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PAR AMÉLIE POINSSOT ARTICLE PUBLIÉ LE SAMEDI 13 FÉVRIER 2016

en serbo-croate. Il se fait apostropher, on lui demande

de changer de place, il se sent perdu au milieu de la

foule. Il se dit que la première expérience que vit un

réfugié en arrivant dans le pays, sans doute, cela doit

ressembler à ça…

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L'allemand et l'anglais reviennent. Des échanges

eyJtZWRpYSI6eyJpZCI6IjU2YmYzYjEyYTVjOTU5ZWQ0MjhiNDU2ZiIsInBhdGgiOiJmaWxlc1wvMjAxNlwvM fusent, souvent ironiques, respirant le vécu : la plupart

dépit des questions soulevées par les agressions

de Cologne, la société allemande reste très active

pour accueillir les réfugiés, en dehors de tout cadre

institutionnel. Reportage dans une société qui bouge.

Berlin (Allemagne), de notre envoyée spéciale.- La

surprise apparaît dès le premier quart d'heure passé à

déambuler dans le centre de la capitale allemande. En

ce dimanche d'hiver, tous les musées sont gratuits. Une

opération spéciale : ce jour-là, la ville de Berlin dit

« Danke ». Merci à tous les Berlinois qui se mobilisent

pour accueillir les réfugiés. Les journaux sont au

diapason. « Merci», titre en grand le Tagesspiegel

du week-end, qui ajoute : «Sans votre engagement,

cela n'aurait pas marché.» Et le quotidien de tirer

le portrait d'une dizaine de personnes qui, chacune

à leur niveau, agissent pour intégrer les nouveaux

arrivants. La capitale allemande a vu arriver quelque

80 000 personnes en 2015 –le pays dans son entier

plus d'un million. La France, à côté, fait pâle figure :

à peine quelques dizaines de milliers de réfugiés

se sont installés l'année dernière sur le sol français

(l'asile a été accordé en 2015 à près de 80000

personnes, mais certains cas peuvent correspondre

à des demandes plus anciennes).[media_asset|

des membres de la troupe ont une origine étrangère.

«C'est vrai, je ne peux pas parler allemand en cinq

jours mais cela ne veut pas dire que tu es plus

intelligent que moi/Nous aussi on a vu les photos

de bateaux remplis de réfugiés européens pendant la

Seconde Guerre mondiale», dit l'un. «Nous vivons,

nous vivons, l'important, c'est que nous vivons. Il n'y

a pas grand-chose de plus, après avoir quitté notre

pays», répètent-ils en chœur. Une speakerine avait

prévenu, dans un cynisme absolu, en introduction

du spectacle: «Ce que vous allez voir risque de

vous bousculer. Mais vous avez tout à fait le droit

à l'issue du spectacle de continuer à fermer les

yeux…» D'ailleurs, la pièce ne se termine pas vraiment.

Après le débat parlementaire sur le droit d'asile

revisité, des rebondissements cocasses et une tirade

qui fera tordre la salle de rire sur l'impossibilité

de nier l'immense apport de l'immigration dans

l'histoire allemande, chaque comédien fait un exposé

très sérieux, devant un petit groupe de spectateurs,

sur un thème lié aux réfugiés. La salle se vide

petit à petit, sans applaudissements.[media_asset|

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« Je crois que c'est cela qui m'a plu le plus, explique

eyJtZWRpYSI6eyJpZCI6IjU2YjhjNWUzYTVjOTU5ZmU0ZDhiNDU3YiIsInBhdGgiOiJmaWxlc1wvMjAxNlwvM Daniel à la sortie. On sort de cette pièce insatisfait car

Légèrement en retrait de la grande avenue Unter

den Liden, le Maxim-Gorki Theater joue à guichets

fermés. Ce soir-là, la troupe interprète son spectacle

In unserem Namen (En notre nom), au succès

ininterrompu depuis l'automne. La création repose

sur des textes d’Eschyle, de l'Autrichienne Elfriede

Jelinek et de récents débats au Bundestag sur le droit

d'asile. Le résultat est une claque. Assis sur des gradins

sommaires et à même le sol tout autour de la salle, le

spectateur ne comprend rien pendant les dix premières

minutes : les comédiens se parlent en arabe, en turc,

tout reste en suspens. En fait, la fin renvoie au début :

peut-on détourner les yeux ? Peut-on faire comme si de

rien n'était ? Et on ne nous donne pas de réponse…»

Daniel et ses amies Stefanie et Marin sont étudiants à

la Humboldt, à quelques encablures de là. Pour eux,

la question des réfugiés n'a rien d'abstrait. Depuis

quelques mois, il suivent le tout nouveau cycle mis en

place à la fac par le collectif d'avocats Refugee law

clinic (Clinique du droit des réfugiés): cours magistral

au premier semestre, puis stage auprès d'un avocat, et

séminaire au second semestre.

