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Oeuvres complètes de

P. de Ronsard
(Nouvelle édition,
publiée sur les textes
les plus anciens avec
les variantes et des [...]
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Ronsard, Pierre de (1524-1585). Oeuvres complètes de P. de Ronsard (Nouvelle édition, publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes). 1857-1867.

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ŒUVRES COMPLÈTES

DE

RONSARD

Nogent-le-Rotrou. Imprimé par A. Gouverneur, avec
les caractères elzeviriens de la Librairie Franck.

ŒUVRES COMPLÈTES

DE

P. DE RONSARD
NOUVELLE ÉDITION

Publiée sur les textes les plus anciens

AVEC LES VARIANTES ET DES NOTES

PAR

M. PROSPER BLANCHEMAIN

TOME VII

PARIS

LIBRAIRIE A. FRANCK

Rue Richelieu, 67

MDCCCLXVI

LES DISCOURS
DE

P. DE RONSARD

Gentilhomme Vandosmois,

DEDIEZ

A LA ROYNE MERE DU ROY.

Dans l'édition de 1623, les Discours sont

commentés' par CLAUDE GARNIER; dans les
éditions in-12, ils n'ont pas de commentaires.

Charles Vaillant. Sic tamen ut linguœ post sancta pericula linguam Non timidam fortis sit comitata manus. Episcopum Cenomanensem. Pace tua dicam fuit hoc. AD CAROLUM AGENORÉUM. Carminibus patriis patria sacra canens. Si tamen haud alià licuit ratione probare In patriam quantus fortibus esset amor. o Gallia. Si modo sic patuit pro laude subire pericla Quis osset patriœ proque salute suæ Ronsardus patriam patriis. évêque du Mans. Digna tuo quondam quœ nomine charta legatur. . (1) EPIGRAMMA. tanti Visa quod es vires ipsa timere tuas. Qui velut auspiciis iisdem quibus usus et ille Cenomani vindex ausus es esse soli. vellem meliorem fata dedissent Materiem Spectandi egregios marte vel arte viros Quàm nuper Gallis Jove quam damnante dederunt Tristia proque aris prœlia proque focis. Carole Agenoreæ gloria magna domus. (1567.) I. defenderat armis.

pour y donner un Commentaire (j'entens parler de ces Discours des Miseres de la France). comme estant né dans le monde en l'origine de ceste abominable et plus que miserable secte. de louable memoire. (1) ces Discours de feu Monsieur de Ronsard. comme un tableau vivement les miseres et et les infortunes les infortunes. 1623 in-folio). . Or ayant esté prié de remettre les Œuvres d'un si digne Autheur en leur premier estat et de leur rendre par une correction volontaire l'honneur qui leur avoit esté ravy les ignorances. Je me suis rendu ployable aux honnestes prieres que l'on m'en a fait. il dépeint excellemment. dont je m'en pouvois distraire) à I. rn 'qui doivent tenir le premier rang de tout ce qu'il a jamais fait voir au jour. qu'il ne se peut mieux. ou par les negligences de la presse. qui sous qui sous la le représenté. les misères minorité du Roy Charles IX. par j'ay de mesme esté requis de jetter l'œil sur le parangon de cet Ouvrage. 7 AVERTISSEMENT. accablerent presque toute la France. (nonobstant une infinité de considerations. Extrait du commentaire de Claude Garnier (éd. ministre de Geneve et manifeste si à nud la verité. à l'advenement de l'irreligion de Calvin.

à gré ce petit labeur. condition toutesfois que l'on ne rechercheroit un entier Commentaire de moy. Ceux qui vont dans le bon sentier. que c'est une des moindres qui me gouvernent. ils considereront à par eux que les hommes ne sont tout parfaits. et qui n'ont l'ame portée auront qu'à juger sainement. passions !a campagne est libre. et s ils y trouvent quelque chose à redire. S'ils croyent faire mieux. je ne leur veux rien contester. Je n'en doubte point. 8 AVERTISSEMENT. pour me voir estre ennemy de leurs foibles nouveautez. au prejudice des Muses. et puis ce n'est là que le recherche le fondement et la racine de ma gloire. differentes'des belles con- ceptions de l'antiquité. Je ne doute point que nombre de ceux lesquels ont mis peine de faire authoriser. et que ces attributs ne sont referez qu'à Dieu. ains que l'on auroit à gré d'en tirer sans plus un esclaircissement. leurs nouvelles façons d'escrire. mais j'y suis tellement fait. comme chose repugnante aux douces libertez de mon esprit. et qu'ils ne prennent icy Je temps et l'occasion d'ouvrir entierement la bonde aux orages de leurs medisances. . ne renforcent les atteintes dont ils m'ont tousjours assailly.

Buon. in-4° de 6 feuillets. . chez G. Ce Discours a paru pour la première fois à Paris. 1563. Var. Il a a ja longtemps (a) que l'extreme ma- lice Eust surmonté le monde. J'ai vu une édition de la même date. A LA ROYNE MERE DU ROY. Cinq mille ans sont passez. mais suit la mesme forme a. 1. 9 DISCOURS DES MISERES DE CE TEMPS. Le vice d âge en âge eust pris accroissement. et l'autre vicieux. (') i depuis que le monde a pris commencement. 6 feuillets in-4°. Lyon. Catherine de Medicis. et tout ne fust que vice Mais puis que nous voyons les hommes en tous lieux Vivre l'un vertueux. Il nous faut confesser que le vice difforme N'est pas victorieux.

. l'autre prudent et sage. Quelquefois la vertu abonde d'avantage. I1 faut donc dés jeunesse instruire bien un Prince. Tels que furent les Roys. et mere des Roys François II. Henry III. (2) A fin qu'avec prudence il tienne sa province. Le vice quelquefois. le pere des lettres et des Muses. espouse du Roy Henry II du nom. L'autre n'eut point de cœur. Royne ('). Or comme Il plaist aux moeurs. Ainsi il plaist à Dieu de nous exerciter. Un tel fut ignorant. et l'un en se haussant. Si elle s'augmentoit. de Berry et de Touraine. Catherine de Medicis. Va de son compagnon le crédit rabaissant. Vous. Qu'il receut dés le jour que l'homme fut vestu (Ainsi que d'un habit) de vice et de vertu. Vous sçavez (en voyant tant dé faits memorables) Que les siecles passez ne furent pas semblables. l'autre ne le fut pas. et que point il ne change I. Il entend parler du Roy Charles IX. qu'il soit devotieux Envers la sainte Eglise. 2. 10 DISCOURS. aux Princes et à l'âge. et lequel estoit encores. lors régnant. Puis il est rabaissé. l'autre trop de courage. et François Duc d'Anjou. dont l'esprit prend plaisir quelquefois De lire et d'escouter l'histoire des François. et tout seroit ici Vertueux et parfait. à fin que leur puissance Ne prenne dans ce monde une entiere accroissance. L'ambition d'un tel causa mille débats. Ny mesme la vertu ne s'est point augmentée. Et entre bien et mal laisser l'homme habiter. Un tel Roy fût cruel. Comme le marinier qui conduit son voyage Ores par le beau temps et ores par l'orage. sous la regence de la Royne sa mere. tels furent leurs sujets. pour sa minorité. sa force fust montée Au plus haut periode. Charles IX. Car les Roys sont tousjours des peuples les objets. ce qui n'est pas ainsi. Il faut premierement qu'il ait devant les yeux La crainte d'un seul Dieu.

Et que l'astre jumeau ne daigne plus reluire. sous les tombes poudreuses. Que la gresle et la pluye. Qui perd en se jouant un si bel heritage. conduisez-le à bon port. que toy peuple qui bois Dans l'Angloise et toy More qui vois Tamise. et a fendre du bois. Et maugré la tempeste. Qui sens la froide bise en tes cheveux venter. guerroyé. Heritage opulent. en ce temps que le cruel orage Menace les François d'un si piteux naufrage. est embesongnée plus A couper. Querellé. La voyant aujourd'huy destruire par nous-mesmes? Ils se repentiront d'avoir tant travaillé. Prenez le gouvernail de ce pauvre navire. Ainsi que nous voyons instruire notre Roy Qui par vostre vertu n'a point changé de joy. Tomber le chariot du soleil sur ta teste. Hà que diront. nos Martels. à trancher. bataillé. et le cruel effort De la mer et des vents. DISCOURS. Las! Madame. là bas. Par vostre authorité appaiser son meschef. Qui de leur propre sang versé la parmy guerre Ont acquis à nos Roys une si belle terre? Que diront tant de Ducs et tant d'hommes guerriers Qui sont morts d'une playe au combat les premiers. et la fureur des cieux Ont irrité la mer de vents seditieux. . Las qui sera bien tost et proye et moquerie Des Princes s'il ne vous plaist en bref estrangers. Clodion. nos Charles nos Loys. Pour un peuple mutin divisé de courage. Par armes n'avez sceu ny froisser ny domter. De tant de vaillans Roys les ames genereuses? Que dira Pharamond. Car tout ainsi qu'on voit une dure coignée Moins reboucher son fer. Il La foy de ses ayeux pour en prendre une estrange. Et pour France ont souffert tant de labeurs extrêmes. Et toy race Gothique aux armes tousjours preste. et Clovis? Nos Pepins. combattu. La France à joinctes mains vous en prie et reprie.

De son propre couteau soi-mesme se surmonte. Nous sommes accablez d'ignorance si forte. Le ciel qui a pleuré tout le long de l'année. Jusques à l'autre bord son empire estendit) Tournant le fer contre elle à la fin se perdit. Ainsi le fier Ajax fut de soy le vainqueur De son propre poignard se transperçant le cœur. C'est une particuliere intelligence du temps. Obstinez. Ainsi Rome jadis des choses la merveille. à fin Qu'il pleure et se repente. Bien que les estrangers (') qui n'ont point d'amitié A nostre nation. 2. la nuict devant le parricide execrable du Roy Henry le Grand. L'Espagnol et l'Anglois. I. Qu'ils ne cognoissent pas nostre perte avenue. mere du Roy Louys le Juste et Victorieux.. et prophetes. assassinez. mais pour n'estre pas sages Nous n'avons jamais creu à si divins presages. Et liez d'un sommeil si paresseux. . Avoient assez predit que-l'an soixante et deux Rendroit de tous costez les François malheureux. et s'amende à la fin. du haut ciel luy envoye Songes et visions. comme est le songe de la Royne Marie de Medicis. voyons Dés long-temps les escrits des antiques prophetes. Ainsi s'endurcit le François. nous ne le point. Tuez. Lequel ayant pitié du François qui fourvoye. C'est grand cas que nos yeux sont si pleins d'une nue. ( Qui depuis le rivage où le soleil s'éveille. en ont mesme pitié. Et voyant nostre mal. Ainsi le peuple Hebrieu N'adjoutoit point creance aux prophetes de Dieu. les hideuses cometes. par le travail Lequel n'ayant trouvé qui par armes le donte. Les songes menaçans (2). qui paravant s'estoient fait assez recognoistre ennemys de la France au regne de François Ier et de Henry II.12 DISCOURS. aveuglez. de sorte Que nostre esprit ne sent le malheur qui nous poingt. Comme pere benin.

Afin te lisant ils pleurent nostre mal. formé par le prince de Condé le 25 novembre 1562. Par une opinion nourrice des combats. De peur de ne tomber en pareilles miseres. et maisons ravissbit. qui d'encre non menteuse Escris de nostre temps l'histoire monstrueuse. Comme une grande roche est bronché contre bas On dit que Jupiter. du genre humain peste Cuider en fut nourrice. De son malheur futur Paris advertissoit. Et ququ'en ils prennent exemple aux pechez de leurs peres. de quel œil. choisit pour son amie Dame Presomption. Que mesme à ses parens elle faisoit horreur. Qui depuis si long âge avoit pris accroissance. DISCOURS. la voyant endormie Au pied du mont Olympe. i. et la baisant. De vent et de fumée estoit pleine sa teste. 13 Et Seine qui couroit d'une vague effrenée. Et bestail. Raconte à nos enfans tout ce malheur fatal. Elle fut si enflée et si pleine d'erreur. Elle avoit le regard d'une orgueilleuse beste. et pasteurs. estant gaillard. O toy historien. Ecrit pendant le siege de Paris. . Son cœur estoit couvé de vaine affection. Un jour. de Fantasie et de Jeunesse folle. pour sçavoir Les hauts secrets divins que l'homme ne doit voir. qui vouloient par curieuse audace Envoyer leurs raisons jusqu'au ciel. contre la race fasché Des hommes. soudain Conceut l'Opinion. et fut mise à l'escolle D'Orgueil. ô siecles inconstans! Pourront-ils regarder l'histoire de ce temps? En lisant que l'honneur et le sceptre de France. (') Et sembloit que les eaux en leur rage profonde Voulussent re-noyer une autre fois le monde. Cela nous predisoit que la terre et les cieux Menaçoient nostre chef d'un mal prodigieux. De quel front.

le serviteur son maistre. chacun vit à sa guise. Et par luy le preud'homme est devenu meschant. L'escolier se desbauche. Morte est l'authorité. Mendiant le secours de Savoye et d'Espagne. Une pique guerriere il fait de son rateau. Le pasteur ses brebis. Le desir. et brouilla leurs courages Par la diversité de cent nouveaux passages. eschelé. La sœur contre la sœur. met la'France en campagne. et les cousins germains Au sang de leurs cousins veulent tremper leurs mains. Ils estoient faits de laine et de coton bien tendre. Au vice desreglé la licence est permise. Sa nef le marinier. Son visage estoit beau comme d'une Sereine. On a fait des lieux saincts une horrible voirie. Ce monstre que j'ay dit. Boit le large Danube et les ondes du Rhin. Les enfans sans raison disputent de la foy. Et de la nation qui. Ce monstre arme le fils contre son propre pere. Elle se vint loger par estranges moyens Dedans le cabinet des theologiens. l'advocat sa practique.14 DISCOURS. De ces nouveaux rabins. Legere elle portoit des ailes sur le dos. son trafiq' le marchant. La femme ne veut. Et l'acier de son coutre il change en un couteau. les cieux. Et le frere (ô malheur! ) arme contre son frere. Et tout à l'abandon va sans ordre et sans loy. et de sa faulx tortue Le laboureur façonne une dague pointue. Ses jambes et ses pieds n'estoieht de chair ny d'os.plus son mary recognoistre. Afin qu'à son marcher on ne la peust entendre. Et d'avoir comme Geans. et l'erreur insensé Ont c'en dessus dessous le monde renversé. . D'une parole douce avoit la bouche pleine. L'artisan par ce monstre a laissé sa boutique. l'avarice. prompte au tabourin. A fin de les punir d'estre trop cuneux. L'oncle hait son nepveu. Et sous un pauvre habit cachoit l'ambition.

opiniastre suit L-erreur d'un estranger qui folle la conduit. Portant un gentil cœur dedans un petit corps Il verse parmy l'air un peu de poudre. une estable. et la main. Var. Se gourme de sa bride. Ainsi presque pour rien la seule dignité a. b. Pour soustenir leurs chefs. Ainsi la France en armes divisée. (1578) Une grange. et une porcherie. tres-sage. au combat se ruer. et n'obéit au frein. Et maugré la houssine l'esperon. Royne en voyant ce discord. Au ciel est revolée et Justice et Raison. Pouvez en commandant les mettre tous d'accord. Var. et lors Retenant des deux camps la fureur à son aise Pour un peu de sablon leurs quereiles appaise. Se percer. (1587): L'erreur d'un estranger. Qui. se piquer. 15 Un assassinement t et une pill et une pillerie. Et en leur place. le sang et le carnage. Depuis que la raison n'est plus authorisée. et soy-mesmes destruit. parmy les assauts. les armées qui voyant De ses mouches à miel fierement animées. Mars enflé de faux zele et de vaine apparence. la rancueur. Mais vous. Et. (a) Si bien que Dieu n'est seur en sa propre maison. La haine. Ainsi qu'une furie agite nostre France. DISCOURS. se tuer. forcenant pesle-mesle Tomber mortes du ciel aussi menu que gresle. se navrer. helas! regne le brigandage. . farouche à son Prince. dont la bouche trop forte Par bois et par rochers son escuyer emporte. (b) Tel voit-on le poulain. le sujet a brisé Le serment qu'il devoit à son Roy mesprisé. Tout va de pis en pis. Imitant le pasteur. court.

sur les rangs pour luy donner qui desja s'estoit campé bataille. Donne que pour un coup ils en sentent entre dedans leurs yeux. Donne que la poussiere arme ta main aux cieux. Agitent Donne qu'en plein midy le jour leur semble trouble. De vos enfans. D'un esclat de tonnerre eslance sur leur teste. sans estre embesongnées Soient pleines desormais de toiles d'araignées. Unissant le vouloir de nos Princes. haut nous envoyas ton Fils. de vostre authorité vertu chaque estat vous accorde) ( Que pour vostre Pourra bien appaiser une telle discorde. O Dieu qui de là Et la paix eternelle avecques nous tu fis. un double. Donne que nos harnois de sang humain tachez Soient dans un magazin pour jamais attachez. (1578) Et les armes au croq. Donne que la fureur de la guerre barbare Aille bien loin de France au rivage Tartare. Var. (a) pour jamais Dieu!) si les cruels destins Ou bien (ô Seigneur main des mutins. Donne que mesme loy unisse nos provinces. mere Donne. les des hideuses fureurs Donne que serpens leurs cerveaux de paniques terreurs. Et pour punition les traicts de la tempeste! Et non sur les rochers a. . Nous veulent saccager par la l'alumelle Donne que hors des poings eschappe De ceux qui soustiendront la mauvaise querelle. que ceste Royne la colere. De celuy du Roy Charles IX et de celuy de l'Huguenot. je te suppli'. Puisse de ces deux camps (1) appaiser Donne-moy derechef que son sceptre puissant Soit maugré le discord en armes fleurissant. de vous. 1.16 DISCOURS.

1. DISCOURS. in-4° de 10 feuillets. Et le laisse manger aux mastins et aux Si est-ce qu'à la fin la divine loups' puissance Court après le meurtrier et en prend la Et dessus une roue vengeance. VII. je ne contois la peine Et l'extréme malheur dont nostre France est pleine. En faisant son chemin rencontre le volleur. au monde publier D'une plume de fer sur un papier d'acier Que ses propres enfans l'ont prise et à la mort vilainement devestue Et jusques batue. Ronsard. helas qui par malheur. (1) je serois ou du plomb ou du bois M adame.Si moy que la nature a fait naistre Aux races à venir François. chez Gab. A LA MESME ROYNE. Je veux. 17 CONTINUATION DU DISCOURS DES MISERES DE CE TEMPS. à force despouillée. les maugré ans. d'exemple Mais ces nouveaux tyrans qui la France ont pillée. assassinée. Qui contre l'estomach luy tend la main armée D'avarice cruelle et de sang affamée. essaye De luy chasser du corps l'ame par une playe Puis en le voyant mort il se rit de ses coups. Buon 1564. Imprimé pour la première fois à Paris. 2 . Elle semble au marchand. Il n'est pas seulement content de luy piller La bourse et le il le fait cheval despouiller Le bat et le et d'une dague tourmente. (après mille travaux) Sert aux hommes et de proye aux corbeaux. Vollée. Et de cent mille coups le corps luy ont batu.

par force commander. et se fourvoye. Mais par force on ne peut paradis violer Jesus nous a monstré le chemin d'y aller. et s'enrichir de proye. Ils se disent de Dieu les mignons. et au reste du royaume celeste. Volle. des armées. Et les peres martyrs aux plus dures saisons Des tyrans. Var. Celuy qui ne la suit se damne (a) a. Et. piller et brigander. et les villes saccagent. ne s'armoient sinon que d'oraisons Bien qu'un ange du ciel. les jeusnes et les larmes. et ne s'en font que rire. beaucoup Et de sieges seroient sans ames dans les cieux. Si pour eux seulement la porte estoit ouverte. Et paradis seroit une plaine déserte. N'obéir plus aux Rois. C'est Dieu qui les conduit. si superbe et si fier. Et comme furieux qui frappent et enragent. Armez de patience il faut suivre sa voye. Et quoy? brusler maisons. Tuer. amasser cela Eglises reformées? Appellez-vous Jesus que seulement vous confessez icy De bouche et non de cœur. Non amasser un camp. à leur moindre priere. En soufflant eust rué les tyrans en arriere. sainct Paul en preschant n'avoit pour toutes armes Sinon l'humilité. En la dextre ont le glaive et en l'autre le feu. et que la grand' closture Du grand paradis s'ouvre à toute creature Certes de lieux Qui croit en Jesus-Christ. . leur maistre Qu'ils osent au combat desfier. Qu'ils sont les heritiers Les pauvres insensez qui ne cognoissent pas Dieu commun des hommes d'icy bas Que pere Veut sauver un chacun.18 DISCOURS. Or eux se vantant seuls les vrais enfans de Dieu.nt les temples saincts. (Comme si brigandage estoit une vertu) Vivent sans chastiment et à les ouïr dire. Ils ont le cœur si fol. ne faisoit pas ainsi. assassiner.

etc. t. Et des fiers scorpions la puissance vestirent. du païs d'Alby vers le Languedoc. Heretique Allemand. qui ne demandait qu'à pescher en eau trouble. en possession d'estre Par armes combattus. Roy de France. voulant tirer chemin vers les terres de Lorraine pour y venir autho- riser. Estans cause du passage du Turc en Asie. Et lors de vostre orgueil sera le repentir. Leur maniere d'aller en marchant sur la terre Sembloit chevaux armez qui courent à la guerre. Lesquelles aussi tost que le puits fut ouvert D'enfer. Avecque la fumée en la terre sortirent. peres des nostres. avec les siennes. Et de l'Apocalypse estes les sauterelles. 19 Voulez-vous ressembler à ces fois (1) Albigeois Qui planterent leur secte avecque le harnois? Ou à ces Arriens (2) qui par leur frenesie Firent perdre aux Chrestiens les villes de l'Asie? (3) Ou à Zvingle (') qui fut en guerre déconfit. les resveries que ledit Luther son maistre avoit commencé de forger l'an 1517 par tyrannie. par qui le ciel de nues fut couvert. Ils tenoient de la creance folle des Gots. Ou à ceux que le Duc de Lorraine desfit? Vous estes. 4. qui jadis avoient esté maistres de ce pais qu'ils infecterent. qui furent debellez et réduits par saint Louys. le Roy d'Arragon. Les Albigeois estoient des heretiques. car le Duc et son frere puisné Claude de Lorraine. premier Duc de Guise. Tout ainsi que lyons affamez et mordans. Plusieurs grands estoient de leur secte. venu depuis Luther. Ell' avoient face d'homme et portoient de grands dens. le deffirent et le taillerent en pieces luy et les siens. Tandis vous exercez vos malices cruelles. les Comtes de Toulouse et de Foix. . evesque apostat. mais il fut trompé de l'oracle à bon escient. DISCOURS. 2. Anciens heretiques portans ce nom d'Arrius. nostre vostre maistre Roy Bien tost à vostre dam le vous fera sentir. dés longtemps. qui s'estant fait chef d'une armée d'aussi bonnes gens que luy.

te frappa d'un coup de pistolet dans l'espaule au deffaut de chargé de trois balles droite. Le meurtrier eschappa. l'armure. par mondit Seigneur de Guise. l'un des fauxbourgs de Ja ville. Ell' avoient tout de plastrons le corps enfermez. Comme des scorpions leur queue estoit meurtrière derriere. Ainsi vous courez aux combas. dans le camp des Suisses. il remplit d'effroy l'Italie. et de là tiré à quatre chevaux dans la ville principale du royaume. le jour venu. envers Messeigneurs de Guise. Ce sont vos pistolets. qu'il prit Thionville. après avoir mis bon ordre à tout. . fit des choses merveilleuses pour le service des Rois armes. et les plus qualifiez des Huguenots s'estoient retirez et fortifiez. comme le 24 de febvrier. la Cour estant Henry à Geneve. où miracu- leusement il fut pris. et gaigna la journée à Dreux. devant Orleans. Ce sont vos morions haut dorés par les crestes. disant seulement ceste heure qu'il deffit l'Empereur Charles pour à Renty. que pour la deffense du Vicaire de cinquiesme sauva Mets contre Jesus. et courut toute la nuict.. du ciel et de la terre.20 DISCOURS. ministre de Geneve. qu'il une armée de quatre vingts mille hommes. Le siege estant campé devant soy où Beze. qu'il mit en detenu deux cents et dix sept jours Calais à raison. les petits fils de ce vaillant et genereux Prince. on dit que Beze. et repassoit la riviere de Loire en petite compagnie. par Jean Poltrot. monté regret de toute à l'avantage. mais comme Dieu ne laisse rien d'impuny tost ou tard. disant sieur de Merey. qui tirent par (') 1. se voulut purger d'avoir esté complice du meurtre. Ell' avoient de fin or les couronnes aux testes. qu'il delivra Paris d'un siege. le traistre qui depuis n'aguere avoit l'honneur d'estre sien. Telle mort eut ce grand qui depuis l'an 1543 qu'il vestit ses premieres Prince. par ans des Anglois. avec l'extreme la France. qu'ardentement Et villes et chasteaux renversez contre-bas. il permit qu'il se trouva. Les vostres sont tousjours de corselets armez. il revenoit le soir du Porte- reau. Lorraine. Pour l'assassin commis à l'endroit de François de Duc de Guise. Je m'abstiendray d'en parler. Lors que le Roy le Grand fut à la guerre de Piémont. desja caduc. Orleans (1563). dont il mourut en peu de jours.

Après m'avoir oüy tu diras autrement. DISCOURS. Amsi en avortant vous avez fait mourir La France vostre mere en lieu de la nourrir. Y faisant fourmiller grand nombre de gendarmes Et d'avares soldats qui du pillage ardents Naissent dessous ta voix. 3. 21 Perdant estoit leur maistre ('). escoute ma parolle. Ny une region Tartare ny Scythique C'est celle où tu douce te receut. Qui ouvrent en naissant le ventre de leurs meres. je te prie. De Beze (2). honoré du tiltre de Conseiller. et du grec Apollyon. Ville de Bourgongne. prés les Cordeliers de Paris. et des vers que le mesme Beze a faits pour un sien oncle. De Beze. S'il te plaist toutesfois de juger sainement. et qualifiez.ta qui Alors qu'à Vezelay ( ) mere te conceut. et mesme devant le Pape. Voyla comme les rosiers font naistre les espines. tout ainsi que des dents Du grand serpent Thebain les hommes qui muerent Le hmon en couteaux dont ils s'entretuerent. et du latin Exterminans. L'ange de l'abysme nommé de l'hebrieu Abaddon. 2. Celle qui t'a nourry et qui t'a fait apprendre 1. où saint Bernard harangua devant maints Prélats. dans lequel sontrepresentez des personnages vestus en dueil avec torches. ce n'est pas une terre Gothique. Voyez à l'eglise Saint Cosme. . Que tu estimeras d'une personne folle. La terre qu'aujourd'huy tu remplis toute d'armes. à costé droit de la porte du chœur. qui veut dire en françois comme Perdant. nasquis. Vous ressemblez encore à ces jeunes viperes. d'honnestes et sages parents. Il fut tenu dans ce lieu de Vezelay jadis un Concile pour le voyage d'outre-mer. un petit tableau. et le vostre a perdu Le sceptre que nos Rois avoient tant defendu. Beze. le boutefeu des rebellions. Et nés et demy-nés se firent tous perir. Si qu'un mesme soleil les vit naistre et mourir. où Theodore de Beze avoit pris naissance.

(toute consideration de religion mise à part) dés leurs conferences d'estudes. Retire tes soldarts. Un Christ empistolé tout noirci de fumée. nous le ravit. à fin d'en abuser. et l'on void par le stile et par les non com- muns aiguillons de ce qu'il nomme Juvenalia Bezæ. Var. Ne presche plus en France une Evangile armée. laquelle dessous toy Pour avoir liberté ne voudra plus de Roy. Si tu es envers elle enfant de bon courage. . que remply dlarrogance Te mesler des combats dont tu n'as cognoissance. Portant un morion en teste. (') Pour luy faire service et pour en bien user. rens-luy son nourrissage. Cela n'est qu'un appast qui tire la province A la sédition. Il est mort le 13 d'octobre 1616. a. Faire combattre Ajax. ou re-tuer Hector. Cela desplaist à Dieu. et au lac Genevois (Comme chose execrable ) enfonce leurs harnois. Ores que tu le peux. [En papier non sanglant. je ne laisseray d'en parler comme je fais. veritablement il eust acquis autant de gloire et de renom qu'il merite d'ou- bliance mais quoy? le prieuré de Lonjumeau. aagé de 86 ans. et dans sa main (a) Un large coutelas rouge de sang humain. Et non comme tu fais. 22 DISCOURS. faire parler Nestor. (1578): Qui comme un Mehemet va portant en la main 1. dont il n'eust la preference. cela desplaist au Prince. La science et les arts dés ta jeunesse tendre. Beze avoit merité le nom de Prince des Poëtes latins de son temps. que s'il eust plustost voulu s'arrester aux fontaines d'Hippocrene et d'Aonie qu'à celles de Styx et de Leman. et comme je doibs. Certes il vaudroit mieux à Lauzanne relire Du grand fils de Thetis les prouesses et l'ire. Et bien qu'il tesmoignast assez par lettres et par messages l'estroite amitié qu'il avoit jurée autresfois à mon pere. Ou re-blesser Venus.

et par une mauvaise atteinte il en fut choisi comme les autres. 23 Et trainer toy le vulgaire ignorant après ainsi qu'un Dieu te va presque adorant. pour estre veu sage. Sous un grand manteau devallant jusqu'aux pieds. aux festes de Noël. » que Et lors deux surveillans qui parler m'entendirent. esgorgeans et tuans les hommes. Louys de Bourbon Prince de Condé. comme lansquenet. De mon tout cela ne vaut pas Beze. Et comme tu faisoistenir encor la bride Des cygnes Paphians. que le son de la cloche importunoit leur ministre Malo qui faisoit le presche. . DISCOURS. Prince royal pour ta cause s'empesche. Puis que les predicans preschent à coups d'espée! Bien tost avec le fer nous serons consumez. comme les portoient les reistres ( mot qui signifie en alle- mand homme de cheval. ou lansquenez. mesme alors du tumulte de Saint Medard. (') Ny qu'un Un jour en te voyant aller faire ton presche. Avec un haussè-bec ainsi me respondirent « Quoy? parles-tu de luy qui seul est envoyé I. « Mon Dieu. et les autres ministres. . aux premiers troubles. (2) Ayant dessous un reistre (3) une espée au costé. 3. Lequel Certes il vaudroit mieux celebrer ta Candide. A la maison des Quatre Evangelistes. où ces nouveaux reformez pillerent et briserent tout. amy. 2. foulans aux pieds le Saint Sacrement de l'autel. ce que j'ay ouy raconter à qui l'a veu. pour ce. ce dis-je lors. ou.prés l'eglise de Saint Medard. Puis l'on voit de fer les ministres armez.je ne sçay sainct quel passage. quelle saincte bonté! O parole de Dieu d'un masquefaux trompée. disoient-ils. et cherissant les hommes vertueux et sçavants mais quoy? la bourrasque fut generale. veut dire homme de pied). Amender en Paul.] Que reprendre l'Eglise. Que France pour toy face tant de combas. Beze alloit ainsi faire son presche. ou prés d'un antre au soir Tout seul dans le giron des neuf Muses t'asseoir. Ce fut en decembre. dans le faux- bourg Saint Marcel. seigneur quant au reste de bon naturel.

Lesquels enfarinez au milieu d'une place Vont jouant finement leurs tours de passe-passe. ou quelque benefice Te fait ainsi vomir ta rage et ta malice. L'autre qui se voit pauvre est aise d'en avoir. Puis que si arrogant tu ne fais point d'honneur A ce prophete sainct envoyé du Seigneur. plus estes gens de bien. Et l'autre qui n'a rien voudroit bien en avoir. Qui cuident estre vrais tous les songes qu'ils pensent. » Vostre poudre est crier bien haut contre le Pape. L'autre qui n'estoit rien veut monter en pouvoir. ses bulles et son bien. » Adonc je respondy « Appeliez-vous athée Celuy qui dés enfance onc du cœur n'a ostée La foy de ses ayeuls? qui ne trouble les lois De son pays natal les peuples ny les Rois? Appellez-vous athée un homme qui mesprise Vos songes les monstres de l'Eglise? contre-faits. Toutefois la pluspart de vos rhetoriqueurs Vous preschent autrement qu'ils n'ont dedans les cœurs.24 DISCOURS. » Vous ressemblez à ceux que les fièvres insensent. ainsi que basteleurs. Maintenant ses pardons. Qui croit en un seul Dieu. Et plus vous criez haut. (a) a. Var. Et à fin qu'on ne voye en plein jour leurs abus. L'un monte sur la chaire ayant l'ame surprise D'arrogance et d'orgueil. qui croit au Sainct Esprit. . Soufflent dedans les yeux leur poudre d'oribus. Qui croit de tout son cœur au Sauveur Jesus-Christ? Appellez-vous athée un homme qui deteste Et vous et vos erreurs comme infernale peste? Et vos beaux predicans. Deschirant maintenant sa tiare et sa chape. L'autre brusle d'ardeur de monter en pouvoir. Du ciel le peuple dévoyé? pour r'enseigner Ou tu es un athée. l'autre de convoitise. qui subtils oiseleurs Pipent le simple peuple.

Sans envoyer eux ne pour je sçay quels novices! «Que vit tant à Geneve un Calvin desja vieux. aagé de 5 ans. Or est-il qu'il se nommoit Chauvin. de laquelle il estoit frere. Toutesfois en ce fait elle est bien excusable. elle le veid de hazard comme elle entroit en la maison d'une portant le nom mesme. les meurdriers. qui de fardez langages N'entretient point la guerre. Il mourut à Geneve en 1569. Assez de fois j'ai memoire d'avoir entendu par la bouche d'une personne qui m'attouchoit assez. [» Bref un Peroceli apparoist entre vous Plus sage et continent. . I. De leur bon gré s'offroient aux plus cruels supplices. mais qu'il vuida la nuict pour se tirer d'inconvenient. ville de Picardie. ains deteste bien fort Ceux qui plems de fureurs nourricent le discord. ne voulant estre cogneu. plus modeste et plus doux. Jean Calvin fut en premier chanoine de l'eglise de Noyon. où pour comble de ses meschancetez il fit banqueroute à la foy. de là.] (1) » Ah! que vous estes loing de nos premiers docteurs. si 1 issue De la fable n'est pas du peuple bien receue. nom lequel il desguisa. Pour n'estre point mocquez ny sifflez. 7 mois. pour avoir forfaict. (2) Qu'il ne se fait en France un martyr glorieux Souffrant sa 0 ames peu hardies! pour parole? Vous ressemblez à ceux qui font les tragedies. 13 jours. et que tout plein de grands affluoient de toutes parts là. DISCOURS. Et en donnent la charge aux nouveaux apprentifs. 25 L'autre a l'esprit aigu qui par mainte traverse Sous ombre des abus la vérité renverse. Ces vers ont été supprimés dès la 2e édition (1567). qu'es- tant venu dans Paris secrettement. Qui sans craindre la mort ny les persecuteurs. 2. la retraitte et l'asile des bons garçons et des banis. Il est vray que sa faute est bien abominable. Lesquels sans les jouer demeurent tous craintifs. honteux de s'estre veu punir de quelque forfait desnaturé. Qui reprend asprement les violeurs d'ymages. Les larrons. le compagnon se retira dans Geneve.

Vos meurtres. ce dites-vous. » Le peuple qui vous suit est tout empoisonné.. en vous elle croira. helas qu'on la puisse guarir. Que toute la rhubarbe et toute l'anticyre Ne luy sçauroient guarir sa fiebvre qui empire. » Il n'est plus question. » Si tost ceste vous verra que gent grossiere Faire un petit miracle. vos larcins. Car tant s'en faut. Les autres Puritains. Heretiques du nom de leur auteur. que ce peuple fidelle Soit guidé par un chef qui prenne sa querelle. et s'il avoit forfait Contre le droict commun il auroit tres-mal fait. Ainsi que Gedeon. Quintins (1). Canada Calicuth. les autres Lutheristes. Que son mal le contente. » De vostre election failctes-nous voir la bulle. Là monstrez par effect vos vertus Calvinales. d'en faire. Ainsi vous sauverez la plus grand'part du monde. il faut que vous croyez Qu'ici vous n'estes pas du Seigneur envoyez. Et nous monstrez de Dieu le seing et la cedulle Si vous ne la monstrez. qui jadis guerissoient Ceux qui de maladie aux chemins languissoient. Et changera sa vie où toute erreur abonde. » Ce n'est plus aujourd'huy croit en tels oracles! qu'on Faites à tout le moins quelques petits miracles. Contre les Madians mena le peuple Hebrieu. vos gothiques pillages. » Si Gedeon avoit commis vos brigandages. Il a tant le cerveau de sectes estonné. qui seul esleu de Dieu. Et desquels seulement l'ombre estoit salutaire. Il seroit execrablé. Allez aux regions Qui n'ont ouy parler de nos religions Au Perou. et luy plaist d'en mourir. il y peut avoir . La foy est approuvée. ce dites-vous. Anabaptistes. » Il faut. » Les Apostres jadis preschoient tous d'un accord Entre vous aujourd'huy ne regne que discord Les uns sont Zvingliens. Canibales. Comme les peres saincts. 1. 26 DISCOURS.

tristes. De larrons aumosniers. 27 Les autres de Calvin vont adorant les pas. de menteurs veritables. De paillards continens. Estre ensemble d'accord sans vous desassembler. et depuis un de ceux qui l'auroient blasmé. » Mais je n'en ay point veu qui soient d'audacieux Plus humbles devenus. et pas un n'a changé Le vice dont il fut auparavant chargé. L'un est predestiné et l'autre ne l'est pas. Et monstrez clairement par la division Que Dieu n'est point autheur de vostre opinion. Ils ne durerent guere. Est la moindre de neuf qui sont-en Germanie. Chassé par les nouveaux est presque le dernier. » Mais monstrez-moy quelqu'un qui ait changé de vie. plus doux ny gracieux. J'aurois eu quelque opinion d'un François qui portoit le nom de Quintus. Si bien que ce Luther lequel estoit premier. Qui sont plus que devant mornes et palles. D'effrontez vergongneux. Et bien tost s'ouvrira l'escole Bezienne. Et l'autre enrage après l'erreur Muncerienne. » Je cognois quelques-uns de ces fols qui vous suivent. qu'amour et que concorde. Après avoir suivy vostre belle folie J'en voy qui ont changé de couleur et de teint. Car Christ n'est pas un Dieu de noise ny discorde Christ n'est que charité. aussi ne fut-il guere suivy. 60 ans. Que par vostre moyen il ne se vueille armer. Et sa secte qui fut de t d'hommes garnie. Hideux en barbe longue et en visage feint. DISCOURS. Je sçay bien que les Turcs et les Tartares vivent Plus modestement et suis tout effroyé qu'eux. » J'ay peur que tout ainsi qu'Arrius fit l'entrée Au Turc qui surmonta l'Asienne contrée. Comme Oreste agité de fureurs infernales. de cruels charitables. amy de nostre autheur paravant sa revolte. » Vous devriez pour le moins avant que nous troubler. . Que mille fois le jour leur chef n'est foudroyé.

2. Tant craints et redoutez pour estre catholiques! ) Si là saine raison le une fois. et plus n'a souvenance De vouloir retourner au lieu de sa naissance. tient le pas arresté Sur le bord estranger. qu'on Pipez. luy dessille les yeux. . » 0 Seigneur ne mets point en oubly tout-puissant. (a) » La tourbe qui vous suit est si vaine et si sotte. Luy monstre clairement quels furent ses ayeux. pour leur faire oublier leur patrie et les changer en pourceaux. Ainsy celuy qui tend le piege decevant. Et pour un grand chemin un sentier esgaré. En voulant prendre autruy se prend le plus souvent. regaigne Luy qui est si gaillard. Le Prince de Condé. Et que vous les premiers n'en supportiez la peine En pensant vous venger de l'Eglise romaine. i. Il cognoistra l'estat auquel on le fait vivre. Ainsi voit-on celuy qui tend le piege au bois. Et que pour nous donter il ne passe la mer. a. Grands Rois et gouverneurs des grandes republiques. si doux et si courtois. ensorcelez. à fin qu'il l'admoneste. D'envoyer un Mercure avecque le moly Vers ce Prince royal (2). Qu'estant affriandée aux douceurs de la lotte. chef des Huguenots. Luy décharme le sens. Et pour un diamant un verre bigarre. En voulant prendre se prendre autruy quelquefois. comme par sa malice Circe tenoit charmez les compagnons d'Ulysse. Le lotos que Circé faisoit manger aux compagnons d'Ulysse. Et comme pour de l'or on luy donne du cuivre. Et luy face r'entrer la raison en la teste. (1) J'entens affriandée à ceste liberté Que vous preschez par tout. Vous cognoistriez bien tost vous tient en prison. 28 DISCOURS. Var. » Helas! si vous aviez tant soit peu de raison.

son œil have et profond. Le traité de Hamptoncourt du 20 septembre 1562. « Une ville est assise és champs Savoysiens. Et dy-moy je te pri' d'où te vient ta douleur? » Elle adonc en tirant sa parole contrainte. Qui disoient que Satan le cœur m'avoit couvé. et sa robe semée De fleurs de lys estoit en cent lieux entamée. Comme une pauvre femme atteinte de la mort. Son poil estoit hideux. Mere. cy-devant cardinal de Chastillon. miserable sejour de toute apostasie. M apparut tristement l'idole de la France. Son sceptre luy pendoit. 2. m'appelloient reprouvé. Et le bon-heur du ciel puisse tomber sur luy » Achevant ces propos je me retire et laisse Ces surveillans confus au milieu de la presse. Laquelle (en ce-pendant que les Rois augmentoient -1. d'orgueil et d'heresie. L'autre jour. . Et nulle majesté ne luy haussoit le front. Souspirant me fit ainsy sa plainte aigrement. mais foible sans confort. Qui presque de l'Europe as esté la maistresse. conte-moy ton malheur. Dieu preserve son chef de mal-heur et d'ennuy. Qui benin m'a servi (quand fortune prospere Le tenoit prés des Roys) de seigneur et de pere. en pensant que ceste pauvre terre S'en alloit (ô mal-heur!) la proye d'Angleterre. D'opiniastreté.de tant de Roys. En la voyant ainsi. Odet de Coligny. Non telle qu'elle estoit lors que la brave lance De Henry la gardoit. mais haïr je ne puis Un si digne prelat dont serviteur je suis. 29 » Ha que je suis marry que cil qui fut mon maistre. DISCOURS. Qui par fraude a chassé ses seigneurs anciens. à fin de l'outrager. je luy dis « 0 Princesse. (' ) Depestré du filet ne se peut recognoistre! Je n'aime son erreur. (2) Et que ses propres fils amenoient l'estranger Qui boit les eaux du Rhin. Et me grinçant les dents.

et bien loin pour l'honneur combatoient) les banis en sa secte damnable Appellant M a fait comme tu vois chetive et miserable. et qu'elle est arrosée Par deux ou par trois fois d'une tendre rosée. » Ainsi lors que mes Rois aux guerres s'efforçoient. » Alors te laboureur voyant son champ gasté. Car de peur que la loy ne corrigeast leur vice. » Or mes Rois cognoissans qu'une telle cité Leur seroit quelque jour une infelicité. M'ont cassé le bras droit chassant mes senateurs. » Comme ces laboureurs. Entiere ils l'ont laissée. Ou soit par neghgence. et rampent à grand' peine D un dos entre-cassé au milieu de la plaine. L'une monte en un chesne et l'autre en un ormeau. Et tousjours en mangeant se trainent au coupeau. Toutes en un monceau ces chenilles croissoient! Si qu'en moins de trois mois telle tourbe enragée Sur moy s'est espandue. Mais contre elle jamais n'ont entrepris la guerre. dont les mains inutiles Laissent pendre l'hyver un toufeau de chenilles Dans une fueille seiche au faiste d'un pommier. apparoist Qui tombent de la fueille. De mes palais royaux ont banny la justice. Lamente pour neant qu'il ne s'estoit hasté D'estouffer de bonne heure une telle semence. et tellement se paissent Qu'une seule verdure en la terre ne laissent. Il voit que c'est sa faute et s'en donne l'offence. a. » Or mes peuples mutins. arrogans et menteurs. DISCOURS. et m'a toute mangée. Var. En chenilles soudain animé. 30 Mes bornes. Le venin qui sembloit par l'hyver consumé. S'efforceroit . ou soit par le destin. de rompre un jour leur dignité. Puis descendent à terre. (a) Deliberoient assez de la ruer par terre. Si tost que le soleil de son rayon premier A la fueille eschauffée. et de là vient ma fin.

» Elle. et comme Royne sage Reconfortoit mon coeur et me donnoit courage. et d'une fin mal-heureuse. DISCOU RS. à Nostre Dame de Clery. et celuy qui promeine Une roche aux enfers eut l'ame plus humaine! Bref ils m'ont delaissée en extrême langueur. 31 Ils ont rompu ma robbe en rompant mes citez. abaissant sa haute pour moy Majesté. Busire fut plus doux. 2. prés Vendosme. Contr'eux puisse tourner si mal-heureuse chose. En poudres foudroyant images et autels. Mes eglises. jettant leurs cen- dres au vent. (2) A fin que par tel acte inique et mai-heureux Les vivans et les morts conspirassent contre eux. Venerable sejour de nos Saincts immortels. comme en d'autres capitaines Romains. et du Roy Louis XI. dés long-temps garny d'une infinité de grands thresors amassez. helas! que par force ils ont prises. Catherine de Medicis. Mais comme tourmentez des fureurs Stygiales Ont violé l'honneur des ombres sepulcrales. mere du Roy Charles IX. et jouant à la courte boule de la teste de ce Roy des fleurs de lys. . Elle par sa vertu ( quand le cruel effort De ces nouveaux mutins me trainoit à la mort ) Lamentoit ma fortune. oincte de la Saincte Ampoulle. 1. et portoit son image au chappeau. Rendans mes citoyens contre moy despitez. Cela parut en Cepion. on ne failloit point de mourir. sacriléges nouveaux. Un temple magnifique estait dans la ville de Tholose (ou Thoulouse) anciennement. ausquels si l'on touchoit pour y mesfaire. Et l'or sainct desrobé leur soit l'or de Tholose! (') » Ils n'ont pas seulement. en hayne de ce qu'il hoenoroit la Vierge Marie. Ont pillé mes cheveux en pillant mes eglises. Qui douce et gracieuse envers moy s'est monstrée. Fait de mes temples saincts estables à chevaux. 3. Comme de sainct Martin de Tours. Toutesfois en mon mal je n'ay perdu le cœur Pour avoir une Royne (3) à propos rencontrée.

accompaigné d'armes et de bonheur. ou je me trompe en voyant son maintien. Voyant Montmorency. » Mais Dieu qui des malings n'a pitié ny mercy (Comme au Roy Pharaon) a leur cœur endurcy. 32 DISCOURS. Le nom de tres-chrestien et de tres-invincible. ny jureur. Sa nature si douce et incline à tout bien. Envoyra jusqu'au ciel ma gloire et mon honneur. Preposant mon salut à son authorité. où souvent elle a plus fait d'une parole que n'avoient sceu faire les camps armez. qui desja devient grand. qui tres-sage S'oppose à l'heresie. estant malade. Je pense qu'icy bas il est venu des cieux Afin que la couronne au chef me soit remise. Ce magnanime et tres-bon Roy. Et que par sa vertu refleurisse l'Eglise. elle se fit porter à Toury. A fin que tout d'un coup sa main et haute puissante Les corrige en fureur et punisse leur faute. Et aura. et d'autres fois elle est allée hors Paris trouver les ennemis. [Ce prince. menteur ny glorieux. Mesmes estant malade est maintefois allée (') Pour m'appointer à ceux qui m'ont ainsi volée. » Puis quand je voy mon Roy. Qui courageusement me soustient et defend. En 1562. pour se rendre aux ennemis terrible. Et sa façon de faire honneste et gracieuse. Voyant le Guisian d'un courage indomté. et la seule apparence D'un Prince si bien né me nourrit d'espérance. et par armes menace Ceux qui de leurs ayeux ont delaissé la trace. . Ny mocqueur.] » Avant qu'il soit longtemps ce magnanime Roy Dontera les mutins qui s'arment contre moy. » Puis voyant d'autre part cet honneur de Bourbon. Je suis toute guarie. voyant d'autre costé i. Et ces faux devineurs qui d'une bouche ouverte De son sceptre royal ont predite la perte. Et son corps agité d'une âme ingenieuse. [Ce prince.

33 Aumale et Sainct André. engrave tout cecy. A fin que nos nepveux puissent un jour cognoistre Que l'homme est mal-heureux qui seprend à son maistre. puis voyant la noblesse Qui porte un cœur enflé d'armes et de prouesse. ] » Cependant pren la plume. Sire. Aprés avoir la de son enfant bruslée peau Pour le rendre immortel. Imprimé pour la première fois à Paris. 1. (') ce n'est pas tout que d'estre Roy de France. INSTITUTION POUR L'ADOLESCENCE DU ROY TRES-CHRESTIEN CHARLES IX DE CE NOM. Et luy sert d'un fardeau qui luy charge la main. VII. FIN DU DISCOURS DES MISERES DE CE TEMPS. et d'un style endurcy Contre le trait des ans. Et rien n'est asseuré sans se changer au monde. chez G. Ronsard. Buon. » Ainsi par vision la France à moy parla. le print en son giron. Puis s'esvanouissant de mes yeux s'en-vola Comme une poudre au vent. in-4° de 6 feuillets. 1564. 3 . la femme de Pelée. J'espere après l'orage un retour de beau temps Et aprés un hyver un gratieux Car le bien suit le mal comme 1printemps: onde suit l'onde. DISCOURS. ou comme une fumée Qui se jouant en l'air est en rien consumée. Pource on dit que Thetis. Il faut que la vertu honore vostre enfance Car un roy sans vertu porte le sceptre en vain.

i. Il ne doit seulement sçavoir l'art de la guerre. Les Rois les plus brutaux telles choses n'ignorent. à fin de mieux sçavoir Juger de leurs subjets seulement à les voir. Elles les font marcher en toute reverence. De sçavoir comme il faut dresser une embuscade. en musique. Ou donner une cargue (1) ou une camisade. Bailler la cargue. En l'art de bien parler. Mais par les beaux mestiers que les Muses nous donnent. Et ont remply les champs de meurtre et de carnage. ny de glaive pointu. Et de science et d'art son Achille honorer: Un Roy pour estre grand ne doit rien ignorer. . De picquer les chevaux. (2) Se renger en bataille et sous les estendars Mettre par artifice en ordre les soldars.34 DISCOURS. ou les ruer par terre. Ny de harnois ferrez qui les peuples estonnent. ou contre son harnois Recevoir mille coups de lances aux tournois. Mettre des chemises blanches par dessus l'armeure pour se recognoistre. en histoire. Et de nuict l'emporta dans l'antre dé Chiron. Et par le sang versé leurs couronnes honorent. charger l'ennemy. 2. Les font parmy le peuple ordonner équité. Mais les Princes chrestiens n'estiment leur vertu Proceder ny de sang. Tout ainsi que lyons qui s'estiment alors De tous les animaux estre veuz les plus forts. Quand leur gueule devore un cerf au grand corsage. De garder les citez. Et tous remplis de grace et de divinité. Chiron noble Centaure à fin de luy apprendre Les plus rares vertus dés sa jeunesse tendre. les Rois daignent hanter. Quand les Muses. quand on veut donner atteinte de nuit aux ennemis. Ils deviennent appris en la mathematique. qui sont filles de Jupiter (Dont les Rois sont issus). En physiognomie. Loin de leur Majesté bannissant l'ignorance.

. Il tua Sarpedon. Aprés si vous voulez en terre prosperer. Comme le seul secours dont l'homme se console. Qui furent Rois en terre et sont là haut aux cieux. Et tous les vaillans de saison. Monstre vous aurez que J'empire et lé renom Des huict Charles passez dont vous portez le nom. Vous devez vostre mere humblement honorer. preux l'antique Tels vous serez aussi. Après il faut apprendre à bien imaginer. Tout ainsi que le corps s'exerce en travaillant. Après il faut tenir la loy de vos ayeux. La craindre et la servir. Dont vous estes l'image. Hercules et Jason. 35 Telle science sceut le jeune Prince Achille Puis sçavant et vaillant il fit mourir Troïlle Sur le champ Phrygien et fit mourir encor Devant le mur Troyen le magnanime Hector. si la Parque cruelle Ne tranche avant le temps vostre trame nouvelle. qui seulement de mere Ne vous sert pas icy. Nom du ciel revenu en France par neuf fois. nombre comme cil qui assemble parfait. Mais pour vous faire tel il faut de l'artifice Et dés jeunesse apprendre à combatre le vice. mais de garde et de pere. Charles. DISCOURS. Et garder que le peuple imprime en sa cervelle Le curieux discours d'une secte nouvelle. Il faut que la raison s'exerce en bataillant Contre la monstrueuse et fausse fantaisie. De peur que vainement l'ame n'en soit saisie. vostre beau nom tant commun à nos Rois. Autrement la raison ne pourroit gouverner-. Et par luy la cité de Troye fut bruslée. Car tout le mal qui vient à l'homme prend naissance Quand par sus la raison le cuider a-puissance. Pour sa perfection trois triades ensemble. Il faut premierement à craindre apprendre Dieu. Tel fut jadis Thesée. et porter au milieu De vostre cœur son nom et sa saincte parole. tua Pentasilée. Neuf fois.

Sire ou je m'abuse en voyant vostre grace. Commencez donc ainsi. Vostre palais royal cognoistrez en presence. Il fera dessous l'eau la navire abysmer. Et sans avoir royaume il est vrayment un Roy. . Et en vous cognoissant vous ferez tousjours bien. Se perd. Il faudra de vous-mesme apprendre à commander. Ou vous tiendrez d'un Roy la legitime place. Car ce n'est pas le tout de sçavoir la vertu. et comme un Prince doux. Celuy qui se cognoist est seul maistre de soy. Honorer la vertu et corriger le vice. les voir et demander. 36 DISCOURS. Ainsy faillant un Roy tant soit peu. la province car volontiers le peuple suit son Prince. Aussi pour estre Roy vous ne devez penser Vouloir comme un tyran vos subjets offenser. Au gré de la Fortune ils viennent et s'en-vont. Tous les regnes mondains se font et se desfont. Le vray pour en vertus accroistre commencement C'est (disoit Apollon) soy-mesme se cognoistre. Car comme nostre corps vostre corps est de boue. Il faut cognoistre aussi le vice revestu D'un habit vertueux. qui par les yeux d'autruy Voyent l'estat du peuple. Audience et faveur vous donnerez à tous. Les cognoistre par nom et leur faire justice. Et ne commettrez point une petite offence. et oyent par l'oreille D'un flateur mensonger qui leur conte merveille. Mal-heureux sont les Rois qui fondent leur appuy Sur l'ayde d'un commis. Vous ferez vostre charge. puis si tost que par l'âge Vous serez homme fait de corps et de courage. Tel Roy ne regne pas. qui d'autant plus offence honorable et a belle apparence. A ouïr vos subjects. Qu'il se monstre De là vous apprendrez à vous cognoistre bien. Mais. ou bien il regne en peur (D'autant qu'il ne sçait rien) d'offenser un trompeur. Des petits et des grands la Fortune se joue. Si un pilote faut tant soit peu sur la mer.

