarios cosmologiques où la


« singularité » du big-bang (c’est-à-dire l’instant où plusieurs quantités physiques
seraient devenues infinies) est remplacé par un « big bounce », une phase de
contraction qui, soudain, se transforme en expansion sans qu’aucune quantité
physique ne dépasse les bornes dictées par les dimensions finies des cordes
(« cosmologie à rebondissement »).

Récemment, avec le professeur Maurizio Gasperini (Universitè de Bari) et un


jeune chercheur, le docteur Giovanni Marozzi (Université de Bologne), nous avons
essayé de vérifier si la contre-réaction à la production cosmologique de particules
pourrait induire le rebondissement désiré. Nous avons fait des progrès considérables,
mais, pour l’instant, rien est sortie en forme de publication sur ce sujet.

4. Publications
1. « Towards and S-Matrix description of gravitational collapse » (avec D. Amati et
M. Ciafaloni), JHEP02 (2008) 049.
2. « Exploring an S-Matrix for gravitational collapse » (avec J. Wosiek), JHEP09 (2008)
023.
3. « Exploring an S-Matrix for gravitational collapse II : a momentum space analysis » (avec
J. Wosiek), JHEP09 (2008) 024.
4. « Non-local field theory suggested by Dual Models » dans « String theory and fundamental
interactions » (éditeurs : M. Gasperini et J. Maharana), Springer (2008), p. 29. Il s’agit de
la publication d’un manuscrit, écrit en 1973, que je n’avais jamais terminé. Il est maintenant
publié dans sa forme originale dans un livre avec les contributions d’un nombre de mes
collaborateurs en l’occasion de mes 65 ans.
140 GABRIELE VENEZIANO

5. Conférences
5.1. Conférences sur invitation
1. « Planar equivalence : an update », atelier sur « Non-perturbative gauge theories »
Édimbourg, août 2007.
2. « La théorie des cordes est-elle morte ? », Émission de Radio France (France Culture), Paris,
septembre 2007.
3. « Farewell talk : A sample of yet unfinished projects », CERN, Genève, septembre
2007.
4. « Did Time have a beginning ? », symposium « The two cultures : shared problems »,
Venise, octobre 2007.
5. « Transplanckian Superstring Collisions I », UCLA, novembre 2007.
6. « Transplanckian Superstring Collisions II », UCLA, décembre 2007.
7. « String Theory : Is Einstein’s dream being realized ? », Université des Hawaii, décembre
2007.
8. « Transplanckian scattering, black holes, and the information paradox », Université de
Californie à Irvine, décembre 2007.
9. « Towards an S-matrix for gravitational collapse », UCSB/KITP, Santa Barbara,
décembre 2007.
10. « Diverse prospettive di sviluppo della teoria quantistica della gravitazione », Conférence
« Spazio, tempo e materia : l’ultima parola è ancora quella di Einstein ? », Université de
Padoue, janvier 2008.
11. « Towards an S-matrix for gravitational collapse », séminaire joint des théoriciens,
IHP, Paris, avril 2008.
12. « Le Modèle standard de l’Univers : Succès et énigmes », Colloque Université Pierre et
Marie Curie, avril 2008.
13. « L’unité de la physique et la cosmologie », Conférence grand public, série « Cultures
d’Europe », Bruxelles, avril 2008.
14. « Towards an S-matrix description of gravitational collapse », Universitad Autonoma
Madrid, avril 2008.
15. « Towards an S-matrix description of gravitational collapse », Università di Roma, La
Sapienza, mai 2008.
16. « 40 anni di teoria delle stringhe : passato presente e futuro », conférence pour étudiants
des Lycées, Sesto Fiorentino, mai 2008.
17. « Il modello standard dell’Universo : successi ed enigmi », Colloque à l’Universitè de
Bologne, mai 2008.
18. « 40 anni di teoria delle stringhe : passato presente e futuro », conférence pour les
étudiants du « Collegio di Milano », mai 2008.
19. « Planar equivalence : an update », conférence « Non perturbative gauge theories »
GGI, Florence, juin 2008.
20. « Le grand Collisionneur d’hadrons (LHC) du CERN et ses enjeux », mardi de
l’Administrateur, Collège de France, juin 2008.
21. « Towards an S-matrix description of gravitational collapse », (à l’occasion de la chaire
Blaise Pascal du Professeur Michail Shifman), Orsay, juin 2008.
22. « Recent progress in transplanckian scattering », conférence pour le 50e anniversaire de
l’IHES, Bures-sur-Yvette, juin 2008.
PARTICULES ÉLÉMENTAIRES, GRAVITATION ET COSMOLOGIE 141

5.2. Organisation de conférences et d’ateliers


Comme membre de la FRIF (Fédération de Recherche Interactions Fondamentales) la
chaire a contribué à l’organisation d’un nombre d’ateliers à Paris, notamment :
— « Black holes, black rings and modular forms », ENS, Paris, août 2007.
— « Gravitational scattering, black holes, and the information paradox», IHP, Paris, 26-28
mai 2008.

6. Participation à des Comités


— Comité d’évaluation de l’école de doctorat Galileo Galilei de l’ Université de Pise.
— Chaire de l’« Advisory Committee » de l’Institut Galileo Galilei (GGI) à Arcetri
(Florence). En novembre 2007, le comité s’est réuni pour sélectionner les propositions
d’atelier pour l’année 2009. Trois propositions ont été sélectionnées.
— Depuis janvier 2007 l’Institut de Physique Nucléaire Italien (INFN) m’a chargé de
suivre les activités du GGI avec une présence de plusieurs semaines pendant chaque atelier.
J’ai donc passé au GGI quelques semaines en automne 2007 et au printemps 2008 et je
planifie d’y retourner pendant l’automne 2008.
— Chaire du « Wolfgang Pauli Committee », CERN, Genève.
— Membre du Comité d’organisation de la Conférence « Marcel Grossmann », Paris,
juillet 2009.

7. Groupes de travail
Le groupe de travail de l’Académie des sciences « Unités de base et constantes fondamentales »,
dont je faisais partie, a présenté ses recommandations finales au Bureau international des
Poids et Mesures en octobre 2006. Depuis, je fais partie d’un nouveau comité de l’Académie
des sciences, nommé « Science et métrologie », qui, poursuivant le même but, a commencé
ses travaux à l’automne 2007.

8. Prix, distinctions
Juillet 2008 : James Joyce Award, Literary and Historical Society, University College
Dublin, Irlande (sera consigné officiellement en mai 2009).
Géodynamique

M. Xavier Le Pichon, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

COURS : Le cours n’a pas eu lieu.

Un colloque aura lieu à Saint Maximin dans le Var les 1er, 2 et 3 octobre 2008
pour mener une réflexion sur les grands problèmes de géodynamique qui ont été
traités depuis 1986 dans le cadre des cours de la chaire de géodynamique. Ce
colloque donnera lieu à la publication d’un livre.

Activités scientifiques de juin 2007 à juin 2008

Xavier Le Pichon avait dirigé le Laboratoire de Géologie de l’École normale


supérieure. Au 1er juillet 2003, il s’est délocalisé près du laboratoire du Cérège sur
l’Europôle de l’Arbois, près d’Aix-en-Provence, dans des locaux fournis par l’université
Paul Cézanne d’Aix-Marseille, pour que l’équipe de recherche de sa chaire de
Géodynamique forme avec l’équipe de recherche de la chaire d’Evolution du climat
et de l’océan d’Édouard Bard une antenne du Collège de France accueillie par
l’université Paul Cézanne. L’équipe de géodynamique comprend en 2008 treize
personnes : trois chercheurs permanents, six post-doctorants, un chercheur en cours
de thèse, un ingénieur informatique et un agent technique permanents, un agent
technique sous contrat temporaire. Le 16 septembre 2005 le nouveau bâtiment dit
« Trocadéro » mis à la disposition de l’antenne du Collège de France par l’Europôle de
l’Arbois a été inauguré, ce qui a permis une interaction plus étroite avec le laboratoire
d’Édouard Bard. Notre équipe de recherche a un accord-cadre avec la compagnie
pétrolière Total pour profiter des synergies dans nos intérêts de recherche.

L’intérêt de l’équipe repose sur la relation entre les processus de déformation


superficielle et les processus profonds en mettant l’accent sur l’importance des
forces de gravité et sur le rôle des fluides. La connaissance du contexte géodynamique
et tectonique est utile à la recherche pétrolière et c’est sur cette base qu’une
collaboration scientifique avec l’industrie pétrolière a pu être développée.
144 XAVIER LE PICHON

L’originalité de notre équipe tient à la coopération étroite avec l’industrie qui se


traduit dans le financement de thèses, de post-doctorants et de recherches, toutes les
recherches conduisant à des publications. L’axe principal de nos recherches est l’étude
géodynamique de zones tectoniquement actives menées avec la collaboration de
grands organismes de recherche publics et industriels (CEA, Total) et de PME locales
(SOACSY, EOSYS). Cet axe est sous la responsabilité de Claude Rangin. Un second
axe est lié à la technologie sous-marine avec en particulier une participation aux
efforts internationaux pour implanter des observatoires sous-marins sur les marges
continentales. Cet axe est sous la responsabilité de Pierre Henry.

L’étude géodynamique de zones tectoniquement actives en collaboration avec


l’Industrie s’appuie sur un accord-cadre avec la compagnie Total, un contrat de
recherche avec le CEA, et des contrats ponctuels avec les PME locales. Avec Total
les projets sont centrés sur la déformation des réservoirs dans le bassin du Bengale
et le Golfe du Mexique en privilégiant les relations entre déformation crustale et
glissements superficiels dans leur cadre géodynamique global. Deux sur les trois
thèses sous contrat engagées sur ce thème ont été défendues à la fin de l’année
2007. Avec le CEA et en collaboration avec Total, nous étudions la part de la
tectonique gravitaire dans la tectonique active de la Provence en testant un modèle
de glissement en masse sur des couches sédimentaires ductiles. L’analyse de profils
sismiques et leur vérité terrain est privilégiée. Mais grâce à l’IRSN, nous avons pu
disposer des données du réseau sismique de la Moyenne Durance, ce qui nous
permet de relocaliser la microsismicité de cette région prise en compte dans la
détermination du risque sismique pour la centrale de Cadarache et le nouveau
projet ITER. Ce travail a été présenté lors du colloque organisé en juin 2007 à Aix
en Provence. Il fera l’objet d’un numéro spécial de la Société Géologique de
France qui sera publié au début de l’année 2009.

L’objectif principal de la participation de l’équipe aux projets d’observatoire


sous-marin est la compréhension du couplage fluide-mécanique dans les zones de
faille et sous les pentes sous-marines instables. Les principaux chantiers sont l’étude
de la zone sismogène sur la marge de subduction japonaise dans le cadre du
programme de forage IODP, la surveillance de la faille Nord Anatolienne en Mer
de Marmara et le volet puits instrumentés de l’observatoire en Mer Ligure, conçu
en collaboration avec Géosciences Azur et l’Ifremer. Une campagne effectuée avec
le navire Atalante et le submersible Nautile d’Ifremer en mer de Marmara a eu lieu
en mai et juin 2007 sous la direction de Pierre Henry pour étudier les sorties de
fluide le long de la Faille Nord Anatolienne et leur lien possible avec l’activité
sismique. Les chantiers Marmara et Ligure entrent dans le cadre du réseau
d’excellence Européen Esonet. Le début des opérations de forage IODP avec le
navire Japonais Chikyu a eu lieu fin 2007 sur Nankai (projet Nantroseize). Ces
trois projets sont des projets à long terme.

Un effort considérable a continué à se porter sur la compréhension du contexte


géodynamique du grand séisme de Sumatra du 26 décembre 2004 qui avait été
GÉODYNAMIQUE 145

l’objet du cours principal de Xavier Le Pichon en 2006. Une participation de


Claude Rangin à la campagne de l’IFREMER  Sumatra Aftershocks  avait permis
de participer à une analyse fine de la déformation sur cette marge de subduction
très particulière. Par ailleurs, Jing Yi Lin et Tanguy Maury ont repris la localisation
des microséismes enregistrés durant la campagne. Les résultats obtenus ont été
publiés dans deux articles et les résultats finaux ont été présentés dans deux autres
articles soumis à publication. Ils mettent en évidence le rôle structurant des rides
des zones de fracture océaniques qui sont subduites obliquement sous la marge.
Il faut enfin noter la publication cette année à la Société Géologique de
France et à l’American Association of Petroleum Geologists d’un recueil de
travaux concernant la partie occidentale du Golfe du Mexique. Ce recueil met
à la disposition des chercheurs sous forme électronique et graphique les synthèses
géodynamiques (données et interprétations) obtenues dans le cadre de notre
collaboration avec TOTAL et PEMEX. Il est le fruit de la stratégie de recherche
que nous avons adoptée dans notre programme de géodynamique des zones actives
menées avec l’aide de l’industrie. Nous préparons maintenant un nouveau recueil
sur nos programmes concernant la Marge du Golfe du Bengale.

Activités diverses de Xavier Le Pichon

Le 11 juillet 2007 : Réunion de travail chez TOTAL / La Défense — Réunion de travail


sur projets Mexique et Sumatra.
Du 19/09/07 au 20/09/07 : Conférence au Colloque OCT (Ocean-Continent
Transition) à l’Institut Océanographique à Paris.
Du 17/08/07 au 21/08/07 : Conférence au Colloque « Science and Truth » à Rimini
(Italie).
Du 17/10/07 au 19/10/07 : Conférence au Colloque du Collège de France à Paris : « De
l’autorité ».
Du 16/11/07 au 19/11/07 : Meeting DPDC — Projet STOQ — Universités Pontificales
Romaines à Rome (Italie).
Du 03/12/07 au 05/12/07 : Conférence inaugurale au Symposium « Middle East Basins
Evolution » à Paris.
Le 23 janvier 2008 : Séminaire au Laboratoire Départemental de la Préhistoire du
Lazaret à Nice.
Du 21/02/08 au 28/02/08 : « Comité DPDC du Concile Pontifical pour la Culture »
(Réunion et visite d’évaluation à Rome (Italie).
Du 08/04/08 au 11/04/08 : Discours inaugural du Consortium Interuniversitaire
« Scuola per l’Alta Formazione » du 8 au 11 avril à Catane (Italie).
Du 15 au 16/04/08 : Conférence pour l’Office Chrétien des handicapés à Bruxelles
(Belgique).
Le 24 avril 2008 : Conférence pour la Société de Géographie à Marseille.
Le 11 juin 2008 : Conférence sur la Tectonique des Plaques au Musée de la Géologie
de Digne (Alpes de Haute Provence).
146 XAVIER LE PICHON

Publications de l’équipe de Géodynamique depuis juin 2007

Origin of the Southern Okinawa Trough volcanism from detailed seismic tomography.
J. Geophys. Res., 112, B08308, doi : 10.1029/2006JB004703. Lin, J.Y., Sibuet, J.C.,
Lee, C.S., Hsu, S.-K., and Klingelhoefer, F.
Spatial variations in the frequency magnitude distribution of earthquakes in the
southwestern Okinawa Trough. Earth Planets Space, 59, 221-225, 2007. Lin, J.-Y.,
Sibuet, J.C., Lee, C. S., and Hsu, S.-K.
Numerical model of fluid pressure solitary wave propagation along the decollement of an
accretionary wedge : application to the Nankaï wedge, Geofluids, 6, 1-12, 2007.
Bourlange, S., Henry, P.
Sumatra Earthquake research indicates why rupture propagated northward, EOS, 86,
497-502. SINGH, S., and the Sumatra Aftershocks Team, 2005, dont Rangin Claude.
26th December 2004 Great Sumatra-Andaman Earthquake : co-seismic and post-seismic
motions in northern Sumatra. Earth Planetary Science Letters, in press. Sibuet, J.-C.,
Rangin, C., Le Pichon, X., Singh, S., Catteneo, A., Graindorge, D., Klingelhoefer, F.,
Lin, J.-Y., Malod, J., Maury, T., Schneider, J.-L., Sultan, N., Umber, M., Yamaguchi, H.,
and the Sumatra Aftershocks Team, 2007. Earth Planet. Sci. Lett., doi: 10.1016/j.
epsl2007.09.005, 263, 88-103.
Le Pichon, Xavier. Active margins, in The establishment of the outer limits of the
continental shelf beyond 200 nautical miles — Its international circumstances and its
scientific aspects, 153-165, figures on CD, editor : Ocean Policy Research Foundation,
Tokyo, Japan, 2007.
Zitter T.A.C., Henry, P., Aloisi, G., Delaygue, G., Cagatay, M.N., Mercier de Lepinay, B.,
Al-Samir, M., Fornacciari, F., Tesmer, M., Pekdeger, A., Wallmann, K., and Lericolais, G.,
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Research Part 1 55 (4), 552-270. doi :10.1016/j.dsr.2008.01.002.
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Rangin, C., Le Pichon X., Flotte N. and L. Husson. Tertiary extension in the northern
Gulf of Mexico, a new interpretation of multichannel seismic data, Bull. Soc. Geol. France,
179, n° 2, 117-128.
Husson L., Le Pichon X., Henry P., Flotte N. and C. Rangin. Thermal regime of the
NW shelf of the Gulf of Mexico. Heat Flow, Bull. Soc. Geol. France, 179,
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seismic reflection lines. Bull. Soc. Geol. France, 179, n° 2, 161-174.
Le Roy C., Rangin C., Le Pichon X., Aranda-García M., Hai Nguyen Thi Ngoc,
Andréani L. and Martínez-Reyes J. (2008). Neogene crustal shear zone along the western
Gulf of Mexico margin and its implications for gravity sliding processes: Evidences from
2D and 3D multichannel seismic data. Bull. Soc. Geol. France, 179, n° 2, 175-185.
Andréani L., Rangin C. and Martinez-Reyes J., Charlotte Le Roy C., Aranda-Garcia
M., Le Pichon X., and Peterson-Rodriguez R. (2008). Neogene left-lateral shearing along
GÉODYNAMIQUE 147

the Veracruz Fault: the eastern boundary of the Southern Mexico Block. Bull. Soc. Geol.
France, 179, n° 2, 195-208.
Andréani L., Le Pichon X., Rangin C. and Martinez-Reyes J., The Southern Mexico
Block : main boundaries and new estimation for its Quaternary motion, Bull. Soc. Geol.
France, 179, n° 2, 209-223.
Lin J.-Y., Sibuet J.-C., Lee C. S., Hsu S.-K., Klingelhoefer F., Auffret Y., Pelleau P. and
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Klingelhoefer, F., Lee C. S., Lin J.-Y. and Sibuet J.-C. (2008). Structure of the Okinawa
Trough from reflection and wide-angle seismic data. Tectonophysics, doi :10.1016/j.
tecto.2007.11.031, in press, available online 28 November 2007.
Lin, J.-Y., Sibuet J.-C. and Hsu S.-K. (2008). Variations of b-values at the western edge
of the Ryukyu subduction zone, northeastern Taiwan. Terra Nova, 20, 150-153.
Lin J.-Y., Sibuet J.-C., Hsu S.-K., Lee C. S. and Klingelhoefer F. (2008). Sismicité et
volcanisme dans le sud-ouest du bassin arrière-arc d’Okinawa (Nord-Est Taiwan). Bulletin
de la Société Géologique de France, accepted.
Le Pichon, X (2008). L’adoption d’une théorie scientifique, la Tectonique des Plaques,
l’effet de serre, in Antoine Compagnon (sous la direction de), De l’autorité, Paris, Odile
Jacob, 195-216.
Maurin, T., Pollitz, F. Masson, F., Rangin, C., Le Pichon, X., Chamot-Rooke, N.,
Delescluse, M., Collard, P., U Min Swe, U Win Naing, U Than Min, U Khin Maung Kyi
(2008). Northward rupture propagation of the 2004 Sumatra-Andaman Earthquake to
18°N: Evidences from geodetic and marine data in southern Myanmar. J. Geophys. Res.,
accepted.
Maurin, T. and Rangin, C. (2008). Structure and kinematics of the Indo-Burmese
Wedge : recent and fast growth of the outer wedge. Tectonics, accepted.
Crespy, A., Revil, A., Linde, N., Byrdina, S., Jardani, A., Bolève, A., and Henry, P.
Detection and localization of hydromechanical disturbances in a sandbox using the slf-
potential method, J. Geophys. Res., in press.
Évolution du climat et de l’océan

M. Édouard Bard, professeur

Histoire du climat : d’une Terre chaude à l’Eocène


aux glaciations du Pléistocène

Le cours de cette année a été consacré à la suite de l’histoire du climat de la


Terre abordé en 2006-2007. La période en question va de l’optimum du début de
l’ère Tertiaire aux glaciations du Quaternaire.

Après avoir revu brièvement les causes de l’optimum éocène, nous avons abordé
en détail la transition Eocène-Oligocène. Il s’agit d’une transition climatique
majeure mise en évidence à l’échelle mondiale dans les sédiments marins et
continentaux à toutes les latitudes. Elle correspond aussi à une transition faunistique
bien connue depuis le début du xxe siècle (« Grande Coupure » de Stehlin). Lors
du cours, une attention particulière a été portée sur l’événement Oi-1, il y a
environ 33 millions d’années. La comparaison entre les données des isotopes de
l’oxygène et de paléotempératures océaniques suggèrent que cet événement
correspond à une augmentation drastique du volume des glaces polaires. L’étude
de la distribution des débris rocheux transportés par les icebergs, en Atlantique
Nord et dans les Océans Arctique et Austral, montre bien que les deux pôles se
sont englacés de façon synchrone. Cette glaciation a été accompagnée d’une
perturbation massive de l’érosion chimique globale mise en évidence par des
indicateurs isotopiques (par ex. isotopes du strontium) et minéralogiques
(distribution des minéraux argileux). Le cycle du carbone a lui aussi subi une
variation importante, matérialisée par une augmentation de la productivité
planctonique de la zone australe, une élévation du rapport 13C/12C océanique et
un approfondissement, d’environ un kilomètre, de la profondeur de compensation
de la calcite. Ces variations du cycle du carbone ont été accompagnées d’une chute
de la teneur atmosphérique en gaz carbonique (plus de 500 ppm en moins de
10 millions d’années).
150 ÉDOUARD BARD

Plusieurs types de causes ont été proposés pour expliquer la dégradation


climatique de la transition Eocène-Oligocène. Des causes physiographiques
(ouverture des passages de Drake et de Tasmanie) expliquant l’établissement du
courant circumpolaire de l’Océan Austral qui aurait entrainé l’isolement climatique
de l’Antarctique et son entrée en glaciation. Des causes d’origine astronomique,
avec une configuration orbitale particulière caractérisée par une faible insolation
estivale aux hautes latitudes. Et enfin, des causes liées à l’influence de la
géodynamique sur le cycle du carbone : d’une part, une baisse limitée d’environ
un quart du taux d’accrétion océanique et d’autre part (surtout) la conséquence de
la collision de la plaque Indienne avec le continent asiatique. En effet, la surrection
de l’Himalaya et du plateau Tibétain a eu un impact majeur sur la circulation
atmosphérique, la mousson et sur l’altération physique et chimique des roches
cristallines de cette région du globe. La modélisation numérique prenant en compte
ces différents effets, indique que le forçage prépondérant est l’effet de serre du gaz
carbonique. Les variations orbitales expliqueraient la nature abrupte du phénomène.
L’ouverture des passages de Drake et de Tasmanie et l’établissement du courant
circumpolaire antarctique, n’auraient qu’un rôle secondaire.

L’analyse des isotopes de l’oxygène aux différentes latitudes de l’océan mondial,


montre que le climat mondial se réchauffe fortement à la transition Oligocène-
Miocène, il y a environ 25 millions d’années. L’étude des sédiments océaniques et
continentaux confirme le caractère mondial du réchauffement miocène. Cette
période correspond aussi à l’expansion des plantes en C4, adaptées à de basses
teneurs en CO2, à de fortes températures et à des saisons sèches. La transition de
la flore est reconstituée à partir des pollens, notamment ceux des graminées, ainsi
qu’à partir d’une hausse généralisée du rapport isotopique 13C/12C mesuré dans
les dents d’herbivores, les paléosols et la matière organique sédimentaire. Les faunes
se sont adaptées à ces changements de la végétation et du climat, en particulier les
mammifères avec les évolutions caractéristiques des équidés et des proboscidiens
traduisant les changements de régime alimentaire (folivore vs. graminivore) et
l’adaptation à la course dans un paysage de steppes et de savanes ouvertes.

Le climat mondial se refroidit progressivement à partir du milieu du Miocène,


mais ce n’est que vers trois millions d’années avant le présent que le climat se
dégrade vraiment avec une nouvelle intensification glaciaire au Pliocène. Plusieurs
causes ont été envisagées pour expliquer la dégradation mio-pliocène. Les
reconstitutions de la teneur en gaz carbonique ne montrent pas d’accord entre les
différents indicateurs. Néanmoins, l’enregistrement considéré comme le plus fiable
ne montre pratiquement pas de variation de la pCO2 entre 20 et 7 millions
d’années avant le présent ce qui suggère que d’autres causes sont à l’origine des
fluctuations climatiques observées.

Les variations orbitales pourraient expliquer certains événements comme l’épisode


glaciaire Mi-1 vers 23 millions d’années et l’intensification des glaciations à partir
de trois millions d’années. Néanmoins, ces configurations orbitales favorables aux
ÉVOLUTION DU CLIMAT ET DE L’OCÉAN 151

glaciations sont cycliques et il est donc probable que d’autres causes sont responsables
de la tendance à long terme sur plus de dix millions d’années.
Même si les continents avaient à peu près leurs géométries et positions actuelles,
plusieurs « petits » changements de la physiographie ont probablement eu un
impact sur la circulation océanique globale. La période considérée correspond
effectivement à l’établissement de la circulation moderne avec l’ouverture du
détroit de Fram, la fermeture de l’Isthme de Panama et un changement de la
géométrie du Passage Indonésien. L’étude de la répartition des faunes et la mise
en évidence de migrations à grande échelle (ex. des deux Amériques), ont permis
de suivre ces changements sur les continents.
L’impact de ces variations physiographiques sur la circulation océanique est
indéniable comme le montre l’analyse géochimique comparée des sédiments
carbonatés de l’Atlantique et du Pacifique, traduisant les contrastes de salinité de
surface et de ventilation profonde de ces deux océans. D’autres séries géochimiques
ont permis de mettre en évidence l’établissement de la stratification en salinité du
Pacifique Nord (halocline) vers trois millions d’années avant le présent.
Ces multiples modifications de l’océan ont eu de nombreuses répercussions sur
le climat mondial, conduisant globalement à l’installation de grandes calottes de
glace dans l’hémisphère nord. Afin de quantifier l’impact des variations des flux
de chaleur océanique sur l’évaporation et les précipitations, il est nécessaire de
considérer les résultats de la modélisation numérique. Les simulations récentes
confirment l’impact de la fermeture de l’Isthme de Panama sur la température et
les précipitations de l’hémisphère nord. La prise en compte de la stratification du
Pacifique Nord semble indispensable pour expliquer l’installation de la calotte
nord-américaine. Au niveau de la zone intertropicale, la migration vers le Nord
de la Nouvelle-Guinée serait à l’origine du refroidissement de l’Océan Indien
et de l’assèchement de l’Afrique de l’Est entre quatre et trois millions d’années
avant le présent.
Au cours des quatre derniers millions d’années, on assiste à une évolution
caractéristique des cycles glaciaires : d’une part une lente intensification des
glaciations (les calottes sont de plus en plus volumineuses) et, d’autre part, une
évolution de la fréquence des épisodes glaciaires : avec une cyclicité de 41 000 ans
avant 1,4 million d’années et d’environ 100 000 ans après 700 000 ans avant le
présent. Le cycle de 41 000 ans est clairement lié au cycle de l’obliquité de l’axe
de rotation de la Terre. Par contre, la cyclicité d’environ 100 000 ans fait encore
l’objet de nombreuses recherches car le cycle de l’excentricité orbitale, d’environ
100 000 ans, ne peut en rendre compte, son influence sur l’insolation étant
extrêmement faible. Par ailleurs, la bande de fréquence de 100 000 ans est
relativement diffuse et pourrait être liée à des multiples de l’obliquité (82 000 et
123 000 ans). L’évolution du volume des glaces continentales, étudiée finement à
partir du rapport 18O/16O de l’océan profond, montre que l’influence du cycle de
précession d’environ 19-23 000 ans est pratiquement absent avant 900 000 ans et
152 ÉDOUARD BARD

qu’il apparaît dans les enregistrements avec le cycle de 100 000 ans. Ce
bouleversement des caractéristiques, en amplitude et fréquence du phénomène
glaciaire, est appelé la « transition mi-Pléistocène » (MPT en Anglais).

Pour comprendre les causes de cette évolution, j’ai fait quelques rappels sur la
dynamique des calottes de glace, notamment les différents facteurs qui régissent
l’accumulation hivernale et l’ablation estivale. Le bilan de masse dépend évidemment
de la température et des précipitations sous forme de neige. Il est aussi crucial de
tenir compte d’autres facteurs qui agissent sur le bilan de glace, comme l’élévation
de l’inlandsis qui contribue à sa préservation, la subsidence isostatique qui entraîne
une rétroaction positive sur la croissance et la fonte de la calotte, la formation
d’une plate-forme ou barrière de glace (ice shelf en Anglais) lorsque la calotte
déborde sur l’océan, la présence en base de calotte de sédiments gorgés d’eau qui
favorisent l’écoulement (couche lubrifiante), ce phénomène pouvant être amplifé
par l’eau des lacs supraglaciaires, formée pendant la fonte estivale, qui peut pénétrer
dans les crevasses jusqu’en base de calotte.

Plusieurs mécanismes ont été envisagés pour expliquer les caractéristiques de la


transition mi-Pléistocène. L’absence des cycles de précession dans l’enregistrement
du volume des glaces continentales pourrait être expliqué par une compensation
des variations des inlandsis des deux hémisphères subissant des changements
d’insolation en antiphase. Le faible volume des calottes antérieures à la transition
serait une condition de cette compensation. D’autres chercheurs pensent que
l’énergie solaire totale reçue en été contrôle la vitesse de variation en masse des
calottes. Cette énergie totale estivale dépend essentiellement de l’obliquité ce qui
expliquerait la dominance de cette fréquence avant la transition mi-Pléistocène.

Néanmoins, les paramètres orbitaux ne permettent pas d’expliquer à eux seuls la


transition graduelle en amplitude et fréquence. Plusieurs hypothèses ont donc été
proposées pour en rendre compte. Certains chercheurs ont envisagé qu’une baisse
à long terme de la teneur atmosphérique en gaz carbonique aurait favorisé les
glaciations. Cependant, les données disponibles sur la pCO2 ne suggèrent pas
d’évolution significative dans ce sens (l’enregistrement sur 800 000 ans à partir des
bulles d’air des glaces de l’Antarctique montrant même une augmentation de la
pCO2 des périodes glaciaires).

Une autre explication possible est l’érosion mécanique du régolithe. Cette


hypothèse est fondée sur des observations géologiques suggérant que les calottes
précédant la transition auraient été très étendues en surface alors même que leurs
masses étaient plus faibles (en particulier la calotte nord-américaine). Avant la
transition mi-Pléistocène, la présence du régolithe, couche d’altérite formée aux
périodes chaudes du Tertiaire, aurait conduit à l’étalement des calottes. L’érosion
de cette couche lubrifiante aurait ensuite permis aux calottes de croître beaucoup
plus en altitude et donc en volume global.
ÉVOLUTION DU CLIMAT ET DE L’OCÉAN 153

Des inlandsis beaucoup plus gros auraient conduit à une synchronisation


interhémisphérique, notamment en raison de l’influence de l’océan sur les plate-
formes de glace périphériques ainsi que d’autres connexions possibles liées à des
rétroactions du cycle du carbone comme en témoignent l’émergence du cycle à
100 000 de la pCO2 atmosphérique et les variations du rapport isotopique 13C/12C
benthique de l’Atlantique et du Pacifique (et du gradient entre ces deux océans).
Ces grandes fluctuations du cycle du carbone à partir de la transition mi-Pléistocène
signalent la séquestration du CO2 dans l’océan profond et illustrent l’importance
probable de l’effet de serre pour expliquer la sévérité des conditions glaciaires
postérieures à la transition.
De multiples indicateurs mesurés dans plusieurs types d’archives géologiques
permettent de reconstituer le climat des grandes glaciations du dernier million
d’années. En particulier, la comparaison entre les enregistrements des sédiments
marins et des glaces polaires montre que les grands cycles glaciaires d’environ
100 000 ans sont caractérisés par des variations de température, de niveau marin
et de pCO2 globalement en phase. La datation uranium-thorium des coraux
fossiles indique que le niveau marin s’est abaissé de plus d’une centaine de mètres
pendant les glaciations et a dépassé le niveau actuel pendant quelques périodes
rares et brèves, notamment le Dernier Interglaciaire centré vers 125 000 ans avant
le présent (environ + 7 m). La moitié de cette hausse serait liée à la réduction de
moitié de la calotte Groenlandaise.
Les données paléothermométriques indiquent un refroidissement généralisé
d’environ 4 °C pendant les phases glaciaires, avec une amplification marquée sur
les continents et les latitudes les plus hautes. La comparaison de séries de température
aux différentes latitudes indique une amplification d’environ un facteur deux à
trois, traduisant l’existence de rétroactions positives spécifiques aux zones polaires.
Par exemple, la cartographie des banquises des deux hémisphères suggère que leur
influence était beaucoup plus marquée pendant les phases froides.
Le bilan des forçages radiatifs de la dernière glaciation suggère que la baisse des
teneurs en gaz à effet de serre, notamment le CO2 (baisse de 100 ppm), est
responsable pour environ un tiers de la perturbation climatique. Ce forçage serait
dominant sous les tropiques ce qui expliquerait leur refroidissement d’environ
2 °C. Au premier ordre, les observations de l’amplification polaire et du
refroidissement tropical sont compatibles avec la sensibilité climatique estimée par
les modèles numériques.
La dernière transition glaciaire-interglaciaire a été étudiée avec une bonne
résolution temporelle ce qui permet de quantifier les déphasages entre les multiples
paramètres du climat. Le réchauffement post-glaciaire est rapide à l’échelle
géologique, mais relativement lent en moyenne mondiale : quelques degrés sur dix
mille ans. L’augmentation postglaciaire du CO2 atmosphérique n’est pas la cause
du réchauffement initial, mais il n’est pas non plus une simple réponse au
réchauffement océanique. Ainsi, l’effet de la solubilité (4 %/°C ≈ 10 ppm/°C) n’est
154 ÉDOUARD BARD

responsable que d’environ 20 ppm. L’augmentation de CO2 observée, environ


100 ppm, est liée à de nombreuses rétroactions du cycle du carbone impliquant
notamment l’océan profond comme le montrent les enregistrements du 13C/12C
des foraminifères benthiques.
La chronologie et la structure du réchauffement postglaciaire sont variables
d’une région à une autre. Dans certaines zones, les enregistrements indiquent
même de grandes amplitudes, des accélérations brusques (par ex. 10 °C en quelques
décennies au Groenland) et des refroidissements transitoires : l’événement du
Dryas Récent dans l’Hémisphère Nord et le Renversement Froid Antarctique dans
la zone Australe (Antarctic Cold Reversal en Anglais). Le réchauffement semble
avoir été initié par l’augmentation de l’insolation estivale liée aux variations de
l’orbite terrestre. L’augmentation de l’effet de serre (CO2, CH4, N2O) a suivi les
premiers signes locaux d’élévation de température, mais précède l’essentiel du
réchauffement. Il s’agit d’une rétroaction positive expliquant environ le tiers de
l’amplitude thermique.
La fonte des calottes de glace peut être étudiée en cartographiant et en datant
les moraines terminales sur les continents. Néanmoins, l’enregistrement le plus
fiable est celui du niveau marin obtenu par la datation uranium-thorium des
coraux fossiles prélevés en forant les récifs coralliens, notamment ceux des îles de
La Barbade dans les Caraïbes et de Tahiti en Polynésie. Globalement, le niveau
marin suit le réchauffement postglaciaire avec un retard de plusieurs millénaires.
La remontée moyenne est relativement lente, 130 m en 15 000 ans, mais elle
ponctuée d’accélération(s) causée(s) par la débâcle des calottes : plusieurs mètres
par siècle pour l’événement « Melt Water Pulse 1A » qui a eu lieu, il y a environ
14 500 ans. La comparaison et la modélisation géophysique des niveaux marins
observés en Atlantique et dans le Pacifique permettent de localiser les sources de
glace et la chronologie de la fonte des différents inlandsis de la dernière période
glaciaire.

Pour compléter le cours sur l’histoire du climat, un colloque de séminaires a été


consacré au rôle du Soleil comparé à ceux des autres forçages climatiques.
Le flux d’énergie reçue du Soleil, la « constante solaire » (l’éclairement ou
l’irradiance), varie en fait à de nombreuses échelles de temps. Depuis la formation
du Soleil, il y a environ 4,6 milliards d’années, son activité a augmenté d’environ
30 %. Dans sa jeunesse, la surface de la Terre recevait donc moins d’énergie, ce
qui a probablement contribué à expliquer certaines périodes de glaciation extrême.
Plus proches de nous, au cours des derniers siècles, différentes observations ont
permis de mettre en évidence la variabilité de l’activité du soleil. Les aurores
boréales, ainsi que les taches solaires observées depuis l’invention de la lunette
astronomique, ont permis ainsi de démontrer l’existence d’une cyclicité très
prononcée de 11 ans, ainsi que des variations cycliques ou irrégulières sur plusieurs
dizaines et centaines d’années.
ÉVOLUTION DU CLIMAT ET DE L’OCÉAN 155

Ces variations de l’activité solaire ont pu être rapprochées des hauts et bas
climatiques en Europe, reconstitués par les historiens, et confirmés par les
paléoclimatologues. Ainsi, le « Petit Age Glaciaire » du xive au xviiie siècle
correspond globalement à une période de faible activité du Soleil (Minima de
Maunder, Spörer et Wolf), tandis que le réchauffement global du climat qui a suivi
est contemporain d’une augmentation de cette activité.

Pourtant, il a fallu attendre les mesures suffisamment précises des satellites, depuis
seulement une trentaine d’années, pour pouvoir quantifier ce flux d’énergie solaire et
en démontrer les variations. L’éclairement total varie ainsi d’environ 0,1 % au cours
d’un cycle de 11 ans. Ces trente années d’observations ne permettent pas de prouver
l’existence d’une tendance pluridécennale de l’éclairement, tendance qui au plus
serait très limitée. C’est pour cette raison que le Groupe d’experts Intergouvernemental
sur l’Evolution du Climat (GIEC) n’attribue à l’augmentation du flux d’énergie
solaire qu’une contribution très limitée au réchauffement global du dernier siècle.
D’autres mesures indirectes de l’activité du soleil permettent des reconstitutions
avant l’ère des satellites. Des mesures du flux de particules cosmiques mais aussi de la
perturbation du champ magnétique à la surface de la Terre, tous deux contrôlés par
le champ magnétique solaire, permettent de remonter sur plus d’un siècle.

Au-delà, les isotopes cosmogéniques, formés par l’interaction du rayonnement


cosmique sur l’atmosphère, notamment le carbone-14 et le béryllium-10, sont des
outils très précieux car ils permettent de remonter sur plusieurs milliers d’années
dans le passé. Comme l’origine commune aux enregistrements de ces deux isotopes
est l’activité du Soleil, leur très bonne correspondance est une preuve de leur
fiabilité comme traceurs de l’activité du Soleil. Malheureusement, tous ces
enregistrements sont trop indirects pour permettre de quantifier par eux-mêmes
les variations du flux d’énergie solaire. Pour cette raison, les nombreuses études qui
ont tenté d’expliquer les variations climatiques des derniers siècles aux derniers
millénaires à l’aide de l’activité du soleil ne reposent que sur des corrélations
empiriques. Les mécanismes physiques qui pourraient expliquer l’impact climatique
de l’activité solaire restent à découvrir. L’enjeu de cet impact sur la prévision des
changements climatiques futurs est tel qu’il est très important de progresser par
des approches pluridisciplinaires associant les astrophysiciens aux climatologues.
Tel était le but de ce colloque, qui se proposait ainsi de faire le point à la fois sur
le fonctionnement du Soleil et sur celui du système climatique, notamment des
différentes composantes sensibles à l’activité du soleil.

Sylvaine Turck-Chièze, du Laboratoire Plasmas Stellaires et Astrophysique


Nucléaire du CEA, à Saclay, a ainsi exposé l’apport de la modélisation à la
connaissance du fonctionnement de notre étoile. Des modèles de complexités
différentes permettent ainsi de tester différentes hypothèses de fonctionnement,
mais aussi d’en prévoir l’évolution. Elle a aussi dressé un bilan des connaissances
actuelles et rappelé que les observations du satellite SoHO, lancé en 1995, ont
conduit à une vision nouvelle du Soleil. Une partie de la dynamique interne du
156 ÉDOUARD BARD

Soleil a été élucidée, cependant des questions persistent encore sur le cœur solaire
et sur l’interaction entre le champ magnétique de la région radiative et celui de la
région convective.
Gérard Thuillier, du Service d’Aéronomie du CNRS, à Verrières-le-Buisson, a
ensuite exposé les principaux forçages climatiques et les mécanismes possibles de
l’impact climatique du soleil. Il n’existe pas d’accord général pour les reconstitutions
de l’éclairement solaire total pour le passé, mais de nouveaux projets sont en cours
afin de fournir de nouvelles données. Ainsi, Gérard Thuillier nous a présenté
l’expérience PICARD dont l’objectif est de mesurer l’irradiance solaire totale ainsi
que le diamètre du soleil, ces deux paramètres étant peut-être liés. Cette expérience
embarquée devrait être mise en orbite l’année prochaine dans les conditions idéales
de développement du prochain cycle solaire, le cycle 24.
Thierry Dudok de Wit, du Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement
et de l’Université d’Orléans, a montré quels sont les impacts de l’activité du Soleil
sur l’environnement de la planète Terre, en termes de bombardement de particules
et d’émissions d’ondes électromagnétiques notamment. Il a également insisté sur
la composante ultraviolette (UV) de ces émissions, qui présente une variabilité bien
supérieure à celle de l’irradiance totale, et dont l’impact sur la stratosphère (via la
formation de l’ozone) pourrait représenter un mécanisme important.
Olivier Boucher, de l’Office Météorologique Britannique (Meteorological Office,
Hadley Centre), a expliqué comment les modèles actuels du climat prennent en
compte les interactions internes au système climatique basées sur les cycles
biogéochimiques, notamment le cycle du carbone. Ces modèles sont utilisés pour
réaliser des projections des changements climatiques sur le prochain siècle,
notamment dans le cadre du GIEC. Ces modèles prévoient ainsi que ces interactions
amplifient un réchauffement dû aux gaz à effet de serre, plutôt que de le limiter.
Claudia Stubenrauch, du Laboratoire de Météorologie Dynamique du CNRS et
de l’Ecole Polytechnique, a exposé les principales propriétés radiatives des nuages
et les différents moyens de mesure de ces propriétés à l’échelle globale. Les nuages
jouent des rôles importants mais complexes dans le système climatique. En outre,
il a été proposé que leur formation pourrait être influencée par l’activité du Soleil,
il est donc capital d’avoir des mesures aussi complètes que possible de cette
composante. Claudia Stubenrauch a ainsi montré que les différents types de
mesures par satellites sont complémentaires et doivent être associées afin d’avoir
une information complète sur les différents nuages et leurs propriétés.
Enfin, Sandrine Bony-Léna, du même Laboratoire de Météorologie Dynamique,
a montré comment les modèles climatiques permettent de mieux comprendre la
réponse du climat à une perturbation externe (sensibilité du climat à un forçage).
En particulier, les modèles permettent de décomposer cette réponse entre les
différentes interactions propres au système climatique. Un des résultats importants
est de limiter la contribution des nuages à environ un quart de la réponse globale
ÉVOLUTION DU CLIMAT ET DE L’OCÉAN 157

du climat. Ainsi, même si l’activité solaire jouait un rôle via ces nuages, cette
composante du climat ne pourrait amplifier les variations de l’activité solaire de
manière plus importante.
Cette journée consacrée aux variations climatiques et au rôle du Soleil et autres
forçages externes fut l’occasion de réunir des scientifiques appartenant à différentes
communautés, mais dont les objectifs de recherche se rejoignent. Ce colloque a
permis de faire le point sur l’état des connaissances actuelles et des nombreuses
questions qui subsistent encore.

Les séminaires de l’année 2007-2008


En complémentarité avec les douze cours (à Paris, Chicago, Kiel, Utrecht-Texel, Bruxelles
et Cambridge), neuf séminaires ont été organisés dont la liste est donnée ci-dessous par
ordre chronologique.
Dans le cadre du colloque intitulé « Climats du passé et du futur » organisé le 13 février
2008 au Palais des Académies de Belgique (Bruxelles) en collaboration avec l’Université
Libre de Bruxelles :
— André Berger (Université Catholique de Louvain, Belgique) « Notre exceptionnellement
long interglaciaire ».
— Roland Souchez (Université Libre de Bruxelles, Belgique) « Isotopes des gaz dans la
glace et changements climatiques ».
Dans le cadre du colloque intitulé : « Variations climatiques : rôle du Soleil et des autres
forçages externes » organisé le 30 mai 2008 à Paris (Amphithéâtre Marguerite de
Navarre) :
— Edouard Bard (Collège de France) « Perspectives historiques et paléoclimatiques ».
— Sylvaine Turck-Chièze (Laboratoire Plasmas Stellaires et Astrophysique Nucléaire du
CEA, Saclay) « Fonctionnement du Soleil et origines de sa variabilité ».
— Gérard Thuillier (Service d’Aéronomie du CNRS, Verrières-le-Buisson) « Les forçages
externes du système climatique et l’expérience PICARD ».
— Thierry Dudok de Wit (Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement,
CNRS et Université d’Orléans) « Relations Soleil-Terre et le rôle de la composante UV ».
— Olivier Boucher (Meteorological Office, Hadley Centre, Angleterre) « Cycles biogéo-
chimiques et rétroactions climatiques ».
— Claudia Stubenrauch (Laboratoire de Météorologie Dynamique, CNRS, Ecole
Normale Supérieure, Ecole Polytechnique) « Propriétés des nuages et leur variabilité à partir
des observations spatiales ».
— Sandrine Bony-Léna (Laboratoire de Météorologie Dynamique, CNRS, Ecole
Normale Supérieure, Ecole Polytechnique) « Modélisation de la réponse du climat à un
forçage externe ».

Autres cours et conférences de l’année 2007-2008


Aix-en-Provence, 3 décembre 2007. Europôle de l’Arbois : « Variations climatiques
naturelles et anthropiques ».
Aix-en-Provence, 22 janvier 2008. Institut d’Etudes Politiques : « Notre société face au
climat ».
Lamont-Doherty Earth Observatory de l’Université Columbia New York, 22 mai 2008 :
« Paleomonsoon records viewed from the ocean ».
158 ÉDOUARD BARD

Paris, 26 juin 2008. Sénat OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix
scientifiques et technologiques) : « L’enjeu de la multidisciplinarité pour comprendre le
changement climatique ».

