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Argument

La place de Simenon parmi les grands romanciers actuels de langue franaise nest plus
gure conteste. Elle ne le serait plus du tout si son succs auprs du public ntait pas si tendu
et, surtout, si ses livres ntaient pas, ce point, nombreux et ingaux.

La vrit criante de cette observation, parue dans Le Figaro littraire sous la plume de
Jean Blanzat, nous frappe encore aujourdhui alors quelle date du 11 fvrier 1949. Car l furent
la fois la bonne et la mauvaise fortune du romancier, comme elles avaient t celles
dAlexandre Dumas, lauteur de chevet de sa jeunesse ligeoise : une pareille fcondit, qui
signait une telle facilit crire, double de surcrot dune popularit immense, assume sans
complexe apparent et mme, pour tout dire, volontairement recherche, devenait ncessairement
suspecte et ninclinait gure chercher dans ses uvres la profondeur que peu de critiques
auraient song lui dnier si sa production littraire et t plus parcimonieusement distille.
Injustice dcrivains la fertilit plus cliche, jalousie de concurrents, ou mfiance lgitime
lgard dun flot si dense quil ne pouvait charrier sans discontinuer des ppites dor ?

Plus de cinquante ans aprs cet article, et plus de dix ans aprs la mort du romancier, le
dbat nest pas clos. Certes, on ne prsente plus Simenon, pas plus que son personnage ftiche
auquel on a fini par lidentifier, le fameux commissaire Maigret, et il y a beau temps quon ne
sexcuse ni ne se cache plus de le lire, ni de laimer. Mais cest trop souvent avec un seul mot
phnomne et surtout avec quelques chiffres faramineux quon a prtendu rendre compte
de son caractre dexception, comme si celui-ci ntait pas dabord, et en dfinitive, li ses
qualits dcrivain et sa capacit crer un univers et nous le faire partager.