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Étudiants, artistes, médecins, retraités, actifs,

immigrés de plus longue date… À tous les niveaux,

la société allemande semble mobilisée, soucieuse de

s'adapter, consciente que le pays est en train de

changer. Au Gorki Theater, qui collecte, à chaque

fin de spectacle, des dons pour les redistribuer à

un collectif d'aide aux réfugiés, cette question de

l'immigration irrigue la programmation depuis deux

ans déjà. Pour Dimitrij Schaad, qui joue dans In

unserem Namen, il ne s'agit pas tant de se focaliser

sur la vague de réfugiés arrivés en 2015 que de parler

de questions d'identité universelles. «Il faut arrêter

avec cette image de “réfugiés”: derrière ce mot, il y

a d'innombrables histoires différentes! Tout le monde

ne vient pas pour les mêmes raisons. C'est là-dessus

que nous cherchons à sensibiliser le public.»

Le jeune homme, moitié kazakh moitié allemand,

est arrivé en Allemagne à l'âge de huit ans. «Une

autre époque, un autre contexte.» Mais une difficulté

que d'autres connaissent aussi aujourd'hui : « J'en

avais assez que l'on me renvoie l'image de celui qui

a survécu. Je voulais faire partie de cette société,

gagner ma vie, vivre tout simplement.» Évidemment,

cela prend du temps. «La population est vraiment

volontaire pour aider les nouveaux arrivants. Mais

je sens aussi une forme d'impatience. Les gens

commencent à se demander : quand est-ce qu'on va

trouver une solution à cette “crise”? Quand est-ce que

tous ces gens vont s'intégrer ? Ce n'est pas si simple !

On ne s'intègre pas en six mois ! Tout cela peut prendre

une, voire deux décennies…»

Des mots parfois trop grands

D'après le Tagesspiegel, 78 théâtres allemands, mais

aussi 71 fondations sont engagés aux côtés des

réfugiés, et 10,9% des Allemands soutiennent d'une

manière ou d'une autre les nouveaux arrivants,

selon un sondage réalisé par l'Institut des sciences

sociales de l'Église évangélique. Le journal décompte

également quelque 150 initiatives citoyennes dans

la capitale, comme celle qui s'active autour du

centre de demandes d'asile, le Lageso – passage

obligé pour les réfugiés et symbole de l'incapacité

des autorités berlinoises à gérer l'afflux. Chaque

jour, ce collectif qui compte pas moins de 15000

membres sur sa page Facebook, apporte nourriture,

eau, vêtements aux milliers de demandeurs d'asile

qui attendent pour leur enregistrement dans ce centre

administratif situé à Moabit, dans les quartiers ouest.

Une fois leur dossier déposé, les demandeurs d'asile

sont affectés à un centre d'hébergement d'urgence

–en théorie pour trois mois maximum–, à défaut

de pouvoir trouver une place avec un peu plus de

confort et d'intimité dans un foyer. [media_asset|

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On ne compte plus les associations nées ces derniers

mois pour répondre aux besoins créés par cette

nouvelle situation. Citons-en quelques-unes, trouvées

au hasard de nos recherches : Arrivo, qui rassemble

des employeurs désireux d'embaucher des immigrés;

Über den Tellerrand, qui propose des cours de

cuisine du monde assurés par des réfugiés ; Kiron

University, qui offre aux nouveaux arrivants la

possibilité de poursuivre leur cursus universitaire

même en l'absence de diplômes… Ici et là, dans

différents quartiers, des permanences médicales,

juridiques, sont assurées par des professionnels

bénévoles. Les collectifs d'aide aux étrangers, qui

existaient déjà avant la vague de 2015, tournent

à plein régime, notamment à Kreuzberg, l'ancien

quartier alternatif de Berlin-Ouest où vit toujours

une importante communauté turque. Sur Internet, ces

associations affichent systématiquement une page où

l'on peut faire des dons en ligne. De fait, en Allemagne,

la société civile a toujours été très organisée ;

conséquence de l'histoire, fondations et associations

ont souvent occupé le terrain d'un État qu'on ne voulait

pas trop puissant… Conséquence de l'histoire, aussi,

de très nombreux Allemands ont connu l'immigration

forcée au sein même de leur famille. Au lendemain de

la Seconde Guerre mondiale, 12 millions de déplacés

arrivent en Allemagne à la suite de la défaite nazie

et des changements de frontières en Europe centrale.

