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Université de Cergy-Pontoise

Construction d’une culture


artificielle : Le Mouvement « Emo »

DUFRENOY KEVIN
Mémoire de Master 1
Ingénierie éditoriale et communication
Sous la direction de Michel Rolland
2006 - 2007

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Remerciements
Je remercie tous les gens qui m’ont aidé à réaliser ce mémoire.

Tous ceux qui ont répondu à mon sondage, et ils sont nombreux, merci encore.

Tous les gens qui se sont intéressé à mon sujet ou qui ont fait semblant.

Merci à Sandrine pour son aide précieuse et son talent.

Merci a Jey du groupe Vegastar pour cette petite interview autour d’un verre

Merci aux groupes de rock Odja, Fickle, Madame Kay et Tracy Gang Pussy

pour leur disponibilité et les nombreuses réponses qu’ils m’ont apporté

Et le plus important : merci à Mr Rolland d’avoir validé ce sujet qui me tenait à

cœur. Un immense merci à tout le monde.

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Sommaire
Avant Propos – Page 5

Introduction – Page 7

I) La naissance du concept Emo : une Hybridation musicale


De la naissance du Punk à l’apparition du Hardcore – Page 9

Les premières formes de musique Emo – Page 11

Le Emo aujourd’hui : entre violence et chagrin – Page 13

Une Incessante mutation – Page 15

Critiques Musicales et mouvement Emo – Page 16

II) Un recyclage de codes esthétiques


Des couleurs et des symboles – Page 19

Maquillage et Androgynie – Page 20

Une coupe de cheveux indispensable – Page 20

Tatouages et piercings – Page 22

Vêtements et Accessoires – Page 22

Le Street Wear et le Do It Yourself – Page 23

Un look, une étiquette – Page 24

III) Etre et penser Emo aujourd’hui


Tolérance et intolérance - Page 26

La « Gay Friendly Attitude » - Page 27

Le regard des autres – Page 27

IV) Internet, médium officiel du mouvement


Le phénomène myspace, une opportunité artistique ? – Page 29

…Ou une régression critique ? - Page 31

La messagerie instantanée – Page 32

Un exemple plus personnel : le blog « Emorockstar » - Page 33

Conclusion – Page 35

Bibliographie – Page 36

Document annexe – Page 38

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Avant-propos

Avant toute analyse et tout développement, il me faut justifier le choix de ce sujet.

Construction d’une culture artificielle : Le Mouvement « Emo ». Pour faire simple et avant

de rentrer dans les détails, le terme Emo désigne un concept musical dérivé du Rock

au départ, devenu esthétique et artistique par la force des choses. Il est actuellement

en proie à une récupération commerciale intense même si, paradoxalement, les

médias et le domaine audiovisuel en particulier restent assez muets sur le sujet. J’ai

donc choisi de joindre l’utile à l’agréable en associant ce projet de mini mémoire à ce

qui me passionne depuis plusieurs années et parfois avec obsession : la musique et

plus particulièrement la musique Rock. Contrairement à ce que l’on pourrait en

déduire, la rédaction de ce travail ne s’est pas faîte sans encombres. Evidemment, le

choix du sujet et la construction du plan se sont facilement imposés dans mon esprit

mais plusieurs obstacles sont venu se greffer à cette entreprise. Tout d’abord, en

discutant de ce sujet autour de moi et au cours de mes enquêtes, j’ai pu constater que

celui-ci était assimilé à une sorte de fantaisie post-adolescente et complètement

dérisoire. C’est en essayant de réaliser un sondage au moyens de questionnaires que

je m’en suis rendu compte, certaines personnes n’ayant pas caché leur étonnement,

leur scepticisme, voir leur réticence à répondre à mes questions. Ensuite, il n’existe

pas véritablement d’ouvrages sur ce thème. Il en existe bien sur la culture Rock et ses

dérivés mais pas sur ce mouvement précisément. J’ai malgré tout décidé de me

débrouiller et d’accentuer mes recherches. Ce qui se présentait comme une accroche

s’est progressivement transformer en excitation, celle d’être un des premiers

« explorateurs » de ce mouvement, en restant le plus scientifique possible

évidemment. Il n’est pas question de s’inscrire dans un quelconque mouvement.

D’un point de vue communicationnel, ce sujet s’est également révélé pertinent,

puisque la modernisation de la musique est telle qu’un Artiste ou un musicien

trouvera dans l’Internet l’outil indispensable à sa promotion. Le mouvement Emo

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n’échappe pas à la règle via des hébergeurs musicaux tels que Myspace ou

Purevolume, que nous étudierons plus en détail dans ce mémoire.

Enfin, j’ai voulu pour ce mémoire installer l’ambiance la plus propice à sa rédaction.

Plus de deux cents morceaux différents ont tourné encore et encore dans une chaîne

Hi-fi au bord de l’épuisement. Plus d’une centaine de photos ont été regardées,

plusieurs allers-retours en région parisienne ont été effectués. Une impressionnante

dose d’énergie a été fournie pour ce devoir, tous les ingrédients ont été réunies pour

en faire un travail sérieux. N’en déplaise à ceux que cela fait rire…

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Introduction

Peut-être n’avez-vous jamais entendu parler des « Emo » (prononcez « Imo » à

l’anglaise). Il n’y aurait rien de très étonnant. Cet étrange mot de trois lettres fait

pourtant beaucoup parler de lui dans les cours de récréation, dans les salles de

concerts, dans la presse musicale et artistique mais aussi et surtout sur Internet. Mais

le concept Emo, tel qu’il se définit en 2007, est très récent. Il est de fait que certains

médias mettent une dizaine d’année avant de « digérer » un nouveau mouvement

culturel, à s’en approprier les codes et les consignes, à s’en imprégner totalement. Le

mouvement dont nous allons parler n’existe que depuis quelques années, il est donc

passé relativement inaperçu aux yeux du monde, un peu comme le néo-métal

quelques années auparavant. Mais il est bel et bien présent, pourtant.

Les cours de récréation ont toujours vu s’affronter différentes cultures, différentes

mentalités. Nous ne sommes pas si loin de la « guerre des genres » que l’on retrouve

fréquemment dans les films américains dit « Teen Movies ». Chaque clan possède

son coin de collège, de lycée ou son bout d’Université. Vous connaissiez les

Gothiques, ces adeptes de la noirceur, de la beauté baudelairienne ou des

vociférations anticléricales de Marilyn Manson. Vous connaissiez les Punks, qui

célèbrent actuellement les trente ans d’existence de leurs mouvement, vestes en cuirs

sur le dos et crêtes multicolores sur le crâne. Vous connaissiez les « Hippies », Vous

connaissiez les « rappeurs », toujours au fond de la classe, casquettes à l’envers et

peu concernés par les discours du corps enseignant. Depuis quelques années les

cours de récréation ont laissé place à une nouvelle famille. La salle de classe accueille

un nouvel élève qui, probablement, viendra s’asseoir entre l’élève gothique et l’élève

Punk avec lesquels il a le plus d’affinité. Vous l’aurez compris, il s’agit du Emo,

nouveau bouc émissaire à la coupe de cheveux asymétrique et de piercings

recouvert. Qui est-il exactement ? Quels sont ses passions, ses aspirations, ses

motivations ? Comment et quand s’est-il retrouvé au cœur de cette cour de

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récréation ? Comment communique t-il et quels sont ses mentors ? Comment ce

nouveau mouvement s’est t-il construit ? Ce mémoire tentera de mieux comprendre

le monde des Emo, de percer leurs mystères, de déchiffrer les codes de leur existence

et d’observer comment ce mouvement musical est devenu, par la force des choses, un

véritable concept culturel. Nous commencerons par une partie musicale puisque la

naissance de l’Emo appartient au domaine du Rock avant de nous attacher à une

partie plus esthétique, plus superficielle puisque l’on parlera du « look » Emo. Dans

une troisième partie, nous tenterons de cerner le caractère de l’Emokids avant

d’aborder une quatrième grande partie consacrée à Internet, médium principal de ce

mouvement. Nous serons accompagné, le long de ce mémoire par les interventions

de plusieurs groupes français, et notamment celle de Jey, guitariste du groupe

Vegastar, qui a bien voulu nous accorder un entretien de plusieurs heures. Mieux

encore, vous pourrez suivre l’évolution de ce mémoire grâce à un CD Sampler,

chaque groupe présent sur celui-ci sera marqué d’une petite annotation musicale. Il

est maintenant temps d’accueillir ce nouvel élève.

