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trop à gauche. Ils estiment aussi qu’elle n’a pas su


avoir la poigne nécessaire pour enrayer l’arrivée des
Le nouveau gouvernement autrichien dope
réfugiés.
la droite «anti-Merkel»
PAR THOMAS SCHNEE Et c’est précisément ce qui fait de Sebastian Kurz un
ARTICLE PUBLIÉ LE MERCREDI 20 DÉCEMBRE 2017
héros, ou au moins un allié, pour une partie de la droite
L’avènement de Sebastian Kurz et ses ministres allemande “dissidente”. Ce dernier n’a pas seulement
d’extrême droite gênent profondément Berlin. Il fait bâti sa victoire en se servant autant dans le programme
craindre un axe Autriche-Hongrie sur le dossier des des socialistes que dans celui de l’extrême droite. Il
migrants. Et il va renforcer la division entre une a aussi choisi de faire campagne sous son nom et pas
droite modérée pro-Merkel et une droite conservatrice sous celui de son parti. Il a réussi le tour de force de
de plus en plus dure, qui rêve d’en finir avec cette se faire élire en attaquant l’action des gouvernements
chancelière « de gauche ». dont il faisait partie. Enfin, et c’est le principal, il s’est
opposé frontalement à la politique migratoire d'Angela
Berlin (Allemagne), de notre correspondant.–
Merkel, en devenant l’alter égo ouest-européen du
Berlin qui pleurniche et la Bavière qui sourit.
Hongrois Viktor Orbán. « Je souhaite une politique
C’est la première impression que donne l’Allemagne
plus sincère pour toute l’Europe. Je souhaite que nous
après la prestation de serment, lundi à Vienne, du
en Europe, et en premier lieu l’Allemagne, nommions
nouveau chancelier autrichien Sebastian Kurz (ÖVP,
enfin les choses par leur nom. Nous avons besoin de
conservateur) et de son vice-chancelier Hans-Christian
mettre un terme à cette politique de l’invitation. Nous
Strache, président du parti de la Liberté (FPÖ, extrême
sommes débordés. Il y a trop de gens qui viennent »,
droite).
déclare-t-il en octobre 2015.
Angela Merkel a beau être la cheffe du camp
conservateur, et à ce titre « amie politique » de
son homologue autrichien, elle s’est montrée aussi
prudente que méfiante vis-à-vis de la nouvelle alliance
viennoise. Le message de félicitations envoyé à
Sebastian Kurz correspond aux six lignes protocolaires
minimales pour ce genre d’événement. La chancelière
allemande, qui a invité Kurz à Berlin, a par Le vice-chancelier autrichien Heinz-Christian Strache et le chancelier
Sebastian Kurz, le 19 décembre à Vienne © Reuters / Leonhard Foeger.
ailleurs déclaré qu’elle attendait avec impatience de
connaître « l’orientation européenne » du nouveau Ce basculement s’opère également en Allemagne.
gouvernement autrichien. Le ministre-président de Bavière, Horst Seehofer,
invite Viktor Orbán à Munich fin septembre 2015.
En réalité, Berlin n’est pas du tout ravi de la tournure
Et pendant que le parti moribond qu’est l’Alternative
des événements politiques en Autriche, autant pour
pour l’Allemagne (AfD) reprend rapidement des
des raisons européennes qu’intérieures. L'ascension
couleurs, la droite conservatrice allemande se divise
politique de Sebastian Kurz a fait autant rêver, ces
profondément. « Les conservateurs bavarois comme
dernières années, l’extrême droite allemande (AfD)
Horst Seehofer et son successeur désigné Markus
qu’une partie de l’aile droite du parti chrétien-
Söder sont absolument sur la ligne de Kurz. Autant
démocrate de Merkel (CDU) et la majeure partie des
sur la question des réfugiés que sur l’idée qu’en vue
conservateurs bavarois (CSU). Soit, en gros, le groupe
de récupérer les électeurs qui sont allés voter pour
de ceux que l'on pourrait appeler les « anti-Merkel de
l’extrême droite, il ne faut pas hésiter à reprendre
droite ». Ces derniers la considèrent depuis longtemps