Ne souffrez prés de vous ne flateurs ne vanteurs. Ne baillez pour argent ny estats ny offices. Mais choisissez celuy qui l'a bien mérité. qui vit encores au cercueil. Gardez le vostre propre. et vous a fait un grand Roy couronné. Fuyez ces plaisans fols qui ne sont que menteurs. Ne prenez sans raison ny guerres ny batailles. vous faisant immortel Comme Charles le Grand. lequel vous a donné Le sceptre. Sire. et non par le harnois. Et les oyez parler volontiers à vos tables. Ne pillez vos sujets par rançons ny par tailles. Discours. Faites miséricorde à celuy qui supplie. Comme le corps royal ayez l'ame royale. Car pour vivre content vous en avez assez. Tirez le peuple à vous d'une main liberale. Soyez leur auditeur comme fut vostre ayeul. Ne souffrez que le peuple au grand puisse desplaire. Soyez Et faites que de vous se remplisse une histoire Digne de vostre nom. comme un bon Prince amoureux de la gloire. et vos biens amassez. Ne poussez par faveur un homme en dignité. ainsi les puissans Rois Ont gardé leur empire. Punissez l'orgueilleux qui s arme en sa folie. . Et pensez que le mal le plus pernicieux C'est un Prince sordide et avaricieux. Ce grand François. et soudain consumée. S'il vous plaist vous garder sans archers de la garde. Ayez autour de vous des personnes notables. Ne souffrez que les grands blessent le populaire. ou bien Charles Martel. Vous souvenant tousjours que vous estes humain. Qu'il vous aime sans crainte. ny trop haut à la main. IJ faut que d'un bon œil le peuple vous regarde. imitez Dieu. Ne donnez aux premiers les vacans benefices. 37 Et ne durent non plus qu'une flamme allumée. Et n'endurez jamais que les langues legeres Mesdisent des Seigneurs des terres estrangeres. Or. Ne soyez point mocqueur. Qui soudain est esprise.

Pensez long-temps devant que faire aucuns edicts. 2. Sa femme. Et non pas vos habits de perles precieuses. com- . Ne vous monstrez jamais pompeusement vestu. Aimez les gens de bien. assis en la terre void Qui de son throsne tout. DISCOURS. Ne soyez point chagrin. pour autant que nul n'a le pouvoir De chastier les Rois qui font mal leur devoir. Car sans l'ayde de Dieu la force est inutile. ne furieux. (') Mais honneste et gaillard. Que vostre corps reluise en vertus glorieuses. Les Princes sans amis sont tousjours malheureux. Autant aux laboureurs qu'aux personnes royales. (2) 1. Lequel je suppliray Et vous aymer autant qu'il fit David son Roy. ayant tousjours envie De ressembler à ceux qui sont de bonne vie. L'habillement des Rois est la seule vertu. vous tenir en sa loy. et son bien domestique. portant sur le visage De vostre gentille ame un gentil tesmoignage. Sire. à fin que la justice De Dieu qui est plus grand. Mais si tost qu'ils seront devant le peuple dicts. vos fautes ne punisse. Et fait à un chacun ses justices égales. Or. Ne sçauroit gouverner une grand' republique. au rapport de ceux qui l'ont veu familierement. 38 Gouvernez vostre -argent par sagesse et raison Le Prince qui ne peut gouverner sa maison. Qui desirera voir quelque chose de l'institution du Prince. feu monsieur Jean Antoine de Baïf. despit. Punissez-vous vous-mesme. Qu'ils soient pour tout jamais d'invincible puissance. Car autrement vos loix sentiroient leur enfance. Et rendre comme à luy vostre sceptre tranquille. Punissez les malins et les seditieux. Humeurs du Roy Charles quand il estoit en bas aage. ses enfans. Je dy ce puissant Dieu dont l'empire est sans bout. Isocrate et Xenophon de la Cyropedie en ont perti- nemment discouru. D'amis plus que d'argent monstrez-vous desireux.

Il se trouve à la fin du troisième tome de l'édit. t. in-4° de 6 feuillets. Et la Muse cherit comme son fils unique. DISCOURS. chez G. recogneu pour un des sçavans hommes de nostre siecle. . que et les Princes Ce n'est pas aujourd'huy que les Rois Ont besoin de garder par armes leurs provinces. precepteur du Roy d'à present (Louys XIII). Ce Discours est du tumulte d'Amboise. de 1560. Il ne faut acheter ni canons ni harnois. 39 ELEGIE A GUILLAUME DES AUTELS. Les Espagnols et les Italiens n'ont trainé l'aisle en ce digne et fructueux subject. au commence- ment du regne de François II. pagnon d'estude de l'autheur. toy de plaider Et revenger d'un art par toy renouvelé Le sceptre le peuple a par terre foulé. en a fait une pour le Roy Charles IX monsieur Des Yveteaux. Poëte et Jurisconsulte excellent. Mais il faut les garder seulement par la voix. Il a été réimprimé séparément à Paris. 1564. Je suis esmerveillé que les grands de la court ( Veu le temps orageux qui par l'Europe court ) Ne s'arment les costez d hommes ayans puissance Comme leurs causes en la France. une pour Monseigneur Cesar Duc de Ven- dome et (s'il m'est permis d'avoir rang parmy les bons esprits) celle que j'ay faite pour le Roy le plus grand de tous les Roys ne sera teue. SUR LE TUMULTE D'AMBOISE. Buon. Gentilhomme Charollois. (1) Des Autels que la loy et que la rhetorique.

Car il faut desormais defendre nos maisons. Si ne voy-je pourtant personne qui se pousse Sur le haut de la breche. Lancelot Carles. Sans monstrer au besoin nos courages faillis. Et faisant de nous trois la vertu. Ceux qui estoient dehors dans le port de Sigee. Failloient également. ainsi i. par livres luy respondre. opposez nous y sommes. De petits livrets jettez par les carrefours et maisons. Cependant les mutins se font victorieux. [Caries (2) et toy et moy. Ainsi que l'ennemy par livres a seduit (1) Le peuple dévoyé qui faussement le suit. Comme gens esperdus demeurent ocieux. Mais plus fort resister plus serons assaillis. et l'ennemy repousse. . evesque de Riez. Qui pourra dextrement de la tourbe mutine Appaiser le courage et flatter la poitrine. Ceux qui estoient dedans la muraille assiégée. Descouvrant l'estomach aux playes honorables. Et par priere à Dieu recommandant le reste. Et d'un cœur courageux nos ennemis abbatre Par les mesmes bastons dont ils nous veulent batre. Il faut en disputant livres le confondre par Par livres l'assaillir. mais par vives raisons. et par escrit nostre loy ne defend. Les peuples ont recours à la bonté celeste. Et que le grand Achille empeschoit les ruisseaux De porter à Tethys le tribut de leurs eaux. Non par le fer trenchant. paroistre D'un magnanime cœur nous avons combattu. 4° DISCOURS. seuls entre cent mille hommes Que la France nourrist. et personne ne prend La plume. 2. Qui brave nous assaut. Mon Des Autels. Pour soutenir et ses loix venerables. l'Eglise Et celles du pays auquel nous sommes nez. à l'heure la Grece que Pressoit contre les murs la Troyenne jeunesse. ] Durant la guerre à Troye. Et pour l'ayde duquel nous sommes ordonnez.

(1) Ils faillent de semer libelles et placars. Et que le seul escrit d'un Bucere vaut mieux. Diffamans les plus grands de nostre cour royale. teste nue. et generalement Que depuis neuf cens ans l'Eglise est depravée. Que l'accord de l'Eglise et les statuts de mille Docteurs. (3) Qui ne servent de rien qu'à nourrir un scandale. Venantes d'Allemagne. que seuls ils sont reiglez. Messeigneurs de Guise. et non pas la divine. sans ignorance. d'entre les pots et les gobelets. avoit souffert errer Si long-temps son Eghse? Est-il autheur de'faute? Quel gain en reviendroit à sa Majesté haute? Quel honneur. convoquez au concile. . Et par songes nouveaux forcer la loy des vieux. de leurs invectives abominables affichées dans les carrefours de Paris. Retours de l'hérétique. Que seuls ils ont des yeux. la torche en main. Ils faillent de laisser le chemin de leurs peres. Voyez la procession memo- rable du Saint Sacrement. Si luy. où mesme le Roy François 1er assista. DISCOURS. Et de presumer trop de leurs sens orgueilleux. poussez de Dieu. Ils faillent de penser qu'à Luther seulement Dieu se soit apparu. 41 Nos ennemis font faute. et nous faillons aussi. Et que nous fourvoyez ensuivons la doctrine Humaine et corrompue. Ils faillent de penser que tous soient aveuglez. t. Du vin d'hypocrisie à longs traits abreuvée. quel profit de s'estre tant celé. (2) Pleins de derisions. tous les Princes et Gentils- hommes. d'injures et brocars. Que faudroit-il de Dieu desormais esperer. faisant amende honorable pour eux. les Archers et les Suisses. D'un Zvingle et d'un Calvin (hommes seditieux). Pour ensuivre le train des sectes estrangeres. 2. Et de vouloir par force aux Princes contre-dire. Messeigneurs les Enfans. oncles de la Royne espouse de François II. contre l'honneur du Saint Sacrement de l'autel. Ils faillent de vouloir renverser nostre empire.

Que le bien de l'Eglise aux enfans se depart. et avec la paillarde Perdent les biens de Dieu dont ils n'ont que la garde? Que diroit-il de voir l'Eglise à Jesus-Christ. Je ne sçay queis muguets. De nos jeunes prelats. Ont les'biens de l'Eglise.42 DISCOURS. sans force. Sans argent. et ses Papes encor Pompeusement vestus de soye et de drap d'or? Il se repentiroit d'avoir souffert pour elle Tant de coups de baston. s'il revenoit icy. Qui fut jadis fondée en humblesse d'esprit. decoupez. et faillons d'autre part. sans bon exemple d'eux. qui tous vivent sans peine. Tiennent le gouvernail. ny puissance. Puis que les ignorans. grasse et hautaine. amoureux. courtisans. car depuis sainct Gregoire. de rente et de domaine? Ses ministres enflez. puis que les benefices (b) Se vendent par argent ainsi que les offices. si la nacelle Chrestiens. Et quelquesfois le cuir. ayant jusques aux os Les coups de fouets sanglans imprimez sur le dos. Toute pleine d'escus. tant de peine cruelle. Pour s'estre à un Luther seulement revelé? Or nous faillons aussi. Du bon pasteur sainct Pierre en ce monde chancelle. a. Pauvre. les enfans de quinze ans. Mais que diroit sainct Paul. Et la voir aujourd'huy riche. Var. dont ils prennent la laine. Nul Pontife Romain dont le nom soit notoire b. En toute patience. sans prier. Nul Pape dont le nom soit escrit dans l'histoire (a) En chaire ne prescha. Var. en toute obéissance. nue. Parfumez. exilée. et que les benefices . Il ne faut s'estonner. sans credit. Sans prescher. je ne sçay quels plaisans. qui n'ont point de soucy De leur pauvre troupeau. Veneurs et fauconniers.

et voyant tel meschef. sans tourner les couteaux Contre toy nostre mere et tes propres boyaux? A fin que du Grand-Turc les peuples infidelles Rissent en nous voyant sanglans de nos querelles. de Calvin. Las! pauvre France. De peur que le courroux du Seigneur tout-puissant N'aille d'un juste feu nos fautes punissant. te travaillent.. et la defendons mal. DISCOURS. de Piedmont. sont sans varier en leur foy trespassez. Du sang et de la charongne des corps. Mais sans rien innover au service divin. qui devroient te garder. Pri'roit qu'un trait de feu luy accablast le chef. helas! comme une opinion Diverse a corrompu ta premiere union Tes enfans. et par malheur fatal La nostre est bonne et saincte. . N'avions-nous pas assez engraissé la campagne De Flandres. Et comme reprouvez. Il entend des guerres faites par les Roys Charles VIII. Qui Ams que de tant d'abus l'Eglise fut malade Qui n'oüirent jamais parler d'Œcolampade. de Luther. d'un courage meschant. Et pour un poil de bouc entr'eux-mesmes bataillent. Il faut donc corriger de nostre saincte Eglise Cent mille abus commis par l'avare prestrise. Louys XII. De Zvingle. Contre ton estomac tournent le fer trenchant. de Naples et d'Espagne De nostre propre sang ('). Ont vescu longuement. dont la terre devient grasse et meilleure à porter. Et la defendent bien. 43 Tant de bannissemens. de Bucer. 0 heureuse la gent que la mort fortunée A depuis neuf cens ans sous la tombe emmenée! Heureux les peres vieux des bons siecles passez. 1. puis d'une fin heureuse En Jesus ont rendu leur ame genereuse. Et en lieu qu'on les deust par armes surmonter. François Ier et Henry II. Quelle fureur nouvelle a corrompu nostre aise? Las! des Lutheriens la cause est tres-mauvaise.

44 DISCOURS.

Nous vissent de nos mains nous-mesmes nous donter,
Ou par l'ire de Dieu, ou par la destinée,
Qui te rend par les tiens, ô France, exterminée?
Las faut-il, ô Destin que le sceptre François,
Que le fier Allemant, l'Espagnol et l'Anglois,
N'a sceu jamais froisser, tombe sous la puissance
Du vassal qui devroit luy rendre obeïssance?
Sceptre qui fut jadis tant craint de toutes pars,
Qui jadis envoya outre-mer ses soldars
G.aigner la Palestine, et toute l'Idumée,
Sidon, Antioche, et la ville nommée
Tyr,
D un sainct nom, où Jesus en la Croix attaché
De son précieux sang lava nostre péché?
Sceptre qui'fut jadis la terreur des Barbares,
Des Turcs, des Mammelus, des Perses, des Tartares,
Bref, par tout l'univers tant craint et redouté,
Faut-il que par les siens luy-mesme soit donté?
France, de ton malheur tu es cause en partie
Je t'en ay par mes vers mille fois advertie
Tu es marastre aux tiens et mere aux estrangers
Qui se mocquent de toy quand tu es aux dangers;
Car sans aucun travail les estrangers obtiennent
Les biens qui à tes fils justement appartiennent.
Pour exemple te soit ce docte Des Autels, (')
Qui à ton los a fait des livres immortels, (2)
Qui poursuivoit en cour dés long-temps une affaire
De bien peu de valeur et ne la pouvoit faire,
Sans ce bon Cardinal ('), qui rompant le séjour
Le renvoya content en l'espace d'un jour.

I. A qui ceste piece est dediée, lequel estant au pourchas
de quelque affaire envers les thresoriers peut-estre et les
secretaires (dont l'on en voit assez de pareils, qui cherissent
plus un charlatan qu'un homme recommandable), ne pou-
voit obtenir ce qu'il demandoit raisonnablement.
2. De vers et de prose.
3. Ou le cardinal de Lorraine, ou celuy de Chastillon,
devant sa revolte.

DISCOURS. 45

Voilà comme des tiens tu fais bien peu de conte,
tu fais bien peu de conte

Dont tu devrois au front toute rougir de honte.
Tu te mocques aussi des prophetes que Dieu
Choisit en tes enfans, et les fait au miheu
De ton sein apparoistre, à fin de te predire
Ton malheur à venir; mais tu n'en fais que rire.
Ou soit que du grand Dieu l'immense eternité
Ait de Nostradamus (') l'enthousiasme excité;
Ou soit que le démon bon ou mauvais l'agite,
Ou soit que de nature il ait l'ame subite,
Et outre le mortel s'eslance jusqu'aux cieux,
Et de là nous redit des faits prodigieux;
Ou soit que son esprit sombre et melancolique,
D'humeurs grasses repeu, le rende fantastique;
Bref, il est ce qu'il est; si est-ce toutefois
de sa prophete
Que par les mots douteux vois,
Comme un oracle antique il a dés mainte année
Predit la plus grand'part de nostre destinée.
Je ne l'eusse pas creu, si le ciel qui depart
Bien et mal aux humains, n'eust esté de sa part.
Certainement le ciel marry de la ruine
D'un sceptre si puissant, en a monstré le signe:
Depuis un an entier n'a cessé de pleurer;
On a veu la comete ardante demeurer

I. Entre les Propheties de Nostradamus on recognoist
les Centuries qu'il a faittes dés le temps de Henry II,
par
et qui tesmoignent de jour en jour des merveilles, quel
homme c'estoit. Il avoit nom Michel de Nostradame, et
venoit de la Gascogne, estant petit-fils d'une femme qui, ce
dit-on, predisoit comme luy. Je tiens de ceux lesquels ont
fait sa vie, qu'il l'exerçoit en bon catholique et en bon chres-
tien, jeusnant et donnant l'aumosne, et craignant Dieu.
2. Je pense en avoir parlé cy-devant, la disant venir de
coma, chevelure, qui vient du-mot grec xó dont elle est
ditte xo Cette estoille cheveluë est tousjours avant-
courriere de quelque malheur celle de l'an 1579 et 80
preceda la contagion qui mit sous terre quarante mille corps
dans Paris, l'embrasement du convent des Cordeliers, la

46 DISCOURS.
Droit sur nostre païs; et du ciel descendante
Tomber à Sainct Germain une colonne ardante. (')
Nostre Prince au milieu de ses plaisirs est mort, (2)
Et son fils jeune d'ans a soustenu l'effort
De ses propres ('), et la chambre honorée
subjets
De son palais
royal ne luy fut asseurée.
Donques ny les hauts faits des Princes ses ayeux,
Ny tant de saincts eslevez jusqu'aux
temples cieux,
Ny son sceptre innocent (4), ny sa terre puissante,
Aux guerres addonnée, aux lettres (°)
florissante,

mort de François de Valois, frere du Roy, comme depuis les
mouvements de la Ligue, où furent tuez Messieurs de Guise
à Blois, et depuis le Roy Henry III à Sainct Cloud, dont le
siege de Paris fut la suitte, et mille autres prodiges. Celle
de l'an 1618, enorme en grandeur, s'il en fut jamais, a pre-
cedé les guerres de l'Empereur et du Palatin, comme du Roy
de France, et des rebelles de la Rochelle et de Montauban.
1. A Sainct Germain en Laye, prés Paris. Le 12 de
septembre 1621, quatre jours avant la fatalle et deplorable
mort de ce grand et vaillant guerrier Henry de Lorraine,
Duc de Mayenne, au siege de Montauban; le ciel fut rendu
tout clair à Paris vers le soir des chevrons de feu qui
parurent.
2. Henry II, qui fut blessé à mort d'un
coup de lance,
par le sieur de Lorges, comte de Montgomery, capitaine des
gardes de sa Majesté, joustant avec tuy devant l'excellente
maison des Tournelles (de presentla place Royale au quar-
tier Sainct Anthoine), en resjouissance de la paix jurée avec
Philippe, Roy d'Espagne, et du mariage de sa fille Elisa-
beth avec luy, et de sa sœur Marguerite avec le Prince de
Piemont.
François 11, à qui les nouveaux Huguenots, et des
plus grands de sa Cour, presenterent des requestes fort
audacieusement, pour l'introduction de leur nouvelle creance.
4. A cause de son jeune aage de quinze à seize ans, au-
quel il mourut.
5. D'autant que la France estoit alors, ou peu devant,
ce qu'estoit la ville d'Athenes chez les Grecs, et celle de
Rome au pays Latin; je dis par l'entremise du grand Roy
François Ier, nommé Grand à cet effect.

DISCOURS. 47

Ny sa propre vertu, bonté et piété,
Ny ses ans bien appris en toute honnesteté, (a)
Ny la devotion, la foy, ny la priere
De sa femme pudique (1), et de sa chaste
mere, (2)
N'ont envers le Destin tant de graces trouvé,
Qu'un malheur si nouveau ne luy soit arrivé,
Et que l'air infecté du terroir (3)
Saxonique,
N'ait empuanty l'air de sa terre Gallique
Que si des Guisiens le courage hautain
N'eust au besoin esté nostre rempart certain,
Voire et si tant soit leur ame genereuse
peu
Se fust alors monstree ou tardive, ou
peureuse,
C'estoit fait que du sceptre, et la contagion
De Luther eust gasté nostre religion.
Mais François (4) d'une part tout seul avec les armes
Opposa sa poitrine à si chaudes alarmes;
Et Charles C) d'autre part avec devotions
Et sermons s'opposa à leurs seditions,
Et par sa prevoyance et doctrine severe

a. Var.:

Ny sa bonté naïve, indole, et piété,
Ny sa propre vertu grave de majesté,

t. Marie de Stuard, legitime Royne d'Escosse et d'Angle-
terre, une des plus belles Princesses du monde, et la mere
du sçavant Roy Jacques, à present regnant en la Grande-
Bretagne. Elisabeth, Royne usurpatrice d'Angleterre, l'a fait
décapiter inhumainement et tres-innocemment pour la foy.
2. Catherine de Medicis.
Il le nomme infecté de l'heresie, pource que Luther
avoit pris naissance en la ville d'Islebe, de la comté de
Mansfelt en Saxe, qui fut la nuict precedente le jour de
sainct Martin 1493.
4. Duc de Guise.
5. Cardinal de Lorraine, un des freres dudit Duc, qui
montoit en chaire alors pour combatre l'heresie, avec une
langue d'or.

DISCOURS.
48
Par le peuple engarda de plus courir l'ulcere.
Ils ont maugré l'envie et maugré le Destin,
Et l'infidele foy du vulgaire mutm,
A l'envi combatu la troupe sacrilege,
Et la religion ont remise en son siege.
0 Seigneur tout-puissant! pour loyer des bien-faits
Que ces Princes Lorrains au besoin nous ont faits;
Et si mes humbles vœux trouvent devant ta face
te suppli' de grace,
Quelque peu de credit; je
de toy
Que ces deux Guisiens qui pour l'amour
Ramassent les esclats de nostre antique foy,
Fleurissent à jamais en faveur vers le Prince,
Et que jamais le bec des peuples ne les pince.
Donne que les enfans des enfans yssus d'eux (')
Soient aussi bons chrestiens et aussi genereux,
eternelle
Plus grands que nulle envie; et qu'en paix
Ils puissent habiter leur maison paternelle.
Ou si quelque desastre (2), ou le cruel malheur
Les menace tous deux, jaloux de leur valeur,
Tourne sur les mutins la menace et l'injure,
Ou sur l'ignare chef du vulgaire parjure,
Ny digne du soleil, ny digne de tirer
L'air qui nous fait la vie es poulmons respirer.

Messeigneurs Charles de Lorraine Duc de Guise, le
Prince de Joinville Duc de Chevreuse, le Cardinal et le
Chevalier, d'une part; et Messeigneurs Henry de Lorraine
Duc de Mayenne, et le Comte de Somerive.
2. Le meurtre de Poltrot ainsi les poëtes predisent.

DISCOURS,
49

DISCOURS (1)

A LOUYS DES MASURES,

Tournesien. (2).

celuy qui voit du haut d'une fènestre
C A omme l'entour de ses yeux
une plaine champestre,
Differente de lieu, de forme et de façon;
Icy une riviere, un rocher, un buisson

t Dans l'édition de 1560, d'où nous la tirons, cette
pièce est intitulée Elegie.
2. Il addresse et dedie ce Discours à Des
Masures, de la
ville de Tournay, qui fut en son temps bon poëte françois
et latin. C'est luy qui tourna l'Eneide en vers, et qui fut
autheur de l'Ode à Monsieur de Nevers de Cleves
François
Ores qu'on voit de toutes parts
Le sang humain, etc..
Il fut capitaine de chevaux, durant les guerres du Roy
Henry II et de l'Empereur Charles le Quint, et fut en quel-
que peine, ce disoit-on, pour avoir intelligence avec l'en-
nemy, dont il se purgea. Comme les Muses d'alors chemi-
noient d'un bon air, elles avoient aussi des favoris de bonne
origine, comme Ronsard, de la maison de la Trimouille et
de Bouchage, de celle dont il
Bellay portoit le nom, Baïf
de celle de Laval et de et Sainct Gelais
Malicorne, de celle
de Lansac; Belleau fut gouverneur de Monsieur d'Elbœuf
pere de celuy qui maintenant succede à la valeur de Mon-
sieur de Mayenne, au Languedoc, en la premiere fleur de
son aage; Garnier fut Lieutenant
general pour la justice
au pays du Maine; et Scevole de Saincte
Marthe, qui vit
encore, Thresorier general du Poictou. Des
Tahureau
Autels, Butet, et plusieurs furent tous Gentils-
autres,
hommes de bonne aussi ne couroient-ils
part les rues pour
une lippée comme une infinité
d'aujourd'huy, qui font
gloire de changer les façons de l'antiquité introduire
leurs pour
inventions niaises; et si quelqu'un tient des qualitez
de ceux du bon temps, ils le font anatheme.

Ronsard. VII.
4

DISCOURS.
50

Se à ses yeux et là s'y represente
presente
Un tertre, une prairie, un taillis, une
sente,
Un verger, une vigne, un jardin bien dresse,
Une ronce, une espine un chardon hérissé;
Et la part que son œil vagabond se transporte,
Il descouvre un païs de differente sorte,
De bon et de mauvais;.Des Masures, ainsi
Celuy qui lit les vers que j'ay pourtraits icy,
d'un trait d'œil mainte diverse chose,
Regarde
Qui bonne qui mauvaise en mon papier enclose.
Dieu seul ne faut jamais, les hommes volontiers
Sont tousjours de nature imparfaits et fautiers.
Mon livre est ressemblable à ces tables friandes
fait de diverses
Qu'un Prince charger viandes;
Le mets qui plaist à l'un à l'autre est desplaisant,
Ce qui est sucre à l'un est à l'autre cuisant;
L'un aime le salé, l'autre aime la chair fade;
L'un aime le routy, l'autre aime la salade; (a)
L'un aime le vin fort, l'autre aime le vin doux,
Et jamais le banquet n'est agreable à tous.
Le Prince toutefois, qui librement festie
Ne s'en offense point; car la plus grand; partie
De ceux qui .sont assis, au festin sont allez
De franche volonté sans y estre appelez.
Ainsi ny par edict, ny par statut publique
Je ne contrains personne à mon vers poëtique;
Le lise qui voudra, l'achette qui voudra;
Celuy qui bien content de mon vers se tiendra,
Me fera grand plaisir; s'il advient au contraire,
c'est tout un, je ne sçaurois
Masures, qu'y faire.
Je m'estonne de ceux de la nouvelle foy,
me haut-louer disent de moy
Qui pour tousjours
a Si Ronsard ne cachoit son talent dedans terre,
Or' parlant de l'amour, or' parlant de la guerre,

a. Var.

L'un est Pythagoriste, et se paist de salade;

DISCOURS.
51
Et qu'il voulust du tout chanter de Jesus-Christ,
II seroit tout parfait; car il a bon esprit;
Mais Satan l'a seduit, le père des mensonges,
Qui ne luy fait chanter que fables et que songes. » (a)
O pauvres abusez! que le nouveau sçavoir
D'un moyne defroqué a laissé decevoir!
Tenez-vous en vos peaux, et ne jugez personne;
Je suis ce que je suis, ma conscience est bonne,
Et Dieu à qui le cœur des hommes apparoist,
Sonde seul ma pensée, et seul il la cognoist.
O bien-heureux Lorrains! que la secte Calvine,
Et l'erreur de la terre à la vostre voisine
Ne deprava jamais; d'où seroit animé
Un poussif Allemand, dans un poesle enfermé,
A bien interpreter les sainctes Escritures
Entre les gobelets, les vins et les injures?
Y croye qui voudra, amy, je te promets
Par ton bel Amphion de n'y croire jamais.
L'autre jour en dormant comme une vaine idole,
Qui deçà qui delà au gré du vent s'en- vole)
M apparut du Bellay, non pas tel qu'il estoit
Quand son vers doucereux les Princes allaitoit,
Et qu'il faisoit courir la France après sa lyre,
Qui souspirant son nom le plaint et le désire;
Mais have et descharné, planté sur de grands os;
Ses costes, sa carcasse, et l'espine du dos
Estoient veufves de chair; et sa diserte bouche,
Où jadis se logeoit la mielliere mouche,
Les Graces et Pithon) fut sans langue et sans dents
Et ses yeux, qui estoient si prompts et si ardants
A voir danser le bal des neuf doctes pucelles,
Estoient sans blanc, sans noir, sans clairté, ny prunelles
Et sa teste qui fut le Caballin coupeau,
Avoit le nez retrait sans cheveux et sans peau,

a. Var.

Qui pour la verité l'ensorcelle de songes.

DISCOURS. d'une mort subite. Et fais à tes amis et plaisir et service a.palle. Ou d'un petit grillon. et le fard d'Epicure Ne te face jamais errer à l'avanture. et son ombre seulette Volloit de place en place. (2) Entens ceste leçon et la retiens de moy. En 1549. Crains Dieu sur toute chose. 2. » Crains Dieu sur toute chose. Quand bien loin de sa mere il pepie seulet. . I. Et trois fois s'enfuyant ne se voulut laisser Presser entre mes bras. Var. à l'aage de 34 ans. 52 Point de forme d'aureille. A la fin en ouvrant sa bouche morne et . Fit sortir une voix comme d'une cigalfe. lequel la va suivant. Et me disoit « Ronsard. que sans tache d'envie comme ma propre vie. (a) Toute ton esperance et de corps et d'esprit Soit fermement fichée au Sauveur Jesus-Christ. ainsi qu'une alouette Volle devant le chien. et la creuse ouverture De son ventre n'estoit que vers et pourriture. Puis qu'il a pleu à Dieu me prendre devant toy. et s'estant mis au lict pour. Et en pensant la prendre il ne prend que du vent. J'aimay quand je vivois me poussas (') et me formas la vois Qui premier A celebrer l'honneur du langage François Et compagnon d'un art tu me monstras l'addresse De me laver la bouche és ondes de Permesse.dormir il n'en réveilla plus. Trois fois je le voulus comme en songe embrasser. Qui fut le premier jour de l'an 1 5599 ou 60. Il avoit esté fort tard à com- poser. Obeïs à ton Prince et au bras de justice. ou d'un petit poulet. et jour et nuit medite En la loy que son fils nous a laissée escripte.

Ronsard. i. Ode 16. l'homme n'est que fumée de feu tient un jour allumée. Va de verger à autre à son gré voletant. ce n'est qu'une chimere. Qui n'a suffisance n'a riens. Qui deçà qui delà. Des bouviers. Et rien n'y est Dieu ne change jamais. durable en parfaicte union. celuy est le plus sage. de verger en verger. où tu es. Horace. S esbattent à plaisir sans soupçon ny danger. Var. et tu seras heureux. Errent selon leur fantaisie. A suivre plus la cour. Qui ne sont plus menteurs. liv. Voler parmy itos prez a. cui paternum Splendet in mensa tenui salinum. 53 Contente-toy du tien (1). alors eut passé (tout grand Comte qu'il qu'il estoit) par les mains de la justice avec ignominie Chacun soit content de ses biens. [égaux. et ne sois deslreux De biens ny de faveurs. également Qui deçà qui delà. . » Si aux esprits des morts tu veux adjouster foy. Qu'un petit trait » Bien-heureux est celuy qui n'y vit longuement. et ja grison delaisse Vy seul en ta maison. Et les deux vers escrits sur une des montées du Palais de ceste ville. retire-toy. etc. sous l'effigie d'Enguerrand de Marigny qui l'avoit fait bastir. 2 Vivitur parvo bene. amy Ronsard. et des Princes d'Asie. ta Circe enchanteresse. des soldars. (a) comme on voit les avettes Simples. DISCOURS. en plaisir s'esbattant. Les mânes des grands Rois et des hommes ruraux. Quant au monde marastre en lieu de douce mere Qui te sert de Tout y va par fortune et par opinion. Et celuy qui sans nom vit si obscurement de ceux de son village. Qu'à peine il est cogneu Celuy. legers. gresles. » Quant aux champs où nous sommes tous je suis. sur les jeunes fleurettes.

de 16 feuillets. Environné ma d'esprits. Rom. » Ainsi dist ceste idole. se perdit dedans J'air. j'ay place au milieu. tué par Montgommery. ainsi qu'un demi-Dieu. Aux champs Elysiens aymé des ames pures. (2) Je vous prie. Et suis en la façon que m'a descrit Masures. in-4°. Que sans te dire adieu si tost je t'ay laissé. » Et j'erre comme luy de tristesse blessé. et vous retirez d'eux. et des Chrestiens. chez G. » Entre Homere et Virgile. t. 16. (a) Je voy les demi-Dieux et le bon Roy Henry. Dequoy la dure Parque a sans pitié ravie Tout d'un coup son repos. S. REMONSTRANCE AU PEUPLE DE FRANCE. des Turcs. Paul. freres. Henry II. Var. A qui leur du Bellay par toy se recommande. 1564.. . de prendre garde à ceux qui font dissensions et scandales contre la doctrine que vous avez apprinse. 54 DiscouRS. a. 2. Imprimé pour la première fois à Paris. Ceux du pole antartique et ceux du pole artique. (') Qui se cachant sa playe erre seul et marry. et d'un Qui nourris aussi bien ta bonté par publique [chacun. La suivant les forests et les belles verdures. et comme un pront esclair S'enfuyant de mes yeux. Et sans prendre congé de toute nostre bande. ô mer! ô terre! ô Dieu pere commun Des O ciel! Juifs. Buon. sa jeunesse et sa vie.

Qui aux entendemens et curieux propos Qui par longue dispute Ne te laissent jouir du bien de ton repos. comme il te plaist. DISCOURS. et les doctes Gregeois Que les doctes Romains Nomment songe. du Chrestien Qui voyant les erreurs son voisin. 55 Qui donnés et raison et vie et mouvement. et le Dieu de querelle? Ta nature y repugne. souverain Createur? Tiendras-tu leur party? veux-tu que l'on t'appelle Le Seigneur des larrons. Seigneur. Et toutesfois. Qui font trouver Ne les puniras-tu. Sans respect de personne. Et ce monde accordant. Qui en vain de cela qu'il faut croire. que Mais qui-seroit le Turc. ton ouvrage admirable. Et fais du ciel là haut sur les testes humaines Tomber. qui as tousjours Vers toutes nations plein de toute bonté. Comme si tes secrets ne leur estoient cachez. le Juif. ils font les empeschez. et discoureurs des choses de tous hommes sont closes. à tous également. Seigneur. de clement et de bon. le Sarrasin. tu le vois et l'endures! Ne vois-tu pas du ciel ces petits animaux. de tes sacremens effacent la memoire. Ces petits animaux qu'on appelle les hommes. Qui n'ont jamais icy la verité cognue Que je ne sçay comment ou par songe ou par nue? Et toutesfois. Qui disputent ton Fils imposteur et menteur. De quoy te sert là haut la foudre et le tonnerre Si d un esclat de feu tu n'en brusles la terre? Es-tu dedans un trosne assis sans faire rien? Il ne faut point douter que tu ne sçaches bien Cela que contre toy brassent tes creatures. Nous monstre l'accord t'est tousjours agreable. et fueillage des bois. Braves entrepreneurs. fumée. de pacifiq. Qu'ainsi que bulles d'eaux tu créves et consommes. . Lesquels ne sont vestus que de petites peaux. aussi tu as le nom De doux. et les biens et les peines! esté O Seigneur tout puissant.

d'un trait de ses yeux nous dissipe les nues. non celuy de l'Eglise? Un vray jonc d'un le jouet de la estang. et sans sejour. Ou quelque girouette et suivant inconstante. Tantost tantost Calvinien. en heure Changer d'opinion. vagabond. seditieux Et trahir en un jour la foy de ses ayeux? Volontaire. Qui donnent vie à tous. sans repos. 56 DISCOURS. Les rayons du soleil sont ses yeux radieux. nous conservent et gardent. . Luthérien. ardant et flamboyant. et si Dieu au chef porte des yeux. Et les faits des humains en ce monde regardent. be voudroit le voyant d'heure baptizer. Voyant la chrestiente n'estre plus que risée J'aurois honte d'avoir la teste baptisée. Plein d'immense grandeur. La nuict j'adorerois de la les rayons lune. L esprit. rond. L'œil du monde. la lumiere commune. et ferme. Sur le haut d'une tour la volonté du vent? Et qui seroit le Turc auroit lequel envie De se faire Chrestien en voyant telle vie? Certes si je n'avois une certaine foy Que Dieu par son de grace a mise en esprit moy. Et Bacchus qui le cœur des hommes recoriforte. qui nous fait les saisons Selon qu'il entre ou sort de ses douze maisons Qui remplit l'univers de ses vertus cognues. J'adorerois Cerés qui les bleds nous apporte. Au matin le soleil. Je me repentirois d'avoir esté Chrestien Et comme les premiers je deviendrois Payen. Suivre son propre advis. oisif. l'ame du monde. En la course d'un jour tout le ciel tournoyant. Lequel tient dessous luy tout le monde pour terme En repos. qui jamais ne s'asseure? Le cognoissant leger mutin. Fils aisné de nature et le pere du jour. Je dy ce grand soleil. Arrien. bise. qui au propos chancelle Du premier qui lu chante une chanson nouvelle? Le voyant et tantost Manichée. inconstant.

Non signe de mon corps. . Les Faunes et les Pans. je ne veux changer pour une autre nouvelle. un rènyé François. apostats et belistres. avois deliberé de faire.lé contraire. et tes Nymphes des eaux. Un paillard. Desmentent ton parler. par un mauvais destin Je ne sçay quel yvrongne. Prenant le pain et vin « C'est cy mon corps et sang. Dieu n'est pas un menteur. et tellement il ose. De tant de nouveautez je ne suis curieux.: la verité sa Qu'à toy mensonge il. un causeur. apostat Augustin. un teneur de raquette. et sa vive parole N'est comme la nostre incertaine et frivole. Seigneur. bon nieur de debte un pipeur.. Et ces Dieux que l'on feint ministres de Nature. pas « L homme-qui' croit en moy (dit-il) sera sauvé! » Nous croyons. Ces nouveaux defroquez. Le soir que tu donnois à ta suite ton corps. Tu as dit simplement d'un parler net et franc. Et la terre hospital de toute creature. Un mocqueur. Ce n'est que' vérité. Nous presche. disant que tu révois Et que tu n'entendais cela que tu disois. » Toutefois ces ministres. abuseur ny trompeur De sa saincte promesse il ne faut avoir peur. et dés nostre jeunesse. à Jésus. 57 Neptune le sejour des vents et des vaisseaux. Que Et deussé-je endurer une mort tres-cruelle. Et toutefois. un Qui vend un benefice et à deux et à trois.. IJ me plaist d'imiter le train de mes ayeux! Je croy qu'en paradis ils vivent à leur aise. Discours. [Un Picard usurier. Personne d'un cousteau ne te préssoit alors Pour te faire mentir et pour dire au contraire De ce que tu. Mais l'Evangile sainct du Sauveur Jesus-Christ M'a fermement gravée une foy dans l'esprit. tous en toy nostre chef est lavé En ton nom. oppose. Par foy nous esperons en ta saincte promesse. Encor qu'ils n'ay'nt suivi ny Calvin ny de Beze.

prouvent qu'ils ne sont sages. apprestée Si tu es tout divin. . pour troubler ton repos. Il faut seulement croire et non en disputer. Celuy sans rien casser sortit hors du tombeau. ô Seigneur! Qui n'est que majesté.sans pesanteur d'os. Qui pippent le vulgaire et disputent de toy. tout sainct. de chair ny de peau. des neiges et des gresles. Divin glorifié n'est comme les nostres. de la pomme d'Adam. de l'asne à Balaam Des miracles de Moyse. pas Celuy à porte close alla voir les Apostres. Mais quel plaisir au ciel prens-tu d'ouïr çà bas Dire que tu y es et que tu n'y es pas. Et non pas de la foy. 58 DISCOURS. et de toutes les choses a. Tout homme qui voudra soigneusement s'enquerre Dequoy Dieu fit le ciel. Ils nous veulent monstrer par raison naturelle Que ton corps n'est jamais qu'à la dextre eternelle De ton Pere là haut. Si ta vertu feconde Sans matiere a basti tout ce monde. Des foudres et des vents. aussi je ne leur nie. Celuy. Ils nous veulent prouver par la philosophie Qu'un corps n'est en deux lieux. Tu peux communiquer ton corps en divers lieux. et la terre. (a) D'ouïr ces predicans qui par nouveaux passages En voulant te prouver. Et r'appellent tousjours en doute nostre foy? Il fait bon disputer des choses naturelles. les ondes. Du serpent -qui parla. (1584): Mais quel plaisir prens-tu. Monta dedans le ciel. Var. et veulent t'attacher Ainsi que Promethée au faiste d'un rocher. Car tout corps n'a qu'un lieu mais le tien. dont il ne faut douter. que puissance et qu'honneur. tout glorieux. D'une femme en du sel. D'ouïr l'humain caquet tenir tant de propos?. Tu serois impuissant si tu n'avois puissance D'accomplir tout cela que ta majesté pense.

Ils sçavent ses advis ils sçavent ses affaires. Ne veut que son secret soit ainsi recherché. des fols. L'entendement humain. par allegorie de la febve du gasteau des Roys. Comme si l'Esprit Sainct avoit usé ses ailes A s'appuyer sur eux. et les choses. Du moindre faict de Dieu. nous sommes mortels. Ils sont ses conseillers. et des menteurs. n'est capable. Quand nous ne sçavons pas régir nos republiques. . Proverbe commun. Ou qui veut entrer. Ils ont la clef du ciel et y entrent tous seuls. Sainct Ambrois. Comment pourrions-nous bien avec nos petits yeux Cognoistre clairement les mysteres des cieux. et les autres docteurs N'estoient que des réveurs. i. comme s'ils avoient eu Du ciel dru et menu mille langues de feu. Parlent profondément des mystères de Dieu. Bref. Gros chapperons fourrez. Et de sa prescience en vain nous devisons Car il n'est pas sujet à nos sottes raisons. il faut parler à eux. Et comme s'ils avoient (ainsi que dit la fable De Minos) banqueté des hauts Dieux à la table Sans que honte et vergongne en leur cœur trouve lieu. Et du sainct Evangile ils ont trouvé la febve. Ny mesmes gouverner nos choses domestiques? Quand nous ne cognoissons la moindre herbe des prez ? Quand nous ne voyons pas ce qui est à nos:piez? Toutefois les docteurs de ces sectes nouvelles. tiré. sans grace. où la royauté se donne par sort. ils sont ses secretaires. Il y perdra l'esprit. 59 Qui sont dedans la Bible estrangement encloses.que grosses bestes. Les autres ne sont rien sinon . Lesquels sont dés jeunesse aux estudes nourris. Avec eux seulement le Sainct Esprit se treuve. tant soit-il admirable. sainct Hierosme.divines Ne se peuvent loger en nos foibles poitrines. DISCOURS. grasses et lourdes testes. (1) 0 pauvres abusez! mille sont dans Paris. Dieu qui est caché. car.

les maçons en un jour y sont clercs Tant vos mysteres saincts sont cachez et couvers. Avoir d'um grand manteau les espaules couvertes. Il ne faut pas avoir beaucoup d'expérience Pour estre exactement docte en vostre science. Juron des ministres predicans. (1) II faut pour rendre aussi les peuples estonnez. Parler de l'Eternel. de la signification du mot. Voilà tout le sçavoir de vostre belle loy. Qui de contre une natte estudians attachent Melancholiquement la pituite qu'ils crachent.60 DISCOURS. Le mauvais Roy de Geth. JI faut tant seulement hardiesse avecques Detester le Papat. qui se voulut mocquer du bon Roy David. se nommoit Achis. Bref. [naistre. l'œil farouche et profond.. aux enfans l'Evangile permettre. Encores dix bons ans mille et mille leçons. quand j'estois jeune d'age. composer maint escrit.. Aux femmes. je né veux point que ceux qui doivent 1. non. brigand et ne jurer que Certes. Les barbiers. Les œuvres mespriser. Se monstrer rarement. Estre sobre en propos. parler contre la messe. Le maintien: refrongné. et le front De rides labouré. . estre bon. use fort de ce mot acertes. le visage tout pasle. c'est à dire en hebrieu il est ainsi. J'ay autrefois gousté. toutesfois Alain Chartier. historiographe et poëte du Roy Charles VII. Du miel empoisonné de vostre doux breuvage Mais quelque bon daimon m'ayant oüy crier. barbe longue. Discourir de Jacob et des prédestinez. et diriez qu'en disant certes. Telle esf l'affirmation des Gascons. ils jurent par luy. et lequel estoit Normande. qui veut dire certes. Les cheveux mal peignez. du Seigneur et de Christ. le sourcy qui s'avale. Non. Desquels vous apprendriez en diverses façons. Avoir sainct Paul en bouche et te prendre à la lettre. Avant que l'avaller me l'osta du gosier. et haut-louer la foy.

Perisse mille fois ceste tourbe mutine Qui folle court après la nouvelle doctrine. Grosse masse de ne voit ny ne sent. Aux lettres consummez. Cagots. les autres de hens quenaux. Hommes dignes d'honneur. cheres testes et rares. Visgots et Huguenots. chose necessaire. et la faire i. dont l'esprit couroit de nuict à Tours. et les autres disent le semblable d'un jeune Gentilhomme Allemand. tu devois pour. et que les mutins d'Amboise furent pris à Tours. O Seigneur. trois fois interrompue. qui veut dire en suisse gens mutins et seditieux. Gots. bragard gentil-homme. et d'un sçavoir profond. s'assemblans de nuict. Diverse est l'opinion de la derivaison. lequel estant pris à la faction d'Amboise. les autres du Roy Hugon. Vivez heureusement. Qui sans avoir tiré vostre contagion Sont demeurez entiers en leur religion. Austrogots. . en donnent tesmoignage.. [Amyot et Danés. Les uns disent qu'il vient de Jean Hus. 61 Pour un fol Huguenot (') me puissent recognoistre- Je n'aime point ces noms qui sont finis en Dis. plomb qui Ou le le jeune marchant. la simple femme. et conduit à Monseigneur le Cardinal de Lorraine. et en toutes saisons D'honneurs et de vertus soient pleines vos maisons!]. lumieres de nostre âge. DISCOURS. et somme Ceux qui sçavent un peu. comme ils faisoient. Et par opinion se laisse sottement Sous ombre de pieté gaigner l'entendement. les autres du com- mencement de la harangue de Beze au colloque de Poissy. Mettre l'opinion aux talons. et je pense Qu'ils sont prodigieux au Roy et à la France. Les cieux de leur faveur ne vous soient point avares. non les hommes qui sont D'un jugement rassis. heretique bruslé vif au concile de Constance. L'escolier débauché. Ils me sont odieux comme peste. luy donna la mesme response. comme il l'interrogeoit. et commençant Huc nos venimus. environ 150 ans auparavant. vous ne pippez sinon le vulgaire innocent.

Loin du chef demeurer. pl. Les couronnes des Rois. 13. De ses tetins ce monstre un Wiclef(2) alaita. Et alors toute chose en l'homme est desbordée. l'erreur. et non pas l'apposer Si prés de la raison. peuple Lors le vice et 1 erreur surmontent la vertu. pour suivre les illusions de tels yvrongnes. Bohemiens. Et frere contre frere au combat animer.62 DISCOURS. Sa poitrine est de plomb. et cent langues dedans. fille de Fantaisie. les polices civiles. qui se coule en nos cerveaux. Et après que le est sous elle abatu. Elle a la bouche grande. 3. Et en despit du ciel un Jean Hus (3) enfanta. Elle a les pieds de vent. ses yeux prompts et ardans. Ce monstre. p. et l'Europe et l'Asie. Perd la religion renverse les grand's villes. qui devroient mourir de honte d'avoir abandonné la foy de Jesus-Christ et de leurs ayeuls. et a pour compagnie La jeunesse. 2. Or ceste Opinion. Quand par l'opinion la raison est guidée. car d'un vol nompareil Elle attaint en un jour la course du soleil. Heretique Anglois. Tout son chef est de verre. porte de grandes ailes. Il avoit toutes les erreurs que depuis ont eu les autres et les nostres. haut. l'orgueil et la manie. I. Sans jamais s'arrester. une description analogue de l'opinion. Outre-vole l'Afrique. des premiers de ceux lesquels ont infecté l'Allemagne et la Boheme. après Va gaignant la raison laquelle habite auprés. L'Empereur Sigismond commanda (ce fut au Concile de Constance) que les os dudit Wicleff fussent deterrez et bruslez. si l'on pouvoit les cognoistre et discerner. Heretique nay de bas et pauvre lieu d'un village de Boheme appellé Husz. dont il prit le nom qui veut dire . (') La seule opmion fait les hommes armer. brigands et meurtriers. à fin de l'abuser Comme un meschant voisin qui abuse à toute heure Celuy qui par fortune aupres de luy demeure. devant Jean Hus et Hie- rosme de Prague. Comme un monstre emplumé. et dessur les aisselles. V.

L'exterieur domine en tout ce monde icy. il ne faut plus que tu laisses rouiller Ton esprit en paresse. » Ne vois-tu que le Pape est trop enflé de biens? Comme il presse sous soy les Princes terriens? Et comme son Eglise est toute dépravée D'ambition. Et regnent en leur lieu luxure et gloutonnie. Courage. paresseux Découpez. tout va de pis en pis. et dist en ceste sorte « Mon fils. Sans prescher. ouye. Et de l'interieur n'a soucy. et d'erreur abreuvée? Ne vois-tu ses supposts et poussifs. et veneurs qui occupent et tiennent Les biens qui justement aux pauvres appartiennent. . Dont ils tirent la graisse. Je marcheray devant. Il dogmatisoit en l'an 1408 et fut bruslé tout vif au Concile de Constance. délicats. Il faut oser beaucoup la Fortune-demande Un magnanime cœur qui ose chose grande. 63 Puis elle se. Je fourniray de feu. il faut laisser ton eloistre. De mille inventions j'auray l'esprit fertil.. et lascifs. pource qu'il estoit jugé par les Bohemiens de grand et vif esprit. de mesche et de fuzil. il te faut despouiller Cet habit monstrueux. Aux Princes et aux Rois je te feray cognoistre. gloire. sans prier. je te prie! Le monde ensorcelé de vaine pipperie Ne pourra resister. Fauconniers. la vérité de la terre est bannie. Et si feray ton nom fameux de tous costez. DISCOURS. Et rendray dessous toy les peuples surmontez.logea sur le haut de la porte De Luther son enfant. et deschirent la peau? » Dieu t'appelle à ce faict. personne » Pource je viens du ciel pour te le faire entendre Il te faut maintenant en mam les armes prendre. Et tout est renversé des grands jusqu'aux petits. de. sans garder le troupeau. » La foy. parfumez. et d'un cry vraysemblable J'assembleray pour toy le vulgaire muable.

Je feray leurs citez en deux parts diviser. L'Allemagne en eut peur . le jetta dans le sein De Luther estonné. ta guerre et les meurtres espais a. Var. Qui sont marris de voir (comme estans généreux) Un Evesque Electeur qui domine sur eux. et arrachant soudain Un serpent de son dos. L'enracinant au coeur. » (a) Ainsi disoit ce monstre. et oster ses richesses. puis faisant un grand bruit D'escailles et de dents. et les bords d'Angleterre Tressaillirent comme au bruit d'un tonnerre.64 DISCOURS. Son venin et sa rage en Saxone respand. Crier contre et descrier les messes. . d'enroy Lors Luther agite des fureurs du serpent. » l'Eglisé. J'iray le cœur des Roys de ma flamme attizer.et-l'Espagne en fremit D'un bon somme depuis ia France n'en dormit. Il faut rompre premier les forces de l'Eglise Un moyen plus subtil ne se trouve sinon Que de monter en chaire. » Tu feras grand plaisir aux Princes d'Allemagne. et par mille finesses Crier contre l'Eglise. L'Itale s'estonna. les Allemans ne se virent en paix. le serpent se desrobe. Depuis La mort. Qui glissant lentement par les plis de sa robe Entre sous la chemise. S'ils veulent qu'en leur main l'election soit mise. Le Danube et le Rhin en leur course tremblerent. et d'avancer ton nom. comme un songe s'enfuit. Abominer le Pape. Qu'à la fin il se voit docteur d'une grand' bande. et coulant sans-toucher De ce moyne abusé ny la peau ny la chair. Et si bien en preschant il supplie et commande. le sang. Au bruit de ce serpent que les monts redoublerent. Et seray pour jamais ta fidelle compagne. Luy souffle vivement une ame serpentine Et son venin mortel luy crache en la poitrine.

et leur force animee Contre ta majesté envoyras en fumée. de là sont renversez Les conciles sacrez des vieux siecles passez. un penitent esprit. Tu perdras leur conseil. Seigneur. et si la foy chrestienne Apporte de tels fruits. VII. Nous sçavons bien. j'aime mieux la quitter. Seigneur Dieu. La victoire des camps ne depend de nos armes. et cent sortes de vices Ont c'en dessus-dessous renversé leurs polices. Mais en bref. De là toute heresie au monde prit naissance. De là vient que l'Eglise a perdu sa puissance. nos fautes sont que Dignes de chatiment. et le frere à son frere. 65 Ont assiegé leur terre. De là vient que les Rois ont le sceptre esbranlé. C'est pourquoy ton secours en bref nous esperons. Un cœur humilié. Et pource. Si la Religion. De là vient que le fils fait la guerre à son pere. mais Seigneur. De là sont procedez les maux que nous avons. ô Seigneur tout puissant et tout fort. De là vient que le monde est plein d'iniquité. tu demandes Pour satisfaction un courage contrit. Ronsard. ne punis en ton ire Ton peuple repentant qui lamente et souspire. Remply de desfiance et d'infidelité. De là vient le discord sous lequel nous vivons. La femme à son mary. Elle gist en ta grace. Et la loy de nature heureusement ensuivent. Et banny m'en-aller les Indes habiter. De là vient que le foible est du fort violé. 5 . De là sont procedez des géans qui eschellent Le ciel. A l'oncle le nepveu. Ayant perdu sa reigle et sa forme ancienne. [grandes. du nombre des gendarmes. et de là haut aux cieux Tu fais ceux qu'il te plaist icy victorieux. Par ta saincte bonté tu rompras leur effort. Du nombre des pietons. Car tu n'es pas l'appuy ny l'amy des larrons. DISCOURS. Sous le pôle antarctique où les sauvages vivent. et au combat les Dieux mesmes appellent.

Par elles ou en paix ou en guerre nous sommes Car c'est le vray ciment qui entretient les hommes. Que la jeunesse donne en la chaleur du sang. Qui sans sçavoir les mœurs de celuy qui plus fort Se hastoit de picquer. devant Que par longue prudence il devienne sçavant. par faveur ny richesse. Royne. Qui de larrons privez les palais remplissoit. Les fautes de ses Roys ne tourne sur son chef! Vous Princes. On pouvoit bien juger qu'elle seroit destruite. et d'apporter la mort. Et si par l'harmonie il jugeoit la cite. et vous Roys. Vostre facilité qui vendoit les offices. Puis que jeunes pilots luy servoient de conduite. Qui donnoit aux les vaquans benefices. . Est cause de ce mal. par triste meschef. Aux offices publics l'inexperte jeunesse D'un escolier qui vient de Tholose. et s'il n'est de sçavoir.66 DISCOURS. Tout sceptre et tout empire et toutes regions Fleurissent en grandeur par les religions. premiers Qui l'Eglise de Dieu d'ignorans farcissoit. Bien que de vostre temps vous n'ayez pas cognu Ny senty le malheur qui nous est advenu. Vous. en departant les dignitez plus hautes. Des Roys vos devanciers ne faites pas les fautes. et pasteur des peuples l'ordonner. Qui te demande grace. Il faut bien le choisir avant que luy donner Une mitre. Il ne faut qu'un jeune homme Soit evesque ou abbé ou cardinal de Rome. s'il ne presche. la faute avez commise Pour laquelle aujourd'huy souffre toute l'Eglise. c'est afin qu'il puisse estre De cent mille pechez en son office franc. et. On ne doit en l'Eglise evesque recevoir S'il n'est vieil. Il faut certamement qu'il ait le nom de prestre (Prestrè veut dire vieil). Si Platon prevoyoit par les molles musiques Le futur changement des grandes republiques. Voyant en nostre Eglise une lasciveté. Et ne faut eslever.

car vostre vray office Est de prescher sans cesse. Vos grandeurs. je nommeray feu M. reformez-vous. Prelats. Parmy ceux de nostre aage. Et taschez sainctement une voye utile par De conduire l'Eglise à 1 accord d'un concile. de Comminges. et sobres de propos. Soyez-moy de vertus. en furent par trop larges. tendent la main. Lesquels au temps passé ne furent ordonnez Des premiers fondateurs pour estre ainsi donnez. vos gloires despouillez. Soit de nuit. apprenez la science. et non desbaucher les inferieurs par une mine austere et rechignée. doctes Prelats ('). vos honneurs. et de chasser le vice. dont la memoire n'ira jamais soubs l'oubly. 2. 67 Donnoient le benefice. et sans sçavoir les charges Des biens de Jesus-Christ. Chose necessaire aux grands Pasteurs de l'Eglise la gravité pour monstrer la dignité de leur rang. Madame. Vous-mesmes les premiers. simple la conscience. qui qui tirent Plus ils crevent de biens. poussez du Sainct Esprit. Qui estes assemblez au nom de Jesus-Christ. de J'illustre maison de Nangis. fils de Monsieur le Mares- . Ayez chaste le corps. non de soye habillez. faut chasser ces gourmandes Harpyes. la douceur pour attraire. de Laon. lesquels ont esté pleins de ces deux belles vertus. Prelats. Gardez entre le peuple une humble dignité. De vos troupeaux commis cherchez-moy le repos. Les Prelats assemblez pour aller au Concile de Trente. la richesse excessive. Soyez sobres de table. qui les griffes remplies De cent mille morceaux. de Noyon de la maison d'Entragues. de la succent et Esponges cour. et plus ils en desirent! 0 vous. DISCOURS. tousjours Et tant plus ils sont saouls tant plus meurent de faim. Je dy ces importuns. (2) i. Et comme vrais pasteurs faites la guerre aux loups Ostez l'ambition. M. Et joignez la douceur avec la gravité. Arrachez de vos cœurs la jeunesse lascive. soit de jour. M. Non le vostre.

et sans vos entreprises Que nos villes jamais n'eussent esté surprises. de Cheverny. Si de nous reformer vous avez quelque envie. nobles aussi mes propos entendez. Fuyez la cour des Roys et leurs faveurs soudaines. evesque de Chartres. Si vous eussiez puny par le glaive trenchant Le Huguenot mutin. Le peuple fust en paix. Et vous. qui d'une main égale Devriez administrer la justice royale. . ou celuy qui par crainte Corrompt la majesté de la justice saincte. et le Roy vostre maistre. faussement seduits vous estes desbandez Qui Du service de Dieu. et ne laissez entrer Les loups en vostre clos. Et alors Je troupeau qui dessous vous vivra. de Bourgueil. Faictes que vostre voix entre par leurs aureilles. Servez vostre pays. M. l'heretique meschant. Qui perissent plustost qu'un brandon allumé Qu'on voit tantost reluire. Ne vous entremeslez des affaires mondaines. Et assis aux sommets des citez vous regarde. Et grand juge cognoist le juge forvoyant Par present alleché. mais vostre connivence A perdu la justice et l'empire de France. juges des citez.68 DISCOURS. et tantost consumé. vos biens et vostre vie. chal de Souvray. faute de vous monstrer. de l'ancienne maison d'Estampes. Reformez les premiers. Tenir droit la balance.feu M. et ne trahir les lois De Dieu. Cent et cent fois le jour mettez devant vos yeux Que l'erreur qui pullule en nos seditieux Est vostre seule faute. Reformé comme vous de bon cœur vous suivra. Tenez-vous prés du parc. Vous. Il perce vos maisons de son œil tout-voyant. et céluy qui maintenant luy succede. vueillez vous recognoistre. Il faut sans avoir peur des Princes ny des Rois. Allez faire la cour à vos pauvres oueilles. qui sur le fait des justices prend garde.

