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« Les jeux du comte d’Eu »

Début juillet 1253 (au cours de la septième croisade), à Saïda (Ṣaydā), au Liban. Joinville juxtapose à
dessein des instantanés très contrastés :
● Louis IX/Saint-Louis donne l’exemple et participe à la mise en terre des cadavres de ses soldats
et des civils massacrés par les « Sarrasins » ;
● espiègleries du comte d’Eu.
Le texte comporte des incertitudes mineures.

Nous trouvames1 que li roys avoit fait enfouir les crestiens que li Sarrazin avoient occis,
aussi comme il est desus dit ; et il-meimes ses cors2 portoit les cors pourris et touz puans
pour mettre en terre ès fosses, que jà ne se estoupast3, et li autre se estoupoient. Il fist
venir ouvriers de toutes pars, et se remist à fermer la cité de haus murs et de grans
tours. Et quant nous venimes en l’ost4, nous trouvames que il nous ot nos places mesu-
rées5, il ses cors, là où nous logerions : la moie place il prist delez 6 la place le comte d’Eu,
pour ce que il savoit que li cuens d’Eu amoit ma compaignie.
Je vous conterai des jeus7 que li cuens d’Eu nous fesoit. Je avoie fait une maison là où je
manjoie, je8 et mi chevalier, à la clarté de l’uis9. Or estoit l’uis devers le comte d’Eu10 ; et il
qui mout estoit soutils11, fist une petite bible12 que il getoit ens13 ; et fesoit espier quant
nous estions assis, au mangier, et dressoit sa bible du lonc de nostre table14, et la fesoit
geter15, et nous brisoit nos pos et nos voirres16. Je m’estoie garniz de gelines17 et de
chapons ; et je ne sai qui li avoit donné une joene ourse18, laquele il lessoit aler à mes
gelines19 ; et en avoit plus tost tué une douzainne que l’on ne venist illec20 ; et la femme
qui les gardoit batoit l’ourse de sa quenoille21.

1 « On nous apprit » Rentrant d’expédition à Sayette, nom que les Croisés ont donné à
l’antique Sidon, Joinville et les troupes placées sous ses ordres découvrent que, mettant à
profit l’absence d’une partie de l’armée, les Sarrasins ont attaqué la ville dépourvue d’en-
ceinte et fait plus de deux mille tués ; Louis IX et son état-major, qui s’étaient réfugiés dans
le Château de la Mer situé sur un îlot, n’ont plus eu qu’à prendre sur eux de procéder à
l’inhumation des cadavres laissés à l’abandon, dans un état qu’on peut deviner.
2 « lui-même en personne », de même 4 lignes plus bas il ses cors
3 « sans à aucun moment se boucher le nez » ; l’ancien français estoper, qui a abouti à
« étouper », et l’anglais to stop ont la même origine
4 à côté du sens habituel d’« armée », on trouve comme ici celui de « camp »
5 « [le roi] nous avait assigné nos logements, nos quartiers »
6 « il m’attribua l’emplacement à côté de celui du comte d’Eu » ‖ delez « à côté de »
soudure de de + lez « à côté de », qui se retrouve dans de nombreux noms de lieux : -lez-
(Loos-lez-Lille), -lés- (Joué-lés-Tours), -lès- (Sainte-Foy-lès-Lyon), -les- (Chorey-les-Beaune).
● Le Trésor de la Langue Française informatisé (TLFi) écrit sous « lez »:
« Du b. lat. latus « à côté de » (VIe s., TLL t. 7, col. 1032, 26-30 ; E. LÖFSTEDT, Late Latin, p. 125 ; FEW t.
5, p. 206a), emploi prép. du subst. latus, lateris « côté » (v. lé). »
Cela est en contradiction avec ce qu’indique le même TLFi sous « lé », largeur d’une étoffe :
« Substantivation de l’adj. lé « large » (dep. ca 1100 ds T.-L.), du lat. latus « large ». »
En outre, cela méconnaît l’impossibilité qu’il y a à établir une parenté quelconque entre
l’adjectif lātus et le substantif lătus dont la voyelle radicale n’a pas la même quantité.