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I - La naissance du concept Emo : une
hybridation musicale

Le concept Emo est une mode adolescente. Et pour cause, on situe la moyenne

d’âge de ses adeptes entre 14 à 25 ans. Comme beaucoup de cultures jeunes, ce

nouveau concept possède une origine musicale solide et pourtant plutôt mal connue

de ceux qui le cultivent. Afin de fournir une explication précise de ce mouvement,

nous commencerons notre devoir par la forme musicale du mouvement Emo.

Comme l’annonce le titre, ce mouvement, tel qu’il s’impose en 2007, est le fruit d’une

multitude d’hybridations et de mutations. Le nom de ce mouvement est un diminutif

du mot « Emocore » qui est lui-même une abréviation de l’expression « Emotional

Hardcore ». Dès lors, il n’est pas bien difficile d’imaginer l’origine et les perspectives

de cette nouvelle pensée musicale. Aujourd’hui, ce fameux petit mot de trois lettres

regroupe plusieurs variétés de musique proches du Punk Rock mais chargées en

émotions. Mais un petit retour dans le temps s’impose.

1.1 - De la naissance du Punk à l’apparition du Hardcore

Pour retrouver une des premières traces de ce mouvement, il nous faut revenir

presque vingt-cinq ans en arrière. Le mot Emo apparaît pour la première fois dans les

années 80 et désigne une variante de la musique Hardcore. Qu’est ce que le

Hardcore ? Remontons encore le temps de quelques années. Nous sommes à la fin

des années 70, plus précisément en 1976-1977. Un nouveau genre musical fait son

apparition, d’abord au Royaume-Uni, puis en Amérique, avant de s’étendre au reste

du monde. Il s’agit, bien évidemment, du Punk, ou Punk Rock, nouvelle expression

musicale brute et rageusement hostile aux valeurs établies. Plus qu’une nouvelle

manière de faire parler sa guitare et de marteler ses fûts, ce nouveau concept

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s’impose comme une philosophie basée sur la liberté de création artistique. Les labels

indépendants se multiplient, la rue devient un terrain de propagande et d’expression

à travers la circulation de flyers ou encore de fanzines. C’est également à cette

époque que naît le « Do It Yourself », fameuse invitation à une émancipation créative

généreusement offerte par un certain Sid Vicious. Le Heavy Métal et le Rock

Progressif, qui se caractérisent par la grandiloquence de leurs compositions et par

leur attachement solide aux majors de l’industrie musicale, sont rejetés avec

véhémence. Désormais, le Rock sera brut, simple et surtout sans autre prétention que

celle de s’affranchir de toutes règles préexistantes. Musicalement, les morceaux sont

raccourcis, abandonnant toute possibilité de démonstrations techniques et de ce fait

toute « vanité » de la part de ses auteurs, le fond épouse la forme dans une chaotique

harmonie de texte revendicateurs et de riffs immodérés. Il paraît presque inutile de

rappeler que les pionniers du mouvement Punk furent les Ramones (♪) pour ce qui

est des formations américaines et les Sex Pistols (♪) de l’autre côté de la manche.

Mais, et comme toute forme de culture, le Punk, d’abord doctrine artistique des

« Garage Bands », pionnier d’une nouvelle façon d’utiliser l’électricité, fut rattrapé

par son engouement et récupéré commercialement. Et ce qui naquît comme une

philosophie, un concept artistique à part entière, un bouleversement des valeurs

sociales, fut exploité comme un produit à l’instar du mouvement Hippie, une dizaine

d’année auparavant. Evidemment, à l’époque, le mouvement ne se voyait pas

grandir, la devise « No Futur » exprimée sur les murs n’est pas innocente.

Pourtant, certaines formations se sont toujours refusées à perdre cette authenticité, ce

refus du mercantilisme musical que leur offrait la musique Punk. C’est dans ce

contexte que naît le Hardcore, nouveau sous-genre du Punk, à la fin des années 70 et

en Amérique du Nord principalement. La musique se radicalise et se densifie plus

encore qu’elle ne l’était déjà. Les compositions ne laissent place à aucune légèreté,

aucune finesse, aucune délicatesse. A l’inverse de ce qu’est devenu le Punk, le

Hardcore se sait proche des milieux Underground et souterrains, l’idée d’une

commercialisation à outrance de cette nouvelle forme musicale est rapidement mise à

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mal par ses Artistes. Qui dit radicalisation de la musique dit aussi radicalisation de la

violence au sein de cette nouvelle scène. Violence verbale et phrases empoisonnées,

violence physique, et coups de poing multipliés. Très vite, la politique devient un

sujet de discorde entre différents groupes du mouvement. La violence monte d’un

cran et les gangs se forment. Très vite la scène Hardcore s’essouffle et implose

victime de son succès et de ses conflits. Les groupes se multiplient, les idées

divergent. La scène a besoin de pouvoir respirer à nouveau.

1.2 – Les premières formes de musique « Emo »

Le Emo va pouvoir naître. Son arrivée fut progressive et laborieuse mais il est bel

et bien là. C’est avec la fin de Minor Threat (♪), formation majeure de cette pensée, en

1983 que la scène Hardcore s’éteint. Très vite, les formations cherchent à se

renouveler et insuffler une nouvelle vie à leurs compositions. Si certains ont choisi, à

l’époque, de radicaliser une nouvelle fois leur style, encore un peu plus qu’il ne l’était

déjà, d’autres ont pensé donner un aspect plus mélodique, plus sensible, à leurs

créations. Le Punk est toujours présent dans les esprits mais s’ouvre à de nouvelles

sensibilités. C’est ainsi que l’ Emotional hardcore fait ses premiers pas outre-

atlantique. Ian Mackaye, initialement chanteur du groupe Minor Threat s’investit

dans un nouveau combo répondant au nom de Embrace (enlacer ou embrasser en

français) et se singularise par une nouvelle manière d’aborder le chant : celui-ci est

plus émotionnel au même titre que les paroles, qui offrent une sensibilité inédite. Les

réactions sont immédiates et le diminutif Emo est utilisé pour tourner en dérision

cette façon inhabituelle d’envisager le Hardcore, il recoit alors son caractère péjoratif.

Les groupes de Hardcore pur et dur assimilent cela à une sorte d’émasculation du

style après sa forme d’origine. La première vague Emo se délocalise et commence à

envahir le pays. L’exploration et l’exploitation du Hardcore sont poussées dans leurs

derniers retranchements, le style flirte doucement avec la pop pour s’offrir de

nouvelles armes. Mais en 1990, la plupart des groupes qui s’étaient aventurés dans

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cette voix se séparent. Une fois n’est pas coutume il est temps de se renouveler. Ian

Mackaye pense très vite à l’après Embrace et se lance dans l’aventure Fugazi et flirte

un peu plus avec la pop. Une nouvelle scène émerge nommée Indie, non pas en

raison de son orientation musicale mais pour l’indépendance des groupes de rock de

l’époque vis-à-vis des grandes majors de l’industrie musicale. Au passage, il est

intéressant de noter que le statut même du groupe au sein du marché est à l’origine

d’une étiquette musicale à part entière. Très vite, cette nouvelle scène s’inspire du

grand frère Fugazi pour réinventer l’Emo, le rendre moins chaotique et moins

revendicateur. Le style perd peu à peu son caractère violent à chaque fois qu’il se

réinvente. C’est le cas du groupe Texas Is The Reason, véritable fer de lance de cette

résurrection. Succès oblige, la plupart des combos inspirés par cette nouvelle vague

Emo évoluent vers une musique plus mainstream à la fin des années 90.

L’improbable rêve de vivre de sa musique sans vendre son âme au diable du

musique Business disparaît. Des groupes comme Jimmy Eat World (♪) ou The Get Up

Kids surgissent de cette façon et ajoute un peu des éléments Emo à leur musique

plutôt pop punk. La popularité de la musique Emo croît considérablement et devient

national. La presse s’en empare et les maisons de disques commencent à chasser

pour trouver le groupe qui pourra promouvoir le genre au niveau international. En

1998, la presse américaine commence déjà à parler d’un genre « branché ». Les

formations s’inspirant du modèle de Fugazi se multiplient et des combos comme

Thursday (♪) ouvrent la voie d’un renouveau Emo. Mais en France, de la fin des

années 90 au balbutiement du nouveau siècle, le style est encore trop méconnu.