Activités de recherches
Cette année, l’équipe de la Chaire de l’Évolution du Climat et de l’Océan a
poursuivi son étude de la variabilité solaire à long terme et de son impact sur le
climat mondial.
Nos recherches à ce sujet sont fondées sur la comparaison d’enregistrements
totalement indépendants : le 14C mesuré dans les cernes d’arbres et le béryllium 10
analysé dans les glaces de l’Antarctique (14C et 10Be sont deux cosmonucléides
formés dans la haute atmosphère). Ces séries ont permis, d’une part, de retrouver
les périodes de faible activité solaire déjà connues des astronomes grâce aux
comptages des taches solaires et aux observations directes d’aurores boréales, et
d’autre part, de mettre en évidence des minima solaires encore plus anciens. Notre
reconstitution de l’irradiance solaire sur 1 000 ans a été choisie par les modélisateurs
du climat comme courbe de forçage « étalon » (cf. p. 479 du rapport IPCC-GIEC
2007). Cette étude est en cours d’extension pour les sept derniers millénaires
(comparaison de la courbe 14C INTCAL04 avec les données 10Be de la carotte de
glace de Vostok en Antarctique Central ; collaboration avec le CSNSM et le
LSCE).
Les mesures de 10Be peuvent maintenant être faites au CEREGE à l’aide du
nouvel accélérateur de 5MV ASTER installé sur le campus de l’Arbois à Aix-en-
Provence. La chimie préparative du béryllium (extraction et purification) est
réalisée dans le laboratoire de la chaire de l’évolution du climat et de l’océan
(bâtiment Trocadéro de l’Arbois). L’équipe est impliquée dans le programme de
mesure du 10Be sur une nouvelle carotte de glace. Le forage de Dôme Talos, site
proche de la mer de Ross, a atteint 1 619,20 m de profondeur. La glace formant
le fond du forage est très ancienne, et d’après une première datation, la carotte
couvre les derniers 65 000 ans à une profondeur de 1 300 m. Le forage a été
échantillonné pour les mesures du 10Be et les échantillons de glace sont stockés
dans un entrepôt frigorifique à proximité du CEREGE. Ce forage au Dôme Talos
a été réalisé dans le cadre du projet TALDICE mené principalement par une
collaboration franco-italienne. Le projet reçoit un soutien national de l’INSU
(programme LEFE Talos Dome) et de l’IPEV pour la logistique polaire.

Publications

2008
Eris K.K., Ryan W.B.F., Cagatay M.N., Lericolais G., Sancar U., Menot G.,
Bard E. Reply to Comment on « the timing and evolution of the post-glacial transgression
across the Sea of Marmara shelf, south of Istanbul » by Hiscott et al., Marine Geology 254,
230-236 (2008).
ÉVOLUTION DU CLIMAT ET DE L’OCÉAN 159

Tachikawa K., Sépulcre S., Toyofuku T., Bard E. Assessing influence of diagenetic
carbonate dissolution on planktonic foraminiferal Mg/Ca in the South-eastern
Arabian Sea over the past 450 k years : Comparison between Globigerinoides ruber and
Globigerinoides sacculifer. Geochemistry Geophysics Geosystems (G-cubed) 9 (4), Q04037, doi :
10.1029/2007GC001904, 1-16 (2008).
Bard E., Delaygue G. Comment on « Are there connections between the Earth’s
magnetic field and climate ? » by Courtillot et al. (2007), Earth and Planetary Science Letters
265, 302-307 (2008).

2007
Bard E., Raisbeck G., Yiou F., Jouzel J. Comment on « Solar activity during the last
1000 yr inferred from radionuclide records » by Muscheler et al. (2007). Quaternary Science
Reviews, 26, 3118-3133 (2007).
Blanchet C.L., Thouveny N., Vidal L., Leduc G., Tachikawa K., Bard E.,
Beaufort L. Terrigenous input response to glacial/interglacial climatic over southern Baja
California : a rock magnetic approach. Quaternary Science Reviews, sous presse.
Buck C, Bard E. A calendar chronology for mammoth and horse extinction in North
America based on Bayesian radiocarbon calibration. Quaternary Science Reviews, 26,
2031-2035, (2007).
Böning P., Bard E., Rose E. Towards direct micron-scale XRF elemental maps and
quantitative profiles of wet marine sediments. Geochemistry Geophysics Geosystems (G-cubed)
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Paleoceanography 22, PA3204, doi:10.1029/2006PA001269, 1-18 (2007).
Eris K.K., Ryan W.B.F., Cagatay M.N., Sancar U., Lericolais G., Menot G.,
Bard E. The timing and evolution of the post-glacial transgression across the Sea of
Marmara shelf south of Istanbul, Marine Geology, 243, 57-76 (2007).
Leduc G., Vidal L., Tachikawa K., Rostek F., Sonzogni C., Beaufort L., Bard E.
Moisture transport across Central America as a positive feedback on abrupt climatic changes.
Nature 445, 908-911 (2007).
Pichevin L., Bard E., Martinez P., Billy I. Evidence of ventilation changes in the
Arabian Sea during the Late Quaternary : implication for denitrification and nitrous oxide
emission. Global and Biogeochemical Cycles 21, GB4008, doi:10.1029/2006GB002852,
1-12 (2007).
Rickaby R.E.M., Bard E., Sonzogni C., Rostek F., Beaufort L., Barler S., Rees G.,
Schrag D. Coccolith chemistry reveals secular variations in the global ocean carbon cycle ?
Earth and Planetary Science Letters 253, 83-95 (2007).

Textes divers (vulgarisation, chapitre de livre, préface,


principales interviews) :
Bard E. Les variations climatiques du passé et de l’avenir, in « Les géosciences au service
de l’Homme : comprendre l’avenir », éditions Hirlé, 177-195 (2007).
Collectif. « Quel temps fera-t-il demain ? », éditions Tallandier, 107-120 ; 167-174
(2007).
Bard E. Bac to basics : l’effet de serre. La Recherche, hors-série n° 3, 46-53 (2007).
Bard E. L’océan et le changement climatique. La lettre de l’Académie des sciences n° 21,
15-19 (2007).
160 ÉDOUARD BARD

L’Echo (Belgique), p. 11, 24 avril 2008. La paléoclimatologie nous parle.


La Libre Belgique, p. 17, 14 février 2008. Accepter des actions qui nous coûtent.
Le Figaro, p. 12, 3-4 février 2007. Comme si Paris était déplacée à la latitude de
Bordeaux.
Libération, p. 38-39, 27-28 janvier 2007. La menace d’un changement climatique
dangereux se confirme.

Conférences dans le cadre de colloques internationaux


Londres, 8-10 janvier 2008 : Quaternary Research Association Annual Meeting (Royal
Geographical Society). Bard E. The Wiley Lecture : The last deglaciation and its impacts
in the North Atlantic and adjoining seas.
Cambridge et Londres (Royal Society), 10-13 mars 2008, The Leverhulme Climate
Symposium 2008. Bard E. The solar variability.
Vienne, 13-18 avril 2008 : European Geosciences Union General Assembly.
— Böning P., Bard E. Millennial scale thermocline ventilation changes in the Indian
Ocean as implied from aragonite preservation in the Arabian Sea.
— Camoin G., Seard C., Deschamps P., Durand N., Yokoyama Y., Matsuzaki H.,
Webster J., Braga J.C., Bard E., Hamelin B. Reef accretion during the post-glacial
sea-level rise at Tahiti (French Polynesia) : I.O.D.P. #310 expedition « Tahiti sea level ».
— Deschamps P., Durand N., Bard E., Hamelin B., Camoin G., Thomas A.L.,
Henderson G., Yokoyama Y. Deglacial Melt Water Pulse 1A revisited from the new
IODP Tahiti record.
— Felis T., Asami R., Bard E., Cahyarini S.Y., Deschamps P., Durand N.,
Hathorne E., Kölling M., Pfeiffer M. Pronounced interannual variability in South
Pacific temperatures during the early deglacial — coral-based results from IODP Expedition
310.
— Leduc G., Vidal L., Cartapanis O., Bard E. Modes of Eastern Equatorial Pacific
thermocline variability : implications for ENSO dynamics over the last glacial period.
— Naughton F., Sanchez Goni M.F., Kageyama M., Bard E., Duprat J., Cortijo E.,
Malaizé B., Joly C., Rostek F., Turon J.-L. Alternative mechanisms explaining the
complex pattern of Heinrich events in the North Atlantic mid-latitudes.
— Thomas A.L., Henderson G.M., Deschamps P., Yokoyama Y., Bard E.,
Hamelin B., Durand N., Camoin G. Lowstand sea levels from U-Th dating of pre-LGM
corals : results from IODP expedition 310 « Tahiti sea level ».
Vancouver, 13-18 juillet 2008, Goldschmidt Conference.
— Thomas A.L., Henderson G.M., Deschamps P., Yokoyama Y., Bard E.,
Hamelin B., Durand N., Camoin G. The timings of sea level change during the last
glacial cycle, from U/Th dating of submerged corals : Results from IODP expedition 310
« Tahiti sea level ».

Responsabilités diverses :
Directeur-Adjoint du Centre Européen de Recherche et d’Enseignement en Géosciences
de l’Environnement (CEREGE UMR 6635).
Membre nommé du Conseil de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement
supérieur (AERES) du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR).
Membre du Conseil du laboratoire NOSAMS de la Woods-Hole Oceanographic
Institution (USA).
ÉVOLUTION DU CLIMAT ET DE L’OCÉAN 161

Membre de la délégation du gouvernement français accompagnant le Ministre J.-L. Borloo


à la Conférence sur le Changement Climatique des Nations Unies (Bali, Indonésie,
décembre 2007).
Participant à la table ronde sur le climat en présence du Président N. Sarkozy et du
Prince Albert II (Monaco, 25 avril 2008).
Participant à l’audition au Sénat (OPECST) au sujet de la création d’un observatoire de
l’Arctique (Paris, 26 juin 2008).

Distinction
2008, Wiley Lecture de la Quaternary Research Association (Royal Geographical Society,
Londres),
Astrophysique observationnelle

M. Antoine Labeyrie, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

I. Cours et séminaires
Les progrès en cours et prévisibles des observations astronomiques à haute
résolution angulaire ont encore fait l’objet du cours de cette année. La voie des
télescopes géants dilués, encore nommés « hypertélescopes », explorée depuis une
dizaine d’années, apparaît prometteuse. D’une part, la compréhension théorique de
ces instruments et de leurs propriétés d’imagerie progresse et confirme l’amélioration
de leur sensibilité, par rapport aux interféromètres plus classiques comportant un
petit nombre de grandes ouvertures. D’autre part, les techniques visant à leur mise en
œuvre se mettent en place. Un grand défi est de parvenir à rendre les hypertélescopes
utilisables pour observer les objets les plus faiblement lumineux auxquels accèdent les
télescopes classiques et leurs versions à venir nommées « Extrêmement Grands
Télescopes », comportant un miroir mosaïque de 25 à 42 m.
Ces différents points ont été abordés dans le cours, et certains l’ont été dans les
séminaires de Roberto Gilmozzi, Jean Surdej, Michel Aurière, Didier Pelat, Lyu
Abe, Jean-Gabriel Cuby, Tristan Guillot, Guy Perrin et Hervé Le Coroller.

II. Activités de recherche du Laboratoire d’Interféromètrie Stellaire


et Exo-planétaire ( LISE)
Le groupe de recherche LISE associé à la chaire d’Astrophysique Observationnelle
est hébergé à l’Observatoire de Haute Provence et à l’Observatoire de la Côte-
d’Azur, sur ses sites de Grasse et de l’Observatoire de Calern.

Hypertelescope prototype Carlina-tech (J. Dejonghe et H. Le Coroller)


L’agrandissement du prototype est en chantier à l’Observatoire de Haute-
Provence, avec une participation active de ses services techniques. Des essais
d’observation utilisant trois miroirs espacés de 10 m sont prévus au début 2009.
164 ANTOINE LABEYRIE

Prévu initialement pour une ouverture diluée dont la dimension atteindrait 18 m,


il pourrait être agrandi ultérieurement à 36 m s’il s’avère possible de construire un
correcteur focal d’aberration sphérique ouvert à F/1. Le nombre des petits miroirs
collecteurs pourrait aussi être accru, jusqu’à une centaine éventuellement, s’il
s’avère utile, en attendant la disponibilité de la version agrandie mentionnée
ci-après, d’entreprendre un programme d’observation sur des étoiles super-géantes,
bien résolues avec les dimensions d’ouverture de 18 ou 36 m. Cela nécessiterait le
déménagement de l’instrument sur un site plus favorable.
Après les premiers essais d’interférence qui ont validé partiellement le concept
dit d’hypertélescope Carlina, J. Dejonghe et H. Le Coroller, revenu de séjour post-
doctoral à Hawaii, ont augmenté le prototype en installant un troisième miroir
collecteur, et un correcteur focal à deux miroirs. Ils ont aussi, avec l’aide de
stagiaires, fait un montage d’essai du système de métrologie à laser servant à
co-sphériser les miroirs collecteurs avec une précision de l’ordre du micron. Ils
préparent des observations de franges à trois ouvertures, en attendant un plus
grand nombre. Une caméra à comptage de photons, permettant des temps de
pause très courts afin de « figer » la turbulence, a été construite en collaboration
avec l’Observatoire de la Côte-d’Azur. Le densifieur de pupille, dispositif optique
destiné a concentrer la lumière sur un nombre réduit de franges, a été étudié à
l’aide du logiciel de simulations optiques Zemax et est en cours de construction à
l’Observatoire de Haute-Provence. Enfin, un système d’asservissement permettant
de stabiliser le trépied de câbles du ballon a hélium et ainsi d’améliorer la stabilité
de l’ensemble du dispositif optique de l’hypertélescope est actuellement réalisé par
des techniciens et ingénieurs de l’Observatoire de Haute-Provence. La mise en
service du prototype Carlina à l’Observatoire de Haute-Provence, prévue pour
2009/2010, permettra de valider l’intégralité de la chaîne optique de l’hypertélescope,
et d’évaluer les performances intrinsèques de l’instrument, notamment en observant
des objets faibles (magnitude > 12). Elle devrait ouvrir la voie pour un projet
ultérieur à plus grande échelle.

Etude d’un hypertélescope à ouverture de 100 à 200 m


(A. Labeyrie, J. Dejonghe, H. Le Coroller, D. Vernet, P. Rabou)
Une version agrandie, destinée à entreprendre un programme scientifique
d’imagerie directe sur de nombreuses étoiles et sources extra-galactiques, est
simultanément étudiée. Elle pourrait comporter, au foyer d’un miroir primaire
dilué dont le diamètre atteindrait 100 ou 200 m et l’ouverture relative F/1, un
correcteur compact d’aberration sphérique et un densifieur de pupille. L’utilité
d’entamer, à cette échelle, des essais préalables sur une étoile artificielle ou bien sur
l’étoile Polaire visée en exploitant la pente d’une falaise, est également étudiée. De
tels essais sont peut-être évitables par une modélisation poussée du système (le
télescope Hubble de la NASA n’avait pas été validé en visant une étoile avant son
lancement, ce qui aurait révélé l’erreur catastrophique de fabrication optique
apparue plus tard dans l’espace).
ASTROPHYSIQUE OBSERVATIONNELLE 165

Après la construction, l’observation pourrait débuter avant de disposer d’optique


adaptative corrigeant la turbulence atmosphérique, laquelle affecte la mise en phase
des faisceaux. Il faudrait alors recourir à la méthode d’interféromètrie des tavelures,
qui a permis de retrouver la résolution théorique des grands télescopes classiques.
Dans un second temps, une optique adaptative devrait former directement des
images à haute résolution, riches en information. S’il s’avère possible d’ajouter un
système d’étoile guide laser, mentionné ci-après, l’instrument deviendrait utilisable
sur des sources faibles, telles que les galaxies lointaines observées par les ELTs.

Version pour hypertélescope d’une optique adaptative avec étoile guide laser
(A. Labeyrie)
Les systèmes d’étoiles guide laser, dont le principe fut d’abord publié par Foy et
Labeyrie en 1985, ont été mis en œuvre sur les plus grands télescopes, sur lesquels
elles permettent depuis quelques années d’étendre à des sources très faiblement
lumineuses les techniques d’optique adaptative, et donc d’observer des objets très
lointains avec une résolution améliorée. Il ne semblait pas facile d’adapter une
étoile laser à un hypertélescope, pour étendre à des sources très faibles ses capacités
d’imagerie à haute résolution. Cependant, une possibilité de solution, utilisant un
système laser modifié, est apparue. La théorie a pu être vérifiée en partie avec un
montage de laboratoire. En attendant la construction d’hypertélescopes dans
l’espace, des versions terrestres pourraient donc devenir utilisable pour les
observations de cosmologie sur les galaxies faibles et lointaines.

Faisabilité d’un hypertélescope couplé à un « Extremely Large Télescope »


(ELT)
Les projets actuels de construction d’ELTs, notamment par l’Europe, soulèvent la
question des possibilités de couplage avec un hypertélescope. L’un des sites candidats
étudiés par l’Europe, sur la sierra Macon dans les Andes d’Argentine, est une longue
crête orientée nord-sud, interrompue par un col dont la topographie pourrait convenir
pour un hypertélescope Carlina, lequel pourrait être couplé interféromètriquement
avec l’ELT. Ce dernier y gagnerait beaucoup quant à la science accessible, avec une
résolution améliorée d’un facteur 10 à 20 (www.oamp.fr/lise/).

Prospection de sites pour un hypertélescope


(A. Labeyrie, J. Dejonghe, H. Le Coroller, D. Vernet, O. Lardière)
La prospection entamée les années précédentes a été poursuivie en mesurant la
turbulence sur l’un des sites visités, à Barrosa dans les Pyrénées espagnoles. Une
seule nuit d’observation avec un petit télescope portant une caméra a montré que
la turbulence locale peut atteindre une bonne qualité, sans toutefois renseigner sur
la fréquence des nuits utilisables. Mais les données météorologiques ont permis
d’en avoir une idée grossière en précisant les statistiques de vent et de nébulosité
sur ce site, lesquelles sont plus favorables qu’aux latitudes plus basses pour le vent,
166 ANTOINE LABEYRIE

et raisonnablement favorables pour la nébulosité. L’Observatoire du Pic du Midi,


situé non loin sur le versant français de la chaîne, est réputé pour fournir
occasionnellement des images exceptionnelles.

Etude d’un hypertélescope dans l’espace (A. Labeyrie)


Après la proposition faite l’année précédente à l’Agence Spatiale Européenne
(www.oamp.fr/infoglueDeliverLive/www/OHP/Actualit%E9s?contentId=1148),
est apparue la possibilité d’une version « éthérée », utilisant de petits miroirs piégés
par des faisceaux de laser. De grands miroirs formés de nano-particules piégées par
laser avaient été étudiés les années précédentes, mais il s’agirait maintenant de
constituer un grand miroir dilué en piégeant de petits miroirs solides. Le calcul de
leur comportement est plus facile, ainsi que leur mise en œuvre, laquelle peut être
expérimentée en laboratoire. Cette version est mentionnée de façon préliminaire
dans une publication résumant la proposition (Labeyrie et al., 2008, http://dx.doi.
org/10.1007/s10686-008-9123-8).

Astrophysique théorique et relativité générale (R. Krikorian)


R. Krikorian a poursuivi l’étude de certains aspects de la supraconductivité dans
un espace-temps courbe. L’interprétation physique des équations tensorielles
décrivant la supraconductivité dans le cadre de la relativité générale présente des
difficultés dues au fait que les relations permettant de passer des grandeurs
tensorielles absolues aux grandeurs physiquement mesurables ne sont pas définies
de manière univoque. Par exemple, il n’existe pas de façon unique de déduire du
tenseur absolu champ électromagnétique les champs électrique et magnétique
physiquement mesurables. Une première approche adoptée pour la formulation
des équations tensorielles en terme de grandeurs physiquement mesurables a été la
méthode des tétrades. Dans cette approche les équations sont écrites à l’aide
d’invariants vis-à-vis des transformations générales des coordonnées d’espace-
temps. Les champs électrique et magnétique, définis à l’aide des composantes
anholonomiques du tenseur champ électromagnétique sont donc des scalaires qui
se transforment selon les lois de la relativité restreinte dans un changement de
repères orthonormés. Cette méthode a été notamment utilisée pour obtenir les
expressions des champs électrique et magnétique à l’intérieur des supraconducteurs
de type I et II (Nuovo Cimento, 2007, Astrophysics, 2008).
Il existe dans la littérature une autre approche pour l’interprétation des équations
tensorielles absolues de la relativité générale, la méthode des projections de
Cattaneo. Cette méthode, contrairement à l’approche anholonomique, a un
caractère purement tensoriel ; les équations tensorielles absolues sont écrites sous
une forme semblable à celle de la physique newtonienne et interprétées en
employant le langage de la physique classique. Ce résultat est atteint : (i) par
l’introduction, au moyen d’opérateurs de projections convenablement définis, de
grandeurs « standard » relatives au système de référence associé au système de
ASTROPHYSIQUE OBSERVATIONNELLE 167

coordonnées physiquement admissibles ; ces grandeurs se transformant selon les


lois tensorielles classiques vis-à-vis des changements de coordonnées internes au
système de référence ; (ii) en définissant un opérateur de dérivation transverse,
partielle ou covariante. Les équations tensorielles absolues de London écrites à
l’aide de ces grandeurs « standard » ont donc la même forme que les équations
vectorielles classiques reliant la vitesse du superélectron au champ électromagnétique
avec des termes supplémentaires représentant l’influence du champ de gravitation.
Les expressions des champs électrique et magnétique déduites des équations
« standard » ont été comparées à celles obtenues par la méthode anholonomique.
Ce travail a fait l’objet d’une publication. En collaboration avec D. Sedrakian,
Université d’état d’Erevan, la méthode de Cattaneo a été utilisée pour l’interprétation
physique des équations covariantes décrivant les propriétés des supraconducteurs
de type II. Ce travail sera soumis à la revue Phys. Rev. D.

III. Publications, séminaires et conférences


Krikorian R.A., « Superconductivity in curved space-time and the object of anholonomity »,
Nuovo Cimento B 122, 401, 2007.
Krikorian R.A. & Sedrakian D.M., « Tetrad formulation of the dynamical equations of
type II superconductors in curved space-time », Astrophysics 51, 58, 2008.
Sedrakian D.M. & Krikorian R.A., « Covariant formulation of the basic equations of
quantum vortices in type2 superconductors », Phys Rew B 76, 184501-1, 2007.
Krikorian R.A., « Superconductivity in curved space-time and Cattaneo’s projection
method », Nuovo CimentoB, 123, 217, 2008.
Labeyrie et al., 2008, « Luciola hypertelescope space observatory: versatile, upgradable
high-resolution imaging, from stars to deep-field cosmology », à paraître dans Experimental
Astronomy, http://dx.doi.org/10.1007/s10686-008-9123-8.
Labeyrie A., Le Coroller H. & Dejonghe J., « Steps toward hypertelescopes on Earth and
in space », proc. SPIE conf., Marseille 2008
Deux journées de discussion sur le « Cophasage des ELTs, interféromètres et
hypertélescopes », organisées au Collège de France par H. Le Coroller et A. Labeyrie les
18 et 19 mars 2008, ont rassemblé une vingtaine de chercheurs français et étrangers.

Présentations invitées et séminaires


A. Labeyrie, invité à faire une présentation au colloque « Extremely Large Telescopes at
Different Wavelengths » à Lund (Suède) les 29 et 30 novembre 2007, s’en est acquitté par
vidéo-conférence.
A. Labeyrie, « Etoile guide laser pour hypertélescope », séminaire à l’Observatoire de
Lyon, 21 mars 2008.

Conférence publique et site web


A. Labeyrie, « Le regard des géants : les grands télescopes du futur changeront-ils notre
conception actuelle de l’Univers ? » Planétarium de Vaulx-en-Velin, 20 mars 2008.
Le site web du LISE (www.oamp.fr/lise) a été mis à jour et amélioré par Mme V. Garcia
qui prend en charge sa maintenance et l’implantation d’une version en anglais.
Chimie des interactions moléculaires

M. Jean-Marie Lehn, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

Le cours de l’année 2007-2008 a porté sur « Autoorganisation moléculaire et


supramoléculaire ». Des cours ont été donnés à l’Université Louis Pasteur de
Strasbourg (3 h), à l’Université d’Etat M. V. Lomonossov de Moscou (4 h) et à la
City University de Hong Kong (4 h).

Cours au collège de France

1) Autoorganisation supramoléculaire d’architectures entrelacées


L’autoorganisation d’architectures entrelacées de type rotaxanes, caténanes et
nœuds moléculaires met à profit l’assistance d’effets supramoléculaires pour mettre
en place les différents composants qui seront ensuite connectés par des réactions
post-assemblage. Ces effets supramoléculaires peuvent résulter de la coordination
d’ions métalliques (cours 2005-2006), d’interactions électrostatiques, de la
formation de liaisons hydrogène, de forces de Van der Waals.

a) Cavités organiques : cyclodextrines, cucurbituriles


La formation de rotaxanes a mis en œuvre l’aptitude de cavités moléculaires de
grande taille, telles que celles des cyclodextrines et des cucurbituriles, à former des
complexes d’inclusion avec de nombreux substrats moléculaires.
Deux différentes stratégies de synthèse ont été mises au point, utilisant par
exemple l’α-cyclodextrine.
170 JEANMARIE LEHN

La formation de polyrotaxanes et de caténanes a aussi été réalisée.

O O O
H 2N O O O NH2

O 2N

1. CD 2. F NO2

NO2 O 2N
O O O
O 2N N O O O N NO2
H H

De manière analogue, des rotaxanes dérivant de la [6] cucurbiturile ont été


obtenus.
CHIMIE DES INTERACTIONS MOLÉCULAIRES 171

b) Polyéthers macrocycliques

Les polyéthers macrocycliques forment des rotaxanes avec des cations ammonium
qui s’insèrent dans la cavité centrale par formation de liaisons hydrogène avec les
sites oxygène.

De nombreuses superstructures de ce type ont été obtenues, y compris des


polyrotaxanes, avec des cations polyammonium et des caténanes.
172 JEANMARIE LEHN

Structures RX

c) Macrocycles Accepteur/Donneur
L’introduction de groupements riches en électrons (Donneurs) ou pauvres en
électrons (Accepteurs) dans un récepteur macrocyclique permet l’insertion d’un
substrat contenant le groupe complémentaire dans la cavité centrale. Cette approche
s’est révélée particulièrement fructueuse et a permis d’obtenir de nombreuses
architectures mono- et poly-rotaxanes et caténanes.
85.2PF 6 87 .3X

+ +
N N
+ +
M eC N
2PF 6 3X
R oom Temp erature
+
N N

Br

Br Br O O O
86 O O Insertion
B PP3 4C 10

O O
O O O

O O O O O O
4PF 6 3X
O O O O

+ + + +
N H 4PF 6

+ + Cyclisation +

Br
O O O O

O O O O O O

88.4P F 6 [2]rotaxane
[8 7.B PP 34C 10 ].3X
CHIMIE DES INTERACTIONS MOLÉCULAIRES 173

1. O O O O O O O O O O
+ +
N N
or
O O O O O O O O O O

BPP34C10 MeCN 1/5DN38C10


N N
91.2PF6
2. NH4PF6 / H2O

Br Br
92

O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O

+ + + +

20% 4PF6 or 4PF6 31%

+ + + +
O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O

93.4PF6 94.4PF6

De tels rotaxanes ont été mis en œuvre pour la réalisation de dispositifs


supramoléculaires présentant des mouvements moléculaires par déplacement
contrôlé d’un composant par rapport à un autre.

Contrôle Électrochimique de la Position du Cyclophane Tétracationique


dans une « Navette » Supramoléculaire Linéaire à Deux Stations

Des rotaxanes et caténanes ont aussi été obtenus en utilisant l’effet de support
d’un anion complexé.

2) Autoorganisation de brins moléculaires


a) Chaînes polyhétérocycliques
Le repliement de brins moléculaires peut être contrôlé par la mise en œuvre de
codons de repliement (« folding codons ») présentant une conformation préférée.
174 JEANMARIE LEHN

Ainsi des groupes aza-hétérocycliques connectés en position α des atomes d’azote


donnent lieu à une orientation transoïde par rapport aux liaisons C-C de connexion.
Il en résulte qu’une séquence de quelques groupes, choisis de façon adéquate, force
un brin moléculaire à adopter une forme hélicoïdale ou linéaire ou une combinaison
de deux. On peut ainsi obtenir des hélices moléculaires à tours multiples.

Ainsi une séquence pyridine-pyrimidine-pyridine est un codon d’hélicité et une


séquence de groupes pyridine, un codon de linéarité.

Le remplacement d’un groupe pyridine par une hydrazone facilite beaucoup la


synthèse de ces brins moléculaires et permet d’obtenir ainsi des hélices à tours
multiples.

H CH3 CH3 CH3 CH3 CH3 CH3 CH3 CH3 CH3


C 3
N N N N N N N N N N
N N N N N N N N N N
N N N N N N N N N N N N N N N N N N N N

N
N N N
N N
N N
NN N
N NN
N N
11.60 Å N N
N
N N
N N
N
N
N
N
N N
N
N N
NN N
N
N N

De plus cette méthode rend accessible la génération de polymères hélicoïdaux


par polycondensation.
CHIMIE DES INTERACTIONS MOLÉCULAIRES 175

H R2
N N N
R1 N
N
N N n
N
H H N
N N NH
N N
R2
N
H H H H N N
N N C C N
N NH
H2N N H2 O O H N
H N
N N
N N N N R1 N N
+ N
N N N
R1 R2 N
H N
H N
N N NH
R2 N N
N
N N N
R1= R2= N NH
H N N

Me O OMe
N
OMe N R2

b) Chaînes pyridine-carboxamides

Différents autres éléments structuraux ont été utilisés. En particulier, des


enchaînements de groupes pyridine-carboxamides conduisent au repliement en
hélice, du fait de la formation de liaisons hydrogène. De plus, ces brins hélicoïdaux
ont aussi l’aptitude de former des dimères en double hélice.

Crystal Structure of Double Helical Heptamer

En conclusion, la mise au point de codons structuraux rend possible le contrôle


de l’autoorganisation de brins moléculaires.

Elle ouvre d’intéressantes perspectives pour la génération de molécules


synthétiques de forme contrôlée et imposée, ainsi que pour la compréhension des
facteurs déterminant la conformation des molécules biologiques.
176 JEANMARIE LEHN

Séminaires

À Paris :
— Olivia Reinaud (Université de Paris Descartes), Exploration des métallo-biosites avec
des calixarènes « complexes », 22 février 2008.
— Gérard Férey (Institut Lavoisier de l’Université de Versailles), Les métaux poreux sur
mesure, 5 mars 2008.

À Strasbourg :
Peter Stang (University of Utah), Nanoscale Molecular Architecture : Design and Self-
Assembly of Metallocyclic Polygons and Polyhedra via Coordination, 11 juillet 2007.
Jean-Pierre Bucher (IPCMS, Strasbourg), Probing Electronic and Magnetic Properties of
Atomic and Molecular Clusters with Sharp Tips, 2 octobre 2007.
Yoshihito Osada (Hokkaido University), Intelligent Gelsl – An Approach to Artificial
Muscles and Soft Tissue, 22 octobre 2007.
Adrian-Mihail Stadler (CNRS, ISIS, Strasbourg et Institut de Nanotechnologie,
Karlsruhe), Auto-Organisation et Mouvements Moléculaires.
Philippe Reutenauer (ETH Zürich), Expansion of the Scope of the [2 + 2] Cycloaddition/
Retro-Electrocyclisation Cascade Between Electron Rich Alkynes and TCNE, 11 décembre
2007.
Franck Zal (CNRS Roscoff ), The Extracellular Hemoglobin of the Annelid Polychaete
Arenicola Marina : A Natural Oxygen Carrier for Human Health, 17 décembre 2007.
Philippe Turek (Institut de Chimie, Strasbourg), Electron Paramagnetic Resonance:
A Tool for the Study of the Magnetic Properties of Molecular Materials, 29 janvier 2008.
Nathan Schultheiss (Kansas State University), Balancing Intermolecular Interactions in
the Design and Synthesis of Supermolecules, 12 février 2008.
Alexandros E. Koumbis (Aristotle University of Thessaloniki), Total Synthesis of Syributins,
Secosyrins and Syringolides, 26 février 2008.
Steven Rokita (University of Maryland), Nucelotide Sequence Controls the Efficiency
of Electron Injection and Transport in Duplex DNA, 19 mars 2008.
Alexandre Varnek (Université Louis Pasteur), From Databases to in silico Design
of New Compounds, 1er avril 2008.
Raymond Weiss (Université Louis Pasteur), Les Peroxidases et leurs Mécanismes, 23 juin
2008.

Résumé des activités de recherche

A Laboratoire de chimie supramoléculaire


(ISIS, Université Louis Pasteur, Strasbourg et UMR 7006 du CNRS)

I — Dispositifs fonctionnels moléculaires et supramoléculaires


1) Dispositifs optiques
Les propriétés optiques d’assemblées supramoléculaires de groupes porphyriniques
pourvus d’unités de reconnaissance moléculaire complémentaires ont été étudiées.
CHIMIE DES INTERACTIONS MOLÉCULAIRES 177

Elles sont le siège de transferts d’énergie dont la vitesse et l’efficacité dépendent de


la géométrie supramoléculaire (1).

2) Dispositifs électroniques et magnétiques

Les complexes linéaires multinucléaires du ruthénium(II) formés par des ligands


polytopiques à sites tridendates présentent un remarquable comportement de « fil
moléculaire » (2).

Un complexe paramagnétique tétranucléaire du fer(II) en forme de grille [2 x 2]


s’est révélé être une nanosonde magnétique de très haute sensibilité de la formation
de liaisons hydrogène (A. Stefankiewicz).
178 JEANMARIE LEHN

3) Dispositifs nanomécaniques
Des mouvements moléculaires réversibles peuvent être induits dans des brins
moléculaires oligopyridine-dicarboxamide par protonation et déprotonation (3).
L’étude des mouvements moléculaires couplés par complexation et décomplexation
successives de brins moléculaires polytopiques a été poursuivie (M. Stadler).

II — Autoorganisation de systèmes inorganiques


1) Hélicates
Un ligand de type quaterpyridine forme des complexes hélicoïdaux mono- et
bi-nucléaires (hélicates) (4).

2) Superstructures en « grille » [2 × 2]
L’autoassemblage de grilles métallosupramoléculaires [2 × 2] à partir de ligands
fonctionnalisés permet la génération de multivalences avec présentation de huit
groupements fonctionnels soit :
— en position « axiale », à partir de composants hydrazino-pyridine,
— en position « latérale », à partir de composants hydrazide (X. Cao).
La mise en évidence des effets de cette multivalence repose sur l’apparition de
propriétés nouvelles, notamment complexantes (X. Cao).
Des grilles fonctionnalisées destinées notamment à l’autoorganisation sur surface
métallique ou avec des nanoparticules métallique ont été synthétisées
(A. Stefankiewicz).
La formation sélective de grilles [2 × 2] hétérométalliques directement par
autoorganisation avec sélection des cations et régiosélectivité a été étudiée
(J. Ramirez, A.M. Stadler).
Le mécanisme de formation des grilles [2 × 2] a été étudié par RMN
(M.-N. Lalloz-Vogel, A. Marquis).
Des ligands bis-tridentates forment avec des cations lourds (HgII, PbII) des
architectures de coordination de type grille ou ratelier (5).

III — Autoorganisation de systèmes organiques


1) Hélicité de brins moléculaires
Des brins moléculaires contenant des groupes 1,8-naphtyridine adoptent une
conformation hélicoïdale et forment des assemblées oligomériques avec des cations
oligo-ammoniums (6).
CHIMIE DES INTERACTIONS MOLÉCULAIRES 179

Des brins moléculaires à sous-unités hétérocycliques présentent une


diastéréoisomérie hélicoïdale (7).

2) Matériaux / Polymères supramoléculaires


Des mesures de rhéologie et de diffusion de lumière dynamique ont permis
d’étudier les propriétés dynamiques de solutions semi-diluées de polymères
supramoléculaires (8).
La structure moléculaire et la morphologie de polymères supramoléculaires
formés à partir de monomères portant des groupes de reconnaissance
complémentaires de type Janus a été étudiée (9).
Des monocouches incorporant deux composants ont été obtenues et la formation
d’ordre à l’échelle subnanométrique a été mise en évidence par STM (10).
180 JEANMARIE LEHN

Une étude détaillée par diffusion de neutrons aux petits angles a été réalisée sur
la modulation par décoration dynamique de la structure de gels générés par des
quadruplexes de guanosine (11).
Les hydrogels basés sur des quadruplexes formés par un dérivé hydrazide de la
guanosine effectuent une sélection structurale et une libération controlée de
molécules bioactives (12).

IV — Chimie Dynamique Constitutionnelle (CDC)


1) Sélection / Adaptation en Chimie Dynamique Constitutionnelle

L’évolution forcée d’une bibliothèque dynamique constitutionnelle (BDC) de


brins hélicoïdaux sous l’effet de la complexation d’ions a été étudiée par des
mesures de RMN DOSY. Cette méthode permet d’analyser la composition de la
bibliothèque en fonction des rayons hydrodynamiques des espèces présentes (13).
CHIMIE DES INTERACTIONS MOLÉCULAIRES 181

La mise en œuvre d’une nouvelle réaction réservible en CDC, la formation


d’hémiacétals entre alcools et groupes carbonyles, a été explorée. Elle permet la
génération de BDC, en particulier sous l’effet de la complexation de cations
(D. Drahonovsky).
La possibilité d’influencer le comportement d’une BDC par complexation des
constituants a été explorée (N. Schulteiss).
L’adaptation d’une BDC à un changement de forme de l’un des composants
permet d’opérer une commutation constitutionnelle entre deux types d’espèces.
Ainsi, l’interconversion entre deux formes, de type W et U, a été réalisée dans un
système dynamique. Elle conduit à une commutation entre un état macrocyclique
et un état polymérique (14).

Ce type de commutation constitutionnelle donne lieu à des phénomènes très


intéressants d’adaptation par sélection de composants sous l’effet du changement
de morphologie ainsi qu’en fonction de la nature de l’effecteur (ions métalliques
de différentes tailles) (S. Ulrich).
Des processus de sélection multiple faisant intervenir différents composants de
grilles [2 × 2] sont en cours d’étude (M. Chmielewski).
La mise au point de mesures de l’effet de l’application d’un champ gravitationnel
par ultracentrifugation sur une BDC a été poursuivie (F. Folmer-Andersen).

2) Dynamères covalents. Polymères covalents réversibles


Des optodynamères ont été obtenus, conduisant à la génération de couleur et de
fluorescence à l’interface entre deux films de dynamères différents (15).
182 JEANMARIE LEHN

La transformation des propriétés mécaniques et optiques de films de


métallodynamères neutres par échange constitutionnel a été réalisée (16).

Une modification de constitution de dynamères par interconversion entre une


solution et un état solide démontre une capacité d’adaptation de tels systèmes à
l’environnement (17).
La modification de taille de dynamères amphiphiles sous l’effet de la température
et la sélection de composants par effet hydrophobe ont été réalisées (F. Folmer-
Andersen).
Une sélection de composants par complexation de cations métalliques a été
démontrée pour des dynamères donneur- accepteur présentant un repliement de
chaine (S. Fujii).
Les mélanges dynamiques obtenus par formation réversible d’hydrazones
permettent d’effectuer une libération controlée d’aldéhydes et de cétones
volatiles (18).
CHIMIE DES INTERACTIONS MOLÉCULAIRES 183

3) Biopolymères dynamiques- Biodynamères


La synthèse de divers composants permettant la génération de BDC d’analogues
d’acides nucléiques a été réalisée (19).
Les résultats obtenus sur la génération de glycodynamères fluorescents ont été
publiés (20), de même que la formation d’analogues dynamiques d’oligosocchariodes
de type arabinofuranoside (21).
Une revue a été rédigée sur l’autoassemblage et la chimie combinatoire dynamique
à la fois dans des systèmes chimiques et des systèmes biologiques (22).

V — Chimie Bioorganique et Médicinale


La synthèse de différentes classes d’effecteurs allostériques de l’hémoglobine a été
poursuivie (K. Fylaktakidou, A. Koumbis, S. Pothukanuri).
L’action de ces effecteurs sur la courbe d’oxygénation de l’hémoglobine a été
mesurée in vitro et in vivo (C. Duarte).
L’effecteur inositol-trispyrophosphate (ITPP) présente des propriétés très
prometteuses à la fois dans le domaine cardiovasculaire et en oncologie.

Publications

1. T.S. Balaban, N. Berova, C.M. Drain, R. Hauschild, X. Huang, H. Kalt,


S. Lebedkin, J.-M. Lehn, F. Nifaitis, G. Pescitelli, V. I. Prokhorenko, G. Riedel,
G. Smeureanu, J. Zeller, Syntheses and Energy Transfer in Multiporphyrinic Arrays Self-
Assembled with Hydrogen-Bonding Recognition Groups and Comparison with Covalent Steroidal
Models, Chem. Eur. J., 13, 8411-8427, 2007.
2. F. Loiseau, F. Nastasi, A.-M. Stadler, S. Campagna, J.-M. Lehn, Molecular Wire
Type Behavior of Polycationic Multinuclear Rack-Type RuII Complexes of Polytopic Hydrazone-
Based Ligands, Angew. Chem. Int. Ed., 46, 6144-6147, 2007.
3. E. Kolomiets, V. Berl, J.-M. Lehn, Helical Folding of Oligopyridinedicarboxamide
Strands, Chem. Eur. J., 13, 5466-5479, 2007.
4. A.R. Stefankiewicz, M. Walesa, P. Jankowski, A. Ciesielski, V. Patrioniak,
M. Kubicki, Z. Hnatejko, J.M. Harrowfield, J.-M. Lehn, Quaterpyridine Ligands
Forming Helical Complexes of Mono- and Dinuclear (Helicate) Forms, Eur. J. Inorg. Chem.,
2910-2920, 2008.
5. J. Ramirez, A.-Mihail Stadler, J.M. Harrowfield, L. Brelot, J. Huuskonen,
K. Rissanen, L. Allouche, J.-M. Lehn, Coordination Architectures of Large Heavy Metal
184 JEANMARIE LEHN

Cations (Hg2+ and Pb2+) with Bis-tridentate Ligands: Solution and Solid-State Studies,
Z. Anorg. Allg. Chem., 633, 2435-2444, 2007.
. A. Petitjean, L.A. Cuccia, M. Schmutz, J.-M. Lehn, Naphthyridine-based helical
foldamers and macrocycles: Synthesis, cation binding, and supramolecular assemblies, J. Org.
Chem., 73, 2481-2495, 2008.
7. M. Barboiu, J.-M. Lehn, Helical Diastereomerism in Self-Organization of Molecular
Strands, Rev. Chim. (Bucuresti), 59, 255-259, 2008.
. E. Buhler, S.-J. Candau, E. Kolomiets, J.-M. Lehn, Dynamical Properties of
Semidilute Solutions of Hydrogen-Bonded Supramolecular Polymers, Physical Review E, 76,
061804-1-061804-8, 2007.
9. D. Sarazin, M. Schmutz, J.-M. Guenet, A. Petitjean, J.-M. Lehn, Structure of
Supramolecular Polymers Generated via Self-Assembly through Hydrogen Bonds, Mol. Cryst.
Liq. Cryst., 468, 187-201, 2007.
10. G. Pace, A. Petitjean, M.-N. Lalloz-Vogel, J. Harrowfield, J.-M. Lehn,
P. Samori, Subnanometer-resolved patterning of bicomponent self-assembled monolayers on
Au(111), Angew. Chem. Int. Ed. 47, 2484-2488, 2008.
11. E. Buhler, N. Sreenivasachary, S.-J. Candau, J.-M. Lehn, Modulation of the
Supramolecular Structure of G-Quartet Assemblies by Dynamic Covalent Decoration, J. Am.
Chem. Soc., 129, 10058-10059, 2007.
12. N. Sreenivasachary, J.-M. Lehn, Structural Selection in G-Quartet-Based Hydrogels
and Controlled Release of Bioactive Molecules, Chem. Asian J., 3, 134-139, 2008.
13. N. Giuseppone, J.-L. Schmitt, L. Allouche, J.-M. Lehn, DOSY NMR Experiments
as a Tool for the Analysis of Constitutional and Motional Dynamic Processes: Implementation
for the Driven Evolution of Dynamic Combinatorial Libraries of Helical Strands, Angew.
Chem. Int. Ed., 47, 2235-2239, 2008.
14. S. Ulrich, J.-M. Lehn, Reversible switching between macrocyclic and polymeric states
by morphological control in a constitutional dynamic system, Angew. Chem. Int. Ed., 47,
2240-2243, 2008.
15. T. Ono, S. Fujii, T. Nobori, J.-M. Lehn, Optodynamers: Expression of Color and
Fluorescence at the Interface between two Films of Different Dynamic Polymers, Chem.
Commun., 4360-4362, 2007.
16. Cheuk-Fai Chow, S. Fujii, J.-M. Lehn, Metallodynamers : Neutral Dynamic
Metallosupramolecular Polymers Displaying Transformation of Mechanical and Optical Properties
on Constitutional Exchange, Angew. Chem. Int. Ed., 46, 5007-5010, 2007.
17. C.-F. Chow, S. Fujii, J.-M. Lehn, Crystallization-Driven Constitutional Changes of
Dynamic Polymers in Response to Neat/Solution Conditions, Chem Commun., 4363-4365,
2007.
18. B. Levrand, W. Fieber, J.-M. Lehn, A. Herrmann, Controlled Release of Volatile
Aldehydes and Ketones from Dynamic Mixtures Generated by Reversible Hydrazone Formation,
Helv. Chim. Acta, 90, 2281-2314, 2007.
19. D.T. Hickman, N. Sreenivasachary, J.-M. Lehn, Synthesis of Components for the
Generation of Constitutional Dynamic Analogues of Nucleic Acids, Helv. Chim. Acta, 91,
1-20, 2008.
20. Y. Ruff, J.-M. Lehn, Glycodynamers: Fluorescent dynamic analogues of polysaccharides,
Angew. Chem Int. Ed., 47, 3556-3559, 2008.
21. Y. Ruff, J.-M. Lehn, Glycodynamers: Dynamic analogs of arabinofuranoside
oligosaccharides, Biopolymers, 89, 486-496, 2008.
22. O. Ramström, J.-M. Lehn, Dynamic Ligand Assembly in Comprehensive Medicinal
Chemistry II, D. Triggle, J. Taylor, Eds.; Elsevier, Ltd, Oxford, 959-976, 2007.
CHIMIE DES INTERACTIONS MOLÉCULAIRES 185

Conférences présentées sur invitation

Professeur Jean-Marie Lehn


47 conférences, dont par exemple :
• Trends in Nanotechnology International Conference (TNT2007), San Sebastián,
3 septembre 2007, Self-Organization and Functional Supramolecular Devices.
• XVIIIth Mendeleev Congress, Moscou, 23-28 septembre 2007, Perspectives in Chemistry:
From Supramolecular Chemistry to Constitutional Dynamic Chemistry.
• Symposium on Metal-Rich Compounds, Universität Karlsruhe (TH), Karlsruhe,
8 octobre 2007, Metallosupramolecular Architectures and Beyond.
• 100th Anniversary of Annual Korean Chemical Society Meeting, Daegu, 18 octobre
2007, From Supramolecular Chemistry to Constitutional Dynamic Chemistry.
• 3rd International Symposium on Novel Materials and Synthesis (NMS-III), Fudan
University, Shangai, 20 octobre 2007, Functional Nanostructures and Dynamic Materials
through Self-Organization.
• France-Hong Kong Distinguished Lecture, City University of Hong Kong, 30 octobre
2007, From Matter to Life : Chemistry ? Chemistry!
• Ernst-Abbe-Kolloqium, Jena, 24 janvier 2008, Von der Materie zum Leben : Chemie ?
Chemie !
• Séminaire “questions d’émergence”, École des Hautes Études en Sciences Sociales
(EHESS), Paris, 5 mars 2008, La Notion d’Émergence en Chimie.
• Academia Europaea – Klaus Tschira Foundation “Complexity”, Heidelberg, 25-26 avril
2008, Steps towards Complex Matter: Information, Self-Organization, and Adaption in
Chemical Systems.
• “Contemporary Chemistry Conferences”, National Symposium with International
Participation, Bucarest, 1er mai 2008, Perspectives in Chemistry: From Supramolecular
Chemistry to Constitutional Dynamic Chemistry.
• DeGennes Days, Collège de France, Paris, 14 mai 2008, Perspectives in Chemistry: From
Supramolecular Chemistry to Constitutional Chemistry.
• Distinguished Schulich Lectureship Award Colloquium, Technion, Haifa, 18 mai
2008, From Supramolecular Chemistry to Constitutional Dynamic Chemistry.
• The Technion’s Nobel Laureates Symposium, Technion, Israel Institute of Technology,
Haifa, 19 mai 2008, Chemistry: Retrospects and Prospects.
• XXI Sitges Conference on Statistical Mechanics, Universitat de Barcelona, 6 juin 2008,
Self-Organization by Design and by Selection.
• III St Petersburg Meeting of Nobel Prize Laureates, Nanotechnologies: research and
education, St Petersburg, 26 juin 2008, Nanoscience and Nanotechnology — The Self-
Organization Approach.