● pour ce qui est du voisin de Joinville à Sayette, Jacques Monfrin a montré en 1996
qu’il s’agissait d’Alphonse de Brienne (dit aussi Alphonse d’Acre, car il y était né) : devenu
comte d’Eu par son mariage avec l’héritière du comté, Marie, il rejoignit Louis IX en Pales-
tine lorsque celui-ci séjournait à Jaffa (avril 1252-juin 1253) et se lia d’amitié avec le séné-
chal. Ce dernier nous apprend qu’Alphonse n’était alors encore qu’écuyer et que le roi l’ar-
ma chevalier. Alphonse participa à la croisade de 1270 et mourut devant Tunis le même jour
que Louis IX, le 25 août 1270.
7 « Je vais vous parler des tours que nous jouait »
8 chez Joinville, le pronom personnel sujet continue à être utilisé comme forme d’in-
sistance (et IL qui mout estoit soutils) et n’a pas encore été supplanté par le pronom per-
sonnel complément
9 « J’avais fait faire une salle dans laquelle nous mangions, mes chevaliers et moi, à
la lumière [du jour qui passait par l’ouverture] de la porte {la pièce était donc sans fenêtre} »
10 « Or la porte donnait sur les quartiers du comte d’Eu »
11 « ingénieux, adroit »
12 « construisit une petite baliste ou catapulte » — Dans le Roman de Claris et Laris,
Li rois fet ses engins drecier Bibles et mangonniax getter,
Et vers les hauz murs charroïer, Et les chaz aux fossez mener…
et pendant l’assaut, de toutes parts
Volent carrel, et pel, et dars ; Et les bibles qui sont trop fieres
Et pierres grans et les perrieres Getent trop menuetement.
13 « avec laquelle il tiroit dans la salle » ; ens « vers l’intérieur »
14 « de la longueur de notre table »
15 « et déclenchait le tir »
16 « nos pots et nos verres »
17 « je m’étais approvisionné en poules »
18 selon certains, il faudrait lire oue « oie » (cf. la rue aux Oues devenue la rue aux Ours)
19 « qu’il lâchait sur mes poules »
20 « elle aurait plus vite fait d’en tuer une douzaine que nous de l’attraper »
21 selon certains, il faudrait lire de sa gounelle « avec son tablier »
« M’en renouveler la souvenance »
L’épisode se déroule le 28 février 1573 pendant le siège de La Rochelle (du 11 février au 26 juin)
par une armée catholique placée sous le commandement du duc d’Anjou (qui n’a pas encore
atteint ses 22 ans, ne sera élu roi de Pologne qu’au mois de mai et ne sera sacré roi de France sous
le nom d’Henri III qu’en 1575). L’extrait, tiré des Grands capitaines françois, constitue une digression
dans le portrait que Brantôme trace de Blaise de Montluc (né vers 1500, mort en 1577).
Texte suivi, pour l’essentiel : Ludovic Lalanne, SHF, 7, 1868, pp. 36-40.

J’ay faict ceste digression pour monstrer comme1 M. de Montluc, s’excusant sur son indis-
position2, remit toutes les forces3 entr’autres mains4, et oncques puis5 ne se mesla de guerre,
et puis mourut au bout de deux ans, aagé6 de quatre-vingtz ans7 et en aussi bon sens8 qu’il
eut jamais. Il fut en9 l’aage de soixante-unze10 ans blessé d’un’ 11 harquebuzade au nez, ainsi
que12 luy-mesmes alloit à l’assaut à Rabastain13, faisant du jeune en cela comme lorsqu’il
n’avoit que vingt ans. Quel cœur généreux qui ne se rendit jamais ! Je luy ay oüy dire que s’il
n’eust eu ceste blessure, qui estoit grande, il eust pensé estre invincible jusques à cent ans ;
mais elle l’avoit bien miné et fort gasté14 sa santé ; et le disoit à M. de Guyze15 au siège de La
Rochelle un soir, dont j’en16 fairay17 ce conte18, car il est plaisant19.