Musicalement, l’hexagone est à l’heure du néo-métal, un autre mouvement plus brut

révélé par des formations comme Korn, Limp Bizkit ou Marilyn Manson. Le phrasé

rap vient se greffer aux riffs lourds du genre. Dreadlocks, Baggys, piercings et

bracelets cloutés deviennent les symboles apparents du renouveau métal.

L’engouement pour cette façon d’envisager le rock s’éteindra progressivement

malgré la présence de nombreuses poches de résistance parmi les fans et parmi les

groupes. Depuis quelques années, la France du rock succombe enfin au mouvement

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Emo, ses codes et sa musique.

1.3 - L’Emo aujourd’hui : entre violence et chagrin

Aujourd’hui, il existe des milliers de groupe dit Emo. Le style semble ne pouvoir

jamais se fixer. Dans le sillage de Thursday, beaucoup d’Artistes ne cesse de clamer

leur amour pour le Hardcore sous sa forme la plus mélodique depuis la fin des

années 90. Mais nous l’avons vu, si le style est naît des revendications souterraines

du Punk, il est devenu, par la force des choses, le produit d’un marché fleurissant.

Inutile de dire qu’il est donc très critiqué et souvent remis en question. Mais qu’est ce

que l’Emo en 2007 ? Quelle est sa définition musicale ? Quelles sont ses bases ?

Quelles conceptions du rock Emo les premières formations du 21ème siècle ont-elles

entraîné avec lui ? Attachons nous au genre tel que vous pouvez l’écouter

aujourd’hui à la radio ou sur Internet.

Emo comme Emotional, nous l’avons précisé à plusieurs reprises. La clé de cet

adjectif réside principalement dans le thème des paroles. En effet, celui-ci tourne de

manière quasi-systématique autour de la déception amoureuse, de ses conséquences,

des sentiments ressentis lors d’une rupture. Et c’est un paramètre indispensable de

l’Emocore aujourd’hui. Prenons l’exemple d’un groupe canadien dit Emo et

répondant au nom de Silverstein (♪), ces paroles sont extraites d’une de leurs

compositions les plus célèbres « My heart bleeds no more; now, its been turned to stone,

your stomach feels sick for someone else » Traduisez en français « Mon cœur ne saigne

plus, maintenant, il s’est changé en pierre, tu te rends malade pour quelqu’un d’autre » Ces

quelques phrases illustrent parfaitement la pensée Emo du début du 21ème siècle. Il

s’agit d’un sujet très « adolescent » dans sa forme. Rock et jeunesse sont intimement

liés, cela se sait. Qui n’a jamais vécu de déception amoureuse à l’adolescence ? Qui

n’a jamais un jour voulu écrire ses sentiments qui nous ont tous traversé par des

poèmes, des histoires, des dessins ou des compositions musicales ? Dès lors, on

comprend vite que les paroles de ce genre de chansons endossent un rôle à part

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entière dans la vie des fans du mouvement. Elles sont presque cathartiques et

trouvent leurs inspirations dans une longue tradition de l’expressionnisme

romantique déjà emprunté par le mouvement Gothique. Le stéréotype veut d’ailleurs

que les fans du genre Emo soient prêts à mourir par amour, tous comme l’expriment

certains travaux dits gothiques. Pliant sous les lettres désespérées de certains fans, la

musique Emo se veut être une réponse globale à tous ces mots adolescents.

C’est également à ce niveau que le Hardcore intervient. Si le style en tant que tel a bel

et bien succombé des ses blessures mélodiques, les formations n’hésitent pas à s’en

inspirer. Les paroles hurlées viennent d’avantage saisir les émotions que si elles

étaient chantées. La colère, la haine, sont restitués de façon très réaliste. Aucun doute,

si votre sensibilité est aiguisée, nous ne pourrez être qu’absorbé par cette intensité de

sentiments. Evidemment, écouter des morceaux Emo ne se révèle pas si facile

d’accès. L’aspect mainstream qui caractérise le style aujourd’hui, s’il rend les

morceaux plus formatés et plus radiophoniques, n’a pas complètement annihilé son

caractère Hardcore et son chant hurlé. C’est pour cela que cette musique est

considérée par les non-initiés comme violente et par les plus nostalgique du

Hardcore comme édulcorée. Et c’est tant mieux vous diront certains, refusant avec

force de partager leur univers musical et cherchant à se différencier artistiquement

du commun des mortels.

D’une manière différente, la musique Emo peut évoquer de fortes convictions

religieuses. S’il existe beaucoup de formations et d’Artistes à la gloire de Dieu et de

l’église au sein du rock en général, ce mouvement comporte également quelques

combos à tendance religieuse. C’est le cas des groupes Underoath (♪) ou Devil Wears

Prada (♪). On parlera alors de Christiancore. Précisons que l’aspect Hardcore de leurs

compositions et l’orientation plutôt brute prise par le chant ne sont pas vraiment du

goût de l’église qui les rejette avec force. Cette répulsion est d’ailleurs réciproque.

L’église possède bien ses propres labels musicaux et ses propres rayons chez les plus

grands disquaires, les groupes de rock chrétiens ne tiennent pas, pourtant, à se faire

étiqueter de cette façon. Il s’avère bien plus prestigieux et vendeur d’être présent

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dans les rayons rock et métal au sans large du terme. Nous reviendrons rapidement

sur cette branche du hardcore dans la partie suivante.

1.4 – Une incessante mutation

L’Emo est le fruit d’une mutation et d’une évolution musicale, nous l’avons vu.

Mais le style musical tel qu’il existe aujourd’hui en 2007 est toujours sujet à de

nombreuses transformations et élargissements. Il existe ainsi plusieurs sous-genres

de musique Emo qui peuvent être très différents les uns des autres. Si la plupart des

fans interprète cela comme une incohérence, on peut aussi le considérer comme une

richesse. En voici quelques exemples parmi les plus cités et les plus médiatisés

accompagné de quelques groupes qui les représentent.

- Le Screamo : Il obéit a des règles très précises et alterne un chant clair et des

cris. Il est considéré comme le véritable racine de l’Emo aujourd’hui. Nous

citerons The Used (♪) ou encore From First To Last (♪).

- L’Emo-Pop : Comme son nom l’indique, il s’agit d’une musique pop rock à

caractère émotionnelle très proche du Pop Punk. Fall Out Boy (♪), Panic ! At

The Disco (♪) ou The Audition (♪) en sont de bons représentants. Le genre

dérive lui-même peu à peu vers ce que l’on appelle le Dance Rock, un rock

plus théâtral, plus grandiloquent à l’image de My Chemical Romance (♪).

- L’Emo-Punk : La encore, toute l’explication est contenue dans l’étiquette. Un

Punk plus travaillé, avec des nappes mélodiques mais un chant qui reste

saccadé. Cette étiquette reste aléatoire. Un de ses représentants est Thrice (♪).

- Le Christiancore : Nous en avons parlé précédemment. Il repose sur des

convictions religieuses très forte et exprime son amour pour Dieu au moyen

de cris et de nappes mélodiques. Il est au cœur de nombreux débats.

- Le Métalcore : Le métalcore n’est pas un style dérivé de la musique Emo.

Mélange subtil de musique métal et d’un chant crié, le métalcore se distingue

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par son côté Heavy et sa technique du riff. Pourtant, le simple fait d’alterner

hurlements et chant plus soigné en fait un des styles musicaux les plus écouté

par les adeptes de ce mouvement. Des groupes comme Versus The Mirror (♪),

Atreyu (♪) ou Bullet for My Valentine (♪) n’échappent pas à l’étiquette Emo.

Le style Métalcore commence à muter et englobe des groupes proches du

Death Métal et son chant guttural, à l’image du groupe Bring Me The Horizon

(♪).

Nous sommes ici très clairement confronté à un style qui ne sera jamais fixé. Et ce

n’est pas forcément négatif, les groupes de musique Emo se comptant par milliers sur

la planète, il est bon de voir cette scène se renouveler et partir à la recherche de

nouveaux ingrédients. Les dernières tendances en matières de musique Emo se

rapprochent de la musique électronique ou techno. La boîte de nuit est en passe de

devenir un lieu de rassemblement pour les adeptes du genre. Bien qu’il n’existe pas

de qualificatif précis pour ce nouveau métissage, le phénomène prend de l’ampleur.