69 Posez les armes bas honneur Esperez-vous D'avoir osté le sceptre au Roy vôstre seigneur? Et d'avoir desrobé par armes la province D'un jeune Roy mineur. vos gendarmes. Et d'eux avez receu en tiltre la noblesse. Des meurtres et du sang que vous versez icy. Après que vostre sang en a fondé l'empire? Telle fureur n'est point aux tigres ny aux ours. qui les hommes attise D'ambition. A fin que d'autre main ils ne soient surmontez. Les songes de Calvin nous voulez faire croire? Si vous eussiez esté simples comme devant. et se donnent secours. Qui s'entre-ayment l'un l'autre. estoit chef de vostre entreprise. Si par fer et par feu. J'ay pensé que Satan. Mais voyant vos couteaux. le desir de vous voir En dignité plus haute et plus riche en pouvoir. Et que vous n'avez plus ceste simplicité Que vous portiez au front en toute humilité. de nos Rois ses ayeux. Les François seulement se pillent et se tuent. Soit chassant ou combattant l'Espagnol. Et pour garder leur race en armes se remuent. La foy (ce dites-vous ) nous fait les armes prendre Si la Religion est cause des allarmes. Si vous n'eussiez parlé que d'amender l'Eglise. par poudre noire. et n'eusse pas esté Le moindre des suivans qui vous ont escouté. Les honneurs et les biens qui vous font glorieux. A fin de maintenir le sceptre des François. par plomb. Je vous eusse suivy. Voyant que vous plantez vostre foy par les armes. Sans aller les faveurs des Princes poursuyvant. Que d'oster les abus de l'avare prestrise. DISCOURS. L'esperance de mieux. vos soldars. l'Anglois. Hé qui de telle foy voudroit avoir soucy. Et la terre en leur sang baignent de tous costez. . Pour avoir dessous eux monstré vostre prouesse. vostre naturel Prince? Vos peres ont receu. Vous-mesmes aujourd'huy le voulez-vous destruire.

sacrez mignons des Muses. qui Fendez la terre grasse et y semez des blez. sacré troupeau. ] D'aymer Je sçay qu'ils sont cruels et tyrans inhumains. peuplé. Après m'avoir tiré cinq coups de harquebuse. nobles aussi. vos discords. la vérité. vos querelles privées. qui allez les uns sur la marine. Non la Religion. Vous. Et vous. et la couronne au chef. vostre vos biens ny vostre vie N'espargnez sang. la prescher et la dire. Les autres sur la terre. Soustenez vostre Roy. » Quant à mourir. . Car ils ont de fureur l'âme plus animée Que freslons en un chesne estouffez de fumée. qui n'avez renoncée La foy de pere en fils qui vous est annoncée. Monstrez-vous à ce coup bons serviteurs du Roy Et vous. Nagueres le bon Dieu me sauva de leurs mains. Pascha]. marchans. afin pas et le lise Que le peuple le voye et l'appreigne A l'honneur de ton Prince et de toute l'Eglise? Eh bien tu me diras « Aussi tost qu'ils verront Nos escrits imprimés. Si ne veux-je pourtant me retenir d'escrire. Ne le veux-tu mettre en evidence. qui sans plus ne vous sert Que d'un masque emprunte qu'on void au descouvert. [Toy. Heureux sa patrie! celuy qui meurt pour garder du coutre et des bœufs accouplez Vous. De nostre jeune Prince escrivez la querelfe. si le ciel l'a voulu. les sciences Qui avez au cerveau infuses. soudain ils nous tueront. Et armez Apollon et les Muses pour elle. faites en luire vos noms icy Qui papier Comme un soleil d'esté de rayons esclarcy. Encore il n'a voulu perdre ma pauvre muse. mettez-luy derechef Le sceptre dans la main. et de qui la poitrine N'a humé de Luther la secte ny la foy. 70 Vos haines. Sont cause que vos mains sont de sang abreuvées. j'y suis tout resolu Et mourray par leurs mams. Paschal. qui as fait un œuvre si divin. DISCOURS.

Dieu des cieux Asseurans pour la fin que le grand Les fera. Je meurs quand je les voy ainsi que harengeres Jetter mille brocars de leurs langues legeres. Qui devroient et garder leur maison. Semans de toutes parts cent mille menteries. A grands coups de baston. trivium.. Et dire que la France est en piteux estat. Je meurs quand je les voy par troupes incognues Marcher aux carrefours (1). . que l'on sonnoit aux lieux publics. quoy qu'il tarde. quand les femmes fragiles Interpretent en vain le sens des evangiles. Je meurs quand je les voy enflez de vanteries. ou au milieu des rues. 71 Je vis encor. Que le faux Puis resserrer l'espaule. Et blasphemer l'honneur des seigneurs les plus hauts D'un nom injurieux de Guysars et Papaux. Ulysse à la parfin chassa ses bandes de la douceur des lottes. Littré le dérive de quadrifureus. Voyant son banc et sa Qui laisse son estau. J'ay l'esprit tout geiné de deuil et de tourment. Et desguiser le vray par telle authorité2 controuvé semble estre venté. Tant s'en faut qu'un enfant ses secrets puisse entendre. Et que les Guysiens auront bien tost le mat. Je suis plein de despit. venant du couvre-feu de sept heures du soir pour l'Ave Maria. et dire qu'ils depleurent Le mal-heur de la guerre. Paschal et ce bien je reçoy Par un miracle grand que Dieu fit dessur moy. et de ceux qui y meurent. sottes. charue. mesnager Je meurs quand les enfans qui n'ont point de raison. et m'imaginerois qu'il fut nommé carfour de l'ancien mot carfeu. Vont disputant de Dieu qu'on ne sçauroit comprendre. icy victorieux. Voire en 'mille morceaux le deust-on deschirer. Ou carfour. ce peuple icy des presches si gourmand. pioo. endroit où se rendent trois rues. 1. Et comme furieux par les presches se rue D'un courage si chaud qu'on ne l'en peut tirer. DISCOURS.

Docte personnage. 2. Mais je suis plein et de deuil quand d'ennuy je voy Un homme bien gaillard abandonner sa foy. pindarise. Voyant ceste escriture ils diront en courroux « Et quoy? ce gentil sot escrit doncq' contre nous? Il flatte les il fait d'un seigneurs. J'ay pitié quand je voy quelque homme de boutique. Quelque pauvre artizan devenir heretique. (a) Au moins concédez-nous vos privileges mesmes. perdray courage. à l'ouïr parler. et au bord estranger Vouloient vivre et mounr pour les lottes manger. elle veut mourir. Puis que vous deschirez-les dignitez suprémes a. mais tousjours l'Hugue- not. et plus le flot sallé Sape et mine son pied. » Quant à moy je suis et ne prest. en la conference avec le Cardinal du Perron. et plus est agité Plus repousse les flots. Mais ny glaive. Var.: Qui se moque des vents. . comme en nos jours le Plessis-Mornay dans Fontaine- bleau. Bref. Ferme comme un rocher. I. Comme à Villegaignon (') qui ne s'est bien trouvé D'avoir ce grand Calvin au combat esprouvé. Qui oublioient leur terre. (1) Et quand jusqu'à la mort ce venin le maistrise. après avoir gousté D'une si dommageable et folle nouveauté. est le maistre et le vainqueur en dis- pute. devant le Roy Henry le Grand. Verbe du nom comme (sans comparaison) Huguenot. alors qu'il fut en prise contre ce bon apostre de la nouvelle créance. Quand un gentil esprit pippé huguenotise. 72 DISCOURS. Avant qu'il soit long temps on luy rendra son change. et moins est esbranlé. le rempart d'un rivage Qui se moque des vents. ny mort ne retient ceste Tant elle est du sermon des ministres bande. friande. et jamais n'est donté. diable un ange. ronsardise.

et de vos bras. Seigneur. Ne soyez. (') Si vous n'aviez les yeux aggravez d'un dur somme. Prince tres-bon. vous fait grossir le cœur. après avoir osté Le chaud mal qui vous tient. De saint Louys. Et des liens d'erreur par tout enveloppé. race du sang de France. 2. et vous. Exerçant dessous vous leur malice hardie. Et se couvrant de vous. DiscouRS. des Prelats. banni de la ville de Noyon. De gagner nostre empire il vous donne asseurance Il vous promet le monde. Vous voyant obéy de vingt mille soldars. Voyant vous font tant d'hommages. par mots injurieux. Vous. que je dy vérité. Prince généreux. Puis vous qui ne sçaviez (certes dire je l'ose) Combien le commander est une douce chose. 3. . Cela. 73 Des Papes. Vous cognoistriez bien tost que la fraude d'un homme Banni de son païs (3) l'esprit vous a pippé. Ce pendant ils vous font un Roy de tragédie. chef du party. Qui pour la foy Et sa gloire fameuse aux Barbares laissa. Il vous enfle le cœur d'une vaine espérance. si nos plumes s'aguisent Contre vos predicans qui le peuple seduisent! A la fin vous verrez. et n'en sort que du vent. le vous pri' dessur nous envieux. 1 Louys de Bourbon Prince de Condé. du invaincu des seigneurs de Bourbon. Voyant tant de seigneurs qui de tous costez bourgs. Prince tres-bon. citez et villages. Nay sang L'oreille vous tendez à ces promesses vaines. (1) Dont le tige royal de ce naissance Roy print chrestienne outre la mer passa. de vent comme des balles pleines Qui se boufent Mais si d'un coup de pied quelqu'un les va crevant. floter pour vous aux champs mille estendars. pour le crime (ce dit-on) qui regnoit jadis en la terre de Loth. L'enfleure fait un bruit. Calvin. Voyant Obéir à vos loix et vous nommer vainqueur. tige des Bourbons. Grondans comme mastins.

las! qui les va suivant (') (Duquel jusqu'à la mort je demourray servant). car s'il fust d'avanture Un Turc. Superbes. Et ce qui plus me deult. rompu. point de compas. tantost la Germanie Arme pour sa defense une grand' compagnie. vanteurs et arrogans. de tous costez telle fièvre maline Ne se pourroit guarir par nulle medecine. Odet de Coligny. Tantost enflé de cœur. Et tousjours va semant quelque fausse nouvelle Tantost il a le cœur superbe et glorieux. En larmes et souspirs. cassé. brigans. Inventeurs et menteurs. Et ne void cependant comme on le fait mourir. Il veut tantost la paix tantost ne la veut pas. soupçonneux. Et tantost les Anglois le viennent secounr. Tué. Au reste. Telle bonté ne vient pour croire en telle loy. Ils font cent mille maux que vous ne sçavez pas. Cardinal de Chastillon. Il songe. 74 DISCOURS. I. et tel je l'ay trouvé. son honneur et sa vie Rien ne me fasche tant que ce peuple batu. L'ayant en mon besoin mille fois esprouvé. de parole il est fier et hautain. au reste je ne nie Qu'on ne puisse trouver en leur tourbe infinie homme Quelque juste et droit. Je cognois un seigneur. Je sçay que le soleil ne void çà bas personne Qui ait le cœur si bon. il garderoit ceste bonne nature. Plus amy de vertu. il ii n'a fantastique. tantost bas de courage. qui garde bien sa foy. il caquette et groumelle. Et sans prevoir le sien prédit nostre dommage. Froissé. . Seigneur Dieu. Car bien qu'il soit tousjours par armes combatu. De tel arbre tel fruit ils sont larrons. je te prie De conserver son bien. c'est qu'encores ils disent Que les anges de Dieu partout les favorisent. Ains pour estre bien nay. la nature si bonne. Et dit qu'un escadron des archanges des cieux Viendra pour son secours.

le cœur est glorieux. Vous cognoistriez bien tost que les ministres vostres les nostres. Les autres sont du paradis de Dieu. mais sa folie pensée renversée. je sçay bien ne vaut rien. Et lors de tels galans vous ferez peu d'estime. et estes le seigneur Auquel j'ay desiré plus de biens et d'honneur. Et de la verité me fait parler ainsi. jaloux Le promettant à ceux qui leurs songes ensuivent. Il presume de soy. Les autres sont menteurs. et de ses loix aussi. Des volleurs de calice? Hà! Prince. Prince très-magnanime. Prince. Prince tres-magnanime et courtois de nature. Et si vostre œil estoit tant soit peu deslié. Que la plus grande part des prestres Mais l'Eglise de Dieu est saincte et veritable. sophistes qui escrivent Sur la parole saincte. le premier Les autres par sur tous veulent lieu. ayant pris ma naissance Où le Roy vostre frere avoit toute puissance. de ces larrons de chapes. Dessillez-vous les yeux. d'honneur ambitieux Ils sont doux au parler. leurs ames eshontées. DISCOURS. et comme ils ont vescu. Voulez-vous qu il soit De ces briseurs d'autels. les autres sont athées. Comme vostre sujet. Je vous honore et prise. plus meschans que Ils sont simples d'habits. Leur front est vergongneux. luy Suivoit vostre et combattoit pour vous? party Dieu des meurtriers de ses Papes. et en font des chansons. Sont. si vous n aviez vostre rang oublié. Recherchez leur jeunesse. Je veux encor parler à celuy qui exerce . Les uns sont apostats. Ses mysteres sacrez et sa voix perdurable. 75 Il a la bouche chaude. certes je le sçay. Ne soyez offensé lisant ceste escriture. Et vous ne serez plus de tels hommes vaincu. Comme par un destin est tousjours de si benin et doux Que diroit-on Dieu. et bien froide la main. et en mille façons Tourmentent l'Evangile. Mais l'amour du pays.

conseiller d'équité. la vertu. Et pource accordez-vous avecques vostre aisné I. et Scythe par les œuvres. de l'Arsenal. (Édit. de 1567. vray martyr Tel est au rang des Samcts qui n'est plus sainct que toy Les œillets et les lis.) 2. François de Bourbon Comte d'Anguien. lieutenant de l'Empereur Charles V. comme ils alloient en Espagne de la part du Roy. . à la Bibl. comme pour couverture Puissent tousjours fleurir dessus ta sepulture souvenez-vous Prince. 0 bien-heureux de la foy!. Roy d'Espagne. Sapin ('). les mœurs. Dont l'honneur. Et que vostre maison maintefois a sentie La grande main de Dieu sus elle appesantie. Lequel doit pour le mal tousjours rendre le bien! Par mines seulement chrestien tu te descœuvres. qui deffit jeune d'ans le vieil Marquis Del Guast. En octobre 1562. assiegée par Philippes II. l'integrité. et non pas d'un chrestien. et à J. le Prince de Condé luy fit couper la teste. Je dy chrestien de bouche. Et peu nous soucions de tort ny de droiture. 76 DISCOURS. et qui mourut d'une cheute de bahu jette par une fenestre à la Roche-Guyon. » Hà response d'un Scythe. par violents efforts. tué le 10° jour d'aoust 1557. Pourveu que nous puissions revenger nostre injure. De rendre la pareille icy nous enseignons. quel lyon ne trembleroit de crainte De condamner à mort une innocence sainte? Qu'avoit commis Sapin. De punir l'innocent qui n'a point offensé? Quel tygre. au mois de febvrier et Jean de 1545 Bourbon Duc d'Anguien. lesquels avoient esté pris dans le Vendomois. Fleurissoient au Palais comme parmy le voile De la nuict tenebreuse une flambante estoile? Tu diras pour réponse « On pend nos compagnons. à la journée de Sainct Laurens. Dessous vostre grandeur la justice perverse. ô barbare insensé. à Serisoles (1544). de Troyes. abbé de Gastines. en un combat de plaisir. que vos freres sont morts Outre le naturel (2). elle loy te commande. prés la ville de Sainct Quentin en Picardie.

Vous. Desarmer vostre force. selon droit et raison. Et les mains des larrons dont elle est saccagée. Depuis douze cens ans aux armes fleurissant.Princes conducteurs de nostre saincte armée.(') Royal sang de Bourbon. Ou bien s'il ne vous plaist. et Roy de Navarre à cause de Jeanne d'Albret sa femme. oyez mon oraison. au Duc de Mont- et au Prince de la Roche-sur-Yon. Et auriez en horreur. (4) a. qui le ciel.(1). 1. C'est Monsieur d'Anguien dont nous venons de parler. des femmes. Var. de qui la renommée Se loge dans le ciel. Vostre frere avant l'âge au sepulchre envoyél (2) Les playes dont la France est sous vous affligée. L'extreme cruauté des meurtres et des flammes. tous de la pensier Louys. lieutenant géneral pour le Roy. c'est assez guerroyé. la complainte Et le cry des vieillards qui tiennent embrassez En leurs tremblantes mains leurs enfans trespassez. Hà. 4. Et du peuple mangé les souspirs et les larmes Vous devroient esmouvoir à mettre bas les armes. Roy de Navarre. 2. Qui vous tient apasté de sa folle doctrine. Les loix et le païs si riche et si puissant. Si vous estiez icy deux mois auprés du Roy. Messieurs de Guise et d'Aumale. Et luy faire tenir son vray rang et sa place. c'est assez. de qui l'autheur regrette la mort. La mort des jouvenceaux. . 77 Charles. Prince. Duc de Vendosme. vous freres grands et forts. maison de Bourbon. (1578) Antoine. Vous reprendriez soudain vostre premiere loy. DISCOURS. à qui le ciel (a) largement a donné La vertu de remettre en faveur vostre race.ceste tourbe mutine. L'autheur s'addresse au Duc de Vendosme.

5. Anne de Montmorency. quand il fut blessé à mort. Comte de Longueville. Vous. Et de ce jeune Roy redressez la couronne! Redonnez-luy le sceptre. que vous estes enfans De ces peres jadis aux guerres triomphans. Souvenez-vous. Vous. seigneurs. Fidele serviteur de quatre ou de cinq Rois. après avoir en plusieurs autres batailles fait preuve de sa valeur et de son courage. Il mourut sous Charles V. (2) Sang qui fatalement enla Gaule te monstres Pour donter les mutins. bien que fort jeune. pour temps retnbuer les services qu'il avoit rendus à la couronne par sa generosité. comme Hercule les monstres. et de l'ancien- neté du nom qu'il portoit. François 1". Il estoit aagé de prés de quatre vingts ans. François Il et Charles IX. 4. d'Anville. au retour de la bataille de Sainct Denys. et long- de là Charles VI son fils. le mau- solée de nos Rois. Que chacun à la mort fortement s'abandonne. t. sage.nos rampars et nos forts. vaillant et preux. Montmorency. seigneurs qui portez un cœur chevaleureux. 2. luy fit dresser des funerailles comme on feroit dresser pour un Roy mesme. Henry II.78 DISCOURS. son fils (). . et le fit ensepulturer en la mesme chappelle dudit Charles V. gentil-homme Breton. Et ce pendant qu'aurez le sang et l'ame vive. Pour avoir gardé Mets et Paris. Un des fils puisnez du Connestable de Montmorency. Qui meritez d'avoir en memoire eternelle Amsi que du Guesclin (') une ardente chandelle. Bertrand du Guesclin. Pour raison de ce grand Charles Cardinal de Lorraine. Ne souffrez qu'elle tombe en misere captive. 3. depuis aussi Connestable sous le Roy Henry-le-Grand. et d'un bras indonté Combatez pour la Franceet pour sa liberté. qui veid et servit Louys XII. à Saint Denys. Et vous. sage Nestor (') François. sous lequel il finit ses jours glorieusement. Sacré sang Guysian ('). un des braves chevaliers de la cour de Charles V. et par merite honoré de la charge de Connestable. Roy de France. connestable de France et favorit du Roy François Ier.

Ce furent les Albigeois et les Vaudois qui firent ce beau jeu. lequel donna tout ce qu'il avoit aux pauvres. ils jetterent la semence de toutes les erreurs d'alors. Dont les fresches vertus par la Gaule fleurissent. et mortels comme nous. vous. ils sont subjets aux coups. La secte Albigeoise tenoit de l'Arrienne et de la Mani- cheenne. ou comme les Titans Ils naissent de la terre en armes combatans. ils furent condamnez vivement du Saint Pere. DISCOURS. Ils n'ont non plus que vous ny de mains ny de jambes. Vous. mais parmy cecy faisant mille deshonnestetés. Ny ces reistres mutins qu'un François accompagne Ils ne sont point conceus d'un fer ny d'un rocher Leur cœur se peut navrer. 79 Qui pour garder la toy de la terre Françoise Perdirent l'Albigeoise e) et la secte Vaudoise. Ne craignez point aussi les troupes d'Allemagne. (2) Contemplez-moy vos mains. t. De Bellonne conceus. . N'ayez peur que les bois leurs fueilles convertissent En Huguenots armez. Les corps effemmez des-ministres si palles. Leurs glaives ne sont point acerez dans les flambes Des eaux de Phlegethon. l'an 1226. piétons. vos muscles et vos bras Pareilles mains avoient vos peres aux combas. A l'occasion du despit qu'en eurent ces fols. homme pieux. Ceux qui l'imiterent furent nommez les Pauvres de Lyon. que le Roy Philippe Auguste Dieudonné rompit. guerriers asseurez. et renouvellerent celles des Gots lors qu'ils alloient com- mandant au Languedoc. Ne craignez point aussi. pour donner fonds à leur vaine religion. jeune race de Mars. bandes martialles. soldars. penetrable est leur chair.vous. De femmes engendrez. à fin que la noblesse Vous anime le cœur de pareille prouesse. d'un nommé Valdo. les Calvinistes et Lutheriens en ont fait une rhap- sodie et meslange. 2. vous. allant de lieux en lieux pesle-mesle hommes et femmes. Imitez vos ayeux. couchans ensemble pour voir s'ils resisteroient à l'eguillon de la chair et gar- deroient la chasteté. Secte ditte les Pauvres de Lyon.

à pied sec. mais trop bouillant à former le party qui brouille encores aujourd'huy la France. prunelle Mais ayez forte pique et bien tranchante espée. bonne armure trempée. et qui tournent aux cieux. . I. Je dy pour ce grand Dieu qui bastit tout de rien. Et fit passer son peuple ainsi que par bateaux Sans danger. Bon morion en teste. les armes avez prises.80 DISCOURS. soldars. que l'herbe du printemps Si tost parmy les champs nouvelle ne fleurisse. 0 mesehante erreur. soldars. Donne. Pour ce grand Dieu. comme autresfois Pour borner plus avant J'empire de vos Rois C'est pour l'honneur de Dieu et sa querelle saincte Qu'aujourd'huy vous portez l'espée au costé ceinte. L'Admirai de Coligny. Dieu tout grand et tout bon. Qui jadis affligea le peuple Egyptien. Et nourrit d'Israël la troupe merveilleuse Quarante ans aux deserts de manne savoureuse. je te suppli'. aux corps bons corselets. Qui favorisera vous et vos entreprises. comme nostre autheur a bien voulu tesmoigner par de ses meilleurs escrits. Qui d'un rocher sans eaux les eaux fit ondoyer. Fit de nuict la colonne ardante flamboyer Pour guider ses enfans par monts et par valées. Qui font si triste mine. qui regardes tout. Qui du premier regard Vous ne combattez pas. qui vois tout et entens. Et qui cognois l'autheur des guerres advenues. qui habites les nues. Dieu. grand capitaine et Gentil-homme des plus hardis. bon feu. brave homme de guerre. La bonne targue au bras. bons pistolets. par le profond des eaux. Qui noya Pharaon sous les ondes salées. En faisant leurs sermons. quant au reste. Bonne poudre. la des yeux. Bon cœur et bonne main. et surtout une face vostre ennemy desface. bon plomb. Comme il fit Josué par le peuple estranger Car Dieu ne laisse point ses amis au danger. Que l'autheur de ces maux (') au combat ne perisse.

à cinq lieues de Troyes. ne me paraît pas être l'Amiral. quand tu les viens ensorceler. VII. c'est dans un petit bois de tableau dont l'imprimé bien lisible est tel Gaspard de Coligny (*). et mesme dans les plus enclins aux choses de la Je dis piété! cecy pour une remar- que faite par moy dans l'eglise de Saincte Syre en Cham- pagne. voix. ne contribuant en ces dernieres à la rebellion mal-heureuse et guerres fatale des autres. qui ne sont plus tost deffaits qu'ils ne veulent desesperément renouveller. où se voyent des guerisons merveilleuses de la pierre et du calcul. Estendus J'un sur l'autre. et est en bonne sancté dont ledit Seigneur veut et entend estre pensionnaire de d jamais de l'eglise Madame saincte Syre. haute couronnée. et que la multitude Qui s'asseure en ton nom. delivré de sept pierres. natif de la Franche Comté de Bourgogne. Seigneur. Et que ses au milieu de la guerre compagnons Renversez à ses pieds. Lesquels effects si l'on ne remarque en Monsieur de Chastillon son nepveu. fut delivre des dittes pierres. Donne que de son sang il enyvre la terre. Seigneur et Baron de Bouan et de Beaufort. De fleurs bien à. mais quelque autre d'une branche collatérale. Mordent dessur le la poudre entre leurs champ dens. Tout à l'entour des morts celebre ton honneur. a esté aujourd'huy 14 du mois d'apvril 1539. Et d'un sainct chante de race en race cantique Aux peuples à venir tes vertus et ta grace. B. que ne fais-tu point dans les cœurs. 6 . et de zele il est enflamé quel pour la religion catholique apostolique et et de romaine. pour le moins a-t-il fidellement servy le Roy. P. quel amour il est embrasé pour la devotion. vrays hydres. haletans et ardens. Ronsard VII Ronsard. Ce Coligny. franche de servitude. lesquelles il a fait par la bouche et estant en de mort. soyvouant à Madame peril saincte Syre. 81 Ayant le corselet d'outre en outre enfoncé D'une ou d'un fatalement pique plomb poussé. escuier tranchant de Messeigneurs le Dauphin et Duc d'Orleans. DISCOURS. et dans les esprits. Nous voyons encore maintenant (et sans flatter) quel est son fils Monsieur d'Andelot.

que nous avons eu de nostre temps le Prince Mandon. Hurlans. Qui se vantoit (fantastique d'esprit) D avoir dormi au sein de Jesus-Christ! Bien que son art fust de fondre le cuivre. il parle de certains fols courans les rues devant les tels guerres civiles. PROGNOSTIQUES SUR LES MISERES DE NOSTRE TEMPS. on veid parmy nos villes Errer soudain des hommes incognus. Dés le matin jusqu'au coucher du jour. (1) Non seulement le peuple sans raison Pour les ouyr sortoit de sa maison. Vray alchymiste. Un qui crioit. enflé de hardiesse. Maistre Pierre du For l'Evesque. Soit qu'il mourust par vice ou par simplesse. Qui. ou dans un carrefour. fust neutre. et qu'il apprinst à vivre Aux idiots. crasseux et demy-nus. Mais les plus grands et les plus sages furent Ceux qui par crainte à table les receurent. . ny prévoir son trespas. Devotieux (croyans en verité voix la Deité). L'un se disoit sainct Jean l'Evangeliste. Que par leur parloit Fust Huguenot. ou fust Papiste. le Comte de Permission. crineux. Barbus. Long temps devant que les guerres civilles LBrouillassent France. tirans de place en place A leurs talons enfans et populace. de noire frenaisie. qui pouvoient estre au regne de Henry il. luy-mesme ne sceut pas Vivre pour luy. transportez A tous venans contoient leur fantaisie En plein marché.82 DISCOURS. crians. I.

qui avoit la pensée Et la raison à demy renversée. Des vieux Gaulois se vantoit d'estre Roy. veaux. Bref. ou qu'il sera malade. Il disoit qu'il estoit Ce grand Cesar qui au fil de l'espée Par sang civil baigna Rome et Pompée. Tant d'almanachs qui d'un langage obscur Comme démons annoncent le futur. Et sur le chef un fourré diadéme. quand on void tant d'estranges merveilles Qui tout d'un coup paroissent en maints lieux. Et tant de fols. et pensif se consomme. » Après luy vint le bon Roy des Gaulois. DISCOURS. Lors je disôis tout pensif en moy-mesme a Assez et trop nostre France a de fous. D'yeux saffranez. de cheveux mal-peignez. Et qui tirant tout Paris après soy. Ainsi voyant tant de sectes nouvelles. la teste contre-bas. radotte. D'ongles crasseux. 83 La Monarchie. Ce fol estoit de nation Romain. trois yeux et cinq oreilles. chiens. Pasle. d'espouvanteuse oeillade. Pour ce qu'on void les signes par dehors Nous tesmoigner les passions du corps.Or quand on void que tout soudain un homme Rêve. Jadis pedant. et qui nous vient predire Un changement ou d'estat ou de lois. Enfans morts-nez. tant de creuses cervelles. bouffi. . Qui en naissant prennent diverses formes. Monstres non veus de nos premiers ayeux. Les pieds en-haut. Qui soustenoit une boule en sa main. Et quand on void tant de monstres difformes. Vint après luy. et Cesar se vantoit. Sans nous donner un Cesar qui l'empire Fist trebucher. . aigneaux et chats A double corps. de sourcils renfrongnez. On dit qu'il est. Sans que le Tybre en respande sur nous.

lettres de ehiffte. Douteusement son vouloir nous dechiffre D'un charactere obscur et mal-aisé. et qu'il est irrité Contre le Prince. et a veu mainte chose. Soit qu'un démon de soy-mesme avisé. sepmaines après la mort de Duc de Guyse (2). qui tout ordonne. Par signes tels tesmoignage nous donne De son courroux. et luy vient inspirer. (1584. qui suit. Les fleaux de Dieu qui marchent les premiers. 2. Je n'en sçay rien. L'homme. etc. C'est signe seur qu'incontinent la terre Doit soustenir la famine et la guerre.. de Ronsard aux injures de je ne sçay quels Predicantereaux. Ce morceau sert de préface à la Response de P. En le troublant. page 95.) EPISTRE.84 DISCOURS. me furent envoyez de la part d'un mien amy trois petits livres.. Ou soit que Dieu. comme en. Se mesle en l'homme. qui est humain. Mais je sçay bien que Dieu. . (1) feu Monseigneur le Cinq. ou contre la cité Où le peché se mocque de la peine. comme il veut les virer. une parole obscure Soit que cela se face d'avanture. lesquels avoient esté secret- tement composez deux ou trois mois auparavant [le i. François de Lorraine. vit long temps. Du changement certains avant-courriers. Ne tient de Dieu le secret en la main. D'exemples tels la Bible est toute pleine. Qui le ciel qui les astres dispose Voyant A bien ou mal.

si de fortune il ne m est advenu d'escrire choses. je les estime Princes et Seigneurs si magnanimes et genereux. interpretant faussement mes escrits. DISCOURS.ils ne voudroient estre ministres de la meschante volonté d'un si petit . ou ton froc jetté aux orties. Je ne fais point de doute que ta malice ne se soit maintesfois efforcée de vouloir. Bien est vray que mon principal but et vraye intention a tous- jours esté de taxer et blasmer ceux qui. que leur grandeur me brassoit je ne sçay quoy de mauvaise digestion. que tu n'en serois quitte à si bon marché. voire jusques à faire courir un bruit par ceste ville. Donc. ny ne voudroient seulement avoir pensé. tant s'en faut qu'elles le fussent des historiographes de nostre temps. lesquelles n'estoient incogneues seule- ment aux petits enfans. et au lieu de quinze ou seize cens vers que je t'envoye pour reschaufer ta colere. quiconque sois. je ferois de ta vie une lhade entière. 85 deceds dudit par quelque Ministreau de Seigneur]. et imprimez à Orleans contre moy. chose de pareille farine. me fourniroient argumens assez suffisans pour t'imprimer sur le front une marque qu'aisément tu ne pourrois effacer. irriter les Princes et Seigneurs contre moy. Predicant. Genève. qui m'as voulu mal-heureu- sement calomnier. t'asseurant que si j avois meilleure cognoissance de toy. que jamais present Je n'eu desir ny volonté d'offenser de quelque personne. m'asseurant qu'. qui sans passion ont deliberé rendre de poinct en pomct fidele tesmoi- gnage de nos guerres civiles à la postérité. ou sectaire de semblable humeur. qualité qu'elle soit. sous couleur de belles paroles. Quant à moy. ausquels comme par contrainte j'ay respondu en ce livre. Car je me trompe. je te supplie de en gré prendre ceste response. et depuis descouverts. sous ombre de l'Evangile (comme les hommes non passionnez pourront facilement cognoistre par mes œuvres ont commis des actes tels que les Scythes n'oseroient. ou quelque mémorable ou autre imposture. ou autre. attestant Dieu et les hommes. publiez. que je n'en croy rien.

86 Discou s. intentions et entreprises ne dependent de la querelle de mes escrits ny des tiens. qu'un fantastiques. Predicant. qui leur suis. et toute l'ancienne constitution de l'Eglise. Suppliant derechef celuy qui se sentira si gaillard que d'entrer en la barriere contre moy. tu m'eusses presenté un plus rude champion. tres-humble et tres-obeissant serviteur. cenes. tu n'auras faute de passe-temps. point Mais à la verité. Et pour ce. lices sont dressées. tas de Predicantereaux (ou sollicitez par leurs femmes. presches. galand que toy. sans provoquer davantage leur courroux contre moy. Car j'ay le courage tel. ne vouloir trouver si tout ainsi qu'en pleine estrange. predestinations et songes monstrueux de Calvin. que j'ayme presque mieux quitter les armes. plus rusez aux affaires. et moins studieux . ou de tes semblables) par toute la France. ou espoinçonnez de faim. liberté il tonne des mots injurieux contre le Pape. les armes d'encre et de papier sont faciles à trouver. dont les grandeurs. ou curieux de remuer mesnage) ont recueilly à Genéve pour venir après ensorceler la jeunesse de France. quel que camp ouvert. qui faisoient monstre sur tous les autres d'avoir le cerveau mieux fait. et la verité. cogneu et tenu pour homme de bien (si ce n'est de toy. Aussi auroient-ils bien peu de louange d'offenser un Gentil-homme de bonne race et de bonne part. que combattre contre un moindre. comme je suis. plus que tu n'es. dont la victoire ne me sçauroit apporter ny plaisir ny honneur. aussi faut-il que tu penses. Le est les que toy. Or comme je ne suis pas si mal accompagné de jugement et de raison que je m'estime de leur qualibre. mariages. les Prelats. je voudrois que pour esprouver mes forces. je puisse aussi de mon costé parler librement contre sa doctrine. je te conseille de laisser desor- mais en repos tels Seigneurs. sans premierement sçavoir de sa propre bouche ses raisons. et (ce qui est encores plus dom- mageable) une bonne partie de nos hommes. que je ne suis rien moins tu sois. Predicant mon amy.

à fin que ta cause et la mienne soit ma requeste. cant mon amy. Te rend confus. DE HUMEURS QUI QUATRE Predicant et Ministre de Genéve. Elle émanait. à ce que qui dut lui être nous croyons. ennemi. Evesque futur. 1563). de tous. (1563. erreur. fol superbe. et t'enfle. il faut pouvoir se Pour bien comprendre Nous avons choisi. de la Baronnie plaquette Response de Prestre-Gentilhomme Vando- à Messire Pierre de Ronsard. et te desguise. DISCOURS. et feint contre l'Eglise) (Dévoyé. etc. contre la plus virulente et celle pièces dirigées Ronsard. parmi les faire une idée de l'attaque. Il avait paru antérieurement à Genève. mois. Ton ta fureur. plus implacable Nous avons réimprimé le Temple de Ronsard d'après une intitulée Seconde F. in-4° de 36 feuillets). le plus sensible. et me donneroit avec toute modestie congé de luy respondre. Toy donques) qui te vantes estre chrestien à meilleure raison accorderas reformé. d'un transfuge. 87 de toute nouveauté. la défense. arrogant. sans lieu. en une brochure petit in-8° de 7 feuillets (s. DES DIVERS EFFECTS SONT EN FRERE ZAMARIEL. et cafard. Qui t'esgare. et t'insense. . Predi- de nous deux qui l'aura Adieu. felon. pernicieuse un Turc. ton orgueil et ton fard. permettroit ment ceste licence. et que l'honneur soit rendu à celuy cogneue mieux merité. de Jacques Grévin. après du était devenu son avoir été le plus cher disciple maître. Or pour abreger. NOTE. un Arabe me facile- Predicant. plus le Temple. qui.

Ronsard. Roy. Attendre honnestement autre le vinst dire. J'en suis marry. Mais lors que j'eus cogneu que les poetes Gregeois Et Latins se laissoient fueilleter sous les doigts De ceux qui sont nourris en la langue françoise. se change en deshonneur Quand le propre gosier s'en est fait le sonneur. J'ay bien eu quelquefois la mesme fantaisie Que tout seul tu estois bon maistre en poësie. Je suis marr aussi que tout seul à la France Tu t'es vante d'avoir des Muses cognoissance. Si est-ce que tousjours je sentois en moy-mesme Les douloureux effects d'une douleur extresme. ce me semble. dit-on. la aux Muses et au Religion. OU LA LEGENDE DE SA VIE EST BRIEFVEMENT DESCRITE. et de nostre esperance. pour l'honneur que je doy A Ronsard. Que tu n'as discouru en plus grand' reverence De Dieu et de la foy. Je pensay seulement que la Muse gregeoise T'avoit enflé le cœur. 88 Discours. avant que de l'escrire. je suis marry. qu'un Car louange. . Que tu n'as eu esgard que le sang de nos Princes Est descendu des Roys. Que tu n'as employé la majesté des vers Pour parler autrement des mysteres couverts. Tu devois. Qui de souspirs cuisans sans cesse entresuivis Monstrent asseurément mes sens estre ravis. Et que tous ceux qui ont mis la main aux escrits Ont l'art de poësie en tes livres appris. et que ce gentil art N'avoit esté forgé seulement pour Ronsard. et bien que dans mon cœur Je celasse longtemps ceste forte douleur. seigneurs de nos provinces. LE TEMPLE DE RONSARD.

Mais avant que d'entrer. Comme un grand escadron de fourmis tous ensemble. DISCOURS. Je suis tant seulement le moindre de l'Eglise Et membre toutesfois. Et possible en mes vers l'asseurance s'en treuve. Je t'ay veu discourant tout ainsi qu'Epicure. ce qui n'est pas de toy. Quand oyant le vieillard discourir de la foy Au concile il receut nostre chrestienne loy. D'aucun troupeau sur moy la charge n'est commise. Tu nous monstrois au doigt en un rond. ce me semble. Que jadis fut celuy du philosophe athée. dans la muraille. A qui de toutes parts nous voyons arriver Le grain pour les nourrir tout au long de l'hiver. Car je sçay que tu vis sans raison et sans goy. Je ne suis point celuy qui veuille m'eslever Et sur toy par despit mes forces esprouver. Qui attachoit au ciel un Dieu qui n a la cure De ce qu'on fait en bas. Car je sçay (Dieu mercy!) qu'une telle victoire Ne pourroit pas beaucoup adjouster à ma gloire. Tagaut me sert de preuve. . bien qu'il ait pris la fuitte Et veu tant seulement la premiere poursuitte. Si non que Dieu voulust que ton leger esprit Fust aussi vivement touché par cet escrit. ou quelque autre Antechrist. je veux bien que tu sache Qu'une secte mauvaise en mon cœur ne se cache. Je ne SUIS appelé pour monstrer ne prescher. Chascun d'eux travailloit. Et que je ne suis point enyvré de l'escrit De quelque Anabaptiste. comme. Ou pour que 6que abbaye en la fin arracher. Mais tu as ressemblé au goujat effronté Qui se vante d'avoir bravement surmonté L'ennemy deconfit. Chascun des citoyens en sa maison travaille. et en parlant ainsy Tu monstrois que de Luy tu n'avois grand soucy. à ce point la raison ne m'eschappe Que jusques D'avoir juré de suivre ou Calvin ou le Pape. 89 Bellay m'en est tesmoing. Dont l'erreur par raisons ne peut estre dontée.

» Ainsy est-ce de Dieu. Tu fais comme un joueur à qui. Je veux tant seulement (puisque tu as envie. mais bien plus tost nous y prenons plaisir Qu'elle a sceu ce gros grain si dextrement choisir. Sans penser que de nous le fourmy ne la prend Et que ton foible esprit un tel bien ne comprend. Je n'ay pas toutesfois en ces vers entrepris D'escrimer contre toy pour emporter le prix. Et puis tu t'entremets de vaillamment defendre Une religion que tu ne veux entendre. Tu luy tires. Afin qu'aprés ta mort on presche ton renom Au jour que l'on fera feste de ton saint nom. Tu prends les gants aux mains. « Quel mal (ce disois-tu) nous a fait ceste beste D'avoir fait dessus l'autre une injuste conqueste? Nul mal. Bien qu'au fait et au prendre il perdist le courage. Cependant en tes vers. puis estendant les bras.90 DISCOURS. Le tiroit après soy reculant en arriere. Si telles gayetez le meuvent en son lieu. Des coups mal asseurez d'un glaive qui ne taille. Tu mesures ton homme. D'estre cogneu de tous) discourir de ta vie. se monstre de grand cœur. L'autre sortoit leger du fond de sa tasniere. envers qui tous les hommes Ne sont que des fourmis. » Tu parlois en ces mots de l'eternelle essence De qui journellement nous prenons accroissance. defendant un prix. . d'estoc ou d'une haute taille. Et. sur l'eschaffaut. rencontrant ainsy ce pauvret empesché. et. Le polmon plein de vent et le cœur ne defaut. comme un brave escrimeur Qui. Pour se monstrer hardy jouant son personnage. Afin de ne tuer et que l'on ne te tue. qui n'avoit les membres assez forts. Et l'autre. d'autant moins est-il Dieu. Tu prends tant seulement l'espée rabattue. et. L'un d'eux portoit un grain plus gros que tout son corps. avançant le pas. Luy desroboit des mains tout ce grain arraché. d'autant que nous sommes Meschants et desbauchez.

Sera bordée autour de verres et de pots. 91 Car tu merites bien que le Pape te donne Place au calendrier. qui sera esparse sur ton dos. vivant en ton impiété. Pour prier Cupidon que. Et pour nous advertir qu'il faut que ton tombeau Soit orné quelque jour. Une dent toute noire et à demy pourrie. Dont tu auras pouvoir de guerir le malade Qui te demandera secours pour la pelladé. au dessous à part. L'on pourra voir encor' ta chausse decouppée. le tout en souvenance vivant tu auras Que fait un Dieu de ta panse. Bref il sera tout tel que tu auras esté En ce monde. Ronsard estant levé. pour urne. La premiere monstra comment chez les putains. Et de flacons aussi. Escrit en lettres d'or Monseigneur Saint Ronsard. Ceux-là qui à ce Jour feront pelerinage En ton temple sacré. Où en beaux luisans sera cousu le nom points De ton laquais mignard ou de ton Corydon. Ta barbe sera claire. Par dessous on verra la blancheur allechante De ton beau surpelis en façon ondoyante. et. DISCOURS. que pour toy Le plus haut carillon. Une bouche retorse. et l'on sonne. . Un nez un peu tortu et un peu rabotté. L'image qui de toy portera la semblance Aura dessus le chef la mitre d'inconstance. Et passer à costé le bout de ton espée. en memoire qu'un jour Le vent te la souffla quand tu faisois l'amour. en la tapisserie. une levre flestrie. On ne peust voir ce jour les boutons de ver. L'on verra amplement le discours de ta vie. Sous elle apparoistra un grand front eshonté. Tout à l'entour du temple. alloit lever les mains. d'un tonneau. verront un grand image Au plus haut de l'autel. t' estant mis en pourpoint Pour defendre le Pape en qui tu ne crois point. La chappe. dessus sa chair molle.

1. comme il dit. apparoistra comment Le livre qu'il avoit escrit folastrement. Qui te rendra Je corps et gris. (2) Tu seras couronné d'un tortis de lierre. in-8°) paraît en effet avoir été brûlé par arrêt du Parlement. V. Vert comme un dont papegay. Fust condamné dés lors d'estre mis dans le feu. la vertu dans l'estude. ne se souvenant d'une si juste loy. et vert. de Laporte. car il est d'une excessive rareté. Là. Pourtant demeura-t-il en sa premiere foy. . Les pauvres verolez te viendront faire offrande. D'un gros bouc tout barbu tu feras sacrifice. Et. Dont. (') Apprenant. et rouge. Ainsi aprés disner Saint Ronsard s'esbattoit. je suis asseuré Qu'en mesme jour ainsy tu fus transfiguré. Là où il fut frotté de diverse peinture Et couvert par dessus de double couverture. 1553. tome VI. Ainsi pour le plaisir Saint Ronsard devisoit. et puis rouge ainsi comme L'on voit rougir l'habit d'un cardinal de Rome. dans ton verre. A celle fin d'avoir response à leur demande. et. on verra par escrit Comme Ronsard fut mis estendu dans un lict. rendant à Bacchus le deu de ton office. par deux fois. En l'autre piece aussi.92 DISCOURS. 2. sa vertu desolée N'apparust dans Paris où elle fust bruslée. depuis ce temps-là. Et en perdant le vent. Gris comme un cordelier. page 377. Il poursuivit depuis sa follastre entnprise. Dedans la troisiesme. Allusion à la pompe du bouc de Jodelle. pour n'estre point veu. Receut du parlement une sentence rude Comme estant avorté. Là tu seras tantost d'un oignement couvert. Où tu appelleras avec tes alliez Tous tes beaux Dieux bouquins et tes Dieux chevre-pieds. Car l'estude luy a ceste vertu apprise. Le Livret de Folastries (Paris. veufve M.

Mais pour t'estre joué ( ainsi comme elle dit) Avecques ton laquais dessus le bord d'un lict. L'autre piece suivra là. Qui tous deux l'ont trouvée au plus haut du grenier Traittant humainement ton valet cuisinier. gloire des demons. Ainsy qu'une Junon devient de toy jalouse. Pour plaisir avec elle une heure tu devise. Tu mettras en avant l'asseuré tesmoignage Du laquais ton mignon et d'Amadis ton page. Que tu seras à eux le reste de ta vie. où. Et que tu puisses voir en tes coffres tombé L'opulent. Contre elle qui. ou du metal plus beau. En la cinquiesme piece. Que si tu peux avoir tant de bien de Fortune. On te verra subit contre elle despiter. . estant desguisé en ces formes nouvelles. Qui autour Sainct Germain se voyent attachez Comme trois fourcherons au trident de Neptune). Comme aujourd'huy tu fais l'amour à ton hostesse. Avoir comme un ribaut abusé des plus belles. Et. escrivant au palais. ou d'un cygne. dans la quatriesme piece. Non point pour avoir pris la forme d'un taureau. On n'ora: que prescher la. en tous tes beaux sermons.. tu viendras d'adultere charger.. Pendant son mary. Et que doresna. 93 Les larmes te cherront par les yeux enfoncez.. ainsi qu'un Jupiter. pour te vanger. ou evesque. Tu feras aux demons une saincte promesse Dedans le pré aux Clercs (desirant trois clochers. Qu'un jour tu sois prieur. ou abbé. Fasché. En signe qu'aurasbeu pour tous les trespassez. encor qu'elle n'est ton espouse. Jupiter quelquefois usa de ce remede A l'heure qu'il en fit autant de Ganymede.vant. L'on pourra veoir encor.revenu d'une telle abbaye. Et comme en son giron doucement tu te pais. ou qu'il est à l'eglise. En quelque coing à part de ceste belle piece. DiscouRS. Tire un diable à la queue. D'un belier.

Ce sont tours que tu fais. voltigeant et sautant. Le capitaine aura la main sur ton collet. Car ainsy tu le passe'. peuple confit en messes et pardons. Tu feras du mauvais. A l'effroy d'un tel bruit. Là tu demanderas ton espée bastarde. Ainsi tu prens plaisir escrimant et luttant. et à la verite Tu ne loges chez toy trop de severité. Sans les actes qu'encor cy-aprés tu feras Avant que de mourir. où je feray deduire Le beau couronnement de ton dernier martyre. En la septiesme piece. De la vie d'un prestre un modele tres-ample. d'où fermé dans la biere. et lesquels tu auras Dedans une autre piece. Adressez là vos vœux. Au nom de Saint Ronsard et de sa sainte hostesse! . tant qu on voye venir. Sus donc. Les soldats diligens conduiront ce valet Jusque chez le barbier. Il sortira devant une sepmaine entiere.94 DISCOURS. tu te feras tenir. Farcy de bons chappons aussi bien que de cresme. on verra ton caresme. faites dire une messe. Allez tous en ce temple offrir vos riches dons. Ainsy pourra-t-on voir. Mais tu prendras en main une grand' hallebarde Dont il fust transpercé. toute la centinelle Pour appaiser le cours de ta folle cervelle. tout autour de ton Temple.

François de Lorraine. . mastin. Qui n'osois ny gronder. à fin de m'effroyer. et pour l'intelligence qu'ils avoient des bonnes lettres. (1567) Miserable mocqueur que la crainte suivoit. (') Miserable mocqueur qui n'avois point de voix. Sans parole. Lyon. (a) Et maintenant enflé par la mort d'un seul homme. pour ce que l'un d'eux est bien mort en la foy de la vraye Eglise. n'abboyer. ny mordre. (b) b. 95 RESPONSE DE PIERRE DE RONSARD AUX INJURES ET CALOMNIES DE JE NE SÇAY QUELS PREDI- CANTEREAUX ET MINISTREAUX DE GENÉVE SUR SON DISCOURS ET CONTINUATION DES MISERES DE CE TEMPS. quand ce grand Duc (2) vivoit. Hostesse de ton cœur. (1578) Quoy? tu jappes. sans poumons. Muet comme un poisson il n'y a pas deux mois. chez G. DISCOURS. et que les enfans de l'un et de l'autre vivent. a. quelque piece leur touche et leur appartient. Quand ce grand Duc vivoit. sans voix. Var. 2. 1. A Paris. Tu as assassiné d'une traistreuse main. (Garnier. L'autheur respond à certaines gens qui avoient semé contre divers poëmes et discours. in-4° de 26 6 feuillets. ce laurier de Lorraine. Buon. Duc de Guise. in-4° de 27 feuillets. 1564. et mesme de ceux luy qu'il avoit honorez franchement de son amitié pour la gen- tillesse de leur esprit. tué par Poltrot. Var.) Ces deux auteurs sont Flo- rent Chrestien et Jacques Grevin. pet. J'en tairay le nom. Il existe une édition de 1563. sans haleine. Qu'en violant le droict et divin et humain. Dans le tome du Recueil de Poësie de l'autheur.

bien qu'arrogant. Or je te laisse en paix. me venant assaillir. Qui ne tremble jamais pour un petit novice. et en ta conscience Pere tu me cognois d'une telle science. Le renom de l'autheur fut tel (et mesme comme j'ay entendu par ta bouche du grand Scevole de Saincte-Marthe. car je ne veux descendre En propos contre toy. 1578. Tu sens d'une furie une lente rigueur. 2. De son dos escorché fit un grand fleuve naistre. Si quelque bonté loge encores en ton cœur. les quatre vers suivants Ainsi contre les rocs les fleuves inconstans. Ainsi trop follement la puissance liquide De ce fleuve escorné combattit contre Alcide. qui lors de sa premiere jeunesse estudioit à Paris. Ainsi le chesne sec se prend contre la scie. L'édition de 1584 lès remplace par ceux-ci Ainsi contre luy-mesme Antée osa luitter. Pour te mettre en honneur tu te prens Ronsard. (') Ton cœur. de peur devoit faillir Au bruit de mon renom (2). Qui pour punition de se prendre à son maistre. Laborieux athlete et poudreux d'exercice. où les Muses tenoient le haut du pavé). Ici ont été ajoutés. Ainsi à mon bon sens se happe ta folie. Tes escrits sont tesmoins que tu m'as desrobé: Du fardeau du larcin ton dos est tout courbé. Ainsi contre Apollon Marsye osa fluter. Un vengeur aiguillon qui de toy ne s'absente. 96 DISCOURS. Tu mesdis de mon nom que la France renomme. 1. . et faisant du bragard. dans l'édition de. D'avoir osé blasmer la personne innocente Sçachant bien que tu ments et que je ne suis point Des vices entaché dont ta rage me ppingt. Ainsi contre le ciel se prindrent les Titans. que les passants le mons- troient au doigt par la rue avec admiration. Tu en rougis de honte. ny moins les armes prendre. Abboyant ma vertu.