Beaucoup le disent : la mobilisation actuelle est lié à

ce vécu.

 

À

Berlin,

il

n'est

pas rare,

au détour d'une rue,

de

tomber sur un café affublé d'un petit panneau

« Refugees welcome ». C'est le cas chez Varadinek,

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discret café-pâtisserie de Kreuzberg. Les réfugiés

peuvent consommer ici gratuitement… et une petite

boîte à côté de la caisse recueille les piécettes pour

faire des dons. Deux amies sont venues là passer un

bout d'après-midi ensemble. Anje et Marie ne se disent

pas particulièrement « mobilisées » pour les réfugiés.

Elles ne sont pas pour autant restées sans rien faire

depuis l'été. La première a accompagné en août des

réfugiés dans Berlin pour leur faire visiter la ville.

La seconde a organisé en décembre un concert avec

quelques têtes d'affiches dans l'une des salles phares

de Kreuzberg, le Lido, prêtée gracieusement pour

l'occasion. Les artistes ont joué bénévolement et les

recettes ont été entièrement reversées à une association

d'aide aux réfugiés. «Nous avons récolté 3000 euros.»

Pas de quoi pavoiser non plus pour cette jeune fille

de 22 ans. L'organisation d'un concert de soutien, aux

yeux de Marie, tombait comme une évidence.

Accueil, solidarité, engagement… Pour beaucoup de

Berlinois, les mots sont en fait parfois trop grands

pour décrire une réalité qui fait maintenant partie de

leur quotidien. Florian, assistant parlementaire, habite

depuis trois mois avec Safi, arrivé d'Afghanistan il

y a cinq mois. «Je ne peux pas dire que je sois

particulièrement solidaire, il n'y a qu'un jour où je me

suis vraiment mobilisé en participant à la distribution

d'eau à Lageso. Non, je suis tout simplement en

colocation avec Safi. C'est une coloc' comme une autre

et comme toutes les colocs, nous discutons de choses

très terre-à-terre entre nous ! »

[[lire_aussi]]

En Allemagne, le système des WG (pour

Wohngemeinschaft, colocation) est une institution.

De très nombreux Allemands, étudiants ou actifs,

partagent un logement à plusieurs quand ils ne

sont pas installés en famille. Une plate-forme créée

cet été, Flüchtlinge Wilkommen, prend appui sur

cette pratique pour mettre en contact réfugiés et

Allemands en quête de colocataire. Le nouvel arrivant

est tenu de payer sa part de loyer, mais les réfugiés

peuvent bénéficier de certaines aides, et la plate-forme

fait appel aux dons pour financer un maximum de

colocations.

C'est ainsi que Florian et Safi se sont rencontrés.

Depuis deux mois, ce dernier travaille comme

interprète et aide social dans le centre d'hébergement

d'urgence aménagé dans le centre international des

congrès de Berlin, ce qui lui permet de s'acquitter d'un

loyer. Ce chimiste de formation, ancien interprète pour

l'armée américaine, passé par une première expérience

d'émigration de trois ans en Suède, d'où il a été renvoyé

à Kaboul, dit n'avoir rencontré que des gens « gentils »

depuis qu'il est arrivé. «J'ai peut-être eu de la chance

de tomber sur les bonnes personnes, mais j'ai le

sentiment d'être accueilli ici, et cela fait de moi une

personne différente. On me fait confiance, moi qui

viens d'un camp de réfugiés! Cette société s'occupe de

moi, je ne dors pas sous les ponts ! »

Nouer des relations

Florian est plus critique. L'échec, très visible, du

Lageso, explique selon lui en grande partie l'immense

mobilisation des Berlinois. «On n'a pas l'habitude

en Allemagne de voir une administration qui ne

fonctionne pas. Ces queues interminables nous ont

fait toucher le problème.» Les autorités auraient pu

éviter ce fiasco, pense-t-il ; surtout, il est temps de

songer à la suite… «Il n'y a pas de plan! Il faut

que les pouvoirs publics gèrent l'après ! Mais Angela

Merkel est occupée pour l'instant à payer les Turcs

pour faire le sale boulot… En fait, comme la société

allemande, elle présente deux visages : celui, amical,

de l'accueil. Et celui, strict, de la fermeture : celui

d'AfD… [Alternative für Deutschland, l'alternative

pour l'Allemagne, parti xénophobe et anti-européen –

ndlr]» De fait, les attaques contre les foyers de réfugiés

se sont multipliées ces dernières semaines, et après les

agressions de Cologne, le débat s'est radicalisé outre-

Rhin. Angela Merkel, de son côté, est en perte de

vitesse. Isolée au sein de son propre parti, elle a perdu

de son soutien auprès des électeurs.[media_asset|

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Entre les deux colocataires, les échanges sont parfois