Un groupe comme Enter Shikari (♪), qui nous vient tout droit d’Angleterre, illustre

parfaitement cette harmonie des sons et rythmes transe ou techno qui forment une

nappe sur laquelle guitares saturées et chant Hardcore viennent se poser. De manière

radicalement opposée, certaines formations incorporent des éléments plus classiques

comme quelques notes de piano ou des nappes de violons. Chacun se transcende

pour réinventer le style et ce démarquer parmi une scène en quasi-saturation.

1.5 - Critiques Musicales et musique Emo

En effet, le nombre de groupes évoluant dans ce style ne cesse de grandir. On ne

compte plus les pages « Myspace » (cf : 4.1) qui se créent jour après jour.

Evidemment la scène sature, étouffe, malgré les efforts de certaines formations qui

combinent techno, classique ou d’autres éléments à cette nappe hardcore d’origine,

nous venons de le voir. D’un point de vue journalistique, la presse rock doit faire face

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à la réception massive de disques appartenant à la même branche musicale. Dans ces

conditions, il semble difficile de garder la même neutralité, la même capacité

d’analyse, la même tolérance d’écoute albums après albums.

Pour conclure cette partie musicale, résumons nos idées de manière générale.

L’Emo est un courant musical né des cendres du Hardcore engendré lui-même par la

musique Punk. Il combine un chant mélodique entrecoupé de cris et des paroles

plaintives ou romantiques. Il s’agit donc d’une forme plus sensible de la musique

Hardcore bien que les termes « sensible » et « Hardcore » soit presque antithétiques.

Jey, guitariste du groupe français Vegastar en fait d’ailleurs cette caricature très

pertinente « L’emo aujourd’hui, c’est crier sur des couplets et pleurer sur des

refrains, un millions de groupe joue de la même façon ».

Le style musical est toujours en cours de mutation, chaque Artiste y ajoutant une

touche plus personnelle pour éviter de saturer une scène qui, pour beaucoup de

journalistes, a déjà fait le tour de la question. Le style musicale Emo regroupe

aujourd’hui plusieurs sous-genre parfois radicalement opposés (il suffit de se

reporter au sampler pour s’en apercevoir). Voyons maintenant un autre aspect de

cette nouvelle culture à savoir un penchant pour la mode et les couleurs.

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II - Un recyclage de codes esthétiques

Cet aspect de la culture Emo est sujet à controverse. Mais il convient de l’aborder,

sa place étant significative à plus d’un titre au sein de cette nouvelle culture. Chaque

groupe culturel, que l’on parle de Punks, de Gothiques, de Hippies ou de n’importe

quelle famille, s’est toujours distingué par une esthétique qui lui est propre. Certains

ont choisi de faire face à l’exploitation du beau, de s’opposer au caractère superficiel

de l’apparence, d’autres ont choisi de soigner leur image, d’opter pour du

maquillage, de beaux vêtements, mais tous obéissent à des codes peu importe la

différence de leur nature. Les Emo font incontestablement parti des clans qui

soignent leur esthétique. Evidemment, le style est en grande partie inspiré du look

arboré par les idoles musicales du mouvement (voir annexe, photo 1).

Métaphoriquement parlant, le style Emo s’illustre à merveille par la théorie des

aimants. Les contraires s’attirent. Nous avons vu, en première partie, que cette

théorie était le fondement musical du mouvement, qui oscillait entre mélodies pop et

chant Hardcore. Attachons nous maintenant à expliciter cette théorie au niveau

esthétique.

2.1 - Des couleurs et des symboles

Chaque courant, chaque culture, comme nous l’avons précisé, possède ses propres

codes, ses couleurs, ses symboles. Le style Emo est un métissage des genres qui

s’épanouit dans le recyclage et la réinterprétation des symboles appartenant à

d’autres cultures. Qu’ils soient tantôt sombres ou même macabres diront certains,

tantôt ensoleillés et fantaisistes, ces symboles parviennent à expliquer à eux seuls la

pensée Emo. En ce qui concerne les couleurs, puisque le mouvement possède aussi

ses couleurs clés, la théorie est la même, à savoir une harmonie de couleurs sombres

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et joyeuses, rebelles et glamour. Voici un petit listing des motifs et des couleurs

récurrentes d’un mouvement qui n’en finit plus de surprendre.

• La tête de Mort : Qui ne connaît pas le célèbre symbole du crâne qui surmonte

une paire de tibias. Si ce symbole est associé le plus souvent à la mort en général, il

est également associé à la piraterie, la rébellion ou le poison. Il est souvent considéré

comme un icône dans le monde du rock, à travers les mouvements Punks ou Métal.

Le mouvement Emo n’échappe pas à la règle, il le récupère, l’exploite et lui attribue

un aspect plus glamour.

• L’étoile : L’étoile est un des motifs les plus utilisé par le mouvement Emo. Elle

orne les vestes, les chaussures, les T-shirts ou les pantalons. Très souvent associée à

la révolution ou à l’espace, elle se voit attribué, au même titre que le symbole

précédent, un côté plus glamour.

• Le Rose : Le rose est la couleur qui illustre le côté glamour du mouvement Emo.

Associée à la féminité ou au même au Chewing-gum, elle est à l’origine du côté pop

et androgyne de l’Emo. « Même les garçons portent du rose » est le titre d’une

chanson du groupe Madame Kay, groupe de pop punk français très souvent cité par

les adeptes du mouvement. Un titre révélateur.

• Le Noir : Le noir est une couleur inhérente aux différentes branches esthétiques

du rock. Le Emo n’échappe pas à la règle. De premier abord, cette couleur synonyme

de deuil nous évoque le mouvement Gothique et à juste raison. Le Emo ne prend que

ce qui l’intéresse dans chaque culture et la couleur noire, qui exprime le romantisme

gothique, ne fait pas exception.

La théorie des aimants est donc plutôt claire ici. Têtes de mort et étoiles, couleurs

vives et couleurs sombres se croisent et s’harmonisent. Les symboles sont tantôt

empruntés au Punk, tantôt au Gothisme et remis au goût du jour, parfois dépouillés

de leur signification d’origine.

2.2 - Maquillage et androgynie

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Un des premiers paramètres esthétiques du mouvement est probablement le

maquillage, qui touche autant les filles que les garçons. Les filles en utilisent parfois à

outrance, les garçons se contentent d’un Eyeliner assez franc. Cette attirance pour le

maquillage n’est pas sans conséquences, surtout en ce qui concerne les garçons. Si en

France, le phénomène est relativement récent, son ampleur est telle au Canada, par

exemple, que certains Emoboys sont sujets à des jets de pierres et aux pires insultes,

on ne compte plus les « Fucking Emos » balancées au visage de ceux-ci. Mais nous

aurons l’occasion de revenir sur cette hostilité dans une autre partie prévue à cet

effet. Il n’est pas rare de voir des garçons aussi maquillés que les filles voir même

plus. Evidemment, on ne manquera pas de faire un parallèle avec le mouvement

Gothique qui voit également ses sympathisant masculins se maquiller, à outrance

pour certains. Si certains emoboys rejettent toute attirance pour les personnes du

même sexe et toute accusations de travestissement, il est de fait que certains

défenseurs de la cause Emo jouent la carte de l’androgynie. D’après un sondage

réalisé pour ce mémoire, un grand nombre d’adolescent entre 15 et 25 ans n’ayant

que peu d’affinité avec le mouvement le considère comme majoritairement féminin.

A l’inverse, les sympathisant de celui-ci rejettent toute idée de féminité dominante.

Vous l’aurez compris, nous approchons de la notion de métrosexualité. Il s’agit d’être

le plus efféminé possible sans pour autant éprouver un quelconque désir sexuel pour

une personne du même sexe.

2.3 – Une coupe de cheveux indispensable

Les modes vont et viennent. Mais aujourd’hui, pour être dynamique et « cool »

dans le monde des Emo, une coupe de cheveux adéquate est recommandée. La mode

des cheveux longs ne date pas d’hier mais revient aujourd’hui avec force. Afin

d’installer une ambiance propice à la rédaction de ce mémoire et particulièrement de

20
cette partie j’ai moi-même succombé à une nouvelle coupe. Vous apprécierez l’ironie

de la situation.