Mais si ce grand guerrier et grand soldat de Beze Se presente au combat. il me verra sans peur. ardant et gaillard. 97 Tu es foible pour moy si je veux escrimer Du baston qui me fait par l'Europe estimer. Qui as rapetassé de mes vers ton ouvrage. D'un si fort ennemy je seray glorieux. s'enfuit parmy là scene. DISCOURS. comme en une prairie On void un grand taureau forcené de furie. par bois et par estangs. Je roidiray les bras soufflant à grosse halene. Et happant. [Qui a point veu trembler. Vif. par mes vers. Je luy seray le tan qui le fera moucher.] C'est luy seul que je veux aux champs escarmoucher. [J'ay de quoy me defendre et de quoy l'irriter Au combat. Et Dieu sçait qui des deux sera victorieux. Un Oreste estonné de l'horreur des Furies. Dur comme un fer tranchant qui s'affine au labeur. Et meint crin couleuvreux. et serrant. Qui devant meint flambeau. insensé. Ronsard. Vienne quand il voudra.] Mais certes contre toy j'ay perdu le courage. Je m'assaudrois moy-mesme. meint fouet et meint serpent. és vieilles tragedies. mon cœur sautera d'aize. VII. sans trembler sous l'audace D'un vanteur qui par autre au combat me menace. si sa plume il veut exerciter. Quand le tan importun luy tourmente les flancs. Du matin jusqu'au soir je l'iray combatant. Je suis maistre joueur de la Muse françoise. Et luy seray tousjours un fantosme à ses yeux. 7 . Que tous deux ne soyons enyvrez de nos playes. Je sçay que peut la langue et latine et gregeoise. suant et haletant. Qui court et par rochers. Furieux. et ton larcm a fait Que je suis demeuré contant et satisfait. Qui du meurtre commis ja desja se repent. furieux. Portant dessus le front le remord de sa peine? Tel je te le rendray. Sans deslier des mains ny cestes ny courayes. Hardi je planteray mes pas dessur l'arene.

et vray messire Pierre J'irois signant le ciel. le menton bien rase. Ouverte. Qui du vouloir de Dieu estoient les interpretes. Qui avoient d'Apollon l'ame toute eschaufée. mon frere en Christ. Je n'irois pas chanter sur la tombe des morts. 98 DISCOURS. Car d'estre injurieux ce n'est pas ma nature. Que je diray le vray sans fard ny sans injure. les ondes et la terre. Furent prestres sacrez. et ce grand Prince Orphée. tu dis que je suis prestre? J'atteste l'Eternel que je le voudrois estre. pontifes et prophetes. Toutefois brefvement il me plaist de respondre A quelqu'un de tes points faciles à confondre. Et avoir tout le chef et le dos empesché Dessous la pesanteur d'une bonne evesché. Or sus. Les Roys de ce pais que le desbord du Nil D'un limon fructueux rend pregnant et fertil. La chape à haut collet. grande. Et veux quant à ce point de toy estre vaincu. . Qui faisoient après eux sous l'accord de leur vos Bondir comme chevreaux les rochers et les bois. Je ferois tous les jours les sermons ordinaires. Estoient prestres mitrez. Lors j'auroys la couronne à bon droict sur la teste Qu'un rasoir poliroit le jour d'une grand' feste. Je voudrois l'estre ainsi. blanche et large jusqu'au front. Qui l'antique magie apporterent aux Grecs. Jadis ce grand Eumolpe. Et si tu as souci d'oüir la verité. et ceux qui l'Assyrie Tenoient obéissante à leur grand' seigneurie. Je jure du grand Dieu l'immense deité. ce seroient mes vicaires. Qui lisoient dans le cosur des bestes les presages. En forme d'un croissant qui tout se courbe en rond. Prenant comme tu dis un aspergés retors De sauge ou de cyprés. Je te laisse ce droit duquel tu as vescu. Les doigts escarbouclez. Qui des oiseaux devins pratiquoient les langages. j'aurois le pas posé. Qui des flambeaux du ciel cogneurent tes secrets.

ministre misérable. dont ils sont nommez pour ceste cause lycanthropes. hurler et frapper rude- ment aux portes closes. ils me sçauront poursuivre De couplet à couplet. Que nulle charité ta doctrine ne sent.) C'était La Roche-Chandieu. je tiendrois bonne table.. et le temple voûté Retentiroit dessous mon chant regnngoté. B. En lieu d'un cœur humain. Te fait souffrir la peine à ce voleur égale. revestus des corps morts enterrez par les cimetieres. Pauvre sot predicant. je le tairay neantmoins. Disciple de Satan tu blasmes l'innocent. Non vivant comme toy. Qui remonte et repousse aux enfers un rocher Dont tu as pris ton nom (' ). Les uns tiennent qu'ils sont esprits allants de nuict par les carrefours et les rues. et jettants des hurlemens effroyables. tu leur fais des-honneur D'estre dessur leur gloire ainsi entrepreneur. Pource que le nom du ministre avec lequel l'autheur agit. (P. Laisse respondre ceux que je touche en mon livre. 99 Je dirois la grand' grand' messe et le temple voûté messe. à qui l'ambition Dresse au cœur une roue et te fait Ixion. (G. Qui te rend lou-garou (2) ( car à ce que je voy 1.la nuict hors du lict. et vont tracasser. qu'injures et paroles. Ils ont l'esprit gaillard. Tu fais du bon valet. commençoit par le nom de Roche et bien que je ne m'en donne guere de peine. Mais à fin qu'on cognoisse au vray qu'en tes escoles Il n'y a que brocards. on verroit une roche. s'estimants estre changez en loups. Tu es bien malheureux d'injurier celuy Qui ne te fit jamais outrage ny ennuy. Te fait dedans les eaux un alteré Tantale. qui sortent. car qui voudroit chercher Dedans ton estomac. D'au- . faisants sonner des chaisnes de fer. Je serois reveré. pour ne donner scandale aux enfans qui viennent de luy. ou l'esprit fantastique De mes démons poursuit ton cerveau lunatique. qui d'un rocher approche. DISCOURS. Les autres disent qu'ils sont hommes troublez de jugement.) 2.

La panique fureur ta cervelle a saisie. Rabat est un mot de Touraine qui veut dire un esprit qui raude et va de nuict. qui mangent les hommes et les enfans. faites flamber du feu. de peur qu'il ne vous touche. » Voy-le-cy je le voy escumant et bavant. .la cloche A son dru et menu. comme veu) ils aiment fort à tronçonner et mascher de l'argent quand ils sont en leur garouage. hideux. Qui par les nuicts d'hyver à flames vagabondes En errant font noyer les passans dans les ondes. et (je l'ay plusieurs fois ouy de ceux qui disoient en avoir entendu. une espesse fumée Ondoye de sa gorge en flames allumée. Si tu veux confesser que lou-garou tu sois. à qui le diable affuble toutes les nuicts. et qu'ils en peuvent rencontrer. ou de garouage. 100 DISCOURS. reluisent comme ardans. Mais devant que parler il faut exorciser Ton démon qui te fait mes démons mespriser « Fuyez. Hoste melancholiq' des tombeaux et des croix. que j'ay dit la grand' messe. Pour te donner plaisir vray'ment je te confesse Que je suis prestre-raz. s'elle vient d'ail- leurs. Il se roule en arriere. Tu as veu les rabas (') encores mieux que moy). bourbeux. Je pen- serois que la diction de lou-garou viendroit des garots qu'il traine. et d'autres les estiment de vrays loups. à certaines heures prescrites. 1. murmurez peu à peu saincte oraison et mettez en la bouche Quelque Sept ou neuf grains de sel. Faites un cerne en rond. que personne n'approche! Sauvez-vous en l'eglise. allez sonner. la hure et les chaisnes. Affreux. ou saisir aux femmes ayants demi-ceints. ou du mot garre. peuples. ses yeux cavez dedans. fuyez. Il a le museau tors et le dos herissé. Ou bien en releschant ma brusque poësie. je n'y contredis pas. il se roule en avant. cuns les tiennent pour gens excommuniez par l'Eglise. Sans prunelle et sans blanc. II a le diable au corps. D'autres les croyent des sorciers déguisez en loups.

qui vomit Du gosier suffoqué une bave escumeuse. Puis poussif se faisant trainer à toute force. Il faut faire des croix en long sur son eschine. et principalement quand on leve et monstre le corps de Jesus-Christ en la saincte hostie. 101 Ainsi qu'un gros mastin des dogues pelissé. Et luy serrer le col. peuples. Avoit en mille nœuds toute la chaine entorce. attendez la beste. i Les demoniaques lors de leur possession vont de mesme. a. accompagner mes pas! Sus! sus! prestres. et comme il ne veut pas. Var. . Dont nasquit l'aconit. fuyez! non. » Fuyez. » Je tiens le monstre pris. (a) Qu'un boiteux mareschal évente quand il faut Frapper à tour de bras sur l'enclume un fer chaut. Apportez ceste estoile il faut prendre sa teste. Beant il s'accula dedans une poussiere. Et là veautrant son corps par l'espais des sablons. et s'eslevent quelquefois de terre ( ce que j'ay veu) tirant à soy quantité d'hommes. Mais si tost que du jour apperceut la lumiere. qu'il est vilain! il rend déja sa gorge Large comme un soufflet. herbe tres-venimeuse. estrangla le mastin. Hercule qui se mit En courroux. Quand de son estomach le diable s'enfuira. frappez dessur la beste prise! » Que par force on le traine aux degrez de l'eglise Ainsi le gros mastin des enfers fut trainé. Rebellant à l'estolle. voyez comme il chemine Sur les pieds de derriere ('). Ainsi ce lou-garou son venin vomira. tantost à reculons. il faut semer espais Sur luy de l'eau beniste avec un aspergés. Quand il sentit son col par Alcide enchainé. Tantost alloit avant. Voyez combien d'humeurs differentes luy sortent. Hà Dieu. (1584) Aussi large qu'on voit les soufflets d'une forge. DISCOURS. Tirant le col arriere. le poumon d'une forge.

comme un Astolphe. . Qui de son naturel les qualitez rapportent? La rouge que voilà le fit présomptueux. Or sus. Et en lieu de cerveau son chef est plein de vent. Ne tourmenter plus Dieu d'opinions. Mais de lire et de croire aux œuvres de Calvin. et parlons d'autre chose: Tu dis qu'une sourdesse a mon aureille close? Tu te moques de moy et me viens blasonner Pour un pauvre accident que Dieu me veut donner. visqueuse. 102 DISCOURS. de ce temps-là. espaisse et noire. Et ceste humeur noirastre et triste de nature Est celle qui pippoit les hommes d'imposture. le fer est bien avant. qu'il n'a point de cervelle Je m'en-vais luy sonder le nez d'une esprouvelle. 2. Je pense. l'hellebore sans plus Guarira son cerveau lunatique et perclus. Certes il n'en a point. en bref Luy souffle d'un cornet le sens dedans le chef. Il faut que par neuf jours seulement il s'abstienne (Non pas de manger chair. Le rendoit par sus tous superbe au consistoire. à voir son front. S'il veut que la santé pour jamais lui revienne. Helas j'en ay pitié. Si son mal doit guarir. Faites venir quelque homme expert en médecine. brocardeur et mordant. et lors Sa premiere santé luy r'entrera au corps. Et l'autre que voicy. si faut-il qu'on le traitte. ne de boire du vin). tout le cœur m'en fait mal. Je me fasche de voir ce meschant animal Vomir tant de venins. 1. Pour l'abreuver du just d'une forte racine. Abjurer son erreur fausse et pernicieuse. changeons propos. Quelque autre de pareille farine. Ceste verte le fit mutin tumultueux. Il faut que chez Thony (') il face une diette Ou bien que le Greffier (2). Ne trainer plus au corps une ame injurieuse. Boufon. La rousse que voilà le faisoit impudent. Fol d'alors. injurieux.

Dieu te punira. en preschant. Nouvel evangeliste. tromper de nature et imbecilles sommes. Tesmoin est du Bellay comme moy demy-sourd. Si faut-il prendre à gré ce qui vient de sa part. la couleur bazanée. Vray enfant de Satan. Quoy ? est-ce le profit En preschant l'Evangile où tu ne creuz jamais ? bien de l'Escriture sainte. plein d'outrage. de la porte. 10. On dit qu'au ciel là haut. bas sur tous les animaux. Et le bien chichement avecques la senestre. [maux. Appren icy de moy que Et comme tu te ris. nous pauvres Tu peux bien. au devant de differente sorte Il y a deux tonneaux l'autre est plein de tous L'un est plein de tous biens. au corps une ame bien tortue. DiSCOURS. les tygres d'Hyrcanie Ne couvent dans le coeur si grande felonnie. . Que tu portes et le fruit que tu fais. Des dont la gloire cognue poëtes premiers. Vrayment Descharné. deshalé. Quoy? moquer l'affligé Est-ce pas estre athee et plein d'impieté? Les lyons Africains. Dont l'honneur merité par tout le monde court. insensé. dy-moy en quel passage (s'il n'est bien enragé) Tu trouves qu'un chrestien Se doive comme toy moquer d'un affligé? Ta langue monstre bien aux brocards qu elle rue. à Paris l'autre quand tu estois année. [hommes. qui voit d'un Ton cœur et tes pensers. Homere. Que tu te moques et la feinte! Ayant le cœur meschant parole sans t'avoir irrité. avaient mauvaise veue. A desfie les ans. de toy il se rira. Tiresie. et cestuy-là Thamyre. Qui prix yeux Et ceux de nostre temps à qui la Muse insigne vont portant la sourdesse pour signe Aspire. Car sans nostre congé ses dons il nout depart. et sçait bien quels ils sont. Qui grossiers œil profond Mais non pas l'Eternel. Que Dieu respand çà la main II nous donne le mal avecques dextre. au de ses contre Helene parla.

grande et triomphante C'estoit Royne. Tu m'accuses. et qui pis est. Et Et palle palle tout tout ainsi ainsi au'un croissant enchanté qu'un croissant enchanté. de là par tout. d'avoir eu la ver. Te cognoissant gaillard. aujour- d'huy le frein s'est rompu. le bien pour le rechercher. pitié de Tant s'en faut avois toy que 1 envie entrast jamais chez moy. honneste. comme estans nayz d'un pays moins chaud. blanche et et ta personne polie. fils du Roy Louys XI. elle est comme on une aujourd'huy.disoit. les marys la donnent souvent à leurs lesquelles n'en peuvent femmes. tout. la bride est laschée. gaignerent bien tost ceste maladie par la hantise des femmes. qu'ils font aisé- et mangeant d'une racine Les Espagnols appellée gayac. 104 DISCOURS. mais. et s'est donné tel empire que d'une pauvre et mal en conche. Or à ce ce mal tu avois qu'on. tellement qu'elle est moins apprehendée chez les icy que Indiens. lesquels estans de moins de encores participans chaleur. cafard. . Et sans la misere injurier commune J'avois de ta pauvre compassion fortune. car il faut sçavoir tout. il a pris son origine aux Indes. pris Travaillant au mestier de la belle Cypris. voit. Toutefois ta taille contemplant longue Ta main et droite. et le mal pour l'eviter. à raison froids. ayant conquis ceste region. avoient dont ils plus de mal à recevoir guarison. pour servir de retenue aux desbor- dements de ceux la crainte qui preferoient au mal. neant- moins un divin effect. (') Pour sçavoir l'origine de ce mal. mais avec plus des climats plus d'inconvenient. gracieux. J'euz pitié de te voir en ce poinct tourmente. C'est vers les Indiens une legere ment dissiper cueillant gratelle. adroite. Et faire l'amour sagement en divers lieux (Tu sçais si je dy vray) je fis à Dieu prière De te faire de ta santé jouir premiere En te voyant ainsi. à leur retour ils en firent Italiens qu'ils present aux visiterent. et n'a pris chemin vers la France qu'au regne de Charles VIII. furent contraints d'en rechercher son par les guari- moyens de l'estuve. firent leur debvoir assez bien de la gaigner et de la conduire honorablement en ces et quartiers. et depuis nos à la François allans conqueste de Naples.

(a) Tu dis que je suis vieil? Encore n'ay-je atteint Trente et sept ans passez. 105 Un chaste predicant de fait et de parolle Ne devroit jamais dire un propos si vilain Mais que sort-il du sac? cela dont il est plein. Var. (P. et mon corps ne se plaint D'ans ny de maladie. B.(') Mes membres toutefois ne sont hors de saison. Nous l'avons recueillie dans l'édition de 1567 et donnée t. je te resoudray toute L'humeur qui entretient tes nodus et ta goutte. J'ay les yeux tous battus. de l'Evangile impudent avorton. Et tousjours le paillard parle de paillardise. Je m'allois marier. Je t'apprendray comment tu te pourras guarir Du mauvais reliquat lequel te fait mourir. c'est que l'ode citée par Garnier dans la note ci-dessus ne se trouve pas dans l'édition de 1623. a. J'entens encor assez pour ouïr ton dicton. (1578) Tousjours le volleur pense à la des pouille prise. (G. Pour les cheveux. Quand dedans un tombreau tout emplastré d'ordure. ains partout me diffame. 483. et en toutes les sortes Mes nerfs sont bien tendus et mes veines bien fortes. Voy-tu ma charité qui te vient à propos? Vrayment tu me fais tort! sans tes meschans propos. Le chef grison et chauve. p.) . Et courtois envers toy. et si n'ay que trente ans. il les avoit gris à trente ans. Tay-toy. mais ores nulle femme Ne me veut espouser. Muses qui deffiez (ce dittes-vous) le temps. II. DISCOURS.) Ce qu'il y a de curieux. Au moins fais-moy citer pour ouyr mes deffences Peut-estre je diray des mots que tu ne penses. t. la face toute pasle. comme luy-mesme dit en l'ode qui commence ainsi Pour avoir trop aimé vostre bande inegale. Et si j'ay le teint palle et le cheveu grison. Nostre place Maubert sera ta sepulture.

Et sans m'ensorceler d'une nouvelle erreur N'ay mis par mes sermons les peuples en fureur. 3. Ayant esté page des trois enfans du Roy François Ier. Pourquoy fais-tu courir si faussement de moy suis un athée infidele et sans Que je loy? Si tu es si ardent et si bruslé d'envie D'informer de mes mœurs. Ne conclus plus ainsi « Ronsard est bien appris. non par la conjecture. 2. As mis tout ce royaume aux estrangers en proye? 1. Par la seule raison. Telle injure redonde aux plus grands de 1 Europe. Et toutefois sans Dieu vivans ils ne sont pas. Je ne suis incognu tu pourras aisément Sçavoir quel j'ay vescu dés le commencement. Lors tu pourras juger sans plus me faire injure. . il changea la Court à la maison du sçavant Dorat. Et n'est pas Huguenot. (3) Là tu pourras sçavoir de moy la verité. en l'humble obéissance Des Roys. Lequel est plus athée ou de moy ou de toy? De moy qui ay vescu tousjours tranquille et coy En la loy du pays. des magistrats qui ont sur nous puissance. precep- teur de Jean Antoine de Baïf. de ma vie. il est doncques athée » Telle conclusion est faussement jettée Car tous les bons esprits n'ensuivent point tes pas. Or cela n'est que jeu dont je ne fay que rire. [Princes. Et voudrois que ce fust le plus de ton mesdire. J'ay long temps escolier à Paris habité. Il entend des royaumes estrangers. 106 DISCOURS. il a veu nos escris. Dont à peine de mille un s'enroule en ta trope. Il a veu l'Evangile. Quand après la mort de son pere Louys de Ronsard. par le comman- dement des Roys. j'ay suivi les grands J'ay practiqué les mœurs des estranges provinces. de mon faict. à fin de vaquer à la poësie. où sa demeure fut de sept ans. (2) J'ay suivi les grands Roys ('). Ou toy qui en ouvrant le grand cheval de Troye.

Et c'en-dessus-dessous la France renversée? Ainsi qu'on voit la mer. Ja preste à s'abysmer et sans l'astre jumeau De la Royne et du Prince. Comme une douce pluye en sa vertu remet La fleur espanouie à qui ja le sommet Pendoit flestry du chaud quand l'herbe fanissante Sent du soleil d'esté la chaleur plus puissante. l'Evangile à ton sens? Qui as comme un brigand la justice oppressée. helas de tout malheur comblée Par tes opinions erroit toute troublée. Car en voyant du ciel l'ordre qui point ne faut. Comme un pilote en mer gouverne son navire Et que ce grand palais si largement voûté. a. ny serpent. Mon regard contre-bas brutalement ne pend. Mais la paix que la Royne heureusement a faicte. 107 As faict que le voisin a tué son voisin. Qui es melancholique et plein de frenaisie. Qui fais de l'habile et qui aux innocens homme. Ainsi la France. Interpretes. le cousin son cousin? Qui rends Dieu partial selon ta fantaisie. malin. et s'eslevant aux cieux. DISCOURS. . (1584) Pendoit flestry du chaud. quand le soleil ameine Les fiévres et la soif à nostre race humaine. Tous deux à contre-fil horriblant leur halene Du fond jusques au haut bouleversent l'arene. Toute la mer se trouble. Var. Le pere son enfant. (a) Je ne suis ny rocher. De son divin ouvrier ensuit la volonté. quand l'autan d'un costé Luitte contre aquilon au gosier indonté. L'a remise en vigueur et sa force a refaite. ny tigre. Qui tout sage et tout bon gouverne cet empire. J'ay le chef eslevé pour voir et pour cognoistre De ce grand univers le Seigneur et le maistre. Des matelots desrobe et l'espoir et les yeux. elle fust au tombeau. J'ay le cœur asseuré qu'un moteur est là-haut.

Tout remply de vertu. Rendit l'oreille aux sourds. sortoient. Se commençant par elle et finissant en soy. Le fit mourir en croix suivant la prophetie. ny armées. Dont la divinité ires-royale et supresme N'a besoin d'autre bien sinon de son bien mesme. Le peuple qui avoit la cervelle endurcie. qu'il En ce monde envoya son cher unique enfant. de bonté. Et de son corps divin mortellement vestu Les miracles tesmoins de sa vertu. D'immense majesté. de puissance. Fit germer l'Evangile es terres Idumées. Bref. aux aveugles les yeux. Et desirant fust du peché triomphant. Publiquement au peuple en ce monde prescha. Et sans conduire aux champs ny soldats. mat-vestu. qui sçait tout. vivant tres-pauvrement (Bien que tout fust à luy de l'un à l'autre pole). Aux morts il fit revoir la clarté de nos cieux. Mal-logé. il marcha sur les ondes. Il fut accompagné de douze seulement. ce Prince eternel. Ayant compassion des miseres de l'homme. . il chercha.108 DISCOURS. Et sans peché porta de nos pechez la peine. Eternel comme luy et de la mesme essence. plein d'eternelle essence. Puis porté dans le ciel à la dextre monta De son pere là-haut. non le sien. Qui des peuples le pere et le pasteur se nomme. il puis ressuscita. que ce monde il ne consomme en cendre. Il fut tres-admirable en œuvre et en parole. Ayant du pere sien la gloire et la puissance. IJ fut mis au tombeau. Il arresta les vents. qui voit tout. Il saoula de cinq pains les troupes vagabondes. ce Seigneur et ce Roy. Or ce Dieu tout-puissant. sans milieu ne sans bout. Sans nul commencement. De son pere l'honneur. (Au ventre virginal conceu du Sainct Esprit) Vestit sa déité d'une nature humaine. et n'en doit point descendre Visible. Or ce fils bien-aimé qu'on nomme Jesus-Christ.

Quand Dieu ne pardonnoit qu'aux hommes qui estoient Entrez au fond d'icelle. ne la delaisseroit. Aussi l'homme ne peut en terre estre sauvé. Le reste fut la proye et le jouet de l'onde. Ceste Eglise nous est. de juger. de damner et d'absoudre. Sans lesquelles long temps en toute region Ne se pourroit nulle religion. Choisit quatre tesmoins. 109 Quand vainqueur de la mort dans le ciel il passa. s'apparut Puis sainct Paul. Pleine d'un Sainct-Esprit. Si tost qu'elle eut rangé les villes et les Rois. Pour gouverner les siens une Eglise laissa. Ceste Eglise premiere en Jesus-Christ fondée. et les faire croire pour Aux peuples baptisez. S'il n'est dedans le sein de l'Eglise trouvé. Promettant que tousjours avec elle seroit. Pour maintenir le peuple elle ordonna des lois. A qui donna pouvoir de lier et dissoudre. sainct Marc et sainct Matthieu. Or ceste Eglise fut dés long temps figurée Par l'arche qui flottoit dessur l'onde azurée. et dans elle habitoient. par la tradition. La fit ardantement en Grece recevoir. en Judée. Et que par ignorance ils n'ont jamais failly. comme son espoux. D'accuser. Elle. DISCOURS. Car leur siecle n'estoit d'ignorance assailly. et de là fut portée Bien loin aux quatre parts de la terre habitée. Et sainct Jean et sainct Luc. Puis elle vint à Rome. Plus que ceux d'aujourd'huy avoient le cerveau sage. approuva leur histoire. De pere en fils laissée en toute nation Pour bonne et legitime. . le vaisseau de grace et de sçavoir. Et. Que le ciel desborda pour se venger du monde. fit des ceremonies. et venant des Apostres Seule la confessons sans en recevoir d'autres. garder Certes il faut penser que ceux du premier age. Et à fin de coller les provinces unies Comme un cyment bien fort. pleine de grace et de l'esprit de Dieu.

que j'abhorre et mesprise. avoit gaigné et le prix de la tragedie. (car c'estoit paravant que Garnier . Tu dis. natif de Paris. A mille et mille abus en l'Eglise introduit. Tant s'en faut que je vueille aux abus demeurer. Enfantez et couvez sous la targe d'ignorance Des prelats ocieux qui en avoient la charge. La faute est à mon pere. les jetter. Assez ont ouy parler du voyage d'Hercueil. et non la decrier. Si comme un citoyen n'habite dedans elle. Donc si je suis athée en suivant ceste loy. et comme une infinité de jeunesse (addonnée à faire la cour aux Ils firent là Muses) se mit en desbauche honneste. Et si n'ay pas l'esprit si gros ne si troublé. Que j'ay fait d'un grand bouc à Bacchus sacrifice? (') 1. Ou s'il cherche autre part autre maison nouvelle. Je ne me veux de l'Eglise. mais fermement la suivre. fin de contribuer à l'esjouissance qu'ils avoient de ce l'honneur qu'Estienne Jodelle. Que je ne sente bien que l'Eglise premiere Par le temps a perdu beaucoup de sa lumiere. pourtant séparer ne Plustost par mille efforts Ny feray jamais Je voudrois endurer l'horreur de mille morts! Comme un bon laboureur. qui par sa diligence les chardons de la bonne semence. Des abus que je hay. et le blasme est à moy. Je sçay que nos pasteurs ont souhaité la peau Plus qu'ils n'ont la santé de leur pauvre troupeau. Je sçay que des abbez la cuisine trop riche A laissé du Seigneur tomber la vigne en friche Je voy bien que l'yvraye estouffe le bon blé. Il est vray que le temps qui tout change et destruit. et à par ordre. Que je me veux du tout des abus séparer.110 DISCOURS. Separe Il faut comme en un van de l'Eglise trier Les abus. Et non s en separer. en vomissant dessur moy ta malice. banquet où l'eslite des beaux esprits d'alors estoit. Et dedans son giron tousjours mourir et vivre.

Lisez les Epigrammes latins de Beze aux Muses. Pour avoir en haussant le bas stile françois. Puis il fut rejetté pour chose mesprisée. Contenté doctement les oreilles des Rois. les Dithyrambes du mesme. Luy fit present d'un bouc. D'un chapelet de fleurs la teste il avoit ceinte. Le bouquet sur l'oreille. en tous lieux accompaigne. [ De Beze qui reluit entre vous tous ainsi Qu'un Orion armé par le ciel obscurci. Jodelle ayant gaigné par une voix hardie L'honneur que l'homme grec donne à la tragedie. de coquelicos. DISCOURS. où pour mieux follastrer ils enjoli- verent de barbeaux. Ja la nappe estoit mise et la table garnie Se bordoit d'une saincte et docte compagnie. tels que la piece intitulée aux œuvres de l'autheur le Voyage d'Hercueil. maints beaux vers. Venez et repoussez par vos belles chansons L'injure faite à vous et à vos nourrissons. et bien fier se sentoit Dequoy telle jeunesse ainsy le presentoit. un bouc rencontré dans le village par hazard. Muses qui habitez de Parnasse la crope. au desceu des autres. Filles de Jupiter qui allez neuf en trope. des tragiques le prix. riant à gorge ouverte. lequel les uns. Il venoit à grands pas. ayant la barbe peinte. pages 358 et 377.) 1. ils firent mille gentillesses. puis on le chassa. Après qu'il eut servy d'une longue risée. A bien fait sacrifice aux Muses d'une taigne. (V. La Brigade qui lors au ciel levoit la teste (Quand le temps permettoit une licence honneste ) Honorant son esprit gaillard et bien appris. menerent de force par la corne. ce dites-vous. de coquelourdes. . (1) eust escrit) et merité de leur main le bouc d'argent.. Que Dieu. Quand deux ou trois ensemble en riant ont poussé Le pere du troupeau à long poil herissé. III Tu mens impudemment cinquante gens de bien estoient au diront Qui banquet qu'il n'en est rien. et le pre- senterent dans la salle. tome VI.

Après je sors du lict. en jeux. Qui s'est dés mon enfance aux Muses enclinée. Permettez que j'en fasse une autre de ma main Sus bouffons et plaisans que la lune gouverne. M'eveillant au matin. De telle fausse bourde impudent inventeur. Ces dix-huit vers sont remplacés par les deux suivants dans l'édition de 1584 Et non sacrifié comme tu dis. et en mille façons Couronnez-luy le front de foin et de chardons Troussez-vous jusqu'au coude. Qu'il me vueille garder en ma premiere foy. qui grossier ne sceut pas Estimer de Phœbus les chansons et la lyre. Allez chercher un asne aux montaignes d'Auverne. S'il a fait telle erreur. devant que faire rien. si tu m'avois suivy Deux mois. Et de ce predicant attachez à la teste Les oreilles ainsy que les avoit Midas. le pere de tout bien. Le priant humblement de me donner sa grace. Qu'il chasse toute secte et toute erreur de moy. Ce lourdaud Phrygien. Or je veux que ma vie en escrit apparoisse. en vices excessive? Tu mens meschantement. J'invoque l'Eternel. Afin que pour menteur un chacun te cognoisse. escorchez-moy la beste.] (') Tu te plains d'autre part que ma vie est lascive. . Tres-humble observateur des loix et de mon Prince. Composant et lisant. Quand il blasma le bon et honora le pire. Et que le jour naissant sans l'offenser se passe. je suis content assez De cognoistre ses vers des miens repetassez. luy qui n'a rien d'humain. En delices. et quand je suis vestu Je me range à l'estude et apprens la vertu. Sans entreprendre rien qui blesse ma province. suivant ma destinée. D'oreilles bien garny. menteur.112 DISCOURS. tu sçaurois bien en quel estat je vy. Mais non laissez-le là. Quatre ou cinq heures seul je m'arreste enfermé 1.

la danse et les masques aussi. au reste je m'esbas. Encourtinant le ciel et la terre de voiles Sans soucy je me couche. J'aime fort les jardins qui sentent le sauvage. ou je saute. parmy Tantost en un et tantost en un village. pourmener. Car si l'apres-disnée est plaisante et sereine. Jeu de cartes où l'on oste les huicts. Mais quand le ciel est triste et tout noir d'espesseur. VII. et permis est de faire vade. DISCOURS. Je dy le mot pour rire. J'ay cherché le moyen de me faire revivre. et à la verité Je ne loge chez moy trop de severité. 2. Ces vers sont supprimés dans l'édition de 1578. ou j'escnme. Tout pur d'ambition et des soucis cuisans. et le sept plus. le flus est de quatre semblables. à faire l'amour. levant les yeux Et la bouche et le cœur vers la voûte des cieux. 1. Et qu'il ne fait aux champs ny plaisant ny bien seur. A mettre par escrit mes amoureuses flammes. (') Je voltige. les neufs et les dix. et prime de quatre differentes. 113 Puis sentant mon mon esprit esprit de de trop lire lire assommé trop assommé.] (2) Puis quand la nuict brunette a rangé les estoilles. J'aime le flot de l'eau qui gazouille au rivage. Je me suis par les fleurs bien souvent endormy A l'ombrage d'un saule. Je rends races à Dieu. ennemis du soucy. J'abandonne le livre et m'en vais à l'eglise. 8 . où les testes valent moins. Qui font (comme ravis) les prophetes en France. et là. pour plaisir De là je viens disner. ou je lutte. tant que l'on aye ce que l'on desire. lisant dans un livre. je joue prime. Ronsard. Je m'en-vais tantost la plaine. Au retour une heure je devise. faisant sobre repas. Je cherche ou à la compagnie. La musique et le luth. Miserables bourreaux d'un tas de mesdisans. bois Et tantost par les lieux solitaires et cois. devisant sur l'herbe avec un mien amy. Pippans les grands seigneurs d'une belle apparence. J'ayme J'ayme à parler aux femmes. Là. J'ayme le bat. ou.

2. car j'ay mauvaise vois. Dont sa ronde maison est partout arrosée. Je fais mon oraison. qui traine en meinte sorte Par un trac limoneux le beau palais qu'il porte. d'une chappe le dos. calices et autels. s'estoit voulu ranger à la profession de l'Eglise. Au reste je ne suis ny mutin ny meschant. 1. Mais quand je suis aux lieux où il faut faire voir D'un cœur devotieux l'office et le devoir. Mais c'est bien rarement. des bons Saints immortels Chasses et corporaux. D'une haumusse le bras. J'ay mon breviere au poing. et qu'il estoit archidiacre du Mans. comme le chef lavé D'un limaçon d'avril. . Et sans toy. Je n'en suis envieux. Il est à presumer icy que l'autheur allant au declinant de jeunesse. D'un surpelis ondé les espaules je m'arme. Et dessur l'herbe tendre errant de çà de là. En 1584 ces dix vers sont remplacés par les deux suivants Riblant comme larrons. encore je l'aurois qui viennent Couverte de presens des Indois Mais ta main de et tes griffes trop haves harpie Nous gardent bien d avoir les espaules si braves. Un guerrier de jardins qui se paist de rosée. et soit à la bonne heure. Qui fay croire ma loy par le glaive trenchant. et quittant l'espée. je chante quelquesfois.] (2) Je ne perds un moment des prieres divines. priant la bonté haute De vouloir pardonner doucement à ma faute. [Par le trou de la chappe eslevé apparoist Mon col brave et gaillard. (') Lors je suis de l'Eglise une colonne ferme. Dés la poincte du jour je m'en vais à matines.114 DISCOURS. la mienne est honorée De grandes boucles d'or et de frange dorée. Et non comme tu dis faite de croix et d'os C'est pour un capelan. Ainsi paroist mon chef et me sens bienheureux De faire cet estat si saint et genereux. Voilà comme je vy si ta vie est meilleure. sacrilege. Dresse parmy les fleurs les deux cornes qu'il a.

Le laboureur sans crainte eust labouré ses champs. n'eussent beu nostre vin. Les chasteaux renversez. (2) Or c'est là. achetant nostre terre. L'Evesque du Mans Cardinal de Rembouillet. Dessous un Roy mineur. et le fruict l'evangile Que ta nouvelle secte en la France a produict. à sexte. predicant. Je suis à prime. et à nonne. avant que Jeanne la Pucelle eut rabatu leurs clouds et fait pancher leur queue. de la maison d'Angenes. et avecques l'encent (Qui par l'eglise espars comme parfum se sent) J'honore mon Prelat des autres l'outrepasse. de les remettre dans les provinces que jadis ils avoient souverainement tenues dans la France. DISCOURS. Et prions Dieu pour vous qui estes heretiques. depuis le matin jusqu'au retour du soir. 1. et à tierce. Le peuple ne fust pas (comme il est) en souci. les eglises pillées. . Rompant toute amitié. Comme freslons armez. Et comme un beau soleil. par toute la contrée De France. et desnouant la corde Qui fortement serroit les peuples en concorde. J'oy dire la grand' messe. (1) Après le tour finy. qui se rapporte au nom d'Agenor. Et n'eussent fait rouler avec tant de charrois. Qui a pris d'Agenor son surnom et sa race. reluiroit le vieil siecle d'Astrée. Je me plains de bien peu. je viens pour me r'assoir. prince du temps de la guerre Troyenne. Si tous les predicans eussent vescu ainsi. Les reistres en laissant le rivage du Rhin. Bref. à fin d'avoir leur secours. le thresor des François Ny les blonds nourrissons de la froide Angleterre N'eussent passé la mer. Nous chantons au Seigneur louanges et cantiques. Les marchez desertez seroient pleins de marchans. Les villes de leurs biens ne seroient despouillées. Pour ce que des grands leur promettoient. ils n'eussent brigandée La Gaule qui s'estoit en deux parts desbandée. 2. 115 Le devoir du service en rien je n'abandonne.

juge certain. l'envie. Tu penses dire vray. Et lequel est trompé? Certes tu as le pire. Dont l'immortelle faim. Et pource du commun la vaine mesdisance Ne nous peut offenser. Comment un calviniste Cognoist Pourroit-il bien juger des actes d'un papiste. quand le remors caché Dedans nostre estomac juge nostre peché. Et qui fait ce discord? nostre diverse foy. Devorast-il cent fois cent cœurs à Promethée. comme l'aigle vainqueur. je pense aussi le dire. se logent De ton cœur ulceré. la cruauté. . et publique union. Ainsi Je Juif accuse un Turc Mahumetain. Je retourne sur toy le mesme faict du crime Tu penses que c'est moy. les cœurs de tous. Et le Turc le Chrestien. l'ambition. Nous ne sommes meschans pour autant que les hommes Partiaux comme toy. paissent Et boivent de ton sang. Var. Se paist incessamment du cœur de Promethée. Moy en la catholique de prés informer de ta vie. je pense que c'est toy. (1587) à l'entour L'orgueil. (a) a. la cruauté se de ton cœur L'orgueil. Car tu crois seulement en ton opinion. et meschant je t'estime. ne sçaurait bien juger. tu sembles ce vautour De qui jamais la faim du gosier n'est ostée. et comme auparavant Nous regardons le ciel et respirons le vent. par nulle chair dontée. Hà qui voudroit On verroit que l'honneur. c'est nostre conscience. Tu dis qu'on trouve assez à deviser de moy? Touche là. predicant! aussi fait-on de toy.116 DISCOURS. disent que nous le sommes Mais bien nous sommes tels. mais Dieu. Mais tel devis ne peut ny profiter ny nuire Le soleil pour cela ne laisse pas de luire Sur ta teste et la mienne. Le juge partial Tu m'estimes meschant. Quand ils sont ennemis? Frere. pour abbreger.

Je sers à qui je veux. Changé de sang. de foye et de poumons. de place et de demeure. je n'ay rien que la chair. Si bien que si j'avois ces habits grands et Ions. DISCOURS. Voudrois-tu point user vers moy de charité? Non je ne suis point tant contre toy despité. et ma peau maltraittée Retire à la couleur d'une ame acherontée. un bonnet quelquefois de taftas. Tu dis que je m'engraisse à l'ombre d'un clocher? Predicant mon amy. (') Et dessous. Tu dis que j'ay du bien? c'est doncques en l'esprit. Que pour changer de loy. Ces reistres importuns (a) qui tombent aux talons. pour changer d'habits et de sermons. Mais ceux à qui je doy sçavent bien le contraire. Ou comme le pescheur qui songe en Theocrit. Et tu monstres assez par ton orde escriture. 1. . de cœur. Que je ne prenne bien de l'argent de ton presche. Var. Pour descharger ton sac si la somme t'empesche. Quelquefois de velours. rond et plat et rebrassé. On diroit que je suis ministre de village Pourveu que je portasse une toque à rebras. Ny ne feras jamais. Bien qu'il change de poil. Ainsi le vieil renard tousjours renard demeure. J'ay le front renfrongné. Tu dis que j'ay gagé ma Muse pour flatter? Nu] prince ny seigneur ne se sçauroit vanter (Dont je suis bien marry) de m'avoir donné gage. n'as changé de nature. a. pour un signal sinistre Que d'un bon surveillant on m'auroit fait ministre. Bonnet dit à la coquarde. bien que d'un habit saint Tu caches ta pensee et ton courage feint. Ces manteaux allongez. j'ay libre le courage. 117 Hà! tu n'as. Ou par opinion riche tu me veux faire. Et qu'on me vist au soir si pasle de visage.

3. Respondez. les predicans s'assembler? Voyant contre elle Je la vy disputer. Ainsi qu'un vigneron par les champs incogneu. cafard. et ne la vy trembler. 4. Ferme comme un rocher qui jamais pour orage Soit de gresle ou de vent ne bouge du rivage. je blasme sa doctrine. Qu'estre d'un gentil-homme un pippeur devenu. En son voyage des guerres de Piemont. lors en bas aage. Estant page du Roy. Estudiant chez Jean Dorat. Tu dis que j'ay blasmé ceste teste Calvine? Je ne la blasme pas. ainsi sans s'esbranler Je vy constantement ceste troupe parler. devant le Roy Charles IX. j'ay l'esprit haut et brave. Eussiez-vous de Genéve osé venir en France Sans avoir sauf-conduit escrit à vostre gré? Vous doncques aviez peur. 1. Et s'ils sont grands seigneurs. predicans si enflez d'espérance. Des autres je ne suis ny valet ny esclave. non ce troupeau sacré. predicant. Ou avoir du labeur les deux mains empoulées. (') Maintenant courtisan (2). mais je n'euz oncq' envie De me faire ministre. où Theo- dore de Beze presidoit. Asseuré de son poids. Tu dis que des Prelats la troupe docte et saincte Au colloque à Poissy (') trembla toute de crainte. ou comme toy. et maintenant guerrier. et les Princes ont bien Pouvoir de commander à mon luth Cynthien. aprés avoir abandonné la cour. son frere et mere. Vendre au peuple ignorant mes songes et mon fard. . L'autheur parle icy du colloque fait l'an 1561. J'aimerois mieux ramer sur les ondes salées. Tu dis que j'ay vescu maintenant escolier. Le Roy. 2.118 DISCOURS. entre les Cardinaux et Prelats catholiques et les Ministres du Calvinisme. le 24 d'aoust. en la grande salle du refectoire à Poissy. (3) Et que plusieurs mestiers ont esbatu ma vie? Tu dis vray.

un docteur. Tu le penses un un apostre. au du Beze en la maison des gré de la misere temps. . Et ne vy seulement que son grand front chenu. ange. la lumiere et l'honneur des fidelles. Qui promettoient Il donnoit paradis au peuple d'alentour. Et sa barbe fourchue. me voulant défascher. Quant à moy je un menteur. Regarde Et les grands flots bossus escumans et mouvans. Voyant Tu dis qu'il me sied mal parler de la vertu? Meschant pourquoy me blasmes-tu. Faux-bourg de Paris en l'Université. M'estimant ou fumee ou poussiere menue. Passant par Saint Marceau ('). Et si pensoit que Dieu luy en deust de retour. Car rien en mon cerveau n'entra de sa doctrine. Par toute nation On cognoist son orgueil et son ambition. Et là me servit bien la sourdesse benigne. prés Sainct Medard. Il n'aura rien de moy. Je m'eschappay du presche. ou les fresles morceaux Du bateau tournoyer sur l'eschine des eaux. L'appellant Si tu l'estimes tant. Ou de voir le butin. Je m'en retournay franc comme j'estois venu. dans lequel. j'allois ouïr de Beze? Un jour estant pensif. Et non pour m'amender. Non pas qu'il soit de voir la vague perse joyeux Porter ses compagnons noyez à la renverse. 119 le pense un trompeur. Tu dis que pour jaser et gosser à mon aize. DISCOURS. porte-luy des chandelles. preschoit Quatre-Evangelistes. Sa bouche va soufflant? rondement. le vent rase-terre emporte dans la nue? Que enflant [Ou ces bullettes d'eau que le pasteur. je l'allay voir prescher. et ses mains renversées. Mais dedans son courage une joye il sent naistre. le ciel aux troupes amassées. ainsi que du naufrage S'eschappe le marchand qui du bord du rivage seurement la tempeste et les vents. pharisien. du bord prochain le danger sans y estre. pour plaisir 1.

Ou le jonc d'un estang qui peu ferme se ploye. du tonnerre. Predicant mon amy. apprens à l'abaisser Donte-moy ce gros cœur lequel te fait hausser Le front escervelé si superbe et si rogue. elle marche sur terre Viste comme un esclair. Et serviteur du vent de tous costez ondoye?] N'enfle plus ton courage. Et de l'humble accorda la pecheur priere. qui hait une ame ambitieuse et fiere. Des tiens premierement arrache le rocher. C'est un don general qu'à chacun le ciel offre Et seulement Calvin ne l'a pas en son coffre. Et où le publicain vers la bonté divine Se confessoit pecheur et battoit sa poitrine. La vertu ne se peut à Genève enfermer: Elle a le dos ailé. Si toute l'ambrosie. Nous donne quelquefois du pain bis à gouter. regarde Et si ta conscience est point digne de blame. nous qui daigne escouter. Elle s'en-vole au ciel. Dieu n'a pas destourné Ses yeux si loin de nous qu'il ne nous ait donné Quelque peu de raison. s'en alla reprouvé De Dieu. Tout le nectar du ciel t'abreuve et rassasie Encore le bon Dieu. Si ta nouvelle secte en paradis t'emporte. par de Dieu Encore au fond d'un coin trouverons quelque fieu Car c'est bien la raison la que premiere place Soit comme aux enfans de aux Calviniens. Tu sçais lequel des deux sortit justifié Du temple où ce vanteur s'estoit glorifié. elle passe la mer. Comme si tu estois des vertus pedagogue. Devant que le festu de mes yeux arracher. Ce superbe braveur au sourcil élevé. A toy seul de parler proprement n'appartient Comme il faut converser au monde sainctement. messager . Et devant que si ton ame blasmer. Qui mesprisoit chacun. 120 DISCOURS. Et nous pauvres la bonté bannis. grace. Pour le moins nostre vieille en pourra voir la porte.

qui plein de vanité. De ce grand univers hostesse vagabonde. Comme un mignon de Dieu. Ainsi de peuple en peuple elle court par le monde. Et d'y voir de Calvin l'evangile annoncée. Tu dis que si nos Rois revenoient du tombeau. Tantost elle chemine au peuple d'Occident. Ils se diroient heureux de voir le grand flambeau De ta secte allumé par la France oppressée. creve-toy qui maintenant jouys De nos Rois. Qui a le col orné de l'Indique butin. et tu fais le contraire. veux. D'embrasser la vertu. les hommes attraire Sous ombre des vertus. DISCOURS. Lasche dessur l'oreille à ses chevaux les brides. Que Tantost elle va voir le peuple du matin. 121 Ou comme un tourbillon. haletant et pendant. Non gueres loin de l'antre en horreur effroyable. rends ce Prince! hà qu'il seroit marry De voir si laschement l'eglise de Clery. Tantost elle se loge où le peuple bruslé Ne void loin de son chef le soleil reculé. Bref les peuples du monde ont un don general De sçavoir discerner le bien d'avec le mal. De sçavoir gouverner des grandes republiques. le froid Aquilon a choisi pour estable. Dessous le pied duquel craque la chaude arene. Tel qu'il estoit. qui soudain s'eslevant Erre de fleuve en fleuve et annonce le vent. Hà terre. De parler sagement des choses politiques. Et son char baille en garde aux cinquante Phorcydes. Et qui sent le premier desboucler la barriere Aux chevaux du soleil qui vont prendre carriere. . et nous rends cet onziesme Louys. d'aimer la verité Et non seulement toy. Où le soleil recreu. Où Phebus se veid pris des beaux yeux de Cyrene Tantost elle s'en-vole où les champs tapissez De neige ont les cheveux de glaçons herissez. Creve-toy. alors qu'au bout de sa barrette Portoit dedans un plomb nostre Dame pourtraitte.

de-çà de-là. inhabité. Et le vanneur secoux my-nud. var. et d'une plume espaisse a. aussy. Sans clef. sans porte. et sa puissance armée. boutonné agrafé. De France chasseroit ta peste envenimée! Si qu'en lieu qu'on te void de pompe environné Marcher bragardement. Et de quoy ma fureur sans ordre se suivant Esparpille ses vers comme fueilles au vent. dequoy ma poësie Ne suit l'art miserable. Les pignons embrasez et tout le mur ouvert. Bien que pour ton bourreau. Estre pleine de fient et de littiere espesse Hà qu'il seroit marry. quand l'aire bien féconde Sent battre de Cerés la chevelure blonde. (a) Tu te mocques. vestiroit le harnois Contre toy. ayant beaucoup Le blé. Et la place où Cerés gardoit sa gerbe en presse. Bien que cent fois le jour ta coulpe et tes remords Te servent de bourreaux et te donnent cent morts. destruitte et saccagée. où logeoient les enseignes guerrières. [Ou comme au mois d'esté. 122 DISCOURS. et sans faiste couvert. Ayant souffert l'horreur d'une main enragée. ains va par fantaisie. d'entendre que ses os. brise-tombe. Sa devote maison. Le tourne et le revire. nostre commun repos. Sans lampes. ou de l'or d'un calice. sans autels. Abandonnez au vent ainsi qu'une poussiere Il se feroit amy du duc de Charolois. Tu fuirois vagabond le sainct œil de justice. de sur les deux genoux. Désert. . Arrachez du tombeau. comme un lieu désolé. sans gond. que la foudre a brulé Ou comme on void au camp sur le bord des frontieres Une grange. ta coulpe et ton remord Accusent ta malice et te jugent à mort. De l'argent d'une chasse. Eussent veu derechef par tes mains la lumiere. Et pour vanger ses os.

Sans ordre çà et là se perdent en ta nue. Des Muses avortons. Ainsi le bon esprit que la Muse espoinçonne. Tu dirois que ma Muse est pleine d'artifice. DiSCOURS. comme poudre menue. Les chansons des Gregeois à sa Romaine lyre. que ma Muse sans bride la guide. Et font sur le vanneur meint tour et meint retour L'aire est blanche de poudre et les granges d'autour. As-tu point veu voler en la prime saison L'avette qui de fleurs enrichit sa maison? Tantost le beau Narcisse. Lors les bourriers volans. ny tous ces imposteurs. errant de tous costez. En l'art de poësie. un art il ne faut pas Tel qu'ont les predicans. . Portant un doux fardeau de melisse ou de thin. 123 Separe les bourriers du sein de la Déesse Puis du dos et des bras efforcés par ahan Fait sauter le froment bien haut de sur le van. d'autant qu'il se promeine D'une libre contrainte où la Muse le meine. Tels ne furent jamais les versificateurs. qui suivent pas à pas Leur sermon sceu par cœur. Dont l'ardente fureur d'Apollon n'a saisie L'ame d'une. S'esgare respandue où la fureur Si tu avois les yeux aussi prompts et ouverts A desrober mon art. En ce poinct par les champs de Rome estoient portez Le damoiseau et ce]uy qui fit dire Tibulle. et sans suivre une trasse Erre de pré en pré. qui ne semble pas art Aux versificateurs. sur Parnasse moissonne Les fleurs de toutes parts. Tel bien ne se promet aux hommes vicieux. ou tel qu'il faut en prose. Les poëtes gaillars ont artifice à part Ils ont un art caché. de jardin en jardin. qu'à desrober mes vers. Où tousjours l'orateur suit le fil d'une chose. Et ma brusque vertu ne te seroit un vice.gentille et docte frenaisie.] Voilà comme tu dis. et tantost elle embrasse Le vermeil Hyacinthe. Porté de la fureur.

car à nous voir tous deux. Faut-il que ta malice attire en consequence Les vers que brusquement un poëte a chanté? Ou tu es enragé. Qui te font enrager. Ny tes-vers ny les miens oracles ne sont pas. Nos cerveaux éventez sont bien avertineux. Et ont de tel object le cerveau si esmeu Qu'ifs pensent estre vray le masque qu'ils ont veu Amsi tu penses vrais les vers dont je me joue. Furieux est celuy qui se prend à leurs rages. Var. Et voila tout le fruict que je reçoy d'escnre. Ceux qui font autrement ils ne sçavent choisir Les vers qui ne sont nez sinon pour le plaisir. des geans. predicant. et je les en advoue. Et pource. et sans penser à luy Se monstre ingenieux aux ouvrages d'autruy. predicant. Ce mot peut venir de Mathurin corruptivement. pour y faire leurs neuf jours. ainsi les gens du bas vulgaire disent Catheline pour Catherine. en riant je veux lire. A Sainct Mathurin de l'Archant. il n'est pas beaucoup loin de Fontainebleau. des chimeres cornues. Je suis fol. et ton esprit s'oublie De penser arracher un sens d'une folie. Certes non plus qu'à moy ta teste n'est pas saine. Je prens tant seulement les Muses pour esbas. (a) Tu sembles aux erifans és nues qui contemplent Des villes. ou tu es enchanté De te prendre à ma quinte. Mais aux hommes bien-nez qui sont aimez des cieux. predicant tout enflé d'arrogance. (2) 1. Qui fait de l'habile homme. faisons une neufvame. où l'on meine les fous emmenotez et liez. 124 DISCOURS. (1584) Nos cerveaux éventez sont bien matelineux. . a. En riant je compose. Où? à Sainct Mathurin ('). Mais quand le n'escri plus j'ay le cerveau bien sain. quand j'ay la plume en main. Au retour du Printemps les Muses ne sont sages. Escoute. 2.

Ou comme un laboureur qui de bœufs accouplez ses guerets pour y semer les blez. Var. et vagabons. (a) Tu dis que je mourrois accablé de grand' peine Si je voyois tomber nostre Eglise romàine? a. sifflez. qui leur donnez entrée En vos maisons. Ils n'ont la main liée et n'ont le cœur chastré. Les faveurs qui seront dans un an consumées. A toy des predicans je quitte les fumées. estimé. Car mon esprit se trompe. sans credit. vannez. sans puissance. Qu'errans Je les verray fuitifs et bannis hors de France. certes je voudrois estre Sans bruit et sans renom. Et qu'ores je ne suis de personne Penses-tu que ta secte embrasse tout le monde? Penses-tu que le ciel. Cependant vous. De citez en citez chassez de toutes parts. 125 Et pour ce les grands Rois joignent la musique (Non au conseil privé) le bel art poëtique. trompez de leur bouche sucrée. Seigneurs. credule à leur simple parler N'ayez l'esprit Ils voudront à la fin vos plaisirs controler. Gardez-bien vos enfans. DISCOURS. le Que le peuple cognoist. l'air. Tu dis qu'auparavant j'estois fort renommé. Huez. comme vieux renards. et. Qui ne cognoist personne. (1584) de leur chair pour cela n'est chastre. ou la mere des mois ses cornes N'aura point r'allumé par neuf fois. et la terre et l'onde Se faschent contre moy pour te voir en courrous? Tu te trompes beaucoup Dieu est pere de tous! Je n'ay que trop d'honneur. de tels sortir de grands diffames J'ay veu gallans Car pour avoir le corps d'un grand reistre empestré. comme un pasteur champestre. Repoitrit Celuy n'est pas heureux qu'on monstre par la rue. que peuple salue Mais heureux est celuy que la gloire n'époint. et qu'on ne cognoist point. L'aiguillon . vos bourses et vos femmes.

Tu renverses nos loix. Qui ne craint ny le vent ny la tempeste forte Il et le tien nage avecque moy. et tout enflé de songes En lieu des verités tu plantes tes mensonges. Dont ils en abusoient quantité. imposteur. 2. choses tolerables pour eux. Qui furent par les Huguenots tirées de leur monastere avec cajolement. 126 DISCOURS. Où les gentils cerveaux n'ont besoin de ton presche. Le magnanime cœur pourtant ne me faudroit. J'en serois bien marry. Je vy en vray poëte. Tu fais ton Eternel un muable Protée. si beaucoup n'eussent esté vio- lemment forcées. (') Tu sçais bien desfroquer la simplesse d'un moine. des prelats. mais quand il adviendroit. ny fondu. (2) 1. non. ny excessif. ny massif. Mon or n'est monnoye. leur presentant des nonnains et les allechant ainsi cauteleusement par les attraits de la chair. J'ay quelque peu de bien qu'en la teste je porte. sans ordre. qu'aboyant Tes larves qui font peur seulement aux enfans. Tu pippes les Seigneurs d'une vaine apparence. Tu as un beau parler tout fardé de cautelle. qui te bragardes tant. sans arrest. et selon qu'il te plaist. ny gras. le changeant. Tu sçais bien enjoller quelques pauvres nonnains. Et si ay merité de ma patrie autant faux Que toy. . Tu veux ton Jesus-Christ tenir en curatelle Tu sçais de l'Evangile avoir pleines les mains. Le tournant. Tu presches seulement ta panse. Selon ta passion. Tu as selon ton sens J'Evangile traictée. Non. pour estre leurs femmes ou leurs garces. Tes monstres tu defens. mon revenu de partir ne m'empesche Il n'est pas opulent. peut-estre Au rivage estranger ne te serviroit rien. et des authoritez. contrefaits. pour engraisser Tu jappes en mastin contre les dignitez Des Papes. et la faveur royale Ne se monstra jamais envers moy liberale.

je vous requiers. jusqu'aux Je fis d'autre façon que n'avoient les antiques. Tu as en paradis le tiers et les deux pars. Où moy tout eslongné d'imposture et d'abus. nous en sommes bastars. Tu as pour renforcer l'erreur de ta folie. Je fis des mots nouveaux. Tout seul me suis perdu par les rives humides Et par les bois toufus après les Pierides. je r'appelay les vieux. que par cœur tu nous presches ici. Indonté du labeur. A ton Genève appris quelque vieille homelie De Calvin. Tu en es fils aisné. Amoureux des presens qui viennent de Phebus. A vingt ans je choisis une belle maistresse. M'agitant brusquement d'une gentille rage. Je vy que des François le langage trop bas A terre se trainoit sans ordre ny compas Adonques pour hausser ma langue maternelle. Plus chaud et plus gaillard. Et voulant par escrit tesmoigner ma détresse. Si bien que son renom je poussay cieux. Et mis la poësie en tel ordre. je travaillay pour elle. qui m'ont tant honoré Que de m'avoir te front de myrte decoré Car pour ton aboyer je ne perds la couronne De laurier. meschant escolier. DISCOURS. mon souci. Vocables composez. et phrases poëtiques. Aussi tost que la Muse eut enflé mon courage. tu as eu meschant maistre. dont Phebus tout le chef m'environne. pardon . 127 Et convertir au tien de Dieu le patrimoine. Tu as en l'estomac un lexicon farci De mots injurieux qui donnent à cognoistre Que. Ha que je me repens de l'avoir apportée Des rives d'Ausonie et du rivage Actée! Filles de Jupiter. qui me fit amoureux. Elle ombrage mon front. Je senti dans mon cœur un sang plus genereux. signal victorieux Qu'Apollon a donté par moy ses envieux. Les Muses. qu'aprés Le François fut égal aux Romains et aux Grecs.

tu dis que par la plume. La lune a tout le front de rayons couronné. Vous estes mes ruisseaux. comme un flatteur. C'est pourquoy sur le front la couronne je porte. J'atteste l'Eternel qui tout void et regarde (Et si je suis menteur je luy suppli' qu'il darde Sa foudre sur mon chef). Moy. je suis vostre fonteine. Qui ne craint de l'hyver la saison tant soit morte. je suis seul vostre estude. toy. Les Roys sont couronnez. Repoussant le sablon. Et pource toute ronde elle entourne mon front. plus ma fertile veine. Vous estes mes sujects. je ne pensois que vostre gentil don Se deust faire l'appast de la bouche heretique. jette une source d'eaux. Et la terre en rondeur se couronne de l'onde. . Et plus vous m'espuisez. Vous estes tous issus de ma Muse et de moy. D'un surgeon eternel. D'une couronne d'or le soleil est orné. couronne de l'Eglise! Lors nous serions contens. Pour servir de chansons aux valets de boutique. Car rien n'est excellent au monde s'il n'est rond. de me voir tondu. pour vous autres ruisseaux. Après. ou tyran. la mer est toute ronde. Des Ducs. des Empereurs couronne. je suis seul vostre roy.128 DISCOURS. Et veux qu'un tel Seigneur s'aigrisse contre moy. Helas. je voudrois le Roy couronné eust sur ma teste mise Que La mitre d'un prelat. Le faisant. ou tigre comme toy. si jamais je pensé De rendre par mes vers un tel Prince offensé A qui je suis tenu de rendre obéissance. Le grand ciel est tout rond. de jouyr du bien où je n'ay pretendu. heureuse est la personne Qui porte sur le front une riche couronne O le grand ornement des Papes et des Rois. Du Prince de Condé la colere j'allume. Tu ne le peux nier car de ma plenitude Vous estes tous remplis. Apporté seulement en France je l'avois Pour donner passe-temps aux Princes et aux Rois.