B) laboratoire de chimie des interactions moléculaires


Collège de France

Du fait des difficultés engendrées par les travaux de rénovation des locaux, le
laboratoire de Chimie de Interactions Moléculaires a été fermé.
186 JEANMARIE LEHN

Il a été montré que les lipo-aminoglycosides obtenus antérieurement présentent


un transfert et une interférence de siRNA (23).
23. L. Desigaux, M. Sainlos, O. Lambert, R. Chevre, E. Letrou-Bonneval,
J.-P. Vigneron, P. Lehn, J.-M. Lehn, B. Pitard, Self-Assembled Lamellar Complexes of
siRNA with Lipidic Aminoglycoside Derivatives Promote Efficient siRNA Delivery and
Interference, Proc. Nat. Acad. Sci. USA, 104, 42, 16534-16539, 2007.

Distinctions — Prix — Nominations

Jean-Marie Lehn a reçu des Doctorats Honoris Causa de l’Université de Patras


et de l’Université Babeş-Bolyai (Cluj-Napoca) ainsi que la Médaille Costin
Nenitzescu de la Société Roumaine de Chimie. Il a été nommé Membre d’Honneur
de cette société ainsi que Grand Officier dans l’Ordre du Mérite Culturel de
Roumanie (section Recherche Scientifique). Il a été nommé Professeur Honoraire
de l’Université de Zhejiang (Hangzhou) et de l’Université Normale du Shaanxi
(Xi’an).
Chimie de la matière condensée

M. Jacques Livage, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

Les matériaux nanostructurés

L’élaboration de matériaux par l’homme remonte à la découverte du feu. Nous


avons progressivement réussi à maîtriser le feu de façon à obtenir des températures
de plus en plus élevées. Ceci nous a permis de passer de l’âge du cuivre et du
bronze, à celui du fer. Aujourd’hui, à l’ère du silicium et de l’informatique, nous
cherchons à élaborer des matériaux nanostructurés répondant aux exigences des
nanotechnologies modernes.

Dans ce domaine, le vivant nous offre des exemples remarquables qui remontent
souvent au début du Cambrien. Le but de ce cours était de montrer comment des
micro-organismes pouvaient intervenir dans l’élaboration de matériaux
nanostructurés. Pour cela, nous avons développé les exemples suivants.

1. Les diatomées, des biomatériaux nanostructurés

Les diatomées, micro-algues unicellulaires, élaborent des exosquelettes de silice


(frustules) qui les protègent tout en laissant passer la lumière nécessaire à leur
activité photosynthétique. Ces frustules, dont le diamètre est de l’ordre de quelques
microns, présentent une structure poreuse tout à fait remarquable couramment
utilisée pour la réalisation de filtres ou de supports de catalyseurs. Il est en fait
possible d’utiliser directement ces frustules dans la conception de dispositifs
électroniques. C’est ainsi, qu’en mettant à profit la conductivité ou les propriétés
de luminescence des frustules de silice, on peut réaliser des micro-capteurs capables
de détecter des traces de certains gaz. La porosité régulière et hiérarchisée de ces
frustules présente même des propriétés de cristal photonique On a montré
récemment que la silice pouvait être modifiée chimiquement sans altérer la
morphologie des frustules. On forme ainsi des nano-matériaux à base d’oxydes
188 JACQUES LIVAGE

MgO, TiO2 ou BaTiO3. Il est même possible de réduire toute la silice en silicium
élément de base de l’électronique moderne.

2. Matériaux nanostructurés et polypeptides


Les peptides peuvent être utilisés pour lier entre-elles, de façon contrôlée, un
ensemble de nanoparticules minérales (métaux, oxydes, semi-conducteurs). Les
nanoparticules s’associent pour former nanostructures en chaînes, réseaux carrés,
voire même des édifices 3D. Les peptides présentent souvent des structures
tubulaires que l’on peut utiliser comme templates pour élaborer des nanotubes. Un
choix judicieux des acides aminés constituant le peptide permet d’initier la
précipitation d’un composé choisi à la surface, intérieure ou extérieure du peptide.
C’est ainsi que l’équipe animée par Franck Artzner a utilisé un polypeptide, le
lanréotide, pour élaborer des nanotubes de silice. On peut aussi réaliser des
nanotubes métalliques (Au, Cu, Pt,…) et les déposer entre deux électrodes pour
réaliser des nanocircuits électroniques. Les chaperons moléculaires, qui se présentent
sous forme d’anneaux peuvent être utilisés pour déposer de façon régulière, des
nanoparticules semi-conductrices qui pourraient intervenir comme nanocomposants
dans les mémoires flash des clés USB !

3. De l’ADN aux transistors


L’ADN, molécule de base de la vie, a été abondamment étudiée comme template
pour la réalisation de nanocomposants dans les circuits électroniques. Des ions
métalliques peuvent être insérés entre les deux brins de l’ADN ou fixés à leur
surface via les groupements phosphates, puis réduits in situ pour donner des
nanofils conducteurs ou semi-conducteurs. On peut jouer sur la complémentarité
des deux brins d’ADN pour associer les nano-composants et réaliser de véritables
circuits tels que des transistors à effet de champ !

4. Virus et nanomatériaux
De nombreux virus ont été utilisés pour élaborer des nanomatériaux. Le contrôle
de l’information génétique (ARN ou ADN) permet de contrôler la nature de
l’enveloppe protéique qui les recouvrent et dans laquelle certains acides aminés
peuvent servir de germe pour nucléer la croissance de nanoparticules. Deux types
de virus ont été pris comme exemples dans le cours.
• Le virus de la mosaïque du tabac, qui se présente sous forme d’un bâtonnet de
300 nm de long. Il permet d’élaborer des nanotubes d’oxydes (SiO2, Fe3O4) de
semi-conducteurs (PbS, CdS) de métaux (Co, Cu, Ni, Pd, …) et même de
polymères (polyaniline). Des dispositifs de commutation ont même été publiés
récemment dans lesquels les virus, recouverts de nanoparticules métalliques sont
insérés entre deux électrodes. Une commutation réversible d’un état isolant (OFF)
à un état conducteur (ON) est observée au-dessus d’une tension seuil.
CHIMIE DE LA MATIÈRE CONDENSÉE 189

• Le bactériophage M13 a aussi été largement utilisé pour l’élaboration de


nanomatériaux, en particulier par l’équipe d’Angela Belcher aux USA. Ce virus,
plus long que le précédent (880 nm), possède un manteau protéïque plus complexe.
Cinq familles de peptides différentes peuvent être génétiquement modifiées ce qui
ouvre de vastes perspectives. La plus belle réalisation est sans aucun doute
l’élaboration de nanofils d’oxyde de cobalt Co3O4 qui peuvent servir d’électrode
réversible dans des nanobatteries au lithium.

5. Les bactéries

Par rapport aux exemples précédents, les bactéries sont des objets vivants dont
le métabolisme peut être mis à profit pour réaliser la synthèse de nanoparticules
minérales. L’exemple des magnéto-bactéries qui élaborent des chaînes de
nanocristaux d’oxyde de fer magnétique Fe3O4 est bien connu. On peut, simplement
en introduisant des ions étrangers dans le milieu de culture, transformer ces
particules en spinelles, MFe2O4 (M = Co, Zn, Mn, …). Les cultures de bactéries
vivant dans des milieux extrêmes permettent de précipiter des sphères creuses de
ZnS, des nanosphères de sélénium, des nanocristaux de CdS et même des nanotubes
de sulfure d’arsenic. Une application originale consiste à utiliser des bactéries,
recouvertes de nanoparticules d’or, comme capteur d’humidité. Le gonflement
réversible de la membrane de peptidoglycane modifie la distance entre particules
métalliques et donc la résistivité du bio-composant.

Les séminaires

6 séminaires ont accompagné le cours afin de l’illustrer.

• Micro-algues et, nanomatériaux par Roberta Brayner (Itodis, Paris VII)

• Nanoparticules organométalliques : chimie de surface, contrôle de forme et


propriétés physiques par Bruno Chaudret (Chimie de coordination – Toulouse)

• La tectonique moléculaire, des molécules aux architectures périodiques par Mir


Wais Hosseini (chimie de coordination organique – Strasbourg)

• Les nano-médicaments, une nouvelle approche thérapeutique des maladies


graves par Patrick Couvreur (Pharmacie – Chatenay Malabry)

• Matériaux hybrides nano-structurés par Clément Sanchez (Chimie de la


matière condensée – Paris VI)

• Molécules, surface et symétrie, un mariage à trois par Denis Fichou


(Nanostructures – CEA)
190 JACQUES LIVAGE

Cours et séminaires à l’étranger


Cette année nous avons présenté deux séries de cours et séminaires à
l’étranger :
• A Tunis, les 26 et 27 février 2008 sur la synthèse et les propriétés d’oxydes de
vanadium ;
• A Uppsala, deux cours ‘the sol-gel process’ et un séminaire ‘vanadium oxide
gels, versatile precursors for nanostructured materials’.

Activités de recherche 2007-2008


Notre démarche vise à explorer les domaines d’interface entre la biologie et les
sciences des matériaux. Cette démarche s’articule selon trois thématiques
principales :
— l’étude des phénomènes de biominéralisation ;
— l’élaboration de matériaux et nanomatériaux bio-composites à visées médicales
ou biotechnologiques ;
— la compréhension des conditions de survie d’organismes vivants au sein de
structures minérales synthétique.

Biominéralisation de la silice : approche analytique et modèles chimiques


Les processus biologiques intervenant dans la formation de la silice chez les êtres
vivants, en particulier chez les diatomées, sont encore mal connus. Un certain
nombre de molécules associées à la silice biogénique ont pu être identifiées mais
l’étude de leur interaction vis-à-vis de la minéralisation ne permet pas encore de
reproduire in vitro la complexité des organisations minérales observées in vivo.
D’autre part, les traitements nécessaires à l’extraction de ces molécules peuvent
entraîner leur dégradation. Aussi une étude directe du matériau biologique est elle
nécessaire.
Dans ce cadre, nous avons étudié par RMN à l’état solide la coquille siliceuse
des diatomées, après leur culture puis en fonction de différents traitements
chimiques. Ce travail a été effectué en collaboration avec V. Martin-Jézéquel
(Université de Nantes) Afin de pouvoir mener une étude simultanée des parties
minérales et organiques, ces diatomées ont été cultivées en présence de substrats
enrichis en 29Si, 13C et 15N et étudiées selon des méthodes de polarisation
croisée. Cette technique nous a permis de discriminer des molécules rigides et
mobiles, c’est-à-dire associées ou non au réseau de silice. Nous avons ainsi pu
démontrer que même après des traitements chimiques intensifs, la coquille
contenait encore des carbohydrates, des protéines mais aussi des lipides. Ce dernier
résultat est particulièrement intéressant car il suggère que le rôle des lipides dans
la formation de la silice chez les diatomées a été sous-évalué jusqu’à maintenant.
CHIMIE DE LA MATIÈRE CONDENSÉE 191

Actuellement, ces études sont poursuivies à travers l’établissement de cartes de


corrélation bi-dimensionnelle qui devrait nous permettre d’identifier les
connectivités entre la matière organique et le réseau minéral.

En parallèle, nous avons cette année abordé un nouvel aspect lié à la


biominéralisation chez les plantes supérieures. Il est en effet connu que la silice est
présente à des taux de 1 % à 10 % en masse chez certaines plantes. Cette silice
joue un rôle de gestion des stress biotiques et abiotiques mais les mécanismes
associés sont encore mal connus. Nous cherchons donc à mimer des tissus végétaux
silicifiés en élaborant des matériaux hybrides cellulose/silice et à évaluer leur impact
sur la stabilisation de systèmes enzymatiques liés à la gestion du stress oxydatif. Ce
travail est effectué dans le cadre d’une thèse en co-encadrement avec l’USTHB
(Algérie). Nous avons d’ores et déjà pu montrer que la présence de la silice
permettait de stabiliser des solutions de carboxymethylcellulose, modifiant ainsi
leurs propriétés de diffusion. L’étude actuelle porte sur l’encapsulation de catalase
dans ces matériaux à teneur variable en silice et à l’étude de stress hydrique,
thermique et photochimique sur leur activité enzymatique.

Matériaux et nanomatériaux biocomposites

Depuis quelques années, nous cherchons à associer des macromolécules


biologiques et des phases inorganiques, afin de créer une synergie entre la complexité
structurale et la biocompatibilité des premiers avec les propriétés physiques
(optiques, magnétiques,…) des seconds. En particulier, dans le cadre du poste
d’ATER du Collège de France de F. Carn, nous avons poursuivi l’étude concernant
l’association entre des macromolécules de gélatine et des clusters polyoxovanadates
de type décavanadate [H2V10O28]4- connus pour être impliqués dans la formation
des rubans de V2O5.

En collaboration avec M. Djabourov (ESPCI), nous avons établi le diagramme de


phase du système [gélatine-vanadate] à 40 °C et pH acide. Nous avons ainsi mis en
évidence l’existence d’une séparation de phase en deux temps laissant apparaître trois
régions distinctes : liquide homogène, dispersion colloïdale métastable, domaine
macroscopiquement biphasique (une phase visqueuse riche en gélatine en équilibre
avec une phase diluée). Sur la base d’une étude détaillée de chaque région (RMN
liquide et solide du 51V, diffusion de la lumière), nous avons proposé un mécanisme
de formation de ces phases fondé sur un processus de coacervation complexe déjà
décrit pour des systèmes comprenant deux espèces polyélectrolytes de charges
opposées. Nous avons poursuivi les mesures de rhéologie dans le domaine liquide
homogène que l’on a combiné à celles de μ-DSC dans le but de sonder l’influence
d’espèces vanadate fortement chargées négativement sur le changement de
conformation de la gélatine. Nous avons mis en évidence une faible influence des
clusters inorganiques sur la formation des triples hélices de gélatine à température
ambiante et en revanche, un impact très significatif sur le processus de fusion des
192 JACQUES LIVAGE

triples hélices. Ce résultat surprenant a été discuté et comparé au comportement


« modèle » d’une solution de collagène natif (100 % de triples hélices).

Enfin, nous avons effectué une caractérisation détaillée de la phase visqueuse


obtenue dans le domaine bi-phasique après retour à l’ambiante (ATG, DSC, RMN
solide 51V, DRX, comportement mécanique en traction). Les mesures en traction
ont été effectuées en collaboration avec B. Fayolle (ENSAM, Paris). Nous avons
mis en évidence notamment que ce matériau hybride possède une stœchiométrie
bien déterminée. Il peut être facilement mis sous forme de film et se comporte
mécaniquement comme un élastomère avec une contribution significative du
réseau de triples hélices. L’influence de la matrice organique sur la croissance d’un
réseau de V2O5 a également été montrée.

La spectroscopie RMN du solide est une technique intéressante pour caractériser


des matériaux hybrides désordonnés. Elle suppose cependant la connaissance de la
réponse spectrale de composés modèles. C’est pourquoi, nous avons continué notre
approche consistant à coupler des expériences RMN à des calculs ab-initio sur le
décavanadate de césium et des phases lamellaires de type CsV3O8. Ce travail a été
effectué en collaboration avec R. Hajjar, Y. Millot et P. Man (SIEN, UPMC) et
L. Truflandier, F. Boucher, M. Paris et C. Payen (IMN). Outre le noyau 51V,
d’autres noyaux comme 133Cs ont également été étudiés et nous avons pu attribuer
de façon claire les signaux RMN aux sites vanadium et césium des structures
cristallographiques et préciser la localisation des sites OH du cluster inorganique.
Nous avons également effectué des expériences 133Cs-1H HETCOR CP MAS qui
n’ont jamais été reportées dans la littérature. Ces expériences permettent de sonder
l’espace interfoliaire des phases CsV3O8 ou les connectivités spatiales entre les ions
Cs+ et le réseau de liaisons hydrogène du décavanadate de césium.

En parallèle, nous avons approfondi notre connaissance des systèmes


nanoparticulaires hybrides associant un biopolymère et la silice. Dans un premier
temps, nous avons cherché à optimiser notre approche de synthèse de nanocomposites
gélatine/silice par nano-émulsion afin de réduire la dispersité en taille des particules
obtenues, cette dispersité ayant un très fort impact sur la délivrance de médicaments
in vivo. Dans un deuxième temps, nous avons cherché à encapsuler une molécule
antibiotique, la nitrofurantoïne, au sein de ces particules. Nous avons pu ainsi
vérifier que ce médicament restait présent tout au long de la synthèse au sein des
nanocomposites. Cette même molécule a été encapsulée dans des nanoparticules
combinant acide alginique et silice obtenues par voie aérosol. Dans ce cas, nous
avons pu observer un départ très rapide mais partiel de la molécule lors de sa
dispersion en milieu aqueux, et ce indépendamment de la composition (rapport
silice/alginate) de la particule. Ceci suggère qu’une fraction du médicament est
adsorbée à la surface des nanocomposites et non encapsulée. Ces résultats nous
permettent de mieux appréhender les conditions optimales pour la mise au point
de nanovecteurs hybrides afin de pouvoir étendre notre stratégie à d’autres
biopolymères de structure et de charge différente.
CHIMIE DE LA MATIÈRE CONDENSÉE 193

Encapsulation cellulaire en milieu minéral

Le futur développement de nouveaux dispositifs biotechnologiques utilisant des


activités cellulaires va dépendre des possibilités d’intégrer des organismes vivants
au sein de matériaux fonctionnels. Nous avons déjà démontré qu’il était possible
d’immobiliser des bactéries au sein de gels de silice, de conserver leur activité
métabolique pendant un mois et de les utiliser pour synthétiser des molécules
d’intérêt thérapeutique. Notre démarche actuelle vise à étendre ce procédé à
d’autres hôtes minéraux.
La principale difficulté est de mettre au point une voie de synthèse de la matrice
minérale qui soit compatible avec la survie cellulaire. Un nombre important de
cations métalliques étant cytotoxique, nous avons exploré la possibilité de former
des gels inorganiques par une voie colloïdale, c’est-à-dire à partir de nanoparticules
préformées. Cette approche nous a permis de réaliser la première encapsulation
cellulaire par voie sol-gel dans une matrice d’alumine. Nous avons observé une
perte importante (60 %) de viabilité lors de l’encapsulation, probablement due à
un temps de gel trop rapide (quelques dizaines de secondes pour l’alumine contre
3-4 minutes pour la silice), qui induit un stress important sur les bactéries
Escherishia coli. Cependant, un taux de viabilité de 50 % est obtenu pour une
durée d’un mois, en présence de glycérol. Ce résultat est similaire à celui obtenu
pour les gels de silice et suggère que ces matrices d’alumine constituent un
environnement favorable à la survie des bactéries. En suivant une approche
similaire, nous avons cherché à encapsuler des bactéries E. coli dans des gels de
zircone. Dans ce cas, une lyse cellulaire a été observée lors d’une mise en contact
prolongé des cellules avec les colloïdes inorganiques.
Ces résultats indiquent que le succès de l’encapsulation dépend non seulement
des paramètres chimiques de la synthèse mais aussi de facteurs physiques liés à la
contrainte mécanique imposée par la formation du gel et/ou à l’interaction
colloïdes/paroi cellulaire. Afin de vérifier cette dernière hypothèse, nous cherchons
actuellement à encapsuler des micro-algues au sein de gels inorganiques, afin
d’évaluer la capacité des poly-saccharides extra-cellulaires de ces organismes à
protéger les cellules des stress physiques induits par l’encapsulation. Ce travail
s’effectue en collaboration avec R. Brayner (ITODYS, Paris VII) et A. Couté
(MNHN, Paris), dans le cadre d’une thèse en co-encadrement financée par le
réseau C’nano IdF et le CNRS. En parallèle, nous étudions actuellement l’effet de
la transition sol-gel sur le comportement et la survie de micro-algues présentant
une importante motilité.
194 JACQUES LIVAGE

Publications 2007-2008

• Macrocyclic polysiloxane immobilized ligand system and its structural characterization,


N.M. El-Ashgar, I.M. El-Nahal, M.M. Chehimi, C. Connan, F. Babonneau, J. Livage,
J. Dispersion Sci. Technol. 28 (2007) 445-453.
• A new route synthesis of immobilized-polysiloxane iminodiacetic ligand system, its
characterization and applications, N.M. El-Ashgar, I.M. El-Nahal, M.M. Chehimi,
F. Babonneau, J. Livage, Mater. Lett. 61 (2007) 4553-4558.
• Designing nanotextured vanadium oxide-based macroscopic fibers : application as alcoholic
sensors, C.M. Leroy, M.F. Achard, O. Babot, N. Steunou, P. Masse, J. Livage, L. Binet,
N. Brun, R. Backov, Chem. Mater. 19 (2007) 3988-3999.
• Aqueous Silicates in Biological Sol-Gel : New Perspectives for Old Precursors, T. Coradin,
J. Livage, Acc. Chem. Res. 40 (2007) 819.
• Potentialities of silica/alginate nanoparticles as HYbrid MAgnetic Carriers, M. Boissière,
J. Allouche, C. Chanéac, R. Brayner, J.M. Devoisselle, J. Livage, T. Coradin, Int. J. Pharm.
344 (2007) 128-134.
• Sol-gel encapsulation of cells is not limited to silica : bacteria long-term viability in
alumina matrices, M. Amoura, N. Nassif, C. Roux, J. Livage, T. Coradin, Chem. Commun.
(2007) 4015-4017.
• Design of iron oxide/silica/alginate HYbrid MAgnetic Carriers (HYMAC), M. Boissière,
J. Allouche, R. Brayner, C. Chanéac, J. Livage, T. Coradin, J. Nanosci. Nanotechnol.
7 (2007) 4649–4654.
• Hydrothermal synthesis of amorphous MoS2 nanofiber bundles via acidification of
ammonium molybdate tetrahydrate. G. Nagaraju, C.N. Tharamani, G.T. Chandrappa,
J. Livage, Nanoscale Res. Lett. 2 (2007) 461-468.
• First Example of Biopolymer-Polyoxometalate Complex Coacervation in Gelatin-
Decavanadate Mixtures, F. Carn, N. Steunou, M. Djabourov, T. Coradin, F. Ribot, J. Livage,
Soft Matter 4 (2008) 735-738.
• Organically modified porous hydroxyapatites : a comparison between alkylphosphonate
grafting and citrate chelation, L. El-Hammari, H. Marroun, A. Laghzizil, A. Saoiabi,
C. Roux, J. Livage, T. Coradin, J. Solid State Chem. 181 (2008) 848-854.
• Contribution of multi-nuclear solid state NMR to characterization of the Thalassiosira
pseudonana diatom cell wall., B. Tesson, S. Masse, G. Laurent, J. Maquet, J. Livage,
V. Martin-Jezequel, T. Coradin. Anal. Bioanal. Chem. 390 (2008) 1889-1898.
• Biomimetic dual templating of silica by poly-saccharide/protein assemblies, C. Gautier,
N. Abdoul-Aribi, C. Roux, P.J. Lopez, J. Livage, T. Coradin, Colloids Surf. B, 65 (2008)
140-148.
• From diatoms to bio-inspired materials… and back, T. Coradin, R. Brayner, C. Gautier,
M. Hémadi, P.J. Lopez, J. Livage, dans Biomineralization : from Paleontology to Materials
Science ; J.L. Arias, M.S. Fernandez, eds ; Editorial Universitaria (2007) p. 419-430.
• Bio-controlled growth of oxides and metallic nanoparticles, T. Coradin, R. Brayner,
F. Fiévet, J. Livage, dans Bio-inorganic Hybrid Nanomaterials ; E. Ruiz-Hitzky, K. Ariga,
Y. Lvov, eds. Wiley-VCH (2007) p. 159-192.
Génétique humaine

M. Jean-Louis Mandel, membre de l’institut


(Académie des Sciences), professeur

Enseignement

Une série de 5 cours a été donnée au Collège en mars 2008 sur un thème de
très grande actualité : « Évolution du génome humain et gènes soumis à sélection
positive ». Des variations génétiques apparaissent à chaque génération et la plupart
disparaissent ou restent extrêmement rares, mais certaines vont augmenter de
fréquence, jusqu’à la fixation éventuelle dans certaines populations, sous l’effet de
la dérive génétique et de pression de sélection négative (pour les variants délétères)
ou positive (pour les variants ayant une valeur adaptative). Depuis plus de 50 ans,
ces phénomènes ont été étudié chez l’homme pour des protéines puis pour des
gènes « candidats » montrant des propriétés particulières : polymorphisme impor-
tant (gènes HLA) ou montrant une grande variation de fréquence dans diverses
populations (et il faut rappeler évidemment les travaux des professeurs au Collège
de France, Jacques Ruffié et Jean Dausset).

Depuis une dizaine d’années, on constate une explosion des connaissances, grâce
au séquençage du génome humain et de certains primates (chimpanzé en 2005,
macaque rhésus en 2007) et à l’étude systématique du polymorphisme du génome
humain (projet HapMap, caractérisant en 2007 plus de 3 millions de « Single
Nucleotide Polymorphisms » et leur organisation en haplotypes dans 4 populations
humaines), et aux spectaculaires développements technologiques qui sous-tendent
ces grands projets, et qui permettent des études ciblées sur des gènes et des
populations particulières. Le séquençage en cours du génome d’homme de
Néandertal va apporter également des données précieuses. Cette série de cours a
présenté les approches méthodologiques utilisées pour identifier des gènes soumis
à sélection positive, et discuté certains des résultats les plus marquants obtenus
dans les dernières années, en soulignant dans certains cas les controverses quant à
leur interprétation.
196 JEANLOUIS MANDEL

Le premier cours a présenté l’organisation en haplotypes des polymorphismes du


génome et son interprétation, et les types de mesures permettant d’estimer, pour
différentes échelles de temps depuis la séparation de l’ancêtre commun au
chimpanzé et à l’homme, la probabilité d’une sélection positive dans une région
du génome : proportion de changements fonctionnels (affectant la séquence
protéique) au cours de l’évolution des primates, distribution des fréquences de
polymorphismes, et notamment des allèles dérivés (ceux qui ne correspondent pas
à la séquence déduite de l’ancêtre commun des hominidés et du chimpanzé), et
enfin, pour l’analyse des évolutions plus récentes, différences de fréquence allélique
entre populations et longueur des haplotypes communs (cf. Sabeti et al., Science
2006 ; Nielsen et al., Nat. Rev. Genet. 2007). Les exemples classiques (étudiés au
cours des 50 dernières années) de sélection dans les régions d’endémie paludéenne
de mutations affectant les gènes globine et responsables d’hémoglobinopathies
(anémie falciforme, thalassémies) ou la glucose 6 phosphate deshydrogénase
(G6PD), illustrent le fait que selon les cas, un même variant peut conférer un
avantage sélectif ou être au contraire délétère. L’analyse approfondie des haplotypes
permet maintenant d’estimer l’âge de ces variants. Un cours a été consacré aux
découvertes récentes concernant des gènes et leurs variants associés aux différences
de couleurs de peau, d’yeux ou de cheveux. La découverte du rôle du gène
SLC24A5 dans la pigmentation de la peau humaine est particulièrement frappante,
car débutant par l’analyse d’un mutant classique de pigmentation dans le poisson
zèbre (le mutant golden), puis l’identification d’un homologue humain du gène,
définissant une grande région de très faible diversité génétique dans la population
européenne, et la présence d’une mutation inactivant ce gène dans cette population
(Lamason et al., 2005). L’hypothèse généralement admise est celle de la balance
entre la protection contre l’effet mutagénique des UV dans des régions très
ensoleillées, favorisant une peau foncée, et le rôle des UV dans la transformation
de la vitamine D (antirachitique), favorisant une peau claire dans des régions peu
ensoleillées. Des études ultérieures ont montré l’implication d’un gène similaire
(SLC45A2) dans le même phénotype. Récemment, il a été montré qu’une
combinatoire de polymorphismes dans 6 gènes est associée aux variations de
pigmentation de la peau, des yeux et des cheveux, sans permettre une prédiction
individuelle exacte de ces phénotypes (Sulem et al., 2007). Le gène EDAR
(récepteur de l’ectodysplasine) impliqué dans le développement de la peau, des
cheveux et des glandes sudoripares, montre également des caractéristiques indiquant
une sélection positive dans certaines populations.

Un cours a été consacré à l’adaptation génétique aux conditions alimentaires


dans les populations humaines. On observe une forte sélection de variants non
codants modifiant la régulation de l’expression de la lactase dans la population
européenne, mais aussi dans d’autres populations pratiquant une agriculture
pastorale, où le lait est devenu un apport alimentaire important (la sélection de
variants différents est une exemple de convergence évolutive). Pour l’amylase
(impliquée dans la digestibilité de l’amidon), c’est la variation du nombre de copies
GÉNÉTIQUE HUMAINE 197

du gène qui paraît conférer une avantage sélectif. Enfin, les études récentes de
polymorphismes prédisposant au diabète de type 2 (Sladek et al., 2007) sont en
faveur de la « thrifty gene hypothesis » qui propose que des variants permettant de
limiter la dépense énergétique dans des périodes de restriction alimentaire ont été
sélectionnés, et prédisposent aux maladies métaboliques (diabète, obésité) dans le
mode de vie actuel. Un autre cours a été consacré aux études, aux interprétations
parfois controversées, impliquant des phénomènes de sélection dans l’évolution des
fonctions cognitives pour les gènes FOXP2 (dans l’évolution du langage) et les
gènes ASPM et MCPH1, dont des mutations rares sont associées à des
microcéphalies monogéniques. Il est intéressant de noter que des études impliquent
également le gène FOXP2 dans la vocalisation ultrasonique chez les souris, et dans
l’apprentissage de chants d’oiseau (modèle du mandarin, ou zebra finch).

Les approches systématiques de recherche de régions soumises à sélection positive


sur l’ensemble du génome ont été présentées et leurs limitations discutées
(cf. Sabeti et al., Nature 2007, et Barreiro et al., de l’équipe de L. Quintana-Murci,
Nature Genet. 2008). Le dernier cours a porté sur l’apparition ou la disparition
de gènes au cours de l’évolution des grands primates. Ainsi, l’apparition de la
vision trichromate apparaît corrélée à la perte de nombreux gènes de récepteurs
olfactifs ou de l’organe voméronasal (gène TRPC2). La datation de l’inactivation
dans l’évolution humaine d’un gène myosine (MYH16) dont l’expression est
spécifique de muscles masticatoires, et du rôle de cet événement dans la gracilisation
de la mâchoire des hominidés et dans le développement de l’encéphale, sont très
controversés (Stedman et al., 2004, McCollum et al., 2006), illustrant les difficultés
de ces approches.

Un cours au Collège et une conférence à l’Université et CHU Bordeaux 2 ont


porté sur : Myopathies centronucléaires: un lien inattendu entre phosphoinositides
et des protéines impliquées dans le remodelage membranaire (dynamine 2,
amphiphysine) (cf. ci-dessous, rapport sur les travaux de recherche). Un cours
(4 h) sur la génétique des maladies communes (multifactorielles) a été donné à
l’Université de Strasbourg, et une conférence à l’Université Victor Segalen
Bordeaux 2 sur « Maladies monogéniques, du gène aux malades et aux familles ».

Un colloque intitulé « Actualités dans le domaine des maladies monogéniques :


mécanismes physiopathologiques, approches thérapeutiques » a été organisé dans le
cadre des enseignements de la chaire les 15 et 16 avril 2008, à l’amphithéâtre
Guillaume Budé. Ce colloque soutenu par l’Association Française contre les
Myopathies, qui a fait également partie de l’enseignement national pour les internes
de la spécialité de génétique médicale, a été suivi par un public nombreux et attentif.
Son programme a montré, au travers de 20 conférences, comment l’étude des
mécanismes physiopathologiques de maladies monogéniques a permis de proposer
et développer des stratégies thérapeutiques, allant dans plusieurs cas discutés au
cours du colloque jusqu’à des essais cliniques. Les exposés ont également illustré la
diversité des modèles expérimentaux utilisés : modèles cellulaires, modèles de souris
198 JEANLOUIS MANDEL

génétiquement modifiées reproduisant les mutations observées chez l’homme, mais


aussi utilisation d’organismes tels que le nématode C. elegans et la drosophile,
permettant des cribles génétiques (pour la recherche de gènes pouvant modifier le
phénotype) ou pharmacologiques. Les aspects précliniques d’études
physiopathologiques et de cibles thérapeutiques potentielles ont été abordés
notamment pour le syndrome de retard mental avec X fragile (modèles drosophile et
souris ayant abouti à l’identification de récepteurs au glutamate mGluR comme
cible thérapeutique ; J.-L. Mandel, IGBMC, Illkirch/Strasbourg), la myopathie de
Duchenne (modèles nématode et souris, Laurent Segalat, CGMC CNRS, Lyon/
Villeurbanne), l’ataxie de Friedreich (modèles souris, Hélène Puccio, IGBMC
Illkirch/Strasbourg), les myopathies dues à un déficit en alpha-sarcoglycane (modèle
souris, Isabelle Richard CNRS/Généthon, Evry), et le syndrome CADASIL de
démence vasculaire impliquant le gène NOTCH3 (modèle souris, Anne Joutel,
INSERM/Paris 7). Le passage de l’étude physiopathologique à des essais cliniques
en cours a été illustré par 1) Bart Loeys (Université de Gand), pour le syndrome de
Marfan impliquant la voie de signalisation du TGFβ, avec des résultats prometteurs
d’utilisation d’une thérapie pharmacologique (losartan) ; 2) Frédéric Becq (CNRS,
Université de Poitiers) et Olivier Morand (Actelion Pharmaceuticals, Suisse), pour
la proposition, à partir de l’étude de modèles cellulaires, de l’utilisation d’une
molécule, le miglustat (utilisé dans le traitement de la maladie de Gaucher), pour un
traitement spécifique des patients atteints de mucoviscidose et porteurs de la
mutation la plus fréquente, ΔF508 ; 3) Jean Bastin (CNRS/Necker-Enfants Malades)
pour la correction de déficits génétiques du métabolisme oxydatif mitochondrial par
le bézafibrate ; 4) Nicolas Lévy (INSERM/CHU Timone Marseille), qui à partir de
modèles cellulaires et de souris a proposé l’utilisation d’un traitement combiné par
statines et aminobiphosphonates pour inhiber la prénylation des formes tronquées
de prélamine 1 responsables de la progeria, une maladie exceptionnellement rare
entraînant un vieillissement accéléré ; 5) Arnold Munnich (INSERM/Université
Descartes) qui a décrit un premier essai clinique d’un chélateur du fer dans l’ataxie
de Friedreich. Thomas Voit (Institut de Myologie, Paris) a présenté les propriétés
d’une molécule (PTC124) permettant un « readthrough » traductionnel de
mutations non-sens, mutations retrouvées fréquemment dans de très nombreuses
maladies génétiques, et les stratégies d’essais cliniques chez des patients atteints de
mucoviscidose ou de myopathie de Duchenne et porteurs de telles mutations. Des
approches de thérapie génique ont été présentées : 1) pour la myopathie de Duchenne
avec la stratégie de « saut d’exon » pour rétablir une phase de lecture dans l’ARN
messager dystrophine, par Gert-Jan Van Ommen (Center for Human Genetics,
Leiden), qui développe une stratégie par oligonucléotides anti-sens, qui a fait l’objet
d’une première étude clinique avec des résultats biologiques encourageants ; et Luis
Garcia (Institut de Myologie, INSERM), qui utilise un vecteur viral (AAV), et
également la correction de cellules souches ; 2) pour l’adrénoleucodystrophie, une
maladie démyelinisante gravissime, par Nathalie Cartier (INSERM/Hôpital Saint-
Vincent-de-Paul) qui développe avec Patrick Aubourg la thérapie génique utilisant
un vecteur lentiviral, et qui a présenté les premières données de l’essai clinique en
GÉNÉTIQUE HUMAINE 199

cours, le premier pour ce type de vecteur. Alain Fischer (INSERM/Hôpital Necker


Enfants Malades), pionnier dans le domaine de la thérapie génique, a brossé un
tableau des déficits immunitaires monogéniques, et montré comment la
compréhension des mécanismes permet de définir des approches thérapeutiques
rationnelles par supplémentation des molécules déficientes, immunomodulation par
des cytokines, thérapie cellulaire ou génique. Philippe Coubes (Centre Gui de
Chauliac/CNRS/INSERM Montpellier) a montré de manière spectaculaire
comment, grâce aux progrès dans le domaine des neurosciences, des approches
neurochirurgicales de neuromodulation électrique du cerveau permettent d’obtenir
des résultats thérapeutiques importants dans des maladies génétiques du tonus
(dystonie) ou du mouvement (dyskinésie). Des aspects plus généraux de la
problématique du développement thérapeutique pour les maladies rares que sont les
maladies monogéniques ont été présentés par Philippe Moullier (INSERM et CHU
Nantes, et College of Medicine, Gainesville FL USA) : Etudes précliniques en
thérapie génique ; Ségolène Aymé (Orphanet, INSERM SC11, Paris) : Des thérapies
pour les maladies génétiques, succès et revers du règlement sur les médicaments
orphelins ; Bernard Barataud (Généthon, Evry) : Généthon, de la cartographie du
génome à l’Autorisation de Mise sur le Marché : le chemin du médicament. Enfin,
une douzaine de communications par affiche sur les thèmes du colloque ont été
présentées par de jeunes chercheurs, qui ont fait l’objet de discussions animées.

Recherche
Le groupe de recherche en génétique humaine fait partie du département de
Neurobiologie et Génétique de l’IGBMC (Institut de Génétique et Biologie
Moléculaire et Cellulaire, UMR 7104 du CNRS, Unité Inserm U596 et Université
Louis Pasteur de Strasbourg). Il se consacre essentiellement à l’étude des mécanismes
génétiques et physiopathologiques de maladies monogéniques neurologiques ou
musculaires. Des aspects de recherche clinique sont également développés dans le
laboratoire hospitalier de diagnostic génétique du CHU de Strasbourg, dirigé par
J.-L. Mandel. Jean-Louis Mandel a été nommé en juin 2008 directeur de l’Institut
Clinique de la Souris (ICS), une très importante plateforme technologique associée
à l’IGBMC et impliquée dans la création et le phénotypage de souris génétiquement
modifiées.
Jean-Louis Mandel est plus particulièrement impliqué dans les thématiques
suivantes :
1) Syndrome de retard mental avec chromosome X fragile et fonction de la
protéine FMRP (avec Hervé Moine, CR1 CNRS).
2) Myopathies myotubulaire et centronucléaires et analyse fonctionnelle d’une
nouvelle famille de phosphoinositides phosphatases : les myotubularines (équipe
codirigée avec Jocelyn Laporte, promu DR2 INSERM en 2007, et labellisée équipe
FRM 2007). Jocelyn Laporte a été également lauréat d’un Prix du comité Alsace
de la Fondation pour la Recherche Médicale.
200 JEANLOUIS MANDEL

3) En collaboration avec le Pr Hélène Dollfus (EA3949 et Equipe AVENIR/


INSERM ; Faculté de Médecine de Strasbourg), nous menons une étude génétique
du syndrome de Bardet-Biedl.
Yvon Trottier (DR2 INSERM) dirige depuis 2006 l’équipe qui se consacre aux
mécanismes pathogéniques des maladies neurodégénératives causées par des expan-
sions de polyglutamine, dont la maladie de Huntington et l’ataxie spinocérébelleuse
de type 7.
L’équipe dirigée par Michel Kœnig (PU-PH) se consacre à l’identification de
gènes impliqués dans des formes d’ataxies récessives, et aux études de corrélation
génotype/phénotype pour cette pathologie très hétérogène.
Hélène Puccio (promue DR2 INSERM en 2007) et son équipe s’intéressent aux
mécanismes physiopathologiques de l’ataxie de Friedreich. Hélène Puccio est
lauréate du prestigieux « ERC starting grant » du Conseil Européen de la Recherche
pour son projet « Comprendre les mécanismes moléculaires impliqués dans les
ataxies récessives liées à des déficits mitochondriaux : implication du métabolisme
des noyaux fer-soufre ».
L’équipe d’André Hanauer (MCU) étudie les mécanismes du syndrome de
Coffin-Lowry (retard mental syndromique lié au chromosome X, impliquant la
protéine kinase Rsk2).
Stanislas du Manoir (CR1 INSERM) et son équipe développent des stratégies
d’étude des réarrangements chromosomiques (amplifications, délétions) présents
dans des tumeurs solides, dans le but notamment d’identifier des oncogènes
impliqués dans la progression tumorale ou des marqueurs génomiques associés au
pronostic vital.

1) Syndrome de retard mental avec chromosome X fragile et fonction


de la protéine FMRP (thème codirigé par H. Moine et J.-L. Mandel).
Le syndrome X-fragile représente la forme la plus fréquente de retard mental
monogénique. Ce syndrome résulte d’une expansion instable de répétitions CGG
dans le gène FMR1, entraînant sa répression transcriptionnelle. FMR1 code pour
la protéine FMRP (Fragile X Mental Retardation Protein) qui lie des ARN
messagers au sein de complexes ribonucléoprotéiques associés aux polysomes et
joue un rôle de régulation de la traduction et/ou de transport de ces ARNm. Afin
de caractériser la fonction et les mécanismes d’action de cette protéine, nous avons
entrepris d’identifier et caractériser des ARNm se liant à FMRP et pouvant
constituer des cibles de son action. Nous avons montré antérieurement que FMRP
se lie de manière spécifique et avec une forte affinité aux ARNm contenant un
motif structural de type « G(uanine)-quartet » (Schaeffer et al., 2001). Nous avions
retrouvé ce motif dans l’ARNm de la phosphatase PP2A et suggéré un rôle de
FMRP dans le contrôle traductionnel de cette importante protéine régulatrice
(Castets et al., 2005). Nos travaux récents suggèrent que l’interaction de FMRP
GÉNÉTIQUE HUMAINE 201

avec son propre ARNm, au niveau d’un G-quartet présent dans la région codante
(exon 15), peut moduler l’épissage alternatif du gène FMR1. En effet, ce G-quartet
présente des propriétés activatrices de l’épissage et la liaison de FMRP avec ce
motif pourrait constituer une boucle d’autorégulation (Didiot et al., 2008).
En collaboration avec B. Bardoni (CNRS, Nice), nous avons caractérisé un
nouvel ARNm lié par FMRP, l’ARNm SOD1. L’équipe de B. Bardoni a observé
que l’expression de la protéine superoxyde dismutase 1 codée par ce gène était
diminuée dans le cerveau des souris déficientes en FMRP. Nous avons montré que
l’ARNm SOD1 ne contient pas de motif G-quartet et FMRP, en se liant à un
motif structuré en tige-boucle présent au niveau du site d’initiation de la traduction,
stimulerait la traduction de cet ARNm (résultats soumis).
Le mécanisme d’action de FMRP sur ses différents ARNm cibles est encore mal
compris. Nous avons récemment montré expérimentalement la présence de motifs
G-quartet et leur liaison par FMRP au niveau de la région 3′ non traduite de deux
gènes importants pour la plasticité synaptique et précédemment proposés comme
cible de FMRP (résultats non publiés). Nous avons entrepris d’analyser et comparer
l’impact de FMRP sur le métabolisme de ces deux ARNm en culture de neurones
primaires de souris : traduction, localisation, stabilité.
En collaboration avec l’équipe du Dr C. Branlant (CNRS Nancy) nous avons
mis en évidence une nouvelle interaction entre FMRP et le complexe SMN
d’assemblage de particules ribonucléoprotéiques du spliceosome (Piazzon et al.,
2008). Le complexe SMN est déficient dans une importante pathologie du
motoneurone, l’amyotrophie spinale (SMA).
Nous avons récemment réanalysé l’association proposée par plusieurs laboratoires
entre FMRP et le complexe RISC (RNA induced silencing complex). Nous avons
montré que FMRP : 1) n’est pas nécessaire à l’activité RISC dans les cellules,
2) présente des propriétés de localisation intracellulaire et d’association aux
polysomes distinctes de celles du complexe RISC. Nous concluons à une implication
de FMRP et RISC dans des voies fonctionnelles distinctes. FMRP contribuerait à
l’efficacité de formation des granules de stress (article en préparation).

2) Myopathies myotubulaire et centronucléaires et analyse fonctionnelle


de la voie des myotubularines (équipe codirigée par J. Laporte et J.-L. Mandel,
avec A. Buj-Bello).
Les myopathies centronucléaires (CNM) regroupent des myopathies rares
caractérisées par une grande proportion de fibres musculaires atrophiques à noyaux
centraux (les noyaux étant normalement périphériques). Les CNM sont regroupées
en trois classes, et nous avons participé à l’identification de tous les gènes impliqués
jusqu’à présent. La forme liée au chromosome X, appelée myopathie myotubulaire,
est la plus sévère et se traduit par une hypotonie généralisée qui entraîne souvent la
mort du patient dans la première année. Elle est due à des mutations dans le gène
202 JEANLOUIS MANDEL

MTM1 codant pour la myotubularine (Laporte et al., 1996), dont nous avons par la
suite montré qu’elle définit une nouvelle famille de phosphoinositides phosphatases,
agissant sur le PI3P et le PI3,5P2 (Blondeau et al., 2000, Laporte et al., 2003). Les
formes autosomiques dominantes (ADCNM) débutent à l’adolescence ou à l’âge
adulte, et sont généralement dues à des mutations de la dynamine 2, une protéine
impliquée notamment dans les mécanismes d’endocytose et de trafic membranaire
(Bitoun et al., 2005). Les formes infantiles autosomiques récessives (ARCNM) sont
de sévérité intermédiaire et nous avons récemment montré que certaines familles
sont mutées dans le gène BIN1 codant pour l’amphiphysine 2, une protéine
interagissant avec la dynamine (Nicot et al., 2007).

Nous avons poursuivi, en collaboration avec P. Guicheney (Paris), V. Biancalana


(Strasbourg) et des cliniciens, l’étude des mutations dans la dynamine 2, dont
certaines sont associées à une forme de neuropathie périphérique de Charcot-
Marie-Tooth et tentons d’établir des corrélations génotype-phénotype. L’étude
d’une grande famille avec myopathie centronucléaire dominante due à une
mutation dynamine 2 non décrite antérieurement, a montré également des signes
de neuropathie périphérique et de déficit cognitif peu sévères, suggérant un
recouvrement phénotypique entre myopathie et neuropathie, et une action sur le
système nerveux central, pour certaines mutations de la dynamine 2 (Echaniz-
Laguna et al., 2007).