étonnants. Toujours enrichissants. Notre rendez-vous,

prévu en soirée, a failli être annulé car Safi avait

accepté deux choses au même moment et ne voulait

renoncer ni à l'une ni à l'autre. Florian le convaincra

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finalement d'être là pour la journaliste. «Chez nous, le

non est très négatif, explique Safi à Florian. On préfère

dire oui, même si le oui ne se réalise pas, et ce n'est

pas très grave s'il ne se réalise pas au final. Alors que

pour vous, le oui est ferme. Une fois que l'on a dit oui,

Comme Aryun, ce sont souvent des étrangers qui

se mobilisent pour l'intégration des réfugiés arrivés

ces derniers mois en Allemagne. Berlin est une

ville melting-pot, qui s'est enrichie de nombreuses

nationalités depuis la chute du Mur et la réunification,

on ne peut pas revenir dessus !»

Avoir des échanges avec les réfugiés, s'enrichir à

leur contact, nouer des relations : c'est aussi la

préoccupation de nombreux Berlinois qui ne cherchent

pas tant à donner de l'argent ou des biens matériels qu'à

présenter un regard attentif et amical à ces nouveaux

venus. «La crise migratoire est un phénomène qui

nous dépasse et sur lequel nous n'avons aucune prise,

explique ainsi Aryun, Berlinois d'origine indienne qui

donne bénévolement, trois fois par semaine, des cours

d'allemand dans des foyers de réfugiés. Je voulais

faire quelque chose à mon niveau sans entrer dans la

en 1990. Déjà riche d'une forte communauté turque,

la capitale allemande a connu dans les années 1990

une importante immigration juive russe ; ensuite,

il y a eu la vague des réfugiés de la guerre des

Balkans, puis sont arrivés, à partir de 2004 et de

l'élargissement européen, de nombreux Polonais…,

sans compter les migrations intérieures Est-Ouest liées

à la réunification. Au total, on estime que la moitié de

la population berlinoise a changé en vingt-cinq ans.

Razan Nassreddine fait partie de ces néo-Berlinois

engagés. Syrienne passée par les meilleures

universités européennes avant de poser ses valises à

radicalité des discours politiques, je me suis dit qu'il

fallait présenter à ces gens le visage de quelqu'un qui

leur veut du bien.»

De fait, les réfugiés répondent présents, ce soir-là,

dans le foyer de Friedrichshain, quartier de l'ex-

Berlin-Est qui regorge aujourd'hui de lieu branchés.

Autour de deux enseignants amateurs, Aryun et

Uli, une Allemande d'une cinquantaine d'années,

ils sont principalement originaires d'Érythrée, mais

il y a aussi quelques Vietnamiens, un Pakistanais

et un Nigérian. La méthode ? Lecture de petits

textes, explication du vocabulaire, quelques points

de conjugaison… Certains ont déjà un niveau très

correct. Voici le «meilleur élève» d'Aryun, un Syrien,

arrivé il y a sept mois au terme du long périple:

Nord de la Syrie – Turquie – île grecque de Lesbos

Berlin, il y a quatre ans, elle est à l'origine du projet

« Multaka » (Carrefour en arabe), qui organise depuis

décembre des visites guidées en arabe, gratuites, dans

quatre des principaux musées de la capitale. L'objectif

est de faire découvrir aux nouveaux arrivés l'histoire

allemande et les trésors archéologiques que recèle

Berlin. Certains des tours sont même menés par des

réfugiés. «Notre public, ce sont les demandeurs d'asile

qui viennent d'arriver, ils sont désœuvrés, ils attendent

leurs papiers et se trouvent face à un immense temps

vide qu'ils ne savent comment combler. Nous voulons

leur montrer qu'ils ont leur place en Allemagne. Pour

les Irakiens et les Syriens, c'est souvent une immense

surprise : il ne s'attendent pas à avoir autant de

patrimoine ici, à retrouver la Mésopotamie et des

trésors d'architecture syrienne.»

