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COLLECTIONS

Dons d’artistes
et d’Afrique
Arts d’Afrique noire ou Figures
énigmatiques : une centaine de pièces
récemment acquises s’exposent au musée
d’Angoulême

Claude Pauquet

édiéviste de formation, Monique

M Bussac est le conservateur en chef


des musées d’Angoulême. A ce ti-
tre, elle veille sur les différentes col-
lections de la ville dont celle, polyvalente, du
musée des Beaux-Arts. L’institution se dis-
tingue toutefois par l’importance de ses
collections africaines et océaniennes.
Une centaine d’œuvres nouvelles,
datant de la fin du XIXe et du début
du XXe siècle, sont exposées en ce
Ci-dessus, statuette
kafigueledyo (Sénoufo,
moment dans un décor qui dé-
Côte d’Ivoire, hauteur : cline le brun des terres loin-
55,6 cm, ancienne collection taines. Une muséographie
Bohumil Holas). Cette figurine
magique est utilisée pour modeste au service de piè-
désigner les fauteurs de troubles. ces fortes, selon
Les bras sont articulés, la tête est
souvent surmontée de plumes et Monique Bussac qui
parfois de piquants de porc-épic. accompagne volon-
Elle porte quelquefois des sachets tiers le visiteur
chargés de substances nocives.
dans sa décou-
● Astrid Deroost verte des «Figures
Photos Claude Pauquet, Thierry Blais énigmatiques».

20 L’Actualité Poitou-Charentes – N° 44
L’Actualité. – «Figures énigmatiques» est datrice de Jules Lhomme
le fruit de deux donations. représente plus de 3 000
œuvres. De plus, nous
Monique Bussac. – L’aiguillon de cette ex-
recevons des pièces qua-
position a été l’arrivée presque simultanée
siment tous les ans, et
de deux donations. Nous avons fait l’inven-
nombreuses puisqu’il
taire d’une centaine de pièces magnifiques
s’agit parfois de collec-
et nous avons aussitôt pensé qu’il fallait,
tions. Toutefois, le musée
étant donné leur beauté, les montrer au pu-
a toujours acheté. Nous
blic dans leur totalité.
avons eu, pendant dix ans, un
Soixante œuvres viennent de Côte d’Ivoire,
spécialiste de l’Afrique en la
souvenir de Bohumil Holas qui était un grand
personne d’Etienne Féau. Il est
monsieur de l’ethnologie africaine et direc-
aujourd’hui au Maao et garde un
teur du musée d’Abidjan. Ce Praguois natu-
œil amical sur notre collection,
ralisé français a vécu plus de trente ans en
tout comme Roger Boulay pour
l’Océanie et Marie-France Vivier
pour le Maghreb.
Les collections qui bougent, s’enri-
chissent et donnent lieu à des ani-
mations attirent les donateurs. Les
collectionneurs ou les personnes
particulièrement liées à l’Afrique
savent qu’un musée préservera
l’ensemble de leurs objets en les
faisant vivre. Mais ils choisi-
ront une structure avec laquelle
ils ont des affinités. Raison
pour laquelle les dons vien-
nent de partout.
Aujourd’hui, la collection
africaine d’Angoulême est
la seconde de province et
nous prêtons des pièces
pour toutes les grandes
Afrique. La Côte d’Ivoire a souhaité parta- expositions internatio-
ger ses collections entre ses deux pays de nales, notamment celles
cœur : la Côte d’Ivoire et la France. Le Mu- du Maao. D’autre part,
sée des arts d’Afrique et d’Océanie (Maao, nos acquisitions sont
Paris) et Angoulême ont bénéficié de cette régulièrement citées
attention. L’autre collection vient d’un do- dans les publications
nateur parisien, anonyme, particulièrement traitant de l’art afri-
intéressé par les travaux de notre musée. cain.
Ces deux collections sont l’œuvre d’hom-
L’institution cha-
mes de terrain qui ont aimé l’Afrique, qui
rentaise a-t-elle des
ont choisi et aimé les objets sans préoccu-
relations privilé-
pation marchande. Cela se sent intuitive-
giées avec des mu-
ment. Au cours de l’inventaire, nous avons
sées africains ?
marqué, mesuré, manipulé tous les objets
et ils nous ont touchés. Un plaisir que nous Nous avons surtout
voulons transmettre au public. des contacts privilégiés avec des individus. Ci-dessus, masque
Lorsque Etienne Féau était présent, nous Toussian (Côte d’Ivoire,
Burkina Faso, don de la
La collection africaine d’Angoulême, née avons reçu pas mal de collègues comme l’un Côte d’Ivoire, ancienne
des conservateurs du musée de Bamako. collection Bohumil Holas).
d’un legs, s’enrichit-elle surtout de cette
Salia Malé a fait la préface de notre publi- Statuette kafigueledyo
manière ? (Sénoufo, Côte d’Ivoire,
cation et vient souvent à Angoulême. Nos hauteur : 70 cm, don
Statistiquement, oui, car la donation fon- échanges sont alors très riches et nour- anonyme).