1
« comment »
2
« se justifiant par son invalidité »
3
« forces militaires, troupes » (qu’il commandait)
4
« entre d’autres mains » ‖ l’élision d’entre reste possible jusqu’au XVIIIe siècle, mais voir entr’ouvrir, etc. ;
cf. Le Contr’Un, sous-titre du pamphlet d’Étienne de La Boétie, Discours sur la servitude volontaire.
5
« jamais plus après »
6
forme intermédiaire entre l’ancien français eage (trisyllabique) et âge (Richelet, 1680)
7
« Dans sa soixante-dix-septième année » (note de Ludovic Lalanne)
8
« l’intelligence aussi vive »
9
«à»
10
Le 20 octobre 1764 Voltaire envoyait ces mots au président Hénault : « Je pourrais, si je voulais, me plaindre
qu’à l’âge de soixante-onze ans, accablé d’infirmités et presque aveugle, on ne veuille pas me laisser achever ma carrière
en paix. » Le même jour, il faisait cette confidence à Duclos : « Je pourrais me lamenter sur la persécution qu’on
suscite à un solitaire âgé de soixante-onze ans, accablé d’infirmités et presque aveugle ; mais il faut que les philosophes
aient un peu de courage et ne se lamentent jamais. » [cité par Louis Nicolardot, Ménage et finances de Voltaire, 1854,
p. 83] Comme le montre la chanson de Charles More et Gaillard fils sur la Commune, « C’était le dix-huit mars
dix-huit-cent-soixante-onze… Ils s’étaient tus soudain tous ces monstres de bronze », la formulation soixante-et-
onze est récente. Voir la Grammaire nationale (1847) de Bescherelle, pp. 253-254.
11
la forme élidée fait partie des variantes morphologiques de l’article indéfini au féminin au XVIe siècle
12
« alors que, au moment où »
13
le 23 juillet 1570, à Rabastens-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, selon Paul Courteault ; à Rabas-
tens, dans le Tarn, selon Lalanne (qui est dans l’erreur, me semble-t-il) — Wikipédia : sous Rabastens-de-
Bigorre (Hautes-Pyrénées) précise que Monluc fut « défiguré par un tir d’arbalète », ce qui est faux ; sous
Rabastens (Tarn) indique 1562, ce qui est faux. ‖ La graphie ancienne était Rabasteins.
14
« abîmé »
15
Henri Ier de Guise [1549-1588]
16
pléonasme syntaxique
17
telle est la forme constante chez Brantôme, de même (plus bas) fairions, fairoyt
18
« récit »
19
« divertissant »
C’estoit donc le soir et la nuict que1 nous commançasmes à bastir le fort2 Sainct-Martin,
qu’on nommoit Sainct-Martin à cause que3 le capitaine Sainct-Martin-Brichanteau4 le gar-
doit avec quatre compaignies5 qu’il avoit à luy. Ainsi6 donc qu’on y travailloit, se présenta
un soldat gascon sur le rampart, qu’on vist un peu à la lueur de la lune, qui commança à
causer en son gascon7 et demander s’il n’y avoit point là quelqu’un de son pays à qui il
peust8 parler. Tous les princes et seigneurs, pensans9 que l’ennemy sortist pour empescher
la besoigne, et qu’on y mèneroit les mains10, l’on avoit commandé expressément que nul11
parlast ny respondist. Toutesfois12 ce compaignon13, pour14 parler et demander incessam-
ment, importuna tant, que moy, estant prés de M. de Guyze, je luy dis qu’il fist parler le
Bernet15, gentil16 soldat parmy nos bandes17 et qui n’estoit encor capitaine, et qui sçavoit
bien parler et rendroit bien le change18 à l’autre, et que ce seroit autant de plaisir. Ilz com-
mançarent19 donc s’entresaluer et s’entreparler à qui mieux mieux ; car celuy de la ville
parloit tres-bien et tousjours son gascon ; lequel, de prime abord, après quelques menus
propos, luy alla demander20 ce que nous bastissions là, si ce n’estoit point la tour de Babel.