– Balkans – Hongrie – Autriche – Allemagne. Il

a 26 ans, souhaite rester anonyme, mais explique

vouloir « le plus rapidement possible» terminer ses

études d'ingénieur mécanique à Berlin. Il lui reste

deux ans à faire pour être diplômé, il suit plusieurs

cours d'allemand simultanément pour pouvoir bientôt

reprendre le chemin de l'université.[media_asset|

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Devant

la

«

Chambre d'Alep »

issue d'un palais

chrétien

du

début

du

XVII e

siècle,

un bijou

d'architecture

intérieure

en

bois

précieusement

conservé au Musée d'art islamique, Acaria et Ala,

eyJtZWRpYSI6eyJpZCI6IjU2YjhjYzE1YTVjOTU5ZmU0ZDhiNDU3YyIsInBhdGgiOiJmaWxlc1wvMjAxNlwvM deux Syriens arrivés il y a quelques mois à Berlin,

écarquillent les yeux. Les questions fusent, Razan

y répond avec bonheur non dissimulé.

«Cela me

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fait quelque chose de voir des Syriens découvrir cet

endroit, ça n'est pas pareil que d'y voir des touristes

chinois…», nous confiera-t-elle après la visite. Plus

loin, c'est la « Porte de Damas », une niche intérieure

provenant d'une maison juive, datant des XV e -XVI e

siècles. Le groupe réagit : ces motifs et ces couleurs,

c'est typique de Damas !, assurent-ils. A l'issue de

la visite, tous repartent enchantés. Ala, archéologue

de formation et ancien employé du musée d'Alep,

aimerait bien participer au programme en tant que

guide… Échange de coordonnées avec Razan. Il

y aura peut-être une place: les visites, au départ

organisées le mercredi, sont désormais doublées le

samedi, l'affluence ayant déjà dépassé les attentes.

« Tout à coup, c'est réel, ça se passe juste à

côté de chez vous »

Gymnase d'une école de Prenzlauerberg (centre-nord),

fin de matinée. Guillaume Bruère, un artiste français

installé à Berlin depuis une douzaine d'années, arrive

ce matin-là avec son grand carton à dessins dans ce qui

est, depuis début décembre, un centre d'hébergement

d'urgence. Ici vivent de manière provisoire et sans

intimité quelque 200 personnes, pour la plupart

originaires d'Iran, de Syrie et d'Afghanistan. Le peintre

est à peine entré dans la pièce faisant office de

réfectoire qu'un jeune Iranien, Mustafa, vient à sa

rencontre, tout sourire. Comme ses congénères dont

Guillaume a tiré le portrait les jours précédents,

Mustafa veut à son tour être le sujet de la toile. Pas

de problème, le peintre s'installe, il est venu pour ça.

Peindre, un à un, ces anonymes arrivés par dizaines

de milliers sur le sol allemand… Les yeux rieurs et

le visage détendu, Mustafa prend la pose. Avec son

vif coup de crayon, son jeu de pastels et ses traits

d'aquarelle, Guillaume saisit un visage expressif et

coloré. Les mots sont à l'économie, ni l'un ni l'autre

n'ont de langue commune. Peu importe, l'essentiel

est ailleurs. Mustafa rayonne. Son garçon, Sepehr,

se moque de lui, puis passe devant la toile à son

tour, tout intimidé, concentration maximum. Après

lui, c'est Tahereh, une femme afghane qui attendait

discrètement son tour. Pendant ce temps, à la table

voisine, une collégienne allemande apprend l'arabe

auprès d'une Syrienne institutrice.

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« Cette idée de faire des portraits de réfugiés

n'était pas préméditée du tout, raconte Guillaume

Bruère. Elle m'est tombée dessus lorsque j'ai rencontré

quelques-uns d'entre eux dans le square du quartier

où j'emmenais ma fille. Ce fut comme une révélation,

un peu à la manière de la caverne de Platon : jusqu'à

présent, tout cela était très à distance pour moi, le fait

d'en entendre parler dans les médias nous rend passif,

spectateurs, il y a quelque chose de très déprimant

et de très lointain en même temps, on est dans la

représentation. Et puis tout à coup, c'est réel, ça se

passe juste à côté de chez vous et on ne peut plus rester

sans rien faire.» L'artiste se dit qu'il faudrait tous les

portraiturer, ces réfugiés qui arrivent en Europe (« un

seul portrait n'a pas de sens »), même si l'entreprise

est évidemment impossible. Pour l'heure, il se rend,

plusieurs fois par semaine, dans ce gymnase berlinois.