Nous avons poursuivi la recherche de gènes impliqués dans les myopathies


centronucléaires récessives. Les familles recrutées étant peu informatives pour une
analyse de liaison, nous avons opté pour une recherche de gènes candidats identifiés
par analyse bio-informatique, complémentée dans les familles consanguines, par
cartographie d’homozygotie sur puces SNPs. L’amphiphysine 2 était un bon
candidat fonctionnel car cette protéine régule le trafic membranaire comme la
myotubularine (Cao et al., 2007 et 2008) et la dynamine 2, et un mutant de
drosophile montre une faiblesse musculaire associée à des anomalies des tubules-T.
Par séquençage direct, et à l’aide de cartographie par homozygotie, nous avons
trouvé 4 variants à l’état homozygote dans des familles consanguines, dont deux
mutations non sens (Nicot et al., 2007, et résultats non publiés). Les mutations
faux-sens diminuent la fonction de tubulation des membranes alors qu’un des
codons stop prématurés produit une protéine stable qui ne peut plus se lier avec
un interacteur précédemment connu de l’amphiphysine 2, la dynamine 2. La
deuxième mutation stop, identifiée très récemment dans une nouvelle famille, est
en cours d’analyse. Ce travail a donc révélé un lien moléculaire et fonctionnel entre
2 formes de myopathies centronucléaires.

Nous avons poursuivi d’autre part nos travaux sur la physiopathologie de la forme
liée au chromosome X, par l’étude du modèle souris de déficience en myotubularine
que nous avons construit antérieurement (Buj-Bello et al., 2002). Une étude
transcriptomique globale au cours du développement de la pathologie musculaire
dans ce modèle, ainsi que dans des biopsies musculaires de patients (en collaboration
GÉNÉTIQUE HUMAINE 203

avec A. Beggs, Harvard Med. School) a montré des anomalies importantes


(particulièrement dans le modèle souris) de l’expression de certains gènes impliqués
dans la régulation de l’homéostasie calcique. Nous avons confirmé ces anomalies au
niveau protéique, et montré que certaines d’entre elles survenaient précocément au
cours du développement de la pathologie. Nous avons observé d’autre part des
anomalies précoces de l’organisation des tubules T, et avons entrepris, en
collaboration avec Vincent Jacquemond (Université Lyon 1/CNRS, Villeurbanne)
une étude électrophysiologique des courants calciques des fibres musculaires des
souris déficientes en myotubularine, qui montrent certaines altérations précoces
dans l’évolution de la pathologie (manuscrit en préparation). Les anomalies de
l’organisation des tubules T et de la fonctionnalité du couplage excitation
contraction pourraient rendre compte de l’importante hypotonie musculaire
observée chez les patients. Ceci permet de relier fonctionnellement les 3 protéines
connues mutées dans les myopathies centronucléaires, à la fois par leur interaction
avec les phosphoinositides, et par leur rôle dans l’organisation des tubules T.

Nous avons aussi poursuivi une approche de thérapie génique à l’aide de vecteur
AAV (adeno-associated virus) exprimant la myotubularine, en collaboration avec
le Généthon (Evry). Des résultats très positifs ont été obtenus sur notre modèle
souris. En effet une seule injection intramusculaire dans des souris déjà atteintes
de faiblesse musculaire améliore de manière spectaculaire l’état pathologique du
muscle, corrige le positionnement des noyaux et augmente la masse musculaire
ainsi que la force, à un niveau quasi-normal (Buj-Bello et al., 2008). L’utilisation
de la même approche pour surexprimer la myotubularine suggère que cette protéine
régule l’homéostasie du sarcolemme, la membrane plasmique des fibres musculaires
(Buj-Bello et al., 2008). Nous testons maintenant par la même approche la capacité
de protéines homologues à la myotubularine (MTMR1 et MTMR2) à améliorer
le phénotype des souris Mtm1 KO, ce qui permettrait à terme d’envisager une
thérapie par réexpression des gènes homologues et ainsi diminuer la réponse
immunitaire. Sur un plan plus fondamental, ceci apportera également des
informations précieuses sur les mécanismes de spécificité musculaire liées aux
mutations du gène MTM1, son plus proche homologue MTMR2 étant muté dans
une forme récessive sévère de neuropathie périphérique démyélinisante, avec
atteinte des cellules de Schwann (Chojnowski et al., 2007) et donc nous permettre
de discriminer entre les alternatives de spécificité d’expression ou liée à la structure
de la protéine.

En collaboration avec l’équipe de T. Ogata (Tokyo), nous avons montré que le


gène CXorf6, adjacent au gène MTM1, est muté dans des cas d’anomalies du
développement génital masculin (hypospadias) (Fukami et al., 2007). Le gène
CXorf6 code pour une protéine avec un domaine de type mastermind, a des
propriétés transactivatrices sur un gène de la voie Notch, le gène Hes3, et son
inhibition augmente la production de testostérone par des cellules de Leydig
tumorales (Fukami et al., 2008).
204 JEANLOUIS MANDEL

3) Analyse génétique du syndrome de Bardet-Biedl


(collaboration avec le Pr H. Dollfus)
Le syndrome de Bardet-Biedl (BBS), de transmission autosomique récessive,
associe rétinite pigmentaire, obésité, polydactylie, anomalies rénales et atteinte
cognitive. Il est caractérisé par une étonnante hétérogénéité génétique, contrastant
avec la spécificité de la présentation clinique. De 2000 à 2005, 9 gènes (dénommés
BBS1 à 9) avaient été identifiés par des équipes américaines et anglaises, dont les
mutations ne rendent compte que d’environ 50 % des patients. L’identification de
ces gènes, codant pour des protéines de types très divers et dont les fonctions étaient
initialement inconnues, a permis de relier le syndrome BBS à des défauts dans
l’assemblage ou la fonction de structures ciliées (cil primaire) et du centrosome. Nous
participons à une étude initiée par le Prof. Hélène Dollfus (Faculté de Médecine de
Strasbourg), visant notamment à identifier de nouveaux gènes BBS. L’utilisation
d’une approche de cartographie par homozygotie dans des familles consanguines, à
l’aide de « puces SNP (single nucleotide polymorphism) », en collaboration avec
l’équipe de bioinformatique d’Olivier Poch à l’IGBMC nous a permis d’identifier en
2005-2006 deux nouveaux gènes (BBS10 et BBS12) particulièrement importants.
BBS10 est un gène majeur, dont les mutations sont retrouvées chez plus de 20 % des
patients (Stoetzel et al., 2006), et BBS12 rend compte de 5-6 % des familles. De
manière surprenante, alors que 8 des 9 gènes BBS précédemment identifiés sont très
conservés dans l’évolution, entre tous les organismes ciliés (de l’homme au nématode,
et même à l’algue Chlamydomonas), les gènes BBS10 et BBS12 codent pour des
protéines spécifiques des vertébrés et dont la séquence protéique évolue beaucoup
plus rapidement que pour les autres gènes BBS (à l’exception du gène BBS6). BBS10
et BBS12 appartiennent, comme BBS6 à la superfamille des chaperonines de type II
(Stoetzel et al., 2007). Nous avons montré que ces 3 gènes définissent une branche
spécifique des vertébrés au sein de cette superfamille dont les autres membres ont une
origine beaucoup plus ancienne (Stoetzel et al., 2007). Le phénotype indistinguable
des patients porteurs de mutations dans des gènes BBS différents suggère que les
protéines correspondantes pourraient être impliquées dans des complexes
macromoléculaires (l’absence de l’un ou l’autre d’entre eux ayant alors le même effet
négatif sur la fonction du complexe). Des travaux récents paraissent confirmer une
telle hypothèse pour 7 protéines BBS présentes de manière stoechiométrique dans un
complexe nommé BBSome (Nachury et al., 2007). Les protéines BBS6, 10 et 12
sont absentes de ce complexe, et on peut donc faire l’hypothèse d’un complexe
« chaperonin-like » qui contiendrait ces 3 protéines. Des études sont entreprises dans
cette direction, en collaboration également avec l’équipe de D. Moras à l’IGBMC.
La création de mutants avec inactivation conditionnelle des gènes BBS10 et 12
chez la souris est en cours, qui devraient notamment permettre de répondre au
problème du mécanisme (central ou périphérique) de l’obésité liée aux mutations
BBS. Des résultats récents obtenus par V. Marion et H. Dollfus suggèrent que les
protéines BBS et le cil primaire jouent un rôle important dans la différenciation
des préadipocytes et dans l’adipogenèse (résultats soumis).
GÉNÉTIQUE HUMAINE 205

La stratégie d’identification de nouveaux gènes BBS se poursuit (il reste environ


25 % de patients ne correspondant à aucun des gènes connus). Les analyses
effectuées sur des familles consanguines pour lesquelles le gène n’est pas encore
identifié nous permettent d’exclure la présence d’un gène pouvant expliquer plus
de 10 % des cas, et suggèrent au contraire une extrême hétérogénéité. Ceci
complique l’identification de nouveaux gènes, en l’absence de grandes familles
informatives, car il existe de nombreuses régions candidates (sur la base des études
d’homozygotie) de grande taille, et contenant donc de très nombreux gènes. Nous
avons récemment entrepris une nouvelle approche basée sur l’observation qu’une
proportion en général faible de mutations responsables de perte de fonction
correspondent à des délétions touchant plusieurs exons du gène cible. La très haute
densité de puces ADN utilisables pour l’analyse de SNPs et de dosage génique
devrait permettre la détection de telles délétions, notamment en sélectionnant les
régions d’homozygotie chez des patients issus de familles consanguines. Une
vingtaine de familles avec syndrome de Bardet-Biedl et sans mutation dans les
gènes connus sont actuellement en cours d’analyse sur des puces contenant
1,8 million de positions analysables (puces 6.0 d’Affymetrix).

Maladies à expansion de polyglutamine (Yvon Trottier, avec K. Mérienne)

L’équipe de Y. Trottier étudie la physiopathologie de la maladie de Huntington


(MH) et l’ataxie spinocérébelleuse de type 7 (SCA7). Ces maladies neurodégénératives
héréditaires sont dues à une expansion de répétitions CAG codant pour un
homopolymère de glutamines (polyQ) dans des protéines cibles spécifiques de
chaque maladie. L’expansion de polyQ (au-delà d’environ 39 résidus) confère aux
protéines mutées de nouvelles propriétés neurotoxiques, qui mènent entre autres à
leur accumulation et leur agrégation dans le noyau des neurones, entrainant une
dérégulation de l’expression de certains gènes et une dysfonction puis une mort
neuronale, avec une spécificité d’atteinte des neurones qui diffère selon la
maladie.

L’équipe s’intéresse aux propriétés structurales et d’agrégation des polyQ. En


collaboration avec le Dr A. Podjarny (IGBMC), nous cherchons à élucider la
structure spatiale de polyQ, un motif retrouvé dans un grand nombre de protéines,
mais dont la fonction reste inconnue. Notre stratégie consiste à déterminer la
structure de polyQ de longueur déterminée interagissant avec un partenaire, en
l’occurrence un anticorps monoclonal anti-polyQ, que nous avions caractérisé
antérieurement (Trottier et al., 1995, Trottier 2003). Nous avons déjà élucidé la
structure de l’anticorps dans deux configurations différentes. Cette étape
préliminaire nous guide actuellement dans l’analyse des cristaux formés par le
complexe polyQ:anticorps. Cette stratégie doit nous permettre de révéler la
structure de la polyQ, mais aussi celle de l’anticorps, ce qui devrait fournir une
base pour générer par modélisation des inhibiteurs de l’agrégation. D’autre part,
sur la base de nos travaux antérieurs (Klein et al., 2007), nous avons conçu un
206 JEANLOUIS MANDEL

polypeptide ayant des propriétés anti-agrégation in vitro. Nous poursuivons l’étude


du potentiel thérapeutique de ce polypeptide dans un modèle drosophile de
maladie à polyQ en collaboration avec le Dr Hervé Tricoire (CNRS/U. Paris 7).

Également dans une perspective thérapeutique, nous étudions deux molécules


chimiques qui semblent prévenir l’accumulation ainsi que l’agrégation des protéines
mutées. Les analyses sont effectuées in vitro dans un modèle cellulaire et dans un
modèle souris. Nous nous intéressons également aux mécanismes d’action de ces
molécules. Ce projet est issu d’une collaboration avec le Dr Anne Bertolotti
(Cambridge, UK) (Rousseau et al., 2004 ; Dehay et al., 2007) et le Dr Nicolas
Winssinger (ISIS, Strasbourg).

Afin d’identifier les mécanismes de dysfonction et de dégénérescence neuronale,


nous étudions depuis plusieurs années un modèle souris SCA7, qui récapitule la
dégénérescence rétinienne observée chez les patients. La rétine de ces souris se
développe normalement jusqu’à 3 semaines d’âge, puis l’activité mesurée par
électrorétinogramme (ERG) diminue progressivement et s’accompagne d’anomalies
morphologiques des photorécepteurs : une perte des segments externes et internes,
une disparition des cils connecteurs associée à une réapparition de centrosomes ou
de cils primaires périnucléaires, une altération de l’architecture du noyau avec une
décondensation de la chromatine (Helmlinger et al., 2004 ; Yefimova et al.,
manuscrit en préparation). L’étude du profil transcriptionnel de la rétine des souris
SCA7 a révélé une forte répression des gènes spécifiques des photorécepteurs,
notamment des facteurs de transcription (Nrl, Crx, Nr2e3) qui contrôlent la
différenciation des photorécepteurs (Abou-Sleymane et al., 2006 ; Helmlinger et
al., 2006 ). Ces données suggèrent que l’ataxine-7 mutée compromet le programme
génétique de différenciation des photorécepteurs. Ces photorécepteurs non
différenciés et non fonctionnels survivent néanmoins jusqu’à un stade tardif de la
pathologie, où l’activité ERG est absente.

Plusieurs voies pathogéniques pourraient participer à cette « dédifférenciation »


et sont actuellement à l’étude dans notre laboratoire. Premièrement, l’ataxine-7
mutée s’agrège dans les photorécepteurs et cause un stress en activant la voie Jnk/
c-Jun (Mérienne et al., 2003). Nous avons montré que c-Jun régule le facteur Nrl,
et que l’inactivation génétique de c-Jun retarde la rétinopathie des souris SCA7
(Mérienne et al., 2007). Deuxièmement, comme l’ataxine-7 fait partie du complexe
TFTC qui régule la transcription en acétylant les histones (Helmlinger et al.,
2004), il semble que l’ataxine-7 mutée causerait une dysfonction de TFTC qui
mènerait à la décondensation générale de la chromatine (par hyperacétylation) et
à la dérégulation des gènes spécifiques aux photorécepteurs (Helmlinger et al.,
2006). Troisièmement, nous avons récemment observé une activation microgliale
importante aux stades précoces de la rétinopathie de ces souris. Nous tentons
actuellement de savoir quel est le rôle de l’activation de la microglie : soit la
sécrétion de facteurs de survie, menant peut-être les photorécepteurs à se
dédifférencier, ou bien la phagocytose de la couche des segments des photorécepteurs.
GÉNÉTIQUE HUMAINE 207

Quatrièmement, nous avons constaté que la rétinopathie s’accompagne d’un stress


oxydatif précoce important. Le rôle du stress oxydatif, qui est aussi présent dans
la pathogenèse de la maladie de Huntington (MH), est actuellement à l’étude dans
la rétinopathie de ce modèle SCA7.
L’expansion CAG dans le locus HD muté montre une forte instabilité -avec une
tendance à un allongement additionnel- dans le striatum, la région cible principale
de la pathologie, et peu d’instabilité dans le cervelet, une région épargnée. Comme
les études corrélatives génotype-phénotype antérieures ont révélé que plus
l’expansion est longue, plus la pathologie est précoce et sévère, il est probable que
l’instabilité — et l’allongement — de l’expansion CAG dans le striatum contribue
à la dégénérescence sélective de cette région du cerveau. K. Mérienne étudie les
mécanismes menant à l’instabilité sélective de l’expansion CAG dans le striatum.

Physiopathologie de l’ataxie de Friedreich (équipe H. Puccio)


L’équipe de H. Puccio s’intéresse aux mécanismes physiopathologiques de
l’ataxie de Friedreich (AF), par la construction et l’étude de modèles murins et de
modèles cellulaires.
L’ataxie de Friedreich est une maladie autosomique récessive, gravement
invalidante, caractérisée par une dégénérescence spino-cérébelleuse et une
cardiomyopathie hypertrophique. Elle est due à la diminution quantitative d’une
protéine mitochondriale, la frataxine, qui entraîne un déficit fonctionnel des
protéines fer-soufre (Fe-S) et une accumulation intramitochondriale de fer. Cette
équipe a créé depuis plusieurs années des modèles souris de l’ataxie de Friedreich,
par inactivation conditionnelle spatio-temporelle (système Cre-Lox) du gène de la
frataxine (Puccio et al., 2001 ; Simon et al., 2004). Ces modèles conditionnels
reproduisent l’essentiel des caractéristiques physiopathologiques et biochimiques
de la pathologie humaine.
Dans la levure, la mitochondrie joue un rôle central pour la biosynthèse de tous
les noyaux Fe-S, indépendant de leur localisation cellulaire. Cependant, chez les
mammifères, le rôle central de la mitochondrie reste controversé puisqu’une
machinerie cytosolique d’assemblage des centres Fe-S indépendante a été proposée.
A travers les différents modèles murins générés, nous avons récemment montré que
la frataxine est nécessaire pour la biogenèse d’enzymes Fe-S nucléaires et
cytosoliques, et qu’il n’existe donc pas de machinerie de biosynthèse des noyaux
Fe-S chez les mammifères complètement indépendante de la mitochondrie (Martelli
et al., 2007). Ces résultats ouvrent la porte sur de nouvelles pistes physiopathologiques,
notamment la voie de réparation d’ADN. Une collaboration avec l’équipe de
Pr R. Lill (Marburg, Allemagne) a permis de montrer que la protéine cytosolique
huNbp35, une P-loop NTPase, est essentielle pour les protéines à noyau Fe-S
cytosoliques et nucléaires et joue un rôle dans la régulation du fer (Stehling et al.,
2008). L’ensemble de ces résultats démontre l’existence d’une machinerie complexe
pour l’assemblage des protéines à noyau Fe-S qui est peu étudiée chez les
208 JEANLOUIS MANDEL

mammifères. L’étude fondamentale sur le métabolisme des protéines à Fe-S


proposée dans le cadre de notre projet ERC permettra la compréhension des
conséquences d’un déficit du métabolisme Fe-S de la mitochondrie dans les cellules
neuronales.
La frataxine (FXN) est une protéine mitochondriale synthétisée sous forme d’un
précurseur de 210 acides aminés. Son import et sa maturation dans la mitochondrie
impliquent deux clivages N-terminaux. Cependant, le site final de clivage de la
forme mature m-FXN est sujet de controverses. En effet, trois formes différentes
de la protéine mature ont été décrites : depuis 1998, une protéine commençant à
l’acide aminé 56 (m56-FXN) et deux autres récemment décrites en 2007, débutant
à l’acide aminé 78 ou 81 respectivement (m78-FXN- and m81-FXN). Par une
analyse de spectrométrie de masse (en collaboration avec Manuela Argentini,
IGBMC), nous avons démontré que m81-FXN était la forme mature majoritaire
in vivo, et que les deux autres formes décrites n’existaient pas sous forme endogène
(Schmucker et al., 2008). Nous avons également démontré que la forme m78-FXN
est capable de restaurer la survie cellulaire de cellules déficientes en frataxine. De
plus, par des essais de mutagénèse dirigée, nous avons déterminé que la maturation
se faisait en deux étapes et que les formes m56-FXN et m78-FXN pouvaient être
produites en conditions cellulaires lorsque que la maturation normale de la protéine
était perturbée.
Les lignées cellulaires de patients sont peu utiles pour des analyses biochimiques
car phénotypiquement normales puisqu’elles sont issues de cellules épargnées par
la maladie (lymphoblastes et fibroblastes). L’établissement de lignées cellulaires
directement à partir des souris mutantes constitue donc un excellent système pour
étudier les anomalies biochimiques liées à l’absence totale de frataxine, donc plus
sévère, ainsi que pour un criblage à grande échelle de molécules potentiellement
thérapeutiques.
Nous avons utilisé des lignées cellulaires murines portant un allèle d’inactivation
conditionnelle de la frataxine en combinaison avec l’expression d’une recombinase
EGFP-Cre (en collaboration avec Brigitte Kieffer, IGBMC) pour isoler par
cytométrie de flux des cellules murines complètement délétées pour la frataxine.
Ce système nous a permis de montrer que l’absence totale en frataxine dans des
fibroblastes conduit à la mort cellulaire, probablement par un arrêt du cycle
cellulaire, soulignant une nouvelle fois le rôle important de la frataxine (Carelle-
Calmels et al., soumis).
Nous avons généré un modèle cellulaire par une stratégie d’antisens par ribozyme,
qui présente un défaut de prolifération cellulaire et certaines caractéristiques
moléculaires de l’AF. Dans le but d’identifier de nouvelles molécules potentiellement
thérapeutiques, en collaboration avec la plateforme de criblage du genopôle Alsace-
Lorraine, nous avons recherché des molécules susceptibles de restaurer le retard de
croissance cellulaire par criblage robotisé des molécules de la chimiothèque
Prestwick (1 500 molécules) (Carelle-Calmels, en préparation). Le criblage s’est
GÉNÉTIQUE HUMAINE 209

effectué en 3 étapes : criblage initial, confirmation et dose-réponse. Après


confirmation, nous avions identifié 48 molécules ayant un effet positif sur la
croissance des cellules déficientes en frataxine. Malheureusement, aucune des
molécules n’a été retenue lors de la courbe dose-réponse. Un criblage à plus grande
échelle est envisagé pour augmenter les chances de réussite.
Récemment, l’anomalie génétique responsable d’une myopathie mitochondriale
avec acidose lactique a été identifiée : une mutation du gène ISCU menant à une
anomalie d’épissage de son ARN messager. Ce gène est impliqué dans l’assemblage
des noyaux Fe-S et est un partenaire direct de la frataxine. En accord avec le rôle
de IscU, un déficit en succinate déshydrogénase et aconitase ainsi qu’une surcharge
en fer est observée dans les muscles des patients. Nous avons récemment généré
un modèle murin déficient en frataxine dans le muscle squelettique. Ce modèle
musculaire montre que l’absence totale de frataxine dans le muscle induit une
myopathie mitochondriale avec des fibres musculaires de tailles variées, la présence
de noyaux centraux, des fibres rouges déchiquetées (ragged red fibers), des dépôts
mitochondriaux de fer et un déficit spécifique des protéines à noyau Fe-S ainsi
qu’une acidose lactique (Wattenhofer-Donzé, manuscrit en préparation). Il est
intéressant de noter un cas clinique reporté dans la littérature d’un garçon avec un
diagnostic moléculaire de l’AF présentant en plus des signes cliniques et
électrophysiologiques d’AF, une myopathie mitochondriale sévère avec une
prolifération mitochondriale et une structure anormale des fibres musculaires. Ceci
suggère qu’il serait peut-être intéressant d’élargir le phénotype associé à la perte de
fonction en frataxine, en la recherchant dans des myopathies mitochondriales non-
expliquées. Le Dr Marie Wattenhofer-Donzé, qui étudie ce modèle, est titulaire
d’un poste ATER du Collège de France pour les années 2006-2008.

Génétique moléculaire des ataxies récessives (équipe M. Koenig)


L’équipe avait précédemment identifié les gènes impliqués dans des formes
d’ataxie avec apraxie oculomotrice (AOA1/gène aprataxine en 2001 ; AOA2/gène
senataxine en 2004) ainsi que plusieurs familles avec une forme très rare d’ataxie
avec apraxie oculomotrice due à une mutation fondatrice dans le gène MRE11
(Fernet et al., 2005, Khan et al., 2008). Ces gènes codent pour trois protéines
nucléaires, dont les deux premières sont impliquées dans la réparation des cassures
de l’ADN. L’analyse clinique de patients AOA2 confirmés par l’identification de
mutations du gène de la sénataxine nous permet de mieux définir cette nouvelle
forme d’ataxie, en particulier l’âge de début toujours supérieur à 8 ans et l’association
avec une élévation de l’alpha-fœtoprotéine sérique qui en font de très bons critères
d’orientation diagnostique, et d’identifier une élévation modérée de l’alpha-
fœtoprotéine chez les porteurs hétérozygotes (Anheim et al., 2008, Tazir et al.,
soumis, Gazulla et al., soumis). D’autres loci d’ataxie récessive ont été identifiés
par analyse de liaison dans des familles consanguines avec d’autres formes d’ataxie,
et la recherche des gènes mutés a été entreprise (Gribaa et al., 2007). Nous avons
ainsi participé à l’identification du gène du syndrome de Marinesco-Sjögren, qui
210 JEANLOUIS MANDEL

associe une ataxie précoce, une cataracte et un retard du développement


psychomoteur, en collaboration avec l’équipe du Pr A.-E. Lehesjoki (Helsinki)
(Anttonen et al., 2005).
Nous avons plus récemment identifié un nouveau gène d’ataxie récessive par
l’analyse d’une grande famille consanguine d’origine algérienne (Lagier-Tourenne
et al., 2008). Les patients de quatre autres familles se sont avérés avoir des
mutations du même gène. Ce gène code pour une kinase mitochondriale, ADCK3,
impliquée dans la régulation de la synthèse du coenzyme Q10, un lipide essentiel
au transport des électrons dans la chaîne respiratoire mitochondriale. Cette ataxie
est donc la cinquième forme d’ataxie récessive due à un déficit d’une protéine
mitochondriale, confirmant que le dysfonctionnement de cette organelle en
général et de la chaîne respiratoire en particulier, est la cause directe des mécanismes
dégénératifs des voies cérébelleuses et spinocérebelleuses dans un nombre important
de cas. L’analyse rétrospective des patients avec mutations ADCK3 confirme la
présence d’un déficit modéré en coenzyme Q10 dans les fibroblastes en culture et
d’une élévation modérée des lactates sanguins, au moins lors d’un exercice
musculaire. Nous avons étudié l’expression d’ADCK4, qui est le paralogue le plus
proche d’ADCK3, dans les lignées de patients mutés pour ADCK3. La divergence
entre les gènes ADCK3 et – 4 a probablement commencé au moment de la
duplication génomique liée à l’apparition des vertébrés. La divergence avec les
autres membres de la famille ADCK (ADCK1, – 2 et – 5) est beaucoup plus
ancienne puisque déjà présente chez les bactéries. Nous avons trouvé à la place
d’une surexpression compensatrice attendue d’ADCK4, une co-répression de ce
dernier en présence de mutations ADCK3, et une corrélation entre le niveau de
répression d’ADCK4 et le taux résiduel en coenzyme Q10. Ces résultats suggèrent
qu’ADCK4 est également impliqué dans la régulation de la synthèse du coenzyme
Q10 (Lagier-Tourenne et al., 2008). L’analyse bioinformatique de la séquence
ADCK3 et des protéines apparentées montre également qu’elles forment une
famille de kinases ancestrales ayant de lointaines similitudes avec les
phosphoinositide-kinases et les choline-kinases, suggérant que le substrat d’ADCK3
n’est pas nécessairement, ou probablement pas, une protéine. L’élucidation de la
fonction d’ADCK3 devrait permettre d’identifier un mécanisme primitif de
régulation de la synthèse de l’ATP (chaîne respiratoire) par l’ATP lui-même
(co-substrat de la kinase) et d’éclairer par un angle nouveau l’origine des
mécanismes de régulation biologique par les kinases.

Syndrome de Coffin-Lowry et kinase RSK2 (équipe A. Hanauer)


L’équipe étudie les bases moléculaires du syndrome de Coffin-Lowry (retard
mental syndromique lié au chromosome X, comportant notamment des anomalies
squelettiques progressives) et le rôle de la kinase RSK2 mutée dans ce syndrome
et de ses homologues RSK1, 3 et 4. Des souris invalidées pour le gène RSK2 ont
été créées précédemment par l’équipe. Elles présentent un retard de croissance
osseuse (Yang et al., 2004), des anomalies de la dentition (manuscrit en cours de
GÉNÉTIQUE HUMAINE 211

préparation) et des déficits d’apprentissage et de mémoire spatiale (Poirier et al.,


2006). L’équipe a récemment mis en évidence des anomalies de la voie
dopaminergique au niveau du cortex de ces souris. Une étude par chromatographie
HPLC, en collaboration avec le groupe de Michael Gruss (Université de
Magdebourg) de différents neurotransmetteurs a en effet révélé une augmentation
des concentrations en dopamine (+ 45 %, p = 0,001) au niveau du cortex, mais
non de l’hippocampe. Tous les autres neurotransmetteurs étaient présents à des
taux normaux. Ce résultat a conduit l’équipe à explorer l’expression et la
phosphorylation de différents acteurs de la voie dopaminergique. Nous avons
montré que le taux de la forme phosphorylée (active) sur la sérine 31 de la tyrosine
hydroxylase (TH), l’enzyme limitante de la synthèse des catécholamines, était
significativement augmenté dans le cortex de la souris KO-RSK2 alors que le taux
de protéine TH totale est similaire chez les souris KO et les souris WT. La sérine 31
est essentiellement phosphorylée par la kinase ERK, et nous avons montré que le
niveau des formes phosphorylées (activées) de ERK1/2 était nettement augmenté
chez les souris mutantes (+ 50 %). Nous avons également observé des augmentations
significatives des niveaux d’expression du transporteur de la dopamine (DAT) et
du récepteur dopamine DRD2 chez les souris mutantes. Cette étude confirme
enfin la fonction inhibitrice exercée par RSK2 sur la voie Ras-ERK (elle avait déjà
été rapportée auparavant, mais basée sur des études in vitro). L’ensemble de ces
résultats ont été publiés (Marques Pereira et al., 2008). Les travaux en cours
portent sur la caractérisation des conséquences de cette dérégulation du système
dopaminergique pour la transmission synaptique.

L’équipe a par ailleurs collaboré à une étude portant sur les conséquences de
l’inactivation de RSK2 pour la croissance axonale des motoneurones. Cette étude
a montré que la survie de motoneurones (spinaux) de souris KO-RSK2 en culture
était normale, mais que les axones avaient une longueur significativement plus
importante que les axones de motoneurones WT. La surexpression d’une forme
constitutivement active de RSK2 dans les motoneurones conduisait, au contraire,
à une réduction de la croissance axonale. Comme dans le cadre de notre étude sur
le système dopaminergique, une augmentation de 30-40 % de l’activité de ERK1/2
a aussi été constatée dans les motoneurones déficients pour RSK2 par rapport à
des motoneurones WT. Finalement, en appliquant un inhibiteur pharmacologique
de MEK à des cultures de motoneurones déficients pour RSK2, l’excès de croissance
axonale a pu être corrigé. L’ensemble des résultats suggère que dans des conditions
physiologiques normales RSK2 régule négativement l’allongement des axones via
la voie de signalisation MAPK/ERK. Une dérégulation de la croissance des neurites
pourrait ainsi contribuer au déficit fonctionnel du système nerveux des patients
CLS et des souris déficientes pour RSK2. Ces résultats ont été rapportés dans une
publication qui vient d’être acceptée dans le Journal of Cell Biology (Fisher et al.,
in press). Les études en cours portent sur la croissance des neurites de neurones
corticaux et hippocampiques, ainsi que sur la morphogénèse de leurs épines
dendritiques.
212 JEANLOUIS MANDEL

Finalement, une comparaison des transcriptomes d’hippocampe de souris


invalidées pour RSK2 et de souris sauvages a été réalisée. Elle a révélé des différences
d’expression significatives pour une cinquantaine de gènes. La validation d’une
dizaine de ces gènes par RT-PCR quantitative et par Western-blot a déjà été
réalisée. Parmi les gènes validés dont l’expression est nettement augmentée dans
l’hippocampe de souris déficientes pour RSK2, on trouve notamment un récepteur
ionotropique, le facteur de transcription RunX et un facteur d’initiation de la
traduction jouant un rôle très important dans la traduction locale au niveau des
dendrites. La validation des autres gènes est en cours.
La recherche de nouveaux gènes de retard mental lié au X par l’étude de
translocation X-autosome chez des femmes avec retard mental, qui avait été
poursuivie ces dernières années, a été arrêtée. Le dernier cas étudié a montré que
le point de cassure sur le chromosome X était localisé dans une région dépourvue
de gènes, mais que le point de cassure autosomique interrompait le gène CDKL3
(une protéine kinase cdc2-related), faisant de ce gène exprimé dans le cerveau un
candidat pour des formes autosomiques de retard mental (Dubos et al., 2008).

Réarrangements génomiques dans les tumeurs solides (équipe S. du Manoir)


L’équipe du Dr S. du Manoir développe des stratégies d’étude des réarrangements
chromosomiques (amplifications, délétions) des tumeurs solides par « CGH array »
et analyse du transcriptome. Afin d’identifier des marqueurs génomiques
pronostiques associés à des paramètres cliniques comme la survie, trois études ont
été entreprises pour cribler les aberrations chromosomiques par CGH sur puces.
Ces études rétrospectives construites sur des cohortes très homogènes concernent
des carcinomes de l’ovaire (coll. N. Arnold), des cancers du poumon de type
épidermoïdes et adénocarcinomes (coll. N. Martinet, Nancy). Notre étude
épidémiologique concernant une série de 1 200 cancers du poumon opéré au
CHU de Nancy depuis 1988 (constituant la tumorothèque de Nancy) confirme
le besoin de marqueurs pronostics pour les patients de stade I-II dont 45 %
meurent de récurrence (publication soumise). Nous avons réalisé deux études
rétrospectives (Adénocarcinomes : 73 cas et Epidermoïdes : 76 cas) de cancers du
poumon de stade I-II stratifiées en deux groupes (survie < 25 mois et > 60 mois)
par CGH-array. Nous avons développé une approche statistique originale pour
identifier les régions associées au pronostic. Pour les adénocarcinomes, une
amplification est présente uniquement chez les courts surviveurs et plusieurs
régions de gains et pertes sont trouvées préférentiellement chez ceux-ci. Pour les
formes épidermoïdes, la région la plus amplifiée est située en 3q et contient le gène
SOX2 (manuscrit en préparation). Plusieurs régions sont associées au mauvais
pronostic. Pour les deux histologies, une ségrégation partielle est obtenue sur la
base de ces aberrations. Ces signatures génomiques seront validées par un ensemble
de procédures statistiques. Une confirmation par Q-PCR des aberrations trouvées
devrait permettre de définir un set minimal de régions qui pourrait être à la base
d’un prototype de test pronostique. L’expression des gènes candidats sélectionnées
GÉNÉTIQUE HUMAINE 213

par des filtres bibliographiques et bioinformatiques dans ces régions génomiques


sera évaluée dans des tumeurs humaines primaires et dans des tests de croissance
tumorale / micrométastase in vivo (souris Nudes).
Nous sommes impliqués dans un programme visant à faciliter l’interprétation de
données de CGH sur puces dans le cadre de la description d’aneusomies segmentales
pour des patients souffrant de retards mentaux, (programme DHOS en
collaboration avec P. Jonveaux, Nancy), et dans le cadre d’une action du GIS
maladies rares (en particulier, une étude initiée par le Prof. Hélène Dollfus, Faculté
de Médecine de Strasbourg, visant à identifier de nouveaux gènes du syndrome
de Bardet-Biedl). Pour faciliter l’interprétation des données des puces Agilent dans
le contexte du retard mental, nous avons développé un programme automatisé,
fournissant aux cliniciens une liste ordonnée des aberrations numériques ayant le
plus de chances d’être causales du retard mental (sur la base de critères comme
la taille et le contenu en gènes…) et devant être confirmées de façon prioritaire.
Dans le cadre de notre plateforme CGH-array, 190 cancers colorectaux ont été
étudiés, 164 cancers du poumon (PNES-poumon) et 98 VADS (étude du groupe
de B. Wasylyk, IGBMC). Ce travail visait à identifier une signature moléculaire
pronostique de l’apparition ultérieure de métastases dans les cancers VADS par
l’exploration du transcriptome et des aberrations génomiques. Cette étude publiée
par le groupe de B. Wasylyk (Rickman D.S. et al., 2008) rapporte plusieurs
aberrations génomiques associées à la progression métastatique et pourraient être
à la base du développement marqueurs pronostiques et de cibles thérapeutiques
dans les cancers VADS métastatiques.

Liste des publications du groupe de génétique humaine de l’igbmc


(depuis juillet 2007)
Publications parues dans des revues de niveau international avec comité de lecture

2007
Cao C., Laporte J., Backer J.M., Wandinger-Ness A., Stein M.-P. Myotubularin lipid
phosphatase binds the hVPS15/hVPS34 lipid kinase complex on endosomes. Traffic (2007)
8 : 1052-1067.
Echaniz-Laguna A., Nicot A.S., Carré S., Franques J., Tranchant C., Dondaine N.,
Biancalana V., Mandel J.L., Laporte J. Subtle central and peripheral nervous system
abnormalities in a family with centronuclear myopathy and a novel dynamin 2 gene
mutation. Neuromuscular disorders (2007) 17 : 955-959.
Gribaa M., Salih M., Anheim M., Lagier-Tourenne C., H’mida D., Drouot N.,
Mohamed A., Elmalik S., Kabiraj M., Al-Rayess M., Almubarak M., Bétard C., Goebel H.
and Kœnig M. A new form of childhood onset, autosomal recessive spinocerebellar ataxia
and epilepsy is localized at 16q21-q23. Brain (2007) 130 : 1921-1928.
Klein F., Pastore A., Masino L., Zeder-Lutz G., Nierengarten H., Oulad-Abdelghani M.,
Altschuh D., Mandel J.L. and Trottier Y. Pathogenic and non-pathogenic polyglutamine
tracts have similar structural properties: towards a length dependent toxicity gradient.
J. Mol. Biol. (2007) 371 : 235-244.
214 JEANLOUIS MANDEL

Marques Pereira P., Heron D. and Hanauer A. The first large duplication of the RSK2
gene identified in a Coffin-Lowry syndrome patient. Hum. Genet. (2007) 122 : 541-543.
Martelli A.*, Wattenhofer-Donzé M.*, Schmucker S., Bouvet S., Reutenauer L. and
Puccio H. Frataxin is essential for extramitochondrial Fe-S cluster proteins in mammalian
tissues. Hum. Mol. Genet. (2007) 16 : 2651-2658.
Nicot A.S.*, Toussaint A.*, Tosch V., Kretz C., Wallgren-Pettersson C., Iwarsson E.,
Kingston H., Garnier J.M., Biancalana V., Oldfors A., Mandel J.L. and Laporte J. Mutations
in amphiphysin 2 (BIN1) disrupt interaction with dynamin 2 and cause autosomal recessive
centronuclear myopathy. Nat. Genet. epub 2007 Aug 5. (2007) 39 : 1134-1139. * equal
contributors.

2008
Anheim M., Fleury M.C., Franques J., Moreira M.C., Delaunoy J.P., Stoppa-Lyonnet D.,
Koenig M. and Tranchant C. Clinical and molecular findings of Ataxia with oculomotor
apraxia type 2 in 4 families. Arch. Neurol. (2008) 65 (7) : 958-962.
Boettcher C., Ulbricht E., Helmlinger D., Mack A.F., Reichenbach A., Wiedemann P.,
Wagner H.J., Seeliger M.W., Bringmann A., Priller J. Long-term engraftment of systemically
transplanted, gene-modified bone marrow-derived cells in the adult mouse retina. British
Journal of Ophthalmology (2008) 92 : 272-275.
Boulon S., Marmier-Gourrier N., Pradet-Balade B., Wurth L., Verheggen C., Jàdy B.E.,
Rothé B., Pescia C., Robert M.C., Kiss T., Bardoni B., Krol A., Branlant C., Allmang C.,
Bertrand E. and Charpentier B. The Hsp90 chaperone controls the biogenesis of L7Ae
RNPs through conserved machinery. J. Cell Biol. (2008) 180 : 579-595.
Buj-Bello A., Fougerousse F., Schwab Y., Messaddeq N., Spehner D., Pierson C.R.,
Durand M., Kretz C., Danos O., Douar A.M., Beggs A.H., Schultz P., Montus M.,
Denèfle P. and Mandel J.L. AAV-mediated intramuscular delivery of myotubularin corrects
the myotubular myopathy phenotype in targeted murine muscle and suggests a function in
plasma membrane homeostasis. Hum. Mol. Genet. (2008) 17 : 2132-2143.
Cao C., Backer J.M., Laporte J., Bedrick E.J. and Wandinger-Ness A. Sequential Actions
of Myotubularin Lipid Phosphatases Regulate Endosomal PI(3)P and Growth Factor
Receptor Trafficking. Mol. Biol. Cell. (2008) 19 : 3334-3346.
Didiot M.C., Tian Z., Schaeffer C., Subramanian M., Mandel J.L., Moine H. The
G-quartet containing FMRP Binding Site in FMR1 mRNA is a potent exonic splicing
enhancer. Nucleic Acids Res. (2008) 36 : 4902-4912.
Dubos A., Pannetier S. and Hanauer A. Inactivation of the CDKL3 gene at 5q31.1 by a
balanced t(X;5) translocation associated with nonspecific mild mental retardation. Am. J.
Med. Genet. (2008) Part A 146A : 1267-1279.
Fukami M., Wada Y., Okada M., Kato F., Katsumata N., Baba T., Morohashi K.,
Laporte J., Kitagawa M. and Ogata T. Mastermind-like domain-containing 1 (MAMLD1
or CXorf6) transactivates the Hes3 promoter, augments testosterone production, and contains
the SF1 target sequence. J. Biol. Chem. (2008) 283(9) : 5525-32.
Khan A.O., Oystreck D.T., Kœnig M. and Salih M.A. Ophthalmic features of ataxia
telangiectasia-like disorder. J. Am. Ass. Pediatr. Opht. Strabisms (2008) 12 : 186-189.
Lagier-Tourenne C., Tazir M., López L.C., Quinzii C.M., Assoum M., Drouot N.,
Busso C., Makri S., Ali-Pacha L., Benhassine T., Anheim M., Lynch D., Thibault C.,
Plewniak F., Bianchetti L., Tranchant C., Poch O., DiMauro S., Mandel J.L., Barros M.H.,
Hirano M. and Kœnig M. ADCK3, an ancestral kinase, is mutated in a form of recessive
ataxia associated with coenzyme Q10 deficiency. Am. J. Hum. Genet. (2008) 82 :
661-672.
GÉNÉTIQUE HUMAINE 215

Laugel V., Cossée M., Matis J., de Saint-Martin A., Echaniz-Laguna A., Mandel J.L.,
Astruc D., Fischbach M., Messer J. Diagnostic approach to neonatal hypotonia : retrospective
study on 144 neonates. Eur. J. Pediatr. (2008) 167 : 517-523.
Marques Pereira P., Gruss M., Braun K., Foos N., Pannetier S., Hanauer A. Dopaminergic
system dysregulation in the mrsk2_KO mouse, an animal model of the Coffin-Lowry
syndrome. J. Neurochem. (2008) Sept. 24. [Epub ahead of print]
Nicot A.S. and Laporte J. Endosomal phosphoinositides and human diseases (Review).
Traffic (2008) 9 : 1240-1249.
Piazzon N., Rage F., Schlotter F., Moine H., Branlant C., Massenet S. In vitro and in
cellulo evidences for association of the survival of motor neuron complex with the fragile
X mental retardation protein. J. Biol. Chem. (2008) 283 : 5598-610.
Schmucker S., Argentini M., Carelle-Calmels N., Martelli A., Puccio H. The in vivo
mitochondrial two-step maturation of human frataxin. Human Molecular Genetics (2008)
17 : 3521-3531.
Stehling O., Netz D.J., Niggemeyer B., Rösser R., Eisenstein R.S., Puccio H., Pierik A.J.,
Lill R. The human Nbp35 is essential for both cytosolic iron-sulfur protein assembly and
iron homeostasis. Molecular and Cellular Biology (2008) 28 : 5517-5528.
Zeniou-Meyer M., Liu Y., Béglé A., Olanish M., Hanauer A., Becherer U., Rettig J.,
Bader M.F. and Vitale N. The Coffin-Lowry syndrome-associated protein RSK2 is implicated
in calcium-regulated exocytosis through the regulation of PLD1. Proc. Natl. Acad. Sci.
(2008) 105 : 8434-8439.
Anheim M., Lagier-Tourenne C., Stevanin G., Fleury M., Durr A., Namer I.J., Denora P.,
Brice A., Mandel J.L., Kœnig M. and C. Tranchant. SPG11 spastic paraplegia : a new cause
of juvenile parkinsonism. Original communication - Journal of Neurology (in press).

Articles de synthèse et chapitres de livres

Puccio H. Conditional mouse models for Friedreich Ataxia, a neurodegenerative disorder


associating cardiomyopathy. Handb. Exp. Pharmacol. (Springer Verlag). 2007 ; (178) :
365-75. Review.
*Babady N.E., *Carelle N., Wells R.D., Rouault T.A., Hirano M., Lynch D.R., Delatycki
M.B., Wilson R.B., Isaya G. and Puccio H. Advancements in the pathophysiology of
Friedreich’s Ataxia and new prospects for treatments. Molecular Genetics and Metabolism
(2007) 92 : 23-35.
Toussaint A., Nicot A.S., Mandel J.L. and Laporte J. Mutations de l’amphiphysine 2
(BIN1) dans les myopathies centronucléaires récessives. M/S (2007) 12 : 1080-1082.
Anheim M., Chaigne D., Fleury M. Santorelli F.M., De Sèze J., Durr A., Brice A.,
Kœnig M., Tranchant C. : Ataxie spastique autosomique récessive de Charlevoix-Saguenay :
étude d’une famille et revue de la littérature. Revue Neurologique (2008) 164 : 363-368.
Puccio H (2008). Multicellular models of Friedreich’s Ataxia. Journal of Neurology in
press.
Rohde H.M., Tronchère H., Payrastre B. and Laporte J. Detection of myotubularin
phosphatases activity on phosphoinositides in vitro and ex vivo. Methods in Mol. Biol. (2008)
in press.
216 JEANLOUIS MANDEL

Conférences données par J.-L. Mandel


(depuis juillet 2007)

Conférences grand public


— 50e anniversaire de l’association genevoise (INSIEME) de parents de personnes avec
handicap mental. Genève, le 24 mai 2008. « 50 ans de recherche génétique dans le domaine
de la déficience mentale ».
— Université de Tous les Savoirs. Paris le 23 juin 2008. « Génome et médecine
prédictive ».