Les maux que ton orgueil a commis sous son nom. les voleurs. Sans souffrir toutesfois ma plume s'attacher Aux seigneurs dont le nom m'est vénérable et cher. et puante et moisie. tant il est Prince bon. Comme un pauvre vieillard qui par la ville passe Appuyé d'un baston. Aprés. y travailloit généreusement pour la defense. Et prenant le papier et l'encre de colere. Qui est doux et benin. Qui a l'esprit gaillard. Qui m'ayme et me cognoist. Je m'enfermay trois jours renfrongné de despit. 9 . l'autre prés des ruisseaux. et coust de toutes pars. L'autre porter au col ses enfants et son lit. Et que les morions et les glaives trenchans Reluisoient en la ville et reluisoient aux champs. Et que la guerre estoit en ses faux-bourgs logée. et qui a maintesfois Estimé mes chansons devant les yeux des Rois. Toute rapetassée. 1. Laquelle est toute rance. Ronsard. François de Lorraine. et faite de l'erreur Des premiers séducteurs insensez de fureur. 129 A qui j'ay dedié ma plume et ma puissance. et J'outrage Des hommes reformez. l'ame gentille et pure. De ce temps mal-heureux j'escrivis la misere. L'un trainer en pleurant sa vache par la corne. DISCOU RS. Blasmant fes predicans lesquels avoient presché Que par le fer mutin le peuple fust tranché. D un fil gros les ravaude. nay de bonne nature. Je ne veux point respondre à ta theologie. Voyant le laboureur tout pensif et tout morne. VII. et l'autre dans un antre Où le peuple artisan va descharger son ventre en choisissant tous ces morceaux espars. L'autre prés d'un esgout. L'un dessus un fumier. Or quand Paris avoit sa muraille (') assiégée. cruels en brigandage. dans une poche amasse Des vieux haillons qu'il trouve en cent mille morceaux. Qui cognoistra bien tost. Blasmant les assassins. Lors que Monsieur de Guise.

Au reste j'ay releu ta vilaine escriture Qui sent son charlatan facond à dire injure. La flame et la fumée entrant par les naseaux De ces soldars ailez. Qui fremissent ainsi que trompette's de guerre. et pour neuve la porte. est sèur comme entre deux rempars. est de semblable sorte. Et de colere en vain espoinçonnent la terre. De peur que l'escadron des freslons ne l'offence. Que mille et mille morts j'ayme mieux recevoir Que laisser ma raison de ton fard decevoir. Toutesfois glorieux je me veux estimer Dequoy par tes brocars tu m'as voulu blasmer. Hâ que tu monstres bien que tu as le courage Aussi sale et vilain qu'est vilain ton langage. Var. Puis en prenant de nuict un gros fagot de paille. a. D'un feu noir et fumeux leur donne la bataille. et d'injures respond. contre tous les brocars Des mesdisans. (1584) Car ton corps demy-dieu. Mais toy (comme tu dis) qui as passé tes ans Contre les coups d'estoc des hommes mesdisans. De tous costez espie un chesne my-mangé Où le camp resonnant des freslons est logé. Comme seul n'endurant ta mesdisance amere. irritent leurs cerveaux. mais devant je proteste Que si horriblement ton erreur je deteste. il me suffit de t'avoir irrité. Tu pourras bien souffrir ceste douce responce. Comme un bon laboureur qui sur la fin d'esté. Quand desja la vendange à verdeler commence. . Car ton cœur est plus dur qu'un corselet ferré Qui garde l'estomac du soldat assuré. Or bref. Puis en fait une robbe. Qui as un estomac que personne n'enfonce. 130 DISCOURS. Ta secte. Ou quelque harangere assise à Petit-Pont. predicant. Qui d'injures assaut. (a) A-tant je me tairay.

une des testes du Triumvirat (comme ils disoient). 131 Ceste Royne qui vit de nostre Prince mere. S. Voyla comme l'Huguenot se rit et se gabbe des Princes et des Rois. Rendant ceste figure imparfaicte à jamais).Anhe de Montmorancy. Ce seigneur de Condé.Dieu contre l'autheur. qui fait de mesdire coustume. André. de Mont. or paradis l'appellois Thony! (4) ne faisois-tu Quoy? pas à mode d estrivieres (5) Pour ce Roy l'autre année au presche tes prieres? Tantost ne priant pas. 4. Je suis doncques heureux de souffrir tels outrages. Ayant pour compagnons de si grands personnages. Dont nous avons osté tout fraischement un -angle. etc. Selon qu'il t'àpportoit ou profit ou ennuy? Mesmes j'entens desja que ta malice pince De brocars espineux ce magnanime Prince. et mary de Jeanne. (') A souffert plus que moy. Fol d'alors. 2. Catherine de Medicis. . Ce Roy des Navarrois (2) a senty l'amertume De ta langue. Ou estriers que l'on allonge et resserre quand on veut. Badin. Anthoine de Bourbon. pour l'aisance du chevalier. Ce grand monstre à trois chefs. pere du Roy Henry le Grand. estas. aux premiers quand. mais ils vont bien-plus avant quand il s'agist de la vie. mareschal de France Mais le Triumvirat (ce conjuré triangle. Quand l'ayant par despit de banny Or' l'appelois Caillette (3). Royne de Navarre. et les deux autres. Duc de Vendosme. et Sainct connestable. Jaloux de sa grandeur. assassiné. et le blasmes dequoy II ne se monstre tigre à ceux de nostre loy. C'est en l'Invective deuxiesme de B. Royne mere du Roy Charles IX. tantost priant pour luy. Cela peut venir de lasche et mol. parlant de François de Lorraine. dont ils font eux-mesmes gloire et trophée. comme nous avons dit en son lieu. tu ne la voulois pas. DISCOURS. niaiz ainsi les femmes du vulgaire de Paris injurient ceux qu'elles noisent. Duc de Guise. comme sont les caillettes du mouton. 1. 3.

Le feu. en sont le fondement. [sance. et de farce au vulgaire Si tu en veux servir. (2) Non comme Christ la sienne. (') Mais avant que finir. de sorte Que pour trop se bouffer sur l'heure creva morte. et l'autheur nasquit en 1524. Ce pendant je pri'ray l'eternelle bonté Te vouloir redonner ton sens et ta santé. Et que le grand flambeau de la guerre allumée.132 DISCOURS. car ce n'est moy qui sers De bateleur au peuple. Ne t'insense jamais après telle folie En relisant ces vers. 3. né du pays de Saxe. enten. Comme un tison de feu. ains par fraude et puis- Dessous un apostat (3) elle prit sa naissance. le fer. Ou soit que les destins à nostre mal constans. le te supplie. 1. je te pri' de penser Qu'en Saxe je l'ay veue en mes jours commencer. 2. Or tu as beau gronder. Tu as beau repliquer pour respondre à mes vers. tu le pourras bien faire. le meurtre. Dieu veuille que la fin en arrive autrement. se consomme en fumée. Le ministre relevoit de la grosse maladie. Sous Luther. Te gourmer et t'enfler comme autresfois au bort La grenouille s'enfla contre le bœuf. Je deviendray muet. race. . Soit que l'ire de Dieu face regner longtemps Ceste secte après moy. pour r'assaillir mon fort. il mit au jour ses erreurs l'an 1517. race future. Le mesme Luther. moyne renié. Et comme un testament garde ceste escriture.

chamœpitheos. à toutes les nou- velles lunes. SUR LA PRISE DES TROIS PILLULES M'ONT ENVOYÉES. Cette facétie ne se trouve que dans l'édition originale de la Response. et surtout (parce que le medecin me l'a dit de bouche seulement) n'oubliez après la prinse de vous faire ouvrir la veine moyenne senestre et après ventoser et scari- fier deux ou trois fois la nuque du col. ana unciam semis. RECIPE. fumiterrce. epithimi. . j'ay voulu vous donner le double du Recipe. lesquelles toutesfois n'ont faict en mon cerveau l'entiere operation que desiriez. capparis. borra- lapathii buglossi. vous en faire une bonne et forte purgation. afin de le garder au cro- chet d'un apothicaire pour ne faillir. 133 AUX BONS ET FIDELES MEDECINS PREDICANS. comme vous pourrez cognoistre par l'humeur opi- niastre qui me reste encore en la teste. ginis. tamaricis. 1. pour attirer et evaporer l'humeur noir et melancholique. QU'ILS (') bons et fideles medecins predicans. sup- pliant le Seigneur qu'elle vous puisse guarir plus per- fettement que la mienne ne m'a faict. chamœdrios. en 1563. lequel sans relasche vous tourmente et gaste le cerveau. scolopendrii. DISCOURS. je vous prie que sans desdaigner le gobelet vous preniez aussy joyeusement ceste medecine que je vous envoye. tout ainsy Mes que de gayeté de cœur et sans froncer le sourcy et avalé les trois pillules j'ay gobbé que de vostre grace m'avez ordonnées. et afin que ne soyez en doubte de la composition. Recipe radicum polypodii quercini.

confectionis hamech dragmas tres. at tempore ab illo Non tua Musa canit. foliorum senne mundatorum drachmas tres fiat decoctio pro dosi in colatura. syrupi de fumoterrœ dragmas sex. sed tua Missa canit. tertia Beza tuus.134 DISCOURS. Vera fides vati. Obscœnas fore tres fœdo cum corpore ranas. undenas dum quatis arte fides tua personat Vindocini ruris. Immundos potius Dœmonas aut totidem. P. mea Musa canit. augeatur vis ejus addito elleboro et lapide cyaneo prœparatis ut decet. canit hœc oracula vatis Non Patmicolœ ranis Musa Lemanicolis. Quod si hoc remedium non satis purgaret humorem melancolicum. Dum Ronsarde. RONSARDUM RANÆ LEMANICOLÆ COAXATIO. Ast ubi cura fuit prœpingui abdomine ventrem. bibis Aonios latices in vertice Pindi. Dissolve catholici unciam unam. Qui referunt fucos. tu rana es de tribus ana. Setigerœ latum reddere more suis. inque pios verba profana crepent. ana manipulum semis. sunt operumque rudes. RONSARDI RESPONSUM. Phœbus quos velit esse suos. fiat potio. stantes Semper in ore sui qui pseudoprophetœ Inque Deum. . agros Musa modis. IN P. Exin missœ agitas numeros. detur tem- pore prœdicto. Altera Calvinus. Illorum explesti numerum qui funera curant. gravibus.

vel Phlegethonte nates. Ces vers sont de Daurat. inque Deum.. eandem habens. Inque pios homines quidlibet. stagna sabauda. (1) fluctus rupes ut vasta refundit. DISCOURS. Ronsarde. quam Theodorus. unda Executias frigus. garrulitate petis. poetas Frangere Nominis abscuri. Non nisi rana queat sacra sic corrumpere verba Sibila rana fera est. Digna coaxasti in quibus. ut decuit gibboso gutture monstrum. audaces discrimine nullo. Sed bibis impuros. omnes Qui tecum certasse putant prœclarius. Et glacie fusa montibus unda fluit Inde gelata viam vocis. sed postquam Utque parens puero interdum doctusque magister 1. IN LAUDEM RONSARDI. Donec in ardenti. . et patriis interstrepe viva lacunis. Non nisi ranalis vox strepit ulla tibi. 135 Beza ferens veteris Theodori nomen. tumefactaque fauces carmina vate suo. Quam vicisse pares. Nigra. I nunc. Nec cum pura nitet. sibila verba crepas. causam raucedinis. sed cum nive turbida mixta. non ita visum. Et varias circum latrantes Illisos dissipat undas Mole sua. Mortua dum. quo tua Musa riget. pacem ne turbes rana piorum lacu Stigio. lacus. Talibus ô ranis raucissima de tribus illa. Deque Deo mentem. sic tu tacita gravitate minutos debueras istos. Nam quod Musa virum doctorum voce vocatur Id nunc missa tibi vox inamœna sonat. qua superos. Quœ me. Aonios non tu latices in vertice Pindi.

(1) Je m'asseure. Eia age! sed catulo adlatranti seu fremit ingens Ore leo. Elide dum simulat demens. qu'aprés avoir generalement discouru des miseres de ce temps. Sic tu etiam insano vis respondere poetœ Quamvis ille tua dignum nil proferat ira. Lecteur. EPISTRE AU LECTEUR. et respondu à ceux qui faussement m'avoient voulu calomnier. et faites contre la modestie I. Sic tibi tam charum caput hoc quicunque lacesset. que tu trouveras estrange. Paris. si forte revincit. G. in-4*. faisant imprimer en ce livre autres nouvelles composi- tions toutes differentesde stileet d'argument decelles que durant les troubles j'avois mises en lumiere. Buon. de Ron- sard. perire sinas. lesquelles estant comme par contrainte un peu mordantes me sembloient du tout forcées.. Sic tu etiam miserum sermone illude minaci Tantum. lesquelles n'ont encores esté par cy devant imprimées. Cygne ululam nec dedignaris candide nigram. exertum subito nec conjicit unguem. Ingratum servet. est turbine prœceps Immani tristes Erebi detrusus ad umbras. V. Phœbe. PAR SUCCINCTEMENT L'AUTHEUR LAQUELLE RESPOND A SES CALOMNIATEURS. terrifica vibres nec fulmina lingua. . 136 DISCOURS. Respondent blande illudentes vana loquenti. Cette épître sert de préface à un volume intitulé Les trois livres du Recueil. des nouvelles Poésies de P. 1564. lauri nec sacra corona Illius indoctam frontem. je change si soudain de façon d'escrire. nescit qui parcere lauro. sat sit memorasse superbi Æolidœ pœnas qui non imitabile fulmen. Sat Ronsarde tibi.

des songes ny des fantaisies de mes calomniateurs. m'accompareront tant qu'ils voudront à ce glorieux [escrimeur] Amycus. et ne rougiray point de honte de le confesser ainsi. je ne leur monstre facilement qu'ils ne sont que jeunes apprentifs. qui entierement ne me donne de ce peine qu'ils disent. qui n'apportent nulle seureté de conscience. et non curieusement en disputer. de la victoire des Rois. Quand j'ay voulu parler des choses plus humaines et plus basses. et du tout vaincu de la puissance de sa Deïté. sans me vanter de le cognoistre si parfaitement qu'un tas de jeunes theo- se disent ses logiens qui mignons. que par droit ils sont miens. comme rappellans tousjours en doute les principaux poincts de nostre religion. ils ne devroient non plus l'estre dés miennes. Doncques. si tu t'esmer- Lecteur. qui me confesse indigne de la recherche de ses secrets. des honneurs des . DISCOURS. qui ont peut-estre moindre cognoissance de sa grandeur incomprehensible que moy. si falloit-il respondre aux injures de ces nouveaux rimasseurs. lesquels il faut croire fer- mement. mon encre et mon papier. sçavoir qu'après que j'ay acheté ma plume. de l'amour. ny le jugement si rouille. encore que langue d'homme ne soit suffisante ny capable de parler de sa Majesté. Et comme je ne suis contre-rolleur des melancholies. si est-ce toutefois que ma van- terie est veritable. ny moins de leur vie ny de leurs actions. et que je puis faire honnestement tout ce que je veux de ce qui est mien. pauvre infirme et humilié. sans estre si ambitieux rechercheur de ces nouveautez. que quand il me plaira d'escrire. aussi je ne m'enquiers point s'ils lisent les miennes. j'ay voulu escrire Quand de Dieu. Ils diront que je suis un magnifique et vanteur. ny de ce qu'ils escrivent. 137 de mon naturel. de ce qu'ils font. veilles d'une si soudaine mutation tu dois d'escriture. je l'ay fait toute- fois le mieux qu'il m'a esté possible. obeïssant à l'Eglise catholique. afin de leur monstrer que je n'ay point les mains si engourdies. Car comme je ne lis jamais leurs œuvres.

avant que pouvoir imiter la moindre de mes vers.peux bien t'asseurer plaira n'avoir jamais veu homme si content ny si resolu que moy. S'ils le peuvent et veulent faire. Car tu .138 DISCOURS. je me persuade aisément que je m'en suis acquité de telle sorte qu'ils frapperont la table plus de cent et se gratteront fois. de la vertu de nos seigneurs. voyant que la faveur ne respondoit à mes labeurs (comme tu lire en la complainte pourras escrite à la Royne) et pour cela que j'ay n'aguéres j ay laissé. d'autant qu'il m'est permis d'employer mon papier comme un potier fait son argille. mais telles dignitez ne sont de grand revenu [venant de leur main].Francus et les Troyens agitez des tempestes de la mer. sinon qu'il me plaisait le faire ainsi. ne me donnant fascherie en t'esprit. pourveu qu'en leur faisant humble service je ne force mon naturel. et que je les cognoisse gaillards et bien naiz. mais bien selon ma volonté. attendant une meilleure occasion de faire leurs navires pour les conduire à nostre bord tant désiré. faisant reluire sur leur front je ne sçay quelle attrayante et non vulgaire vertu. pour n'estre fondées qu'en un papier encore bien mal rimé. tu n'auras autre response de moy. et maintenant un autre. ou soit que mon mestier le vueille ainsi. Il est vray qu'autrefois je me suis fasché. Voire quand la terre se mesleroit dedans . car si tu pensois que je fusse un ambitieux courtisan. ou à gage de quelque seigneur. autant la teste. Or si tu veux sçavoir pourquoy gentillesse 1 ay traitté maintenant un argument. Car ce n'est moy qui se veux distiller le cerveau à la poursuite d'un si grand œuvre sans me voir autrement favorisé. tu me ferois grand tort et t'abuserois Je ce beaucoup. Cependant je passeray la fortune telle qu'il à Dieu m'envoyer. je fais volontiers quelque chose pour les Princes et grands Seigneurs. Peu de personnes ont commandement sur moy. je n'en suis envieux. dy cecy pour que ces nouveaux rimasseurs m'appellent tantost evesque futur. Princes. non selon leur fantaisie. tantost abbé. soit que mon naturel me rende tel.

et s'il faut dire vray. je t'asseure. un folastre mestier. et versificateurs en cervelles. j'en suis tres- joyeux si au contraire ils s'en faschent. Tels accidens ne m'esbranleront jamais d'icelle asseurée resolution. Si tu veux sçavoir pourquoy j'y travaille si allegrement? Pour ce qu'un tel passe-temps m'est agreable. Lecteur. duquel oh ne peut retirer beaucoup d'avancement. ny de profit. et pour ce je ne leur en feray plus long discours. soit la guerre. soit querelles generales ou parti- culieres. je suis resolu de mespriser toutes fortunes. tellement que j'ay pris pour devise ces deux vers que dit Horace de l'homme constant et resolu Si fractus illabatur orbis Impavidum ferient ruinœ. que je dy verité. ou pour les calomnier. au plus vil office dont ils se pourront adviser. et de porter avec patience les volontez de Dieu. La poësie est pleine de toute honneste liberté. Ils en diront et penseront ce qu'il leur plaira. soit la vie. comme ne voulant faire profession d'un mestier qui me viendroit à des- plaisir. car pour approuver mes œuvres. soit la mort. 139 la mer. dequoy je les ay appellez . et si mon espnt en escrivant ne se contentoit [et donnoit plaisir]. et la mer dedans le feu. je ne ferois jamais un vers. rimasseurs. Ils ont bien ouy parler des deux boëttes de Simonide. Je ne fais point de doute que je n'aye mis un bon nombre de ces poëtastres. je les con- seille de ne les acheter pas. DISCOURS. S'ils prennent plaisir à lire mes escris. seulement je me donneray bien garde de forcer ma complexion pour leur plaisir. avec un desdain. Et pour leur louange. soit la paix. ou pour leur mesdire. qui est par la grace de Dieu im- primée de long temps en mon esprit. je ne m'en trouve moins gaillard ny dispos. ou si d'avanture ils les ont achetez les faire servir. rien ne me vient en ma boëtte quand j'ay besoin d'acheter ce qui est necessaire pour m'entretenir. lesquels se sentent offensez.

et que sa clarté sereine leur desplaist et leur offense le cerveau melan- cholique et catharreux. et autant qu'il en pourroit en tous les caques des harangeres de Petit-Pont. beaucoup. colonnes de mon immortalité. et que telles envies ne procedoient que de ma vertu. Je ne suis seulement fasché que d'une chose. je vous conseille si vous n'en estes saouls d'en escrire davantage. et mille autres fatras qui avortent en naissant. et vos moeurs vous manifestent vrays Athées) diront que c'est bien fait . 140 apprentifs et disciples de mon escole (car c'est la seule et principalle cause de l'envie qu'ils ont conceue contre moy) les faisant devenir furieux après ma vive et belle renommée. cinq. un traitté de ma noblesse. et ne sçavent sinon pour ce qu'elle pourquoy. Vous donc quiconque soyez qui avez fait un temple contre moy.] Je sçay bien que quel- ques uns affectionnez à leur religion. un prelude. un commentaire sur ma response. vingt. DISCOURS. que ces poëtastres vo- missent contre moy. pour estre le plus grand honneur que je sçaurois recevoir. J'estime leurs injures à grand honneur quand je pense qu'ils se sont attaquez aux Princes et aux Rois aussi bien qu'à moy. offensent la tran- quillité de mon esprit. vos vies. desplaisant. c'est que leurs livres m'ont fait devenir superbe et glorieux car me voyant assailly de tant d'ennemis. comme ces chiens qui aboyent la lune. six. muettes injures. leur semble trop belle et luysante. quatre. trois. car tant s'en faut que j'en sois ou aucunement fasché. mille sonnets. une seconde response. une faulse palinodie en mon nom. dix. [et pour dire verité. mille odes. une apologie. Et pour une mesdisance je leur con- seille d'en dire deux. une autre tierce response. que je ne veux laisser à la posterité plus grand tesmoignage de ma vertu que les injures edentées. un enfer un discours de ma vie. Mais les pauvres insensez se trompent s'ils pensent que leurs libelles. cent mille. desquels vous n'estes (car vos escrits. j'ay pensé incon- tinent que j'estois quelque habile homme. trente. et livres sans nom.

I. je ne seray moins estimé des catho- liques. car pour toutes vos médisances. composent contre moy. Il s'agit ici de Florent Chrestien. changeant de couleurs en toutes terres où vous allez. mais je suis esmerveillé dequoy vous qui n'avez ny foy ny loy. selon que vous l'estimez favorisé. deux ou trois devant lequel jours qu'il barbouillast le papier contre moy. vous faites comme le chameleon. de laquelle vous ne faites une seule profession. Aussi ay- je dés long-temps descouvert vostre malice. escrivez des choses qui ne vous apportent ny honneur ny réputation. suivant maintenant ce party. que maintenant il [fait semblant] d'honorer comme un Dieu. avantageux. que je suis. à fin que le en mauvaise peuple l'aye repu- tation. . durable. Il composa cet esté dernier à Paris des sonnets contre de Beze. lesquels il me et dont j'ay monstra. et le peindre de toutes couleurs. et le plus profitable pour vous telles gens se devroient fuir comme peste. comme gens tres-affectionnez. ny de ceux de vostre religion. car c'est le moindre de mes soucis. à fin que le peuple cognoisse de quel humeur le compagnon est agité. n'ayant autre Dieu que le gain et le profit. Je ne trouve point estrange que telles personnes qui parlent selon leur conscience. 141141 de parler. contre Ronsard. l'original escrit de sa main. ou facent composer. et maintenant celuy-là. j'ay bien voulu faire imprimer icy l'un des sonnets de ce chrestien reformé ('). DISCOURS. DISCOURS. disoit par derision mille vilenies de Calvin et de sa doctrine en laquelle il avoit esté nourri trois ou quatre ans à Lozanne et à Geneve. c'est que ne croyant rien. et qui pensent veritable- ment que telle chose serve à leur cause. Je pense cognoistre quelqu'un de ces gallands. Je ne dy pas cecy pour flatter Calvin ou Beze. Toutesfois pour monstrer ne suis men- que je teur ny calomniateur. et qui n'estes nullement poussez du zele de religion. et ne face desormais estime de ses escrits.

qui craignez Dieu. Quant à son atheïsme. faire bonne grimace. Prescher les saints Canons sans faire leur vouloir. mais ils se deguisent de telle sorte quand ils sont avec vos troupes. Mignarder d'un clin d'œil le plus profond des cieux. et prescher continence. Amuser de babil toute une populace. d'une façon mauvaise. car je suis assez satisfait dequoy les gens d'honneur et de bien le cognoissent. tels ooo de vostre compagnie. Prescher la charité. mais de sa meschanceté. et lequel. mais quant à moy. sans m'avoir autrement practiqué ny cogneu. ny n'eusse voulu ny ne voudrois maintenant faire. S'armer du nom de Dieu. quelqu'un je n'en seray joyeux ny marry. estoient non seulement esmerveillez. et faire grand' despence. Cacher sous le manteau. Un vouloir obstiné. Prescher frugalité. et le tiennent pour tel qu'il est. Paillarder librement. et pour parler comme Homere. j'ay resolu de n'empescher davantage ma plume pour respondre à un têt babouin que luy. et prescher abstinence. Evangile. pour leur rendre le . que mesme ceux et celles qu'il hantoit le plus privément. Messeigneurs. d'effect (que je sçache) ny de pensée je n'avois jamais en nulle sorte offensé. qu'il est fort mal-aisé de s'en donner de garde. qui l'avois cheri et festié deux ou trois fois à mon logis. un cœur ambitieux. Puis soudainement transformé en un autre personnage. et aucun n'en avoir. ce que je suis asseuré que vous feriez volontiers si vous les pouviez cognoistre. Vous. et vomit sa malice contre moy. devriez chasser tels apostats. Prescher d'amour divin. C'est la perfection de Theodore de Beze. 142 DISCOURS. qui avez consciences. et nier son essence. et chacun decevoir. et faites profession (comme vous dites) de maintenir son S. me print à partie. Si espouvantez veut escnre son histoire. Compter dessus les doigts. Prescher un Jesus-Christ. et haine concevoir. Gourmander tout un jour. il en donna si certaine preuve ce prochain esté qu'il sejourna quelques jours en ceste ville.

Or si vous pensez. Je me plains de ce direz- petite chose. mais seulement pour vostre profit particulier. quand il pleut je me retire au logis. qui par amitié. pour l'un ny l'autre party. Seulement quand il fait pour beau-temps je me pourmeine. qu'ils en fourniroient plustost que de vostre obeïssance dissi- les courtisez non ou mulée. DISCOURS. petite quant à vous qui avez tousjours despendu de la volonté d'autruy. Et voulez-vous que je vous die ce m'a le qui plus ennuyé durant ces troubles? c'est que je n'ay peu jouir de la franchise de mon esprit. de faction. sans discourir. 143 chastiment digne de leurs merites. sinon que je leur suis tres-humble serviteur? Au reste je ne fus jamais de leur conseil privé ny de leurs affaires. et louerois plustost ceux qui sont fermes en leur religion. Je ne puis approuver ces meschantes ames. qui vous efforcez d'irriter les Princes et Seigneurs contre moy. m'oster de la bonne opinion le peuple que a receue de mes escris. ny librement estudier comme auparavant. recherché du peuple. et penser estre plus sçavant que tant de vieux docteurs qui ont si sainctement escrit. pratiquer ny affecter choses plus hautes que ma vacation. par bien que vous leur vueillez. vous vous trompez encores beau- car le coup plus grand desplaisir que je sçaurois avoir en ce monde.vostre compte. et ma personne est de trop basse qualité. que s'ils avoient affaire de moy. disans que j'en ay parlé avec peu de reverence et honneur. poëtastres. vous estes bien loin de. je passe le temps. Aussi ne suis-je à blasmer si je demeure ferme en la mienne. et moy par une naturelle reverence et observance que je leur doy. qui aimerois mieux mourir que me séparer du sein de l'Eglise catholique. Or je reviens à vous. mais grande quant . vous ? ouy.. par vos calomnies. pour m'attaquer à leur grandeur. le devise. mais je les puis bien asseurer. comme celuy qui ne se mesle de faciehde. ny de menée quiconque. c'est d'estre estimé ou. dire Que sçaurois-je d'eux. et si vous estimez que je sois desireux de la faveur du vulgaire.

et plus je me promets par leurs injures de louange et d'immortalité. Si ces grands et doctes hommes (que par honneur je nomme mes peres) tant estimez durant l'heureux siecle du feu Roy François. . mon honneur et ma repu- tation et plus ils seront envenimez. le les eusse vivement grattez où il leur demangé. i. leur passion qu'ils voudront leurs fleches espointées contre moy. Fous du Roy Charles IX. estant asseuré que les œuvres de ces nouveaux rimailleurs ny les miennes quant à ce de poids ny d'autorité que les fait. mais d'oresnavant je me tairay sur ma main. Au reste si quelqu'un a escrit contre moy. et de quelle humeur les bons seigneurs sont tourmentez. Aussi suivant mon naturel en ceste douce saison de la paix vous ne me pourriez en garder de me réjouir et d'escrire. Toutesfois sans le commandement des plus grands qui ont expressément defendu les libelles. qui s'en esbranle rocher des tempestes de la aussi peu qu'un mer. Car je sçay leurs forces. n'ont non plus ou du Greffier ('). De là j'attends ma gloire. Mais puis que ce correcteur de livres et la vie ne sera point mau- ce jeune drogueur (duquel vaise descrite) l'ont voulu autrement. Il me plaist d'estre leur but. à moy qui suis nourri en toute heureuse et honneste liberté. car de tels honorables exercices ne dépend la ruine de nostre republique. leur et leur colere. car ce m'est un fort grand plaisir de voir ces petits gallans agitez et debordez contre moy. car Dieu mercy nous avons bons et amples memoires de la vie de ces deux compagnons. et décochent tant visée. mais de vostre avare ambition. et pour obeyr à ceux qui ont puissance sur ma volonté. je suis fort aise de leur servir d'aiguillon et de tan pour les mettre en furie. et que joyeuses saillies de Thony celuy seroit bien mal-accompaigné de jugement qui voudroit fonder sur quelque raison ou tirer en consé- quence les verves et caprices d'un poëte melancholique et fantastiq. je luy ay respondu.144 DISCOURS.

en laquelle je m'asseure de te reprendre de mille fautes dont un petit enfant auroit des verges sur la main. e't' o 'O o o oC. qui m'as pris à partie. Ronsard. et observé comme ton maistre. vray singe qui par curiosité m'as leu et releu. . ou si ceux de ma se sont fait appa- votée. cesures. qui m'as apprins par cœur. qui roistre comme grandes estoilles. ny qui ont quelque jugement en la poësie. de doctrine et de vertu. qui suis nay d'une autre complexion que Theocrite. ou non. lequel se faschant contre quelque ingrat poëtastre de son temps faisoit parler de colere un pasteur ainsi M ' o. gentil barbouilleur de papier. DISCOURS. mais par beaux ouvrages remplis de pieté. despen- doient l'encre à m'injurier. lisant ton œuvre. Car comme j'ay dit. laquelle ne se gagne par injures ny pour faire accroire au papier ses particulieres passions. 145 se bandoient contre moy. je n'auray jamais peur que pour vouloir diffamer mon renom par tes muettes copies. tu ne sçais rien en cet art que tu n'ayes apprins en lisant mes œuvres ou celles de mes compagnons. elle est montée au comble de tout honneur. Donques te cognoissant tel. et ne jures en ta conscience la que par foy que tu me dois. je ne veux commenter ta responce. car tu n'entens ny les rhymes. j'en serois extremement marry. par leur diligence. je voudrois me banir moy mesme de ce jour pour ne contester avec si grands personnages. . Or à fin de te faire cognoistre que tu es du tout novice en ce mestier. epandues secrettement de main en main. et qui ont tellement poussé nostre poësie françoise que. o' ó ' ' o. tu t'acquieres ny faveur ny reputation. . Mais je prends grand plaisir de voir ces rimasseurs s'attaquer à moy. 10 . VII. comme de nos escrits. ' o. Ceux mesures. verront facilement si je parle par animosité. noté par lieux communs.

. Voy Arat en ses Phénomènes O o o o oò Io. d'Ascrée. Premierement tu m'as desrobé l'invention de ce sonnet et non de Perse. dont tu parles fut consacrée aux Muses et non au cheval Pegase. Or sus espluchons ce beau quatrain. ( Fermé les yeux) Tu faux encores à la fable. le je prendray sonnet que tu as mis au devant de ta responce qui se commence ainsi Bien que jamais je n'aybeu dedans l'eau De la fontaine au Cheval consacrée. òo' . luy estre dediée. car citoyen se refere à cité. de l'eau de la fontaine. pour parler proprement. Le commencement du mien est tel Je ne suis point. Muses. (Le citoyen d'Ascrée) Tu devois dire. ou simplement. La fontaine Hippo- crene. mais cela est peu de chose. Fermé les yeux-sur un double coupeau. du pied duquel elle fut faite. et retient le nom tant sans duquel elle seulement. c'est qu'en . Seulement pour monstrer ton asnerie. Fille du pied du Cheval emplumé. . accoustumé De voir vos jeux sous la tarde serée. No ' ' Ex o . je m'esbahis comme tu as si sottement failly à la fable. Ou imitant le citoyen d'Ascrée. (Dedans l'eau) Tu devois dire. Hesiode ne dit pas qu'il ait dormy sur le mont d'Helicon pour devenir poëte il dit tout le contraire. Je n'ay point beu dedans l'onde sacrée. qui t'estimes l'honneur des lettres. et Ascrée est un meschant village :au pied d'Helicon. le villageois. Mais tu as dit cecy pour faire honneur au cheval de Bellerophon. (Au cheval consacrée) Pour un si sçavant homme que toy. A. duquel Hesiode raconte l'incommodité.146 DISCOURS. dedans l'eau.

tu as voulu injurier telle gentille troupe avecques moy. comme autrefois on avoit fait des sept excellens Grecs poëtes qui florissoient presque d'un mesme temps. mais seulement pour te monstrer qu'en te voulant tu as dit verité. Venons à l'autre couplet Bien qu'esloigné de ton sentier nouveau. mais tu ressembles auxAtheniens. moquer (Suivant la loy que tu as massacree) J'ay bien ouy dire. Ceux qui te cognoissent sçavent si je mens ou non. violer. nullius antè Trita solo juvat integros accedere fonteis. Suivant la loy que tu as massacrée. 147 faisant paistre ses aigneaux dessous Helicon les Muses luy enseignerent l'art de poëtiser. qui les veux accuser de ton propre peché. (De ton sentier nouveau) Je suis bien aise dequoy tu confesses que mon sentier est nouveau. DISCOURS. Cest article avecques bon tesmoignage sera traitté plus amplement en ta . (Du doux poison) Tu trouveras ce mot de poison plus usité au genre fœminin qu'au masculin. à te corriger des fautes qu'un estran- ger ne voudroit faire en nostre langue. je n'en avois jamais ouy parler. que les estoilles s'enyvrassent. mais massacrer une loy. A o' Ho o. "A oo' Eo ò oo. sinon à toy. Je n'ay suivy la Pleïade enyvrée Du doux poison de ton brave cerveau. et corrompre une loy. Et pource que tu es extremement marry dequoy tu n'estois du nombre. (La Pleïade enyvrée) Je n'avois jamais ouy dire. et pour ce (puis qu'ii te plaist) je pourray seurement dire Avia Pieridura peragro loca.toilles de la Pleïade. Il me souvient d'avoir autrefois accomparé sept poëtes de mon temps à la splendeur des sept es. Apprens. forcer. La colere que tu descharges sur les pauvres astres ne vient pas de là. Je. pauvre ignorant.ne reprens cecy pour faute.

manie. pourras car vos reputations sont si obscures. ny compagnons. Si tu as envie de faire le charlatan avecques ton drogueur. (Qui d'un licol) Apprens à parler proprement. trama. ou autre chose semblable. ou autres choses à ton licol. et que je ne que je n'en perds l'appetit suis moins dispos ny gaillard je proteste de ne m'en soucier jamais. qui blasmant les personnes dont l'honneur ne peut estre blessé par leur caquet injurieux. Je te conseille de plus propres regarder une autre fois de plus prés à ce que tu feras. dit. (Ta grand' misere) Tu devois dire colere. DISCOURS. qu à peine sont- . Car si ce n'est comme on Bupale ne fut pas miserable. tu devois dire en lieu de bastir un tombeau d'un licol. ny le dormir. J'ay toutesfois une autre recompense. que tu verras bien tost de la main d'un excellent ouvrier. ny la terre de me porter. Car l'Eternel. qui benist l'impuissance Mesme aux enfans qui sont dans le berceau. les vents de me recréer. veu que tu le cognoissois bien peu ce dernier esté mais cecy n'est un soloecisme. car sans mentir on peut dire de ton long ouvrage mal digeré ooo óo. oò ' ò . à tes comme toy se veulent avancer. (Car l'Eternel) Je m'esbahis comme tu parles de l'Eternel. forcenerie. 148 vie et en celle de l'ignorant drogueur. fila. Veut par mes vers peut-estre rendre égale Ta grand' misere à celle de Bupale. ny te faire cest honneur de te respondre. et l'eau de me donner plaisir. tu le faire. qu'à la fin il se pendit. Qui d'un licol a basty son tombeau. c'est un pas atheïsme. (Brave cerveau) Brave se refere plus tost aux habillemens qu'à Achevons les deux autres couplets l'esprit. o Ao . ourdit. ab effectu) mais il devint si furieux par les vers d'Hip- ponax. Conclusion puis que pour tes médisances le soleil ne laisse de me luire.

et pour recompense je te supplie de revoir d'aussi bonne volonté ces œuvres non encores imprimées que de bon cœur je te les presente. comme vous. si en lieu de te contenter je t'ay donne occasion de fascherie. qui as pris la peine de lire le discours de ceste epistre. conduit par l'Admiral de Coligny. Et que sanglant de mille coups persé. je seray tousjours bien aise de vous mettre en caprice et en cervelle et de vous faire crucifier vous-mesmes par une envie qui vous ronge le cœur. et le vray moyen de les anoblir est de rebruler encores le temple d'Ephese. et de voir les troubles de ce royaume bien tost appaisez. et celuy des Princes. (') Donne. tu me pardonneras s'il te plaist. la paix et la felicité. et à moy la grace de le servir de tout mon cœur. injurier l'honneur des hommes vertueux. ou si vous ne pouvez le faire. candide et benevole lecteur. et de ceux de ma nation. de me voir estimé des peuples estrangers. DISCOURS. duquel Dieu tout-puissant benisse la jeunesse. et auquel je souhaitte les ans d'Auguste. Suppliant tres-humblement celuy qui tout peut. à fin que toutes sortes de bonnes lettres puissent florir sous le regne de nostre Roy Charles. i. depuis Roy Henry III.) PRIERE A DIEU POUR LA VICTOIRE. Dessur la poudre il tombe renversé. que nostre ennemy vienne Mesurer mort les rives de la Vienne. Or toy. Quant à moy. il faut pour vous avancer entre les meschans. preparans . (1564. Le camp de Monseigneur d'Anjou. Seigneur. te donner tres- heureuse et tres-longue vie. 149 elles cognuës des palefreniers. se à la bataille és plaines de Montcontour.

Et que leur nom se perde en nostre vent. Pour le tourner en forme d'une pouppe. n'ayant lors gueres que dix-sept à dix-huict ans. Au pin tombé soit pareil l'ennemy. Ou de charrue. donne que nostre Prince. Ayant pour tombe un sablonneux rivage. Et qu'à jamais leur morte renommée S'esvanouisse ainsi qu'une fumée. où son fer le decouppe. Et l'autre fende une large campagne. Des ennemis soit pareil le carnage. l'autre aille labourer. -afin que l'un des deux Aille voguer par les chemins venteux. Sans bras. 0 Tout-Puissant. (a) Donne. si qu'une mort cruelle Face qu'un seul n'en conte la nouvelle En ce pays que le Rhin va lavant. sans teste. Du Duc d'Anjou. Auprès des siens. Que la tormente et la mort accompagne. Ou d'une roue. à fin de mesurer L'un l'Ocean. Var. amoncelé parmy Le plus espais d'un charogneux carnage. Ces reistres fiers puissent sentir la main Du jeune Duc (1). Et que leurs corps accablez de cent coups Soyent le disner des corbeaux et des loups. Entre à Paris en triomphe porté. Sans compagnon maistrise sa province Et que pompeux de brave majesté. . au milieu de la guerre. Plat estendu comme un pin esbranché Qu'un charpentier de travers a couché Au prochain bord. a. 1. 150 DISCOURS. Tranchez aux bords d'un sablonneux rivage. que l'avare Germain. Seigneur. Et de ses dents morde la dure terre.

de Que le Danube abbreuve de son onde. ma priere adviendra. Le fer ta dextre. Si que d'un seul la trace ne demeure. Donne.et felons Comme tes fils des oursaux Aquilons. DISCOURS. et non de Touraine. Et les nourrit superbes. 151 Et que sans grace et sans misericorde Trame lié l'ennemy d'une corde. si l'ennemy poursuit L D'autant que l'autheur avoit le prieuré Sainct Cosme lez Tours. en armes herissée. la jeunesse blonde Trompans les-mains. Que mesme jour vit naistre et trespassée. que l'infidele armée Soit par soy-mesme en son sang consumée. Comme il advint dedans le champ de Mars. (') Que nos raisins. Comme ceux-cy soufflent en nostre sein Un camp armé de pestes et de fain. Ou bien.venues Loin devant eux les legions des nues. nostre Prince et l'Eglise Que Dieu bastit d'un fondement tres-seur Aussi son. et que toute elle meure.bras en est le defenseur. D'avoir osé d'une vaine entreprise Forcer le ciel. ains que Phebus s'abaisse Tout haletant au sein de son hostesse. Ta gauche main son Egide prendra. Punition de son grave péché. . L Donne. Quand la moisson Colchide de soudars Nasquit de terre. Bien loin derriere à son char attaché. Seigneur. Seigneur. Ou bien du ciel qu'il te plaise ruer Ton feu sur elle. Qu'elle se puisse elle-mesme tuer. Qui vont soufflant à leurs fieres. Seigneur. que la chance incertaine Ne tombe point sur nos champs de Touraine. nos bleds et nos vergers Aux laboureurs ne soyent point mensongers. car il estoit Vendosmois. O Seigneur Dieu.

l'entreprise et l'audace Des ennemis. à fin de prendre l'advantage du pays et du lieu. qu'une si foible place A fait froisser. partit de nuict pour se loger à Mont- contour et depuis eurent le mesme dessein pour gaigner Ervaux. Je chanteray de ce Duc la louange. que toute terre estrange Craigne la France. Le lict. forte de braves gens de guerre. Vivent. nos terres fortunées. mais bien par la vertu. qui suis le moindre des François. prix en soit la mort. et vivent ses guerriers. et ne passe son bord. D'estomac foible. prés Sainct Barthelemy. Duc de Guise der- nier mort. Tant le combat qu'on le veinque de nuit. et de petite vois. 2. non selon la coustume Des courtisans. le le Ou. par soucis et par peines Et qui nous ont par leur sang achete D'un cœur hardy la douce liberté. (4) 1. au lieu de trois crapaux. Qui de Poictiers remportent les lauriers (3) Lauriers gaignez. A qui tu as tes fleurs de lys données! (2). Roy de France. où maintenant est l'abbaye de Joyenval. et l'autre quatorze. 3. par un rampart battu Et rebattu de ces foudres humaines. Borne le cœur. non gueres loing de Sainct Germain en Laye. par l'ocieuse plume. Seigneur. Pour ce que l'Admiral. briser et trébucher. qui soustindrent le siege de Poictiers contre l'Admiral de Coligny. 4. Par veille et faim. Seigneur. Soin et travail. passant. Maxime de . Messeigneurs Henry de Lorraine. l'un n'ayant que dix-sept ans. premier Duc de Mayenne. Poictiers. 152 DISCOURS. et Charles de Lorraine. Je pense que nous avons parlé cy-devant comme les fleurs de lys furent données par l'ange à Clovis. (') L'aube vermeille au large sein d'yvoyre Puisse en naissant annoncer la victoire Et moy. l'amour. Afin. Vive ce Roy.

(3) Une premiere et seconde bataille. et qui ont Dés le berceau les lauriers sur le front. Roy d'Espagne. que la mer et l'orage N'avoient sceu rompre ainsi cet admirai (1) Ayant passé maint peril et maint mal. Par un destin elle vient rencontrer Un roc sous mer qui la froisse au rivage. 153 Comme une nef se rompt contre un rocher. mieux les jeunes que les vieux Qui aime Les jeunes sont tousjours victorieux Tousjours le chaut surmonte la froidure Du gay printemps plaisante est la verdure. Joyeuse au port de lingots d'or chargée. (2) Perte de gens et perte de muraille. Mais en voulant dedans le havre entrer. Sous les Rois François Ier et Henry II tres-fidellement et vaillamment. Et de fait cela redonna le temps à l'armée royale. recitée par La Nouë: que c'est une faute signalée d'attaquer une grande place bien fournie. 6. hostes d'une belle ame. Là ses cheveux qui par l'age grisonnent. de Carpathe ou Qui retournoit d'Egée. Les deux jeunes freres de Guise. battu par Philippes II. Et le soleil en naissant est plus beau Que le couchant qui se panche au tombeau. 5. quand on poursuivoit un bien plus advantageux et plus grand. (6) Cœurs genereux. Donnerent place aux Princes. 1. Coligny. 3. Perdant son bien. Tenans de leur pere et de leur grand-pere. de se remettre. à demy deffaite par les incommoditez et fatigues. qui cotonnent D'un jeune poil leurs mentons ( ). 4. Au siege de Sainct Quentin. On dit bien vray Fortune est une femme. (4) S'est venu rompre en cent mille quartiers Contre les murs debiles de Poictiers. François Duc de Guise. DISCOURS. 2. . Dreux et Jarnac. contre les Rois. autrement Jazeneuil.

que ceste barbe tendre Puisse à la grise une vergongne rendre ('). qui fut à la Terre Saincte. Conquirent seuls. d'une force asseurée. Jusques au ciel ont eslevé les testes. nommé Charles. qui hautains et divins. 4. . Et qu'au seul bruit de ce grand Duc d'Anjou Les ennemis ployent dessous le jou. Monseigneur l'Admiral. au milieu de la guerre. De Henry il. et l'autre fils du Roy Jean. Donne. (3) Imitateur de ces Ducs Angevins. Tyr et Sidon. 3. travaux. Dessur la poudre en son long renversé Auprès des siens. Seigneur.154 DISCOURS. Roy de Sicile. Terres. Et de ses dents morde la dure terre Comme insensé de voir tous ses desseins Ainsi que vent eschapper de ses mains. Nicée et Cesarée. Et la cité où Jesus autresfois Pour nos péchez ensanglanta sa croix. Seigneur. nommé Louys. Imitateur de l'esprit de son frere. et peuples estrangers. Donne.) i. N'estimans point les petites conquestes. que mon souhait avienne. Et mesprisans la mer et les dangers. Roy de France. (1578. 2. De Charles de Valois. (2) Imitateur des vertus de son pere. (4) Princes guerriers. Que l'ennemy aux rives de la Senne Tombe sanglant de mille coups persé. L'un frere de sainct Louys et Roy de Sicile.

Et couronnant cet enfant de lierre. Une voix forte. Dés le berceau lé fit naistre à la guerre. une plume d'airain. Le nourrisson de Fortune prospère. et comme Horace ne parloit en vain quand il le publioit. Voyci comme Dieu met l'aiguillon de prophetie en l'ame des poëtes. nourrit. et d'un monarque frere. à present Roy de France. 1 me faudroit une aimaintine main. Et les vertus le font. Et le mestier des armes luy apprit. . Fils d'un monarque. La bataille de Monteontour eut lieu le 3 octobre 1569. Frere du Roy. car il ne fut point de mention que fort long temps après de la couronne de Pologne qui fut donnée à ce jeune et vaillant Prince en 1573. (2) C'est ce Henry (second honneur de France) Fils de Henry. qui demy-Dieu Et les lauriers qu'il s'est mis sur le front. DISCOURS. Ainsi jadis le grand Saturnien Fut alaitté dans l'antre Dictyen Entre le bruit des boucliers et des armes. Si je voulois par une digne histoire De ce grand Duc escrire la victoire. 2. Ainsi jadis ces deux fameux gendarmes i. que Mars des son enfance Comme sa race en son giron. (1) ou LOUANGE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. 155 L'HYDRE DESFAICT. Qui par prouesse un jour doit acquerir Un autre sceptre avant que de mourir.

Qui forcenez saccageoient Faisant sonner le fer contre leur Prince Tant peut un peuple aux armes eshonté. Il est certain que du bout de sa lance Henry borna plus outre nostre France. Et sur le Rhin planta les fleurs de lys. 156 Jason Achille enfancous de Chiron Jason. et l'autre des François? . conseillé d'une jeune prudence. Jeunes tous deux. A ce bon Roy faisoient humble service. leur province. Quand la fureur le devoir a donté! Luy. Mais à qui dois-je égaler la jeunesse De ce Henry. Et sans discord. enfançons de Chiron. Tous deux ornez d'une ame liberale. sans crainte se pousserent. O vaillant Duc. Blonde toison qui sort pour le message vient en la fleur de son âge. sinon à la prouesse Du jeune Pyrrhe. Foudre et terreur du mur Dardanien? Tous deux yssus d'une race royale. Qui aux combats Et de bien loin leur pere surpasserent. jeune prince Romain. et de qui le menton Estoit à peine encrespé de cotton. Que l'homme Tous deux amoureux et courtois. Des partiaux a froissé l'impudence. chacun en son office. Ce Duc guerrier a trouvé les François Tous divisez de vouloir et de lois. Et par le fer planté comme veinqueur L'obéissance et la honte en leur cœur. guerriers L'un l'heur de Grece. Laissant tomber Carthage de sa main. Ainsi ce Prince en la guerre nourry Passe les faicts de son pere Henry. ainsi la fiere audace De Hannibal par les armes fit place A Scipion. Achille. DISCOURS. Mais ses subjects de cœur estoient unis. Furent nourris en son docte giron. enfant Achillien.

Donna l'assaut. quand la Grece estoit. 157 L'un. . Or l'autheur veut dire qu'ils estoient morts. erroit à son plaisir. le Connestable de Montmorency. (Voulant pour loy la liberté choisir) De gros bouillons s'eslevoit toute enflée. Et le projet que l'envieux mutin Se proposoit par belle couverture. quand la France estonnée De factions. vainquit son ennemy. 2. comme le Duc de Guise. Et d'un tour d'oeil parachever il sceut Ce que son pere en dix hyvers ne peut. Comme la mer des aquilons soufflée Contre un navire. On dit qu'Alcide en vivant acheva Treize labeurs. et lors perdant son art Le pilot' laisse aller tout au hazard. DISCOURS. et les autres de sang froid et par trahison.. et ne restoit sinon Des vieux Gaulois que l'ombre et que le nom. au bout de leur roollet. Nos vieux soldars et nos vieux capitaines Estoient perdus ('). Ainsi ce Duc s'apparut à nos peines. celuy qui-controuva Tant de travaux mis à fin par Hercule. Estoit menteur et de creance nulle. le Mareschal de Sainet André. Venant à Troye accorda l'assemblée. Il suffit bien qu'un homme en son vivant t. Et le fit choir ammoncelé parmy Les durs cailloux tombez de ses murailles. et menée Sans frein. Nostre Duc vint. toute troublée. Il s'eschauffa d'une ame non commune. sans bride. Il entreprit de forcer la fortune. Et pour son frere (*) essaya l'aventure. Le Roy Charles. les uns dans les combats. de troubles. Bien empeschez. Et au danger surmonter le destin. Et seul mit fin à dix ans de batailles.