En effet, jamais la pratique du « haircut » n’aura connu un engouement comme celui

dont il fait l’objet avec le mouvement Emo. Les cheveux sont longs, les coupes

asymétriques. Les mèches sont de couleurs différentes (de façon à donner une

certaine extravagance) et orientés à gauche ou à droite selon les préférence. Elles sont

bleues, rouges, jaunes ou rose et peuvent descendre devant les yeux et compléter

l’effet « mystérieux » déjà inspiré par les différentes techniques de maquillage. Pour

réaliser au mieux ce genre de travail capillaire, il est nécessaire d’avoir les cheveux

bien raides. Mère nature n’ayant pas offert cette possibilité à chaque individu, les

emokids se devaient de trouver une solution. C’est ainsi que le lisseur de cheveux

devint un outil aussi surprenant qu’indispensable. « On a tous un Babyliss à la

maison » dira Eddie, chanteur du groupe de Métalcore Darkness Dynamite et figure

populaire française du mouvement Emo (voir annexe, photo 2). Précisons que le

processus linguistique qui fit de Kleenex un substantif plus utilisé que le mot

« mouchoir » lui-même donne à la marque Babyliss le prestige de devenir un

nouveau substantif à part entière. Les plus grands aventuriers de l’extravagance, les

filles surtout mais aussi des garçons, y ajouteront des diadèmes, des barrettes et

différents accessoires colorés et motifs associés au mouvement. Le port de la

casquette et du bonnet est également fréquent à conditions de faire dépasser ses

mèches. Notons que certaines coupes nécessitent plusieurs heures de travail mais

demandent aussi un investissement financier non négligeable, certaines dépassent la

centaine d’euros. C’est donc une véritable démonstration artistique qui se greffe à

chacun des concerts ou rassemblements Emo. Pour avoir un aperçu de l’effet

recherché, il suffit de jeter un œil à la couverture de ce mémoire et qui représente

plusieurs modèles faisant la promotion de la marque « Drop Dead Clothing »,

marque de Street Wear Rock et plutôt orientée Emo.

2.4 - Tatouages et piercings

21
Rien de très original ici, puisque piercings et tatouages restent, et ce depuis

longtemps, exploité par les différents courants du Rock, Punk ou Gothique.

Le tatouage n’est d’ailleurs plus un excès de fantaisie ou une preuve d’extravagance,

il est aujourd’hui solidement encré dans la société au même titre que les piercings. Il

est unisexe et peut représenter n’importe quel motif selon les préférences.

Le piercing est lui aussi considéré comme « banal » aujourd’hui, on ne compte plus

les gens qui se percent aux oreilles, à l’arcade sourcilière, au nombril ou au nez pour

les filles. Mais les Emo ont quand même leur préférence en ce qui concerne les

décorations corporelles. En ce qui concerne les tatouages, leurs préférences vont à la

tête de mort ou à l’étoile, rappelez vous nous en avons parlé dans une partie

précédente. Les tatouages ornent les bras, le cou, le ventre, le dos ou les jambes. Ils

sont le plus souvent multicolores et inspiré de héros de films, les héros du réalisateur

américain Tim Burton par exemple.

En ce qui concerne les piercings, un des endroits du corps les plus utilisé par les Emo

est la lèvre inférieure (voir annexe, photo 5) ou les anneaux sont disposés de part et

d’autre de celle-ci. Et puisque le « Do It Yourself » est toujours de rigueur, chacun est

libre de choisir la quantité de métal qui lui plaît.

2.5 - Vêtements et accessoires

Pour être à l’aise au sein du mouvement Emo, il existe une panoplie bien précise faîte

de plusieurs accessoires. En voila les éléments principaux

- Le T-shirts Le T-shirt de groupe est indispensable. Il existe deux tendances

principales. Le T-shirt d’un groupe appartenant au courant et le T-shirt d’un

groupe plus « légendaire » qui aura marqué l’histoire du rock ou du Métal en

général. Ainsi, il n’est pas rare de voir se multiplier les chandails à l’effigie des

22
groupes Iron Maiden, Kiss, les Gun’s N Roses, Motley Crue et bien d’autre

encore.

- Chaussures Qui ne connaît pas les célèbres Converses ou encore les Vans dîtes

Slip-On. Des chaussures fines et déjà bien encrées dans l’histoire du Rock. Les

motifs varient, Chauve Souris, cœurs, étoiles, têtes de morts ou duos de cerises.

- Les pantalons C’est le retour des années 80. Exit les Baggys du mouvement

NéoMetal, désormais le Slim est de rigueur. Jeans serrés et unisexes

remportent l’adhésion d’un grand nombre d’emokids au détriment de leurs

parents qui y dépensent une fortune. Encore une fois, la mode n’est pas

nouvelle puisqu’elle existait déjà pendant la période New Wave et pendant les

premières années du Skate.

2.6 - Le Street Wear et le “Do It Yourself”

Nous l’avons vu, les vêtements et accessoires jouent un rôle prépondérant dans la

culture Emo. Depuis l’avènement du Punk, le public s’est fasciné pour les techniques

dites de « customisation » et la création artistique. Le but étant d’être le plus original

possible. Ainsi chaque personne est maintenant à même de créer sa propre marque

de vêtements et le mouvement Emo s’est pris d’amour pour cet activité. Ce que l’on

appelle le « Street Wear » autrement dit une marque crée pour un public précis dans

le cadre d’un mouvement culturel, Hip Hop ou bien Rock par exemple (voir annexe,

photo 3), remporte aujourd’hui un succès de taille auprès des adolescents. Ces

marques sont le plus souvent crées par des Artistes, des groupes, qui en font la

promotion via leurs concerts et tournées. Elles sont révélatrices de la pensée du

mouvement auquel elles appartiennent et en adopte les codes. Ainsi, sur le marché

de l’Emo, un nombre important de marque vestimentaires ont fait leur apparition à

l’image de Killwear, fondé par Jey, guitariste du groupe Vegastar, et Franck, Dj et

désormais co-chanteur du groupe français Pleymo.

23
2.7 - Un look, une étiquette

C’est bien connu, les musiciens et les Artistes n’aiment pas véritablement les

étiquettes. Mais personne n’y échappe aujourd’hui. A quoi servent les étiquettes ? A

vendre un produit par extension à un autre produit et par affinités artistiques mais

aussi à donner des repères aux potentiels acheteurs quant à la direction prise par

l’Artiste avec son œuvre. L’étiquette musicale Emo est aujourd’hui plus que convoité

par l’industrie du rock en raison de son succès fulgurant. Certains groupes n’hésitent

pas à se revendiquer Emo pour profiter de cet avantage et rechercher un public

toujours plus grand. Si les étiquettes sont en grande partie distribuées par les

maisons de disques, les labels et les distributeurs, elles le sont aussi par le public et

les journalistes, parfois à tort. Nous touchons au cœur du problème : certaines

formations rock se voient offrir la fameuse étiquette sans pour autant jouer la

musique qui lui correspond. Comment peut-on arriver à ce genre d’absurdités ? La

réponse est simple et logique au regard de tout ce que nous avons analysé dans cette

partie : la tenue vestimentaire, le « look ». Si certains combos assimilent cela à une

bénédiction, d’autre en revanche sont réfractaire à ce genre de musique et à ce jeu

d’assimilation esthétique « Les médias en rajoutent, c’est eux qui nous ont collé cette

étiquette à cause du look » souligne Jey cofondateur de la marque Killwear, dans un

entretien réalisé il y a quelques semaines. Il poursuit « Un bon montage, un bon

coupage, les gens voient ça à la télévision et montent au créneau ». Il est clair que les

groupes peuvent souffrir de cette étiquette et de la manière dont on les qualifie.

Vegastar en est un exemple significatif puisqu’il a vu tous les défenseurs de l’Emo

s’opposer à lui alors que le groupe n’a jamais joué ce genre de musique. A l’inverse,

Fred, chanteur du groupe français Madame Kay, contacté par mail, ne s’estime pas

offensé par ce genre d’assimilation. « Absolument pas, les étiquettes servent aux gens

à définir un sujet pour quelqu'un qui ne le connaît pas » répond-il quand on lui

demande si le groupe se sent gêné d’être cité par les Emokids.