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rissent notre connaissance. Quant aux sentielles de l’art africain. Les artistes euro-
musées... Le Maao a des relations péens du début du siècle, en amoureux de
avec tous les musées d’Afrique et la forme, ont vu dans cet art une source de
joue le rôle d’interface entre nous liberté. Alors que le sculpteur africain tra-
et les collections étrangères. Nous vaille dans le respect de la tradition sans pré-
avons par ailleurs de très bonnes tendre au statut individuel de créateur.
relations avec le Centre culturel
Jean-Marie Tjibaou de Nouméa. Comment expose-t-on des œuvres cultuel-
Une dizaine de pièces sont en dépôt les qui, par définition, ne sont pas destinées
ici. à être exposées dans un musée ?
Très franchement, une immense majorité
Quelle est la spécificité de d’objets sont dans les musées sans avoir été
cette exposition ? prévus pour. On y voit des locomotives, des
Le thème s’est imposé de lui- coiffes... Même les peintures destinées à
même. Une grande partie des l’exposition n’étaient pas imaginées pour
objets sont des masques et des ce lieu. Seules les œuvres d’art contempo-
statuettes, figurations humai- rain peuvent être commandées dans cette
nes ou animales. Dans tous les perspective. A
cas, ce sont des figures d’êtres partir du moment
vivants qui ne se livrent pas fa- où l’on présente
cilement. Même expliquées, ces un objet dans un
pièces cultuelles gardent leur musée, on le per-
mystère... d’où le titre de l’expo- turbe. Un mas-
sition. L’autre spécificité est géo- que n’y est pas
graphique puisque les pays prin- plus à sa place
cipalement représentés dans notre qu’un chapiteau
collection sont ceux du centre ouest roman conçu
de l’Afrique : Côte d’Ivoire, Burkina pour être vu de
Faso surtout puis Mali, Ghana, Bé- loin et dans
nin... Enfin, nous proposons des en- l’obscurité. Il
sembles de statuettes (Lobi du Bur- faut donc pertur-
kina et Yoruba du Nigéria) vouées au ber avec respect
culte des ancêtres et traditionnellement et porter un re-
présentées en groupe sur les autels fa- gard sur la créa-
miliaux. tivité, il faut con-
naître et aimer la
Quelles sont les modalités d’évalua- pièce.
tion d’une œuvre hors normes
européennes ? Vous proposez
des visites thé-
Nos critères d’évaluation sont légi-
matiques.
times mais ne sont pas ceux des
auteurs des œuvres. Le sculpteur Mes interven-
a réalisé une pièce en fonction de tions ne sont pas
paramètres religieux et esthéti- destinées à des spécialistes et je ne veux
ques. Nous, Européens, allons pas noyer les visiteurs sous une masse d’in-
la regarder du point de vue es- formations. Je propose une première appro-
thétique ou philosophique. che à travers des thèmes communs à une
Les deux regards ne coïnci-
Ci-contre, statuette babeta (Lobi, Burkina Faso, hauteur :
deront pas mais ce n’est pas 90 cm, don anonyme). Elle matérialise les relations des
grave. L’important est de le hommes et des esprits de la nature, possède une fonction de
protection et de conjuration. La sculpture lobi, qui n'a pas
savoir et de ne pas porter de produit de masque, n’a été découverte que récemment par
jugement sur le regard de les ethnologues.
l’autre. Après, on peut trou- Ci-dessus, statuette Ebrié ou Akyé (Côte d’Ivoire, hauteur :
35,4 cm, don de la Côte d’Ivoire, ancienne coll. B. Holas).
ver une pièce belle ou laide.
Page de droite, poupée biiga, gainée de cuir (Mossi, Burkina
C’est une des questions es- Faso, hauteur : 34 cm, ancienne coll. B. Holas).