Conférences scientifiques, participation à des congrès


— Conférence « Des molécules à la cognition : Un hommage à Jean-Pierre Changeux
(Institut Pasteur, Paris) du 17 au 19 septembre 2007. « Genetics of mental retardation ».
— Assises de génétique humaine et médicale (Lille) du 17 au 19 janvier 2008. Modérateur
de session.
— Strasbourg-Weizmann symposium on « Transmembrane signaling » (IGBMC,
Strasbourg-Illkirch) 11 et 12 février 2008 (co-organisateur).
— « Myopathies centronucléaires : un lien inattendu entre phosphoinositides, dynamine 2
et amphiphysine » à l’Université Bordeaux 2, le 19 février 2008.
— Conférence « Maladies monogéniques, du gène aux malades et aux familles » Université
Victor Segalen Bordeaux 2, le 19 février 2008.
— Colloque « Actualités dans le domaine des maladies monogéniques : mécanismes
physiopathologiques, approches thérapeutiques » au Collège de France (Paris) 15 et 16 avril
2008. « De la drosophile à la souris : l’exemple du syndrome X fragile » (organisateur du
colloque).
— VIII National medical genetics congress (Çanakkale - Turkey) du 6 au 9 mai 2008.
« Fragile X syndrome : from diagnostic applications to pathomechanisms ».
— Colloque inaugural IFR148 « Sciences et ingénierie en biologie Santé », Brest le 4 juin
2008. « Maladies génétiques : aspects physiopathologiques et pistes thérapeutiques ».
— Colloque AFSTAL (Association Française des Sciences et Techniques de l’Animal de
Laboratoire) « Bonnes pratiques animales : partager l’éthique au quotidien » Strasbourg,
4 au 6 juin 2008. « Les modèles génétiques animaux en recherche médicale ».
Génétique et physiologie cellulaire

Mme Christine Petit, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeure

TRAITEMENT DES SIGNAUX ACOUSTIQUES :


DE LA CELLULE SENSORIELLE AUDITIVE
AU COMPLEXE OLIVAIRE SUPÉRIEUR

Le cours de l’année 2008 a présenté les avancées réalisées sur la transduction


mécano-électrique auditive depuis 2002, date du précédent cours, suivies d’une
introduction au cours de l’année 2009, qui portera sur la localisation de la source
sonore.
Les quatre cours ont traité des questions suivantes :
1er cours : faut-il repenser l’amplificateur cochléaire ?
2e cours : la transduction mécano-électrique : données physiologiques et
moléculaires récentes ;
3e cours : l’environnement moléculaire de la transduction mécano-électrique, les
fonctions de transfert (a) dépolarisation membranaire-exocytose synaptique et (b)
exocytose synaptique-stimulation des neurones auditifs ;
4e cours : éléments du traitement du signal sonore par les neurones auditifs du
ganglion cochléaire et des neurones des noyaux auditifs du tronc cérébral.

1er cours : Faut-il repenser l’amplificateur cochléaire ?


Le cours a débuté par un rappel des caractéristiques physiques du son, son pur
et son complexe : hauteur du son (fréquence : notion introduite par Galilée,
définition de la fréquence caractéristique d’une corde vibrante ou fréquence
fondamentale, et de ses harmoniques ou multiples entiers de la fréquence
fondamentale), et intensité sonore (amplitude) avec pour unité de mesure, le
décibel (dB) (en réference à Graham Bell). A ces grandeurs physiques qui
caractérisent la source sonore, s’ajoutent celles de la perception définies par la
218 CHRISTINE PETIT

psychophysique et la psychoacoustique : tonie (sensation de la hauteur sonore, qui


n’est pas la simple traduction de la fréquence sonore ; s’y rapporte le pitch anglo-
saxon, que certaines définitions restreignent cependant à la sensation de hauteur
pour des sons mélodiques, musique, prosodie et langues tonales), sonie (perception
de l’intensité sonore ; loudness en anglais) et timbre (perception sonore qui s’appuie
sur le spectre fréquentiel, l’amplitude de chaque composante fréquentielle, et les
caractérisiques temporelles des sons, temps d’installation de l’amplitude de
l’enveloppe sonore, par exemple (McAdams et al, 1995).
L’histoire du décibel est intimement liée à celle du téléphone. L’introduction du
décibel répondait à la nécessité de disposer d’une mesure de la baisse de la puissance
du son véhiculé par les câbles du téléphone. Son expression logarithmique repose sur
la perception sensorielle, et « sa loi », connue sous le nom de loi de Fechner ou
Weber-Fechner, selon laquelle la sensation d’intensité du son varie proportionellement
avec le logarithme de l’intensité sonore physique, exprimée en watts/m2 (R = C
log(S), relation dans laquelle R représente la sensation d’intensité sonore, S l’intensité
du son et C une constante). Le décibel correspond approximativement au plus petit
changement d’intensité sonore qu’un individu peut percevoir. Le décibel (dB) est
un nombre sans dimension. L’intensité d’un son « IL » (IL = intensity level) s’exprime
en dB par la relation IL = 10 log10(I/Ir) dB, soit le logarithme décimal du rapport de
l’intensité du son, I (en watts/m2), à celle d’un son de référence, Ir (le facteur 10
traduisant l’expression en dB et non en Bel). En raison de la relation I = p2/Zc (où Zc
est l’impédance caractéristique), la pression p, d’un son « SPL » (SPL = sound
pressure level) en dB est donnée par, SPL = 10 log10(p/pr)2 = 20 log10(p/pr), soit le
logarithme décimal du rapport de la pression du son incident, p (en newtons/m2 ou
pascal : 1 N/m2 = 1 pascal (Pa)), à celle du son de référence, pr. Le son de référence a
une intensité, Ir, de 10-12 W/m2, et une pression, pr, de 2 ⋅ 10-5 N/m2 (20 μPa ou
2 ⋅ 10-5 Pa). Il correspond à la plus petite intensité (et pression) décelée par l’oreille
humaine, soit 0 dB (l’intensité du mouvement brownien est de – 20 dB). Pour un
son donné, les valeurs en dB IL et en dB SPL sont identiques. L’élévation d’un seuil
de perception auditive de 60 dB correspond au fait que la pression seuil perçue est
103 fois supérieure à la pression de référence et l’intensité seuil perçue est 106 fois
l’intensité de référence; une variation de 20 dB correspond à une variation d’un
ordre de grandeur de la pression acoustique et de deux ordres de grandeur de
l’intensité acoustique. En clinique, on utilise le décibel « hearing level » HL, rapport
du seuil de pression auditive observé chez le patient à celui d’un individu dont
l’audition est normale.
Il a été rappelé que le milieu affecte la vitesse de propagation et l’intensité du son
qui le traverse, mais ne modifie pas sa fréquence. La densité du milieu (ρ) et son
module d’élasticité (κ) (changement de la pression d’un milieu sous l’effet d’une
force qui lui est appliquée, ou rigidité) modifient la vitesse de propagation (c) du
son, en raison de la relation c = (κ/ρ)1/2. Plus le module d’élasticité est élevé, plus le
son se propage vite ; plus la densité du milieu est élevée, moins le son se propage
rapidement. Cependant, le son se propage plus vite dans l’eau que dans l’air car le
GÉNÉTIQUE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRE 219

module d’élasticité de l’eau est beaucoup plus élevé que celui de l’air. Enfin,
l’impédance caractéristique du milieu, Zc (mesurée en rayls), module à la fois
l’intensité et la vitesse de propagation du son. L’impédance est l’inertie opposée par
un système au passage d’un signal périodique (la grandeur inverse est l’admittance).
La relation entre l’impédance caractéristique et l’intensité sonore sus-mentionnée
(I = p2/Zc) montre que plus l’impédance caractéristique du milieu traversé est forte,
plus l’intensité sonore diminue ; la relation entre impédance caractéristique et vitesse
de propagation du son, Zc = roc, montre que plus l’impédance caractéristique d’un
milieu est élevée, plus la vitesse de propagation du son est grande. Par ailleurs, dans
un milieu donné, l’intensité sonore varie en relation inverse avec le carré de la
distance à la source sonore.

L’anatomie et l’histologie cochléaires ont été brièvement rappelées. Les trois


fonctions de la cochlée, organe sensoriel auditif des mammifères, ont ensuite été
évoquées : analyse spectrale, amplification de la stimulation sonore, et transduction
mécano-électrique. Celles-ci rendent compte de ses performances exceptionnelles :
une discrimination fréquentielle qui atteint 0,2 % à 1 000 Hz chez l’homme dans
les expériences psychoacoustiques, une détection de sons dont l’énergie est proche
de celle du bruit thermique, et une précision temporelle de réponse de l’ordre de
la dizaine de microsecondes.

Le cours s’est ensuite concentré sur la question de l’amplificateur cochléaire.

L’amplificateur cochléaire

Les vagues de pression qui atteignent le tympan sont transmises à la périlymphe


de la rampe vestibulaire (scala vestibuli) de la cochlée par les osselets de l’oreille
moyenne dont le dernier, l’étrier, vient frapper la membrane de la fenêtre ovale
qui obture cette rampe. Une différence de pression est créée entre les différentes
rampes de la cochlée, qui est transmise au canal membraneux cochléaire abritant
le neuroépithélium auditif (organe de Corti). Il s’ensuit un déplacement, selon
l’axe transverse, de la membrane basilaire sur laquelle repose l’organe de Corti. En
examinant, par illumination stromboscopique au microscope, le mouvement de la
membrane basilaire de cochlées humaines prélevées post mortem, von Bekesy avait
observé que les pics de déplacement de cette membrane étaient distribués le long
de l’axe longitudinal de la cochlée en fonction de la fréquence du son incident.
Pour chaque fréquence, il existait un emplacement spécifique le long de l’axe
longitudinal de la cochlée où le déplacement de la membrane basilaire était
maximal. Von Bekesy avait ainsi découvert l’existence d’une carte fréquentielle de
long de l’axe longitudinal de la cochlée (Von Bekesy, 1956). Cette relation entre
la fréquence du son et l’emplacement où la vibration de la membrane basilaire est
maximale, est appelée transformation tonopique. Von Bekesy reçut en 1961 le prix
Nobel pour cette découverte.
220 CHRISTINE PETIT

Bien vite, ces données suscitèrent des interrogations. Les pics de déplacement de la
membrane basilaire étaient très larges en regard de la discrimination fréquentielle
mise en evidence par les expériences psychoacoustiques. Ces dernières avaient, dès
1954, trouvé une traduction physiologique par les travaux de Ichiji Tasaki
(Tasaki, 1954), qui montraient que chaque neurone auditif répond préférentiellement
à une fréquence particulière. Ces courbes de réponse neuronale, dite courbes d’accord
(seuil de la décharge neuronale en dB en fonction de la fréquence sonore), très
pointues, plaidaient en faveur de l’existence d’un mécanisme additionnel de sélectivité
fréquentielle. L’introduction de l’interférométrie-laser, qui autorisait des mesures
beaucoup plus précises du mouvement de la membrane basilaire que les analyses
stroboscopiques, couplée à l’enregistrement des réponses électriques neuronales, allait
de fait montrer qu’in vivo, les vibrations maximales de la membrane basilaire étaient
d’une part beaucoup plus amples, et d’autre part limitées à un emplacement plus
restreint de la membrane basilaire pour une fréquence du son donnée. A la sélectivité
« passive », grosssière, de la membrane basilaire (en rapport avec ses propriétés
physiques), s’ajoutait donc une sélectivité « active » qui amplifiait le mouvement
passif. Or l’existence d’un amplificateur cochléaire actif avait été prédite par Thomas
Gold (Gold, 1948). En 1948, Gold avait souligné que la cochlée, remplie de liquide,
ne pouvait pas être le site d’une résonance mécanique passive d’amplitude suffisante
pour permettre la détection de sons dont l’énergie est proche de celle du bruit
thermique, et, qui plus est, avec une bonne sélectivité fréquentielle. Il conclut à la
nécessité d’une source d’énergie interne pour compenser la perte d’énergie par
dissipation visqueuse.

L’amplification du déplacement de la membrane basilaire varie de manière non


linéaire avec l’intensité du stimulus. Le facteur d’amplification a trois régimes : il
est maximal pour les intensités du son les plus faibles, décroit de manière non
linéaire pour des intensités croissantes, et est quasiment nul au-delà de 60 dB. Au
total, pour les 6 ordres de grandeur de la pression sonore auxquels la cochlée
humaine est sensible, de 0 à 120 dB SPL, l’amplitude des vibrations de la membrane
basilaire varie d’un facteur 100 (le déplacement au seuil auditif est de 0,1 nm ; son
maximum est de 10 nm à 120 dB). L’amplification, non linéaire, est donc aussi
compressive, puisque le gain de deux ordres de grandeur du déplacement de la
membrane basilaire correspond à six ordres de grandeur pour la pression du son
correspondant. Cette amplification est restreinte à la région de la cochlée où les
cellules sensorielles ont une fréquence caractéristique proche de celle du son
incident. En effet, chaque cellule sensorielle, dite cellule ciliée, répond
préférentiellement à une fréquence particulière. L’amplification augmente donc
aussi la sélectivité en fréquence de la réponse cochléaire. L’amplificateur, pour être
efficace, doit imprimer une force sur la membrane basilaire en synchronie avec son
déplacement cyclique provoqué par l’onde sonore. Cet amplificateur a aussi pour
action, pense-t-on, de permettre de détecter des sons de haute fréquence, dont
l’énergie dissipée par l’amortissement visqueux dans la cochlée est plus importante
que pour les sons de basse fréquence.
GÉNÉTIQUE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRE 221

En 1978, Peter Dallos (Dallos et Harris, 1978) montrait que les cellules ciliées
externes (CCE) sont indispensables à la fonction d’amplification. La découverte de
l’électromotilité de ces cellules il y a bientôt 25 ans (Brownell et al, 1985) (le
phénomène avait cependant été évoqué dès 1967 par Goldstein et Mizukoshi
(Goldstein et Mizukoshi, 1967), cf. cours 2002), paraissait avoir résolu l’origine
de l’amplification. William Brownell découvrait que si on applique une
dépolarisation à une CCE, elle se contracte ; la longueur de sa paroi latérale
diminue, cette réduction pouvant atteindre 4 % de la longueur totale. Puis, il
observait qu’un courant alternatif, qui mime en quelque sorte le cycle de
dépolarisation-repolarisation de la CCE induit par le son, augmente la longueur
de la CCE durant sa phase hyperpolarisante et la raccourcit durant sa phase
dépolarisante. Il y a donc variation de longueur en fonction du voltage, et
réciproquement, si on étire la cellule, elle s’hyperpolarise. Ces propriétés répondent
à la définition d’un composant piézoélectrique. En réalité, ce n’est pas tant le
changement de longueur que la force développée en parallèle avec ce changement
de longueur qui est le paramètre physiologique à prendre en compte.
Les caractéristiques de l’électromotilité des CCE répondent-elles à celles de
l’amplificateur cochléaire ? La force produite par l’électromotilité est d’environ
100 pN/mV. La dépolarisation de la CCE peut atteindre 20 mV; la force produite
peut donc atteindre environ 2 nN ; elle est du même ordre de grandeur que celle que
les CCE appliquent sur la membrane basilaire. En revanche, cette force varie quasi
linéairement avec le potentiel électrique de membrane pour des valeurs physiologiques
de ce potentiel. La rigidité du corps cellulaire varie aussi avec le voltage, de 1 à
25 nN/mm, et cette variation est, elle aussi, presque linéaire. Ceci ne constitue pas
un argument contre le fait que l’électromotilité soit à l’origine de l’amplification. En
effet, la stimulation de la touffe ciliaire par le son engendre une variation non-linéaire
du potentiel de membrane qui conférera une variation non-linéaire aux paramètres
de l’électromotilité qui dépendent du voltage. L’idée qui prévaut est que
l’amplificateur doit injecter de l’énergie, cycle par cycle, jusqu’à de très hautes
fréquences, plus de 100 kHz chez la chauve-souris. Il n’est cependant pas démontré
qu’une amplification à chaque cycle existe effectivement pour des fréquences très
élevées du son. L’électromotilité peut-elle aussi opérer à des fréquences très élevées ?
Quand des CCE sont soumises à un courant alternatif atteignant 70 kHz, leurs
parois se contractent et se décontractent bien cycle par cycle. On notera toutefois
qu’à ce jour, aucune vibration de la membrane basilaire excédant 13 kHz n’a été
raportée. Enfin, un composant piézoélectrique a bien été identifié dans les parois des
CCE. Il s’agit d’une protéine intégrale de membrane, qui a été nommée prestine, en
référence à son aptitude de réponse à des sons de haute fréquence.
Pourtant, une interrogation demeure, qui a conduit certains à remettre en
question l’électromotilité comme mécanisme de l’amplification. La dépolarisation
de la touffe cilaire (structure de réception de la stimulation sonore et site de la
transduction) doit se propager aux parois latérales de la CCE. Or la constante
électrique de temps de la membrane (produit de sa résistance électrique et de sa
222 CHRISTINE PETIT

capacité) fait que cette membrane se comporte comme un filtre « passe-bas »,


c’est-à-dire qu’elle ne laisse passer sans déformation que des fréquences électriques
inférieures à 1 kHz. Il y a là un véritable paradoxe, puisque l’électromotilité
apparaît durant l’évolution chez les mammifères, quand l’organe auditif devient
sensible aux sons de haute fréquence. Or, elle ne pourrait agir qu’à basse fréquence,
à cause de la contrainte imposée par la constante électrique de temps de la
membrane. Soit il y a un maillon manquant dans la caractérisation de l’amplification
ou la compréhension du mode de stimulation électrique de la membrane plasmique
conduisant à l’électromotilité, soit l’amplificateur ne se situe pas dans la paroi des
CCE. De surcroît, il faut souligner que les vertébrés inférieurs, qui n’ont pas de
CCE, ont cependant un seuil auditif très bas et une bonne sélectivité de leur
réponse fréquentielle. C’est ainsi qu’au cours des dernières années, une hypothèse
alternative a été proposée, qui place l’amplificateur dans la touffe ciliaire. En
parallèle, d’autres fonctions ont été proposées pour l’électromotilité. Ainsi, elle
pourrait positionner la touffe ciliaire des CCE dans sa zone de sensibilité maximale
à la stimulation sonore.

L’hypothèse alternative repose sur l’existence de mouvements spontanés de la


touffe cilaire et de mouvements déclenchés par l’adaptation. Des oscillations
spontanées de la touffe ciliaire ont été observées chez des vertébrés inférieurs, d’abord
la tortue (Crawford et Fettiplace, 1985), puis la grenouille (Martin et Hudspeth,
1999). Elles démontrent l’existence de mouvements actifs de la touffe cilaire (Martin
et Hudspeth, 1999). Les touffes ciliaires du saccule de grenouille (qui sont sensibles
à des fréquences allant de 5 à 130 Hz) ont des oscillations spontanées bruitées, dont
la fréquence va de 5 à 50 Hz, et l’amplitude de 25 à 100 nm. Leur stimulation par
une fibre flexible à une fréquence donnée, conduit à une amplitude plus grande de
leur mouvement lorsque la fréquence du stimulateur est proche de la fréquence
caractéristique de leur oscillation spontanée. Il y a donc bien amplification de la
stimulation par la touffe ciliaire. De plus, cette amplification a les caractéristiques de
celle observée chez les mammifères. Elle possède une spécificité fréquentielle, et
opère de façon non linéaire. Cependant, le facteur d’amplification que produit la
résonance de la touffe cilaire est de l’ordre de 5 à 10, et non de 100, comme attendu
chez les mammifères. Il faut cependant noter qu’il s’agit ici de la réponse d’une
cellule unique chez la grenouille, alors que l’amplification mesurée chez les
mammifères est le résultat de l’activité de plusieurs cellules. Ces oscillations
spontanées cessent si l’on bloque le canal de transduction mécano-électrique par la
gentamicine. Autre élément à l’appui du rôle du canal dans ces oscillations : elles
sont dépendantes des ions Ca2+, comme l’est la cinétique de ce canal (voir ci-dessous).
Si, par iontophorèse, on augmente la concentration des ions Ca2+ à la pointe des
stéréocils, on accélère le mouvement de la touffe ciliaire et on diminue son amplitude.
Si on chélate les ions Ca2+, on observe l’effet inverse. Des déplacements de la touffe
cilaire des CCI induits par un courant alternatif transépithélial ont récemment été
observés aussi chez la gerbille, dans un dispositif experimental qui, comme celui
utilisé précédemment pour la grenouille, préserve l’intégrité des deux compartiments
GÉNÉTIQUE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRE 223

liquidiens, endolymphatique et périlymphatique, de la cochlée (Chan et Hudspeth,


2005). Les déplacements induits de la touffe ciliaire persistaient quand les ions K+ de
l’endolymphe étaient remplacés par les cations monovalents NMDG
(N-methyl-D-glutamate), qui ne traversent pas le canal de transduction mécano-
électrique et le bloquent, tout en laissant passer les ions Ca2+. Dans ces conditions,
c’est-à-dire en l’absence de dépolarisation (et donc d’électromotilité) mais en
présence d’entrée d’ions Ca2+, les mouvements de la touffe ciliaire étaient encore
observés. Si la stimulation était acoustique, l’amplitude du déplacement des stéréocils
des CCI augmentait de manière non-linéaire et compressive (modérément) avec
l’intensité de la stimulation, tout comme les potentiels microphoniques, potentiels
électriques extracellulaires provenant pour l’essentiel de l’activité électrique des
CCE. La dépendance de ces mouvements à l’égard des ions Ca2+ renvoie aux deux
cibles calciques de la transduction mécano-électrique qui ont été proposées comme
acteurs de l’adaptation (voir ci-dessous), les myosines pour l’adaptation lente, et le
canal de transduction lui-même, pour l’adaptation rapide.

L’autre considération à l’appui de la présence d’un amplificateur logé dans la


touffe ciliaire est celle qui lie étroitement adaptation et mouvements de la touffe
ciliaire. S’y ajoute un travail récent qui suggère l’existence d’une force produite par
la touffe ciliaire des CCE. La discussion de ces travaux ne peut se faire sans un
rappel de quelques éléments concernant la transduction mécano-électrique.

Dès les premiers enregistrements du courant de transduction mécano-électrique,


il est apparu que ce courant n’est pas nul lorsque la cellule sensorielle est dans une
position de repos. Un certain pourcentage des canaux de transduction mécano-
électrique sont donc ouverts lorsque la touffe ciliaire est dans sa position de repos.
Lorsque la touffe ciliaire est soumise par le son à un mouvement sinusoïdal autour
de sa position de repos, ou défléchie par une fibre de verre rigide, son déplacement
en direction des stéréocils les plus longs se traduit par une augmentation brutale
du courant, liée à l’ouverture des canaux de transduction. Défléchie dans le sens
opposé, ces canaux se ferment, le courant diminue. Leur ouverture conduit à
l’entrée d’ions K+ et Ca2+, qui dépolarisent la cellule. Le seuil de déplacement de
la touffe ciliaire qui conduit à une dépolarisation est d’environ 1 nm. En termes
de pression, la pression la plus faible perçue par le système auditif est de 20 μPa.
Des mesures récentes effectuées chez le cobaye ont permis d’évaluer qu’en réponse
à un déplacement de la membrane basilaire de 100 nm, l’apex de la touffe cilaire
des CCES de cobaye se déplaçait d’environ 30 nm (Fridberger et de Monvel,
2003 ; Fridberger et al, 2006).

En 1984, Pickles découvre le lien apical des stéréocils (Pickles et al, 1984).
D’emblée, son implication dans la transduction mécano-électrique est proposée.
La transduction mécano-électrique auditive a alors été déjà bien explorée par le
groupe de Jim Hudspeth qui, compte tenu du temps très bref entre stimulation
mécanique et enregistrement du courant, avait proposé un an plus tôt, un modèle
pour cette transduction, connu sous le nom de gating spring model, que l’on peut
224 CHRISTINE PETIT

traduire par modèle du « ressort d’ouverture » (Corey et Hudspeth, 1983). Ce


modèle stipule que l’ouverture du canal de transduction mécano-électrique est en
rapport avec la tension qu’exercent sur lui des éléments élastiques qui lui sont
couplés. Ces éléments élastiques se comportent comme un ressort (ressort de
transduction). Si la tension dans ce ressort vient à baisser, les canaux se ferment.
Le modèle associe donc la tension du ressort de transduction à la probabilité
d’ouverture des canaux de transduction. Il faut une tension mécanique pour ouvrir
le canal, et réciproquement, l’ouverture du canal produit une force (Howard et
Hudspeth, 1988).
La raideur de la touffe ciliaire a été mesurée dans le saccule de grenouille en
1988 (Howard et Hudspeth, 1988), et estimée à environ 1 mN/m (dans ces
mesures, les liens latéraux qui unissent les stéréocils avaient sans doute été éliminés
par le traitement enzymatique effectué au préalable). La moitié de la raideur avait
alors été attribuée au canal de transduction mécano-électrique lui-même, et l’autre
aux pivots des stéréocils. L’ouverture des canaux est par ailleurs associée à une
baisse de rigidité de la touffe ciliaire, qui n’apparaît pas si le canal est bloqué alors
que la touffe ciliaire est défléchie. Cet assouplissement lié à l’ouverture des canaux
a reçu le nom de gating compliance (assouplissement d’ouverture).
En 1991, Assad et Corey montraient qu’en présence de BAPTA, un chélateur
des ions Ca2+, les liens apicaux étaient détruits et la transduction abolie ; les liens
apicaux autorisés à régénérer, la transduction retrouvait sa valeur initiale (Assad et
al, 1991). Ces auteurs produisirent alors un schéma de la transduction qui désignait
le lien apical comme le ressort de transduction. En traitant les touffes ciliaires par
le BAPTA, seul persiste 50 % de la raideur de la touffe ciliaire (tout comme après
le blocage du canal de transduction mécano-électrique). Les calculs retrouvaient
une raideur du gating spring, Kgs, d’une valeur de 0,5 à 1 mN/m.
En 2000, des études en microscopie électronique conduites par Bechara Kachar
(Kachar et al, 2000) révélèrent que le lien apical est composé de deux protofilaments
enroulés en une hélice dextrogyre, dont la périodicité est d’environ 20 nm et le
diamètre compris entre 5 et 10 nm, avec deux insertions apicales et trois basales.
Cette structure du lien apical suggérait qu’il pouvait être, non pas élastique, mais
rigide. Sa nature moléculaire, discutée dans le cadre du second cours, n’évoque pas,
de fait, celle d’un lien élastique. L’idée prévaut aujourd’hui selon laquelle le gating
spring est une structure intra-stéréociliaire associée directement ou indirectement
au canal de transduction mécano-électrique.
Comme mentionné précédemment, une relation a été établie au cours des
dernières années entre adaptation de la transduction mécano-électrique et
mouvement de la touffe cilaire. L’adaptation permet à tout système sensoriel de
restaurer sa sensibilité à de petites stimulations transitoires, alors même qu’une
forte stimulation statique se maintient. Si l’on prend l’exemple du saccule de la
grenouille, organe vestibulaire très semblable, dans son fonctionnement, à la
cochlée, il peut déceler des accélérations verticales du sol un million de fois plus
GÉNÉTIQUE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRE 225

petites que celle du champ de gravitation terrestre (Narins et Lewis, 1984). Le


processus d’adaptation consiste en la restauration de la probabilité d’ouverture des
canaux de transduction mécano-électrique à une valeur proche de sa valeur de
repos. En d’autres termes, il y aurait restauration de la tension du ressort de
transduction, que la touffe ciliaire ait été défléchie en direction des grands stéréocils
(ouverture des canaux) ou dans le sens opposé (fermeture des canaux). C’est ce que
traduisent les courbes courant-déplacement établies à l’issue de l’adaptation,
simples translations de la courbe initiale le long de l’axe des déplacements. La
diminution du courant au cours de l’adaptation a un caractère bimodal. Chaque
mode a des constantes de temps distinctes. Le premier a une constante de temps
de l’ordre de la milliseconde ou moins (adaptation dite rapide), et le second, une
constante de temps dix fois plus longue (adaptation dite lente). L’adaptation rapide
a été étudiée en fonction de la fréquence caractéristique des cellules sensorielles
auditives chez la tortue. Plus ces cellules ont une fréquence caractéristique élevée,
plus leur constante de temps d’adaptation est petite. Cette observation a été
étendue aux CCE de rat. D’où l’idée proposée selon laquelle c’est la cinétique
d’adaptation rapide qui détermine la fréquence caractéristique de la cellule.

Dans le 2e et le 3e cours, ont été présentées des avancées récentes portant sur la
physiologie moléculaire des cellules sensorielles de la cochlée. L’implication de la
cadhérine-23 et de la protocadhérine-15 dans la formation de liens transitoires de
la touffe ciliaire en développement et du lien apical (tip link) a été discutée.
Les molécules proposées pour entrer dans la composition du canal de transduction
mécano-électrique ont été examinées à la lumière des propriétés biophysiques de ce
canal. C’est un canal cationique non sélectif qui a une forte perméabilité pour les
ions Ca2+. Sa perméabilité aux ions Ca2+ est 5 fois plus importante qu’aux ions Na+,
aussi bien chez la grenouille, que chez la tortue et les mammifères. Sa perméabilité
aux cations monovalents s’ordonne comme suit : elle est plus élevée pour le Cs+ que
pour le K+, que pour le Na+, que pour le Li+. Bloqué par le Ca2+, ce canal l’est aussi
par de fortes concentrations de magnésium (Mg2+), par de très faibles concentrations
de lanthanium (La3+) ou de gadolinium (Gd3+) ou d’amiloride, ou par la
dihydrostreptomycine, 50 à 100 μM. Il n’est pas sensible au voltage.
Bien que les canaux de type TRP puissent encore être considérés comme
d’excellents candidats, les deux qui ont été proposés à ce jour, TRPN1 et TRPA1,
ont été éliminés.
La nature moléculaire du moteur d’adaptation a fait l’objet d’une présentation,
et les arguments en faveur d’un rôle central de la myosine 1c ont été examinés. Les
éléments qui plaident en faveur de l’implication d’une autre myosine, la
myosine VIIa, ont été discutés. Le rôle de la pompe calcique Pmca2 dans le rejet
des ions Ca2+ hors de la touffe ciliaire a été rappelé, et son mode d’action examiné,
en tenant compte de données génétiques obtenues chez l’homme et la souris, qui
établissent son couplage fonctionnel avec la cadhérine-23.
226 CHRISTINE PETIT

4e cours : éléments du traitement du signal sonore par les neurones auditifs


du ganglion cochléaire et les neurones des noyaux auditifs du tronc cérébral.
Ont été brièvement abordés, le traitement des signaux acoustiques (fréquence,
intensité et caractéristiques temporelles) dans les neurones du ganglion cochléaire,
du noyau cochléaire, et les autres noyaux auditifs du tronc cérébral, complexe
olivaire et noyaux du corps trapézoïde. Quelques éléments ont été introduits sur
la localisation des sources sonores de basse fréquence dans le plan horizontal, avec
les rebondissements récents qui remettent en cause un modèle bien établi, que l’on
croyait généralisable à l’ensemble des espèces.

Les neurones auditifs primaires: diversité et physiologie


Dans le ganglion cochléaire, les neurones afférents, neurones de type I, sont dix
foix plus nombreux que les CCI. Ce sont des neurones bipolaires, qui ne contactent
qu’une seule CCI et ne forment qu’une seule synapse. Au niveau de chaque ruban
synaptique, n’existe qu’une seule synapse (rubans synaptiques et neurones auditifs
sont dans un rapport de 1). Ces neurones sont myélinisés et, curiosité, cette
myélinisation s’étend au corps cellulaire, et même à la racine de la dendrite.
Ont été introduites, les notions de fréquence caractéristique (fréquence de
stimulation sonore pour laquelle le seuil de réponse est le plus bas) et de courbe
d’accord (seuil de réponse à différentes fréquences) de ces neurones, et la mesure de
leur sélectivité fréquentielle par le facteur de qualité Q10 dB (rapport entre la
fréquence caractéristique du neurone et la différence des fréquences pour lesquelles
les seuils de réponse du neurone sont supérieurs de 10 dB au seuil minimal). Cette
valeur croît avec la sélectivité fréquentielle de la réponse. La courbe d’accord en
fréquence de la membrane basilaire (définie pour une valeur donnée du déplacement)
et celle des CCE (définie pour une valeur donnée du potentiel de récepteur) à un
même emplacement cochléaire sont superposables. Les courbes d’accord en
fréquence des CCI et de leurs neurones afférents sont également semblables.
Tandis que les CCE répondent de manière synchrone au déplacement de la
membrane basilaire, les CCI répondent de manière synchrone à sa vitesse de
déplacement. Dans les situations pathologiques où la touffe ciliaire des CCE perd
son ancrage dans la membrane tectoriale, les CCE répondent alors, non plus
au déplacement de la membrane basilaire, mais à sa vitesse de déplacement
(Legan et al, 2000). Le mécanisme de la stimulation des CCI est assez mal connu ; il
implique la dynamique de la membrane tectoriale, et sans doute aussi celle de la
lame réticulée (structure rigide formée par les régions apicales des cellules sensorielles
et de leurs cellules de soutien, ainsi que par les jonctions entre ces cellules).
Quelques éléments de la fonction de transfert mécano-électrique des CCI ont
été rappelés. La dépolarisation de la CCI sous l’effet d’une stimulation sonore est
au maximum de 20 mV (son potentiel de membrane passe ainsi d’environ – 60 mV
à – 40 mV). Elle comporte deux composantes : une composante alternative (AC),
GÉNÉTIQUE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRE 227

et une composante continue, ou directe (DC). La composante AC, dont la


fréquence est la même que celle du son, n’existe que pour des fréquences inférieures
à 4 ou 5 kHz ; sa part ne cesse de décroître, au profit de celle de la composante
DC, à partir d’environ 1 kHz. Plus l’intensité du son augmente, jusqu’à 60 dB,
plus, dans les CCI comme dans les CCE, les composantes DC et AC augmentent.
Des données récentes indiquent qu’au delà de 60 dB, la composante DC augmente
davantage que la composante AC. La constante de temps électrique de la membrane
détermine une limite de fréquence, au delà de laquelle le potentiel de membrane
cesse progressivement d’osciller. Les canaux BK, canaux potassiques de large
conductance dépendant à la fois des ions Ca2+ et du voltage (Oliver et al, 2003 ;
Marcotti et al, 2004), sont responsables d’un courant potassique sortant de
cinétique rapide (courant IK,f). Lorsqu’on supprime ces canaux chez des souris
génétiquement modifiées, la constante de temps électrique de la membrane des
CCI augmente. La dépolarisation maximale de la CCI augmente considérablement
(de 20 mV, elle passe à 80 mV). La dépolarisation est très retardée, créant un délai
dans la réponse du neurone auditif, et la repolarisation est très incomplète. La
composante AC diminue, tandis que la composante DC augmente.
La dépolarisation rapide des CCI stimule les canaux calciques dépendant du
voltage, de type L (Cav1.3) ; ils sont au nombre de 1 700 environ par CCI. La
présence de 10 à 30 rubans synaptiques par CCI indique qu’une centaine de
canaux calciques dépendant du voltage sont associés, en moyenne, à chaque ruban
synaptique (leur répartition pourrait être très hétérogène).
Les CCI matures ne sont innervées que par des neurones afférents, ou neurones
de type I. Chez le chat, Charles Liberman (Liberman, 1982) a pu diviser ces
neurones en trois sous-populations en fonction de leur taux de décharge spontanée
(de 0 à 100 potentiels d’action par seconde) et de leur morphologie : neurones à
taux de décharge spontanée faible (inférieur à 0,5 potentiel d’action par seconde)
et de très petit diamètre, neurones à taux moyen de décharge spontanée (0,5 à
17 potentiels d’action par seconde) et de diamètre plus grand, neurones à taux
élevé de décharge spontanée (supérieur à 17,5 potentiels d’action par seconde) et
de grand diamètre. Ces propriétés sont corrélées avec des seuils de réponse distincts
pour chacun des groupes. Plus le taux de décharge spontanée est élevé, plus le seuil
de réponse du neurone est bas. Une CCI donnée paraît être innervée par plusieurs
neurones de chacun des sous-types. Ces neurones ont une répartition topologique
particulière. Les neurones à haut taux de décharge spontanée (bas seuil) sont
localisés dans la région de la CCI qui se situe à proximité des cellules piliers
internes. Il semble qu’ils établissent des synapses avec des rubans qui ont une taille
plus petite que les autres, et un nombre plus faible de vésicules associées. Les
projections centrales de ces différents sous-groupes de neurones sont elles aussi
différentes. Tous ces neurones se projettent sur le noyau cochléaire, mais les
neurones à taux de décharge spontanée faible ou moyen ont un beaucoup plus
grand nombre de terminaisons nerveuses destinées à une innervation préférentielle
de la région périphérique des petites cellules (voir ci-dessous). Ils sont à l’origine de
228 CHRISTINE PETIT

réseaux neuronaux distincts au niveau du tronc cérébral, aussi, semble-t-il. Ces


différents sous-groupes de neurones de type I sous-tendent donc un traitement
distinct de l’information, qui concerne principalement l’intensité de la stimulation
sonore. Ils ont aussi une dynamique de réponse différente d’un neurone à l’autre.
Enfin, pour certains, leur seuil de réponse dépendrait de la durée de stimulation.
Quelle est l’origine de leur hétérogéneité fonctionnelle ? La question sous-jacente
est celle de la participation de la présynapse aux caractéristiques de la réponse
neuronale. Comment ces neurones assurent-ils le codage en intensité et en
fréquence ? Le codage en fréquence dans les neurones auditifs est différent pour
les basses et les hautes fréquences. Les neurones auditifs ont des fréquences de
décharge de potentiels d’action qui, comme pour tout neurone, ne peuvent excéder
600 Hz à 1 kHz en raison de la période réfractaire qui suit le potentiel d’action.
En réponse à une stimulation sonore de basse fréquence, 300 Hz par exemple, les
pics de potentiel d’action peuvent atteindre cette fréquence si l’intensité du son est
forte. En tout état de cause, ces pics se situent tous précisément dans la même
phase de l’onde sonore. Plus le son est de faible intensité, plus ces décharges sont
rares. C’est collectivement que ces neurones peuvent reconstituer une fréquence de
décharge identique et synchrone à celle de la stimulation sonore. Ceci s’applique
aussi pour le traitement des sons jusqu’à 4 ou 5 kHz chez l’homme (peut-être
jusqu’à 10 kHz). Chaque neurone décharge strictement dans la même phase de
l’onde sonore, mais c’est seulement collectivement que les neurones reconstituent
une fréquence de décharge de quelques kHz. Ce code temporel de l’information
fréquentielle est fondé sur le « principe de la volée », par analogie avec une rangée
de soldats qui, en tirant à différents moments, feraient un barrage de tir continu.
Le codage fréquentiel pour les hautes fréquences repose exclusivement sur une
information de position. La carte tonotopique cochléaire en est le socle. Elle est
reproduite à chacun des différents étages du système auditif (voir ci-dessous).
Comment s’effectue le codage en intensité des diverses fréquences ? On sait par les
travaux de Rose (Rose et al, 1967) que l’intensité du son ne modifie ni la
synchronisation au son de la réponse des neurones de type I à basse fréquence, ni leur
délai de réponse. C’est parce que le délai synaptique n’est pas modulable par l’intensité
de stimulation que le codage temporel des signaux sonores est extrêmement robuste.
Sa haute précision est mise à profit pour localiser les sources sonores de basse fréquence
(voir ci-dessous). A la question des mécanismes qui sous-tendent une synchronisation
de décharges à l’identique quelle que soit l’importance de la dépolarisation de la CCI,
les travaux d’Elisabeth Glowatzki (Glowatzki et Fuchs, 2002) apportent des éléments
de réponse. En enregistrant les courants postsynaptiques au niveau des boutons
dendritiques des neurones auditifs, elle a pu montrer que la fusion des vésicules
synaptiques de la CCI à la membrane plasmique concerne en moyenne 4 à 7 vésicules
en même temps, et que ces événements de fusion multivésiculaire sont les mêmes
qu’il s’agisse des décharges spontanées ou des décharges provoquées, d’une faible ou
d’une forte stimulation. Chaque événement de fusion est constant, il n’y a pas
d’avance de phase lorsque l’intensité augmente (comme observé dans les autres
GÉNÉTIQUE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRE 229

systèmes neuronaux). Seule varie, en fonction de l’intensité sonore, la probabilité


d’apparition de l’événement. Ces études ont également permis de conclure que 90 %
de l’adaptation observée dans la réponse neuronale provient de la machinerie
présynaptique. Quant aux neurones auditifs, c’est encore collectivement qu’ils
reconstitueraient une réponse à un large spectre d’intensité.

A partir de ces données, on est amené à penser que l’exocytose de la CCI est
d’une extrême précision temporelle, que la cochlée traite le paramètre d’intensité
sonore en termes de probabilité d’événements d’exocytose dans la CCI, et que
conjointement, les neurones auditifs auraient une diversité de seuils de réponse.

Les noyaux auditifs du tronc cérébral et du mésencéphale

Cellules sensorielles cochléaires et neurones auditifs ont une même origine


embryologique, la placode otique, et constituent le système auditif périphérique.
Au-delà, les voies auditives ascendantes appartiennent au système nerveux central.
Le premier relais central est situé dans le noyau cochléaire. Ses projections sont
principalement controlatérales. Au-delà du noyau cochléaire, les voies auditives
ascendantes, d’ipsilatérales deviennent controlatérales.

Le noyau cochléaire est situé dans la partie caudale du tronc cérébral. Il est divisé
en trois grandes régions ou noyaux : noyau ventral antérieur (NVA), noyau ventral
postérieur (NVP) et noyau dorsal (ND). Tout axone des neurones auditifs de
type I qui pénétre dans le noyau cochléaire se divise en deux branches, une branche
antérieure (ou ascendante) et une branche postérieure (ou descendante). La branche
antérieure innerve le NVA. La branche postérieure innerve le NVP et le ND. Les
projections des neurones auditifs sont ordonnées en fonction de la fréquence
caractéristique de ces neurones, et constituent une carte tonopique dans laquelle,
comme dans la cochlée, les basses fréquences sont traitées à l’apex du noyau (région
antérieure) et les hautes fréquences à sa base (région postérieure). Ainsi, on peut
considérer qu’il existe trois cartes tonotopiques distinctes au niveau du noyau
cochléaire. Elles reçoivent une information semblable, et doivent donc en extraire
des informations différentes.

La population neuronale du noyau cochléaire est hétérogène. On distingue huit


types de neurones qui diffèrent par leur morphologie et leur réponse électrique.
Dans le NVA prédominent les neurones « en buisson », que la coloration de Nissl
permet de séparer en neurones « sphériques » et neurones « globulaires ». Dans le
NVP dominent des neurones « pieuvre » (octopus cells) et des neurones
« multipolaires » (en coloration de Nissl) ou « étoilés » (en coloration de Golgi).
Dans le ND, qui a un aspect lamellaire, prédominent des neurones fusiformes ou
pyramidaux. Cette région comporte deux autres types de neurones de plus petite
taille, petits neurones et neurones granulaires. Dans la profondeur du noyau
cochléaire, se logent des neurones « géants ».
230 CHRISTINE PETIT

Ces neurones ont des réponses électriques très diverses : réponse voisine de celle
des neurones auditifs primaires, réponse avec une périodicité en rapport avec la
stimulation sonore mais comportant une encoche au démarrage, réponse dite « en
hachoir » avec des pics qui ne sont pas synchrones au son, réponse restreinte à la
mise en place de la stimulation (comme celle des cellules « pieuvre »)…
Des cellules peuvent appartenir à un même type et décharger selon plusieurs
modes. Ainsi, les neurones en buisson déchargent selon trois modes : soit comme les
neurones auditifs primaires, soit à la mise en place du signal acoustique, soit encore
comme les neurones auditifs primaires, mais avec une encoche. Les neurones étoilés
ou multipolaires ont deux modes de réponse : l’un « en hachoir », l’autre lors de la
mise en place du signal acoustique. Les cellules « pieuvre » déchargent à la mise en
place du signal, et les cellules fusiformes ou pyramidales ont divers profils de réponse
électrique. Ces réponses électriques distinctes traduisent l’extraction de différentes
informations à partir de la réponse des neurones auditifs primaires.
Au-delà du noyau cochléaire, en raison des projections axonales bilatérales,
chaque structure relais comporte une organisation tonotopique, et reçoit des
informations provenant des deux oreilles.
Le second relais central du système auditif, le complexe olivaire supérieur (COS),
est aussi situé dans le tronc cérébral. Il comporte trois noyaux principaux, l’olive
supérieure latérale (OSL), l’olive supérieure médiane (OSM), le corps trapézoïde et
ses trois noyaux, latéral, ventral, et médian (noyau médian du corps trapézoïde ou
NMCT), ainsi qu’un ensemble de noyaux de petite taille (noyaux périolivaires). Ces
structures ont toutes une organisation tonotopique. Du noyau cochléaire, émergent
trois voies majeures : les stries acoustiques ventrale, intermédiaire, et dorsale. La strie
acoustique ventrale, ou corps trapézoïde, est formée par les axones qui proviennent
des neurones en buisson du NCVA, et des neurones stellaires et « pieuvre » du
NCVP. L’axone des cellules « en buisson » se termine essentiellement sur les trois
principaux noyaux du COS, tandis que certains de ces axones continuent leur route
à travers le lemnisque latéral jusqu’au colliculus inférieur. Celui des cellules
sphériques en buisson se projette de façon bilatérale sur l’OSM, et ipsilatérale sur
l’OSL, celui des cellules globulaires en buisson se projette en controlatéral sur les
neurones du NMCT venant inhiber l’activité de l’OSL déclenchée par les cellules
sphériques en buisson. La strie acoustique intermédiaire, ou strie de Held, inclut les
axones des cellules « pieuvre » du NVP qui se terminent dans les noyaux périolivaires
et, plus loin, dans le lemnisque latéral et le colliculus inférieur. Enfin, la « strie
acoustique dorsale » contient les axones des neurones du NCD. Elle n’envoie aucune
projection sur le complexe olivaire supérieur, et se termine, comme la strie acoustique
intermédiaire, sur le colliculus inférieur et les noyaux du lemnisque latéral. Enfin, il
existe bon nombre de projections internes au sein du noyau cochléaire.
Les neurones du NMCT comportent les synapses géantes, ou calices de Held,
qui sont considérées comme les plus grandes terminaisons synaptiques du cerveau
des mammifères. L’extrémité axonale des cellules globulaires présentes dans le
GÉNÉTIQUE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRE 231

noyau cochléaire opposé forme la région présynatique des calices de Held. Les
neurones du NMCT qui forment la post-synapse, sont des neurones inhibiteurs
glycinergiques, et se projettent sur divers noyaux du COS.
Les axones des neurones du noyau cochléaire et du COS se projettent
principalement vers le colliculus inférieur en formant un faisceau de fibres que l’on
appelle le lemnisque latéral. Il existe aussi des noyaux du lemnisque latéral qui sont
situés à l’intérieur du faisceau des fibres du lemnisque, et reçoivent des afférences
du noyau cochléaire et du complexe olivaire. Le noyau du lemnisque latéral
comporte deux zones, une zone dorsale et une zone ventrale.
Le mésencéphale auditif se compose du colliculus inférieur. Il comporte quatre
noyaux : central, dorsomédian, latéral, et dorsal. C’est un carrefour de voies
auditives ascendantes et descendantes. Le noyau central a une structure lamellaire,
et ne reçoit que des afférences provenant des centres auditifs inférieurs. Il est le
siège d’une tonotopie stricte et comporte des cartes de représentation de plusieurs
paramètres de la stimulation sonore, comme une carte des latences, une carte des
courbes d’accord (« carte des Q10dB »), une carte de résolution temporelle, une
carte de localisation spatiale… De nombreux facteurs indépendants du système
auditif modulent l’activité électrique du colliculus inférieur : stimuli visuels et
tactiles par exemple.