24
Vous l’aurez compris, peu importe la musique que l’on joue, le paramètre esthétique

est devenu le premier paramètre de classement musical. De nombreux styles très

opposés comme Le Pop Punk ou le Métalcore, qui est un savant mélange de Métal et

de Hardcore, sont regroupé sous la bannière Emo simplement en raison d’une forte

ressemblance visuelle entre les différents musiciens. « Il n’existe pas un style Emo

mais des style Emo » dira Patrick Strump leader du groupe de Pop Punk américain

Fall Out Boy dans un entretien accordé au magazine Rockmag il y a quelque mois.

Une remarque qui aura fait couler de l’encre.

L’Emo envisagé comme un mouvement esthétique. Ian Mackaye, fondateur

supposé, comme nous l’avons vu de l’Emo « musical », aurait de quoi pleurer

pendant des années. Loin des revendications anticonformistes du mouvement Punk,

les Emo ne cherchent plus l’affrontement désormais. Ils sont, en quelque sorte, les

stars d’un système autrefois combattu. Paillettes et confettis ont remplacé la sueur

accumulée par litres dans les salles de concerts. Après s’être attaché à ce que l’on

devine des Emo d’un point de vue « extérieur », essayons d’en savoir un peu plus sur

leur personnalité et leur façon de se comporter.

25
III - Etre et penser Emo aujourd’hui

Etre Emo c’est donc être conscient de son héritage musical et à l’écoute de tout ce

qui fait de mieux en matière de Hardcore mélodique. Etre Emo c’est aussi cultiver sa

différence en adoptant une esthétique bien définie qui combine l’aspect plutôt

« dark » des gothiques au penchant « glamour » et « rose » de la pop. Etre Emo c’est

faire du rock, ou bien en écouter, en abandonnant le culte de l’Underground et en

s’exposant à la lumière du succès. C’est être une star quoi qu’il arrive. Mais être Emo

c’est aussi et maintenant une nouvelle manière de penser, d’affronter la vie, qui

possède ses qualités et ses défauts. Pour être Emo il faut pouvoir s’assumer en tant

que tel et, parfois, s’attendre à de biens négatives réactions.

3.1 - Tolérance et intolérance

Il est amusant, ou plutôt pas vraiment, de voir à quel point la notion de tolérance

est aléatoire. Si différentes cultures liées au rock ont toujours réclamer une certaine

tolérance envers leurs coutumes, leurs façons de penser, leurs attitudes, leurs

créations musicales, leur façon de s’habiller, la tolérance n’est pas toujours évidente à

l’intérieur même d’un mouvement. Pour certains adeptes de la culture « gothique »

de la première heure, il est souvent difficile de voir arriver des petits nouveaux qui

s’approprient les mêmes disques, les mêmes ouvrages, les mêmes habits, le même

vocabulaire parfois. Cette haine entre les aînés et les plus jeunes a toujours été de

mise, exactement comme deux frères d’une même famille se disputent. Le plus jeune

tiens absolument à copier son grand frère ce qui n’est pas forcément du goût de

celui-ci. Chez les Emo, le scénario n’est pas si différent. Les pionniers de cette culture

adopteront une démarche sceptique et méfiante envers les derniers venus. Mais cet

affrontement va quelque fois beaucoup plus loin que le combat fratricide. Il n’est pas

rare de voir les Emo se juger entre eux, sur les groupes qu’ils écoutent évidemment,

26
mais aussi sur la façon de s’habiller. Il m’est déjà arriver d’assister à la véritable mise

à l’écart d’un adolescent pour son manque de créativité esthétiquement parlant. Pour

faire simple : il n’avait pas de piercing, élément désormais banalisé au sein du

mouvement, nous l’avons vu un peu plus haut.

3.2 - La « Gay Friendly » attitude

Les Emo ont désormais trouvé un combat à mener. Ce que l’on appelle

aujourd’hui la « Gay Friendly » attitude. Vous l’aurez compris, il s’agira pour ces

adolescents d’avouer au grand jour leur homosexualité, ou pour les hétérosexuels

d’en faire une promotion. Pourquoi ? Plusieurs hypothèses s’offrent à nous.

Tout d’abord, et d’après ce que nous avons déjà vu, il s’agirait pour les Emo

d’assumer pleinement leur androgynie ou leur métrosexualité. Ensuite, la

revendication homosexuelle a pris tellement d’importance dans notre société

(multiplication de chaînes de télévisions, de festivals, d’étiquettes culturelles

musicales ou filmiques, dédiés au Gays) qu’elle permet au mouvement Emo

d’acquérir une certaine crédibilité en tant que mouvement Rock et donc

revendicateur. Le rock est né dans la revendication, dans l’opposition, dans le

combat contre les valeurs établies, il paraît donc important de se trouver un cheval

de bataille. Nous sommes ici confronté à un recyclage idéologique et social.

3.3 - Le regard des autres

Au regard de ce que nous avons pu voir dans les parties précédentes, être Emo

n’est pas si bien considéré que cela. Les Emo, garçons et filles, se maquillent. Ils sont

extravagants, ils écoutent de la musique plaintive et parfois déprimante qui parfois

leur procure un mal-être particulièrement profond. Les Emo ont récupéré des

éléments de la culture Punk et Gothique en les réinterprétant, au risque de leur faire

27
perdre leur significations initiale. Evidémment, cela n’est pas du goût du tous. On ne

compte plus les insultes proférées sur leur passage, allant parfois jusqu’à des jets de

pierres et des crachats. Les insultes sont le plus souvent à caractère homophobe.

Et comme si cela ne suffisait pas, de véritables associations anti-emo se créent comme

l’association « EmoPolice » qui se donne pour but de « shooter » tous les emokids par

dégoût de leur mal de vivre (qui n’est que caricatural, voir annexe, photos 4 et 6) de

leur musique et de leur extravagance vestimentaire.

Ces paroles, pour le moins vulgaires et assassines, sont extraites d’une page Web

consacré à la « destruction » des idées Emo, on peut y lire : « Le Emo est une

catégorie de jeune mâle humain qui démontre une capacité fulgurante à s'enfiler des

adolescents […] Le Emo (ne pas confondre à homo quoique très similaire tant au

niveau de la prononciation que de la définition) est caractérisé par un mélange du

mouvement skater, gothique, Krishna et boys-band-pop. Il suffit de prendre tous les

éléments plutôt négatifs de ces derniers mouvements et de les mettre ensemble ».

Tout est dit dans cette définition à la haine particulièrement démesurée.

Ainsi, à force de caricature, le Emo est devenu la risée de ses petits camarades. Il

pleure, il ne se tolère pas plus qu’il n’est toléré par les autres. Il s’agit véritablement

du vilain petit canard. Son combat en faveur de l’homosexualité n’est pas pour

l’aider à gagner une certaine estime qui lui fait énormément défaut pour exister. Il

devient difficile de penser Emo depuis quelques mois. Pourtant, une poignée

d’irréductible Emo résistent encore et toujours à l’oppresseur. Comment font-ils pour

s’organiser, se retrouver ou échanger ? La réponse vous sera communiquée dans la

partie suivante consacrée à l’Internet.

28
IV) Internet, médium du mouvement
Emo

Nous en savons désormais un peu plus sur les codes du mouvement Emo, sur leur

façon de fonctionner, de réagir, sur les goûts vestimentaires et artistiques. Mais

comment communiquent-ils ? Pour qu’une culture puisse exister, elle a

fondamentalement besoin de communication, de propagande, de réseaux, de

rassemblements. Comment l’Emo arrive t-il à s’étendre ? La réponse n’est pas si

compliquée et même plutôt à l’ordre du jour. L’Emo est un mouvement typique du

21ème siècle. Il se nourrit de l’Internet et ne pourrait respirer sans lui. Au cœur de cette

entente culturelle : la messagerie instantanée, le Blog mais surtout Myspace, un

nouveau type de propagande culturelle qui s’impose comme indispensable. Essayons

de comprendre comment Internet et culture jeune font bon ménage.

4.1 - Le phénomène Myspace : Une opportunité artistique ?