Les anciens la nommoient le Promontoire des Saintongeois. dont l'une est la Charante. où les Huguenots. et vers le couchant de la mer Oceane. Aux yeux ardans à la gueule escumeuse. I. Nos Roys l'ont fait bastir depuis sept cents ans. de tous endroicts elle est presque environnée de marests. A la poictrine infecte et venimeuse. Son pays est nommé le comté d'Aunis.Ville de Saintonge. dont elle a voulu tousjours s'ayder pour coulorer une rebel- lion d'heresie envers ses Roys jusqu'à maintenant. qui paroist comme l'angle d'une campagne estendue entre deux rivieres. Dedans sa griffe Angoulesme (2) empietoit. il se borne du Poictou vers l'orient et vers le septentrion. . DISCOURS. Sa noire queue à la Rochelle(') avoit) Et ses trois chefs en Vienne abbreuvoit. vers le midy d'une partie du Sain- tonge. puis qu'elle fait tant parler d'elle. c'est bien la raison. Monstre cruel. 158. Or ce Henry a fait chose impossible Tuant un hydre au combat invincible. Santonum portus. les fleuves et la plaine. Si je m'estends beau- coup à son adveu. pour resister aux brigands de mer. Aille sans plus une guerre achevant. Ville fort ancienne. lequel est moins large que long. Elle eut de beaux privileges de Charles VIII. La Rochelle est sur un bras de mer. qu'elle attend les armes justes et le comble des heureuses victoires du Roy Louys XIII pour chastier son infidélité. Et seul de tous par armes a desfait Ainsi qu'Hercule un serpent contrefait. Qui d'un seul col trois testes esbranloit. capitale d'Angoumois en Sain- tonge. que l'on peut dire estre la mesme chose au royaume de France que Geneve en la duché de Savoye. ayant deux fois le jour le flus et son reflus. assise en un lieu tres-fort et relevé. et le pays qui la voisine est fertile à bon escient. payerent l'escot et les pots cassez à la bataille de Montcontour. Roy de France. Mais se roulant par toute la Guyenne. 2. Et seulement sept arpens ne fouloit Dessous sa panse horrible et Stygienne. qui de sa seule haleine Corrompoit l'air.

y mit en pièces tes regimens de Pierre-Gourde et Mouvans. Son estomac en rampant se portoit Dessus Niort. Mais ce bon Prince ennemy de sejour. Le:Vicomte de Mouvans.chef particulier. mais l'hydre le trompa. de mesme qu'il fait. et porte son nom d'un nommé Lemovix. Duc de Montpensier. En mesprisant l'hyver le poursuivit. et non:d'aucun. Nul. L'autheur prend icy l'une des testes de l'hydre pour le corps de l'armée entierement. 159. Quand Louys de Bourbon.secours de l'Huguenot. Car prenant vie et vigueur de sa playe. (2) De son gosier elle souffloit au vent Flame sur flame en salpestre allumée. 3. Et luy coupa prés Lymoge. d'autres nomment laditte bataille Jaseneuil. Ce jeune. et sa large poictrine Fouloit par tout la terre Poitevine. Plus que devant le combat il essaye. c'est la :pre- miere ville du Lymosin. des lieux prochains.Duc hazardeux s'opposa Seul à l'effroy d'une si fiere beste. DISCOURS. Ny les mois froids où le soleil ne vit. assaillir ne rosa. ny gresle. —Quant à Lymoges. Et embrazoit tous les champs d'alentour. ny gelée D'espesse pluye et de neiges meslee. partie au faiste d'une colline. elle est prés la Vienne. (') Qui se mouvoit conduicte par Mouvant. 1. Sans craindre chaud. Si vivement qu'à la fin il rencontre Encore un couples testes de ce monstre. un des bons et zelez Princes de la terre. Chaude de-braize et d'obscure fumée. Auprès Jarnac (3) ce Henry luy couppa Un autre chef. assise partie sur un.valon. Ville de Saintonge.une teste. qu'ils menoient au . tant fust preux. à: la-bataille de Mont contour. d'où la bataille qui fut donnée en ce lieu (1569) prit son nom. tres-ancienne et tres-fameuse. de la succession des enfans de Noé. d'autres Bassac. 2. .

alors duc d'Anjou. Hervaut. gaigna dans la plaine de Cron. vers la haute Bretaigne. et tasche Son corps tranché qui ne fait que trembler. Du premier coup Lusignan devora. 1. au bas de la montagne. Se renouant nœud sur nœud d'avantage. (') Il s'escria d'un sifflement si haut. d'autant que Messieurs de Guise la defendirent. comme Sainct Jouin. Mon- contour est un lieu sur les confins de Poictou. où faut la riviere. 5. demi-lieue contre les Huguenots conduits par l'Admiral Coligny. Or pour neant il se met en defense. Il ne la mangea pas. Moncontour (4) Sainct Jouyn. 4. dans laquelle est un chasteau fort que Melusine fit bastir anciennement. voulut manger Poictiers. d'Anjou. tenant le siege. à rassembler Qui se recherche. jusqu'à Sainct Ladre. De ces trois chefs le dernier luy abat. . L'autheur dit que l'hydre se logea deux mois entiers dans un marest. C'est une ville à cinq lieues de Poictiers. 6. 160 DISCOURS. N'ayant plus rien que la queue et la panse. Lieu renommé pour la bataille que ledit Roy. qui fait separation de l'Anjou et dudict Poictou. 2. ou Hervaux. pour ce que vers l'eglise de Sainct Hilaire de Poictiers. 3. nommé l'estang Sainct Hilaire. (1) Puis renforcé de force et de courage. Du Roy Henry III. Au dernier coup que sa teste couppée Baigna le champ sous l'Angevine espée. Duc de là. où plus de sept sepmaines le camp de l'Admiral de Coligny demeura. petite ville d'autour. En se cachant par deux mois tous entiers Dans un marest. (2) Mais pour neant il jettoit sa menace. et ia riviere Dive (6) Toute effroyée en trembla dans sa rive. grand Et l'attirant par la plaine au combat.Que l'Admiral de Coligny reduisit à soy quelque temps de là. Car ce Duc luy fit quitter la place. à deux lieues de là. et Arvaut (3) Que En ont tremblé. C'est une riviere du mesme quartier. un grand et large marest s'estend. Et d'un seul chef qui de trois demeura.

sinueux et rampant. 2. Occit Python de ses jeunes sagettes. (2) Et sera dit le Temple des deux freres. il faut l'œuvre parfaire. VII. Sans le laisser par tronçons rechercher Il faut. DISCOURS. egalement. Et rien ne sert de combatre à demy. II . N'avoient aussi qu'un mesme autel commun. bien permis aux grands poëtes. Ainsi Phœbus. tout fardé de cautelle. Tousjours le tout aux Dieux est agréable. Courage Prince. Ainsi Castor et Pollux n'estans qu'un. sinon je leur promets estre le second d'un qui n'a point de second. 161 Son corps perclus. Il faut du tout vaincre son ennemy. mon Duc. J'entens icy nos hardis repreneurs qui diront avec suffisance que l'on n'ourdit pas avec le marteau. Vif en sa mort regaigna la Rochelle. comme l'autheur. Que Calliope ourdit de son marteau(4) Non gueres loin où Loire de son eau Baigne de Tours ses rives solitaires. A Sainct Cosme lez Tours. la despouille attacher Toute sanglante au dessus de la porte Du temple sainct. sans juger qu'il est. appartenant à l'autheur (et dans lequel il gist). Et appendit pour spectacle immortel La beste entiere au haut de son autel: Car la moitié n'est jamais honorable. Que donc ces legeres testes de- meurent coyes. autant plai- sant lieu qu'il s'en voye. prieuré situé dans une isle. Ronsard. En se virant arpent dessus arpent Pour se sauver. s'ils en meritent l'hon- neur et la faveur. comme Alcide envers les Pygmées. Où par vergongne il cache sa douleur Sous un semblant de ne craindre un malheur. d'user de quelque licence. Les Détiens au retour de l'année I. dont les pierres je porte. et tel envers eux tous. Il faut tuer le corps de l'adversaire. en la barbe où vous estes.

ma bouche j'empliray De vin d'Anjou gaillardement mouillée. Fouillé les morts. sacrilege. Devant le temple à vous. Coupa les chefs au serpent Hugnotique.162 DISCOURS. brisé Les temples saincts.) . Comme Apollon tira de son carquois Les premiers traits. Devant le temple à la feste ordonnée Tournoient le bal. Vous invoquant qui fustes dés enfance Les freres-dieux tutelaires de France. Ce jeune Duc. Lequel avoit ce royaume einbrasé. Et d'un beau nom couvert ses brigandages. Esleu de tous capitaine publique. Feray des jeux et chomeray vos festes. freres. et d'ardente secousse Fit du serpent toute la terre rousse. Et je diray comme nostre Apollin. Me souvenant de vos belles conquestes. nos Hercules sauveurs. (158. Et dés la nuict d'estoilles habillée Jusques au jour je diray vos honneurs. honny nos bons images. ce François Herculin. Soit en la plaine ou au milieu d'un pré. chantans tous d'une voix. De maintes fleurs un chapeau je pli'ray Dessus mon front. sacré. Freres divins.

Et de ses fils detestant la misere. DISCOURS. Puis le catharre et les hydropisies. Tout detraqué de mœurs et de bien vivre. en vices nomparei). (') I. A ce serpent qui de grandeur eust bien Esté la peur du bras Thirynthien. luy regarde le soleil. Un siecle non. Signes que Dieu se faschoit contre nous. Langueurs. Que maigre Le ciel couvé de flames corrompues Et de vapeurs croupissantes és nues. Et d'un long froid de glaces renfermé. Nous empesta de fièvres qui nous font Venir le froid et la chaleur au front. La terre mere à la grasse mammelle. Mais de bourbier. A gueule ouverte erroient ainsi qu'un ours. pestes et frenaisies. Le siege de Poictiers. LES ELEMENS ENNEMIS DE L'HYDRE. Et maudissoit nostre siecle rouillé. de meurtre tout souillé. Ayant horreur d'une si longue guerre. Siecle de fer. qui dura deux mois. S'est contre luy cruellement armé. ny de fer ny de. . Mais l'air glueux d'une espaisse gelée Et d'une neige en la pluye meslée. Devint marastre en lieu de bonne mere. en despit d'elle Qui porte tout.cuivre. portant Dessus son dos un peuple si troublé. palleurs. 163. Nia son vin ses pommes et son blé. Non seulement les hommes ont fait teste A ceste horrible abominable beste.

furent telles que l'Admiral. toute la terre. Donc si les Rois et tous les elemens Se sont monstrez ennemis vehemens De ce Python. et le feu. colonnel de l'infanterie huguenotte. Voyant le fleuve. qu'au monstre s'opposa. . Nostre bon Loire. Qui d'un grand ply couvoit dessous sa pance Flamans. et l'eau. invincible defence De nostre armée. L'air. Les elemens et toute creature Soient desniez à ce monstre nouveau. et de toute la France. il osa Tant s'eslever. pour revanche siege. Le camp rebelle estoit composé de telles nations. Anglois. qui n'eurent par ce de leur estrillez moyen l'honneur d'estre. Les dysenteries et les autres maladies qui ruinerent les assiegeans. Ses mauvais traits versa dessus la terre Pour estouffer par l'excés d'un esté Ce vieil Python de Megere allaitté. à Moncontour. 164 DISCOURS. d'Acier. fier. les denioit aux hommes. monstre Il ne faut point. Pour ne souffrir qu'une gent si maline Contre son gré luy foulast la poitrine? Se desbordant par six mois. Allemans (2) et la France. il faut que la nature. avec une infinité d'autres. 2. En l'air moiteux ses vagues envoya. Qui affectant sa part en la victoire. Lors le serpent d'une frayeur douteuse. et le fils dudit la Nocle y mourut. Qui. ses abois. Et de son laict les nourrissant. faisoit Que leur païs et Dieu leur desplaisoit. terre. et son frere y furent aux abbois. Et prés Saumur ses ennemis noya. Que dirons-nous des flots de nostre Loire. le Comte de la Roche-Foucaut. que tu consommes I. Beauvais la Nocle Briquemaud. par une chaleur extreme. Le menaçant de sa corne venteuse. et craignant N'osa tenter au combat Achelois.

Qui renversa temples et cimetaires. (1578. 165 Si mauvais en tout lieu corps. isles situées prés de la Rochelle. Pource il doit estre ou pasture des loups. luy-mesmes s'est contraint De s'enfuir. Sans s'esmouvoir de passion humaine. ou des chiens solitaires. nez. albergo d'ira. et prolongeant ses peines D'aller choisir les isles de Marames ('). aux ministres de Dieu. FIN DES DISCOURS. nous devons bien nommer en style de Petrarque: que Fontana di dolore. Schola d'errori. Or luy. Son vray sepulchre. afin que tous les flots Loin de la France en respandent les os Semez au vent. voyant qu'il n'y avoit lieu saint Pour l'enterrer. . Les honnissoit d'injures et de coups.) I. DISCOURS. e tempio d'heresia. malheureuse ville. Ou des corbeaux. qui trenchoit Oreilles. Ains tout enflé d'une arrogance vaine. et que de son histoire Ne soit jamais ny livre ny memoire.

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DE RONSARD Gentilhomme Vendomois. . LES EPITAPHES DE DIVERS SUJETS DE P.

Et se plaisent de lire en si petit espace Leurs noms et leurs surnoms. . si le sens preside Encor aux trespassez comme il faisoit icy.e derrenier honneur qu'on doit à l'homme mort. Or. LC'est l'epitaphe escrit tout à l'entour du bord Du tombeau pour memoire. Tel bien memoratif allege leur soucy. On dit que Simonide En fut premier autheur. leurs villes et leur race.

est au Musée du Louvre. 169 LES EPITAPHES DE DIVERS SUJ ETS DE P. qui soutiennent sur leurs têtes le vase où fut déposé le cœur de Henry II. (1) ar une Royne où sont toutes les graces Trois Graces sont mises dessous ce cœur. DE RONSARD Gentilhomme Vendomois. Il n'y a pas à douter que ces vers aient été composés au sujet du groupe des trois Grâces. .Cœur d'un grand Prince. ou plutôt des Trois Vertus. Il doit peut-être au sonnet de Ronsard son impropre appellation des Trois Grâces. invincible vain- queur. I. Ce marbre. . Cardinal de Lorraine. A TRES-ILLUSTRE ET VERTUEUX PRINCE CHARLES. SUR LE CŒUR DU FEU ROY TRES-CHRESTIEN HENRY II. sculpté par Germain Pilon. Qui fut l'honneur des vertus et des Graces. et l'éternel honneur de l'art français au XVIe siècle.

Car de ce Roy l'espouse Catherine. Doncque La voix entre-coupée a trouvé le passage! l'aspre douleur qui forçoit le vouloir. (1564. et maugré moy je vy! Je souspire en mon coeur que je ne t'ay suivy. le mit en sa poitrine. Prince tres-debonnaire. Chantast en souspirant l'obseque de son maistre! I. Morel. Comme les plus loyaux suivoient les Roys de Perse. tu me devois occire à son tombeau a. Doncques A permis que je peusse en ces vers me doutoir Et que le serviteur. Fist en pleurs et en deuil l'obseque de son maistre. (') entre les souspirs. Et pour tombeau le garde auprès du sien. En lieu de marbre Attique ou Parien. que le malheur vit naistre. Ne't'esbahis admirant sa grandeur.170 EPITAPHES. Var. in-4° de 16 pages. .: Et que le serviteur. très-vertueux et tres-eloquent. (a) Hà! Charles. d. les sanglots et ta rage. pour son malheur accroistre. Douleur. en si peu de rondeur Qu'un peu d'espace Enserre un cœur qui conquit tant de places.) LE TOMBEAU DU FEU ROY TRES-CHRESTIEN CHARLES IX. tu es mort. O malice des cieux! ô Fortune perverse! Atropos est trop lente à couper mon fuseau. A Paris. F.. Mais l'ombre en est tant seulement icy. Prenant ce cœur. Toy qui les faits de ce Henry embrasses. Pour un grand cœur falloit grand' place aussi. s.

Aussi bien. Qu'il avoit dés Clovis en la France trouvée. Ont quitté leurs maisons et leurs demeures vaines. pour honorer les cieux. c'est ce grand Dieu. Puis la tendre barbe au menton se renforce. Qui n'avez peu souffrir ce honteux deshonneur De vivre après la mort du Roy vostre seigneur! Ny la religion sainctement observée. Ô Destin la France n'estoit pas Ny digne de l'avoir. Qu'en civiles fureurs. ny de porter ses pas. EPITAPHES. Ny N ont sceu flechir la mort que sa fiere rudesse N'ait tranché sans pitié le fil de sa jeunesse.' magazin Ny l'amour de vertu. Comme indignes du soin des affaires humaines. Prophaner les autels. Où depuis la mammelle il n'a vescu qu'en guerre. Son esprit. qu'au milieu des traisons. Telle qu'en son vivant elle estoit apparue. les messes sans usage. Et la religion n'estre qu'un brigandage. Il a veu de Jesus abbatre les maisons. Et de n'avoir le coup de la mort retenu. 171 Dormez en doux repos sous vos tombes poudreuses. Ny sa douce eloquence et sa force de Mars. ames tres-genereuses. Pour en faire une estoille aux rayons chevelue. Il se vit au berceau des serpens assailly Comme un jeune Herculin. vous La Tour. dont il rompit la force. Les Dieux tous vergongneux du malheur advenu. Ny les cris des François. . ny les vœux maternels. de toutes sortes d'arts. ce monarque des Dieux. La France à son bon Prince une marastre terre. Qui combattoient ce Prince en ses propres entrailles. Vous Auchi. Toutefois au besoin sa vertu n'a failly. quand et la vertu s'accroissent le temps. Que 1 âge par Il se vit assailly des superbes Titans. Je faux. Qu'à la fin il vainquit par quatre grand's batailles. Qui l'a ravy d'icy. les pleurs de sa femme au milieu des autels. ny son âge premiere Qui commençoit encore à gouster la lumiere.

pour foyers. et non celle des Rois. Que combatant pour Dieu. helas. par un meilleur destin. contre les hérétiques. (') Or je reviens à toy. Tant de cas monstrueux. Et rompant par conseil leurs secrettes pratiques. pour le moins leur donner plus d'espace. Meurent dedans la au milieu prée du printemps. Ou s'il est arresté que tout le monde passe. terre. 172 EPITAPHES. Sans couper leur moisson avant qu'elle soit meure. Tu devrois. Mais contre ta rigueur personne ne s'asseure. Et sous mesme cercueil l'espérance enserrer De ses loyaux subjets. La fille de la Nuict et du lac Stygieux. Qui seule sans mercy. A peine se fermoit la tombe de son frere. pour l'Eglise et la foy. Bien qu'il meure en jeunesse. L'âge ne sert de rien. Tu devrois pardonner à ce sang de Valois. Peu nous servent des ans les courses retournées. qui n'as point d'yeux. Les vertus nous font l'âge. Tu devrois seulement tuer le populaire. Ainsi les fleurs d'avril par l'orage du temps. d'une ardante envie qui I. Qu'il mourut en sa fleur.' . Parque. et non pas les années.eut le cœur si ferme et si digne d'un Roy. choses diverses. te plais à nous desplaire. Pour autels. A peine se fermoit le tombeau de son pere. demeurant invaincu. les gestes font la vie. Et leur prèster loisir. tant de longues traverses Que le sort luy brassoit. Grosse race de. martyr de Jesus-Christ! Mais s'il faut raconter tant de. Telle langueur extreme en son corps il en prist. Alexandre à trente ans vesquit plus que ne font Ceux qui ont la vieillesse et les rides au front. Corneille semble s'être souvenu de ce vers quand il a dit La vertu n'attend pas le nombre des années. pour l'enterrer. D'achever doucement leurs cours jusqu'à la fin. Que voy-la-ci r'ouverte. Si sa royauté fut de peu d'âge suivie. il a beaucoup vescu. l.

Bref. Une telle moisson abondante en vertu Se perdoit sans profit à l'oubli dispersée. (1578) Et son experience aux mestiers politiques? 1. Et l'amour qu'il portoit à toute sa province? Sa vie qui servoit à son peuple de loy? Sa debonnaireté. avant que le coup soit Repris et ressoudé. Ah! trois et quatre fois malheureuse Vincenes! Bois. Il entend ceux qui ont escrit de la mort du feu Roy. Et sur tout à sa mere enfant obéissant? Dirons-nous de ce Roy les desseins heroïques. Ennemy des meschans. et d'un horrible effroy Le silence eternel loge tousjours chez toy! Dirons-nous les vertus de ce vertueux Prince. les corbeaux de sinistre presage Volent tousjours sur toy ta court et ton bocage Soient tousjours sans verdeur. coulpable de nos peines! En toy ce jeune Prince a fermé ses beaux yeux. Var. chasteau mal-heureux. où Charles est mort. Et que plus il cachoit qu'il ne monstroit au front? Dirons-nous sa douceur à nulle autre seconde? Sujet qui lasseroit une plume feconde. Si la Muse ne l'eust quelque peu ramassée. qui n'a laissé sinon Dedans le cœur des siens qu un regret de son nom. sa croyance et sa foy? Son cœur contre son âge invaincu par le vice. (Note de l'édit. EPITAPHES. Ainsi en mesme place. l'autre coup se reçoit. Les chouans. Tant il estoit de grace et d'honneur revestu. (') a. Dignes de voir tousjours la lumiere des cieux Il a fermé sa bouche où sourdoit l'abondance D'un parler plus qu'humain emmiellé d'eloquence. Et son experience aux mestiers mecaniques? (a) Dirons-nous son esprit ingenieux et prompt. Les armes et les arts à l'égal cherissant. le support de justice. 173 + consacré service etet lala vie Luy avoient consacré le service vie.) . originale.

heureux entre les Dieux. Et en lieu d'un grand nombre amasse une javelle. Un regret te blessoit. Pour les adjoindre aux tiens. De larmes tout mouillez coupez ils eussent mis Leurs cheveux entournez d'odorante verdure. n'empesche point de m'ouyr sous la terre! O trois fois grand esprit. Qui par l'ongle nous fait cognoistre le lion. que les Dieux dépitez Tourmentent si long-temps pour nos iniquitez. en lieu d'un tombeau. si le tombeau qui serre Tes os. et les yeux te fermoient. Qui veut également de tous obéissance. Toy fille d'Empereur. Te regardoient passer. icy pleuroit ta femme. ne pleure plus. Au milieu de tes pleurs. les mettre en leur poitrine. à fin que mainte année La France par tes mains demeure gouvernée. Souspirant son malheur tout le champ il ratelle. De myrte.174 EPtTAPHES. Et toutesfois ce peu en vaut un million. L'empire de Fortune auroit moins de puissance. Et si la saincte loy des chrestiens l'eust permis. et à longs traicts humoient Ta vie et ton esprit maugré la mort voisine. Et de n'estre couvert d'une terre estrangere! Tu es mort en ton lict. Tu es mort desdaignant les sceptres terriens. patiente. il te faut asseurer Si seule tu estois exempte de pleurer. Mere. escoute-moy. Icy pleuroit ta mere. c'est de n'avoir laissée Ta province en repos. de fait et de pensée. entre les bras des tiens. Qui tristes ramassoient le reste de ton ame Errant dessus ta bouche. Charles. Que cruel il dérobe à tes jeunes enfans. tu dois estre joyeux D'avoir payé ta debte au giron de ta mere. Estoille des François. helas! Ses espics par l'orage atterrez contre bas. Ainsi qu'un laboureur après qu'il voit. Advienne que le ciel t'eslargisse les ans. dedans ta sepulture. Pour. reçoy . et de laurier. Aspirant tout à Dieu. espouse de ce Roy.

qui la France regarde. ne la laisser. aux armes le premier. SONNET DE LUY-MESME. et la prens sous ta garde. Dequoy Qui par succession est maistre de ton lieu Un Dieu doit heriter à l'empire d'un Dieu! Et quand il ne seroit heritier de l'empire. Comme astre des Valois. Et perir un chacun. Et reçoy. Castor ton frere est regnant en ta place. François. perira quelquesfois. C'est qu'à la fin la mort toutes choses emmeine. Que l'orage venteux a fait tomber à bas. Réjouy-toy là haut. Et ne sois offensé d'un si mauvais escrit La douleur par ta mort m'a dérobé l'esprit. O malice des cieux quand tu commençois d'estre. que j'appens à ta gloire. Ainsi tu es tombé sous le cruel trespas. Le frere de nos Roys. heureux. A qui dés le berceau s'engagea le launer. De souspirs et de pleurs il convient me repaistre. s'il te plaist. he!as! trois fois helas! Helas! qui promettois qu'un jour par tes combas Ton empire seroit de tout le monde maistre. pour tousjours luy verser Un bon-heur. et jamais. qui fait mourir les Rois. divin esprit. Comme unebelle fleur qui commençoit à naistre. pour durable memoire Ces souspirs tels qu'ils sont. 175 La consolation de la misere humaine. Te voyant au cercueil. un Auguste. Qui as soin de ses maux. Le temps. Pour ses rares vertus on le devroit eslire Un Cesar. Et toy. EPITAPHES. sois fort en ce malheur. digne du nom de François ton grand pere. et sereine ta face. . Et que mesme le ciel. Duc d'Alençon en qui ce siecle espere. et non les pleurs soulage la douleur. Et toy.

La France t'a pleuré les Muses et les armes. sans fleschir de la loy Qu'icy tu luy preschas. gloria cœli. De ton Prince la mort à la mort as ravie. Nunc idem cœlo vivens est. Pren de ton serviteur ces souspirs et ces larmes! Carolus in terris. De prescheur. ne devoit pleurer la mort d'un si bon Roy. adieu. Quò se justitiæ et pietatis sustulit alis. enseigne de sa foy. le serviteur le maistre. Charles. confesseur. Nul Que toy qui cognoissois la bonté de sa vie. Adieu. 176 EPITAPHES. ARNAUT SORBIN. A M. SONNET. justicee magno et pietatis amore. Il vit auprès de Dieu. Tout vestu d'habit blanc. (1578-) . Et la religion sont mortes avecq toy. Pour meriter au ciel la palme desservie. la justice et la foy. Rendant l'ame en tes bras. constant tu le vis estre sans regretter son sceptre terrien. Prédicateur dudit feu Roy Charles IX. qui de trois fait l'office. laquelle il a suivie. D'esprit O maistre bien-heureux! qui eus à ton service Si fidele servant. Evesque de Nevers. du ciel astre nouveau Tandis que je t'appreste un plus riche tombeau. L'honneur et la vertu. Qui en terre et au ciel vit maintenant par toy. terrarum gloria vixit Maxima. Le bon pleure le bon. et d'un historien.

triomphant Il a vaincu Satan. Premier victorieux d'une si forte guerre. Qui ne doit aux Chrestiens se monstrer odieux. les enfers et leur sort. in-4° de 10 ff. VII. Duchesse de Savoye. Auquel Charle est passé pour s'envoler aux cieux. Paris. Buon. ENSEMBLE CELUY DE TRES-AUGUSTE ET DE TRES-SAINTE MEMOIRE FRANÇOIS Ier DE CE ET DE MESSIEURS SES NOM. (a) Prenant pour luy le gain. 1575. I. la naissance se suit. Et comme deux anneaux l'un en l'autre s'enserre. qui destruit. a. EPITAPHES. i le grain de froment ne se en terre. Par lequel est passé Charles volant aux cieux. de la mort. (1578. L'exemplaire que j'ai consulté se trouve dans un recueil Ronsard. Il doit suivre son la mort a Christ. ET DE SES PETITS-FILS. Il ne sçauroit De la corruption porter ny pourrit fueille ny bon fruit. (1) que je suis marry Ah! Ne peut dire ces mots que la Muse comme fait Françoise la Gregeoise. 12 .) LE TOMBEAU DE MARGUERITE DE FRANCE. en lettres italiques. nous laissant le dommage. ENFANS. 177 A LUY-MESME. Var. Le Chrestien sous le tombeau de pierre endormy Doit revestir son corps en despit de la nuit. Il vit assis là-haut. Et a fait que la mort n'est plus rien qu'un passage.

EPITAPHES.
178
-1-

Ocymore,dispotme, oligochronien;(1)
Certes je les dirois du sang Valesien,
de grace, et de lustre ressemble
Qui de beauté,
Au lys qui naist, fleurit, et se meurt tout ensemble.
Ce monarque François, François premier du nom,
Nourrisson de Phebus, des Muses le mignon,
dessous sa royale et auguste figure
Qui
Cachoit avec Pithon, les Graces et Mercure,
Qui sçavoit les secrets de la terre et des cieux,
devant ses
Veit, ainsi que Priam, propres yeux,
(Hé! qui pourroit du ciel corrompre 1 influance?)
Enterrer ses enfans en leur premiere enfance.
Il veit (car il estoit dans le ciel ordonné)
à Tournon son premier fils aisné,
Trespasser
fait ressembloit à son pere,
Qui de nom et de
A qui ja la Fortune, heureusement prospere,
Sourioit d'un bon œi[, et ja dedans son sein,
Comme son cher enfant l'apastoit de sa main.
A peine un blond duvet commençoit à s'estendre
Sur son jeune menton, que la mort le vint prendre
où tous les nerfs
Ordonnant pour son pere un camp
De la Gaule tiroient; les champs estoient couverts

de vers du même genre (Epitaphes et Tombeaux) ayant fait
de J. A. de Thou et relié en veau
partie de la bibliothèque
vert à ses armes. Ce précieux volume appartient aujourd'hui
à mon savant ami le baron J. Pichon. Le Tombeau de
Marguerite est immédiatement
suivi de 4 ff. numérotés,
intitulés Estrennes au Roy
imprimés en lettres rondes et
au mois de décembre. Il me
Henry III envoyées à sa Majesté
deux si différentes
semble difficile d'admettre que ces pièces,
le et l'exécution, sortent des mêmes presses
pour sujet pour
et aient été publiées simultanément. Les vers à Henry III
se trouvent dans la présente édition, t. III, p. 283.
I. Ces mots grecs seront trouvez fort nouveaux; mais
d'autant que nostre langue ne pouvoit exprimer ma concep-
une vie de petite
tion, j'ay esté forcé d'en user qui signifient
durée. Filosofie et mathematique ont esté aussy estranges
au commencement; mais l'usage les a par traict de temps
adoulcis et rendus nostres. (Note de Ronsard. (1575)

EPITAPHES.
179

D'hommes et de chevaux; bref, où la France armée
Toute dedans un ost se voyoit enfermée.
Il eut pour son sepulchre un millier d'estendars,
De harnois de boucliers, de piques, de soldars;
Le Rosne le pleura, et la Saosne endormie;
Mesme de l'Espagnol l'arrogance ennemie
Pleura ce jeune Prince; et le pere, outrageux
Contre sa propre teste, arracha ses cheveux, (')
Il arracha sa barbe, et de,telle despouille
Couvrit son cher enfant. Ah! fatale quenouille,
Parque, tu monstres bien que ta cruelle main
Ne se donne soucy du pauvre genre humain
Ainsi jeune.et vaillant, au printemps de ta vie
Tu mourus, Germaniq' ta mere
quand Livie,
En lieu de recevoir un triomphe nouveau,
(0 cruauté du ciel ) ne receut qu'un tombeau.
Six jours devant sa fin je vins à son service;
Mon malheur me permit qu'au lict mort je le veisse,
Non comme un homme mort, mais comme un
endormy,
Ou comme un beau bouton qui se panche à demy,
Languissant en avri), alors que la tempeste,
Jalouse de son teint, luy aggrave la teste,
Et luy chargeant le col e fanit contre bas,
Ensemble prenant vie le
avecques trespas.
Je vy son corps ouvrir, osant mes yeux repaistre
Des poulmons et du cœur et du sang de mon maistre.
Tel sembloit Adonis sur la place estendu,
Aprés que tout son sang du corps fut respandu.
Ja trois mois se passoient, lors que la Renommée,
(Qui de François avoit toute Europe semée,
Sa vertu, sa justice, et son divin sçavoir)
Poussa le Roy d'Ecosse en France pour le voir;
Comme jadis Saba, qui des terres lointaines
Visita Salomon sur les rives Jourdaines.
Ce Roy d'Escosse estoit en la fleur de ses ans;

I. Les anciens jettoient leurs cheveux sur la tombe des
morts.- (Note de Ronsard. 1575.)

180 EPITAPHES.

Ses cheveux non tondus comme fin or luisans,
Cordonnez et crespez, flottans dessus sa face
Et sur son col de laict, luy donnoient bonne grace.
Son port estoit royal, son regard vigoureux,
De vertus, et d'honneur et de guerre amoureux;
La douceur et la force illustroient son visage,
Si que Venus et Mars en avoient fait partage.
Ce grand Prince François admirant l'estranger,
chez un grand Roy s'estoit venu loger
Qui Roy
Son sceptre abandonnant, sa couronne et son isfe;
Pour le recompenser luy accorda sa fille
La belle Magdeleine, honneur de chasteté,
Une Grace en beauté, Junon en majesté.
ces deux grands Roys, l'un en robbe françoise
Déja
Et l'autre revestu d'une mante escossoise,
Tous deux la messe oüye, et repeus du sainct pain,
Tous deux tenans le sceptre, et la main en la main,
S'estoient confederez; les fleurs tomboient menues,
La publique allegresse erroit parmy les rues;
Les nefs, les gallions, les caracons pendoient
A l'ancre dans le havre, et flottant attendoient
Ce Prince et son Espouse, à fin de les conduire.
A peine elle sautoit en terre du navire,
Pour toucher son Escosse, et saluer le bord,
en lieu d'un royaume elle y trouva la mort.
Quand
Ny larmes du mary, ny beauté, ny jeunesse,
ne flechit la rudesse
Ny vœu, ny oraison,
De la Parque dit la fille de la Nuict,
qu'on
Que ceste belle Royne, avant que porter fruict,
Ne mourust en sa fleur; le poulmon qui est hoste
De l'âme soufle-vent, luy tenoit à la coste.
Elle mourut sans peine aux bras de son mary,
Et parmy ses baisers; luy, tristement marry,
l'ame de dueil et de regret frappée,
Ayant
Voulut cent fois percer son corps de son espée.
La raison le retint, et tout ce faict je vey,
Qui jeune l'avois page en sa terre suivy,
Trop plus que mon merite honoré d'un tel Prince,

EPITAPHES. 181
Sa bonté
)nté m'arrestant
m'arrestant deux ans
deux ans enen sasa province.
province.
fus
Retourné, je page au grand Duc d'Orleans,
Le tiers fils de François, qui en fleur de ses ans,
Beau, courageux et fort, et de haute entreprise,
Presque le monde entier estoit sa convoitise.
De Charles Empereur le gendre il se vantoit;
Déja la bonne paix la terre frequentoit,
Mars s'enfuyoit en Thrace, et ce Duc pensoit estre
Déja de la Bourgongne et de Milan le maistre,
Ministre de la paix superbe se bravoit;
La faveur de son pere et du peuple il avoit,
Nourrisson de Fortune et ja les Roys estranges
Honoroient son genie, et chantoient ses louanges.
En magnifique pompe en Flandre il visita
Par deux fois l'Empereur qui benin le traita,
Et luy promit sa fille; et chargé d'esperance,
De jeunesse et d'amour, il fit retour en France.
Hà! folle ambition, tu ne dures qu'un jour!
Il fut victorieux des murs de Luxembour.
Comme un Dieu, le suivoit une presse importune;
Il vouloit commander à la mesme Fortune,
ce luy sembloit, du Destin et du Temps.
Maistre,
Il entroit à grand' peine aux jours de son printemps,
Quand la mort qui avoit sur sa jeunesse envie,
Luy trancha tout d'un coup l'esperance et la vie.
Ce Prince à Fremontier de la peste mourut;
Sceptre ny sang royal Charles ne secourut
(.Charles. estoit son nom) que la fiere Eumenide
D'une torche fumeuse au bord Acherontide
Ne dist son hymenée, et pour un lict nopcier
Ne luy sillast les yeux d'un long somme d'acier,
Ayant pour une femme une tombe funeste.
O dure cruauté d'influence celeste!
O mal-heureux appas de grandeurs et d'honneurs!
Malheureux qui se fie aux humaines faveurs,
Et au monde qui semble une tempeste esmeue!
Seulement le Destin nous en monstra la veue,
Puis la re-desroba; ainsi le vent destruit

182 EPITAPHES.

L'ante quand elle est preste à porter un bon fruit.
Jamais le dur cizeau de la Parque cruelle
Ne trancha de nos Rois une trame si belle;
Jamais le mois d'avril ne vid si belle fleur,
Ny l'orient joyau de si belle couleur.
Il sembloit un Paris en beauté de visage,
Il sembloit au Dieu Mars en grandeur de courage,
Gracieux, debonnaire, eloquent et subtil,
D'inventions de guerre un magazin fertil.
Il avoit dans le corps l'ame si genereuse,
Qu'il n'eust jamais trouvé sur la plaine poudreuse
L'ennemy, qu'à ses pieds il n'eust bouleversé
Bataille tant fust grande, ou mur qu'il n'eust forcé.
Son pere qui chargeoit tous les cieux de priere,
En mourant luy ferma l'une et l'autre paupiere,
Se pasma dessus luy, de larmes le baigna,
Et presque demy-mort le mort accompaigna.
Les roses et les lis en tous temps puissent naistre
Sur ce Charles qui fut prés de cinq ans mon maistre.
Des deux freres à peine estoit clos le tombeau,
Que voicy dueil sur dueil, pleur dessus pleur nouveau,
dessur trespas, misere sur misere;
Trespas
Apres les enfans morts, voicy la mort du pere,
Du grand Prince François, à qui toutes les Soeurs
Hostesses d'Helicon avoient de leurs douceurs
Abreuvé l'estomac, à l'eau Castalide,
qui
Les antres Cyrrheans, la grotte Pieride,
S'ouvroient en sa faveur; grand Roy qui tout sçavoit,
Qui sur le haut du front cent avoit,
majestez
De qui la vertu mesme honoroit ta couronne,
Mourut comme il entroit au cours de son autonne.
Il fut en sa jeunesse un Prince avantureux,
Tantost heureux en guerre, et tantost mal-heureux,
Comme il plaist au Destin, et à celle qui meine
Tantost bas, tantost haut, toute entreprise humaine.
Bien qu'il fust des grands Rois le sommet et l'honneur,
Et de tant de citez et de peuples seigneur,
Qu'en son sein Amalthée espandit l'abondance;

EPITAPHES. 183

Bien qu'il fust opulent d'hommes et de puissance,
Qu'il eust basty chasteaux et palais à foison,
Si est-ce qu'il mourut en estrange maison,
Laissant l'Anglois en France, et la paix mal jurée
Avecques l'Empereur, de petite durée.
Henry, son second fils et son seul heritier,
Vint aprés, qui suivant des armes le mestier,
Se fit aimer des siens et redouter par force
En Escosse, Angleterre, en Toscane et en Corse.
Il fut un second Mars, et le ciel l'avoit fait
Pour se monstrer en guerre un monarque parfait.
Nul ne picquoit si bien le long de la campagne-
Ou le coursier de Naple ou le genet d'Espagne
Un Castor en chevaux, un Pollux il estoit
Au mestier de l'escrime, il sautoit, il luttoit,
Et nul ne devançoit ses pieds à la carriere,
Et nul ne combatoit si bien à la barriere,
Soit qu'il fust en pourpoint ou vestu du harnois.
Il reconquit Calais, il serra les Anglois
En leur rempart de mer; i1 campa sur la rive
Du Rhin, et deiivra l'Allemagne captive;
Il força Thionville, et gaigna Luxembour,
Monmedis, Damvillers, et les forts d'alentour;
Il consuma sa vie aux travaux de la guerre,
Convoitant ceste terre, et tantost ceste terre,
Il sembloit à Pyrrhus, hazardeux à la main,
Qui tousjours enfiloit dessein dessus dessein
Mais la face de Mars n'est pas tousjours certaine;
Car bien qu'il fust en guerre un parfait capitaine,
Qu'il eust la force au bras et le courage au cœur,
Il fut tantost vaincu, et tantost fut vainqueur.
Voulant avitailler la Picarde muraille
Du foible Sainct Quentin, il perdit la bataille,
Où tout le sang François fut presque respandu.
Contraint il fit la paix, après avoir rendu
En un jour le Piemont ( ô chances mal-tournées!)
Et tout ce que conquit son pere en trente années,
Le labeur et le sang de tant d'hommes guerriers!

EPITAPHES.
184

Ja l'olivier tenoit la place des lauriers
Aux portaux attaché; au croc pendoient les armes,
Et la France essuyoit ses plaintes et ses larmes
Ja le palais estoit pour la nopce ordonné,
Le Louvre de lierre et de buis couronné;
Déja sa fille au temple espouse estoit menée,
On n'oyoit retentir que la voix d'hymenée,
Hymen! Hymen! sonnoit par tous les carrefours;
Par tout on ne voyoit que Graces et qu'Amours;
Mars banny s'enfuyoit aux regions barbares
Quand entre les clairons, trompettes et fanfares,
Au milieu des tournois au chef il fut blessé,
Ayant l'œil gauche à mort d'une lance persé
Spectacle pitoyable exemple que la vie
De cent maux impreveuz, fragile est poursuivie,
Puis qu'un Roy si puissant d'empire et de hauteur,
En jouant est tué par un sien serviteur.
Ainsi mourut Henry (car toute chose passe)
Qui de bonté, beauté, prouesse et bonne grace
Surmontoit tous les Rois; mais le ciel endurcy
Non plus que de bouviers des Princes n'a soucy.
Il sentit pour le moins ce plaisir en son ame,
dans le sein de sa pudique
Qu'il mourut femme,
Et qu'il vit en son lict presque pasmez d'ennuy
Tous ses petits enfans larmoyer prés de luy.
Je le servi seize ans domestique à ses gages,
Non ingrat, luy sacrant mes plus doctes ouvrages.
Je n'ay sceu prolonger sa vie, mais j'ay sceu
son renom autant que je l'ay peu.
Allonger
François son premier fils, à qui la barbe tendre
Ne commençoit encor au menton qu'à s'estendre,
Tint le sceptre après luy, Prince mal-fortuné,
Qui se vit presque mort si tost qu'il se vit né.
Il fut dix et huict mois gouverneur de l'empire
Le peuple outrecuidé, qui tous les jours empire,
Empesté d'heresie, et de nouvelle loy,
Arma sa faction contre ce jeune Roy.
Assemblant ses estats pour corriger le vice

Car si tost qu'il fust Roy (il le fut à dix ans) La peste des meschans seducteurs mesdisans. en vestit noir habit. A vingt ans se couvrit d'un sepulchre de terre. Ou comme une Megere aux enfers déchainée. Il se rouilla la face. des prelats. EPITAPHES. et la lune argentée De taches eut long-temps sa corne ensanglantée. Qui en dure saison le sceptre posséda. et la peste ont monstré . Dans un mesme batteau passant à l'autre bord Sa beauté. et sa vie et sa mort. et Palés son herbage. Et sa jeune espousée en plainte douloureuse. après luy succeda. Et punir les mutins qui s'osoient émouvoir. la sentence est donnée Que la Parque est la fin de toute essence née!] Charles. Le soleil de despit Abominant la terre. La famine et la guerre. grand Roy. La licence du peuple. Et le sceptre Escossois au François assemblé. La nourrice Cerés son bled nous dénia.) [Conforte-toy. Comme un terrible orage eslevé par le vent. sa jeunesse. Tout se rua sur luy. En pleurant il vestit sa dignité royale. Le bon Pere ses vins. son second frere. du peuple et de justice. que d'une estroitte foy Son pere avoit conjointe au magnanime Roy Qui du peuple Espagnol les brides lasche et serre. 185 Des nobles. peuple troublé. tournoyant et mouvant La mer vague sur vague en tortis retrainée. Et contenir la France en son juste devoir O cruauté du ciel! ô estrange merveille! Voicy ce Prince mort d'un catherre d'oreille Laissant jeunesse et et son vie. La Seine outre ses bords sa rage délia. Comme presagiant sa fortune fatale. Qui trouble en boursouflant. et la fureur villes des Troublerent son estat de cent guerres civiles. Et le sel si commun nous nia son usage. O Dieu que ceste vie est courte et malheureuse! (Elizabeth sa sœur.

fontaine du cerveau. indigne d'estre Du sang Hectorean. Se perd. Il se vit dechassé de ses propres maisons. Ja son siecle en vertu se faisoit tout nouveau. D'hommes et de conseil. ennemy de repos. Ce Roy. et'plus il se répand. et en l'an de son âge . Lors que ses ennemis luy donnerent la fuite. Je me trouvay deux fois à sa royale suite. créancier de Neptune.186 EPITAPHES. et régner la furie. Et bien digne d'avoir ancestres les Goths! pour Ja de ce jeune Roy la dure destinée S'estoit en sa faveur plus douce retournée. Il vit sa majesté servir d'une risée. Ainsi un feu d'émorche à l'autre feu se prend. Et ville contre ville en factions armée. souflets de nostre vie. que morte une querelle. Que Dieu avoit son peuple en fureur rencontré. Despouillant le manteau de son humanité A l'heure qu'il entroit en sa felicité. le lieu des oraisons. indigne. Par quatre grands combats vainquit son ennemy Mais un feu de rancune alloit si bien parmy Le peuple forcené. Luy pourrit les poumons. Que plus on pense esteindre. Une autre d'autre part sourdoit toute nouvelle. Il vit les temples saincts. La raison renversée. entrant dedans le port. et de tout indigent. Meschante nation. Ainsi le marinier. Autels et sacremens n'estre qu'une voirie. Il fut quatorze ans Roy. presques vit sa France allumée. d'ainsi trahir ton maistre! Peuple vray'ment Scytique. Quand Qui d'un flot caterreux s'estoit entresuivie. à payer qu'il Ja saluant de l'œil sa maison et le bord. un rheume panthois. Il vit de cent broquars sa mere méprisée. Il vit manger son peuple et voler son argent. et sa navire. enfant. Quand il se pensa voir par trahison surpris Avant qu'il peust gaigner sa ville de Paris. Prest les vœux devoit à Fortune.

III. delices de la France. le destin. entre doux et colere. éloquent et discret. Saturnien au reste à cacher son secret. le piège de vos pas. astrologues menteurs Qui estes à plaisir des songes inventeurs. courtois et débonnaire. Jamais esprit si beau ne si bon que le sien N'alla sous les lauriers du champ Elysien. Contre les importuns il se servoit de ruses. m'estimant bien-heureux De me voir assailly d'un Roy si genereux. 187 Vingt et quatre. L'honneur du genre humain. Et souvent sa Grandeur daignoit bien me récrire. S'il eust eu le loisir de monstrer aux humains- La force qu'il avoit et au cœur et aux mains. Et sur tout amateur des lettres et des Muses. Var. devins.' a. Car autant qu'il fut Roy. Voir à la suite de la Franciade (t. (a) Que souvent Et je luy respondois. Ah! taisez-vous. D'un esprit prompt et vif.) les vers de Charles IX et les réponses de Ronsard. Il aima la justice.' il paya de Caron le naulage. I. La credule poison des esprits trop fragiles On vous devroit chasser. Cessez d'augurer mal des Princes qui demeurent. de cent ans nos monarques ils meurent! Que chargez Et que le ciel adjouste aux deux freres derniers La longueur des bons ans qu'il ravit aux premiers. et si ne voyez pas Qui vendez En marchant un fossé. (') Ainsi Charles mourut des Muses la defense. Compagne des Heros là bas ne se fust faite. alegre je suivy. Quatorze ans ce bon Prince. EPITAPHES. Jamais ame si sainte et en tout si parfaite. Il souloit pour plaisir mes ouvrages relire. Il faisoit de mes vers et de moy telle estime sa Grandeur me rescrivoit en ryme. de la court et des villes. Il fut Prince bien-né. autant je le servy. . 25 et suiv. p.

Sur le bled. qu'il Son ordre est une chaine aimantine et ferrée Qui se tient l'une à l'autre étroittement serrée. la nature il blasme Dieu supréme. Entra dans la maison et la troubla de sorte Que mille factions secrettes se couvoient. Et ce grand univers se courbe à ses genoux. Car la nature et Dieu est presque chose mesme Dieu commande comme partout prince absolu. Fardeaux démesurez qui accabloient leur dos. Le sel. don de la mer. Et le faix des douanes et impos. Afin que des Valois la race se maintienne. 188 EPITAPHES. Qui jeune d'ans ceignit sa teste de laurier. Et postes et pacquets detroussez se trouvoient. En royale fleurissant sus grandeur par tous. Il eut quatre duchez. La France toute en peur n'en depuis reposa. Servir à la nature et non la haïr. et le temps nous remange. et vouloient les villages Secouer de leur col le dur joug des truages. tributs. Les quatorze vers ont été dans précédents remplacés les éditions posthumes par ceux suivent qui François. Duc d'Alençon. Que d'eternelle main le elle sceptre soutienne. les destins trop contraires Le feirent compagnon du tombeau de ses freres. Car la guerre qui fut bien loin de nostre porte. Chacun se défioit ainsi se défie qu'on Quand un Prince sans hoirs et sans masles dévie. Ah! en sortant d'enfance La Parque le ravit! ah! qui n'eut pas loisir D'achever jusqu'au bout sa trame à son plaisir! Car venant à fleurir. (') O dont la dedans le ciel Dieu. Fut vendu cherement à la pauvre commune. D'un royaume tombé chacun veut un lopin. Qui la France couvrit de funestes cyprés. Un Saturne affamé. pas Qui blasme. salive de Neptune. son frere. Les villes grommeloient. Garde d'un oeil la belle soigneux Marguerite t. . L'un prend commencement de l'autre fin qui prend En moins de six cens ans tout se empire change. JI fut tres-magnanime et vertueux guerrier. Elle execute et fait cela a voulu. mais ny sang ny duchez N'ont veu des Parques Sœurs les ciseaux rebouchez. Combatant pour l'honneur et pour borner la France Aux rives de son Rhin. grandeur habite. Le temps est nostre pere. meurt après. sur le vin tailles on imposa. il luy faut obéir.

Je dirois. en enrichit les cieux. ny de sang. Des astres la compaigne et des ames plus saintes. La fille de Henry. Sortit hors du cerveau de son pere François. EPITAPHES. Les astres plus malins plus forte elle vainquit. et d'arts. Je dirois que Pallas nasquit de la cervelle Du pere Juptter. en pleurant je dirois La belle Marguerite. honneur de la Savoye. N'eust osé regarder ny de prés approcher. Que l'homme qui sa vie aux vices abandonne. ny de cœur. Aprés ses Freres morts sur-vivre n'a voulu. duchesse de Lorraine. La France de mestiers. Ou la Muse des Grecs? Comme un cygne qui meine Son dueil dessus Meandre. qu'elle Pallas nouvelle. Et que le ciel la feit si parfaite et si belle. Nourrice sema de toutes parts d'Helicon. En lieu de ceste terre elle a le ciel éleu. et ses faicts j'escrirois. Que n'ay-je le sçavoir de l'escole romaine. tu n'as point d'yeux. des armes et des lois. quand le sort envieux. 189 Qui tient des Navarrois Je sceptre en sa vigueur Ha mort. Que pour n'en faire plus en rompit le modelle. Et sourde tu te ris de nostre race humaine. et quand elle nasquit. Qu'il n'eust senty son corps se changer en rocher. Le pere des vertus. Celeste fleur-de-lis. de sciences. Qu'elle portoit une ame hostelliere des Muses. Que les bonnes vertus estoient toutes infuses En son corps heroïque. Ne laissant aux Princesses sinon pour exemple Le desir d'imiter le vol de son renom.qu'elle avoit l'escu de la Gorgonne. Pour appauvrir le monde. Je dirois (tout ainsi que la mere Eleusine Sema les champs de bleds) qu'elle toute divine. . Il ne restoit plus rien du germe tout divin Du premier Roy François (car déja le Destin Et la cruelle Parque en avoient fait leur proye) Que Marguerite seule. Laissant son jeune espoux en larmes et en plaintes.

Et que sa tombe en soit en tous temps arrosée. Je diray que des grands la vie est incertaine. cent langues et cent vois. Tant de fois rechantée és œuvres de Ronsard. Je veux. Je diray que le ciel me porte trop d'envie De me faire trainer une si longue vie. viateur. » Pour marquer sa grandeur puissent à l'avenir Les rochers de Savoye en sucre devenir. Sa cendre gist icy et pource. En criant « Si tu lis la belle Marguerite. De la morte au passant la gloire et le merite. Cent aureilles. Ayant la trompe en bouche et l'échine emplumée. En qui tout le ciel meit sa plus divine part. cent yeux. Sçache que sous ce marbre en paix elle repose. Y naisse de son nom et la perle et la fleur. Sois de son epitaphe en larmes le lecteur. . En canelle les bois. à sa feste ordonnée. pour n'estre ingrat. Se plante à son tombeau la vive Renommée. Pour dresser les tombeaux des Rois qui m'ont nourry. Que la mere elle estoit des Muses. Et de me reserver en chef demy-fleury. Baise sa tombe saincte. (Qui reviendra nouvelle au retour de l'année) Comme un antique Orphée en long surpelis blanc Retroussé d'une boucle et d'un nœud sur le flanc. pour l'honneur que j'avois De servir ses neveux. et aussi Des hommes qui avoient les Muses en souci. tous les mois. tous les ans. Chanter à haute voix d'une bouche immortelle L'honneur et la faveur qu'humble j'ay receu d'elle. les torrens en rosée. et sans souspirs ne passe Des neuf Muses la Muse. Qu'on grave sur sa tombe un blanc pourtrait d'un Afin que d'âge en âge aux peuples il soit signe [cygne. Et que pour signaler de son corps la valeur. mes maistres et mes Rois. Que fol est qui se fie en la faveur mondaine. I90 EPITAPHES. Qui fut en son vivant si precieuse chose. Comme elle eut soin de moy. et des Graces la Grace. Pour chanter tous les jours.

Homere grec l'ingenieuse plume. un rien. Sans t'émouvoir. Durant leurs jours avoient une coustume D'arracher vifs les hommes des tombeaux. et que la Parque brune. Soit de riche ou de. un songe. Pibrac.durer si peu de temps. Var. Sans épargner à chacun est commune. . Tu ne liras pourtant ces vers que je t'envoye. Comte d'Anguien. à chacun est commune. estonnant l'assistance Des foudres qui tomboient de ta vive eloquence. Pibrac. ornement de la bande pourprée. DEt de Timant' les animez tableaux. (a) EPITAPHE DE FRANÇOIS DE BOURBON. une fleur du printemps. Devant les senateurs tu ais fait ébranler Le cœur des auditeurs par ton docte parler. et que toute fortune. EPITAPHES. grand Encores qu au palais. Encore ta voix ait fait plier sous toy que Les Sarmates felons. a. en la chambre dorée. pauvre. et peut-estre pleurer. Un vent. de Fortune. 191 Un jouet. personne. Puis qu'on voit tant de Rois . Sans jamais t'émouvoir de tristesse ou de joye. Sans t'ébranler toy-mesme. (1578): Un vent. un rien. STANCES. haranguant pour ton Roy. Quand tu verras des grands l'estat si peu durer. un songe.

l'autre à la toile.) 1. Ayant pendu la despouille captive Du vieil marquis pour trophée à son bort. [Aussi les Sœurs. Mais telles gens devoient leur second vivre.192 EPITAPHES.] (') Donques du Temps la force injurieuse Ne rompt l'honneur que tu alors t'acquis. et non A la vertu. Quand ton esprit fut citoyen des cieux. qui sans l'aide d'un livre Ou d'un tableau. Après avoir tant de gloires belliques Mises à chef par le vouloir des Dieux. Retranché en 1578. L'un au papier. Qui serviront d'exemple memorable Et d'aiguillon à la posterité. Icy la mort mit en paix tes reliques. Je vous dy ceux qu'il leur plaisoit encores Resusciter en dépit de leur nuit Oblivieuse. Par contrepoids tes brefs ans recompensent D'eternel bruit du temps superieur. et ores Par la couleur eternisant leur bruit. Car ton renom qui par la mort ne tombe. Ta vertu donc seule te sert de tombe. Pour imiter ta louange durable. Et le laurier que tu as merité. eternise son nom. Vit par dessus cent vivans inutils. (1560. ores par l'encre. . Qu'Enyon vit ta main victorieuse Tout le Piedmont couvrir presque de morts Et que le Pau te vit dessus sa rive Rester vainqueur par vertueux effort. qui nos âges balancent Selon le ciel à toy inférieur. Sans mendier ny plumes ny outils.

Ne dressez un tombeau par artifice humain. EPITAPHES. mes combats et mes guerres. Des ennemis vainqueur. campaignes et terres. et à dextre Renty. Duc de Guise. tres-vertueux Prince et tres-excellent Capitaine. qui sans flechir. A moy qui fus la crainte et l'effroy des batailles. Issu de ces vieux Rois des terres Idumées. Et tant de marbre dur ne polissez en vain. A moy. A moy. A moy. qui fus l'horreur de Naples . qui dés jeunesse aux armes ay vescu. qui eus le cœur de prouesse animé. de qui le nom au mondé se voit estre Tel qu il ne peut jamais augmenter ny decroistre. Var. Fleuves. mers.et d'Espagne. qui ay conduit en France tant d'armées. A moy. les noms et les escus. qui ay fait teste aux peuples d'Alemagne. VII. d'une invincible foy Fus serviteur de Dieu. A moy. Ronsard. Les grands murs de Calais. et ceux de Thionville Et dessus. 13 . A moy. Amoy. qui ay l'Anglois en sa mer renfermé. 193 PROSOPOPÉE DE FEU FRANÇOIS DE LORRAINE. (a) Gravez-y mes assauts. le trophée en deux lieux soit basty De l'honneur que j'acquis à Dreux et à Renty. forests et monts. de France et de mon Roy. et non jamais vaincu. Qui tremblerent sous moy. A moy. Et dessus mon sepulcre en deux lieux soit basty Dreux à costé senestre. Qui prins et qui garday tant de fortes murailles. et des vaincus peuples Pendez-y les harnois. a. Pour tombe dressez-moy de Mets la grande ville.