Du despuis en amprés21, nous prismes, au moins aucuns22, mauvais augure sur ce mot de
1
« où »
2
d’après Daniel Massiou [1800-1854], Histoire de la Saintonge et de l’Aunis, il s’agit d’un cavalier (terrasse-
ment) élevé près du moulin de la Brande (entre la Porte-Neuve et la porte Rambaud), le seul qui n’eût
pas été rasé.
3
la locution était récente et resta en usage jusqu’à l’époque classique inclusivement
4
Jean de Brichanteau, seigneur de Saint-Martin de Nigelles, premier arquebusier du roi. Il était d’Orlé-
ans ; on le surnommait l’huguenot ou le luthérien, parce qu’il avait autrefois professé la réforme.
5
-ign- note /ɲ/ = /ñ/, cf. Montaigne pour montagne. Plus bas : besoigne = besogne, compaignon, etc.
6
« pendant »
7
« en son parler gascon »
8
-eu- note /y/ ; c’est encore le cas de nos jours dans quelques formes fléchies d’avoir : j’eus, etc.
9
l’accord en nombre du participe présent était systématique et le remplacement de la consonne finale
du singulier par -s au pluriel (moment → momens) très fréquent jusqu’en 1835. ‖ « estimant que l’ennemi
risquait de faire une sortie pour empêcher la construction de l’ouvrage »
10
« qu’on se battrait », cf. en 1569 Guillaume de Saulx, seigneur de Tavannes, « sentant les ennemis gaillards,
avec grande envie de mener les mains » ; cf. en venir aux mains. C’est un italianisme, menar le mani « frapper,
jouer des poings, jouer des couteaux, attaquer »
11
selon Georges Gougenheim, cet emploi de nul négatif, sans ne, est un pur latinisme.
12
cf. quelquesfois, tousjours, la pluspart, plustost…
13
« ce gaillard »
14
« à force de »
15
Le Brenet, selon D. Massiou.
16
« brave »
17
« unités » (le terme n’avait rien de péjoratif)
18
« saurait trouver la réplique, aurait du répondant, répondrait du tac au tac, rendrait la monnaie de sa
pièce » : remarque de Lyse, dans la Suite du Menteur « Quand il a de l’esprit, il sait rendre le change »
19
cf. plus loin endommagearent, entrarent, trouvarent, s’en offençarent « Au XVIe siècle, note Charles Thurot
(1881), l’usage a été partagé entre -èrent et -arent à la 3e pers. du plur. du prétérit défini de la 1re conju-
gaison. » La désinence -arent fut, par la suite, considérée comme un gasconisme. ‖ Commancer est con-
struit sans préposition.
20
« se mit à lui demander »
21
du despuis « depuis ce moment-là » (Féraud, 1787, relève encore l’expression chez Montesquieu et chez
Jean-Baptiste Rousseau) ; en amprés « par la suite » cf. en après, chez Rabelais (Brantôme emploie aussi par
emprés). L’ensemble = « après coup ».
22
« du moins certains (d’entre nous) »
nostre siège, et qu’il iroit en confusion, et ne fairions rien qui vaille, pour se confondre en
trop divers advis et factions1 ; et allégasmes2 souvant le dire prophétiq de ce soldat, qui,
poussé par je ne sçay quel destin ou instint, le profféra. En après il demanda quelz seigneurs
et princes il y avoit là, et si M. de Montluc y estoit ; l’autre luy respondit qu’oüy. Soudain il
réplicqua : « Et lou naz de Rabastain, coume va ? 3 » L’autre luy respondit que bien, et qu’il
estoit encor assez gaillard pour faire la guerre à tous les huguenotz, comm’ il avoit faict.