Localisation de la source sonore


Pour terminer, quelques éléments introductifs au cours de l’année suivante sur
la localisation de la source sonore ont été présentés. La capacité de localiser la
source sonore, parce qu’elle permet de localiser proies et prédateurs, contribue bien
évidemment à la survie des animaux entendants. Orienter le pavillon de l’oreille
ou tourner la tête pour déceler au mieux la localisation d’une proie, par exemple,
permet d’élaborer une stratégie d’attaque sans être vu.
La vague sonore, produite par une source externe, est diffractée par son interaction
avec le pavillon de l’oreille et l’ensemble de la tête. Ce sont les caractéristiques
temporelles et d’intensité du son ainsi diffracté qui vont fournir les substrats de la
localisation de la source sonore. Dans leur description, désormais classique, de la
localisation de la source sonore en champ libre chez l’homme, Stevens et Newman,
en 1936 (Stevens et Newman, 1936), observèrent que l’homme localisait au mieux
la source sonore dans le plan horizontal pour des fréquences du son, soit inférieures
à 1 kHz, soit supérieures à 5 kHz. Ceci suggérait l’existence de deux mécanismes
distincts de localisation de la source sonore dans le plan horizontal, l’un pour les
basses fréquences, et l’autre pour les hautes fréquences.
Cette dichotomie faisait écho à la théorie, dite théorie duplex, de l’écoute
binaurale, proposée par Lord Rayleigh en 1907 (Strutt, 1907), et dont les premiers
éléments avaient été apportés par Thomson en 1882. Selon Rayleigh, la tête peut
créer une ombre acoustique pour l’oreille la plus distante de la source sonore, de
232 CHRISTINE PETIT

sorte que l’intensité du son qui lui parvient est plus faible que celle du son qui
parvient à l’autre oreille. Ces différences de niveau sonore sont dites différences
d’intensité inter-auriculaires ou binaurales (en anglais interaural level difference,
ILD en abrégé). Cependant, l’importance de la différence d’intensité inter-
auriculaire dépend du contenu spectral de la stimulation. En effet, la tête se
comporte comme un filtre passe-bas. Elle laisse passer les fréquences basses qui la
contournent en raison de leur grande longueur d’onde, et qui par conséquent
contribuent fort peu à la différence d’intensité interauriculaire. Avant Rayleigh, le
temps qui sépare l’arrivée d’une onde sonore à une oreille et à l’autre, estimé à
quelques centaines de microsecondes, avait été considéré comme trop bref pour
être décelable par un système biologique. Rayleigh conclut au contraire que cette
différence temporelle interauriculaire est décelable, et il propose qu’elle soit le
fondement du principe de localisation des sons de basse fréquence (en anglais
interaural time difference, ITD en abrégé). L’idée d’un double système de localisation
de la source sonore s’est imposée. L’un, dédié aux hautes fréquences mis en oeuvre
dans l’OSL, est fondé sur les différences d’intensité, et l’autre, dédié aux basses
fréquences, mis en oeuvre dans le noyau laminaire chez les oiseaux et dans l’OSM
chez les mammifères, est fondé sur les différences temporelles.
L’intérêt majeur de l’écoute binaurale réside dans la localisation de la source
sonore dans l’espace. Toutefois, un son sera perçu comme légèrement plus intense
s’il est présenté aux deux oreilles (gain d’environ 3 décibels). De cette vision très
schématique, il s’en suit que pour un patient qui a une surdité unilatérale, si le
locuteur est situé du côté de l’oreille défaillante, l’oreille normale percevra
correctement les basses fréquences, mais mal les hautes fréquences, en raison de
l’ombre de la tête. Cette théorie vaut pour les sons purs. Pour la localisation de
sources sonores complexes, la composante temporelle, même pour des sons de
haute fréquence, est importante. Interviennent aussi les modulations fréquentielles
et les modulations en amplitude.
Seule a été discutée plus en détail la localisation dans le plan horizontal des
sources sonores de basse fréquence. Soit une onde sonore située sur l’azimut 90°
par rapport à la ligne médiane. L’onde sonore va parcourir le chemin d’une oreille
à l’autre soit une distance égale au rayon de la tête plus une distance égale au quart
de la circonférence de la tête. Le rayon de la tête est estimé à 9 cm, le quart de la
circonférence de la tête à environ 14 cm, soit une distance totale à parcourir de
23 cm. Compte tenu de la vitesse du son dans l’air (343 m/s), la différence de
temps entre l’arrivée du son à l’une et l’autre oreille est 670 μs. C’est le temps
maximum du parcours. En effet, quand la source se rapproche de la position
médiane, le délai entre l’arrivée des signaux sonores à l’une et l’autre oreille est
toujours plus petit. Ce temps de 670 μs est égal à la période d’un son de 1 500 Hz.
Il fixe la limite supérieure de la fréquence sonore d’une source qui pourra être
localisée en se fondant sur la disparité temporelle binaurale. Pour des fréquences
plus élevées, la localisation de la source sonore fait appel à la différence d’intensité
(ILD).
GÉNÉTIQUE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRE 233

Chez l’homme, le système auditif identifie deux sons comme provenant de deux
sources distinctes si, l’une étant située dans le plan médian (0° azimutal), l’autre
en est séparée d’au moins deux degrés. Ceci signifie que le système auditif distingue
deux sons qui parviennent à l’une et l’autre oreille avec un décalage temporel de
moins de 20 μs. C’est cet élément qui a permis de conclure à l’extrême précision
temporelle du système auditif (au moins jusqu’à ses relais du tronc cérébral). Plus
on s’éloigne de l’axe médian dans le plan horizontal, plus la capacité de résolution
diminue. L’angle audible minimal varie avec la position azimutale et la fréquence
de la source sonore. Sa valeur augmente quand la fréquence s’élève et que la source
sonore s’approche du 90° azimutal. Pour toutes les fréquences, la perception de la
directionalité est plus précise quand l’auditeur fait face à la source sonore. En
l’absence de mobilité du pavillon de l’oreille, c’est la tête qui bouge pour optimiser
la perception de la localisation des sources sonores.

Nous avons ensuite brièvement considéré les bases neurales de la localisation


azimutale des sources sonores de basse fréquence. Durant les cinquante dernières
années, un seul modèle a servi d’explication à la façon dont le cerveau détermine la
position de la source sonore de basse fréquence dans le plan horizontal : le modèle de
coïncidence proposé par Lloyd Jeffress en 1948 (Jeffress, 1948). Il stipule que le
cerveau transforme l’information du délai de temps relatif de l’arrivée du son à
chacune des deux oreilles en une carte, dite carte spatiale auditive ou « carte ITD ».
Ce modèle pose l’existence de neurones détecteurs de coïncidence. Leur décharge est
maximale quand les potentiels d’action qui leur parviennent, à partir de chaque
oreille, arrivent simultanément. Dans ce modèle, ces détecteurs de coïncidence
reçoivent des informations excitatrices, qui leur parviennent via des axones qui
véhiculent des signaux électriques provenant de chacune des deux oreilles. Ce modèle
repose sur trois hypothèses : 1) il existe des neurones détecteurs de coïncidence ;
ceux-ci reçoivent une information temporelle très précise venant de l’une et l’autre
oreille ; ils ne peuvent interpréter qu’une information de décharge neuronale
organisée en volée (voir ci-dessus), c’est-à-dire synchronisée au son ; 2) ils répondent
de façon maximale lorsque les potentiels d’action venus de l’une et l’autre oreille
arrivent simultanément; ils sont très sensibles à de toutes petites disparités dans le
temps d’arrivée des potentiels d’action provenant de l’une et de l’autre oreille ; 3) ce
sont des projections afférentes excitatrices venues de chaque oreille qui les stimulent,
et c’est le temps cumulé des chemins acoustique et électrique parcourus depuis la
source sonore jusqu’au détecteur (controlatéral par rapport à la source) qui est pris
en compte. En ce qui concerne le chemin électrique, le modèle stipule que la
détection de coïncidence est fondée sur le fait que les axones des neurones excitateurs
ont des longueurs différentes, qui introduisent des délais électriques (« délais de
ligne »). Le détecteur de coïncidence sera stimulé par des neurones dont la longueur
axonale va permettre une décharge synchrone des neurones afférents issus de chacune
des deux oreilles. Dans ce modèle, chaque neurone détecteur de coïncidence répond
à un temps inter-auriculaire différent et spécifique, dit temps caractéristique de la
détection temporelle. Les divers neurones dont le temps caractéristique de détection
234 CHRISTINE PETIT

temporelle est différent sont organisés en une carte de temps caractéristique


graduellement croissant. Un neurone détecteur signale la position de la source
sonore par son taux de décharge maximal.

Ce modèle a eu un impact considérable sur la recherche dans ce domaine. Il s’est


révélé fécond pour interpréter la localisation des sources de basse fréquence chez
l’oiseau. Les travaux élégants réalisés par Mazakazu Konishi et de Eric Knudsen
voir revue, (Knudsen, 2002) à partir de 1978 sur la chouette effraie, qui chasse
la nuit en utilisant exclusivement son audition pour localiser ses proies, paraissent
valider ce modèle. Cette chouette se dirige vers ses proies grâce à une reconnaissance
des vibrations qu’elles émettent. Celle-ci est fondée, dans le plan horizontal, sur
les différences temporelles, et est particulièrement efficace pour des fréquences
allant jusqu’à 7 ou 8 kHz. De fait, les décharges des neurones afférents sont en
phase avec le son jusqu’à ces valeurs de fréquence. Les neurones détecteurs de
coïncidence se situent dans le noyau laminaire. Pour lever toute ambiguïté dans
l’interprétation des délais de réponse, cette carte est couplée à une carte fréquentielle,
qui a une orientation perpendiculaire. Ainsi, chaque fréquence est en quelque sorte
équipée de son détecteur d’ITD. Une « carte ITD » est le code de représentation
de toutes les localisations des sources sonores dans le plan horizontal. L’ITD zéro,
toujours représenté par un maximum de neurones, est l’ITD pour lequel la
décharge maximale correspond à la position médiane de la source. Beaucoup de
données électrophysiologiques obtenues chez la chouette effraie sont en accord
avec ce modèle, et des axones de longueur hétérogène ont bien été mis en évidence
dans le noyau laminaire.

Chez les mammifères, des détecteurs de coïncidence sont situés dans l’OSM,
mais leur mode d’activation paraît moins clair. Chez le chat, un substrat anatomique
pour un mécanisme du type « délai de lignes » (différentes longueurs axonales) a
été observé. Cependant, des travaux menés chez la gerbille (Brand et al, 2002 ;
Kapfer et al, 2002) indiquent le rôle indispensable de neurones inhibiteurs
glycinergiques du NMCT dans la réponse à un délai caractéristique des neurones
de l’OSM. Ces neurones inhibiteurs, dont la décharge est aussi en phase avec le
son, et non des longueurs d’axones différentes d’un neurone excitateur à l’autre,
seraient le substrat des « cartes ITD » des mammifères.

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Activité de recherche du laboratoire (2007-2008)


Les avancées les plus significatives au cours de l’année 2007-2008 ont été :
1. la découverte de l’origine des distorsions acoustiques par les cellules ciliées
externes (Verpy et al, 2008),
2. la mise en évidence d’un nouveau mécanisme responsable de la surdité liée à
l’exposition au bruit (soumis pour publication),
3. la mise en évidence de l’harmonine, protéine à domaines PDZ, au sein de la
machinerie de transduction mécano-électrique et de son rôle dans l’adaptation,
4. l’identification d’un gène responsable de presbyacousie.
Nous avons également contribué à élucider le rôle du kinocilium dans la
formation de la touffe ciliaire (Jones et al, 2008), et avons apporté les premiers
éléments de la pathogénie de la surdité liée à un déficit en adénylate kinase-2
(Lagresle-Peyrou et al, 2008).

1. Origine des distorsions acoustiques dans l’oreille interne


(Elisabeth Verpy, Dominique Weil, Michel Leibovici, Carine Houdon,
Jean-Pierre Hardelin, Christine Petit ; en collaboration avec Paul Avan,
Richard J. Goodyear, Guy P. Richardson, Ghislaine Hamard) (Verpy et al,
2008)

C’est dans la cochlée que les messages sonores sont convertis par les cellules
sensorielles auditives en dépolarisations qui libèrent le neurotransmetteur, créant
une activation des neurones auditifs qui se propage jusqu’au cortex. Pour ce faire,
les cellules ciliées externes amplifient les vibrations sonores tout en les filtrant pour
éliminer les sons parasites. Toutefois, le traitement ainsi appliqué au son engendre
des distorsions des ondes acoustiques considérables, au point d’être audibles sous
forme de sons supplémentaires connus sous le nom de sons de Tartini, du nom
du violoniste du xviie siècle qui les décrivit. Parce que l’oreille les réémet, ces sons
de Tartini servent à dépister les surdités dès la naissance. En effet, leur absence
traduit la lésion des cellules ciliées externes, presque toujours accompagnée de celle
des cellules ciliées internes, authentiques cellules sensorielles.
GÉNÉTIQUE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRE 237

Jusqu’ici on pensait que toutes les performances des cellules ciliées externes,
amplification, filtrage des sons parasites, et distorsion, étaient dues à leurs canaux
de transduction mécano-électrique pour lesquels la courbe courant/déplacement
est sigmoïde. Nous avons montré, dans un travail mené en collaboration avec le
Pr Paul Avan (Université d’Auvergne, Clermont-Ferrand), que ce n’est probablement
pas exact. Chez des souris dont le gène qui code la stéréociline a été inactivé, il
existe, avant l’apparition du déficit de l’acuité auditive, une courte période durant
laquelle les cellules ciliées externes amplifient et filtrent normalement le son ; leurs
canaux de transduction sont donc normaux, et pourtant elles ne distordent plus le
son. Toute marque de distorsion des ondes a disparu : un son pur ne produit plus
d’harmoniques ; aucune distorsion, électrique ou acoustique, n’est décelable. Chez
ces souris mutantes, l’effet de masquage sonore est très diminué : en présence d’un
mélange de sons, les diverses composantes du mélange coexistent alors que
normalement, les plus intenses empêchent les plus faibles d’être perçues par le
système auditif. La perception des sons complexes chez ces souris mutantes est sans
doute gravement perturbée.

Nous avons observé que la stéréociline est un composant de liens latéraux


apicaux de la touffe ciliaire des cellules ciliées externes. Ces liens, dits top connectors,
sont, avec le tip link, les seuls présents dans la touffe ciliaire adulte. Ceci nous a
conduit à proposer que l’origine des distorsions acoustiques se tient dans les
contraintes que ces liens latéraux imposent à la touffe ciliaire. Ils permettraient à
une rigidité non-linéaire de la touffe ciliaire, autre que celle du canal de transduction
mécano-électrique, de se manifester sous la forme de distorsions d’ondes. Une
explication alternative serait que l’absence de ces liens déplace le « point
d’opération » de la touffe ciliaire dans une zone de fonctionnement linéaire.

2. Un nouveau mécanisme responsable de la surdité liée à l’exposition au bruit


(Amel Bahloul, Vincent Michel, Michel Leibovici, Jean-Pierre Hardelin,
Dominique Weil, Christine Petit ; en collaboration avec Paul Avan)
(Bahloul et al, soumis pour publication)

Nous avions découvert, il y a quelques années, une nouvelle protéine des


jonctions d’adhérence, la vézatine (Küssel-Andermann et al, 2000). Nous venons
de définir sa topologie par une analyse biochimique. Elle comporte deux domaines
transmembranaires très proches l’un de l’autre, et ses régions N- et C-terminales
sont cytoplasmiques. Dans la cochlée, l’immunoréactivité de la vézatine aux
jonctions entre les cellules ciliées et les cellules de soutien augmente entre le 4e et
le 16e jour après la naissance, chez la souris. Nous avons observé, par
immunomarquage de cellules MDCK, que la vézatine ne participe pas à la
formation de leurs jonctions ; elle n’est recrutée aux jonctions que tardivement.
Des doubles marquages réalisés sur des cochlées matures ont montré une
colocalisation de la vézatine avec la radixine, la β-caténine et la caténine p120, aux
jonctions entre cellules ciliées externes et cellules de Deiters. Vézatine et radixine
238 CHRISTINE PETIT

co-précipitent dans des extraits protéiques cochléaires. Cependant, lorsque la


radixine porte une mutation qui l’empêche de se lier aux filaments d’actine en
raison d’un changement de conformation, la radixine ne co-précipite plus avec la
vézatine. La vézatine interagit donc directement avec la forme « active » de la
radixine. Cette dernière pourrait donc permettre de lier la vézatine aux filaments
d’actine des jonctions cellulaires.
Pour étudier le rôle de la vézatine aux jonctions entre les cellules ciliées cochléaires
et leurs cellules de soutien, nous avons généré des souris mutantes chez lesquelles
le gène est délété uniquement dans les cellules sensorielles (la délétion ubiquitaire
est létale). Chez les souris mutantes, les seuils auditifs ne sont pas différents de
ceux des animaux témoins jusqu’à la 7e semaine. L’étude morphologique de la
cochlée ne détecte aucune anomalie jusqu’à cet âge. Cependant, après une
exposition d’une minute à un son de 105 dB, les souris mutantes deviennent
irréversiblement sourdes. Les souris sauvages, soumises à cette même stimulation
sonore, ont une altération de leur seuil auditif de l’ordre de 10 dB, suivie d’un
retour à une audition normale. Diverses anomalies de la touffe ciliaire apparaissent
chez les souris mutantes, accompagnées d’une perte massive de cellules ciliées, qui
touche principalement les cellules ciliées externes. Les cellules de l’apex de la
cochlée sont peu atteintes par la perte cellulaire induite par l’exposition au bruit.
Les souris mutantes non exposées au bruit développent, après 7 semaines, une
surdité progressive spontanée, qui augmente jusqu’à atteindre une perte de 110 dB
à 24 semaines. Cette surdité est due à une mort cellulaire touchant les cellules
ciliées, d’abord les cellules ciliées externes, qui disparaissent de la base de la cochlée
(en accord avec la perte auditive qui porte sur les hautes fréquences), puis de
l’ensemble de la cochlée (24 semaines).
Ce travail a dévoilé le rôle des jonctions cellulaires des cellules sensorielles dans
la surdité induite par le bruit, et le rôle de la vézatine dans la résistance au stress
mécanique. De surcroît, nous avons observé que les produits de distorsion ont un
seuil qui est affecté avant celui de l’audition. Ceci est une autre manifestation de
la dissociation qui peut exister entre amplification et distorsion.

3. Rôle de l’harmonine dans la transduction mécano-électrique auditive


(Nicolas Michalski, Vincent Michel, Gaelle Lefèvre, Dominique Weil,
Christine Petit ; en collaboration avec Pascal Martin, Institut Curie)
(Michalski et al., soumis pour publication)
Nous avons montré chez la souris qu’à partir du jour 5 après la naissance (P5),
l’harmonine-b est localisée au niveau du point supérieur d’insertion du lien apical
dans le stéréocil (Lefèvre et al, 2008). De plus, l’harmonine peut interagir directement
in vitro avec la protocadhérine-15 et la cadhérine-23, qui constitueraient le lien
apical. Nous avons étudié le rôle de l’harmonine, et plus particulièrement des
isoformes b, dans la transduction mécanoélectrique et l’adaptation en mettant à
profit deux modèles murins : une souris dont le gène de l’harmonine a été inactivé
GÉNÉTIQUE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRE 239

(Hmn-/-), et une souris mutante Dfcr-2J/Dfcr-2J, défectueuse uniquement pour les


isoformes b de l’harmonine. Les résultats obtenus, et leur modélisation effectuée en
collaboration avec Pascal Martin (Institut Curie), nous ont permis de conclure que
l’harmonine-b se comporte comme le ressort dont l’existence a été postulée pour
rendre compte des limites de l’étendue de l’adaptation. Ces données prédisent de
plus une liaison de l’harmonine-b aux moteurs d’adaptation. Or, nous avons mis en
évidence une interaction directe entre l’harmonine et la myosine VIIa, moteur
moléculaire que des expériences antérieures ont impliqué dans l’adaptation.

4. Identification d’un gène responsable de la presbyacousie


(Dominique Weil, Anne Aubois, Anne-Laure Roudevitch, Christine Petit)

L’étude de formes familiales de presbyacousie, par analyse de liaison génétique


portant sur l’ensemble du génome (en collaboration avec le Centre National de
Génotypage) nous a permis d’identifier un locus impliqué. Par séquençage des
gènes de cette région, nous avons trouvé des mutations dans l’un d’eux. Alors que
tout paraissait indiquer que cette surdité devait être mise sur le compte d’un
désordre métabolique, des résultats récents nous incitent à penser que, contre toute
attente, cette surdité est à mettre en rapport avec une synthèse in situ de ce
métabolite par les cellules sensorielles elles-mêmes. Elles en expriment également
le récepteur, ce qui indique l’existence d’un mécanisme autocrine.

Références

Bahloul A., Simmler M.-C., Michel V., Leibovici M., Perfettini I., Roux I., Weil D.,
Nouaille S., Zuo J., Avan P., Hardelin J.-P., Petit C. Vezatin, an integral membrane protein
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240 CHRISTINE PETIT

Publications du laboratoire (2007-2008)


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Noroski L.M., Besse C., Wulffraat N., Ferster A., Abecasis M.M., Calvo F., Petit C.,
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J Neurosci 27, 6478-6488.

Enseignement

Enseignement au titre du Collège de France


1.a. Cours au Collège de France (6 heures)
Les jeudis 14 février, 13, 20 et 27 mars 2008 :
Traitement des signaux acoustiques : de la cellule sensorielle auditive au complexe
olivaire supérieur
Jeudi 14 février 2008
Cours : Physiologie moléculaire de la transduction mécano-électrique auditive :
actualités
Séminaire : Pascal Martin (Laboratoire PCC–CNRS UMR 168, Institut Curie, Paris) :
Mouvements actifs de la touffe ciliaire des cellules mécano-sensorielles ciliées de
l’oreille interne
Jeudi 13 mars
Cours : Les voies auditives afférentes et leurs relais
Séminaire : Paul Avan (Laboratoire de Biophysique Sensorielle, Clermont-Ferrand) : Les
distorsions cochléaires : essentielles à la perception auditive, mais de quelles origines ?
Jeudi 20 mars
Cours : Le codage de la stimulation sonore en fréquence et en intensité
Séminaire : Paul Fuchs (Johns Hopkins University, School of Medicine, Baltimore,
USA) : Time and intensity coding by the hair cell’s ribbon synapse
Jeudi 27 mars
Cours : Plasticité synaptique dans les voies auditives
Séminaire : Christian Lorenzi (Psychologie de la Perception-Audition, Ecole Normale
Supérieure, Paris) : Effets de lésions cochléaires sur la perception de la parole

1.b. Cours en province


Professeur invitant : Jean-Louis Mandel (Institut de Génétique et de Biologie Moléculaire
et Cellulaire, IGBMC, Strasbourg).
Faculté de Médecine, 29 mai 2008 : Surdités héréditaires: qu’avons-nous appris par
l’identification des gènes impliqués ?
IGBMC, 30 mai 2008 : Understanding molecular and cellular mechanisms of hearing:
what can deafness genes teach us.
242 CHRISTINE PETIT

1.c. Cours à l’étranger :


Uppsala - Suède (1 heure), 10 juin 2008 ; Professeur invitant : Ulf Petterson (Rudbeck
laboratory, University, Uppsala, Suède) : Human hereditary deafness: beyond the genes,
the path to the mechanisms of hearing.

2. Enseignements autres
M2 Génétique Humaine et Neurobiologie (Erasmus), Université Paris 7, déc 2007 :
« Hereditary sensory defects ».

Thèses
Raphaël Étournay, Thèse de Doctorat de l’Université Pierre et Marie Curie, 12-12-2007 :
« Surdités héréditaires : rôles de la myosine VIIa dans le développement de la cellule
sensorielle auditive ».
Nicolas Michalski, Thèse de Doctorat de l’Université Pierre et Marie Curie, 4-7-2008 :
« Cochlear mechano-electrical transduction : identification and functional characterisation
of its components ».

Principaux séminaires et conférences sur invitation 2007-2008

From Molecules to Cognition - a tribute to Jean-Pierre Changeux, International congress.


Institut Pasteur, Paris, 15-17 Sept 2007 : « Hereditary deafness and molecular physiology
of hearing ».
Canadian College of Medical Geneticists Congress. Vancouver, Canada, 16 Nov 2007:
« Human hereditary deafness: from genes to pathogenesis ».
Force-Gated Ion Channels: From Structure to Sensation. HHMI Janelia Farm Research
Campus, Ashburn, USA, 18-21 May 2008 : « Fibrous links of the hair bundle : structure
and function enlightened by human deafness genes ».
International Symposium on Biotechnology. Sfax, Tunisia, 4-8 May 2008 : « From
human hereditary deafness to the cellular and molecular mechanisms of hearing ».
Faculté de Médecine, Strasbourg, 29 mai 2008 : « Surdités héréditaires : qu’avons-nous
appris par l’identification des gènes impliqués ? ».
IGBMC, Strasbourg, 30 May 2008 : « Understanding molecular and cellular mechanisms
of hearing : what can deafness genes teach us ».
Rudbeck laboratory - Faculty of Medicine, University Uppsala, Sweden, 10 June 2008.
Invited by Pr Ulf Pettersson : « Human hereditary deafness: beyond the genes, the path to
the mechanisms of hearing ».
Karolinska Institutet, Stockholm, 12 June 2008, Invited by Pr Mats Ulfendahl : « Human
hereditary deafness : From genes to the mechanisms of hearing ».
NHS2008 Conference, Beyond Newborn Hearing Screening : Infant and Childhood Hearing
in Science and Clinical Practice. Cernobbio (Como), Italy, 19-21 June 2008 : « Hereditary
auditory neuropathies : from the genes to the pathogenesis ».
International Congress on Systems Biology, Systems biology of Hearing, Göteborg, Sweden,
27 August 2008 : « Multidisciplinary experimental approaches and modelling of sensory
hair bundle functioning ».
GÉNÉTIQUE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRE 243

Centre de Recherche des Cordeliers, Université Pierre-et-Marie Curie, Paris, 5 sept


2008 : « Surdités héréditaires : comment les gènes impliqués éclairent la physiologie
auditive ».
Institut interdisciplinaire des Sciences du Vivant des Saints-Pères, Université Paris
Descartes, Paris, 15 sept 2008 : « Comment les surdités héréditaires humaines éclairent la
physiologie moléculaire du système auditif ».

Organisation de symposia et colloques


« From Molecules to Cognition - a tribute to Jean-Pierre Changeux », International congress.
Institut Pasteur, Paris, 15-17 sept 2007.
Colloque Institut de la Vision-département de Neuroscience de l’Institut Pasteur, Paris,
16 oct 2007.
Réunion RTRS (Réseau Thématique de Recherche et de Soins), Audition, Paris, 29 oct
2007.
International Congress on Systems Biology, Systems biology of Hearing, Göteborg, Sweden,
27 August 2008 : « Multidisciplinary experimental approaches and modelling of sensory
hair bundle functioning ».

Conférences « Grand public »


« Mystères de la science biomédicale », Institut Pasteur, Paris, 6 nov 2007.
« Surdité héréditaire : quelles avancées ? quelles perspectives ? ».

Colloques-débats
Femmes d’Histoire - Femmes de sciences, Palais des Congrès et de la Culture, Le Mans,
27 jan 2008 : « Des femmes à la tête de la recherche ».

Conférences de presse
Appear « From Lab to Life », European Parliament, Bruxelles, 27 June 2007, Bringing
the results of European research to the society.
Fondation pour la Recherche Médicale, Paris, 25 sept 2007.
Biologie et génétique du développement

M. Spyros Artavanis-Tsakonas, professeur

La génétique moléculaire des organismes modèles :


un paradigme de principes généraux en biologie

Thème général des cours


Le développement harmonieux et cohérent d’un organisme multicellulaire
nécessite une parfaite coordination des interactions cellulaires. Leurs dérèglements
sont très souvent à l’origine des dysfonctionnements cellulaires responsables des
pathologies. Au cours de ces leçons, nous avons examiné les aspects de biologie
cellulaire et moléculaire d’une voie de signalisation fondamentale conservée parmi
tous les métazoaires. L’acquisition des connaissances de biologie fondamentale sur
cette voie conduit à aborder des questions impliquées dans les processus
pathologiques et en particulier lors de la tumorigenèse. Nous avons insisté, au
cours de ces cours, sur l’usage des systèmes modèles développés chez les vertébrés
et les invertébrés, pour répondre à ces différentes questions.
Les séminaires ont été remplacés par un colloque, présenté en anglais le 21 mars
sous le titre :
« Drosophila melanogaster : un modèle expérimental pour l’étude des
maladies humaines »
Ce colloque d’une journée se proposait de donner à un novice un aperçu
théorique détaillé de la mouche du fruit, Drosophila melanogaster, utilisée comme
système modèle expérimental pour répondre à des questions-clé en biologie et en
médecine.
Drosophila est l’un des plus importants organismes modèles utilisés de nos jours
par les biologistes. Au cours de la longue période historique de son utilisation, près
d’un siècle, comme système modèle, la Drosophile a permis d’accroître de manière
246 SPYROS ARTAVANISTSAKONAS

significative et sur une large échelle notre compréhension des aspects fondamentaux
de la biologie, entraînant ainsi plusieurs découvertes qui ont ébranlé les
connaissances acquises au préalable.
Le séquençage du génome humain et celui de la mouche et leur grande homologie
ont conduit les chercheurs à créer des outils sophistiqués disponibles dans la
mouche et applicables aux maladies humaines. Au cours de cette journée, les
participants aux colloque ont été invités à une démonstration des méthodologies
génétiques et moléculaires disponibles couramment chez la mouche, mettant en
évidence ses contraintes et ses limites afin d‘appréhender aisément la littérature sur
la Drosophile et concevoir des expériences avec ce puissant système modèle.
Les thèmes suivants ont été abordés :
• Drosophila as a model organism – Past, Present and Future
• Basic Drosophila skills – Husbandry, Mutations and Phenoypes, Polytene and
Balancer Chromosomes, Aneuploidy, Gene Mapping
• Mutagenesis, Basic Genetic Screens and Cloning – Generating Mutations,
Performing a Chemical Mutagenesis Screen, Transgenesis, P elements, P lacZ,
GAL4-UAS System, Enhancer Trapping, Gain of Function Screens
• Advanced genetics – Tissue-specific Expression, Genetic Mosaics, the FLP-FRT
and MARCM Systems, Germline Mosaics and ovoD, Inducible GAL4 expression,
GFP tagging, Reverse genetics, RNAi, Transposon insertion collections
• Using flies to address human biology and behavior – Stem Cells, Spinal
Muscular Atrophy, Huntington’s Disease, Alzheimer’s Disease, Cancer and
Metastasis, Alcoholism, Drugs of Abuse, Sexual Behavior and Circuitry
Les conférenciers étaient les suivants :
Spyros Artavanis-Tsakonas – Collège de France – Department of Cell Biology,
Harvard Medical School
Doug Dimlich, Glenn Doughty, Mark Kankel, Anindya Sen - Department of
Cell Biology, Harvard Medical School

Activité générale du laboratoire


Notre recherche se concentre sur l’étude des mécanismes régissant le
développement des organismes multicellulaires. Nous essayons de comprendre
comment une cellule souche indifférenciée répond pour se différencier à des
signaux et évolue ainsi vers un état plus avancé de son développement.
La détermination d’une lignée cellulaire donnée, pendant le développement,
dépend d’un ensemble complexe de signaux. Nous sommes plus particulièrement
intéressés à définir la base moléculaire des règles à l’origine de ces mécanismes
pléiotropiques, et comment leurs actions sont intégrées dans différentes étapes du
BIOLOGIE ET GÉNÉTIQUE DU DÉVELOPPEMENT 247

développement pour affecter des décisions spécifiques. L’analyse de ces phénomènes


devrait nous permettre non seulement de définir les processus biologiques
fondamentaux, mais également de mettre en lumière les mécanismes liés aux
pathologies humaines, notamment le cancer, qui correspond à l’incapacité des cellules
à répondre de manière appropriée aux signaux lors d’un développement normal.
En utilisant la drosophile comme modèle expérimental, nous étudions une voie
de signalisation fondamentale, conservée au cours de l’évolution : la voie Notch.
Des mutations génétiques de la voie de signalisation Notch peuvent entraîner le
développement anormal d’un éventail très large de structures chez les métazoaires.
Entre autres, le fonctionnement anormal de la voie Notch chez l’Homme a été
associé à de nombreuses pathologies, dont celles dites néo-plasiques. L’élément
central de cette voie de signalisation est le récepteur de surface appelé Notch. La
voie de signalisation Notch ne semble pas donner d’instructions très précises quant
au devenir d’une lignée cellulaire. En effet, elle semble plutôt moduler la capacité
d’une cellule non différenciée à recevoir et/ou interpréter des signaux aboutissant
à des phénomènes aussi nombreux que variés, tels que la différentiation, la
prolifération et l’apoptose. Ainsi, la voie Notch, qui est présente depuis le vers
C. elegans jusqu’à l’homme est un régulateur fondamental des lignées cellulaires.
La question centrale de notre travail est de comprendre comment les signaux
Notch s’impliquent dans d’autres facteurs cellulaires pour affecter le développement
et l’entretien des systèmes cellulaires.
Nous utilisons des approches génétiques et moléculaires pour étudier le
mécanisme de signalisation du récepteur Notch et les divers éléments associés à la
cascade d’éléments biochimiques définissant la voie. Une grande partie de notre
travail concerne l’étude des rapports génétiques et moléculaires entre les éléments
de la voie Notch et d’autres éléments cellulaires qui peuvent agir pour modifier les
signaux Notch. Nous essayons de comprendre les circuits cellulaires dans lesquels
Notch est intégré pendant les processus de développement normaux et
pathologiques. Notre approche se fonde sur des techniques de génétique et de
biochimie en utilisant la drosophile, la souris et des cultures cellulaires comme
modèles expérimentaux. Depuis peu, nous utilisons aussi des approches dites
« génomiques » afin d’étudier la voie Notch dans le cadre d’une approche plus
systématique.
Dans l’avenir, nous poursuivrons ces travaux avec le projet d’ajouter quelques
moyens technologiques à notre base expérimentale et méthodologique. Les
fondements de notre projet résident dans les approches expérimentales décrites
ci-dessous :
a) Nous poursuivons l’analyse et la dissection de la voie Notch chez la drosophile
en utilisant des méthodes génétiques et moléculaires. Notre analyse génétique se
fonde sur l’identification des « modificateurs » du signal Notch dans différents
contextes du développement. En outre, notre approche génétique visant à identifier
de nouveaux « interacteurs » de Notch se complète maintenant par l’analyse
248 SPYROS ARTAVANISTSAKONAS

moléculaire des complexes protéiques en utilisant la technique de chromatographie


d’affinité suivie par analyse en spectrométrie de masse ainsi que la technique du
double hybride chez la levure. Afin d’identifier les « modificateurs » de la voie
Notch, nous effectuons aussi des criblages RNAi et des criblages de drogues, à haut
débit. Plus particulièrement, nous tentons de comprendre les effets quantitatifs de
la signalisation Notch sur la qualité du développement. En d’autres mots, nous
tentons de répondre aux questions suivantes :
— La nature de la réponse en termes de développement dépend-elle de la
quantité du signal Notch ?
— Comment les signaux Notch intègrent-ils leurs activités dans les divers
contextes cellulaires qu’ils rencontrent pendant le développement ?
Ces questions sont essentielles pour appréhender les différents aspects de la voie
Notch et sa pléiotropie. Répondre à ces questions nous permettrait également de
comprendre la voie Notch en tant que système biologique et, par conséquent, de
prendre toute la mesure la complexité qui est la règle en biologie.
b) Nous avons traditionnellement employé des moyens génétiques pour disséquer
les circuits dans lesquels la signalisation Notch est intégrée. Cependant, il est
devenu clair qu’une compréhension complète des circuits Notch ne pourra se faire
sans une cartographie complète des interactions entre protéines, dans la cellule.
Cette carte physique est en train d’être réalisée dans le cadre d’un projet ambitieux
que nous avons initié et qui associe trois laboratoires (Harvard, Berkeley et l’institut
de TATA à Bangalore) ainsi qu’une entreprise de biotechnologies (Cellzome,
Heidelberg). Le projet consiste à identifier toutes les interactions physiques dans
lesquelles l’ensemble des protéines (le protéome) est impliqué. Notre approche
comporte l’isolement biochimique des complexes de protéines par chromatographie
d’affinité, à partir de lignées cellulaires et d’embryons de drosophile. Ensuite, les
différents composants des complexes protéiques sont identifiés par analyse de
spectrométrie de masse.
c) Les approches génétiques classiques, bien qu’efficaces pour la dissection et la
compréhension de la voie Notch, sont parfois quelque peu limitées, par le besoin
de générer et d’identifier les mutants. Notre laboratoire a aujourd’hui l’honneur
d’être le « gardien » et le « distributeur » auprès de la communauté universitaire
d’une collection très sophistiquée et unique de drosophiles, correspondant à des
mutants par insertion, qui couvre ~ 50 % du génome (la collection de mutants
d’Exelixis). La collection se compose de presque 20 000 souches différentes. D’une
part, la collection joue le rôle de dépôt pour des mutations spécifiques qui sont
caractérisées à l’échelle moléculaire. D’autre part, elle peut également être utilisée
comme outil pour examiner de manière systématique et rapide les modifications
éventuelles de phénotypes spécifiques. Nous tirons profit de cette ressource en
effectuant des criblages génétiques à haut débit afin de trouver quels sont les
éléments modificateurs de la voie Notch. D’ailleurs, notre capacité à effectuer des
criblages à une vitesse sans précédent nous a incité à réexaminer quelques problèmes
BIOLOGIE ET GÉNÉTIQUE DU DÉVELOPPEMENT 249

classiques de la biologie du développement chez la drosophile, tels que la


détermination et la régénération ainsi que leur rapport possible avec Notch, de
manière systématique — encore impossible il y a peu de temps.
d) Un autre projet, que nous venons d’initier mais qui devrait se développer
dans les années à venir, se concentre sur les aspects structuraux de Notch. En
collaboration avec un collègue à Harvard (Tom Walz), nous avons lancé une étude
qui vise à comprendre des aspects structuraux du récepteur Notch en utilisant la
microscopie électronique. Tout d’abord, nous nous intéressons à l’état oligomère
du récepteur et à ses interactions avec des facteurs intracellulaires et extracellulaires.
À ce jour, rien n’est vraiment connu au sujet de ces aspects structuraux et leurs
implications dans la fonction de Notch. En utilisant la microscopie électronique
ainsi que l’analyse en microscopie optique : la technique du FRET, nous devrions
pourvoir répondre à ces questions sur les aspects fondamentaux du processus de
transduction du signal Notch.
e) Dans le cadre de nos études utilisant des systèmes mammifères, nous
examinons, d’une part, comment la modulation des signaux Notch peut influencer
le devenir et le potentiel de prolifération des cellules souches et nous essayons,
d’autre part, d’analyser les situations pathologiques dans lesquelles Notch est
impliqué. De nombreux travaux indiquent que Notch jouerait un rôle important
dans divers aspects biologiques des cellules souches. Notre collaboration avec le
laboratoire de Pr. Daniel Louvard à l’Institut Curie à Paris, consiste à examiner
comment Notch peut affecter la différentiation de cellules souches, dans l’intestin,
chez la souris. Nous poursuivons la caractérisation moléculaire d’un modèle
mammaire de cancer que nous avons développé chez la souris, où nous pouvons
induire une néoplasie non-invasive en régression qui se développe en adénocarcinome
invasif. Nous utilisons des techniques génétiques et génomiques (puce à ADN)
pour analyser les lésions qui contribuent à cette transition. Nous caractérisons
également des lésions en régression et les comparons à des tumeurs induites par
plusieurs oncogènes « classiques ». Notre analyse est également complétée par un
projet en collaboration avec le laboratoire de Joan Brugge (Harvard) qui utilise un
système tridimensionnel de culture de cellules mammaires.
Enfin, notre intérêt se porte aussi sur l’analyse et la compréhension de la base
moléculaire des mutations associées aux syndromes de CADASIL et d’Alagille. Ces
deux maladies sont des syndromes humains pléiotropiques dominants qui affectent
le récepteur Notch et son ligand Jagged. On utilise des modèles transgéniques pour
étudier ces problèmes.

Projet du laboratoire à l’Institut Curie


Dans le cadre du nouveau pôle de Biologie du développement, actuellement en
cours de construction à l’Institut Curie, un laboratoire dédié à l’étude de la
cancérogenèse va s’installer.
250 SPYROS ARTAVANISTSAKONAS

L’implication de la voie Notch dans l’oncogenèse

Le rôle de la voie Notch dans le développement comme dans tous les processus
essentiels est pléiotropique, agissant à maintes reprises dans les différents contextes
du développement. La dérégulation de Notch conduit à des déficiences dans
chaque système biologique étudié, et par voie de conséquence à des maladies ; ce
qui n’est pas surprenant compte tenu de l’importance du rôle fondamental de cette
voie de signalisation.
Il a été démontré depuis longtemps la relation entre la dérégulation de Notch et
la prolifération cellulaire. Mais de récents travaux ont insisté sur la possibilité que
le rôle de Notch dans les maladies humaines pouvait être plus ordinaire qu’il ne
semblait initialement. Il est donc apparu évident que la modulation du signal
Notch pouvait être à la fois un paramètre important d’une maladie mais aussi une
cible thérapeutique.

Objectifs
Par l’utilisation de souris transgéniques (déjà en notre possession), nous
proposons
1) d’étudier les conséquences de l’activation du récepteur Notch dans la glande
mammaire et l’épithélium intestinal ;
2) d’analyser des éléments génétiques comme cibles d’activation de Notch ;
3) d’examiner l’implication non autonome des signaux Notch dans les étapes de
la prolifération et leur rôle potentiel sur les interactions épithélium-mésemchyme.

Programme de recherche
1) Nous avons établi des lignées de quatre souris transgéniques qui hébergent
des formes activées «Floxed » de chacun des quatre récepteurs Notch 1, 2, 3, et 4
introduites dans le chromosome Rosa. Des croisements avec des lignées Cre
appropriées nous permettent d’activer le signal Notch dans des tissus spécifiques
et d’étudier pour la première fois et de manière systématique les différences
quantitatives et qualitatives entre ces quatre récepteurs.
Cette analyse commencera par une évaluation détaillée de l’activation de Notch
en utilisant MMTV Cre dans l’épithélium mammaire, et Villin Cre dans
l’épithélium intestinal. Dans les deux cas, les résultats seront comparés aux modèles
transgéniques, que nous avons développés en activant le récepteur Notch 1. Ces
deux modèles ont fait l’objet de publications ; ils définissent notre base de travail
pour ces expériences.
L’analyse phénotypique détaillée, utilisant des marqueurs immuno-cytochimiques
et fluorescents requiert la disponibilité d’équipements d’imagerie optique
spécifiques.
BIOLOGIE ET GÉNÉTIQUE DU DÉVELOPPEMENT 251

2) Nous avons développé un modèle de souris transgénique dans lequel


l’activation du récepteur Notch 1 dans l’épithélium mammaire induit le
développement rapide de néoplasmes dépendants de grossesse/lactation qui mettent
en évidence une combinaison histopathologique caractéristique. L’ensemble de
cellules activées par Notch conserve sa possibilité à répondre à des stimuli
apoptotiques et régresse dès l’involution de la glande mammaire, mais semble faire
apparaître dans les grossesses ultérieures des adénocarcinomes malins non-régressifs.
Il est donc significatif que les tumeurs régressives, observées dans la glande de
lactation présentent un exemple de dérégulation de la prolifération qui semble
précéder un dérangement de la mort cellulaire. Les cellules dans ces tumeurs
conservent leur aptitude à répondre aux signaux apoptotiques pendant l’involution
et en conséquence régressent, bien que des événements mutagéniques secondaires
entraînent une malignité qualifiée. Dans nos tentatives pour identifier ces
événements secondaires, nous avons utilisé le CGH (Comparative Génomic
Hybridization) pour comparer la régression avec la non-régression des tumeurs
Notch. Nous allons suivre les phénomènes biologiques et moléculaires de quelques-
unes de ces cibles et prévoyons de valider celles-ci sur des échantillons humains.
En outre, nous avons démontré par notre analyse in vivo que dans l’épithélium
mammaire, la Cyclin D1 est une cible in vivo des signaux Notch et que nous
pouvons inhiber l’oncogenèse mammaire induite par Hras 1 dépendant de la
cycline D1- en exprimant l’antagoniste Deltex de Notch.

Nous souhaitons utiliser le même modèle pour étudier et comparer les


conséquences sur la glande mammaire de l’activation de Notch 2, 3, et 4 (voir
ci-dessus, objectifs 1 et 3).

L’analyse, que nous avons poursuivie à la fois sur la drosophile et sur des cultures
de cellules mammaires, démontre que les cellules exprimant l’activation de Notch 1
peuvent stimuler une activité mitotique chez leurs voisins cellulaires. Ce
comportement cellulaire non autonome de Notch est le sujet d’une analyse
systématique de notre laboratoire concernant la drosophile.

Nous proposons d’étendre notre étude aux souris en utilisant des xénogreffes.
Cette approche expérimentale de notre analyse est fondée sur nos résultats se
rapportant à une lignée cellulaire — (537M provenant de souris transgéniques
MMTV) — capable d’induire des tumeurs greffées sur des « souris nudes » lorsque
celle-ci est mélangée à des cellules exprimant Notch activé tandis qu’elle n’induit
pas la formation de tumeurs lorsqu’elle est mélangée à des cellules qui n’expriment
pas Notch. Ce mélange de cellules qui inclut l’expression de cellules dans Notch
activé provoque une réduction de la lactation (de près de 50 %) et accroît le niveau
apparent de croissance des tumeurs. Une série d’expériences sont prévues pour tirer
profit de ces observations afin d’étudier la capacité du signal Notch à agir sur
divers types de cellules et aussi pour étudier en qualité et en quantité les différences
sur les quatre récepteurs Notch.
252 SPYROS ARTAVANISTSAKONAS

Publications récentes
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Arboleda-Velasquez, J.F., Zhou, Z., Shin, H.K., Louvi, A., Kim, H.H., Savitz, S.I.,
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Processus morphogénétiques

M. Alain Prochiantz, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

Morphogènes et morphogenèse

Le cours de la chaire des Processus morphogénétiques portait cette année sur la


question des morphogènes. La première définition du terme de morphogène nous
vient d’un article de 1952 d’Alan Turing « Les bases moléculaires de la
morphogenèse ». Pour Turing, il s’agit d’évocateurs de formes, en référence aux
évocateurs de Waddington. Il s’agit donc là d’une définition assez vague, très
éloignée des critères un peu contraignants qui président aujourd’hui au classement
d’une substance dans la catégorie des morphogènes. Il reste que Turing dans cet
article séminal a mis en place le principe de réaction-diffusion qui permet de
comprendre, en principe, comment à partir d’un champ homogène deux
morphogènes auto-inducteurs et inhibiteurs réciproques, peuvent créer des
« patterns » à la suite d’un simple différentiel de diffusion.

Au delà de Turing et de sa théorie des « gènes diffusibles », ce qui me semble


constituer le fond de l’affaire, le point de départ du cours est le problème du
drapeau français tel qu’il est posé par Lewis Wolpert dans un article très important
de 1967. Dans cet article Wolpert propose un modèle très simple de patterning
d’un champ morphogénétique. Une source de morphogène, à une certaine distance
un puits qui dégrade le morphogène, et entre source et puits un gradient continue
de ce morphogène. Chaque cellule du champ reçoit une certaine dose de
morphogène en fonction de sa position entre source et puits et répond à cette
information de position par l’expression d’un caractère. Si on ajoute des effets
seuils, le champ peut être divisé en plusieurs zones qui expriment des caractères
différents, par exemple une zone bleue, une blanche et une rouge, d’où le « drapeau
français » de Wolpert.

Cet article pose dès le début un grand nombre de problèmes qui sont loin d’être
résolus et qui ont fait la substance du cours. Le premier est la diffusion : les
254 ALAIN PROCHIANTZ

morphogènes diffusent-ils ? Si on considère la surface des cellules comme une toile


cirée, rien ne s’y oppose. Mais la réalité est très éloignée de cette image. La surface
des cellules est un maquis de protéines et de sucres complexes rendant très improbable
que les morphogènes diffusent librement. Il est intéressant, et ironique, de constater
que Wolpert lui-même vient d’écrire un article dans lequel il revient sur son idée de
départ pour déclarer que les morphogènes ne diffusent pas. Un deuxième problème
est que les champs morphogénétiques ne sont pas stables. Les cellules se divisent,
meurent, migrent et acquièrent continûment des propriétés nouvelles. Un troisième
obstacle est celui du temps. Une cellule, en fonction de sa position est exposée, certes
à une certaine concentration de morphogène, mais cette exposition dure plus ou
moins longtemps. Tout modèle doit donc intégrer cette notion de durée d’exposition.
Enfin (provisoirement car il ne s’agit pas d’être exhaustif ), la concentration efficace
de morphogène dépend aussi du mode de transduction du signal et de la régulation
de cette transduction. Le problème est plus compliqué, donc, que ne le laisse penser
ce modèle idéal proposé par Wolpert en 1967 et dont l’évidente simplicité rallia tous
les esprits (les bons).