L'homme seroit un demi-dieu parfait. Pour enfermer nos courages dedans Et nos esprits si prompts et si ardans? Ou bien du tout il ne devoit pas mettre . Voulut loger en si fraisle maison Une si haute et divine raison? Pourquoy fit-il de si petites veines. Ou bien si Dieu ne le vouloit ainsi. Puis à fin que ma gloire icy vive accomplie Assemblez sur mon corps la France et l'Italie. Il devoit mettre un rocher endurcy. un grand Car un petit tombeau n'est pas digne d'avoir [Prince Celuy qui l'univers remplit de son pouvoir. Helas! pourquoy le maistre de nature. ou quelque fer bien large Autour de l'homme ainsi qu'une grand' targe.) EPITAPHE DE FEU MONSIEUR D'ANNEBAULT. Gorgon. pour son œuvre défaire. Si le grand Dieu en naissant l'avoit fait Contre la mort immortel. peaux si foibles et vaines. AU SEIGNEUR SIMON NICOLAS. Dieu createur de toute creature. sans le faire Si tost mourir. et m'enterrez dessous! Je veux pour mon une grande province. Telle qu'avoit. pour l'empierrer Elle et son dard venant nous enferrer. Ou de l'aimant. Si petits nerfs. Et toutes ces citez qui sentirent les coups De ma dextre invaincue.194 EPITAPHES. (1564. un grand Duc. sepulchre fus un grand guerrier. Secrétaire du Roy.

Qui. en mille et mille sortes On. qui. Laissant meurir les hommes qui n'ont pas Encor besoin de sentir le trespas. Cet Annebault. Ore la vie. nos qui âges dérobes! Quand les serpens ont dévestu leurs robes Avec la peau ils despouillent leurs' ans. le d'un mur. Las! tu aurois moisson assez fertile Prenant à toy la vieillesse inutile. EPITAPHES. qui de brave entreprise A soustenu son Prince et son Eglise. Comme cestuy. que rempart Cruel Destin. Que capitaine il fut en tous dangers. Mais ne voulant aux jeunes pardonner. fleur de jeunesse tendre. Ne commençoit sur sa joue à s'estendre. Quand au printemps les jours doux et plaisans Sont retournez. sans esgard ny chois. qui meurt pour la vertu. ore les biens des hommes. Et outre l'âge a vestu le harnois. Perd en ses eaux les bergers et les Rois. sans yeux ny cœur! Déesse! Si tu prenois seulement la vieillesse. Mais en mourant l'homme a bien combatu Toy et ta faulx. Cruelle mort. Qui lors estoit grand Admiral de France. Parque Sans plus joüyr du séjour de ce monde. ou il devoit permettre nostre fut Que corps plus fort ou plus dur Pour resister. 195 Tant de courage. Suivoit hardy les armes dés l'enfance. . Le nom de tigre on te peut bien donner En cent façons tu consommes meurdriere. du Dieu Mars tant chery.voit sortir les fleurs qui sembloient mortes Les bois couppez reverdissent plus beaux. Sacrant sa vie à l'honneur de nos Rois. La barbe encor. jeune estant sous son pere nourry. Mais quand la a trenché nos fuseaux. L'homme là-bas s'en-va boire de l'onde Du froid oubly.

Qui fut perdu par faute Or luy. (Comme un torrent de neiges ondoyant Gaste les bleds d'une verte campagne) Perdit sous luy les plus vaillans d Espagne.196 EPITAPHES. de le suivre. Vint assaillir nostre camp à S'rizoles? Et que la France ses mains ensanglanta et du sang des Germains. Et le devoir qu'il devoit à la France. En maint combat. poursuivit de l'honneur. Lors saccageant. et de prouesse. tuant et foudroyant. Paya rançon de trop grosse despense. Et ne sçavoit quelle chose est la crainte. conduisant l'arriere-garde. Des Espagnols Cet Annebault monstra lors sa vaillance. Puis en croissant et en âge et en armes. L'honneur François n'eust pas esté défait. Blessé d'un coup qu'à la teste il receut. fit Luy. De l'ennemy au hazard Et si le reste eust imité son fait. Monstrant tout combien Mars l'estimoit. Car de frayeur n'eut oncques l'ame atteinte. Qu'il eut pour luy la pluspart inconstante et maline Quand la Fortune Honnit la France au camp de Graveline. cens chevaux Ayant sous luy deux legers. tout enflé de paroles. S'estant trouvé d'un cœur vaillant et haut. Fut conducteur de cinquante hommes d'armes. Car bien qu'il fust d'une fièvre assailly. mainte allarme et assaut. et fut Honteusement. Quand l'Espagnol. . par Qui sa jeunesse aux combats animoit. si soudain ne défit Que l'Espagnol Le camp François. A tel besom n'eust pas le cœur failly. arrestant la furie de sa vie. Et tellement son bon-heur. Ainçois armé d'honneur L'espée au poing ouvrit en deux la presse. voulant plustost mourir que vivre fut prisonnier.

Peuple à venir? ) vit broncher la vertu Des plus vaillans. d'envie. pour du bien y acquerre. Il aimoit Dieu. Quand la fureur et la civile haine De nostre sang arrouserent la plaine. et d'avarice. craignant de faire tousjours Chose qui fust à nostre loy contraire. et non au bien mondain. Comme ayant l'ame et l'esprit. Il fut tousjours à son Prince loyal. Il a esté deux fois durant la guerre Ostage en Flandre. Ayant tousjours tout le cours . Et aux soldats honneste et liberal. puis en Angleterre. Or ce Seigneur.loin du vice D'ambition. Il fut courtois. Ny en façons. ny en mœurs. tirant d'un cœur hautain Au but d'honneur. et vit en nos batailles Nos propres fers en nos propres entrailles. il fut aimé de tous. ny en gestes Il supportoit les fortunes molestes Patiemment. et gracieux. Sage et affable. Et son parler qui n'estoit affecté.de sa vie Toute vertu pour sa guide suivie. Comme beaucoup. Il n'estoit point courtizan eshonté. Tant et son bien. EPITAPHES. et sa foy. ce Seigneur de durable renom. Estoient vouez au service du Roy. Mourut helas au combat devant Dreux. Et que la France (helas! le croiras-tu. et. Là. Et les François estimoient sa prudence. 197 Sans que depuis en ait eu recompense. qui est le seul loyer Du cœur qui veut aux vertus s'employer. . et dous. Les ennemis luy portoient reverence. digne du rang des preux. Et ne suivoit ( comme il disoit ) la guerre. Mais pour l'honneur. et son corps. Sa conscience estoit nette et son cœur Il estoit né pour l'honneste labeur.

et non sa renommée. lequel Roch mourut à Bourges. Fils aisné de M. Chevalier de l'Ordre. et de douceur humaine. . Quant à son corps il fut de telle race. ensevelit son nom Avecques soy. Que la nature au monde l'avoit fait Pour un pourtrait de beauté toute pleine De courtoisie. Gentilhomme de la Chambre du Roy et Lieutenant de cinquante hommes d'armes sous Mgr de Longueville. (1567. qui encore là bas Vont exerçant le mestier des combas. Que Estant si preux. Voulant cent fois luy desrober la vie. et se sied au milieu Estant assise entr'eux ainsi qu'un Dieu. 198 EPITAPHES. Qu'en noble sang personne Il fut si beau. dés enfance il fut chevaleureux. et belle et genereuse. SAlla -i trouver sous la forest ombreuse Les grands heros. Car il sçavoit qu'un si vaillant bon-heur Effaceroit à la fin son honneur. que Mars en eut envie. jamais ame. si gaillard et parfait.) EPITAPHE DE FEU ROCH CHASTEIGNER. Qui ne sera par la mort consommée. paroist entre la presse De ces grands preux. Car la vertu ne peut jamais mourir. ne le passe. 1 Il eut le cœur si chaud et genereux. Ceste belle ame icy jadis hostesse D'un si beau corps. A peine estoit en sa premiere enfance. Ams d'âge en âge on la verra fleurir. de la Roche de Posé. Mourant sanshoir.

suivit le camp vainqueur Du Roy Henry. En guerroyant receut par grand meschef. aimé de Bellonne. et si fort la tempeste De ce plombet luy gresla sur la teste. Fut des premiers à recouvrer Boulongne. 199 Que sous François. Pareil mal-heur receut à la Mirande. Ayant sa main de sa targue chargee. brave guerrier. grand monarque de France. Faisoit craquer fa cuirasse à son dos. (Faisant fuir son ennemy tres-fort) Gagna le chef. Un coup de plomb qui luy navra le chef Auprés la tempe. Où son cheval à la mort fut blessé D'un coup de plomb par l'ennemy poussé. A peine pouvoit estre Guary du coup. Mort estendu. Le défia au combat de la lance. Et tellement en choquant le pressa. pour sa premiere peine. Quand la jeunesse eut enflammé son cœur D'un sang plus chaud. . Estant D'Anville en Piedmont viceroy. Victorieux revint sans avoir mal. Ayant rompu l'os de la jambe dextre D'une mousquette. La picque au poing s'opposoit à l'Espagne. où perdant son cheval. Et poudroyant sous ses pieds la campagne. que luy. Quand lùy vaillant poussa toute sa bande Sur l'ennemy. Où d'un grand coup cogneut bien sa vaillance. les vivres et le fort. EPITAPHES. au milieu de la guerre. mordit la froide terre. Sus l'ennemy s'eslança le premier. Là secourant ceste ville assiégée. Où son cheval. Et demi-mort à bas le renversa. Un Espagnol trop presumant de soy. Premier du nom haïssant le repos. Au mesme siege estant fait capitaine De gens de pied. Que son armet tout à plat luy froissa. lors.

200 EPITAPHES. cependant que sa bande a. Il eut le poing navré pres de Julie. (a) Escarmouchant vivement par la plaine Contre un grand heurt de puissants ennemis. Et par tel faict la ville se rendit. . Suivy de peu se voulut hasarder. tout ainsi qu'une foudre Qui fait broncher un grand pin sur la poudre. Le renversa sur le sable estranger. par une astuce grande. Prés de Pontast en la mesme contrée. ville napolitaine. (1578) Auprés d'Astul. des ennemis contraint. Et à la fin. Fait conducteur de cent chevaux legers Devant Vulpian. Enveloppé d'une troupe guerriere. var. de vouloir seul garder Le pont prochain contre la fureur grande Des ennemis. au retour s'estant mis. au milieu du danger. où prenant de sa bande Peu de soldats. Sortant d'un bois. Comme un Codés. et faisoit De grand effroy trembler toute Italie. Auprès d'Astul. au chef. Sa liberté fut faicte prisonniere. Il fut après au milieu des dangers. De trois grands coups tous divers fut atteint. fortement assaillant Un escadron et nombreux et vaillant. Que le cheval dessus luy renversa Pied contre-mont. Là seul à pied. L'un à la cuisse. Lors le cheval tombant dessous son maistre. Qui conduisoit d'une ardante furie Des Espagnols la grosse artillerie. Quand le grand duc de Guise conduisoit Le camp François à Naples. Eut d'un plombet fa cuisse gauche outrée Presqu'à la mort. à la main destre. leurs vivres il perdit.

Qu'un bon subjet doit mourir pour son Roy. mal-traitté autant qu'il fut possible. Pour lieutenant du duc de Longueville. Deux mille escus demandans pour rançon. Où. et verse maintes branches De verts lauriers et vertes esparvanches. Et sans rançon aux siens s'en retourna. fort'resse inaccessible.) . Dontant la mort.. Perdant la vie en sa saison nouvelle. Lors que le trouble en nostre region S'esmeut si chaud pour la religion. EPITAPHES. Après estant choisi entre cent mille. Servant d'exemple et de publique loy. Après trois ans finis en grand' destresse. Puis tous les ans raconte à ton enfant Qu'un beau mourir rend l'homme triomphant. qui viendras par icy. las un plomb fatal et dur Luy écraza la teste et la cervelle. dont il fut tout soudain Enveloppé d'une troupe guerriere. Verse un printemps de roses espoissy Sur ce tombeau. passant. Estoit gardé d'une dure façon.. Ce chevalier. au chef et à la main. le guet eschappa de finesse. L'un à la cuisse. quand la belle memoire De ses vertus est escrite en l'histoire. et à Naples après. là par force contraint. (1567. Suivant la part de Charles Roy. Son cheval cheut. Puis à Milan. De trois grands coups tous divers fut attaint. honneur de sa province. Il fut mené pour le garder exprés Au fort Aquile. 201 Se sauveroit. Comme il poussoit les canons prés le mur De Bourges. Or toy. Sa liberté luy rendant prisonniere. Trompant Si qu en plein jour les gardes affina. son Prince.

Ce sonneur de tes vers. Ah! larmeuse Déesse. à ceste heure lamente. Strosse. Si quelquesfois Thetis pour son fils larmoya Lors que Pâris aux enfers l'envoya. Et de tiltres et de tombeaux. n'est pas toy. A passé mort outre la rive noire.) ELEGIE EN FORME D'EPITAPHE D'ANTOINE CHASTEIGNER. Seigneur de la Roche de Posé sur l'Indre. ta gloire. (1560. Mareschal de France. Frere de Roch Chasteigner. Sepulchrale Et de grands coups ta poitrine tourmente. Elegie. par toy conquises. ah! vray'ment orendroit Tu auras nom elegie à bon droit. EPITAPHE DE HERCULE STROSSE. Les murs de tant de villes prises. quelquefois le dueil et les griéves tristesses Si Ont poingt le cœur des plus grandes Déesses. Et les proues de tant de naux Te serviront. . ce Chasteigner.202 EPITAPHES. qu'on doit Ce Entomber comme une personne Qui d'autres filtres ne reçoit Que les faveurs d'une colonne.

et sa torche sans feu. ton beau stile? Rien. Achille. comme sang Elle les souille au sang d'un vilain homme! Car. Homere. mort est Agamemnon. car vous estes morts. Leur cher soucy. Puis nous sommes nommez des Dieux les interpretes. peu Comme il vole tout morne. Leve tes yeux et le regarde un. et ses tristes sanglos Sonner pantois en sa poitrine enclos? le Jeu et les Muses pleurantes. et leurs sacrez poëtes O beaux noms sans profit! ô tiltres par trop vains! Puis que la mort souille à l'égal ses mains Dedans le sacré des saincts poëtes. Ny pieté un seul jour du trespas. Torcher ses pleurs comme flots descendus Sur sa joue meurtrie. . qui porte despecée Par grand despit sa trousse renversée. que t'a servy de dire D'un parler si facond. louanger te souloit. Voicy l'enfant Amour. Orphé que t'a servi ta mere Calliope. Porte son arc rompu. Ajax. que t'ont servy les accords de ta Lyre? A toy Thebain. et comme il deshonneste De poudre en vain ses cheveux et sa teste?] N'ois-tu ses dolens cris. dans les murs de ta ville? Que t'a servy. vertu ny sçavoir ne nous retarde pas. EPITAPHES. sur le col espendus. à fin de les unir Sans art de leur bon gré. et Venus sans confort Toute pleureuse injurier la mort. Voy d'autre part Et de despit les trois Graces errantes. D'avoir trainé d'une rampante trope Les forests après toy. d'avoir parmy les bois Dessauvage les féres sous ta vois? Line. Comme folles crier. 203 Ce docte Chasteigner qui d'un vers qui couloit Plus doux que miel. et d'une main courbée Comme il noircit sa poitrine plombée. mais non pas leur renom. qu'en rang faire venir Les grands rochers. [Ne vois-tu ses cheveux.

celuy qui n'avoit vingt ans encor atteint! Et comme peut son estomac. peuvent Helas! amy. que perissant le mien. Mais si mon Apollon fait mon cœur devenir Assez devin pour chanter l'avenir. par force chasser l'ame De. helas! toy? avecque Quel. Helas. enceint De tant de feux d'Amour. que tandis que la France Louera les vers de ma premiere enfance. Où maintenant il convient que je meure Mille fois sans mourir. falloit. helas! dans ton cercueil moisie Gist avec toy la belle poësie. Que tu seras loué. Et que de Chasteigner le sang amoureux blesme Ne le changea en flames d'Amour mesme. trencher encor la trame. Les vers tant seulement frauder la mort. . Et toutefois. ô ciel cruel je m'esbahis comment Ce dur plombet ne fondit promptement. et sans ne mourir pas Mille autrefois nous rameine au trespas. et le doux miel d'amour? Vers où chacun amant recognoissoit la peine Et le plaisir de l'ardeur qui nous meine Mille fois à la vie. et que le renom tien. Helas s'opposa tant à ta gloire premiere. tant me tourmente fort Le souvenir de ta piteuse mort. Qu'avant mourir ne misses en lumiere Tes beaux vers amoureux qui chantoient à leur tour Et l'amer fiel. Par les vers animez leur vive renommée Ne se voit point des siecles consommée. Je jure par tes os. quel destin ou quel sort.fier-destin fut envieux sur moy? Je fusse mort heureux d'un mesme coup à l'heure. Ne périra.. Las Parque. cher compagnon et que ne fut ma vie Avecquè toy d'un mesme coup ravie! Pourquoy ne suis-je mort. Et d'un plombet. souffrir en sa poitrine Un autre feu que celuy de Cyprine? O ciel.204 EPITAPHES.

sans pratiquer icy Plus longuement la peine et le soucy. des Qui brave meurt au milieu armées. Pourtant. (a) Ainsi qu'a fait ton fils pour son Roy bataillant. Pere vieillard de l'enfant que je pleure. 205 Cruel Mars. est-ce ainsi. EPITAPHES. Celuy ne meurt trop tost. à l'entour de sa bouche L'ame fuyante. Et du cyprés les mortuaires branches. et d'un espoir trop vain Nous va pipant tousjours du lendemain. n'eust-il que vingt Qui meurt au flot du martial orage. pren quelque reconfort. N'ayent versé des lis avec des roses franches. Pour s'en-voler au ciel. est-ce ainsi. Réjouis-toy de ton fils à ceste heure. Et qu'en blasmant la cruauté des Dieux N'ait cueilli de sa lévre. a. Car bien qu'il ne soit mort en plus meure saison Dessous le toict de ta propre maison Bien qu'il soit entombé d une pierre estrangere. n'eust-il que vingt années. Et que la main de sa piteuse mere A l'heure du trespas ne luy ait clos les yeux. Pere vieillard. N'ayent versé des œillets bien-flairans. Heureux vrayment celuy qui jeune d'ans s'en-vole Fraudant les haims de ceste vie folle. Qui tousjours nous abuse. . ans d'dge. Que tu cheris de Venus les soldars? Les sonneurs de Venus. qui ta Venus dorée Ont par leurs vers sur toutes honorée? Tu es un bel amy! d'ainsi faire toucher D'un coup mortel son chantre le plus cher! Mais las! que dis-je? las! son ame est bien-heureuse D'avoir quitté sa vesture boueuse. et que dessus sa couche Ses sœurs aux crins et ses freres pleurans espars. Var. Et d'un vain pleur ne trempe point sa mort. cruel Mars. Et toy. Celuy ne meurt trop tost.

fond de l'ame un eternel ennuy. helas! Sur le rempart avança son trespas. Outre-navrant sa gorge. un eternel adieu Soit que l'oubli te serre en son milieu Dans les champs Elysez. adieu. De moy qui meurs après le tien trespas. occit un port'enseigne Et comme sadespouille il levoit pour enseigne De sa jeune vertu. quelque Celuy n est point tué qui meurt honnestement. Entre les bois myrtés. Ton fils n'attendit point que le rempart fut pris. Par les deserts des roches plus sauvages. plustost qu'à l'ennemy se rendre. et me tient imprimée Tousjours au cœur sa face trop aimée. Que ton luth babillard autre chant ne caquette Sinon mes vers. et me laissa de luy Au .bravement Pour sauver sa patrie. Tenant au poing la pique . ou soit que te soleil Dans l'ocean se devalle au sommeil. un coup de plomb. de moy par les rivages. ou dans un antre coy Soir et matin parle tousjours de moy. chere Adieu. ton poëte. et pour l'hônneur de France Dessus la fleur de sa premiere enfance Mourut à Teroàne. ou dans la maison. ou sus la rive mole . Qui. soit que la matinée Ait d'Orient la clarte r'amenée Soit qu'il face midy. Tell' mort convient à tout homme vaillant. Parle tousjours de moy. et de moy. Mais et de gloire et de vaillance espris. et qui voudroit attendre Cent morts. Parle tousjours de moy. souvienne-toy là-bas. m'accompagne. Qui vis le cceur en dueil.206 EPITAPHES. Quoique pucelle. Souvienne-toy de moy. comme ou couard homme. ame. et dans un pré fleury Te promenant avec mon Lignery. Et non mourir au lict. Dés le premier assaut.' Sur l'herbe auprès de toy. rongeard. ou soit que sur la nue Tu sois heureuse entre les Dieux venue.

Et par mes vers pren des ans la vengeance. au milieu de ce pré Ce neuf autel à ton nom consacré. Mais voilà mes cheveux. chere ame. helas qu'Achille je ne suis.je te dedie avecque ce lierre. Je veux sans plus cela. vifs et morts. Me meurtrissant de coups. EPITAPHES. Et qui se vante encor de ton renom. et couché sur ta lame Par trois grans cris en vain ton ame. Mais pour autant. pren le plus de ma puissance. Pren. Poèmes. Et. pren-les. Et ce ruisseau qui par neuf fois l'enserre. Qu'humble. Dessus quatre gazons sur ton vuide tombeau J'espan du laict. j'appelle Comme Achille à Patrocl je te tons mes cheveux. Je meurtriroy sur ta fosse cent mille Espagnols tes meurtriers et te feroy des jeux Que d'an en an nos plus tardifs neveux. mon cher Patrocle. Où prés Posé l'Indre allonge sa source. celebreroient et d'escrime et de course. Afin . j'espan du vin nouveau. Reçoy.) . 207 Garde-moy place auprès de ton idole. car si j'estois Achille. Et tout ainsi qu'enclos en ceste coupe Je les mets prés les tiens. ensemble nous soyons. si j'eusse par ma peine Conduit Francus au rivage de Seine Qui depuis s'orgueillit de l'honneur de son nom. je te les coupe. Devots.que mesme place ensemble nous ayons. Que dés long temps j'avois promis en vœux A mon fleuve du Loir. puissent en doux repos Auprès les tiens estre logez mes os! (1560. Et que par sang vanger je ne te puis. pren.

(') i d'un Seigneur la vertu memorable SMaugré la mort doit estre perdurable Si un grand Duc a jamais menté D'estre immortel à la posterité. Et son tombeau pour exemple apparoisse A tous François de ne faulser sa foy. Duc de Montmorancy. D. despeche-toy de lire Quiconque Tout ce discours. . comme non abbatu D'aucun mal-heur. Publiée sous ce titre: Epitaphes sur le tombeau de haut et puissant seigneur Anne. ses faits à sa vertu. il tira sa naissance D'une maison tres-illustre en la France. EPITAPHE D'ANNE. R. Avec un Chant funebre des neuf Muses sur le mesme tombeau. P. De craindre Dieu et mourir pour son Roy. pour t'en retourner dire A tes enfans les gestes et l'honneur D'un si vaillant et vertueux Seigneur. Pair et Connestable de France. dont la vie A surmonté soy-mesmes et l'envie. de Ronsard. A fin que d'âge en âge on le cognoisse. 1568. DUC DE MONTMORENCY. G. sois. G. C'est de celuy lequel repose icy. En consacrant. par P. gent. plus l'Anagrammatisme du nom et surnom de mondit sei- gneur le Connestable. par P. vand. 1. (de Roville). Quant à sa race. grand en tout. Anne Montmorency. Grand Duc et Pair. Et si jamais une fameuse histoire Se doit graver au temple de Memoire.208 EPITAPHES. 16 pages in-4°. de Roville. Paris. Grand Connestable. Pair et Connestable de France.

grand courage. qui ont Tousjours porté les lauriers sur le front. Et la premiere honora Jésus-Christ Montmorency ceste race est nommée. 209 Qui de. Ne cédant point aux plus grandes de place. Concevant seule Admiraux Connestables Grands Mareschaux. En grands honneurs. VII. Roys. VII. Ainsi ce Duc celebre a surmonté Ceux de sa race en illustre clarté. Or tout ainsi qu'une riche abondance A plus d'honneurs qu'une pauvre indigence. grands faveurs. grand sçavoir. Mais comme on voit entre cent mille estoiles. grands Fut serviteur et presque compagnon. tout temps vertueuse florit. 14 . Qui tout le ciel dore de sa lumlere. En grand esprit. grand usage. et mille dignitez Dont les hauteurs. laquelle De fils en fils. EPITAPHES. prochaines Heureusement 1 empire des François. De cinq grands Princes de renom. grand guerrier. Ont gouverné. Ronsard. honneurs. A son renom élevé jusqu'aux cieux Grosse d'honneurs et de noms memorables. authoritez. Tel devoit pour ses vertus attendre. Fait un grand cerne. d'un feu plus radieux. Race héroïque et antique. En faits de guerre et de paix renommée. guerriers victorieux. Ceste race est sur toutes la plus belle. Noble d'ayeux et bisayeux. Où 1qu'il envieux n'a trouvé que reprendre. Une pfanette apparoistre à nos yeux D'un front plus clair. Grand chevalier. de nos Rois. et reluist la premiere. Et que les prez plus luisans de couleurs Sont les plus beaux pour leurs diverses fleurs. Comme à foison communes en leur race. Lors que la nuict a fait brunir ses voiles. Ronsard. qui a fait Un cours de vie honorable et parfait.

vigueur L'homme en naissant n'a du ciel asseurance De voir sa vie en égale balance. Il faut sentir de Fortune la main. Prenant de son propre mal-heur. qui N'a de son temps rencontré son pareil. A l'heresie il opposa les lois. et en bon conseil Résolu. Auquel estoient plus convenans Ou pour la guerre. ses faits. François Premier aux honneurs l'éleva. Si qu'on doutoit en voyant sa prudence Si dextrement conjointe à la vaillance. Comme autrefois. de sorte Et par les champs toute fraude estoit morte. sous la douleur. foible. Tant sa prudence et vaillance honorable Envers les Roys le rendoit favorable! Mais par sur tous fut tellement chery Du grand monarque invincible Henry. Dur au fravail. Ce Connestable exerçant son office. Que la faveur ne l'eust sceu plus accroistre. Tel est le sort de nostre genre humain. née Il eut au cœur si profondement L'honneste ardeur d'accroistre sa lignée . Sa vie estoit un exemple à chacun. Où la Fortune inconstante esprouva Tantost heureuse et tantost mal-heureuse Mais de son cœur la vertu genereuse Ne s'abaissa. il reprima. En guerre il fut valeureux au possible. sage. d'un courage invincible. Ne souffrant plus que la gendarmerie. Par les citez fit florir les bourgeois les laboureurs.210 EPITAPHES. Que la justice inique Et la noblesse aux armes reforma. Seul au sommet des faveurs de son maistre. Que dessous luy Car n'offensant par ses gestes aucun. Fit à nos Roys si fidele service. ou pour le temps de paix. fust une pillerie.

211 Et de la voir en grand nombre florir Brave aux ardante de combats. Et sage et brave entre les conquereurs.moyen honneste. Ayant ses fils. et de la gent Romaine. N ayant jamais en son devoir failly. ou au métier de ceux Qui sans travail languissent paresseux. N'enflant son cœur en la prosperité. Sa volonté n'a point esté trompée. EPITAPHES. Mis des lauriers sur le haut de sa teste. Virent leur nom du peuple diffamé. Esté huict fois en bataille rangée.de biens sa maison. Aprés avoir en sa vieille saison Remply d'honneurs et . Prins et gardé mainte ville assiegée. Riche. tous enfans de l'espée. par ceste sœur qui taille Le fil humain. Fil qui serroit d'une si blanche trame Un corps si fort à une si forte ame. mourir Ainsi que luy au milieu des gendarmes Que tous ses fils ordonna pour les armes Non à l'église. Fut toutefois de l'envie assailly Comme jadis maint brave capitaine De la gent Grecque. vit le sien detranchê A si vieil âge honorable attaché. Après avoir d'une ferme alliance Joinct la Savoye et l'Espagne et la France. Ne l'abaissant en l'infelicité. eslevé par tout. et ores le vainqueur Après avoir de Fortune diverse Diverses fois senty mainte traverse. Fait teste aux Roys. Pour cinq grands Roys combatant d'un grand cœur. quatre freres qui vont Portant l'honneur du pere sur le front Qui tous estoient presens à la bataille Où ce grand Duc. fait teste aux Empereurs. Ores vaincu. Sacrez à Mars. Qui pour avoir leur pays trop aimé. .

Et sur la poudre à ses pieds renversa Un chevaher. s'opposant à l'erreur Pour le secours du Roy son jeune maistre. Fit toute France en armes apparaistre. encor que la vertu De son vieil corps par l'âge soit cassée. luy passant son espée Outre le corps jusqu'aux gardes trempée. accord Car volontiers par un commun La belle vie engendre belle mort. Sans luy se passe. Du croc rouillé détache son harnois. Entens sa fin. Espoinçonnez Ce bon vieillard. Et va combatre au milieu des tournois. Non de vieillesse. Où dés jeunesse il avoit combatu. Que rien n'est ferme en Quand les François. Lequel chargé Plein toutefois d'un valeureux courage. par civiles batailles. Et tout poudreux de mourir il s'essaye. Dressa son camp et d'un cœur hazardeux Prés Sainct Denys se campa devant eux. de quatre-vingts ans d'âge. . Par son sang mesme acquerant de l'honneur Ainsi a fait ce vertueux Seigneur. puis tu diras soudain ce cloistre mondain. Tout le premier marchant devant sa bande. Tournoient le fer en leurs propres entrailles. qui as oüy De ce mortel comparable aux celestes. d'infernale fureur. Versa son sang au milieu des combas Ratifiant les actes de sa vie Par une mort d'une gloire suivie.212 EPITAPHES. Comme un grand chef qui aux troupes commande. Chaud toutefois d'une jeune pensée. Pour s'honorer d'un glorieux trespas. A l'aborder vivement s'élança. Or comme on voit qu'un bon athlete antique Ne peut souffrir que la jouste Olympique. ains d'une belle playe. toy passant. les gestes Donc.

Joignans Fortune avecques la vertu. Que les pasteurs de toute la contrée Ornoient de fleurs. comme plante sacrée. et de glace leurs. Et si la nuict. prodigue de son sang. et de glaive pointu. Un mesme soir par mesme destinée Avoit finy la guerre et leur journée. Comme il forçoit le front du second rang. D'un si grand heurt les ennemis presserent. Honteux de voir qu'une telle vieillesse Faisoit rougir leur gaillarde jeunesse. Puis en parlant à Sanzé son cousin. Environnant d'une poudre leur dos. 213 Lors les François devenus furieux Par la vertu du Duc victorieux. os. Et les fuyans enfermez en son sein. et lors Se fit voiler le visage et le corps. Voyant leur chef occis en tel orage. De pieds. Vint par derriere. L'espée au poing. Que sans vergongne en fuite les pousserent. Rouge de sang. qui n'osoit l'aborder en la face. bonne mere commune. Luy dist (t Sanzé. et de sa coutelace En quatre endroits le chef luy detrancha. Qui jusqu'au ciel levoit de toutes pars Ses bras chargez des victoires de Mars. En la façon qu'aux montaignes Rifées Tombe un viel chesne ennobly de trofées. Ainsi broncha ce grand Duc des François! Dessus luy fit un grand bruit son harnois. Pour n'amoindrir aux soldats le courage. Si des suivans n'eust desrobé la main. EPITAPHES. N'eust eu pitié de si triste fortune. bien-heureuse est ma fin . Un. Navré à mort par un hazard de guerre Ce preux vieillard fut renversé par terre. Puis un boulet dans les reins luy cacha. de teste. couvert de poudre. Le cœur de crainte.

Que d'une et ardante furie brusque Pour nostre Prince ils marchent en avant. Et qu'il falloit poursuivre sans sejour Des ennemis la victoire gaignée. Il demandoit si le cruel effort Aux autres chefs avoit donné la mort Ainsi qu'à luy « Dites-leur. ces feux par les tenebres. D'ainsi mourir! mon trespas me doit plaire. » J'ay mon service en mourant approuve'. Et un exemple à la postérité De ses vertus et de sa loyauté. Et ne fondez des colonnes de cuivre Pour faire icy vostre pere revivre. Enterrez-moy vostre pere en ces vers. fils. Et la victoire ils aillent poursuivant. Non pas les vers que la Muse a chantez. En lieu de marbre et de piliers divers. Vous donques. Ne fendez point le marbre Parien. Une colonne à la fin est moisie. Riches d'honneur. de faveur et de bien. Que tant de fois j'avois pour luy cherchée » Il demandoit combien restoit de jour. Bien que soyez en fortune prospere. Perdant ma vie en si beau cimetaire.214 EPITAPHES. heritiers d'un tel pere. je vous prie. » Si qu'eri mourant n'avoit en sa mémoire. Ces habits noirs. Dites au Roy qu'à la fin j'ay trouvé L'heureuse mort en mes playes cachée. Et l'honorez de nostre poësie. Loin de ce mort soient les pompes funèbres. Que par son sang il nous avoit donnée. Que ces beaux mots de Victoire! Victoire! Ainsi constant ce bon vieillard parla Deux jours aprés son ame s'en-vola Auprès des Roys ses maistres. en sa place Laissant çà bas une immortelle trace. . Et les tombeaux par l'âge sont dontez.

à fin de s'enrichir De sa belle ame à nulle autre seconde. Mais le haut ciel qu homme ne peut fléchir. le fifre et la trompette. Où la vertu ne vivoit plus au monde. excellent Capitaine. Que la vertu et l'honneur qu'il suivoit Firent sans pair tant qu'il vesquit en terre. Son morion. Comte de Sanserre. 215 Larmes et cris! Marche le corselet Percé. sa lance et sa cornette Le tabourin. dessous gist un Comte de Sanserre. qui avoit de dons que nature en pouvoit Mettre en un corps magnanime à la guerre. Et que tel bruit la mort mesmes assomme. Cy gist celuy qui sembloit un tonnerre Quand de ses Rois les ennemis trouvoit. Comme estant mort plein d'invincible foy.) . L'osta du monde. (1573. EPITAPHES. marchent devant le corps.Pour soustenir son Eglise et son Roy! EPITAPHE DE MESSIRE LOUYS DE BUEIL-. Il faut ainsi enterrer un fort homme. Tonnans au ciel par differens accords D'un masle son. . sanglant! marche le gantelet. Qui de là haut en sa gloire infinie Se plaist encor d'une telle harmonie. D'un vaillant Duc ne sied mal le harnois. Car au milieu des chapes et des croix. Cy Autant Un preux Louys de Bueil. Pour ne souffrir qu'un cœur si valeureux Vist nostre siecle ingrat et malheureux.

et appendre. Triste present. Fut à leur bal sous la lune. qui par trop de prouesse Perdit la vie en la fleur de jeunesse. soit. et par bois et campagnes Suivit les pas des neuf Nymphes compagnes. non pourrir icy bas? Et toy. que d'en-bas tu retournes Ou De l'antipode. venant. leurs cheveux à sa cendre? Qui des premiers Gentils-hommes François Sur Helicon se baigna par neuf fois. Soleil. durement enfermes qui Cil qui joignit les Muses et les armes. Observateur des paternelles lois. Seigneur de Scillac. EPITAPHE PROMPTEMENT FAIT DU JEUNE LA CHASTRE. Beut de Permesse. Il craignit Dieu. Muse d'Amour luy estoit agreable. Allant. . Bon à cheval. Combien de fois as-tu la nuict icy Oüy gemir tout desfait et trancy Le sainct troupeau des Muses. Mais Eraton sur toutes amiable. que la terre Mere commune en ceste tombe enserre. hé! dy-moy. Et qui jamais ne gasta sa poitrine D'une nouvelle estrangere doctrine. Si valeureux que ce corps.216 EPITAPHES. Que diray plus? Mars le fit bon guerrier. il honora ses Rois. et soudain De leurs beaux dons se remplit tout le sein. tombeau. as-tu rien veu si beau. au combat le premier. Qui devoit luire après te sien trespas Là haut au ciel. ou soit que tu sejournes Sur nostre monde. grand flambeau. Vaillant à pied.

que France estoit Toute troublée. eviter le Destin. Ayme son Dieu. bien qu'il fust magnanime. Et comme il fit de mourir et de vivre. Rends-le à ma Dame et luy dis de ma part. et ses beaux yeux. soudart. ains plustost une foudre. (Les fiers geans ne furent jamais tels!) Un grand orage. Ne pardonnant à temples ny autels. plus ne sera servie De moy. De mes doigts oste un cher anneau. Baisant sa main. Gastoient par tout les champs Perigordins. Un sien soldat avise auprès de luy « Quand tu verras (ce luy dit) ma lumiere Du tout esteinte en une nuict derniere. Jurant son front. Donnant exemple aux nobles de le suivre. pour la France et son Roy. son Prince et la victoire! Comme il estoit en ce mortel ennuy. qui tombe au fleuve Stygieux. helas! d'un visage joyeux. Et non d'amour. Et fort guerrier. EPITAPHES. Mourant. En l'an soixante et neuf. 217 Mais soustenant ses peres de la foy. S'y opposa. Mourut pour Dieu. Dequoy Tant un bon cceur qui est touché de gloire. orné de vertus immortelles. contre leur Roy mutins. Ce preux. poitrine Il eut la teste en six endroits blessée. Voulans leur joindre au grand camp des rebelles. Et l'autre part saccageoit sa province. . il ne peust à la fin. Mais il tomba la sanglante victime Du noir Pluton. son Prince estoit victorieux. et qu'une part vestoit D'armes son dos pour secourir son Prince. De Provençaux plus espais que la poudre Ou les sablons. Il eut d'un plomb la persée. sa bouche. Versant son sang. et combattant il fit Que leur camp fut d'une part desconfit. que par faute de vie.

218 EPITAPHES. et ainsi finissant. 11 fut de noble et vertueuse race. Alla sa vie et son sang vomissant. Historien. ne demande autre chose. » Il dit ainsi. car le corps qui repose Icy dessous. Qui demy-mort luy revenoit en l'ame. de Mars. Il fut puisné. est ceste Deesse emprainte en ceste yvoire. Quelle se rompt les cheveux et tord les bras? Qui PRESTRE. Jacques son nom. Et l'autre qui d'un œil tristement despité Lamente à ce tombeau? . sinon Le seul regret qu'il avoit de sa Dame. lauriers. (1573. L'Histoire. Baigne. PASSANT.) EPITAPHE DE PHILIPPES DE COMMINES. Puis verse auprès une moisson de fleurs. et des Muses servant. la Chastre son surnom. Entre-parleurs LE PRESTRE ET LE PASSANT. Et n'eut horreur à trespasser. passant. son sepulchre de pleurs. Scillac estoit sa place. Qu'encor j'auray sur l'infernal rivage Peint en l'esprit son nom et son visage. Myrtes. PASSANT. Comme celuy qui fut en son vivant D'Amour.

(a) dont la memoire Surpasse ce Romain. pour sçavoir égaler La verité du faict avec le beau parler. (b) et des mesmes François Les combats variez encontre les Anglois a. Ce perilleux voyage Que firent les François à Naples. mais un Bourguignon b. Philippes fut son nom. et si fut noble de sang conceu. PASSANT. Non. Qu'a-t-il escript. ou s'i) fut de basse PRESTRE. 219 PRESTRE. Var. Il fut riche. di-moy? PRESTRE. et l'outrage Qu'on leur fist à Fornoue. PRESTRE. passage De Fortune ennemie. Dy-moy ce corps doué de tant de vertus dines. PASSANT. . Var. mais bien un François. Ne gist mort icy le Romain Tite-Live? point PRESTRE. EPITAPHES. vive Non. PASSANT. Fut-il race issu? riche. PASSANT. son surnom de Commines.: Que conte son histoire? Elle dit le voyage à et le bouché Que fit Charles Naple. La simple Vérité.

obstiné. ne pour Duc ne pour Roy. PASSANT. travailler. Qu'eust-il. PASSANT. PASSANT. !) a. prestre. De quel estat fut-il? PRESTRE. Lors que Mars avila de la France le los Et que le Mont-Hery la vid tourner le dos. (a) PASSANT. . Et sage ambassadeur aux estranges provinces. La haine de son maistre et deux ans de prison. Philippes de Bourgongne. Il n'a voulu trahir de l'histoire la foy. Quels maistres avoit-il? PRESTRE. (ô vergongne huictiesme. obstiné.220 EPITAPHES. Il fut present au faict. Et contre les Bretons. Pour avoir joint la plume ensemble avec la lance. Et guerrier pour son maistre. A l'honneur de son maistre. et les querelles folles De nos Princes fauteurs du Comte de Charoles. Var. De gouverner les Princes. dy-moy. ou bien s'il l'oüit dire? PRESTRE. Le Roy Charles et Loys. et n'a voulu rescrire Sinon ce qu'il a veu. pour toute recompense? PRESTRE. batailler. fiere ingratitude il eut contre raison La haine de son maistre et six mois de prison. Fut-il present au faict. Ah.

pour revoir dans le ciel son Alphée. voyant ta fontaine perir. Qui ne pleurast. Et mieux qu'en leur vivant les fait encore vivre. Artuse. (qui le croira?) une morte fontaine Une Cy git fontaine. Pour ne sçavoir mourir de douleur après toy. . ny Muse. qui t'enquestes ainsi. 221 Un Duc et deux grands Rois. Et maudissoient le jour qu'elles furent divines. Et rompant leurs cheveux frapperent leurs poitrines. EPITAPHES. Si tu n'as plus que faire en ceste eglise icy. Artuse. Dame de Teligny. Or toy. et leur renom fust vain. Sur le haut d'Helicon languissantes d'esmoy. quiconque sois. (1560. mais eussent-ils encor Esté plus qu'ils n'estoyent riches de gens et d'or. Les Charites chantoient ta simple honnesteté.) EPITAPHE D'ARTUSE DE VERNON. non. Et tarissant n'y eut ny Charite. je faux. Eussent-ils effrayé le monde de leur trope. Les Muses te vantoient la plus docte de France. qui laissa sa belle robbe humaine Sous terre. mais une belle Fée. c'est toy Nymphe Arethuse. Retourne en ta maison et conte à tes fils comme Tu as veu le tombeau du premier Gentilhomme Qui d'un cœur vertueux fit à la France voir Que c'est honneur de joindre aux armes le sçavoir. non. Qui vifs hors du tombeau de la mort les delivre. Eussent-ils tenu seuls les brides de l'Europe Si fussent-ils peris. Qui de tes claires eaux la source as fait tarir. Sans la vraye faveur de ce noble escrivain.

et l'autre n'a sa vie. un passant doit donner. Comme tu fus jadis. (a) (1560. Reçoy ces beaux oeillets et cette rose pleine De mes pleurs que je t'offre afin de t'en couvrir. Comme la . reçoy ces roses pleines De mes pleurs.) EPITAPHE D'ANDRÉ BLONDET. Lyonnois. T'advertissoit assez que tu devois aller Aussi tost dans le ciel. tu es morte. belle Arethuse! ou soit que tu demeures Dedans le ciel là haut franche de nos liens. Car ce sont les presens qu'au bord d'une fontaine. que tu voyois ta course Parmy les prez mondains soudainement couler. Nymphe. Tout ce qui est en ce grand univers. ou comme fleur d'esté. Grand-Tresorier de France. et fut jadis si beau! Adieu. Soit que tu sois là bas aux plaisantes demeures Des vergers fleurissans aux champs Elysiens. 1 Est composé de deux genres divers. un passant doit offrir. Les lys et les œillets sont les dons qu'aux fontaines. Mais tout cela se passe. à la mort asservie. Comme autrefois tu fus. qui froidement enserre Cela qui n'est plus rien. Seigneur de Rocquancourt. et rien en ceste terre Ne nous reste de toy sinon le vain tombeau Ah! trop ingrat tombeau. L'un est mortel. Reçoy ces beaux œillets. Var.nostre. dont je viens ta tombe couronner. Or. et vient en decadence Comme neige au soleil.222 EPITAPHES. a. . L'onde qui distiloit de ta divine source.

ou sourd. Ou son espece en autre remué. trop cherement. L'autre a la fiebvre et languit dans un lit. 223 Tous deux aussi possedent divers lieux. ou dissoult. ou hydropique. Tout ce qui est là haut outre la lune. En cependant la tremblante vieillesse Suyt pas à pas nostre courte jeunesse. ou mué. ou pantois. Soit les oiseaux. EPITAPHES. L'un en la terre. habite aux cieux. Se soustenant de sa propre puissance. citoyens de la mer.] . Vit seurement. L'autre est gouteux. Mais tout cela qui vit dessous la nue. Car tout parfait vit en toute asseurance. l'autre en querelles vit. vagues hostes de l'air. et l'autre. Qui aux humains ronge le cœur icy. Soit les poissons. ils sont engendrez tels. Des cerfs légers les grand's testes armées. Mais bien souvent l'ambitieuse peine De parvenir aux estats les plus hauts Fait aux mortels plus de mal que leurs maux. Bref mal sur mal nous vient de tous costez. pleine. Puis la mort vient. est le plus misérable Et la raison qui vient divinement. puis nous ne sommes plus Qu'un vain fardeau dans un tombeau reclus. appelez Mais par-sur tous l'homme. Et seulement nous ne sommes dontez De tant d'ennuis dont nostre vie est. Et de la mort sont mortels. Et de ses pieds foule la terre nue. [Car nous l'avons à condition d'estre Tres-malheureux dés l'heure de nostre estre. et bien loin du soucy. sans desfiance aucune De voir son estre. qui est semblable D'esprit aux Dieux. L'un est aveugle. Luy est vendue un peu. Doivent mourir. Loin de la mort. ou etique. Soit à l'escart dans les forests ramées. L'un en procès.

Et l'a tiré de ceste fange humaine Pour luy donner demeure plus certaine. Et ne branlast contre le ciel la teste. où la semence A se former à quatre rangs commence. Qui d'une gresle et d'un vent fond jusqu'au Perdroit les bleds qui. Las! qui verroit dans un gras labourage Tomber du ciel le mal-heureux orage. D'avoir rué une telle tempeste? Or toutefois conformer il nous faut Au sainct vouloir du grand Dieu de là haut. soucieux De s'enquerir. en accuse les cieux. Qui est celuy.224 EPITAPHES. et la mordante espine Qui sur le bled miserable domine. Mais quand on void les méchans si long-temps Vivre gaillards au terme de cent ans. Bien qu'à l'espargne il eust toute puissance. Lequel a pris en sa celeste court André Blondet. . tant soit constant de cœur. Sans amender leur malice premiere. Qui des mortels à son vouloir dispose. Et quand on void les bons ne vivre guiere. Où loin d'ennuis et de soins langoureux Vit tres-heureux entre les bien-heureux. Et laisseroit seulement dans les champs La noire yvraye. Car bien qu'il fust grand Tresorier de France. ja grandets. Quelque confort auroit nostre misere. Et la nature à bon droit seroit mere. Qui n'accusast la celeste rigueur. L'humanité de l'homme. Vivans bons perpetuellement. se font Tous herissez d'espics. seigneur de Rocquancourt. et les chardons tranchans. Et pour le mieux ordonne toute chose. A tout le A tout le moins moins si si nature nature honorable honorable Eust ordonné d'arrest irrevocable Que les méchans mourroient tant seulement. La ronce aigüe.

Passant. ce qu'il te faut apprendre Ronsard. L'ESPRIT DE LA DEFFUNCTE PARLE AU PASSANT. Aussi tes pleurs il ne peut écouter Ny tes souspirs. Qu'il fust amy des belles Pierides. Qui plus ne peut tes paroles entendre. Te consommant de douleur soucieuse Pour'le regret d'une ame bien-heureuse. écoute à quelle fin. je te suppli' d'arrester pour entendre. Et pour changer ce miserable monde. Qui vit au ciel. gracieux et gentil. Bon serviteur des Princes et des Rois. Et ne repugne à la volonté sainte. La sourde main n'entend point ta complainte. Tant sois-tu bien appris. Pour estre au ciel où tout plaisir abonde.) EPITAPHE DE LOYSE DE MAILLY. 15 . de leurs sources liquides. exempte du trespas Qui te demande. et tous ceux d'icy bas. VII. comme estant froide cendre. EPITAPHES. ou soit que le chemin T'ait conduit à ma tombe. Et ton ennuy par larmes augmenter. Si fut-il né pour mourir quelquefois. De leurs rochers. Qu'il D'un esprit vif. Le Fevre. Donques. Et par tes pleurs ne se peut racheter. (1560. Et tu te peux toy-mesmes tourmenter. Abbesse de Caen et du Lis. Ou soit que la Fortune. oste le desplaisir Qui pour sa mort t'estoit venu saisir. 225 fust courtois. vigilant et subtil.

Plus forte que l'oubly. m'a conduite au trespas Aussi bien qu'elle fait la moindre creature. Et si contre la mort profitoit la noblesse. L'autre fut admirai. de qui la renommée Vivante ne sera des âges consommée. Noble sang. Et ne m'a rien laissé que ceste pierre dure. Pour mespriser le monde. .. Ainsi tout homme doit (pensant à la misere Qu'apporte jour et nuit ce voyage mondain) Rire d'aise en son cœur de l'accomplir soudain Pour voir son Dieu là haut. Messieurs de Colligny. Tu apprendras icy que les choses mondaines. Car j'estois de la race et du sang de Mailly. J'eu pour oncle et seigneur Anne Montmorency.226 EPITAPHES. jadis Baron de Conty. Connestable de France. et lever ton esprit A Dieu. maintenant ne suis quant au monde plus rien.et pour estre delivre Des maux ausquels il faut en ce bas monde vivre. Var. n'ont puis- De faire tous ensemble à la mort resistance. [sance Car si pour estre riche on ne devoit mourir. Qui fus en mon vivant du Lis et Caen abbesse. Et de Montmorency Loyse fut ma mere. dont tu es fils par un seul Jesus-Christ. Ferry. tant soient grands. et pour freres aussi Messieurs de Chastillon. ny parens. Comme un bon pellerin s'éjouit en son cœur D'avoir de son voyage accomply la longueur Pour revoir au logis la face de son pere. qui L'honneur des cardinaux de l'eglise de Rome. Encores moins son dart eust mon corps assailly. La richesse à bon droit me devoit secourir. l'un Odet se nomme. fut mon pere. sont caduques et vaines. Qui Tu apprendras encor que ny faveurs ny bien. (a) mais la mort qui n'a pas A telle chose esgard. a. Par exemple de moy.

Qui m'as laissée en triste desconfort plus loin la pièce intitulée Le Passant 1. D'ongles pointus sa poitrine elle entame. et de fureur attainte Contre la mort poussa telle complainte « Sourde. Secrétaire des commandemens. Voir respond à l'Esprit. Que la tempeste à midy s'eslevant Fanit à terre et fait jouet au vent. l'Aubespine alla sous le tombeau Quand En son printemps. Une Dryade errante. eschevelée. Seule. en en unun plus heureux lieu maintenant. cruelle et mal-heureuse mort. Nomme les Dieux et les astres cruels. Qui fleurissoit comme une jeune rose Dessus la branche au point du jour esclose. Et frappant l'air de cris continuels.) EPITAPHE DE CLAUDE DE L'AUBESPINE. en son âge plus beau. qui comme Avecques moy se rient Des vanitez du monde. pensive. plus heureux lieu Loin de soucis humains. je vy prés de mon Dieu ses esleuz. et de ceux qui s'y fient. Rompt ses cheveux. EN FORME DE COMPLAINTE CONTRE LA MORT SOUS LA PERSONNE DE MADAME DE L'AUBESPINE. 227 Ainsi quee maintenant. Là de sanglots trainant sa vie à fin. EPITAPHES. en pleurant est allée Sous l'ombre aymé d'un desert Aubespin. Et consommant de tristesse son ame. (') (1560. .

Et n'as vers luy si favorable esté vinssent en leur esté.228 EPITAPHES. » Ainsi void-on sous la tempeste dure Les blés versez en leur jeune verdure. Ou me noyant. Faicte un esprit à fin de mieux le suivre. sa belle et jouvence. Pour le regret d'une si chere perte. gros Tu as tranché d'une cruelle main (Dont seulement du souvenir je tremble) Le beau lien qui nous joignoit ensemble. Moy en felonne au cceur inhumain. En larmoyant je deviendray fontaine. Dure. en qui je vy sans vivre. En un corps vif languissante me tue. » D'où vient cela que les herbes qui croissent les prés remeurent et renaissent. Parmy . » Mais tel remede est propice à ma peine. Las! je trespasse et le mordant soucy. Et n'ay recours qu'aux souspirs et aux pleurs. Ainsi que luy que ne m'as-tu couverte D'un tombeau mesme. franche je me rendray Du corps fascheux. Cruels tesmoins de mes fortes douleurs. Et sans espoir contre terre accropis. Ains que le chaud ait meury leurs épics. Tant par les yeux de larmes j'espandray. à fin qu'en doux repos Ma cendre fust compagne de ses os. alors que nos printemps En leurs verdeurs florissoient plus contens. » Ah! fiere mort. Que ses beaux ans » Les oisillons dedans leur nid sans plume Par les pasteurs ont ainsi de coustume Estre ravis. Joint au penser de ma perte avenue. ainçois que leurs beaux sons Soient entendus de buissons en buissons. Et que Caron tous deux en un voyage Nous eust passez dessus l'autre rivage? Car aussi bien je ne vy plus icy. Luy en premiere la fleur de l'âge qui commence.

Et je voudrois. mourant avecque toy L'honneur mourut. Qu'en te sauvant la mienne fust ravie. devenir un Orphée? » J'irois là bas flechir de mes douleurs Ces cœurs felons qui n'ont soin de nos pleurs. ayant l'ame eschaufée D'honneste amour. preud'hommie et la foy. pour luy voulut mourir. les Jeux et les Charites N'y viendroient pas. elles furent destruites Quand tu mourus. alla voir Proserpine. Et pour sçavoir si la mortelle audace T'a dérobé là bas ta belle face. Et pour sçavoir si la fosse profonde Te rend l'honneur que tu avois au monde (a) Et tes beaux yeux. » Amour. La lyre au poing. 229 Et quand l'homme est dans le tombeau reclus. Venus. son encor luy redonna. EPITAPHES. var. Il va là bas et ne retourne plus? » On dit qu'Orphée ardant en la poitrine De trop d'amour. dont tel jour s'épandoit Que l'Amour mesme amoureux il rendoit. Mais cher mary. Et pour plaisir mignonnes les avois. » Heureuse Alceste. Devant Pluton si tristement sonna. pour te remettre en vie. Non comme luy pour ma femme r'avoir. car tu aimois la trope Des Muses soeurs quand icy tu vivois. à fin de secourir Son cher mary. . heureuse mille fois! a. » Avecques moy descendroit Calliope. » Jadis Alceste. Et des enfers les ombres et les faintes En larmoyant j'esmouv'rois de mes plaintes. seulement pour te voir. Que espouse » Ah! que ne puis-je. Et les vertus qui sous mesme closture De ton sepulchre ont choisi sepulture.

ton oncle s'en tourmente. pour mon mal appaiser Je r'amassay de ta bouche un baiser. Et pour tombeau je luy donnay mon ame. Ayant perdu une si chere chose. Ton cœur fust mort entre cent mille ennuis. Seigneurs. Ton oncle grand. habillées D'un. » De ton trespas les fleuves ont pleuré. » Les belles fleurs en ont perdu couleur. et seconde je suis ne craindrois sous les ombres descendre. Je l'échaufay d'une amoureuse flame. Me consommant de larmes inutiles. au cœur je l'enfermay. helas qui ne voulois Survivre icy de tant de maux enclose. Qui retournant trouvent leurs nids seulets. Qui ta maison entournoit de ses ondes. » Nous ressemblons à ces rossignolets. Princes. en furent dépouillées. et ta sœur en lamente. Devint Hyver. » Tout se changea. Cœur genereux. aussi ont faict les Rois. qui avoient cognoissance De ta vertu dés ta premiere enfance. L'Autonne.230 EPITAPHES. » Toy trespassant. Et Seine large au grand cours separé. atteint d'une extreme douleur. Qui respirant sur ta lévre mourante Erroit encor d'une haleine odorante D'un long souspir ce baiser je humay Vint aux poumons. Qui Si par ma mort vif je le pouvois rendre. Sur ton sepulchre assis sans reconfort. en gemit à la mort. manteau verd. En a gemy sous ses vagues profondes. les rochers et les bois T'ont regretté. » Tout se pasma de tristesse et d'émoy Mais certes rien n'a tant gemy que moy. Tu fus premiere. » Le frere tien qui a pris de Neuf-Villes Son beau surnom. Ton frere en pleure. Estans allez chercher quelque bechée . les forests.