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certains de leurs sujets et à durcir le ton », analyse mieux pourquoi l’avènement de la nouvelle alliance
Albrecht Meier, spécialiste des questions européennes droite/extrême droite à Vienne ne réjouit pas l'exécutif
pour le quotidien berlinois Der Tagesspiegel. à Berlin.
« Sebastian Kurz représente en Autriche la rupture Ce n'est pas tout. L’arrivée du FPÖ au pouvoir à
avec un système politique égaré et névrosé. La Vienne pourrait peser sur la trajectoire de l’AfD
politique autrichienne est paralysée depuis des allemande, qui a réussi une entrée magistrale au
années. Cela a dégoûté les gens. Mais lui a réussi à Bundestag en septembre. Au siège du parti et
imposer un projet neuf et unitaire au parti populaire sur les réseaux sociaux, les dirigeants de l’AfD
autrichien. Sebastian Kurz dit les choses clairement, applaudissent bien sûr l’arrivée au pouvoir de leurs
que ce soit pour la politique migratoire, la politique « frères aînés » du FPÖ, car « le nouveau cours
européenne ou pour l’arrêt des négociations entre de la politique d’asile en Autriche marque un jalon
l’UE et la Turquie », réagissait avec enthousiasme dans l’histoire européenne », ainsi que l’expliquait
l'eurodéputé conservateur bavarois Manfred Weber, lundi Alexander Gauland, coprésident du parti et
à la tête du groupe du PPE (droite, dont LR) au du groupe parlementaire de l’AfD. Mais comme le
Parlement européen, au lendemain de la victoire de déclarait le président du FPÖ Hans-Christian Strache
l’ÖVP. en septembre, « l’AfD doit encore évoluer, tant pour
Angela Merkel se retrouve donc avec une partie sa recherche d’unité que pour son assainissement
de son camp alignée sur les positions de Kurz, en interne». Le nouveau vice-chancelier avait alors
quelque sorte son concurrent. Par ailleurs, à droite, renvoyé le parti frère allemand aux « douleurs de
nombreux sont ceux qui pensent que l’élection de l’enfantement » de sa propre formation en… 1949 !
l’Autrichien et ses bons contacts avec les pays du « Bien sûr, en Allemagne, nous sommes encore très
groupe de Visegrad pourraient le conduire à assumer loin de la situation autrichienne. Et les conservateurs,
une médiation positive pour l’Europe : « Mais rien CDU et CSU, ont exclu toute alliance avec l’AfD au
n’est moins sûr. Lors du dernier sommet européen, niveau national. Mais l’AfD va tout faire pour leur
Merkel a précisé qu’elle tenait toujours au principe forcer la main. Dans le Land de Saxe, où l’extrême
solidaire des quotas, même si ce n’est plus qu’une droite est devenue le premier parti devant la CDU,
petite partie de son dispositif. Or Kurz y est opposé. ils ont juré qu’aux prochaines élections, ils seraient
Donc il reste à prouver que ce dernier sera un allié dans le gouvernement régional. Et au Bundestag, ils
européen », estime Albrecht Meier. vont s’efforcer de trouver des positions et des votes
Le fait que Sebastian Kurz ait choisi une communs avec la droite », prédit Albrecht Meier.
« technicienne » aux Affaires étrangères (Karin Sans surprise, les craintes les plus fortes, à défaut de
Kneissl, proche du FPÖ) et placé la majeure partie protestations virulentes, ont émané des rangs du SPD.
des affaires européennes sous le contrôle de la «L’Autriche-Hongrie est de retour. Avec le chancelier
Chancellerie fédérale n’est pas non plus une garantie Kurz, “l’étudiant nationaliste” Stracheet le pyromane
de paix pour Berlin : « La défense, les Affaires Orbán, on se dirige en trois temps vers la droite.
étrangères et la police sont tenues par le FPÖ. Adieu, heureuse Autriche», a déclaré le vice-président
Surtout, le ministre de l’intérieur Herbert Kickl est du groupe parlementaire SPD Achim Post. Le social-
un idéologue historique du parti, et un provocateur démocrate fait référence à ce trio de dirigeants qui
connu. À ce poste, il peut tout à fait intervenir sur s’opposent à une politique d’accueil et de répartition
les questions migratoires et européennes », ajoute des réfugiés dans l’Union européenne, et prônent une
l’analyste berlinois. Dans ces conditions, on comprend « politique de défense des frontières extérieures de
l’UE ».

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Pour le président du SPD, Martin Schulz, c’est en que l’exemple autrichien « nous apprend une fois de
tout cas une raison supplémentaire pour faire « plus plus que l’accolade prolongée des grands partis entre
d’Europe » et négocier avec Angela Merkel un eux ne fait que renforcer les extrêmes ». Pour lui, le
vrai projet de réforme européen, en réponse aux scénario autrichien prouve à la perfection les dangers
propositions d’Emmanuel Macron, dans le cadre du d’une grande coalition entre sociaux-démocrates et
chantier d'une nouvelle « grande coalition ». Mais le conservateurs lorsqu’elle se prolonge de manière quasi
vice-président du SPD, Ralf Stegner, estime quant à lui permanente, comme ce fut le cas en Autriche.

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