«Quelqu'un qui les regarde individuellement, en face,

leur fait du bien, je crois. »

Le centre d'hébergement a ouvert début décembre, « en

trois heures », précise Constance Frey, la responsable

communication de l'association Volkssolidarität

(équivalent du Secours populaire français) qui gère

4 des 160 foyers d'hébergement de la capitale, dont

celui-ci. « À partir du moment où nous nous sommes

portés candidat pour gérer un centre, il a fallu ouvrir

tout de suite.» L'élan de solidarité dans le quartier a été

immédiat. «Le premier soir, nous avions un bénévole

pour un réfugié. C'était même trop ! Il a fallu faire

comprendre à certaines bonnes volontés qu'on n'avait

pas forcément besoin d'elles à ce moment-là…»

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Sur sa page Facebook, le collectif de soutien

aux réfugiés du gymnase de Prenzlauerberg compte

plus de 2000 membres. Chaque jour, des messages

s'échangent afin d'organiser au mieux la solidarité,

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et les appels à bénévoles pour effectuer telle ou

telle tâche trouvent toujours une réponse. Depuis son

ouverture, le gymnase a recueilli en outre 16000

euros de dons. C'est réjouissant… et insuffisant

en même temps. «On gère encore beaucoup dans

l'urgence, explique Constance Frey. La société

allemande a prouvé qu'elle était capable d'une grande

générosité. Mais maintenant, il faut travailler sur

l'après. Comment ces gens trouveront-ils leur place

sur le marché du travail ? Pour l'instant, c'est

compliqué et les lois changent en permanence ! En

tant qu'association, nous avons par exemple essayé

d'embaucher des immigrés sur un projet de prise en

charge des personnes âgées. Nous n'avons pas obtenu

l'autorisation car ils étaient originaires des Balkans et

devront être renvoyés… »

[[lire_aussi]]

Retour au Maxim-Gorki Theater, deux jours après

la représentation. Jens Hillje, le codirecteur, reçoit

côté jardin, sur un banc, sous un beau soleil hivernal.

Un mot revient en permanence depuis cet été pour

qualifier cette réaction sans précédent de la société

allemande: la «Willkommenskultur», la culture de

l'accueil (mot à mot : la culture de bienvenue). Dans

une Europe frileuse et dominée par les égoïsmes

nationaux, l'Allemagne s'est-elle montrée exemplaire ?

«Nous devenons aujourd'hui ce pour quoi nous avons

toujours été destinés. Nous sommes un pays au centre

de l'Europe. Le centre doit être ouvert pour recevoir

ceux qui traversent.»

Mais la formule, pour Jens Hillje, a ses limites.

« Je n'aime pas ce mot, Willkommenskultur, car il

n'évoque que le premier moment, il ne parle pas du

tout du processus qui doit suivre. Face au phénomène

migratoire, il ne s'agit pas simplement d'être gentil,

encore faut-il assurer derrière les conséquences…

Cela me fait penser à un autre mot problématique

de l'histoire allemande : les Gastarbeiter [terme

désignant l'immigration, en majorité turque, pendant

les années 1950 à 1970 et qui signifie, mot à mot,

les travailleurs invités – ndlr]. Le gouvernement les

considérait comme ça, c'était plus simple que de

parler d'immigration, et eux-mêmes se considéraient

comme ça ; mais avec des “invités”, on ne fait

pas d'intégration…» Ceux qui sont aujourd'hui

« bienvenus » outre-Rhin seront-ils demain des

immigrés intégrés ? Si certains itinéraires montrent

que le processus est déjà engagé, tel est le grand défi

auquel est confrontée, désormais, la société allemande.

Directeur de la publication : Edwy Plenel Directeur éditorial : François Bonnet Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart (SAS).

Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 24 octobre 2007. Capital social : 28 501,20€. Immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS. Numéro de Commission paritaire des publications et agences de presse : 1214Y90071 et 1219Y90071. Conseil d'administration : François Bonnet, Michel Broué, Gérard Cicurel, Laurent Mauduit, Edwy Plenel (Président), Marie-Hélène Smiéjan, Thierry Wilhelm. Actionnaires directs et indirects : Godefroy Beauvallet, François Bonnet, Laurent Mauduit, Edwy Plenel, Marie- Hélène Smiéjan ; Laurent Chemla, F. Vitrani ; Société Ecofinance, Société Doxa, Société des Amis de Mediapart.

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