« Ah ! dit l’autre (tous-jours en son gascon), nous ne le craignons guières plus4 en son touré de
naz 5; » car le bon homme6 en portoit tousjours un, comm’ une damoyselle7, quand il estoit
aux champs8, de peur du froid et du vent qu’il ne l’endommageast9 d’avantage10. J’estois prés
de luy11 quand l’autre parla ainsi, et dist12 à M. de Guyze que ce coup luy avoit bien porté du
dommage, et lui fit le conte de sa blessure de ce siège de Rabastain, et que sans ce coup il
estrilleroit les huguenotz aussi bien que jamais. Puis l’autre continuant ses propos, il va13
louer fort M. de Guyze, qui, après avoir tué son ennemy M. l’Admiral14, s’estoit contenté15, et
puis s’estoit monstré fort humain envers aucuns huguenotz à la Sainct-Barthélemy et en

1
« après coup certains d’entre nous trouvèrent ce mot d’esprit de mauvais augure pour notre siège, qui
tournerait à la confusion, et que nous n’obtiendrions aucun résultat à force de nous embrouiller en un
trop grand nombre d’avis et de clans »
2
« citâmes, rappelâmes »
3
« Et le nez de Rabastens [sobriquet de Montluc, depuis plus de 2 ans], comment va-t-il ? »
4
« plus guère »
5
« dans son touret de nez » : « Le mouchoir ou le bandage qu’il portoit sur sa blessure » note Mérimée.
« Il est de mauvais ton [à la Renaissance] pour les dames nobles et même pour les bourgeoises de sortir sans
masque. […] Les masques, de velours noir, sont courts, laissant voir le bas du visage, ou à mentonnière ; ils
s’attachent derrière les oreilles ou bien, ce qui est plus raffiné, se maintiennent au moyen d’un bouton de
verre tenu avec les dents. Cette mode passant des femmes de qualité aux toutes petites bourgeoises durera
longtemps, jusque sous Louis XIII. Le masque cependant est coquet, il y avait moins joli, il y avait le touret de
nez, pièce d’étoffe noire attachée par les côtés au chaperon, qui s’ajustait sous les yeux et cachait tout le bas
du visage… » Albert Robida, Mesdames Nos Aïeules (1891), p. 71.
Le touret de nez (= cache-nez, 1536 [d’où cache-laid, dans le Cinquiesme Livre], ou encore coffin à roupies, s’il faut
en croire Henri Estienne) fut appelé mimi au siècle suivant (cf. la Promenade du Cours, dans l’ouvrage d’Édou-
ard Fournier : Variétés historiques et littéraires, 10, 1863), puis loup.
6
« le personnage »
7
comme le rappelle Mérimée : « Le titre de dames étoit réservé aux femmes de la noblesse ; à celles des
autres classes on donnoit le nom de damoiselles. Cet usage tomba peu à peu en désuétude ; néanmoins
dans le peuple, et chez quelques personnes sans éducation, le nom de damoiselles servit jusqu’au XVIIIe
siècle à désigner les bourgeoises. »
Les protestants, qui avaient fini par appeler Montluc un athéiste, disaient de lui — selon Mézeray — « qu’il
n’avoit plus son visage redoutable mais un visage de damoiselle » : le soldat ironise en feignant de croire que le
maréchal a recours à un artifice féminin, à un accessoire de coquette.
8
« à l’air libre, hors d’un lieu clos »
9
prolepse (syntaxique) et accord avec le plus rapproché
10
la forme soudée (où l’absence d’apostrophe a une fonction distinctive) s’impose à partir de 1680.