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grande partie des cultures africaines et océa-
niennes. Musiques Métisses
Outre la fonction des objets, je parle des
grandes mythologies, de l’idée de la mort
et des funérailles, du totémisme. Je souhaite Cesaria, Busi,
donner des clés qui permettent ensuite aux
gens de se débrouiller seuls, à commencer
par l’abandon du regard ethnocentrique.
Chiwoniso et Sally
Lorsque la différence est comprise, s’il y a Espéranto musical nord-africain, traditionnel. Sally Nyolo, née au
émotion, il y a transcendance, donc un con-
charangas, maskanda, chants zulu, Cameroun, a déjà publié deux
tact avec la fonction religieuse première de
tuku sound, mornas... L’édition 99 albums, Tribu et Multiculti. Ancienne
l’objet. Ces masques et ces statuettes sont
du festival Musiques Métisses chanteuse de Touré Kunda, de
des œuvres métaphysiques, de relation avec
d’Angoulême est forcément Princess Erika, elle a fait partie du
un au-delà, et je pense pour cela qu’elles
internationale, diverse, conviviale et groupe vocal Zap Mama avant de
peuvent nous toucher. Quand j’évoque le
instructive. Car, au fil du temps, faire route en solo. Enfin, un timbre
culte des ancêtres, les visiteurs sont émus,
Christian Mousset, directeur nostalgique désormais fameux
pensent à leurs grands-parents. Ce sont des
notions proches in- artistique et fondateur, a façonné la achèvera la soirée : Cesaria Evora

tellectuellement. formule idéale : talents nouveaux et fait partie des fidèles que le festival
confirmés, scènes multiples, aime à retrouver.

Parmi les pièces spectacles non-stop gratuits ou Autres temps forts : la soirée
de «Figures énig- payants et tables épicées, préparées Maghreb avec l’Orchestre national
matiques», à la- bénévolement par les habitants. de Barbès accompagné d’Idir, ou la
quelle va votre Du 20 au 24 mai, les musiciens et nuit latine qui révélera la Cubaine
préférence ? chanteurs d’Afrique, de l’océan Magaly Bernal et la Péruvienne
Indien, du Maghreb, de la Caraïbe se Susana Baca, ou le concert d’Oliver
La grande statuette
mêlent à leurs jeunes disciples, Mtukudzi, fulgurant musicien du
du groupe Lobi
m’émeut d’une fa- créateurs en terre de France des Zimbabwe pratiquement inconnu en

çon forte. Peut-être nouvelles musiques urbaines. France... En tout, près de quarante

est-ce son aspect «Il est important que les enfants artistes vont faire vivre le site du

monumental. Elle d’immigrés des deuxième et festival (qui dispose cette année
est aussi érodée, troisième générations travaillent sur d’une troisième scène), le centre, les
fragilisée et donne leurs racines, s’intègrent tout en quartiers et des petites communes
l’impression gardant leur identité», le message environnantes.
d’avoir vécu. Elle de Christian Mousset mène tout Des groupes congolais,
est à l’instar de la droit au théâtre de la ville. La guadeloupéens, guinéens, en
Vénus de Milo vue compagnie de danse Black Blanc résidence, animent déjà des stages
par André Mal- Beur y lance, le jeudi soir, les 24 e
de danse ou de percussions en
raux, un chef- Musiques Métisses. direction des jeunes de toutes les
d’œuvre du hasard Dès le vendredi, les artistes communautés. Une manière de
et c’est ce qui fait femmes, «de plus en plus propager l’esprit d’un festival
sa force. ■ nombreuses et confirmées», tellement respectueux des
éclairent le grand chapiteau. métissages.
Chiwoniso, originaire du Zimbabwe, AD
Commissaires de l’exposition «Figures
a vécu aux Etats-Unis. Sa voix
énigmatiques» : Etienne Féau et Monique Bussac,
respectivement conservateur chargé de la section exceptionnelle s’arrange de toutes Musiques Métisses. Du 20 au 24 mai.

Afrique au Musée des arts d’Afrique et d’Océanie les musiques électriques ou Renseignements au 05 45 95 43 42

(Paris) et conservatrice en chef des musées acoustiques. Busi Mhlongo, Site Internet : http//

d’Angoulême. Outre la publication déjà consacrée ambassadrice de la culture zulu et festival.musiques-metisses.com

aux collections africaines et océaniennes, le musée révélation des Musiques du monde Email : festival@musiques-

propose un catalogue rassemblant les trente pièces en 1998, s’inspire d’un art vocal metisses.com
les plus exceptionnelles de l’exposition (48 pages).
Exposition jusqu’au 24 mai au musée des
Beaux-Arts, 1, rue Friedland, 16000 Angoulême.
Renseignements au 05 45 95 07 69

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