Myspace est un réseau, une communauté en ligne, qui permet à chaque inscrit de

se créer un espace personnalisé et personnalisable, une sorte de carte d’identité

virtuelle peut-on dire. Il s’agit donc d’une nouvelle forme de blog avec toute les

fonctionnalité que l’on connaît : échanges de photos, d’informations, discussions,

ajouts de vidéos, de texte, de sons, etc. Le concept Myspace pourrait être résumé de

cette façon : les amis de mes amis sont mes amis. Voila un adage qui nous est plutôt

familier. Chaque profil, chaque page, est accompagné d’une liste d’amis et chacun est

libre de naviguer de page en page pour s’en trouver de nouveaux. C’est une

gigantesque toile dans la toile même du web. La puissance de Myspace, outre ses

multiples fonctionnalités, s’explique par sa gratuité et sa présence internationale. Il

s’agit donc d’un formidable outil de communication qui à déjà ses preuves d’un

29
point de vue politique ou musical. D’après certaines enquêtes, les Myspace de

grandes personnalités politique auraient jouer un rôle, aussi minime soit-il, dans le

déroulement de la campagne présidentielle. Evidemment qui dit réseaux implique

des risques, personne n’est à l’abris de se retrouver indirectement lié à une

quelconque associations douteuse.

Mais attachons nous à son utilisation acoustique puisque son principe est surtout

musical. A l’origine, il s’agissait pour les artistes non médiatisés de se créer un espace

personnel en y incluant photos, chansons et les informations les plus importantes à

leur sujet. De cette manière, ils pouvaient facilement se faire repérer par les maisons

de disques et se faire un peu de promotion. Aujourd’hui, les Artistes possédant un

espace personnalisé se comptent par centaines de milliers, privilégiant même cette

page à leur propre site Internet, dont certains sont véritablement laissé à l’abandon.

A titre d’exemple, citons des artistes comme Mika ou la chanteuse britannique Lily

Allen (qui n’appartiennent pas ni de près ou de loin au mouvement Emo) qui se

seront hissés parmi les meilleurs ventes grâce au site Myspace qui leur aura permis

d’être repéré par les majors de l’industrie musicale. On l’aura compris, si la radio

était le médium officiel du mouvement rock à ses débuts, Internet se propose dans

un premier temps de l’assister pour peut-être, dans un proche avenir, la relayer. On

appelle aussi cela la « génération ipod » en référence au balado-diffuseur du même

nom qui permet à ses utilisateurs de stocker un large choix de morceaux au format

MP3 via Internet. Et les groupes dits de mouvance « Emo » n’y ont pas échappé.

Selon un sondage effectué pour la rédaction de ce mémoire, la totalité des gens qui

prétendent avoir des affinités avec ce mouvement possèdent un Myspace et un Blog.

Le partage de musique, de vidéos clips, d’informations, de reviews de concerts, se

fait donc plus facilement. De cette manière s’est constitué un véritable réseau culturel

et informatisé dans lequel les artistes proches du mouvement et les fans

communiquent puisque chaque groupe possède aussi sa page. Sur cette dite page

sont proposé quatre ou cinq titres par artistes, il est donc possible d’apprivoiser un

groupe, de saisir sa démarche, de prendre le temps de l’apprécier pour ensuite y

30
adhérer. Avec plus d’une centaine de millions d’utilisateurs de Myspace sur toute la

planète, on comprend aisément qu’un jeune groupe puisse arriver à se faire connaître

par une somme considérable de fans. Ajoutons au passage que ce nouveau site est

actuellement le plus visité du monde devant Yahoo, Ebay, AOL ou encore MSN.

4.2 - …Ou une régression critique ?

Evidemment, Myspace n’échappe pas à son lot de controverses, de remises en

question, de doutes, d’interrogations. Faut-il remettre en question l’essence même de

la musique dès lors qu’elle se vend sur Internet, se découvre sur les espaces

personnalisés des Artistes et se case dans la mémoire des lecteurs « Ipod » par

centaines de morceaux ? Est-elle sur le point de perdre sa richesse ? C’est un débat de

taille. Si une quantité phénoménale de groupes de Rock ont réussi leur entrée dans la

culture grâce au célèbre site, journalistes et aficionados de la musique n’y voient

qu’une valorisation de la technologie plus qu’un soudain engouement pour cet Art.

Le contenant prendrait le dessus sur le contenu en quelques sortes. Les plus

pessimistes évoquent la transformation de la musique en anecdotique « bruit de

fond » qui nous traverserait les oreilles dans les transports en communs, dans la rue,

en allant travailler. Les balado-diffuseurs pouvant contenir une somme

astronomique de morceaux maintenant, la succession des musiques au format MP3

et de manière aléatoire ne permet plus de distinguer les morceaux, de les apprécier

un par un à leur juste valeur, d’analyser l’essence même du morceau, d’en retirer le

meilleur, d’en reconnaître les plus jolies notes.

Mais ce constat plutôt amer s’applique t-il aux groupes dit Emo ? Il n’est pas si

évident de répondre à cela. Si les pionniers de la vague, les héritiers du Hardcore

dans les années 90 ont incontestablement souffert d’une récupération commerciale et

culturelle par les majors, la plupart des groupes Emo de ce 21ème siècle doivent

presque tout à Internet et à Myspace en particulier. Si, il y a quelques années, le

tendance musicale voulait qu’on se revendique de l’Underground, la nécessité d’être

31
reconnu et l’envie de gagner sa vie sont des revendications désormais légitimes. Un

pâtissier ne se contentera pas de faire des bons gâteaux, ils voudra à tout prix les

vendre. De la même manière, un bon groupe de rock, s’il veut continuer à vivre, doit

pouvoir vendre un maximum de copies. Il n’y a plus de honte à être « commercial ».

Il faut savoir rester rationnel.

4.3 - La messagerie instantanée

La messagerie instantanée est, au même titre que Myspace et le blog, un

formidable moyen de communiquer. Il serait absurde et prématuré d’y voir la fin de

l’ère du téléphone fixe mais force est de constater que cette idée ne nous effleure pas

par hasard. Le logiciel MSN Messenger, par exemple, leader incontestable de la

messagerie instantanée, est doté d’un outil téléphone qui permet à chaque personne

inscrite de communiquer gratuitement via Internet, à la limite de la légalité. La seule

condition est de se munir d’un microphone et d’enceintes de qualité. Mais quel est le

rapport avec la mode Emo ? Aussi dérisoire que cela puisse paraître, le lien est

pourtant très fort. Comme pour Myspace, la très grande majorité des adolescents,

plus ou moins proche du mouvement et interrogés pour l’occasion, possèdent une

adresse Messenger. Le chiffre dépasse les 90% de personnes interrogées. En plus de

proposer un outil téléphone, des animations, des jeux, des profils, des groupes de

discussions, MSN Messenger propose le partage de fichiers en ligne, toujours

gratuitement. Un dossier est consacré au transfert de photos ou de musique au

format MP3, ou bien encore de vidéos et de texte. Dans ces conditions, chaque

adhérent fait la promotion de ses groupes favoris. La forte réticence des radios à

passer de la musique rock un peu plus violente aujourd’hui est également à l’origine

de ce partage des morceaux sur Internet. Notons que la plupart des radios rock de

l’hexagone, si elles s’engagent sans peine dans la promotion d’un Artiste Métal via

coupures publicitaires ou affiches de concerts, rejettent encore toute compositions qui

ne serait pas assez radiophonique ou tout morceaux joués à grands coups de guitares

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un peu trop saturées. Mais au-delà de cet échange de musique, le logiciel de

messagerie instantanée permet à ses utilisateurs de se rassembler. Et c’est la le cœur

de ce mouvement. Après les cours, les adolescents se retrouvent sur cette messagerie

et s’échangent des lieux de rendez-vous par Internet. Il n’est pas rare de voir de

véritables réunions d’Emokids devant les magasins de vêtements parisiens. L’union

fait la force, le mouvement Emo, pour exister, doit rassembler, réunir et s’étendre de

plus en plus, et ses adeptes l’ont très bien compris.

4.4 - Un exemple plus personnel : Le Blog « Emorockstar »

Pour illustrer la place du mouvement Emo au sein d’Internet, j’ai pensé mettre un

rapport ce travail universitaire avec un travail plus personnel qui tourne autour du

même sujet. Je tiens, depuis plus d’un an maintenant « Emorockstar » un blog

musical édité via l’hébergeur « skyblog.com ». Ce Blog compte aujourd’hui plus

d’une deux cents visites journalières et de nombreux partenaires. Il est consacré aux

musiques Emo et aux courants rock qui s’en rapprochent le plus : le Hardcore, le

Punk, la Pop, le Métal. Quel est son but ? Tout simplement de promouvoir des

groupes français et internationaux tournant autour de ces différents styles à un

public de plus en plus présent et fidèle. Ce qui, au départ, était le plus simple moyen

de faire partager sa passion, est devenu par la force des choses un Blog a but

promotionnel et journalistique. En effet, il compte désormais sur le soutien de

plusieurs groupes français proche de ce mouvement. Sa fréquentation est telle

qu’une version « Site Internet » devrait pouvoir être lancée cet été avec la

participation de plusieurs chroniqueurs et Artistes.