11
Blaise de Montluc
12
« et [que le maréchal] dit »
13
« Puis l’autre, continuant ses propos, se met à »
14
Gaspard II de Coligny [1519-1572], amiral de France. ‖ admiral (qui subsiste tel quel en anglais et en
allemand et est enregistré par le Dictionnaire de l’Académie dans sa 1re éd., 1694) fait partie des variantes
graphiques entre lesquelles la langue a hésité
15
« s’était estimé satisfait, vengé »
avoit sauvé plusieurs. Il loua de mesmes fort aussi M. de Longueville1 ; et en entrant plus
avant en raisons2, il va représenter les changemens du monde et de la fortune, en disant :
« Il n’y a rien 3 que nous avions le roy Navarre4, ares5 il est pour vous autres ; nous avons eu le prince
de Condé 6, ares il est pour vous autres ; et, qui plus est, nous avons eu la carraque7, ares ell’ est pour
vous autres. Quel revers de fortune ! » Et disoit cela si naïfvement8 en son gascon, que, si je le
pouvois bien mettre par escrit par bonne ortographe9, comme je le parlerois10, il fairoit bon
l’oüyr11. Ceste carraque estoit une nauf12 vénitienne, la plus belle et la plus grande qui s’est
peu13 veoir, car ell’ estoit de douze à trèze cens tonneaux, avec cela tres-bonne voylière. Le
capitaine Sore14, Normand, l’un des bons hommes de mer (et des capitaines pentionnaires
de M. l’Admiral) qui fut de ce temps, voyre qui a esté despuis, il la prit, l’ayant trouvée
qu’elle15 avoit passé le destroict de Gibartal16, et tiroit17 vers la cotte d’Angleterre. Ell’ estoit
plus armée en marchandise qu’en guerre18, et fut menée à La Rochelle et en Brouage19 ; qui20
ayda fort aux21 huguenotz puis amprés à le prendre22, pour avoir mis23 sur la hune, qui estoit
tres-ample et large, quelque pièce24 qui endommageoit fort ceux25 qui deffendoient la
bresche. Elle fut par amprés toute désarmée et laissée là dans le port, qu’on 26 trouva fort à
propos pour boucher l’entrée du port de La Rochelle, où estant remorquée par les gallères,
fut là eschouée et mise à demy fondz, et chargée de quelques pièces d’artillerie qui endomma-

1
Léonor d’Orléans, duc de Longueville, mort à Blois en août 1573, à trente-trois ans.
2
« en raisonnements »
3
« il y a très peu de temps, il n’y a pas longtemps » ; Brantôme emploie aussi en un rien [de temps].
4
formule figée qui se rencontre à l’occasion
5
« maintenant » ; cf. tout aresmetys « sur-le-champ », chez Rabelais
6
Henri Ier de Bourbon-Condé [1552-1588] ; abjuration lors de la Saint-Barthélémy.
7
« La caraque était un bâtiment lourd, massif, qui pouvait jauger jusqu’à 2 000 tonneaux et atteindre une
longueur d’une soixantaine de mètres. Il se rehaussait, à l’avant et à l’arrière, de châteaux imposants,
eux-mêmes surchargés de superstructures. » P. Rousseau, Hist. des transp., 1961, p. 125 (cité par TLFi)
8
« avec tant de naturel, de spontanéité »
9
« dans une transcription convenable » — ortographe a été longtemps la forme usuelle
10
« prononcerais »
11
le verbe pouvait vouloir dire « entendre » ou « écouter »
12
variante poitevine de « nef »
13
« pu »
14
Jacques de Sores ou Jacques Sores, sieur de Flocques, originaire de Dieppe, surnommé l’Ange extermi-
nateur (cf. La Havane, en 1555), grand corsaire protestant au service de La Rochelle. Lui et Claude de
Berre avaient capturé deux caraques vénitiennes dans la Manche en décembre 1569 : la Giustiniana et la
Vergi ou la Casselera, cette dernière rebaptisée par la suite la Grande Huguenotte.