Malgré ce caveat, le modèle de Wolpert fut considéré très longtemps comme


incontournable, il est encore considéré comme valable dans certains de ses aspects.
Aussi parce qu’il a reçu de forts soutiens expérimentaux. Le plus décisif fut l’étude de
l’établissement de l’axe antéro-postérieur de l’embryon de Drosophile. Sans entrer
dans les détails, l’équipe de Nüsslein-Volhard établit que la protéine Bicoïd est
synthétisée au pôle antérieur, à partir de messagers ancrés à ce pôle et diffuse à travers
l’embryon qui, à ce stade, est un syncitium, c’est-à-dire que les noyaux se divisent
mais baignent tous dans le même cytoplasme (les membranes se formeront plus
tard). La taille totale de l’embryon est constante à ce stade et la protéine diffuse
librement, instruisant chaque noyau de sa position et régulant l’expression de gènes
qui « coupent » l’embryon en trois domaines. On ne pouvait rêver mieux comme
illustration du problème du drapeau français. C’est ainsi que Bicoïd, (pourtant un
facteur de transcription !) fut longtemps considéré comme morphogène idéal.

Sur ce modèle il fut découvert que de nombreux morphogènes apportent par


diffusion une information de position déterminant le devenir morphologique et
physiologique d’ensembles cellulaires. Un excellent exemple chez les vertébrés est
fourni par sonic hedgehog (sHH) dont la diffusion à partir de la notochorde puis
de la plaque du plancher détermine, avec d’autres facteurs comme les Bone
Morphogenetic Proteins (BMPs), le patron d’expression des gènes de développement
le long de l’axe dorso-ventral du tube nerveux. Son activité morphogénétique au
niveau de la patte est aussi un grand classique. Dans ce cas comme dans celui
d’autres morphogènes (BMPs, FGFs, Wnts,…) l’existence d’un gradient né d’une
diffusion a toujours été postulée, parfois démontrée. La drosophile a constitué un
objet d’étude essentiel à notre compréhension de la nature et du mode d’action de
morphogènes, pas seulement pour le cas de Bicoïd que je viens d’évoquer, mais
aussi pour d’autres de ces facteurs, dont DPP (une parente des BMP), Wingless
PROCESSUS MORPHOGÉNÉTIQUES 255

(Wg) et Hedgehog (HH). Mais avant de développer le rôle de ces morphogènes


dans la construction de l’aile de drosophile, le cours s’est attardé sur Bicoïd.

En 2002, Bahram Huchmandzadeh, Eric Wieschaus et le mathématicien Stanislas


Leibler publient un article dans lequel ils démontrent que le gradient de Bicoïd est
très variable entre embryons mais que les bords qui sont déterminés et les domaines
d’expression des gènes définissant les territoires morphogénétiques restent très
stables dans leurs positions et étendues. D’où un problème intéressant de robustesse
de la réponse malgré le bruit du signal. Trois années plus tard, l’équipe de Nathalie
Dostatni publie un autre article qui démontre que « contrary to recent reports
proposing that the Bcd gradient is not sufficient to establish precise positional
information, we show that Bcd drives precise and sharp expression of its target
genes through a process that depends exclusively on its ability to activate
transcription ». Décryptons : Contrairement à ce que propose Huchmandzadeh,
Wieschaus et Liebler, aucun système de filtrage du bruit n’est nécessaire à la
robustesse de la réponse génétique. Ce débat, va initier toute une série d’expériences
au cours desquelles il sera démontré que la constante de diffusion de Bicoïd est dix
fois inférieure à ce qui serait nécessaire pour établir un gradient et surtout pour
que la longueur scalaire soit constante. Ce qui semble exclure une diffusion passive
à partir d’une source antérieure et oblige à s’interroger sur la façon dont le gradient
de Bicoïd se met en place au tout début du développement embryonnaire.

Cette question de la diffusion des morphogènes est centrale et dépasse largement


le cas de Bicoïd. Une grande partie des exemples du cours pris dans la morphogenèse
de l’aile de la Drosophile ont eu pour but de s’interroger sur ce point. Il y a
plusieurs façons d’aborder le problème. D’abord du côté des morphogènes et de
leur structure. Ce sont des molécules souvent chargées positivement et donc
susceptibles d’interagir fortement avec des protéines de la matrice extracellulaire ou
de récepteurs de surface de type protéoglycans. Certains d’entre eux, Wnt/Wg et
sHH/HH par exemple, sont modifiés par l’addition de séquences lipidiques
hydrophobes, ou d’un résidu cholestérol, ce qui induit des interactions avec des
lipide membranaires. Ce sont là des freins à la diffusion qui nécessitent des
stratégies de « contournement » impliquant l’existence de transporteurs, de
mécanismes de clivage des domaines actifs, etc. Un autre paramètre est la structure
du milieu. Si l’on prend l’épithélium à jonctions serrées du disque imaginal de
l’aile de drosophile, il est constitué de cellules polarisées avec une face basolatérale
et une face apicale. La face basolatérale est extrêmement contournée et il est
improbable que la diffusion puisse se faire autrement que par mouvement brownien,
ce qui n’empêche pas que la présence de matrice et de récepteurs de surface bloque
cette diffusion.

Sans vouloir énumérer tous les cas particuliers, une chose est certaine, le
mouvement des morphogènes, le plus souvent, ne peut reposer sur une diffusion
passive mais requiert des systèmes de transport. Un des systèmes de transport,
« l’argosome », repose sur l’endocytose et l’exocytose des morphogènes. On se gardera
256 ALAIN PROCHIANTZ

d’entrer trop avant dans le débat sur la nécessité, ou non, de l’endocytose pour que la
signalisation prenne place. Débat intéressant cependant, car il est lié à la question de
la durée d’exposition à un morphogène, variable aussi importante que sa
concentration. Si la signalisation demande une endocytose, le temps passé dans la
vésicule d’endocytose, aussi vésicule de signalisation, peut influencer l’activité du
morphogène. L’argosome peut signaliser mais il peut aussi en passant de cellule à
cellule transporter les morphogènes sans que ceux-ci ne soient jamais, ou presque, en
contact avec le monde extérieur. Ce transport planaire est une façon élégante
d’échapper aux obstacles à la diffusion présents dans l’espace intercellulaire. Un autre
mode de transport à grande distance est le cytonème. Il s’agit de longs prolongements
cellulaires très fins, constitués de filaments d’actine, et qui contactent les morphogènes
à des distances parfois très grandes. L’idée est que le temps mis pour que le signal
remonte au corps cellulaire constitue une « mesure » de la distance.
Mais le modèle le plus populaire aujourd’hui est celui du cil. Il est admis
désormais que presque toutes les cellules ont un cil primaire. Ce cil est une sorte
d’organe sensoriel qui présente des récepteurs à son extrémité. Par exemple, sHH
signale en se fixant à l’extrémité du cil sur son récepteur « patched/smoothened ».
Mais, en même temps, les cils battent et ce battement est de nature à orienter les
morphogènes. Cela est d’autant plus proche de la réalité que les cellules porteuses
de cils forment un épithélium à polarité planaire conduisant à une synchronisation
du battement ciliaire. L’implication des cils a été démontrée à toutes les étapes du
développement (par exemple l’établissement d’une dissymétrie droite/gauche) non
sans conséquences sur l’étiologie de plusieurs pathologies. Un exemple intéressant
de ce concept se trouve dans la description d’un cas de morphogenèse adulte, celui
de la migration des cellules neurales de la zone subventriculaire (SVZ) vers le bulbe
olfactif. Ces cellules générées — à partir de cellules souches adultes — au niveau
de l’épithélium qui borde le ventricule latéral migrent selon un courant antérograde
et renouvellent les interneurones GABAergiques du bulbe olfactif, la région la plus
antérieure du cerveau. Des travaux récents impliquant plusieurs laboratoires et
coordonnés par Arturo Alvarez Buylla démontrent que cette direction antérograde
est induite par un facteur répulsif (Slit1/2) sécrété par le plexus choroïde et poussé
en avant par le battement coordonné des cils qui bordent le ventricule. Pour
résumer les cils ont une double action : mécanique sur le transport des morphogènes
et transductrice du signal dans la mesure où ils portent des récepteurs aux
morphogènes.
En conclusion, le cours a abordé ces questions avec pour objectif de mettre en
évidence les zones d’ombres, les contradictions expérimentales et les simplifications
abusives de nombre des modèles qui circulent. Nous n’avons pas de proposition
miracle, mais nous pensons que le phénomène de transduction des homéoprotéines,
considérées comme de véritables morphogènes, constitue une solution intéressante.
Cette solution a été examinée sur le plan théorique, en collaboration avec David
Holcman, et sur le plan expérimental. Curieusement, quand il s’agit de la formation
de bords, elle rejoint très exactement les propositions initiales d’Alan Turing.
PROCESSUS MORPHOGÉNÉTIQUES 257

Références principales du cours -

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are required for Hedgehog and Wingless signalling. Nature 435, 58-65 (2005).
51. Placzek, M. & Briscoe, J. The floor plate: multiple cells, multiple signals. Nat Rev
Neurosci 6, 230-40 (2005).
52. Ramirez-Weber, F.A. & Kornberg, T.B. Cytonemes : cellular processes that project to
the principal signaling center in Drosophila imaginal discs. Cell 97, 599-607 (1999).
53. Reeves, G.T., Muratov, C.B., Schupbach, T. & Shvartsman, S.Y. Quantitative models
of developmental pattern formation. Dev Cell 11, 289-300 (2006).
54. Reinitz, J. Developmental biology : a ten per cent solution. Nature 448, 420-1
(2007).
55. Rogulja, D. & Irvine, K.D. Regulation of cell proliferation by a morphogen gradient.
Cell 123, 449-61 (2005).
56. Rohatgi, R., Milenkovic, L. & Scott, M. P. Patched1 regulates hedgehog signaling at
the primary cilium. Science 317, 372-6 (2007).
57. Rusakov, D.A. & Kullmann, D. M. A tortuous and viscous route to understanding
diffusion in the brain. Trends Neurosci 21, 469-70 (1998).
58. Satir, P. & Christensen, S.T. Overview of structure and function of mammalian cilia.
Annu Rev Physiol 69, 377-400 (2007).
59. Sjodal, M., Edlund, T. & Gunhaga, L. Time of exposure to BMP signals plays a key
role in the specification of the olfactory and lens placodes ex vivo. Dev Cell 13, 141-9
(2007).
60. Spemann, H. Embryonic Development and Induction (Yale University Press,
1938).
61. Tabin, C.J. The key to left-right asymmetry. Cell 127, 27-32 (2006)..
62. Teleman, A.A., Strigini, M. & Cohen, S. M. Shaping morphogen gradients. Cell
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63. Turing, A.M. The chemical basis of morphogenesis. Phil trans B 237, 37-72
(1952).
64. Umulis, D., O’Connor, M.B. & Othmer, H.G. Robustness of embryonic spatial
patterning in Drosophila melanogaster. Curr Top Dev Biol 81, 65-111 (2008).
65. Vincent, J.P. & Magee, T. Argosomes : membrane fragments on the run. Trends Cell
Biol 12, 57-60 (2002).
66. Wolpert, L. Positional information and the spatial pattern of cellular differentiation.
J Theor Biol 25, 1-47 (1969).
67. Yucel, G. & Small, S. Morphogens : precise outputs from a variable gradient. Curr
Biol 16, R29-31 (2006).
68. Zhu, A.J. & Scott, M.P. Incredible journey : how do developmental signals travel
through tissue ? Genes Dev 18, 2985-97 (2004).
260 ALAIN PROCHIANTZ

Séminaire

Le séminaire a été tenu sous la forme d’une journée dédiée au thème Forme et
Polarité cellulaire, le Lundi 10 décembre 2007. Cette journée a été divisée en
4 thèmes :

I. Organisation dynamique de la synapse, biologie cellulaire et modélisation


Antoine Triller, INSERM et Ecole normale supérieure
Maxime Dahan, CNRS et Ecole normale supérieure

II. Transport et fusion vésiculaire, biologie cellulaire et modélisation


Thiéry Galli, CNRS et Institut Jacques Monod/Université Denis Diderot
David Holcman, CNRS et Ecole normale supérieure

III. Morphogenèse et polarités cellulaire et planaire


Yohan Bellaïche, CNRS et Institut Curie
Thomas Lecuit, CNRS et Université de Marseille-Luminy
Hotoyoshi Yasuo, CNRS, Villefrance-sur-mer
Alain Prochiantz, CNRS, Collège de France et Ecole normale supérieure

Recherche
La recherche du laboratoire se divise, avec des recouvrements, entre une partie
théorique et fondamentale et une autre plus orientée vers les applications
technologiques ou thérapeutiques.

Partie théorique et fondamentale


Création de patterns
Nous avons continué d’explorer la signification physiologique du mécanisme de
signalisation par transfert intercellulaire de protéines à homéodomaine. Ces études
s’appuient sur quatre modèles. Un premier modèle est la formation de bords le
long de l’axe dorso-ventral du tube nerveux aux périodes précoces du développement.
La stratégie est de suivre la façon dont les frontières entre territoires dorso-ventraux
peuvent être modifiés quand on bloque le passage intercellulaire de certains facteurs
de transcription de la classe des homéoprotéines en particulier Pax6 et Nkx2.2. Ces
études menées en collaboration avec l’équipe de Jean-Léon Thomas à la Salpêtrière
viennent de débuter et il est encore trop tôt pour tracer l’état des lieux. Les
premières données sont encourageantes dans la mesure où le blocage du passage
intercellulaire de Pax6 chez le poulet au stade E2 induit une modification du
patron d’expression de MNR2 et HB9.
PROCESSUS MORPHOGÉNÉTIQUES 261

Dans le même ordre d’idée nous avons utilisé, en collaboration avec Forence
Maschat (CNRS, Montpellier), une stratégie de blocage du passage de
l’homéoprotéine Engrailed dans le disque imaginal de l’aile de drosophile. Les
données sont, ici encore, préliminaires mais elles suggèrent que cette opération
modifie de façon non autonome cellulaire le développement de la veine transverse
dans la partie antérieure de l’aile (à proximité de la frontière antéro-postérieure).

Guidage axonal
Dans une étude antérieure menée en collaboration avec le laboratoire de Christine
Holt (Cambridge, UK) nous avons démontré (Brunet et al. Nature, 483, 94-98,
2005) que les cônes de croissance des neurones ganglionnaires de la rétine (RGCs)
d’origine nasale et temporale répondent de façon opposée (attraction et répulsion)
quand ils sont placés dans un gradient de l’homéoprotéine Engrailed. Cette réponse
requière l’internalisation de la protéine par les cônes et repose sur une régulation de
la traduction locale des ARN messagers des cônes par l’homéoprotéine, sans
implication de la transcription. Cela nous a amené à développer le travail le long de
deux axes. D’une part vérifier que ce mécanisme opère in vivo au moment de la mise
en place des connexion retine-tectum. D’autre part identifier les ARN messagers
régulés au niveau traductionnel après internalisation de l’homéoprotéine.
La partie in vivo implique une collaboration avec Andrea Wizenmann et
Wolfgang Wurst (Tübingen et Munich, Allemagne), et Christine Holt (Cambridge,
UK). Elle est pratiquement achevée et sera renvoyée, sous la forme d’un manuscrit
révisé, à la revue Neuron dans les semaines qui viennent. Dans ce manuscrit nous
démontrons sans ambiguïté les faits suivants :
1. Engrailed (En1 et En2) sont exprimés à la surface du tectum selon un gradient
antéro-postérieur. La quantité de protéine à la surface correspond à 5 % de son
contenu nucléaire.
2. La neutralisation de la protéine extracellulaire in vivo entraîne une projection
ectopique des neurones temporaux dans les domaines postérieurs du tectum.
3. Cette activité d’Engrailed se fait en coopération avec les Ephrins, l’EphrinA5
en particulier.
Nous pouvons donc conclure que le transfert in vivo de l’homéoproteine
Engrailed est nécessaire au patterning des projections de la rétine sur le tectum.
Pour ce qui est de la caractérisation des messagers traduits, nous avons utilisé
une approche par puces à ADN en comparant dans diverses situations (Engrailed
internalisé ou non) le population des messagers en cours de traduction (sur les
polysomes). Nous avons aujourd’hui une dizaine de candidats sérieux qui seront
bientôt testés (en collaboration avec le laboratoire de Christine Holt). Parmi ces
candidats nous avons eu la surprise de trouver des messagers mitochondriaux et
nous développons, sur cette base, l’hypothèse selon laquelle l’internalisation
d’Engrailed entraîne une augmentation de l’activité du complexe I et la synthèse
262 ALAIN PROCHIANTZ

d’ATP. Cet ATP pourrait avoir une activité intracellulaire, mais aussi extracellulaire
après sécrétion et fixation sur des récepteurs purinergiques. Nous testons
actuellement cette hypothèse en mesurant l’ATP extracellulaire et en vérifiant si la
réponse à Engrailed est modifiée par des agents pharmacologique interférant avec
la voie de signalisation purinergique.

Période critique
Dans ce travail (collaboration avec Takao Hensch, Harvard Medical School,
Boston, USA) nous avons démontré que la capture de l’homéoprotéine Otx2 par
les interneurones GABAergiques à parvalbumine (couches 3 et 4 du cortex visuel
binoculaire) ouvre la période critique (plasticité corticale) au cours de la maturation
post-natale su système visuel. Ce travail fondé sur des pertes et gain de fonction
d’Otx2 et des enregistrements électrophysiologiques est actuellement sous presse
(Sugiyama et al., Cell, 134, 508-520, 2008).
Au cours de cette étude nous avons observé qu’Otx2 infusé dans le cortex est
spécifiquement internalisé par les neurones GABA à parvalbumine, suggérant un
mécanisme de reconnaissance spécifique. Au cours de l’année écoulée nous avons
accumulé des données qui soutiennent l’hypothèse de l’existence de sites de fixation
constitués par des sucres complexes (glycosaminogycans). Nous avons identifié
dans la séquence d’Otx2 un domaine de 12 acides aminés responsable de cette
reconnaissance. La prochaine étape est donc de tester l’importance physiologique
de cette reconnaissance en la bloquant in vivo au cours de la période critique. Un
autre point important est de comprendre le mode de transduction du signal. Nous
le faisons en recherchant les cibles transcriptionnelles et traductionnelle d’Otx2
dans les neurones GABA à parvalbumine.

Modélisation
En collaboration avec David Holcman (Ecole normale supérieure), nous avons
développé des modèles pour tester les différents paramètres, tout particulièrement
la robustesse, de ce mode de signalisation au cours de la mise en place de gradients
morphogénétiques et de la formation de frontières entre territoires au sein du
neuroépithélium. Reprenant les propriétés d’auto-activation et d’inhibition
réciproque des homéoprotéines exprimées de part et d’autre d’une frontière, nous
avons calculé que ce mécanisme, proche de celui proposé par Turing en 1952, est
plausible et compatible avec les données de la littérature. Ces calculs ont été publiés
(Holcman et al. J. Theoretical Biol. 249, 503-517, 2007 ; Kasatkin et al., Bulletin
of Mathematical Biology, 70, 156-178, 2008).
PROCESSUS MORPHOGÉNÉTIQUES 263

Etudes technologiques et applications thérapeutiques


Gliomes
Au cours de l’étude des cellules souches adultes présentes dans le système nerveux
central, Isabelle Caillé avait observé l’expression, dans l’hippocampe, de HOP
(homeodomain only proteins) qui, comme son nom l’indique, est presque
uniquement constituée d’un domaine de fixation à l’ADN (l’homéodomaine).
Nous avons démontré, par perte et gain de fonction, que cette mini-protéine est
un anti-oncogène pour les cellules neurales souches adultes de l’hippocampe. Cette
fonction est exercée à travers le contrôle de la mort programmée de ces précurseurs
neuronaux. Grâce à une collaboration avec Ariel Ruiz i Altaba (Faculté de Médecine
de Genève, CH), nous avons comparé l’expression de HOP dans des tissus sains
et des cellules souches tumorales de gliomes humains. HOP est réprimé dans ces
cellules souches tumorales et l’induction de son expression les fait entrer en
apoptose, suggérant un rôle important de HOP dans le processus oncogénique
(De Toni et al. Neural Dev. 3, 13, 2008).

Glaucome
Le glaucome est provoqué par la mort des cellules ganglionnaires rétiniennes
(RGCs). Les causes de cette mort ne sont pas établies avec certitude, même si l’idée
prédominante implique une augmentation anormale de la pression intraoculaire.
Sur la base d’observations préliminaires, nous avons formé l’hypothèse d’un
contrôle de la survie des RGCs par le passage de la protéine Otx2 entre les cellules
bipolaires et les RGCs. Dans le cadre d’un contrat industriel avec Fovea-SA, nous
avons mis au point des modèles in vitro et in vivo permettant de tester les propriétés
protectrices d’Otx2 sur la mort des RGCs adultes. Nos résultats suggèrent qu’Otx2
internalisé par les RGCs protège ces neurones contre une mort induite soit par
l’axotomie (in vitro) soit par une neurotoxicité glutamatergique (in vivo). Les
hypothèses sur le rôle d’Otx2 comme protéine thérapeutique ont donné lieu à un
dépôt de brevet.

Maladie de Parkinson
L’homéoprotéine Engrailed (En1 et En2) est exprimée, chez l’adulte, dans les
noyaux dopaminergiques (DA) du mésencéphale, qui dégénèrent dans la maladie
de Parkinson. Au cours d’un travail publie en 2007 (Sonnier et al., J. Neurosci.,
27, 1063-1071, 2007), nous avions rapporté que la délétion d’un seul allèle En1
(donc un allèle Engrailed sur quatre) s’accompagne d’une mort progressive des
neurones DA chez l’adulte. Cette observation et d’autres raisons, que je ne
développe pas, nous ont conduits a proposer qu’Engrailed pouvait se trouver dans
le circuit génétique de la maladie de Parkinson. Depuis nous avons donné du poids
à cette hypothèse en démontrant qu’Engrailed internalisé par les neurones DA
protège in vitro et in vivo contre leur mort spontanée, mais aussi induite par le
MPP+, une drogue qui s’attaque au Complexe I mitochondrial. Nous sommes
264 ALAIN PROCHIANTZ

actuellement en train d’identifier les cibles transcriptionnelles et traductionnelles


qui permettraient d’expliquer cette protection. A ce jour nous avons plusieurs
cibles candidates dont nous vérifions la validité dans des modèles in vivo. Parmi
ces cibles, on retrouve des messagers encodant des protéine du complexe I, ce qui
— à travers la piste purinergique — trace un lien avec les travaux décrits plus haut
sur le guidage des axones.

Publications et brevets 2007-2008


Articles
1. D. Holcman, V. Kasatkin & A. Prochiantz. (2007). Modeling homeoprotein
intercellular transfer unveils a parsimonious mechanism for gradient and boundary formation
in early brain development. J. Theor. Biol., 249, 503-517.
2. L. Sonnier, G. Le Pen, A. Hartman, J.-C. Bizot, F. Trovero, M.-O. Krebs &
A. Prochiantz (2007). Progressive loss of dopaminergic neurons in the ventral midbrain of
adult mice heterozygote for Engrailed1 : a new genetic model for neurological and psychiatric
disorders. J. Neurosci., 27, 1063-1071.
3. A. Di Nardo, S. Nedelec (co-first), A. Trembleau, M. Volovitch, A. Prochiantz* & ML
Montesinos (2007). Dendritic localization and activity-dependent translation of En1
homeodomain transcription factor mRNA. Mol. Cell. Neurosci., 35, 230-236.
4. A. von Holst, U. Egbers, A. Prochiantz & A. Faissner. (2007). Neural stem cell/
progenitor cells express 20 tenascin isoforms that are differentially regulated by Pax6. J. Biol.
Chem., 282, 9172-9181.
5. B. Lesaffre, A. Joliot, A. Prochiantz & M. Volovitch. (2007). Direct non-cell autonomous
Pax6 activity regulates eye development in the zebrafish. Neural Development, 2, 2.
6. E. Dupont, A. Prochiantz & A. Joliot (2007). Identification of a signal peptide for
unconventional secretion. J. Biol. Chem., 282, 8894-9000.
7. V. Kasatkin, A. Prochiantz & D. Holcman (2008). Morphogenetic gradients and the
stability of boundaries between neighbouring morphogenetic regions. Bulletin of Mathematical
Biology, 70, 156-178.
8. A. De Toni, M. Zbinden, J.A. Epstein, A. Ruiz, I. Altaba, A. Prochiantz & I. Caillé.
(2008). Regulation of survival in adult hippocampal stem cell lineages by the homeodomain
only protein HOP. Neural. Dev. 3, 13.
9. S. Sugiyama, A. Di Nardo, S. Aizawa, I. Matsuo, M. Volovitch, A. Prochiantz* & TK
Hensch*. (2008). Experience-dependent transport of Otx2 homeoprotein in the visual
pathway activates postnatal cortical plasticity. Cell., 134, 508-520.

Revues et commentaires
1. I. Brunet, A. Di Nardo, L. Sonnier, M. Beurdeley & A. Prochiantz. Shaping neural
pathways with messenger homeoproteins (2007). Trends in Neurosciences, 30, 260-267.
2. A. Prochiantz. (2007). A protein fusion a day keeps the aggregates away. Molecular
Therapy, 15, 226-227.
3. Agid, Y. et al. (2007). How can drug discovery for psychiatric disorders be improved ?
Nature Reviews Drug Discovery, 6, 189-201.
4. A. Prochiantz. (2007). For protein transduction, chemistry can win over biology. Nat.
Methods, 4, 119-120.
PROCESSUS MORPHOGÉNÉTIQUES 265

Brevets
1. A. Prochiantz & K. Moya. Utilisation d’une Homéoprotéine de la famille Bicoïd pour
le traitement du Glaucome. 9 janvier 2008, N° 08/00110.

Conférences 2007-2008
1. 7th meeting of the German Neuroscience Society. Göttingen, Germany, March 29th-
April 1st 2007.
2. Molecular mechanisms in neural patterning and differentiation. CEINGE, Napoli
April 20th-22nd 2007.
3. Designing the Body Plan: Developmental mechanisms. June 4th-8th, Leiden Lorentz
center, 2007.
4. 6th international Symposium Neuronal mechanisms of Vision. Ruhr Universtät
Bochum October 11th-13th, 2007.
5. Brain Diseases and Molecular machines. March 25-28, Paris, France. Keynote
lecture.
6. Visual System Development Gordon Conference; August 10-15 2008, Newport
Rhode Island, USA.
7. The Cell-Penetrating Peptides (CPP) Satellite Meeting. 30-31 August 2008. Helsinki.
Keynote lecture.
8. Chemistry and Biology Symposium of the Japan Society of Bioscience, Biotechnology
and Agrochemistry. Nagoya September 27th 2008. Keynote lecture.
Immunologie moléculaire

M. Philippe Kourilsky, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

I. Enseignement

Le cours 2007-2008 a porté sur « Les systèmes immunitaires dans l’évolution des
espèces ». Il est accessible sur le site du Collège de France, et on n’évoquera ici que
les enjeux scientifiques les plus importants.
Tous les êtres vivants sont dotés de mécanismes de défense qui protègent leur
intégrité et peuvent, au prix d’une extension de langage, être qualifiés d’immunitaires.
Ainsi, certaines bactéries se défendent contre l’intrusion d’ADN extérieur (bactérien
ou viral) par le système de restriction-modification. Les plantes possèdent un
système immunitaire développé, de même que les invertébrés. Bien entendu, le
point de référence habituel est le système immunitaire des mammifères,
principalement, celui de l’homme et de la souris.
Les approches expérimentales habituelles se sont récemment enrichies des
analyses génomiques qui sont pratiquées sur un nombre croissant d’organismes.
A partir de la séquence du génome entier d’une espèce donnée, on extrait, in silico,
le sous-ensemble des gènes impliqués dans les défenses immunitaires, i.e.
l’immunome. On peut rechercher des filiations génétiques, tenter d’identifier
l’origine évolutive de tel ou tel gène, et se livrer à des comparaisons et des hypothèses
sur l’évolution des fonctions.
L’immunome de l’homme contient entre 5 % et 8 % des gènes humains. Son
périmètre est fonction de la définition du système immunitaire que l’on adopte et
des appréciations que l’on porte sur la fonction des gènes. On y repère la
classification majeure, produite par des décennies de recherche, entre immunité
adaptative et immunité innée. La génération de la diversité des anticorps et des
récepteurs des cellules T figure parmi les traits caractéristiques de l’immunité
adaptative. Cette question a fasciné les immunologistes qui recherchent depuis
longtemps leurs origines évolutives, au travers notamment des homologues des
268 PHILIPPE KOURILSKY

gènes du Complexe Majeur d’Histocompatibilité (ou CMH). Toutefois, depuis


1996, leur attention s’est à nouveau portée sur les gènes de l’immunité innée et
sur plusieurs familles de récepteurs qui agissent comme détecteurs de différentes
classes d’agents infectieux.
On s’est livré, au cours des premières leçons, à une analyse « descendante » de
l’immunité adaptative et de l’immunité innée, partant de l’homme pour aborder
successivement les mammifères, d’autres vertébrés et enfin les invertébrés et les
plantes. Une analyse transversale a conclu l’ensemble du cours.
On observe que l’immunité adaptative, très développée et sophistiquée chez
l’homme et chez la souris, l’est moins chez des mammifères plus anciens, les
oiseaux et les poissons. Elle est absente chez les invertébrés. La frontière se situe
entre poissons avec et sans mâchoires, les premiers disposant d’anticorps et de
CMH et les autres pas. Mais l’étude de la lamproie et de la myxine a montré que
celles-ci fabriquent des anticorps d’un type totalement différent, caractérisés par
des motifs moléculaires dits LRR (Leucine Rich Repeats) et non par des modules
de type IgSF de la superfamille des immunoglobulines. Contrairement à ce que
l’on avait cru, il n’y a donc pas eu une solution évolutive unique à la question de
la génération de la diversité des anticorps.
Dans le même temps, on s’est aussi rendu compte que l’immunité innée est
d’une complexité inattendue, en tant que telle, tout comme dans ses articulations
avec l’immunité adaptative. Elle est particulièrement développée chez certains
mammifères comme l’opossum. Chez ce dernier, la phase de croissance extra-
placentaire du nouveau-né implique que, pendant plusieurs semaines, sa survie
dépend essentiellement de son immunité innée, qui semble effectivement très
diversifiée.
Les invertébrés n’ont pas d’immunité adaptative, mais leur immunité innée est
parfois très sophistiquée, ce dont l’immunome de l’oursin donne un exemple.
Dans tous les cas, on observe à la fois une forte conservation verticale de certains
gènes qui représentent probablement une innovation évolutive critique, et des
expansions horizontales, variables d’une espèce à l’autre, parfois considérables,
mettant en jeu jusqu’à des centaines de gènes. De plus, certains gènes donnent lieu
à des phénomènes d’épissage alternatif qui en diversifient les produits.
Les plantes disposent d’un système d’immunité innée qui présente de nombreuses
homologies avec celui des vertébrés et des invertébrés. Elles possèdent un deuxième
dispositif qui s’apparente à l’immunité adaptative, bien que fondé sur des agents
moléculaires radicalement distincts, puisqu’il s’agit des petits ARN interférants.
La découverte, récente, de l’interférence ARN est l’une des plus importantes des dix
dernières années. Les plantes l’utilisent pour se défendre contre les virus, mais le
dispositif est plus largement exploité pour la lutte contre l’invasion de transposons et
la surveillance de l’intégrité du génome. Ces observations ont conduit à rechercher
l’importance éventuelle de l’interférence ARN dans les systèmes immunitaires des
IMMUNOLOGIE MOLÉCULAIRE 269

mammifères. Il est probable que ces derniers exploitent effectivement ce mécanisme.


Ils l’utilisent aussi pour surveiller l’intégrité du génome, mais s’en servent
indirectement dans l’immunité adaptative, i.e. dans des processus de régulation
plutôt que de reconnaissance directe. On soulignera que certains agents infectieux
synthétisent de petits ARN interférants pour circonvenir les défenses cellulaires.
Dans ce cas, comme dans bien d’autres, on trouve les traces du combat évolutif entre
les agents infectieux et leurs hôtes dans la multiplicité des systèmes d’échappement
inventés par les agents infectieux et des contre-systèmes développés par leurs hôtes.

L’analyse évolutive des systèmes immunitaires induit donc un décentrage du


regard. L’attention des immunologistes reste, très légitimement, concentrée sur
l’homme, de même que sur la souris qui est censée lui servir — fort imparfaitement
d’ailleurs — de modèle. La découverte d’autres principes fondateurs de l’immunité
montre que, même pour une invention évolutive jugée remarquable, il y a plusieurs
solutions. Ainsi, il existe chez les vertébrés au moins deux catégories d’anticorps
possibles, et les petits ARN interférents constituent chez les plantes un système que
l’on peut considérer comme adaptatif. De même, au niveau moléculaire, l’évolution
a sélectionné au moins deux types de colles « universelles » : les molécules à LRR
et les modules de type IgSF. Au demeurant, les deux sont utilisés, non seulement
dans l’immunité adaptative, mais aussi dans l’immunité innée. L’analyse des
récepteurs des cellules NK chez l’homme et la souris fournit d’ailleurs un bel
exemple d’évolution convergente, leur structure étant distincte et leur fonction
quasi-identique. Il n’y a donc aucune relation bi-univoque entre motifs structuraux
et telle ou telle fonction de l’immunité adaptative ou innée.

Ce qui brouille plus encore le tableau limpide que propose la distinction


académique entre immunité innée et immunité adaptative, est la notion d’immunité
anticipative. Les vastes expansions génétiques observées dans des familles de gènes
de l’immunité innée suggèrent qu’elles correspondent à une forme d’adaptation
et/ou de sélection à telle ou telle niche écologique. Mais faut-il nécessairement en
conclure que chaque gène a été sélectionné de façon précise, par exemple pour
lutter contre un agent infectieux donné présent dans la niche en question ? On
peut imaginer à l’inverse que certains dispositifs de l’immunité innée sont
anticipatifs en ce sens qu’ils produisent (par diversification génétique et épissage
alternatif ), un jeu de structures capables d’anticiper la survenue de nouveaux
agents infectieux, ou de variantes de ces derniers. Le gène unique DSCAM, chez
la drosophile, peut produire par épissage alternatif quelques 38 000 isoformes. Il
sert à la diversification des neurones, mais apparemment aussi dans l’immunité
innée, et pourrait bien être un prototype de dispositif anticipatif. L’immunité
anticipative pourrait donc faire le lien entre deux catégories conceptuelles traitées
jusqu’à présent de façon trop distincte.

L’étude des systèmes immunitaires dans l’évolution des espaces est donc riche
d’enseignements. Elle ne se contente pas de nourrir l’histoire naturelle : elle est
aussi source de nouveaux concepts.
270 PHILIPPE KOURILSKY

Le séminaire de la chaire a été organisé sous forme de colloque :


Titre : « L’Arche de Noé immunologique : L’immunité chez les êtres des airs, des
eaux et de la terre » (« Noah’s Ark and the Immune System : Immunity in
living creatures from the sky, the water, and the earth »).
Date : Mardi 8 avril 2008.
Lieu : Amphithéâtre Marguerite de Navarre (Collège de France)
Organisateurs : Philippe Kourilsky et Dominique Buzoni-Gatel (INRA)

Intervenants / Programme :
AN OVERVIEW :
• Louis Du Pasquier, University of Basel, Switzerland.

IMMUNE DEFENSES IN PLANTS :


• Olivier Le Gall, INRA Bordeaux, France.
— Multiple resistant traits control infection in plants
• Olivier Voinnet, CNRS Strasbourg, France.
— RNA Silencing pathways and anti viral defense in plants

BUGS AND INFECTION


• Elena Levashina, CNRS Strasbourg, France.
— Immunity in disease-vector mosquitoes
• Christine Coustau, Institut Pasteur Lille, France.
— Immunity in parasite-vector molluscs
• Noël Tordo, Institut Pasteur Paris, France
— Bats as carrier of human diseases, strategies of prevention
• Jean-Michel Escoubas, University of Montpellier, France
— X-tox : a new family of immune related protein specific to Lepidoptera.
• Jonathan Ewbank, University of Marseille Luminy, France
— Resistance to fungal infection in Caenorhabditis elegans

THE IMMUNE SYSTEM IN CREATURES FROM WATER


• Pierre Boudinot, INRA Jouy-en-Josas, France
— A functional analysis of rainbow trout immune system
• Jean-Pierre Levraud, Institut Pasteur Paris, France
— The zebrafish, an enlightening tool to study the immune system in fish

THE HEN OR THE EGG


• Yves Nys, INRA Nouzilly, France
— Eggs have their own antimicrobial defense systems
IMMUNOLOGIE MOLÉCULAIRE 271

• Peter Kaiser, Compton University, UK


— Cytokines, chemokines and their implication in resistance to chicken
infection (in ovo vaccination).
• Jim Kaufman, University of Cambridge, UK
— The genomic organisation of the chicken MHC leads to gene co-
evolution, resistance to infection and insight into the origin of the adaptive
immune system.
• Véronique Jestin, AFSSA Ploufragan, France
— Vaccination against avian influenza infection

CONCLUSION
• Philippe Kourilsky, Collège de France, Paris, France

II. Conférences et colloques, interventions publiques

Date Conférence ou Table ronde Lieu

11.09.2007 Colloque « Les sciences à l’UNESCO : quelle Sénat, Palais du Luxem-


implication pour la France ? » bourg, Paris.
Table ronde : Développement Durable et envi-
ronnement : « Présentation de Facts »
10.10.2007 Conférence (CAS Albert Einstein Visiting Pro- Capital Medical Univer-
fessorship) : « Health and Sustainable Develop- sity Pekin (Chine)
ment : What can Science do ? »
12.10.2007 Conférence (CAS Albert Einstein Visiting Pro- Wuhan Institute of Viro-
fessorship) : « The Birth of Systems Immunology, logy (Chinese Academy of
How it may help fighting infectious diseases » Sciences)
23.10.2007 Symposium  Animal Genomics for Animal Organisation Mondiale de
Health » [Organisation Mondiale de la Santé la Santé Animale (OIE) à
Animale (OIE)] : « The Human Genome and Paris
biomedicine : past and future impacts »
06.11.2007 Chaire Santé et développement du CNAM : Conservatoire national des
« La recherche sur les maladies oubliées dans le arts et métiers à Paris
monde »
26.11.2007 Atelier technologique Société Française d’Im- Ecole normale supérieure
munologie (SFI) : « Les approches globales des de Lyon (ENS)
répertoires immunitaires, de la recherche au dia-
gnostic ex-vivo » : « Répertoires Immunitaires :
Analyse du système immunitaire humain (cellules
T et B) »
272 PHILIPPE KOURILSKY

Date Conférence ou Table ronde Lieu

06.12.2007 5e Forum Mondial du Développement Durable Sénat, Palais du Luxem-


(FMDD), Session « régulation sanitaire, démo- bourg, Paris.
graphie et migrations » : « La question des mala-
dies négligées »
28.01.2008 « Rendez-vous parisiens  sur Radio Aligre. Locaux de Radio Aligre,
Emission consacrée au Collège de France (avec Paris
Michel Zink)
15.04.2008 4th Biomedical Asia : « The evolving biomedical Suntec Singapore Interna-
science and industry » tional Convention and
Exhibition Centre (Singa-
pour)
21.05.2008 Conférence organisée par l’association « Scien- Sciences Po à Paris
ces Po pour l’Afrique : « La recherche dans le
domaine des maladies infectieuses, de la santé
mondiale, des partenariats publics privés, des
enjeux, etc. »
23.05.2008 Colloque Informatique et Bioinformatique Amphithéâtre Marguerite
(dans le cadre de la Chaire d’innovation techno- de Navarre, Collège de
logique - Liliane Bettencourt - Prof. G. Berry) : France
« Le système immunitaire, un grand système d’in-
formation »
06.06.2008 Conférence CLAS (pour le personnel CdF) : Amphi Budé, Collège de
« Santé et Développement durable : Que peut faire France
la Science ? »

III. Recherche

Les activités de recherche de la Chaire d’Immunologie Moléculaire sont désormais


conduites au sein de deux entités aux localisations distinctes.

1. A Paris, dans l’U668 de l’INSERM (Directeur : J. Di Santo) en collaboration


avec le groupe animé par A. Bandeira, dans l’Unité dirigée par A. Cumano
(cf. 1er thème).

2. A Singapour, au sein du Singapore Immunology Network (SIgN), présidé par


Philippe Kourilsky. SIgN, financé par l’Agence gouvernementale A*STAR, inclut
un centre de recherches qui comprend 6 000 m2 de laboratoires (cf. Annexe), où
Philippe Kourilsky anime plus particulièrement deux groupes de recherche
(thèmes 2 et 3).
IMMUNOLOGIE MOLÉCULAIRE 273

1er thème : Répertoires des cellules immunitaires de l’homme et des cellules T


régulatrices de la souris (A. Bandeira, A. Lim)

a) Poursuite de l’amélioration de l’Immunoscope (A. Lim)


L’immunoscope reste une méthodologie de référence, très puissante pour étudier
les répertoires des cellules T et B. Elle a fait la preuve de son utilité dans le suivi
clinique (1), tout autant que dans de nombreux problèmes de recherche chez la
souris (2). Une amélioration technique importante réalisée en 2007-2008 a consisté
à l’adapter, grâce notamment à l’écriture d’un nouveau logiciel, aux séquenceurs à
capillaires à haut débit (3). D’autres développements en cours incluent la mise au
point de l’analyse des chaînes alpha du TCR. Des méthodes d’analyse statistique
permettent de mesurer plus rapidement que par le passé la dimension et la diversité
des répertoires (J. Faro, Vigo, Portugal).

b) Applications à l’immunologie humaine et à la clinique (A. Lim)


. L’immunoscope est toujours utilisé pour le suivi d’un groupe d’enfants dont
l’immunodéficience a été corrigée par thérapie génique (A. Fisher, Necker) (4).
. L’adaptation de la méthode aux cellules B a permis d’entreprendre des études
en allergologie, avec M. Mempel (Munich, Allemagne) (5,6) et en dermatologie
avec l’Université de Californie (7). De plus, avec Ph. Musette (Rouen, France), une
étude clinique a été entreprise sur la reconstitution des répertoires B après traitement
du pemphigus vulgaire par l’anti-CD20 (Rituximab) (8).

c) Analyse de souris « humanisées » (J. Di Santo, A. Lim)


Il s’agit de souris RAG2/γc, qui sont greffées avec des cellules souches
hématopoïétiques humaines dérivées de foie fœtal humain. La reconstitution des
répertoires B et T est analysée par l’Immunoscope.

d) Etude de la diversité des cellules T régulatrices de la souris (A. Bandeira)


La dimension des répertoires des cellules T CD4+ CD25+ a été estimée, avec
l’aide des méthodes statistiques évoquées plus haut. Les résultats montrent que les
Treg sont très diverses, avec une taille moyenne des clones de l’ordre de deux. De
façon remarquable, le répertoire des Treg ne chevauche quasiment pas celui des
cellules T naïves, ce qui suggère fortement que les Treg reconnaissent des ligands
particuliers. Les expériences de confirmation avec des T CD4+ Fox P3+ ont été
réalisées récemment, un article est en cours de rédaction.

2e thème : Analyse systémique des macrophages humains (Wong Siew Cheng,


SIgN)
Deux populations de macrophages CD14++ CD16– (80%) et CD14+ CD16+
(20 %) ont été étudiées. Le sous-ensemble minoritaire semble plus enclin à l’apoptose
spontanée, pourrait être plus cytotoxique, et apparaît plus apte à l’adhésion et à la
274 PHILIPPE KOURILSKY

migration. Les études de transcriptomique et de protéomique ont ouvert plusieurs


voies d’investigation et hypothèses fonctionnelles. L’intervention de ces macrophages
dans divers phénomènes infectieux est à l’étude. La caractérisation des macrophages
infiltrant des tumeurs a été entreprise. Un modèle de co-culture tridimensionnelle in
vitro est en cours de mise au point (sphéroïdes) pour étudier dans quelles conditions
ces macrophages peuvent devenir pro-tumorigènes.

3e thème : Analyse des réponses immunitaires contre le virus chikungunya


(Lisa Ng, SIgN)
Le virus chikungunya est assez répandu en Asie (particulièrement en Inde) et
quelques cas ont été rapportés à Singapour pour la première fois en 2007. Les
travaux en cours visent à améliorer le diagnostic (les confusions avec l’infection par
le virus de la Dengue doivent être évitées), ainsi qu’à identifier les épitopes T
immunodominants (avec l’aide d’approches informatiques). Un projet de
vaccinologie est à l’étude. Un réseau régional de collecte d’échantillons et de
partage d’informations est en voie de constitution.

Annexe : Singapore Immunology Network (SIgN) http://www.sign.a-star.edu.sg/


SIgN a pour mission de stimuler le développement de l’immunologie dans l’Etat
de Singapour. Conformément au plan élaboré par Ph. Kourilsky en 2006 — plan
approuvé par l’Agence A*STAR, il comprend une plate-forme sur le site de Biopolis
et un réseau qui inclut les deux universités et les institutions hospitalières de
Singapour. Sous l’impulsion de SIgN, a été notamment créée la Société
Singapourienne d’Immunologie (dont le Président Honoraire est Ph. Kourilsky).
Le centre de recherches qui se développe dans 6 000 m2 de laboratoires comprend
d’ores et déjà une douzaine de groupes de recherches et plus de cent chercheurs.
Ces chiffres ont vocation à doubler dans les deux ans à venir. Au cours des deux
dernières années, SIgN a organisé sept colloques internationaux et noué des
relations avec plusieurs institutions renommées, au premier chef le Collège de
France, ainsi que l’Institut Pasteur et l’INSERM en France, l’Institut Riken au
Japon, l’Institut Karolinska en Suède et l’université de Milan, en Italie.

IV. Autres activités et nouvelles de la chaire

• Philippe Kourilsky a été, pour l’année 2007-2008, titulaire de la chaire Albert


Einstein de l’Académie des Sciences en Chine (CAS Albert Einstein Visiting
Professorship). Il a, à ce titre, effectué un séjour en Chine, principalement à Pékin
(conférence au « Capital Medical University Pekin ») et à Wu-han, où se trouve un
institut de virologie (conférence au Wuhan Institute of Virology), chargé entre
autres, du pilotage du laboratoire de haute sécurité BLS-4. Ce dernier est en cours
de construction dans le cadre d’un partenariat franco-chinois qui avait été mis en
place sous l’égide des Présidents des deux Républiques de France et de Chine en
2005 lors de la visite en France de ce dernier. P. Kourilsky a co-présidé pendant
2 ans le groupe de suivi.
IMMUNOLOGIE MOLÉCULAIRE 275

• Le comité exécutif de l’Institut National de la Recherche Scientifique (INRS)/


Université de Québec a renouvelé le mandat à titre de Professeur associé au Centre
INRS-Institut Armand Frappier jusqu’au 31 mai 2010.