Emorockstar se présente sous la forme suivante : un éditorial, qui rappelle

brièvement le but du site, un sommaire de tous les groupes présents sur le Blog,

l’ajout d’un reportage de la chaîne Canal+ sur le mouvement Emo via un espace

vidéo, une vidéo de la semaine ou il est demandé à chacun de poster un lien vers une

vidéo musical qui lui tient à cœur et enfin les fiches Artistes avec plus d’une centaine

33
de groupes. Chaque fiche Artiste comprend la photo du groupe dont il est question

dans l’article (rappelons au passage que les critères esthétique et vestimentaires

prennent une dimension particulière dans le cas du mouvement Emo), son nom, un

commentaire de quelques lignes, son étiquette précise ou supposée, son origine, ses

chansons les plus connues, le nom de son dernier album, les groupes qui lui

ressemblent le plus et enfin des liens Internet vers les différents sites liés à cet Artiste.

De quoi rapidement saisir la direction musicale du groupe et se mettre en quête de

nouveautés musicales. De nombreux visiteurs semblent être satisfait du contenu si

l’on en croît les commentaires de remerciements. Ainsi se déroule la découverte de

nouvelles sensations musicales. Je pense que cet exemple illustre avec pertinence

l’importance d’Internet au sein du mouvement. Le Blog est aujourd’hui hébergé à

l’adresse suivante : http://emorockstar.skyblog.com.

Ainsi s’achève cette partie multimédia. Il est maintenant clair que l’outil Internet

est un des grands piliers de la naissance du mouvement Emo, tel qu’on le connaît en

2007. Le Web, en plus d’être un formidable outil de propagande et de

communication autant sociale que musicale permet à chaque utilisateur de se créer

une seconde identité, plus « virtuelle » et encourage donc les extravagances. Chacun

est libre de construire son petit monde, d’abattre ses tabous et ses inhibitions en

restant derrière son écran. Incontestablement, les emokids en ont profité pour soigner

leur apparence esthétique et se créer une véritable identité au sein de ce mouvement.

Le Emo n’est donc pas une culture de la rue, il est une culture quasi-virtuelle. C’est

un mouvement type du 21ème siècle.

34
Conclusion

Le concept Emo, s’il possède de solides bases musicales, s’est construit une culture

artificielle en se réappropriant les éléments de cultures déjà existantes. Sans faire

référence au sens péjoratif du terme, l’Emo est un mouvement qui recycle. Dès lors,

on peut s’interroger sur la durée de vie d’un tel mouvement qui, contrairement au

mouvement gothique ou encore Hip-hop, ne bénéficie pas d’une culture qui lui est

propre. La propagation du concept Emo par l’Internet aura été très bénéfique aux

fans du mouvement en attente de nouvelles sensations musicales comme aux

groupes et maisons de disques attentifs aux besoins des consommateurs. Le succès

commercial est total et c’est bien pour cela qu’aujourd’hui le serpent se mord la

queue. Contrairement au Punk ou au Hip Hop, encore une fois, l’Emo n’est pas venu

de la rue. La jeunesse a toujours été synonyme de combats depuis l’arrivée du

Rock’n’roll au milieu du vingtième siècle mais rien n’est revendiqué ici, si ce n’est la

légitimité d’exister en tant que nouveau mouvement culturel. Il n’y a pas de combat

politique, pas de combat social. Un combat artistique, peut-être, dans la volonté

d’imposer une conception du rock plus propre sur elle, plus glamour, plus

narcissique. Mais cela suffira t-il à faire vivre ce mouvement plus longtemps ? Sera-t-

il, comme le Néo-Métal, voué à une extinction progressive à force de caricature et

faute de protestation politique ? Il semble aujourd’hui difficile d’imaginer le

contraire. Et si le concept Emo, qui souffre d’un manque de reconnaissance, d’un

manque de crédibilité, d’un manque d’ouvrages qui auraient pu lui être consacré,

doit mourir demain, j’aurais quand même la fierté d’avoir été un des premiers à

tenter un écrit sur le sujet avec ce mémoire.

35
Bibliographie
• Ouvrages :

BADDELEY Gavin, Gothique, la culture des ténèbres, Denoël, Collection X-Treme,


2004, 330 pages.

BADDELEY Gavin, L’essor de Lucifer, Camion Blanc, 2006, 460 pages.

BRUNA-ROSSO Tania et MILLANVOYE Marc Alexandre, Les 69 Tribus rock, Scali,


2007, 204 pages.

EUDELINE Patrick, Goth, Scali, 2005, 154 pages.

HEIN Fabien, Rock et Religion, Dieu(x) et la musique du diable, Les cahiers du Rock,
2006, 160 pages.

SABATIER Benoît, Nous sommes jeunes nous sommes fiers, la culture jeune d’Elvis à
Myspace, Hachette littératures, 2007, 675 pages.

• Vidéographie

Paul Rachman, American Hardcore, The History Of American Punk Rock : 1980 – 1986,
Sony Classics, 2007

Tentation Magazine, Canal+, Les Emos, reportage, 4mn30s, accessible à l’adresse


suivante : http://emorockstar.skyblog.com

• Magazines – Fascicules

RockMag, Numéro 72, Décembre 2006


Interviews « Emo or not Emo ».

ClassiRock.Fr, Le premier magazine rock interactif, Numéro 1, Mai 2007


Article « NuMetal/NéoMetal » rubrique « Historock »

• Pages Internet :

36
http://emorockstar.skyblog.com – Site personnel, actualité, fiches musicales, vidéos,
infos et illustrations sur le mouvement Emo.

http://sonicporn.info/wiki/index.php?page=Emo (partage de ressources musicales)


Page consultée le 1er Mai 2007

http://fr.wikipedia.org/wiki/Emo - http://fr.wikipedia.org/wiki/Punk_hardcore
(Encyclopédie en ligne) Pages consultées le 25 mars 2007

RITOUX Nicolas, les « Emo » : cœur brisé, mèche colorée, La Presse,


www.cyberpresse.ca/article/20061127/CPACTUEL/611270850/1015/CPACTUEL
Page consultée le 22 Avril 2007.

http://skyblogscope.blogspot.com/ (Observations de Blogs – Les skyblogs Emo)


Page consultée le 22 Avril 2007

http://desencyclopedie.com/wiki/%C3%89mo-fif (désencyclopédie)
Page consultée le 25 Avril 2007

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DOCUMENT
ANNEXE
Illustrations

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1) Ryan Oliviera
Chanteur du groupe Death in December et fondateur de la marque Bleeding Star

2) Darkness Dynamite
Groupe de Métalcore français mené par Eddie, créateur de la marque Frénésia

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3) Killwear Clothing
Photos promotionnelles pour la marque Killwear Clothing qui mettent en évidence
ce métissage entre culture pop « rose » et Rock avec la tête de mort

4) Bande dessinée
Cette bande dessinée ironise sur le comportement des Emokids.

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5) Sonny Moore
Ex chanteur du groupe From First To Last, véritable icône au sein du mouvement et
reconnaissable par ces célèbres piercings à la lèvre.

6) Dérision toujours
Une autre bande dessinée qui ironise sur le mouvement Emo

41
.

Illustrations Diverses

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Le groupe américain Blessthefall illustre à merveille l’esthétique Emo, vêtements
moulants, cheveux raides et mèches devant les yeux.

Le groupe britannique Bring Me The Horizon, étiqueté Emo à cause de son


esthétique. Leur compositions sont pourtant bien différentes (voir sampler)

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Le groupe Thursday, à l’origine de la dernière vague musicale Emo, ne possédait pas
de codes esthétiques particuliers.

Le groupe Aiden, dont les façons de se mettre en scène et de s’habiller définissent à


merveille le mouvement Emo : un métissage de Punk et de Gothique.

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