15
« alors qu’elle »
16
Montaigne, de son côté, écrit Gibaltar, Rabelais et d’autres Gilbathar.
17
« se dirigeait »
18
« son armement était plus celui d’un navire marchand que d’un bâtiment de guerre »
19
à quelque 35 km au sud de La Rochelle
20
« ce qui »
21
la construction aider à quelqu’un n’a rien d’exceptionnel à l’époque
22
« à s’emparer de Brouage »
23
« parce qu’ils avaient installé »
24
« pièce d’artillerie, canon »
25
« faisait bien des morts et des blessés parmi »
26
« ce qu’on [l’armée catholique] trouva très utile… »
gearent fort l’entrée dudict port ; et nous servit beaucoup contre ceux qui vouloient entrer
dedans, fors1 deux fois, que2 deux barques conduictes par le capitaine Arnaud3, bon mari-
nier, entrarent chargées de poudre bien à propos, et au proffit des Rochellois, car ilz
estoient au tapis4 pour les poudres. Voylà la comparaison ridiculle que faisoit ce soldat gascon
de ceste carraque avec ces grandz princes, qu’autres5 ne trouvarent bonne et s’en offen-
çarent, d’autres en rirent. Ainsi finit le parlement6 de ces deux soldatz, qui dura long-temps
et donna grand plaisir à toute l’assistance qui estoit là ; et tousjours s’entr’envoyoient quel-
ques harquebuzades, en se disant l’un à l’autre qu’il n’en falloit point avoir de peur, car il n’y
avoit point de balles, et que c’estoit salve de plaisir ; mais il y en avoit de bonnes et qui
siffloient fort bien à l’entour de nos oreilles.
Je sçay qu’il y a plusieurs qui diront que je faictz beaucoup de petits fatz7 contes dont je
m’en passerois bien8 ; ouy bien pour aucuns9, mais non pour moy, me contentant10 de m’en
renouveller la souvenance et en tirer autant de plaisir.

1
« excepté, sauf, hormis »
2
« lorsque, quand »
3
Jean d’Arvert, d’après Charles de La Roncière.
4
« à bout de ressources, en situation de pénurie », cf. Étienne Pasquier, Recherches de la France, VIII, 47 :
« Quand voyant vn homme au deſſous de toutes affaires, nous le diſons eſtre reduit au tapis. Maniere de parler
que nous empruntaſmes des ioüeurs, leſquels ioüans ſur vn tapis verd, quand ils n’ont plus d’argent deuant eux
pour meſtier mener, & ils ſont contraints deſemparer la table, on les dit eſtre reduits au tapis. »
autre illustration chez Brantôme (Grands Capitaines François : l’Admiral de Chastillon) :
« …Nostre roy Charles [IX], qui avoit tant de debtes sur les bras, et qui devoit à Dieu et au monde, à cause de celles
grandes des roys son grand-père et père, estoit au tapis et au saffran [= en banqueroute], sans ceste bonne
guerre… »
Je me permets de renvoyer le lecteur aux pages que j’ai consacrées à « Un cas de transmission d’erreur :
à propos d’être réduit au tapis chez Étienne Pasquier », publié le 13 mars 2010.
5
« que les uns »
6
Lalanne, dans son Lexique, enregistre l’acception « négociation, pourparler » ; mais ici, le sens propre
du mot : « conversation », attesté depuis la Chanson de Roland, s’impose. Sans compter The Parliament of
Fowls.
7
« niais, sots, stupides »
8
« dont je pourrais aisément faire l’économie, que je pourrais sans dommage bien passer sous silence »
9
« aux yeux de certains (destinataires réels ou supposés du texte, lecteurs/auditeurs/critiques/juges) »
10
« car je me donne la satisfaction »

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