• Philippe Kourilsky a été nommé en 2007, membre de la Commission du Livre


Blanc de la Diplomatie Française. Cette commission présidée par M. Alain Juppé
et Louis Schweitzer, a rendu ses conclusions début juillet 2008. Le livre blanc a
servi de base à un train des réformes Ministères des Affaires Etrangères annoncées
fin août 2008 par le Ministère des Affaires Etrangères à l’occasion de la
XIe conférence des Ambassadeurs à Paris (28-29 août 2008).

• L’initiative « FACTS » (Field Action Science)


Développement, humanitaire, santé, éducation, environnement, autant de
thématiques qui, sans être exhaustives, mobilisent l’intervention de nombreux
acteurs, ONG, organisations gouvernementales et multilatérales, institutions
académiques, consultants, sur l’ensemble de la planète. De ces activités résultent
des connaissances, des savoir-faire, des expériences et des méthodes de résolution
des problèmes, qui sont peu ou pas diffusés et partagés entre les intervenants de
terrain. L’initiative FACTS, lancée par Philippe Kourilsky, se présente comme un
outil de valorisation et de consolidation du capital de connaissances produit sur le
terrain, ayant pour objectif d’améliorer l’efficacité des actions.

La finalité de FACTS initiative, promue par Philippe Kourilsky, est de collecter


et de diffuser un savoir, des méthodologies, des bonnes pratiques à l’aide d’une
revue internationale « FACTS Reports », fonctionnant selon les règles prévalant
dans la communauté scientifique.

La création de la revue internationale « FACTS Reports » a été rendue publique


le 12 mars 2007, à Lyon, lors du Forum BioVision.
Site internet : http://www.institut.veolia.org/fr/facts-initiative.aspx

V. Publications

1. A. Bristeau-Leprince, V. Mateo, A. Lim, A. Magerus-Chatinet, E. Solary, A. Fischer,


F. Rieux-Laucat and M.-L. Gougeon : Human TCR α/β+ CD4-CD8- double-negative T
cells in patients with autoimmune lymphoproliferative syndrome (ALPS) express restricted
Vβ TCR diversity and are clonally related to CD8+ T cells. J. Immunology (2008).
2. F. Benjelloun, A. Garrigue, D.E. Demerens, C. Chappedelaine, P. Soulas-Sprauel,
M. Malassis-Seris, D. Stockholm, J. Hauer, J. Blondeau, J. Rivière, A. Lim, M. Le Lorc’h,
S. Romana, N. Brousse, F. Paques, A. Galy, P. Charneau, A. Fischer, J.-P. De Villartay and
M. Cavazzana-Calvo : Stable and functional lymphoid reconstitution in Artemis-deficient
mice following lentiviral Artemis gene transfer into hematopoietic stem cells. Molecular
Therapy (2008).
3. A. Lim, B. Lemercier, X. Wertz, S. Lesjean Pottier, F. Huetz and P. Kourilsky : Many
human peripheral VH5-expressing IgM+ B cells display a unique heavy-chain rearrangement.
Int Immunol. (2008), Jan. ; 20(1) : 105-16.
276 PHILIPPE KOURILSKY

4. S. Hacein-Bey-Abina, A. Garrigue, P. Wang Gary, J. Soulier, A. Lim, E. Morillon,


E. Clappier, L. Caccavelli, E. Delabesse, K. Beldjord, V. Asnafi, V. Macintyre,
L. Dal Cortivo, I. Radford, N. Brousse, F. Sigaux, D. Moshous, J. Hauer, A. Borkhardt,
B.H. Belohradsky, U. Wintergerst, M.C. Velez, L. Leiva, R. Sorensen, N. Wulffraat,
S. Blanche, F.D. Bushman, A. Fischer and M. Cavazzana-Calvo : Insertional oncogenesis in
4 patients after retrovirus-mediated gene therapy of SCID-X1. J Clin Invest. (2008)
Aug. 7.
5. A. Lim, S. Luderschmidt, A. Weidinger, C. Schnopp, J. Ring, R. Hein, M. Ollert, M.
Mempel : The IgE repertoire in PBMCs of atopic patients is characterized by individual
rearrangements without variable region of the heavy immunoglobulin chain bias.J Allergy
Clin Immunol. (2007), Sep. ; 120(3) : 696-706.
6. B. Belloni, M. Ziai, A. Lim, B. Lemercier, M. Sbornik, S. Weidinger, C. Andres,
C. Schnopp, J. Ring, R. Hein : Low-dose anti-IgE therapy in patients with atopic eczema
with high serum IgE levels. J Allergy Clin Immunol. (2007), Nov. ; 120(5) : 1223-5.
7. A.L. Forema, B. Lemercier, A. Lim, P. Kourlisky, T. Kenny, E. Gershwin,
M. Gougeon : VH gene usage and CDR3 analysis of B cell receptor in the peripheral blood
of patients with PBC. Autoimmunity (2008), Feb. ; 41(1) : 80-6.
8. H. Mouquet, P. Musette, M.-L. Gougeon, S. Jacquot, B. Lemercier, A. Lim,
D. Gilbert, I. Dutot, J.-C. Roujeau, M. d’Incan, C. Bedane, F. Tron, and P. Joly : B-Cell
Depletion Immunotherapy in Pemphigus : Effects on Cellular and Humoral Immune
Responses. J. Invest. Dermatol. (2008), Jun. 19.
Psychologie cognitive expérimentale

M. Stanislas Dehaene, membre de l’Institut


(Académie des Sciences), professeur

Enseignement
Cours : les fondements cognitifs de l’arithmétique élémentaire
Le cours 2008 s’est attaché à analyser, par les méthodes de la psychologie
cognitive, la représentation mentale de l’un des plus simples et cependant des plus
fondamentaux des objets mathématiques : le concept de nombre entier naturel.
La nature et l’origine des objets mathématiques font débat depuis l’Antiquité.
De nombreux mathématiciens adhèrent, explicitement ou implicitement, à une
hypothèse Platonicienne selon laquelle les mathématiques ne sont que l’exploration
d’un monde à part, régi par ses propres contraintes, et qui préexiste au cerveau
humain. Citons par exemple Alain Connes dans son débat avec Jean-Pierre
Changeux : « Lorsqu’il se déplace dans la géographie des mathématiques, le
mathématicien perçoit peu à peu les contours et la structure incroyablement riche
du monde mathématique. Il développe progressivement une sensibilité à la notion
de simplicité qui lui donne accès à de nouvelles régions du paysage mathématique »
(Changeux & Connes, 1989).
Le psychologue du développement, cependant, ne peut qu’être frappé par la
difficulté avec laquelle l’enfant se construit, petit à petit, une compétence
mathématique. Il en conclut aisément à une pure construction mentale des objets
mathématiques. Pour Piaget, la logique en constitue le fondement (« Le nombre
entier peut ainsi être conçu comme une synthèse de la classe et de la relation
asymétrique »). Pour d’autres, le langage joue un rôle essentiel (cf. Vygotsky : « la
pensée ne s’exprime pas seulement en mots : elle vient au monde à travers eux »).
La position que j’ai défendue dans ce cours, et que l’on pourrait qualifier
d’intuitionniste, n’appartient à aucun de ces deux camps. Elle postule que les
fondements cognitifs des mathématiques doivent être recherchés dans une série
278 STANISLAS DEHAENE

d’intuitions fondamentales de l’espace, du temps, et du nombre, partagées par de


nombreuses espèces animales, et que nous héritons d’un lointain passé où ces
intuitions jouaient un rôle essentiel à la survie. Les mathématiques se construisent
par la formalisation et la mise en liaison consciente de ces différentes intuitions.
Ainsi cette position se rattache-t-elle, sans pour autant s’y identifier, à
l’intuitionnisme mathématique de Brouwer et Poincaré. Dès le xiiie siècle, Roger
Bacon notait que « la connaissance mathématique est presque innée en nous… elle
est la plus facile des sciences, de tout évidence, en ce qu’aucun cerveau ne la
rejette : même les hommes du peuple et les illettrés savent compter et calculer ».
Pour les mathématiciens Philip David et Reuben Hersh, « au sein des idées, des
objets mentaux, les idées dont les propriétés sont reproductibles s’appellent des
objets mathématiques, et l’étude des objets mentaux aux propriétés reproductibles
s’appelle les mathématiques. L’intuition est la faculté qui nous permet de réfléchir
et d’examiner ces objets mentaux internes » (Davis, Hersh, & Marchisotto, 1995,
page 399).
De fait, pratiquement tous les grands mathématiciens disent faire appel à leur
intuition. Jacques Hadamard, dans l’une des plus célèbres enquêtes sur cette
question, l’Essai sur la psychologie de l’invention dans le domaine mathématique
(Hadamard, 1945), décrit comment la plupart des découvertes mathématiques
font suite à une longue période d’ « incubation » sans progression apparente,
suivie d’une illumination soudaine. Il cite également la célèbre lettre d’Einstein :
« les mots et le langage, écrits ou parlés, ne semblent pas jouer le moindre rôle
dans le mécanisme de ma pensée. Les entités psychiques qui servent d’éléments à
la pensée sont certaines signes ou des images plus ou moins claires, qui peuvent
à “volonté” être reproduits ou combinés ». Henri Poincaré voit également dans
l’intuition spatiale, motrice, ou numérique le fondement même de l’entreprise
mathématique.
La difficulté consiste à définir précisément ce que l’on entend par intuition. Il
n’est pas certain, en effet, que la variété des propriétés qu’on lui attribue soit issue
d’un processus cognitif unique. Toutefois, dans le domaine de la cognition
numérique élémentaire, les recherches récentes délimitent assez précisément un
ensemble de connaissances que l’on pourrait qualifier d’intuition numérique ou de
sens des nombres (Dehaene, 1997). Selon l’heureuse expression d’Elizabeth Spelke,
l’arithmétique élémentaire semble faire partie du noyau de connaissances de l’espèce
humaine. Un sens du nombre est présent chez le nourrisson et repose sur des
circuits cérébraux spécifiques que l’on retrouve chez d’autres primates. Il permet
une rapide évaluation du nombre d’objets présents dans des ensembles, leur
comparaison, et leur combinaison par des opérations d’addition et de soustraction.
Son fonctionnement répond à trois traits caractéristiques de l’intuition : rapidité,
automaticité, et inaccessibilité à l’introspection consciente. Ainsi l’intuition, loin
d’être inaccessible à l’étude scientifique, possède une signature psychologique et
neurale déchiffrable, et nous verrons qu’un modèle mathématique simple peut en
être proposé.
PSYCHOLOGIE COGNITIVE EXPÉRIMENTALE 279

Les multiples facettes du concept de nombre


Le concept de nombre recouvre des contenus assez divers. Il importe donc
d’introduire d’emblée quelques distinctions terminologiques essentielles. Notre
éducation nous a habitués aux symboles numériques : les nombres écrits en base 10
à l’aide des chiffres arabes, tels que « 1053 », ou exprimés à l’aide de noms de
nombres tels que « mille cinquante trois ». Cependant, la psychologie cognitive
montre l’importance, chez l’animal et le très enfant, de la perception non-symbolique
du nombre, où la quantité 13 peut être présentée sous la forme concrète d’un
nuage de 13 points ou d’une séquence de 13 sons. Le nombre est ici considéré
comme la propriété d’un ensemble, à laquelle on réfère souvent par les termes
techniques de cardinalité ou de numérosité. Enfin, l’ordinalité fait référence au rang
d’un élément dans une série ordonnée. On s’y réfère verbalement par le biais de
nombres ordinaux (par exemple « treizième »). Le concept de nombre, chez l’adulte
éduqué, consiste en l’intégration harmonieuse de ces différentes facettes symboliques
et non-symboliques du nombre.
Il va de soi que le mathématicien souhaiterait prolonger cette liste en direction
des entiers relatifs, des fractions, des nombres réels ou complexes, voire des
quaternions ou des matrices… Pour lui, peut-être considéré comme un nombre
tout objet mental susceptible d’être manipulé selon certaines opérations cohérentes.
Pour l’instant, cependant, la psychologie cognitive ne s’est guère penchée sur ces
concepts mathématiques de plus haut niveau. Nous nous en tiendrons donc à la
perception non-symbolique de la numérosité et sa mise en liaison avec les symboles
écrits ou parlés des nombres.

La perception de la numérosité
L’adulte dispose d’au moins trois processus cognitifs distincts d’énumération,
c’est-à-dire d’appréhension de la numérosité d’un ensemble d’objets :
— la subitisation ou « subitizing » en anglais fait référence à l’appréhension
immédiate des petites numérosités (un, deux, ou trois objets) ;
— l’estimation permet d’évaluer, d’une manière approximative, la numérosité
d’un ensemble de taille arbitraire. Les recherches de Véronique Izard, au laboratoire,
ont montré qu’un adulte non-entraîné estime efficacement et rapidement des
ensembles même très grands. Toutefois, le nombre perçu n’est pas toujours relié
linéairement au nombre effectivement présenté : la sous-estimation est fréquente,
et une loi de puissance relie les deux quantités (Izard & Dehaene, 2008) ;
— enfin, le comptage, dont les principes ont été étudiés par Gelman et Gallistel
(1978), permet d’énumérer avec précision un ensemble quelconque. Il consiste à
apparier, un par un, chacun des objets énumérés avec une liste de référence qui
peut être verbale (noms de nombres) ou non-verbale (doigts, parties du corps).
Des recherches récentes confirment que les trois processus de subitisation,
d’estimation et de comptage sont dissociables. La distinction entre subitisation et
280 STANISLAS DEHAENE

comptage est évidente lorsque l’on mesure le temps de dénomination de la


numérosité d’un ensemble : au-delà de trois objets, le temps de réponse montre un
soudain accroissement linéaire. L’imagerie cérébrale détecte, à cette frontière, une
soudaine amplification de l’activité dans un vaste réseau cérébral lié au comptage
verbal, et qui comprend notamment les régions pariétales postérieures bilatérales
associées aux mouvements de l’attention. L’activité de ces régions est si
caractéristique qu’elle permet de distinguer, pratiquement essai par essai, si le sujet
a compté ou pas et combien d’objets ont été dénombrés (Piazza, Giacomini, Le
Bihan, & Dehaene, 2003). Une dissociation entre subitisation et comptage
s’observe également chez certains patients qui, à la suite d’une lésion cérébrale,
développent une simultanagnosie (Dehaene & Cohen, 1994).
Jusqu’à très récemment, il était possible de soutenir que l’estimation et la
subitisation n’étaient que le reflet d’un seul et même processus. En effet, l’estimation
se caractérise par la loi de Weber : l’imprécision de l’estimation, mesurée par son écart-
type, croît linéairement avec le nombre estimé, selon une constante de proportionalité
appelée coefficient de variation ou fraction de Weber. Pour les tous petits nombres, la
loi de Weber pourrait expliquer la subitisation, car elle aboutit à une précision
suffisante pour discriminer et nommer les numérosités 1, 2 ou 3 sans pratiquement
faire d’erreur. Ainsi la subitisation se réduirait à une sorte d’« estimation précise ».
Toutefois, la recherche de Susannah Revkin, au laboratoire, montre que cette
explication ne suffit pas (Revkin, Piazza, Izard, Cohen, & Dehaene, 2008). La
précision avec laquelle nous détectons la présence d’un, deux ou trois objets dépasse
celle attendue selon la loi de Weber, car elle excède de très loin celle avec laquelle
nous discriminons 10, 20 ou 30 objets. Ainsi, la subitisation semble-t-elle faire appel
à un système dédié, peut-être celui lié à l’appréhension des objets discrets (« object
tracking » ou « object files » system, Feigenson, Dehaene, & Spelke, 2004).

Le développement de la perception numérique


Les tests Piagétiens de conservation du nombre et d’inclusion de classes ont
initialement suggéré que le jeune enfant était dépourvu de mécanismes invariants
d’appréhension du nombre. Cependant, cette conclusion a été nettement infirmée
avec l’avènement de nouvelles méthodes d’expérimentation chez le très jeune
enfant, fondées sur l’adaptation et la réaction à la nouveauté ou à la violation de
lois physiques. De nombreuses études ont démontré une sensibilité à la numérosité
chez l’enfant de 4-6 mois. Par exemple, un bébé de six mois détecte quand la
numérosité d’un ensemble change de 8 à 16 objets ou vice-versa, même lorsque
les paramètres non-numériques tels que la densité et la surface totale sont constants
(Xu & Spelke, 2000). Les enfants détectent également la violation des règles
d’addition et de soustraction, au moins d’une façon approximative. Par exemple,
lorsqu’ils voient 5 objets, puis 5 autres, disparaître derrière un écran, ils s’attendent
à voir apparaître environ 10 objets et expriment leur surprise en regardant plus
longuement lorsque l’écran s’abaisse et révèle seulement 5 objets (McCrink &
Wynn, 2004 ; Wynn, 1992).
PSYCHOLOGIE COGNITIVE EXPÉRIMENTALE 281

Si l’estimation est bien démontrée chez le très jeune enfant, la perception des
petites numérosités 1, 2 ou 3 a été plus débattue. Certains ont suggéré que leur
discrimination n’était due qu’à des paramètres confondants tels que la quantité
totale de matière (voir Feigenson et al., 2004). Cependant de nouveaux résultats
très récents indiquent que les enfants peuvent, selon le contexte, prêter attention
soit à la numérosité, soit aux paramètres non-numériques (Feigenson, 2005).
Cordes and Brannon (2008) vont jusqu’à suggérer qu’il est plus simple, pour
l’enfant, de prêter attention au nombre qu’à la quantité totale de matière, dans la
mesure où leur fraction de Weber est plus élevée dans le second cas. Au laboratoire,
nous avons effectivement observé, à l’aide des potentiels évoqués, une discrimination
des numérosités 2 et 3 en l’absence de tout artefact non-numérique (Izard,
Dehaene-Lambertz, & Dehaene, 2008).

Ainsi tant la subitisation que l’estimation et la capacité de calcul approximatif


semblent présents chez l’espèce humaine dès la première année de vie. Il est
fascinant de constater que cette intuition numérique existe également chez de
nombreuses espèces animales (pigeons, rats, lions, singes, dauphins…). Elizabeth
Brannon, en particulier, a systématiquement mis en parallèle les compétences
arithmétiques de l’homme adulte et du singe macaque, dans des tâches qui
sollicitaient la perception approximative des numérosités, leur addition et leur
comparaison (Cantlon & Brannon, 2007). Elle observe une psychophysique très
similaire, la précision des calculs étant simplement meilleure chez l’homme.

Liens avec l’arithmétique symbolique

Dans quelle mesure ces compétences précoces pour la manipulation des


numérosités non-verbales sont-elles pertinentes pour la compréhension de l’intuition
des symboles numériques à l’âge adulte ? De nombreuses expériences suggèrent que,
dès qu’un adulte éduqué perçoit un nom de nombre ou un nombre en notation
arabe, cette entrée symbolique est rapidement et automatiquement traduite
mentalement en une quantité approximative dont la manipulation interne obéit aux
mêmes lois que celles de la manipulation des numérosités perçues sous forme
d’ensembles d’objets. Ainsi, l’expérience fondatrice de Moyer et Landauer (1967) a
montré que, lorsque nous décidons lequel de deux chiffres est le plus grand, notre
temps de réponse varie en fonction inverse de la distance numérique qui les sépare.
La taille des nombres influe également sur le jugement comparatif des nombres
présentés sous forme symbolique, et la loi de Weber rend bien compte de l’ensemble
de ces données. Plus surprenant encore, tel est également le cas lorsque nous jugeons
si deux nombres sont pareils ou différent — la réponse « différent » est plus lente
pour 8 contre 7 que pour 8 contre 1. La vérification des opérations symboliques
démontre également un effet de distance numérique : lorsqu’une opération
évidemment fausse nous est proposée, la grande distance qui sépare le résultat
proposé du résultat correct nous permet de le rejeter sans faire le calcul exact (Ashcraft
& Stazyk, 1981). Enfin, une lésion cérébrale peut faire perdre toute capacité de
282 STANISLAS DEHAENE

calcul exact, tout en laissant intact cette compétence basique pour l’approximation
(Dehaene & Cohen, 1991). Ainsi l’approximation des quantités numériques, fondée
sur la loi de Weber, apparaît-elle comme une compétence fondamentale qui
transparaît dans de nombreuses tâches symboliques.
Tout récemment, une étude développementale a confirmé que l’intuition
arithmétique des quantités approximatives précède et sous-tend l’apprentissage
ultérieur de l’arithmétique symbolique (Gilmore, McCarthy, & Spelke, 2007).
Gilmore et coll. ont donné à des enfants de 5 et 6 ans, en maternelle, des problèmes
verbaux tels que « Sarah possède 21 bonbons, et on lui en donne 30 de plus. Jean,
lui, en a 34. Qui en a le plus ? » Les enfants n’avaient reçu aucun enseignement
explicite des nombres de cette taille, ni des opérations d’addition et de soustraction.
Cependant, quel que soit leur niveau socio-économique, ils répondaient bien au delà
du niveau du hasard (60-70 % de réussite), et leurs performances suivaient la loi de
Weber, ce qui laissait penser qu’ils traduisaient mentalement les problèmes
symboliques en quantités afin d’exploiter leur intuition non-symbolique. Plus
important encore, leurs performances dans cette évaluation de l’intuition
arithmétique corrélaient avec leur réussite en mathématiques à l’école. Holloway et
Ansari (2008) ont également rapporté, chez des enfants un peu plus âgés (6-8 ans),
que la variabilité de l’effet de distance au cours de la comparaison numérique prédit
la réussite scolaire en mathématiques, mais pas les scores de lecture. Dans l’ensemble,
ces résultats suggèrent que l’appréhension de la numérosité approximative et des
relations de distance entre les nombres, fondée sur la loi de Weber, joue un rôle
déterminant pour la bonne compréhension ultérieure de l’arithmétique symbolique.

Les mécanismes cérébraux de l’arithmétique élémentaire


Quels sont les mécanismes cérébraux de l’arithmétique élémentaire ? Les toutes
premières études d’imagerie cérébrale, en SPECT, en TEP puis en IRM
fonctionnelle, ont rapidement isolé une région importante : dès qu’un adulte
calcule mentalement, on observe une activation bilatérale des flancs du sillon
intrapariétal (voir Dehaene, Piazza, Pinel, & Cohen, 2003). Cette région occupe
une position bien précise au sein d’une mosaïque de régions sensori-motrices
impliquées dans les mouvements des yeux, de la main ou du doigt (Simon, Mangin,
Cohen, Le Bihan, & Dehaene, 2002). Son activation est présente quel que soit le
calcul effectué, et même lorsque le sujet se contente de comparer deux nombres
ou de détecter la présence d’un chiffre parmi des lettres. La région intrapariétale
semble jouer un rôle important dans la représentation abstraite des nombres, dans
la mesure où elle s’active quelle que soit la notation utilisée pour présenter les
nombres (chiffres arabes, noms de nombres parlés ou écrits) et ce, dans toutes les
cultures qui ont pu être testées (Chine, Japon, États-Unis, Israël, Europe).
L’activation intrapariétale est également présente lorsque l’on présente des
numérosités sous forme d’ensembles de points (Piazza, Izard, Pinel, Le Bihan, &
Dehaene, 2004). Une méthode d’adaptation a permis de démontrer la convergence
PSYCHOLOGIE COGNITIVE EXPÉRIMENTALE 283

des représentations symboliques et non-symboliques des nombres dans cette région


(Piazza, Pinel, Le Bihan, & Dehaene, 2007). La même méthode, étendue à
l’enregistrement des potentiels évoqués chez le bébé de 2-3 mois, a montré que le
cortex intrapariétal est activé, particulièrement dans l’hémisphère droit, dès quelques
mois de vie à la présentation d’ensemble d’objets dont la numérosité varie (Izard et
al., 2008). Des lésions intrapariétales précoces pourraient d’ailleurs être à l’origine
de dyscalculies du développement chez certains enfants (Molko et al., 2004).
Il est cependant évident que cette région intrapariétale n’est pas la seule à
contribuer aux opérations arithmétiques. Chez l’adulte, des réseaux étendus,
corticaux et sous-corticaux, interviennent à différentes étapes de représentation et
de manipulation des nombres, notamment sous forme symbolique ou linguistique
(Dehaene & Cohen, 1995). La manipulation des nombres exacts et les opérations
de récupération des faits arithmétiques en mémoire, en particulier, font appel à un
vaste réseau qui implique le gyrus angulaire gauche et les aires périsylviennes du
langage, tandis que la région intrapariétale elle-même est maximalement activée
lors des opérations d’approximation et de comparaison (Dehaene, Spelke, Pinel,
Stanescu, & Tsivkin, 1999). Au cours de l’entraînement arithmétique, l’activité
corticale se déplace progressivement depuis la région intrapariétale vers le gyrus
angulaire à mesure que le participant enregistre les faits correspondants en mémoire
verbale, particulièrement les tables de multiplication (Delazer et al., 2003 ;
Ischebeck et al., 2006).
Ces résultats concordent avec l’hypothèse d’un noyau de compétences numériques,
associé au cortex intrapariétal bilatéral, présent dans toutes les cultures et indépendant
du niveau d’éducation, et complété d’un second réseau associé aux stratégies de
calcul symbolique acquises au cours de l’éducation. La neuropsychologie de
l’acalculie confirme globalement cette double dissociation : les lésions intrapariétales
focales tendent à perturber l’intuition même des quantités numériques, dans des
tâches aussi simples que l’addition, la soustraction, la comparaison, ou l’estimation
des numérosités, tandis que les lésions des aires périsylviennes ou des noyaux gris
centraux de l’hémisphère gauche tendent à perturber les tables arithmétiques
mémorisées (Lemer, Dehaene, Spelke, & Cohen, 2003).

Les neurones des nombres


L’une des découvertes les plus fascinantes de ces dernières années est certainement
celles des mécanismes neurophysiologiques de l’arithmétique élémentaire chez le
singe macaque. A la suite de travaux antérieurs de Thompson et coll. (1970) et
Sawamura et coll (2002), Andreas Nieder et Earl Miller, au Massachussetts Institute
of Technology puis à l’Université de Tübingen, ont enregistré l’activité de centaines
de neurones chez des singes éveillés qui avaient été entraînés à réaliser une tâche
de comparaison différée des numérosités de deux ensembles d’objets. Ils ont
découvert, dans le cortex préfrontal et intrapariétal, l’existence de populations de
neurones dont le taux de décharge varie avec le nombre d’objets présentés. Certains
284 STANISLAS DEHAENE

neurones sont activés préférentiellement par un objet unique, d’autres par deux,
par trois, par quatre ou par cinq objets (Nieder, 2005), et même jusqu’à une
trentaine d’objets (Nieder & Merten, 2007).

Le profil détaillé des réponses de ces neurones indique un codage de la numérosité


selon la loi de Weber, coïncidant précisément avec celui qui avait été inféré des
études psychophysiques chez l’homme. Chaque neurone présente en effet une
courbe d’accord autour de sa numérosité préférée. Sur une échelle linéaire, la
largeur de la courbe croit linéairement avec la numérosité préférée, ce qui correspond
quantitativement à la loi de Weber. Mais la description la plus compacte des
réponses neuronales est une courbe d’accord constante, avec une variabilité fixe et
de forme Gaussienne, lorsque les numérosités sont représentées sur une échelle
logarithmique. Cette représentation est dite « log-Gaussienne ». Elle implique
qu’au niveau de la population de neurones, le paramètre de nombre est représenté
par un groupe épars de neurones selon un code partiellement distribué qui
représente la numérosité approximative et non la cardinalité exacte.

Ces « neurones des nombres » sont localisés dans le cortex préfrontal dorsolatéral,
mais également dans les lobes pariétaux, dans les profondeurs du sillon intrapariétal,
dans l’aire ventrale intrapariétale (VIP). Il est à noter que les neurones pariétaux ont
une réponse plus rapide, tandis que les neurones préfrontaux répondent
préférentiellement au cours de la phase de délai de la tâche de réponse différée. Ainsi,
l’extraction initiale de l’information de numérosité se ferait dans l’aire VIP, tandis que
sa mémorisation impliquerait préférentiellement le cortex préfrontal. Par sa localisation
absolue, mais également relative à d’autres régions telles que les aires AIP et LIP
impliquées dans les mouvements des yeux et de la main, l’aire VIP constitue un
homologue plausible, chez le singe, du segment horizontal du sillon intrapariétal qui
est activé chez l’homme au cours de diverses opérations arithmétiques (Simon et al.,
2002). De fait, la méthode d’adaptation en IRMf a permis à mon laboratoire de
démontrer, chez l’homme, l’existence d’un codage cérébral log-Gaussien des
numérosités, très semblable à celui observé chez le singe macaque (Piazza et al., 2004).

Notons que, tout récemment, Roitman et coll. (2007) ont découvert un second
type de code neural de la numérosité, dans une région pariétale plus latérale et
postérieure (l’aire LIP). Les neurones de l’aire LIP diffèrent de ceux de l’aire VIP
(étudiés par Nieder et Miller) en plusieurs points. Tout d’abord, ils ne sont pas
accordés à un nombre préféré, mais leur taux de décharge varie de façon monotone
avec la numérosité, en croissant ou en décroissant avec le logarithme de la numérosité
de l’ensemble présenté. En second lieu, ces neurones possèdent des champs récepteurs
limités et ne répondent donc qu’à la numérosité du sous-ensemble d’objets qui
apparait dans une région rétinotopique bien délimitée — pas au nombre total
d’objets présent sur la rétine. Les deux propriétés — monotonie et rétinotopie — ont
récemment été observées indirectement chez l’homme dans une illusion d’adaptation
à la numérosité (Burr & Ross, 2008), ce qui suggère que ce second code neuronal de
l’aire LIP pourrait également exister dans l’espèce humaine.
PSYCHOLOGIE COGNITIVE EXPÉRIMENTALE 285

Un modèle mathématique de la décision numérique

Pourquoi une telle coexistence de deux codes neuronaux distincts, l’un avec une
variation monotone du taux de décharge en fonction de la numérosité, l’autre avec
une courbe d’accord à une numérosité préférée ? Il convient d’interpréter ces
résultats avec prudence, dans la mesure où ces deux populations de neurones n’ont
été observées que très récemment, dans des laboratoires différents, chez des animaux
différents et entraînés à des tâches numériques différentes. Toutefois, ces résultats
s’accordent bien avec un modèle théorique qui suppose que les neurones monotones
et accordés constituent deux étapes distinctes de l’extraction d’une représentation
invariante de la numérosité (Dehaene & Changeux, 1993 ; Verguts & Fias, 2004).
Selon ce modèle, la numérosité approximative peut être extraite d’une carte
rétinienne détaillée en trois étapes successives : (1) codage rétinotopique des
positions occupées par les objets, indépendamment de leur identité et de leur taille,
donc avec une quantité fixe d’activation pour chaque objet ; (2) addition
approximative de ces activations à travers l’ensemble de la carte, par le moyen de
« neurones d’accumulation » dont le niveau d’activité varie de façon monotone en
fonction de la numérosité ; (3) seuillage de cette activation par des neurones avec
des seuils croissants et une forte inhibition latérale, ce qui conduit à une population
de neurones accordés aux différentes numérosités. La simulation de ce modèle par
ordinateur, sous forme d’un réseau de neurones formels, montre qu’on aboutit
naturellement, à ce dernier niveau, à un codage log-Gaussien de la numérosité.
Avec quelques adaptations, les neurones d’accumulation peuvent être identifiés aux
neurones de l’aire LIP étudiés par Roitman et coll., tandis que les neurones accordés
à la numérosité correspondraient aux neurones de l’aire LIP enregistrés par Nieder
et Miller. Il est à noter qu’anatomiquement, les neurones de LIP projettent
effectivement vers ceux de VIP. De plus, les neurones de VIP semblent répondre
à l’ensemble du champ visuel, ce qui est compatible avec l’hypothèse qu’ils reçoivent
des entrées convergentes de nombreux neurones rétinotopiques de l’aire LIP.

A partir de ce code neural log-Gaussien, un modèle mathématique de prise de


décision, capable de rendre compte des taux d’erreurs et des temps de réponse dans
diverses tâches numériques élémentaires, a également été développé (Dehaene,
2007). Lorsque la décision est prise en un temps fixe, sans pression de rapidité, et
que seul le taux d’erreurs doit donc être modélisé, la théorie de la détection du
signal peut être appliquée très directement au code log-Gaussien. Ce modèle rend
bien compte des compétences animales et humaines dans des tâches élémentaires
de comparaison pareil-différent ou plus grand-plus petit (Dehaene, 2007 ; Piazza
et al., 2004). Il peut également être adapté à la dénomination des numérosités
(Izard & Dehaene, 2008) et à l’addition ou à la soustraction de deux numérosités,
moyennant quelques hypothèses supplémentaires sur la combinaison des variances
associées à chaque opérande (Barth et al., 2006 ; Cantlon & Brannon, 2007).

Lorsque la tâche implique une décision rapide en temps limité, la modélisation


du temps de réponse fait appel à un modèle mathématique plus sophistiqué. Ce
286 STANISLAS DEHAENE

modèle se fonde sur les travaux de Mike Shadlen qui indiquent que la prise de
décision en temps réel, sur la base de signaux bruités, s’appuie sur certains neurones
pariétaux et préfrontaux qui réalisent une accumulation des données stochastiques
que les stimuli apportent en faveur de chacune des réponses possibles. Cette
accumulation peut alors décrite mathématiquement comme une marche aléatoire
apparentée à un mouvement Brownien. La décision est prise lorsque, pour l’un des
réponses, la marche aléatoire de l’accumulateur atteint un seuil fixé à l’avance. La
réponse correspondante est alors sélectionnée. On peut démontrer que ce mécanisme
d’accumulation statistique avec seuil constitue un mécanisme optimal de prise de
décision en temps réel (Gold & Shadlen, 2002).

L’analyse montre qu’au moins dans des tâches très simples telles que la
comparaison de deux nombres, le modèle log-Gaussien doublé d’une prise de
décision par accumulation conduit à des prédictions très étroitement ajustées aux
données expérimentales. L’influence de la distance entre les nombres à comparer
est correctement modélisée, et le modèle explique pourquoi la forme de cet effet
diffère selon que l’on considère le taux d’erreur ou le temps de réponse moyen. La
distribution des temps de réponse, et la manière dont celle-ci varie avec la présence
d’une tâche interférente, sont également expliqués en grand détail (Sigman &
Dehaene, 2005).

L’impact des symboles sur la cognition numérique

Le modèle décrit ci-dessus suppose que l’acquisition des symboles numériques


tels que les chiffres arabes consiste tout simplement à mettre en relation ces formes
arbitraires avec la représentation log-Gaussienne des numérosités correspondantes,
en sorte que la prise de décision met en jeu les quantités et non plus les symboles
eux-mêmes. Cependant, plusieurs éléments convergents suggèrent que cette vision
est un peu trop simple, et que l’acquisition de symboles pour les nombres change
également en profondeur la représentation non-verbale des quantités numériques.

Verguts et Fias (2004) ont simulé l’apprentissage non-supervisé dans un réseau de


neurones formels qui est exposé, soit à des numérosités seules, soit à des numérosités
appariées avec le symbole correspondant. Dans le premier cas, le réseau développe
des neurones « détecteurs de numérosité » très semblables à ceux décrits par Nieder
et Miller, avec une courbe d’accord log-Gaussienne. Cependant, l’appariement avec
des symboles modifie profondément cette représentation. Bien que les neurones
restent accordés à la numérosité approximative, ils répondent de façon très précise à
chaque symbole numérique. La courbe d’accord des neurones présente toujours un
effet de distance, mais avec une grande composante ‘tout-ou-rien’ doublé d’un petit
effet linéaire. D’autre part, contrairement à la loi de Weber, tous les neurones
présentent la même courbe d’accord, avec une largeur fixe pour tous les nombres
testés (1 à 5). Ainsi, le réseau exposé aux symboles développe un nouveau type de
représentation que l’on qualifie de linéaire avec une variabilité fixe.
PSYCHOLOGIE COGNITIVE EXPÉRIMENTALE 287

La proposition théorique de Verguts et Fias pourrait expliquer plusieurs aspects de


l’intuition attachée aux symboles numériques. L’analyse fine des temps de réponse
montre des différences non-négligeables entre la comparaison des nombres présentés
sous forme symbolique et sous forme de numérosités d’ensembles de points, qui
correspondent à l’emploi d’une représentation plus précise et plus linéaire des
symboles numériques (Dehaene, 2007). Les expériences d’IRM fonctionnelle de
Piazza et coll. (Piazza & Dehaene, 2004 ; Piazza et al., 2007) présentent également
de subtiles asymétries qui suggèrent que, lorsque les nombres sont présentés sous
forme symbolique, le codage des quantités semble plus précis dans l’hémisphère
gauche que dans le droit et pourrait ressembler à celui prédit par le modèle. Le peu
de données dont nous disposons sur l’IRM fonctionnelle du développement de
l’arithmétique suggère effectivement qu’au cours de l’éducation, c’est surtout la
région pariétale gauche qui est modifiée, tant dans son activité de base que dans la
taille de son effet de distance, ce qui suggère un raffinement de la précision du codage
des nombres au sein de l’hémisphère gauche (Ansari & Dhital, 2006).
Tout récemment, Diester et Nieder (2007) ont publié la toute première étude
neurophysiologique des mécanismes cérébraux de l’acquisition des symboles chez
le primate non-humain. Ils ont entraîné deux singes à apparier des chiffres arabes
entre 1 et 4 avec les numérosités correspondantes. Dans le cortex préfrontal
dorsolatéral, après l’apprentissage, de nombreux neurones codaient simultanément
pour le même nombre, indépendamment de son format de présentation symbolique
ou non-symbolique. Contrairement au modèle de Verguts et Fias, la courbe
d’accord des neurones ne se modifiait pas selon la notation. Etonnamment, dans
le cortex intrapariétal, les neurones se spécialisaient soit pour les chiffres arabes,
soit pour les numérosités, mais ne répondaient pas aux deux formats simultanément.
Ainsi, seul le cortex préfrontal, chez l’animal, semble susceptible de coder la
relation arbitraire entre un symbole et sa signification. Chez l’homme, un
entraînement plus important, ainsi que de probables différences d’architecture
cérébrale, pourraient entraîner une automatisation du signe et un transfert de ces
neurones de conjonction vers les aires postérieures du cerveau. Dans leur étude
d’IRM fonctionnnelle du développement arithmétique, Rivera et coll. (2005) ont
effectivement observé un déplacement massif de l’activité préfrontale avec l’âge, au
profit de régions occipito-temporales et pariétales gauches qui pourraient
correspondre respectivement aux codes des symboles et des quantités.

Représentation spatiale des nombres et synesthésie numérique


L’éducation arithmétique s’accompagne d’un autre changement important :
l’apprentissage de liens systématiques entre les nombres et l’espace. L’intuition
d’une échelle spatiale des nombres joue un rôle essentiel en mathématiques, depuis
la notion de mesure (géo-métrie) jusqu’à l’étude des nombres irrationnels, de la
droite réelle, des coordonnées Cartésiennes ou du plan complexe. De nombreuses
études démontrent l’automaticité du lien entre les nombres et l’espace chez
l’homme adulte : la simple présentation d’un chiffre arabe suffit à biaiser les
288 STANISLAS DEHAENE

réponses motrices et l’attention visuo-spatiale, en direction de la droite pour les


grands nombres et de la gauche pour les petits nombres. Cet « effet SNARC »
(spatial-numerical association of response codes) dépend de variables attentionnelles
et culturelles telles que la direction de l’écriture — la direction de l’effet tend à
s’inverser dans les cultures qui lisent de droite à gauche (Dehaene, Bossini, &
Giraux, 1993).
L’association nombre-espace elle-même semble provenir des liens anatomiques
très étroits qu’entretient la région intrapariétale moyenne, impliquée dans le codage
du nombre, avec les régions voisines impliquées dans le codage de l’espace. En
particulier, un circuit relie les aires LIP et VIP, qui sont impliquées dans le
mouvement des yeux et le codage des positions pertinentes de l’espace. Avec Ed
Hubbard, sur la base d’une revue détaillée de ces questions, j’ai proposé que ce
circuit VIP-LIP soit en partie recyclé pour l’arithmétique élémentaire (Hubbard,
Piazza, Pinel, & Dehaene, 2005). Avec André Knops et Mariagrazia Ranzini, nous
avons obtenu des données d’IRM fonctionnelle, de potentiels évoqués et de
comportement qui vont dans ce sens. En effet, la simple présentation d’un nombre
induit une activation latéralisée des régions pariétales postérieures (homologue
plausible de l’aire LIP chez l’homme). De plus, l’addition et la soustraction
évoquent automatiquement un mouvement vers la droite et la gauche respectivement.
Ces liens spatio-numériques demeurent non-conscients chez la plupart des
personnes testées. Cependant, chez de rares individus, leur accès à la conscience
pourrait peut-être expliquer le phénomène de synesthésie numérique. Ces personnes,
en effet, affirment voir, au sens littéral, les nombres à des positions spatiales bien
déterminées sur une échelle spatiale interne.
Bien qu’intuitive et automatique, la correspondance entre nombres et espace
n’est pas entièrement fixe. Elle se modifie considérablement au cours de
développement et en fonction de l’éducation. Siegler et Opfer (2003) ont présenté
une tâche dans laquelle des enfants doivent disposer les nombres qu’on leur énonce
sur un segment étiqueté par exemple avec le nombre 1 à gauche et le nombre 100
à droite. Les enfants les plus jeunes (CP) placent les nombres en correspondance
avec l’espace d’une façon certes monotone, mais non-linéaire. Ils accordent
beaucoup plus de place aux petits nombres et tendent à suivre une échelle
compressive et logarithmique, selon laquelle 10 se situe au milieu de 1 et de 100.
Les réponses ne deviennent linéaires que chez les enfants plus âgés, entre 8 et
10 ans. Avec Pierre Pica, Véronique Izard et Elizabeth Spelke, nous avons montré
que l’éducation joue un rôle essentiel : chez les indiens Mundurucus d’Amazonie,
des personnes adultes mais dépourvues d’éducation mathématique répondent de
façon logarithmique à des nombres entre 1 et 10 présentés de façon verbale ou
non-symbolique (Dehaene, Izard, Spelke, & Pica, 2008). L’échelle de similarité
logarithmique, qui dérive de la loi de Weber, semble donc faire partie des intuitions
fondamentales de l’humanité (étant entendu que cette intuition est approximative
et n’inclut pas des propriétés mathématiques abstraites de la fonction logarithme
telles que la transformation des sommes en produits). De nombreux indices
PSYCHOLOGIE COGNITIVE EXPÉRIMENTALE 289

suggèrent que, chez l’adulte éduqué, la représentation logarithmique n’a pas


vraiment disparu. Les échelles logarithmique et linéaire semblent coexister et être
sélectionnées en fonction des instructions et du contexte de la tâche.

Conclusion
L’intuition arithmétique humaine consiste en un réseau complexe de connaissances
qui vont de la capacité d’estimer rapidement la cardinalité approximative d’un
ensemble à celle d’anticiper le résultat d’une addition, de juger que 8 est plus grand
que 3, ou de voir les nombres dans l’espace et d’évaluer que 3 est plus proche de
1 que de 10. Le noyau de ces connaissances numériques consiste en une
représentation log-Gaussienne de la numérosité approximative. Ce noyau de
connaissances est déjà présent chez le très jeune enfant et de nombreuses espèces
animales, et est associé à un circuit cérébral situé dans la région intrapariétale
bilatérale. L’apprentissage des symboles de l’arithmétique formelle s’appuie
fortement sur ce sens précoce des nombres, bien que notre compréhension de la
manière dont ce dernier est modifié par l’éducation demeure très imparfaite. Ce
sera l’une des questions importantes de la recherche à venir. Un enjeu essentiel sera
de mieux utiliser ces connaissances afin d’améliorer l’enseignement de l’arithmétique
et de mieux comprendre l’origine des dyscalculies.

Séminaire

En complément du cours, le séminaire a porté spécifiquement sur la représentation


du nombre chez l’enfant. Son objectif explicite était de revisiter ce domaine
initialement exploré par Jean Piaget et ses collaborateurs sous le regard critique des
contributions récentes de la psychologie cognitive du développement. Six chercheurs
réputés sont venus présenter leurs contributions à ce domaine :
— Marie-Pascale Noël (Université de Louvain) a présenté l’état actuel des
connaissances sur la dyscalculie développementale, son évaluation, ses causes
possibles et sa rééducation.
— Lisa Feigenson (Johns Hopkins University) a décrit ses recherches sur la
cognition numérique chez le nourrisson, qui démontre notamment une capacité
hiérarchique d’appréhension du nombre d’ensembles d’objets.
— Daniel Ansari (University of Western Ontario) s’est placé dans une
perspective neuro-physiologique, en expliquant quelle pouvait être la contribution
des outils d’imagerie cérébrale à la compréhension du développement cognitif de
l’enfant entre la naissance et l’adolescence. Il a présenté les toutes premières images
du développement cérébral de l’arithmétique.
— Michel Fayol (Université de Clermont-Ferrand) s’est intéressé aux mécanismes
de l’apprentissage du comptage et des faits arithmétiques, notamment chez l’enfant
d’âge scolaire. Le calcul constitue, en effet, l’un des premiers écueils sur lesquels
viennent buter les jeunes enfants.
290 STANISLAS DEHAENE

— Matthieu Le Corre (Harvard University) est revenu sur une phase


particulièrement importante du développement de l’enfant, entre 2 ans et demi et
3 ans et demi, où celui-ci comprend soudainement ce qu’est le comptage et, par
ce biais, accède à une représentation de la numérosité exacte.
— Enfin Elizabeth Spelke (Harvard University) a présenté un panorama étendu
des recherches de son groupe sur le noyau des connaissances numériques chez le
très jeune enfant. Les recherches comportementales qu’elle a présentées visent à
séparer les connaissances universelles de l’enfant de celles qu’il acquiert par le biais
de l’éducation et de l’immersion dans une culture et un environnement linguistique
spécifique.

Bibliographie succincte

Le cours a repris et mis à jour de nombreux éléments de mon livre La bosse des maths
(Odile Jacob, 1997). Il s’est appuyé sur plusieurs autres ouvrages et articles de revue :
Piaget, J. and A. Szeminska (1941). La génèse du nombre chez l’enfant. Neuchâtel,
Delachaux & Niestlé.
Gelman, R. and C. R. Gallistel (1978). The child‘s understanding of number. Cambridge
Mass., Harvard University Press.
Fuson, K. C. (1988). Children’s counting and concepts of number. New York : Springer-
Verlag.
Dehaene, S. (1993). Numerical Cognition. Oxford, Blackwell.
Butterworth, B. (1999). The Mathematical Brain. London, Macmillan.
Dehaene, S., Molko, N., Cohen, L., & Wilson, A. J. (2004). Arithmetic and the brain.
Current Opinion in Neurobiology, 14(2), 218-224.
Nieder, A. (2005). « Counting on neurons : The neurobiology of numerical competence ».
Nature Reviews in Neuroscience.
Hubbard, E.M., Piazza, M., Pinel, P., & Dehaene, S. (2005). Interactions between
number and space in parietal cortex. Nature Reviews in Neuroscience, 6(6), 435-448.

Principaux articles cités :


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sulcus during nonsymbolic magnitude processing : an event-related functional magnetic
resonance imaging study. J Cogn Neurosci, 18(11), 1820-1828.
Ashcraft, M.H., & Stazyk, E.H. (1981). Mental addition : A test of three verification
models. Memory And Cognition, 9, 185-196.
Barth, H., La Mont, K., Lipton, J., Dehaene, S., Kanwisher, N., & Spelke, E. (2006).
Non-symbolic arithmetic in adults and young children. Cognition, 98(3), 199-222.
Burr, D., & Ross, J. (2008). A visual sense of number. Curr Biol, 18(6), 425-428.
Cantlon, J.F., & Brannon, E.M. (2007). Basic math in monkeys and college students.
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