(1573. Forcer le ciel. car tout ce qui est né. la mort nous accusons.menue. ) Deçà delà d'une complainte aigüe. Dont les beautez. En grosse voix. car elle est à merveilles Sourde. Entre-coupant l'haleine de ieurs chants. Mais pour-neant. les graces et l'œillade Pourroient tuer la mort et le trespas. LE PRESIDENT DE SAINCT ANDRÉ. Et mille maux contr'elle nous disons. d'un pompeux Qu'il ne soit enrichy edifice. ny cœurs.) EPITAPHE DE FEU M. ne soit point décoré que ce tombeau Encor' De marbre ny de cuyvre en œuvre elaboré. Il faut partir. mais ces cruels n'ont pas Ny yeux. » Ainsi. PASSANT. et n'a point comme les Dieux d'oreilles. . Pour se fléchir par prieres humaines. En lieu d'un cœur elle porte un rocher. en longue et en. Que le pasteur de ses ongles courbez. 231 Loin du taillis pour nourrir leur nichée. n A tant se teut l'amoureuse Dryade. EPITAPHES. tendons. muscles. tres-cher. Est pour mourir un jour predestiné. Cruellement sans plume a dérobez. Pour ce les pleurs n'en peuvent approcher. Entre-parleurs LE PASSANT ET LA JUSTICE. ny veines. Et jour et nuit par les fueilles nouvelles En gémissant redoublent leurs querelles. Font resonner les taillis et les champs.

Or' va. qui remply d'equité M'avoit donne son cœur. Et que la forme et s'altere à toute heure. Aussi de quels parens il se vid engendré. l'ignorance L'asseurance des bons des méchans la terreur. JUSTICE. De grande authorité President au palais. Bien qu'il eust combatu et l'erreur. Et de mes senateurs le parfaict exemplaire. Selon que les fuseaux des Parques l'ont filé. Pour ce raconte-moy. et qui a d'avantage Par sa propre vertu annobli son lignage. Le simple seulement est exempt de la mort. c'est trop parlé passant. Bien qu'il fust venerable et d'honneurs et d'enfans. fay ton chemin. son ame et sa pensée. je te prie. Il fut de Carcassonne. Aussi tost au printemps autonne qu'en ravie. Honoré des plus grands. Me tenant comme il faut justement balancée. nom. aymé du populaire. Si est-ce que la mort consomme chacun qui L'a fait (comme tu vois) le passer port commun. Les mortels ont çà bas pour usufruict la vie. change Et que le composé se rompt par le discord. il eut nom Saint-André. De quel estat fut-il? JUSTICE. 232 EPITAPHES. Quel fut ce son corps. Apprens que la matiere eternelle demeure. Yssu de noble race. Si est-ce qu'en voyant la Déesse Justice Dessus se lamenter. De mœurs et de et de conseil et d'ans prudence. Qui rendent en tous lieux l'homme plus honorable Bien qu'il eust une taille aux demi-Dieux semblable. son estre et sa patrie. . Déesse. je croy qu'il tient enclos D'un personnage illustre et la cendre et les os. PASSANT.

passant. Prieure de Poissy. C'est une Dame heureuse et vertueuse. FAIT EN FAVEUR DE SIMON NICOLAS. Secretaire du Roy. (1578. 233 SIXAIN POUR LES CŒURS DE MESSIEURS DE L'AUBESPINE. Qui. C'est raison qu'à tous trois un tombeau soit commun. Les deux sont desja morts. Puis à douze ans en prit le voile aussi.) EPITAPHE DE FRANÇOISE DE VIEIL-PONT. A quatre ans vint pour estre instruite icy. demi-mort. trois cœurs en deux sont enterrez-icy. . Et à quatorze elle fist voeu de vivre Selon son ordre et les regles ensuivre. sa vie et soy-mesme dédaigne. Pour les vertus et les biens qu'il avoit. l'autre vit en soucy. Or comme ces trois cœurs en vivant n'estoient qu'un. ce tombeau repose un peu de cendre qui fut bien grand quand il vivoit. Passant. Afin que le cœur vif les coeurs morts accompagne. EPITAPHES. Qui ne voulant estre voluptueuse. je te suppli' d'attendre! Amy Sous D'un corps.

Utile au peuple à son Prince feal. Et sa vertu contre l'honneur croissoit. Il est bien vray qu'il eut des envieux. Qu'en la voyant l'œil estoit estonné. Or de ce Roy le parfaict jugement Ne se trompoit. On estimoit que Dieu l'avoit esleue. D'un jugement et certain et rassis Qui meprisoit le monde et nos soucis. Pour oncle elle eut ce grand chef des armées Qui de son nom les terres a semées. Ne luy failloient. C'estoit beaucoup de plaire à si grand Prince. Biens et grandeurs et tiltres apparens. Qui gouverna de fidele creance François premier. Tant de faveurs. Vingt et sept ans elle alloit achevant Quand elle fut dame de ce Convant. ny richesse mondaine. Pour gouverner une telle maison . Et à nul autre en faveur ne cedoit. Enviez sont les Princes et les Dieux. et de memoire heureuse. La remplissoit de sa grace à foison. Elle sortant d'une si noble race. Or la voyant et belle et genereuse. Mais dédaignant. La voyant belle et ensemble si saincte.234 EPITAPHES. car sa vertu fut telle Qu'après sa mort elle vit immortelle. noblesse de parens. Cest Annebaut de la France admirai. comme une chose vaine. grand monarque de France. plus humble apparoissoit. Qui le choisit de toute sa province Seul pour avoir entier gouvernement. Avoit le front d'honneur si entourné. Et dans le cœur on sentoit une crainte. Belle d'esprit et de corps et de face. D'un esprit prompt. Sang ancien. Sans compagnon seul il le possedoit. Et toute-fois de chacun bien voulue.

Et de sa mort à chacune laissa Dedans le cœur une tristesse amere Pour le regret d'une perte si chere. Et pense en toy que le trespas te suit Comme il a fait autrefois ceste dame. Levoit les yeux vers le Seigneur. Pri' qu'à son corps legere soit la lame. Que son trespas et la fin de sa vie Fut d'une mort bien-heureuse suivie. 235 Car de son temps en nombre on pouvoit estre Plus de sept vingts et douze dans ce cloistre. chasteté. De patience et prompte vigilance. humblesse. Doncques ayant ordonné ses affaires Qui luy sembloient au monde necessaires. Car revoyant de son heure la fin. EPITAPHES. (1573. Or va. afin D'abandonner sa prison corporelle Pour aller voir la lumiere eternelle. Et tellement son devoir ordonna. D'honneur.) . Aux souffreteux ses biens elle donna. Et qu'en paisible et sommeilleux repos Puissent dormir ses cendres et ses os. passant. où le pied te conduit. Et qui plus est d'entiere continence. Et se à son estre là haut rejoindre Pour mieux jouir du bien qui point ne faut. Jette dessus maint lis et mainte rose. Car cy-dessous la fleur d'honneur repose. Exemple fut à tous d'humilité. A quarante ans en ce lieu trespassa. vertu.

Et du doux nom de mere.236 EPITAPHES. Qui là-bas as conduit Ceste belle Angevine. Mal-heureux Hymenée. et le naistre Est cause du mourir. Mal-heureuse journée. Tu marches bien-heureuse Là bas entre les fleurs. Belle ame genereuse. . Pour ses vertus indigne De voir si tost la nuict. Avant qu'elle eust puissance D'avoir la cognoissance D'une si saincte amour. La rose sur l'espine A sa robe pourprine Du matin jusqu au soir. Angevine. La Parque trop severe Luy a bruny son jour. Hà débile nature. Laissant icy tes freres En soucis et en pleurs. Puis que ta creature Tu ne peux secourir! Le Destin est le maistre De ce monde. Ny beauté ny richesse Ne peuvent la rudesse De la mort émouvoir. EPITAPHE DE FEU DAMOISELLE ANNE L'ESRAT. Franche de nos miseres.

Ils n'ont voulu construire Ta tombe de porphyre. Les sources Castalides. Et force myrte espais. De pompe. L'autre edifice d'encre. Et versant force roses. Quelqu'un de grand courage Accomplira l'ouvrage Plus haut que n'est le mien. 237 Desquels le noble couple Passe la flame double De ces Jumeaux divins. pour te complaire. L'Esrat. Les rives Permessides. Des Muses la parole Gaigne le mauseole L'un œuvre de marteau. (1578. Il me suffit de faire Ce pilier Dorien. Supplier que la terre D'un mol giron enserre Ses reliques en paix. Ny de masses confuses Mais par l'outil des Muses Ont basti ton cercueil. EPITAPHES. Et force fleurs escloses. Et l'antre Cyrrheen A l'envy les cognoissent.) . Où jamais la mort n'entre Contre l'âge plus beau. Et les lauriers qui croissent Au mont Parnassien. Dont l'honneur et la gloire Luisent aux bords de Loire Deux astres Angevins. ny d'orgueil.

Pincetant sa lyre cornue En rond. Tibulle avecques sa Delie Danse la tenant par la main. . et Poëte Grec tres-excellent. Il vit là bas avec Tibulle. 238 EPITAPHE DE MARULLE. Demenez ici vos caroles. Je faux la tombe de Marulle? De luy sa tombe n'a sinon Les vaines lettres de son nom. Capitaine. au beau milieu d'un val. Les Heroïnes tout autour De sa bouche Latine pendent. Var. Foulant du pied l'herbe menue. Tout le premier guide le bal. Et sous l'ombre des myrtes vers. EPITAPHES. Corinne l'amoureux Romain. Accordez et avec mes chansons foiblement les sons De vos luths et de vos violes. Et Properce tient sa Cynthie. Dites bas de bonnes paroles. natif de Constantinopte. a. (a) Muses. Au bruit des eaux chante ses vers Entre les ames bien prisées. Lors que ses doux accens respandent Les douces flames de l'amour. Voicy-de Marulle la tombe Priez qu'à tout jamais du ciel La douce manne et le doux miel Et la douce rosée y tombe. Dessus les rives Elysées.

Les esprits les plus precieux b. EPITAPHES. a si bien chanté.) SUR LE TRESFAS D'ADRIAN TURNEBE. Chere ame. l'honneur des lettres de son temps. Pren pour present ces lauriers vers. Qu'estant Grec il a surmonté Les vieux Latins en leur langage. Lecteur du Roy. pour les belles choses Que j'appren en lisant tes vers. 239 Mais quand ses graves sons réveillent Les hautes louanges des Dieux. la voyant escumer En sa grandeur si profonde et si fiere. (1584) Legere à tes os soit la terre. Et sur le haut de ton cercueil Tousjours grimpe le verd lierre. a. Var. Ces beaux lis et ces belles roses. . Var. Les doctes Romains les plus vieux (a) Béans à son luth s'émerveillent Dequoy luy. Pour la louer. et sur ce tombeau Qui enserre un esprit si beau Tousjours grimpe le verd lierre! (b) (1560. Tousjours legere soit la terre A tes os. né sur le rivage D'Hellesponte. sçay chanter l'honneur d'une riviere Je Mais quand je suis sur le bord de la mer. Pluton te face un doux recueil.

Ainsi voulant Turnebe r'animer. en sa scene. Mais non pas mort ainsi qu'il faisoit.et contre toy hardie Te tordre les cheveux Et de la mesme voix dont tu aigris les Princes Tombez en déconfort. qui luit comme un flambeau. (1567.. et dy que La Peruse Est mort. bien à ce coup. dois Tu i Laisser tes graves jeux. Les Princes et les Roys mourir d'une mort vaine. luy servent de tombeau. . sa louange est sans rive. ayant trop de matiere. Du cœur s'enfuit mon audace premiere Prés de tant d'eau. D'un si grand homme il ne faut qu'on escrive. et qu'aujourd'huy Le second ornement de la tragique Muse Est mort avecque luy. Car un dormir de fer luy sille la paupiere D'un eternel sommeil. Sans nos escrits son nom est assez beau.) EPITAPHE DE JEAN'DE LA PERUSE. Cours donc eschevelée. Tu dois bien annoncer aux estranges provinces Que La Peruse est mort. chetive tragedie. Je suis vaincu. Qui morts ne mouroient pas. Aprés mille debas. Poëte tragique. Angoulmois. Comme la mer. Les bouts du monde où le soleil arrive. Laisser ta scene vuide. Sans bord son los. Grands comme luy.240 EPITAPHES. qui me peut abysmer.

VII. Tousjours sur le printemps la vigne et le lierre. Et qu'on ne peut frauder lé derrenier truage De ton port odieux. D'un refrizé rameau. et que de la nature Tu es seul heritier. 16 . la France m'a nourri. Suivant l'humaine loy.) EPITAPHE DE NICOLAS VERGECE. Tu devois pour le moins luy prester d'avantage L'usufruit de nos cieux. La 0 Normandie icy me fier Destin qui les hommes tient pourri. Crete me fit. Et tu as icy-haut laissé ta scene vuide De tragiques douleurs. tourmente. 241 Et jamais ne verra la plaisante lumiere De nostre beau soleil. Tu joues maintenant la fable de Tantale Ou du pauvre Ixion. la fiere destinée L'eust emmené chez toy. cruel Pluton! puis que ta sale obscure Reçoit de tout quartier Tout ce qui est au monde. Rampent pour ta couronne au plus haut de la pierre Qui te sert de tombeau (1560. amy aux ombres dans la sale De ce cruel Pluton. Tu n'eusses rien perdu car après quelque année. Laquelle autant sur toy que dessus Euripide Verse un ruisseau de pleurs. Ronsard. Helas. Or adieu donc. grand amy de l'autheur. Aussi bien qu'aujourd'huy. Grec-Cretois. EPITAPHES.

Ce sont les vrais cheveux et les larmes non feintes Que la Pudicité. et ses compagnes saintes. Et sa ville Orleans. cy-dessous gist la cendré D'une qui ne devoit sous les ombres descendre. Arrosez de ces pleurs tristement espandus. Pour servir de lumiere et de guide eternelle Aux dames qui l'honneur voudront suivre comme elle Car tout ce que nature et le ciel plus benin Donnent pour ornement au sexe féminin. Qui en toutes vertus esclairoit Marie fut son nom. Ceste Dame l'avoit. rreste-toy. 242 Qui fais un Grec à Coutance perir Amsi prend fin toute chose naissante. où l'on n'entend sinon Loire contre les murs d'une ville si forte Encor se lamenter que sa Marie est morte. Un seul chemin nous meine à Rhadamante. (') (1573. Sur la tombe ont versés. D'oster si tost le jour qui luisoit aux mortels! Car tant qu'elle vesquit. 1.) EPITAPHE DE MARIE BRACHET. 155. Les cheveux que tu vois rompus et respandus. passant. Serait-ce un de ces deux Grecs qui vinrent en France apportant pour toute richesse les oeuvres de Simonide et de Pindare? (VI. Mais qui devoit plustost. sans aller au tombeau. nommant les Dieux cruels. Se faire dans le ciel un bel astre nouveau. suivie ayant tousjours L'honorable vertu qui conduisoit sa vie. De quelque part qu'on puisse icy mourir. elle fut la lumiere la premiere.) . EPITAPHES. Brachet fut son surnom.

où dispensant les lois. comme estant l'excellence De sa race. Qui fut de la justice et d'honneur si ardent. PAR DIALOGUE. LE PASSANT ET LE GENIE. Et. docte et plein de bon-heur. Mais servant au public. lequel a survescu Les deux. Cela n'empescheroit qu'ainsi qu'une fumée Le temps ne consumast leur belle renommée. Il fut en son vivant general en la cour Des Aydes à Paris. Le dard aveugle et sourd De la mort l'a tué. pour faire à tous cognoistre Que l'ordre s'entre-suit de mourir et de naistre. Le vengeur de leur mort. Ep 1 TA P HE S. Huict fils consécutifs elle engendra de luy. Mérite estre nommé le Minos des François. puisse forcer le temps. ô pitié! et mesme tombe assemble Et la mere et le fils en un repos ensemble. Sans un autre Prévost. et tenant aujourd'huy la balance Dans le Palais sacré. Est-ce la tombe d'Amour? icy .) EPITAPHE DU SEIGNEUR DE QUELUS. vieillard. Le second de ces huict repose en mesme estuy Que sa mere. Mais bien qu'il fust entier. arriver au terme de cent ans. et faire que son ombre Des autres qui sont morts n'aille augmenter le nombre. et par ces vers leurs trespas a vaincu. LE PASSANT. Et que sa mere fust de son siecle l'honneur. au Palais faisant au Roy service. Que long-temps A chacun droitement administra justice. (1584. Président. 243 Elle eut pour son espoux Jean Prévost. Dieu le vueille garder.

Tant d'erreur l'ame il eut frappée! LE GENIE. Auprès on verroit la fontaine. De Venus les pleurs infinis. LE PASSANT. Qui d'un fer se perça le cœur. les cygnes voler. qui aima L'eau qui sa face consuma.PASSANT. Et de luy transi sur le bord Naistre une fleur après sa mort. car tu verrois à l'entour Sa trousse à terre renversée. Amoureux de sa beauté vaine? LE GENIE. Est-ce Narcisse. Amour sa mere consoler.244 EPITAPHES. Est-ce Hyacinth'. A bas on verroit son espée. Et sans lumiere son flambeau. LE PASSANT. Non. A ses pieds rompu son bandeau. Et son bouclier sans nul honneur Se rouiller prés de son seigneur. Est-ce Ajax. LE . Et du fier sanglier l'aventure Se verroient sur sa sepulture. LE PASSANT. LE GENIE. Est-ce point celle d'Adonis? LE GENIE. Son arc et sa flesche cassée. Les pigeons. qui convertit . des Troyens vainqueur.

D'Apollon la piteuse lyre S'entendroit icy resonner. 245 Son sang en fleur. Luy trancha sa trame? LE GENIE. Mars comblé de peur et d'envie. Craignant de luy se voir vaincu. Un duel. EPITAPHES. Laquelle sous la tombe encore En despit du mesme malheur. LE PASSANT. Si ce corps eust long-temps vescu. LE PASSANT. A peine son jeune menton Se couvroit d'une tendre soye Quand de la Parque il fut la proye. En quel âge vit-il Pluton? LE GENIE. Quelle Parque. LE PASSANT. . au cizeau cruel. Qui donc repose icy dedans? LE GENIE. Devant ses ans coupa sa vie. Ainsi souvent le ciel destruit La plante avant que porter fruit. Et personne ne l'oit sonner. La beauté d'un jeune printemps Et la vertu qui l'homme honore. quand il sentit Le palet poussé par Zephyre? LE GENIE. Enseigne aux François la valeur.

passant. LEn ce siecle dernier. a Déesse Cyprine avoit conceu des cieux.246 EPITAPHES. SONNET. La Parque comme Amour en devint amoureuse.) POUR LE SEIGNEUR DE MAUGIRON. LE PASSANT. Luy. mais sa main fut deceue. Quelus. (1584. LE GENIE. Dépit contre son frere. Car l'autre qui restoit. Va. LE PASSANT. que le temps n'efface. Quel pais de luy s'est vanté? LE GENIE. Sa mere s'en mocqua. n'en demande plus. et jaloux de ses yeux. d'une lumiere aiguë Blessoit plus que devant les hommes et les Dieux. Ainsi Maugiron gist sous ceste tombe ombreuse Tout ensemble vaincu d'Amour et de la Mort. La Parque supplia de luy donner confort. Languedoc l'avoit enfanté. Le gauche luy creva. Issu de ceste vieille race De Levi. un enfant dont la veue De flames et d'esclairs estoit si bien pourveue Qu'Amour son fils aisné en devint envieux. (1584.) . Au reste. Il vient en souspirant s'en complaindre à sa mere. dy son nom. tout plein de colere.

dans ce tombeau resonner? Qu'oy-je PRESTRE. ainsi qu'une ceinture. N Des pierres pour couvrir Belleau Luy-mesme a basty son tombeau Dedans ses pierres precieuses. REMY Poëte. Ce n'est pas celle-là. EPITAPHES. que flattez de sa vois Tiroit racine et tout. e taillez. 247 EPITAPHE DE BELLEAU. Et prés de Pierie. Une lyre. N'est-ce pas celle-là qui peut si bien redire Les chansons d'Apollon. Joueur de luth du Roy François Ier. les rochers et les bois. En un rond les serroit sur la belle verdure? PRESTRE. EPITAPHE D'ALBERT. . mains industrieuses. Entre-parleurs: LE PASSANT ET LE PRESTRE. PASSANT. PASSANT.

et tous/ours en son sein allaita. Ne t'en esbahis point Orphée qu'enfanta Calliope. PASSANT. Et tout d'un coup boucha sa vie et son urine. . PASSANT. qui flechissoit Les pierres de son luth. Var. PASSANT. Je suis émerveillé que sa lyre premiere En son art. Quelle lyre est-ce donc? PRESTRE. En celle part où l'eau par son canal chemine. Je suis tout esbahy que luy. et pour la fois seconde. PASSANT. que Phebus au poil blond Apprit dés le berceau et luy donna la harpe. qui fut bien Enfant de Calliope et du Dieu Cynthien. C'est celle d'un Albert.248 EPITAPHES. Orphée. Une pierre qui vint Luy boucher la vessie. Si bien qu'après sa mort son luth mesmes enclos Dedans sa tombe encor sonne contre ses os. Point n'en faut s'esbahir. ne fléchit la Parque meurtriere! PRESTRE. Et le luth le meilleur qu'il mit onc en escharpe. (a) Ne la sceut point fléchir. ne se l'amollissoit! a. et le conduit luy print. alla voir l'autre monde. D'où plus il ne revint. Quelle mort le tua? PRESTRE.

La pierre d'un costé dure à ses chants estoit. Cerbere à son passer tint ses gosiers fermez. Et les horribles sœurs béantes se dressèrent Et tomber à leurs pieds leurs grand's torches laisserent. Et de l'autre costé tousjours molle restoit. Mais quand il devint vieil. 249 PRESTRE. t'asseurant qu'aujourd'huy. Sisyphe ne sentoit Le vain labeur du roc. Comme on voit le coral dessous la mer s'étendre Endurcy d'un costé. tu seras comme luy. et mille roses franches. car durant sa jeunesse Que ses doigts remuoient d'une agile souplesse. Phlegyas l'oublia. et ne roidissoit point. D'un gosier mal joyeux. de l'autre costé tendre. . Var. et puis que ceux d'abas En ont tout le plaisir et nous ne l'avons pas? Or toy. Et le laisse dormir. (1560. et les sœurs Beleïdes Ce jour là tout entier eurent leurs cruches vides (a) [Et Tantale. Et les manes des morts. Aussi fit-il long-temps. jette-luy mille branches De laurier sur sa tombe. et que sa main pesante S'engourdit sur le luth à demy languissante. par l'aureille charmez. la roue s'absentoit Des membres d'Ixion. Et qu'il touchoit le luth plus viste et mieux à point.] Mais quel profit nous est-ce. au milieu de son troisiesme ennuy. EPITAPHES. Titye sur la plaine Aux vautours estendu. Tousjours elle estoit molle. rit en despit de luy. en oublia sa peine. quiconque sois.) a. Ou demain ou tantost. Oublioient leurs travaux. et Tantale en arriere Ne vit de son gosier reculer sa riviere. Des membres d'Ixion.

Plus de soin. Courte sautoit sur le baston Courte nageoit jusqu'au menton Mieux qu'un barbet lequel apporte A son maistre la canne morte.250 EPITAPHES. Courte alloit viste A corps gras. A qui de rien plus ne souvient. Qui sert à Courte de tombeau. Courte. La faisant peindre en ce tableau. . Plus de raison. Courte les connins (2) tourmentoit. Icy par la Parque ravie. 2. Chienne du Roy Charles IX. Lapins. Du Roy reçoit une autre vie. Courte jouoit de passe-passe. Courte estoit pleine. que le temps qui tout mange. plus de diligence. quand souventefois Couroit le cerf parmy les bois 1. Je crois que c'est un fou de Charles IX. Aussi dit-on que Courte avoit Entendement. Courte trouvoit le liévre au giste. Courte les perdrix éventoit. EPITAPHE DE COURTE. de souvenance Que Petit-Pere (1) qui la tient. N'avoit au monde sa pareille. grosse et grasse. quand ell' vivoit. sans queue et sans aureille. A finN'effaçast un jour la louange Que Courte en vivant meritoit Quand prés de Charles elle estoit. Courte jappoit.

ja vieille et ja blesme. à rendre Amour. 251 Courte n'avoit point de semblable. Prenant exemple sur les bestes Qui aiment et rendent honneur Seulement au Roy leur seigneur. venez apprendre De ceste beste sage. A la royale Majesté. Mais si tost qu'elle pouvoit estre En la presence de son maistre. Courte venoit dessus la table Du Roy prendre jusqu'en sa main Le biscuit et le marsepain. Peuples François. qui assomme Non seulement le chien. A ceste dame-là qui mesme L'avoit dés enfance nourry Dont Courte ayant le cœur marry. . Eut saisi Courte. Mais quand vieillesse. mais l'homme. Et les mordoit comme felonne. Ne voulant souffrir que personne de ce qu'elle aimoit. EPITAPHES. l'amitié De son bon maistré en eut pitié. L'envoyant. Faisant aux autres bonne mine. Mais quoy? je dy les moindres choses Que Courte en elle avoit encloses. Ne peut souffrir si longue absence. Qui par trop d'amour et de foy Estoit jalouse de son Roy. Et que son Roy la caressoit. Luy offrir vos biens et vos testes. fidelité. Et toutefois Courte estoit fine. Approchast C est pourquoy le Roy l'estimoit. devoir. Ses amis plus ne cognoissoit. Flatant celuy qui la traittoit Quand loin de son maistre elle estoit. Trainant sa vie en déplaisance.

qui te tiendroit En lesse. L'Empereur. A tous les peuples est commune. Car telle voye froide et brune. Courte ainsi morte et vive a fait. Aimant mieux la mort recevoir Que tant languir sans le revoir. Encore le Roy s'en servit. D'où plus jamais on'ne revient. A son Roy service parfait. Si ce grand Roy qui te desire. Veu qu'il y a tant d'animaux Qui font aux hommes tant de maux! Mais contre une telle arrogance Si faut-il patience. De regret. Car le long oubly les retient. prés de toy rendroit . Et serois un signe celeste. vray'ment Tuant une chose si belle. Marcheront aussi bien que toy.252 EPITAPHES. Mort. Et croire que par la vallée Où tu es. tu es bien cruelle. Ne si fascheux bannissement. prendre Courte m amie. Au ciel te pouvoit faire vivre. Faisant conroyer sa peau forte En gans que sa Majesté porte. Mais pleine de gemissement. le Pape et le Roy. Courte. La nuict aux hommes manifeste. et l'oublier Puis qu'on n'y peut remedier. devalée. Petit-Pere. Ainsi la Courte en sa vieillesse Mourut de dueil et de tristesse. Après que la mort la ravit. de dueil et d'envie De voir son Roy. perdit la vie. il te feroit prés du Lion Compagne du chien d'Orion.

(1567. Tout esbahy. qui de force surpasse Tes compagnons qu'en ma barque je passe? » Beaumont respond « Un grand Roy m'a nourry. il le veut. Jurant. Bien qu'il fust nud. Caron qui vit sa taille forte et grande. ET DE CARON. image de la mort. et suis né de Bretaigne. du bateau luy demande « Qui t'a nourry? qui es-tu? d'où viens-tu? Quelle contrée au monde t'a vestu D'un si beau corps. Et le bateau dont il passe les ames. par l'horreur de ces lieux . Caron. Gardant à jamais ta memoire Par le bien-fait de ceste histoire. que Beaumont entra dans les Enfers. Qui des cieux seroit la premiere Mais il ne peut. qui tout brise. Lors Voyant Caron aux yeux ardens et pers. Il veut que tu sois icy mise. Son triste habit. A fin que l'âge. Ne te face plus remourir. M'a fait descendre au fleuve Stygieux. Sans s'effroyer s'arresta sur le bort. EPITAPHES. Je viens de France. » La fiere Mort qui chacun accompaigne. ses voiles et ses rames. 253 Comme un bel astre une lumiere. Courte. De qui j'estois sus tous le favory. Et qui les villes fait perir. et ee qu'il peut Faire pour toy. Lévrier du Roy Charles IX.) DIALOGUE DE BEAUMONT.

A trois gosiers. Beaumont. Poussif. Le plus grand dueil qu'icy bas je reçoy. » Disant ainsi. pantois. [maistre Sans rien payer entre dans ce bateau. Car ja la terre en tous lieux est semée De ses honneurs. Beaumont. et de sa renommée. Roy qui les autres surmonte. Et suis certain qu'en as oüy parler. Vient du regret de ne voir plus mon Roy. De l'ocean où le soleil se vire. » Un si bon Prince oublier ne pourrois. Et son renom. à trois crochets de dens. A l'autre rive estoit le chien Cerbere. Comme un trait d'arc poussoit à l'autre bort. Mercure maintefois. se sousleve . N est pour avoir la lumiere laissée. Ce gros mastin oyant dessur la grève Sonner les pas de Beaumont. D'un corps pansu les passans effroyoit. qui de longue traverse Sur le sablon gisoit à la renverse. des ans victorieux. » Doncques. Sera borné de la voûte des cieux. pour l'honneur de ton Qui ja s'est fait par le monde cognoistre. Guidant icy les ames des François. M'en a parlé. Et d'un grand cry les ombres aboyoit. la gondolle s'avance. Sans te braver du souvenir des Rois. Tout herissé des serpens de Megere. Et le lévrier d'un sault leger s'eslance Dedans que Caron roide et fort l'esquif. » Je le sçay bien. m'a dit que son empire. Dont la vertu ne se peut égaler.254 EPITAPHES. D'affreux regard. à gros sourcis pendans. Que le soucy qui ronge ma pensée. que tu apprinses Sur ce rivage à oublier les Princes. Et des enfers traverse la grande eau. » Quel est ce Roy dont tu fais tant de conte? » C'est Charles. » Il seroit temps.

maladie et soucy Tandis mon Roy. Ce franc lévrier aux myrtes se convoye. gresles et vaines. sans poids.que le soleil évite. Pluton n'est Roy que des morts seulement. 255 A gueule ouverte. Aux chevaliers aux villes animées D'un peuple vit. sans os. Vieillesse. Où la frayeur. Et l'honorant son lieu luy presentoit. autre clarté de jour. debiles. EPITAPHES. Pource tout seul en ces lieux pleins de craintes Garde à ton Roy ses ombres et ses faintes. Suivant le train d'une si belle voye. Tout esbahy de voir en tel sejour Autre soleil. et en se soulevant Pour l'aboyer entre-mascha le vent. mastin. la peur habite. Du noir Pluton le chien je ne veux estre. qui là. . le flata de sa queue Qu'entre ses pieds humblement il mettoit. Je ne veux point de ta place. Noir. Et d'un monceau d'ombres. Mais aussi tost que la taille il eut veue De ce lévrier. Heureux sejour des esprits precieux. qu'en destournant le pas Il vit frayé sous un vallon à bas Un grand chemin fourchu de double sente L'une conduit au juge Rhadamante. obéissant et fort. sans sang. » A peine eut dit. qui n'a que faire icy. J'ay bien servy en France un plus grand maistre. . Beaumont luy dit Arreste et ne me taches De ce venin qu'en ta gueulle tu caches. Et l'autre mene aux champs delicieux. l'horreur. Qui çà. aux pourtraits de la mort. En autre lieu me conduit le Destin. vont volant Tout à l'entour d'un rivage relant. ennuy. Commande en terre aux puissantes armées. sans muscles et sans veines. Et non. sombre et froid. Cerbere. sans mouvement. Foibles. Sans chair.

Qui prés et loin de nostre teste vole N'estant pas corps. Aprés que jamais Car sans courir le courant d'un grand train. tout ainsi Comme il faisoit quand il estoit icy. qui est sans queue et sans oreille. et sans peine Là. qui prenoit Son droit chemin où l'Oubly se tenoit. Qui prés d'un fleuve aux esprits donne à boire A pleins vaisseaux une eau bourbeuse et noire. 256 Voir autres mons. Ainsi Beaumont tient ouverte la bouche le cerf il ne touche. ses dents. Francs des soucis et des maux qui nous font Porter icy des rides sur le front. autres bois. Mais il les court et les prend comme en songe. et le poursuit en vain. Quand le sommeil d'une douce mensonge Devant les yeux nous fait jouer la nuit Je ne sçay quoy qui nous fuit et nous suit. Puis sont entrez dessous les bois myrtez. Autres forests de fueilles jamais veuves. Courte. Et court le cerf par le bois. Et tout d'un coup toute chose oublier. sans travail Vostre Beaumont tout gaillard se pourmeine. Courte à Beaumont fit l'humble reverence. Vint au devant de Beaumont. mais une vaine idole. Luy demanda des nouvelles de France. De purs esprits par troupes habitez. Qu'on veut serrer et prendre bien souvent. Le grand desir toutesfois ne s'appaise . Qui du cerveau fait les sens deslier. EPITAPHES. Car pour l'hyver n'y meurent point les fleurs. Estant là bas comme icy sans pareille. autres fleuves. Trompe Mais bien qu'il soit par ces champs à son aise. Mais en lieu d'elle on ne prend que du vent. Et autres prez d'immortelles couleurs. mon grand Roy. Qui comme oiseaux aux ailes emplumées De bois en bois volent par les ramées.

Dont la froideur aux hommes ne produit Que le sommeil. Ronsard chanta même la mort de sa petite chienne. par envie A faict ta Barbiche mourir. Si blanc. Les Muses pour la secourir Luy redonnent une autre vie. tesmoin le bon Homere. le silence et la nuit. (') amais la Colchide toison. et voudroit revenir. tant la vie est plaisante Au prix du faix d'une tombe pesante. EPITAPHES. 1. Qu'estre sous terre et regner empereur De tous les morts. N'eut tant le dos si crespelu. Voir du soleil l'agreable lumiere Vivant au monde. Magdelaine de l'Aubespine. Ny le corps si beau. 17 . (1573. 257 De vous revoir. seigneur de Villeroy. Qu'estoit celuy de la Barbiche. et estre un laboureur. était une femme spiri- tuelle et lettrée. Deust-il après un mastin devenir. mariée en 1562 à Nicolas de Neufville. VII. si long. voyant aux cieux Son chien n'avoir si beaux les yeux. Car il vaut mieux. Par qui l'avantureux Jason Se rendit et fameux et riche. Erigone.) EPITAPHE DE LA BARBICHE DE MADAME DE VILLEROY. Ronsard. sa Barbiche. si houppelu. beaucoup de poètes lui consacrèrent des vers.

258 EPITAPHES.

Un esprit humain elle
avoit,
T'aimoit, t'honoroit, te servoit
En coche, à la chambre, à la messe;
Contre chacun se despitoit,
Comme amoureuse qu'elle estoit
Et jalouse de sa maistresse.
Ton sein luy servoit de rempart;
Elle vivoit de ton regard,
Tousjours auprès de toy couchée;
Si tu avois joye ou soucy,
Ta Barbiche en avoit aussi,
Comme toy joyeuse ou faschée.
Après sa mort, pour l'honorer,
Tu ne te plais qu'à la
pleurer,
Tant tu es d'une amitié forte!
Mais cesse de te travailler
Les pleurs ne peuvent réveiller
Une chose quand elle est morte.
Si rien eust flechy le trespas,
C'eust esté ton sein et tes bras,
Ton œil piteux, ta douce haleine
Qui reschauffoient ses membres morts,
En son esprit laissant le corps
A regret pour te voir en peine.
Ha qu'elle est morte doucement
Entre ton doux embrassement,
Ez plis de ta robbe amoureuse!
Mignonne Barbiche croy-moy,
Que beaucoup voudroyent comme toy
Mourir d'une mort si heureuse.
L'Aubespine, de qui l'honneur
Sert à la France de bon-heur,
Qui tiens Phœbus en ton escolle,
Si tu veux du temps la vanger,
Ne fay point de marbre estranger
A ta Barbiche un mauséole.
Les Muses seront son tombeau;
Aussi bien ce qu'elle-eut de beau

EPITAPHES.
259

A pris autre nouvelle voye;
Son oeil en astre s'est
changé,
Et son dos, de houpes charge,
S'est fait une toison de soye.
Son corps n'a rien qui soit à luy;
Il ne t'en reste que l'ennuy
Qui t'accompaigne inconsolable.
Ah que constante tu serois,
Si de fortune tu aimois
Une beste plus raisonnable!
(1584.)

volupté, la gourmandise,
La Le vin et le discord (a)
aussy,
Et l'une et l'autre paillardise,
Avec Thomas gisent icy.
En lieu d'une moisson partie
D'entre les fleurs du renouveau,
Tousjours le chardon et l'ortie
Puisse esgrafigner son tombeau.

(1560.)

a. Var. (1587)

Le vin qui n'a point de soucy,

260 EPITAPHES.

EPITAPHE

DE JACQUES MERNABLE,
Joueur de farces.

que tu vivois, Mernable,
Tu
T andis n'avois ny.maison, ny table,
Et jamais, pauvre, tu n'as veu
En ta maison le au feu.
pot
Ores la mort t est profitable;
Car tu n'as plus besom de table
Ny de pot, et si desormais
Tu as maison pour tout jamais.

(1560.)

FIN DES EPITAPHES.

261

LE RECUEIL

DES EPITAPHES
RETRANCHÉS PAR

P. DE RONSARD

Aux dernières éditions de ses Œuvres.

EPITAPHE DE JEAN MARTIN,
Poëte et Architecte.

Entre-parleurs

LE CHEMINEUR ET LE GENIE.

LE CHEMINEUR.

tandis qu'à tes edifices
Tu faisois des frontispices,
Des termes, des chapiteaux,
Ta truelle et tes marteaux
N'ont sceu de ta destinée
Rompre l'heure terminée.

LE GENIE.

Qui es-tu, qui de mes os
Troubles ainsi le repos?
Pauvre sot, ne sçais-tu comme
La mort ne pardonne à l'homme,

262 LE RECUEIL

Et que mesme le trespas
Les grands Rois n'évitent pas?
LE CHEMINEUR.

Quoy ceux qui par la science
D une longue expérience,
Et d'un soin ingenieux
Ont vagué par tous les cieux,
Ont les estoilles nombrées,
Et d'un nom propre nommées,
Ont d'un oser.plus qu'humain
Cherché Dieu jusques au sein,
Meurent-ils? la Parque noire
Dans Styx les fait-elle boire?

LE GENIE.

Aussi bien que moy Platon
Sentit la loy de Pluton,
Et par sa
philosophie
Ne sceut allonger sa vie,
Combien qu'il eust espluché
Tous les cieux et recherché
Les secrets de la nature,
Et qu'il n'eust à la mort dure
Rien concedé que les os
Et la peau qui tient enclos
Le fardeau qui l'ame charge;
Mais d'Eac la cruche large
Hocha son nom aussi bien
Comme elle a hoché le mien.

LE CHEMINEUR.

Je pensois, ô bon Genie,
Que la mort eust seigneurie
Sur ceux qui vont seulement
Par la mer avarement,
Et sur ceux qui pour acquerre
De l'honneur vont à la guerre;

DES EPITAPHES. 263

Non sur les hommes qui sont
Philosophes, et qui vont
Retraçant les pas de celles
Qu'on nomme les neuf Pucelles.
He quoy, ne peut le sçavoir
Ceste Parque decevoir?

LE GENIE.

Il faut mourir, et le sage
N'obtient non-plus d'avantage
Que le fol; jeunes et vieux,
Et pauvres, et fils des Dieux
Marchent tous par mesme sente
Au throsne de Radamante.
Là, sans choix, le laboureur
S'accoste d'un Empereur;
Car la maison infernale
A tous venans est égale;
Et peut-estre cependant
Que tu me vas demandant
Response de ta requeste,
Que la mort guigne ta teste,
Et que sa cruelle main
Tranche ton filet humain.

LE CHEMINEUR.
Mais je te pri' dy-moy, Ombre,
Es-tu là bas, ou sous l'ombre
Des beaux myrtes ombrageux,
Ou dedans le lac fangeux
Qui de bourbeuse couronne
Neuf fois l'enfer environne,
Ou bien si tu es là haut
Entre ceux où point ne faut
La lumiere, et où la glace,
Et le chaut n'a de place?
point
Ombre, je te pri dy-moy,
Dy-moy que c'est que de toy?

264 LE RECUEIL

LE GENIE.
Ton prier n'est raisonnable;
Car il n'est pas convenable
A toy de t'en enquester,
Ny à moy de t'en conter.
Tandis que tu es en vie,
Pour Dieu, passant, n'aye envie
De sçavoir fait çà bas
que
L'esprit apres le trespas,
Et ne trouble les Genies
Des personnes sevelies.;
Mais croy par foy seulement
(Sans en douter nullement)
Que les ames des fidelles
Vivent tousjours eternelles,
Et que la Parque n'a lieu
Dessus les esleus de Dieu.

LE CHEMINEUR.
Bonne ame! que tu merites
Pour tant de raisons bien dites,
Sur ta tombe de lauriers,
De pampres et d'oliviers!
Reçoy donc ces belles roses,
Ces lis et ces fleurs décloses,
Ce laict et ce vin nouveau
Que j'espan sus ton tombeau.
LE GENIE.
Je ne veux de telles
choses;
Serre tes lis et tes roses,
Et sur mon tombeau
n'espan
Ton lalct ny ton vin nouveau;
Mais bien nostre Seigneur
prie
Que mon esprit il allie
Au troupeau qu'il a fait franc,
Par la rançon de son sang.

Qui se bat la poitrine. Humblement son troupeau dans son cloistre. Et de dire aux que jadis tu fus celie passans Qu'elle choisit en Dieu pour sa tres-humble ancelle. N'ayant autre confort sur ta fosse. et qu'un sorcier Ne me vienne deslier Jamais du clos de ma pierre. (1560. 265 Après fais autre priere. Pleurant avec sa sœur Charité. Puis va-t'en à ton plaisir. A qui l'orgueil Ny titre de parens. DES EPITAPHES. Et me laisse en paix gesir. ny mondaine faveur. Loyse Et morte avecques toy icy dessous gist mise La vertu.) LE PASSANT RESPOND A L'ESPRIT. et sa face dechire. la bonté. Trois fois couvre-moy de terre. où gist la plus belle despouille Que nature fila sur l'humaine quenouille. Mais bien qui sans se faire arrogante apparoistre. Et dont le bel esprit volant tout pur aux cieux. . des biens n'avoit enflé le cœur. gouvernoit 1. et pour ['honneur de toy Icy rompt ses cheveux sur ta tombe la Foy. Voyez plus haut page 225 de ce volume. Suite de l'Épitaphe de Loyse de Mailly. sinon Le plaisir jour et nuit de sanglotter ton nom. qui souspire. Que la terre soit legere A mes os. (1) Qui m'emplira d'œillets et de roses le sein. fin de les verser sans nombre à pleine main A Sur ceste tombe. Des anges et des saints émerveilla les yeux? Las! tu es morte donc. tu es morte.

Pour ayder à nourrir les veufves soufreteuses Les jeunes et les orphelins. pauvres chetifs. vierges honteuses. liberale à despendre En un œuvre si sainct. et les terres connues. de la France Admiral? L'un qui est l'enfançon et des Muses. La mer et les citez. Or adieu donc. Car rien contre la mort ayde à l'homme n'apporte. helas! Loyse. nous vivons icy bas En regret et en pleurs pour ton fascheux trespas. comme un foudre de guerre. un assez long adieu Tu es au ciel là haut assise avecque Dieu D'où tu vois sous tes pieds les astres et les nues. en guerre et en paix. de la France l'honneur? Quel homme ne cognoist ton oncle redoutable. dont le bon-heur Fut. 266 LE RECUEIL Las! où est cestuy-là qui n'ait bien entendu Les bien-faits que ta main secrette a despendu. Et sur les bords du Rhin? Qui ne cognoist aussi Ta mere. qui fut sœur d'Anne Montmorency? Et toutesfois. tu es morte. en Itale et en France. Loyse. d'Apollon Et l'autre de Mavors. pour les haster d'apprendre Le chemin de vertu! hé. les ruses qui luy apprint Des guerres au berceau? C'est luy qui mille fois Jusques detsus leurs murs poursuivant les Anglois. Et ton frere Gaspard. Du Baron de Conty-Ferry. Qui ne cognoist François ton autre frere encor. Qui n'osoient mendier ou bien qui ne pouvoient? He! qui diroit combien d'escoliers recevoient De tes biens tous les ans. Et nous. Anne Montmorency de France Connestable? Qui ne cognoist ton frere Odet. aux armes un Hector?' Qui ne cognoist les faicts de sa jeune vaillance. Mise à chef en Escosse. Cardinal. . Espagnols et Flamens. Un Ulysse en conseil. qui diroit combien Pitoyable tu fis aux estrangers de bien Qui est encor celuy qui n'ait eu cognoissance De la noble maison d'où tu as pris naissance. Leur a fait du menton ensanglanter la terre.

tousjours tombe Une pluye d'oeillets et de lys sur ta tombe. Salel. N'estant plus qu'un esprit. Des Sereines du monde. Qui nous tiennent Pour nous faire oublier de retourner aux cieux. Et ne rensanglanter tes vers au sang des fils De tant de puissans Dieux à Troye desconfits. soit esté. et de trop de delices. . qui de rien ne se plaist. Soit printemps.) EPITAPHE DE HUGUES SALEL. et s'y faire le miel. Sinon de voir son Dieu. son Dieu qui le repaist (Comme il avoit promis en son livre de vie) A la table de ceux que l'Agneau rassasie D'ambrosie divine et de nectar divin. En lieu de pain terrestre et de terrestre vin. Menu comme rosée. à plus n'oser le sang Troyen espandre. aveuglez de nos vices. soit hyver. et te devoient apprendre. charmez et l'esprit et les yeux. Tu vis hors des liens de la prison humaine. (1560. Et que de mieux en mieux les siecles à venir De tes belles vertus se puissent souvenir. DES EPITAPHES. 267 Loin de nostre pays. Loyse! Afin que ta mémoire en oubly ne soit mise. Nostre où maintenant sans peine antique demeure. quand l'ireuse Pallas Destourna son courroux d'Ilion sur Ajas) Te devoient faire sage. Les rochers Capharez (où l'embusche traistresse De fit noyer la flotte donteresse Nauple Du mur Neptunien. adieu doncques. et nuict et jour du ciel Y puisse choir la manne. Or adieu derechef.

Qui chassa loin de toy la pauvreté moleste A la troupe des Sœurs. dont la race celeste Peu leur sert aujourd'huy. Prenant à gré d'ouïr l'Atride Agamemnon Parler en son langage. et t'ont coupé la vie Au milieu de tes ans. François. de peur autre fois qu'une Hector ne fut r'ôccis par les vers d'un François. les bois n'errent échevelées. Et de qui le sçavoir avoit bien merité D'estre d'un si grand Roy si doucement traitté. Si as-tu pour confort gagné cet avantage D'estre mort riche poete. que cliquetans des dents. Que d'un œil enfoncé. Et sans soin de l'amour parmy les fleurs devisent . son ayeul. Où sur les bancs herbus ces vieux peres s'assisent. faire bruire leurs armes D'un murmure Prince sur tous humain. toy bien-heureux. Pour avoir renavré la molle Cyprienne. et t'en allas joyeux Rencontrer ton Homere és champs délicieux. ainsi qu'à luy les Dieux ont eu envie. Plus dispos et plus gay tu traversas le fleuve Qui n'est point repassable.268 LE RECUEIL Non pour autre raison aveugle fut Homere. et par toy les gens-d'armes De Priam. Te fit sentir les biens de sa royale main. si poete heureux se treuve. Mais bien que mort tu sois au plus verd de ton âge. que toutes desolées De faim. Que pour avoir de neuf rafraichy la misere Des mal-heureux et Troyens. et d'avoir par labeur Le premier d'un grand Roy merité la faveur. re-saigner. Encor Mars de sa plume blessé. parmy François le premier Roy des vertus et du nom. Que d'un pasle estomac affamé par dedans. Ainsi. Et le fit à bon droit. comme à l'un de sa France Qui des premiers tira nostre langue d'enfance. Pour avoir re-souillé la poudre Phrygienne Au sang de et pour avoir laissé Sarpedon. pour avoir encor Par ses vers retrainé la charongne d'Hector. Qui favorisoient Troye. A toy.

Contre laurier se reposant le flanc. L'un luitte sur le sable. et se paissent de miel. Et en toute saison avec Flore y souspire D'un souspir eternel le gracieux Zephyre. et ore prés des eaux. Chargé Mais sans point travailler tousjours boivent du ciel Le nectar qui distile. hé faut-il recevoir Tant de derisions pour faire son devoir? . Là les terres sans art portent de leur bon gré L'heureuse panacée. Et le soir comme icy ne court vers le matin. Payé ce que luy doit chacune créature ) Tu vis franc de la mort. l'autre chante des vers. je vy et je traine ma vie Entre mille douleurs. Ah! France. DES EPITAPHES. sans jamais cesser. Là Orphée habillé d'un long surpelis blanc. Me faisant le jouet d'un tas de courtisans Qui dechirent mon nom et ma gloire naissante (Dieux destournez ce mal !) par leur langue meschante. les Là. Ore dans un bocage. Le matin vers le soir. bien-heureux Salel. et d'une douce aubade En rond parmy les prez fait dancer la brigade. 269 Au giron de leur dame. et comme icy la rage D'acquérir des' honneurs ne ronge leur courage. Sous un myrte esgaré. un se couche à l'envers. et du cruel soucy Tu te mocques là bas. de lingos d'or. dont la bourrelle envie Me tourmente à grand tort de pincemens cuisans. ingrate France. quelque Tient sa lyre cornue. jargonnent oiseaux. et sur les rives franches Naissent les beaux oeillets et les paq'rettes blanches. qui nous tourmente icy. et l'autre à l'escart saute Et fait bondir la balle où l'herbe est la moins haute. Là comme icy n'a lieu fortune ny destin. Et là le marinier d'avirons n'importune. (ayant à la nature Là. Et moy chetif. et le rosier pourpré Fleurit entre les lys. Là le bœuf laboureur d'un col morne et lassé Ne reporte au logis le coutre renversé. l'eschine de Neptune.

à toutes mains decloses. et leur donnant frayeur La nuit de mille horreurs les aille espoinçonnant. Seigneur de Rocquancourt. Et d'un long repentir leur tourne dedans l'ame Icy mon innocence. Force beaux lis et force belles roses. Escarbouille en cent lieux le cerveau de leur teste. passant. Lyonnois. mon Salel. (1560. quelque horrible Furie. Verse. Tonne là haut pour moy. Et toy. si le suis coustumier Tousjours mettre ton nom dans mes vers le premier. honneur et courtoisie Dans ce tombeau ont leur place choisie Avec Blondet. vertu. Bonté.) EPITAPHE D'ANDRÉ BLONDET. pere vengeur de la simple innocence.) . Pour leur punition. je te prie. icy. lequel repose. et ne laisse outrager Si miserablement les tiens sans les venger. Signe de ta faveur. Et prie à Dieu qu'il luy face mercy. Qui d'un fouët retors de serpens furieux Leur frape sans repos et la bouche et les yeux. LE RECUEIL 270 Envoye de là bas. et là le meschant blasme Qu'ils commettent vers moy. Si d'un cœur devot j'ay suivy dés mon enfance Tes filles les neuf Sœurs. (1560. et dardant la tempeste.

Vous qui passez. J'eus pour mon pere un chevalier notable. et mon nom fut Loyse. IcyDe qui le ciel se réjouit de l'ame. Un Colonel. Que seul il avoit puissance Sur les grands thresors de France.) EPITAPHE DE LOYSE DEMAILLY. faites à Dieu priere ceste tombe à ses os soit legere. dont enfermée N'est icy la renommée. Qui de son maistre prisé Fut si bien favorisé. Passant qui viens en ce lieu. Je fus Picarde. Il semble que ces vers soient un premier essai de l'Epi- taphe de Loyse de Mailly. et un autre Amiral. (1560. 271 POUR LUY-MESME. Que [« J'eus en vivant un frere Cardinal. reposent enclos IcyEt les cendres et les os De Blondet. (1) [es os reposent d'une Daine. Le corps mortel en poudre est converty Sous le tombeau que son frere a basty. J'eus pour mon oncle un sage Connestable. 1. Abbesse de Caen. DES EPITAPHES. Par mes parens morte icy je fus mise. . dont le commencement est page 225 et la suite page 265de ce volume. Ne t'en-va sans prier Dieu Qu'au ciel son ame puisse estre Avec celle de son maistre.

L'amitié des parens regne encore icy bas.272 LE RECUEIL » Passant. et les mouches à miel Puissent à tout jamais y faire leur mesnage. Passant. »] Les roses et les lis puissent tomber du ciel A jamais sur ce marbre. et son cœur pour vaisseau Retient en luy mes os. Leve les yeux en haut et vois la piété D'un frere envers la sœur. du frere qui honore La sceur et de sepulchre et d'epitaphe encore. de mon corps tu ne verras Quand Une fleur sur ma sepulture. et me sert de tombeau. En esté les œillets. esbahy tu seras. et par aventure. Vivant je l'ay sentie et après le trespas. Et le laurier sacré à jamais face ombrage Aux manes de ce corps dessous ce marbre enclos. L'OMBRE PARLE. Qui fus en mon vivant plus beau Que Narcisse. quiconque sois à ma tombe arresté.] « Passant marche plus loin. mon frere me la garde Enclose en sa poitrine. La mort m'a clos dans ce tombeau. » (1560. Le pasteur en tout temps et autour de la tombe S'y repose à l'ombrage. [Bien loing de ce tombeau l'espine se herisse. les roses au printemps. .) SUR LE TOMBEAU DE JEAN BRINON. Le chardon et l'ortie. Du ciel à tout jamais la douce manne tombe. en lieu d'eux y fleurisse Le safran en hyver. Ma cendre n est icy. Et la tombe à jamais soit legere à ses os. ce marbre ne regarde.

Et si la génération 1. ou le véritable Rabelais réformé. auteur de l'Hist. à Meudon. appelée encore à présent la tour de Ronsard. » Ronsard. Rabelais qui ne l'épar- gnoit guères. passant. Soudain quelque nouvelle fleur Du corps de Brinon fera naistre. Rabelais. et peut-estre arrosée de ton pleur. VII. On.lit les lignes suivantes à la page 72 des Jugements et Observations sur la vie et les œuvres de MO F. 1699. médecin. in-12 (par Jean Bernier. ne l'a attaqué que dans une Épitaphe. Rabelais est mort en 1553. quoiqu'ils se picotassent souvent à Meudon. d'où il alloit faire sa cour au château. où il le traite fort mal. ardant de mon amour. et n'a peu. osé l'attaquer vivant par écrit. De mon corps une fleur produire. Comme seiche de trop de feu. Et verse deçà et delà Tes larmes sur elle. A laissé dans soy-mesme cuire Toute son humeur. au point qu'il se tenoit fort heureux de loger dans une échau- guette. arrose-la. chez les Princes de la maison de Lorraine. qui n'eut. D'houry. 273 La terre qui presse à l'entour Mes os. et où il trouvoit souvent en son chemin M° F. Or donq'. 18 . de Blois) « Ronsard. dit-on. parce que Rabelais ne le regardoit que comme un poëte impécunieux et misérable. Paris. d'un mort SNature i engendre qui pourri quelque repose chose. Qu'elle. (1560. DES EPITAPHES.) EPITAPHE DE FRANÇOIS (1) RABELAIS.

Jamais le soleil ne l'a veu. Et jamais au soir la nuict noire. Comme une grenouille en la fange. Des Papimanes ebahis. Puis yvre chantoit la louange De son amy le bon Bacchus. Et la jument de Gargantue. Leurs loix. Tant fust-il matin. Alloit dans le vin barbouillant. et comme sa mere Trop chaudement receut son pere. Il chantoit la grande massue. . Demi-nu se troussoit les bras. Tant fust tard. Car alteré. sans nul sejour Le galant boivoit nuict et jour. Et se couchoit tout plat à bas Sur la jonchée entre les tasses. ne qu'encore De vagues le rivage More. Car d'un seul traict sa grande gueule Eust plus beu de vin toute seule (L'épuisant du nez en deux coups) Qu'un porc ne hume de laict dous. Et parmy des escuelles grasses Sans nulle honte se touillant. Las! toute vive la brula. ne l'a veu sans boire. leurs façons et demeures. Le grand et le pais Panurge.274 LE RECUEIL Se faict de la corruption. Qu'Iris de fleuves. qu'il n'eust beu. Mais quand l'ardente Canicule Ramenoit la saison qui brule. Une vigne prendra naissance De l'estomac et de la pance Du bon Rabelais qui boivoit Tousjours ce pendant qu'il vivoit. Qui en lieu de faire cela. Comme sous luy furent vaincus Les Thebains.

Alla veoir le fleuve des morts. Des cervelas et des jambons. Sur sa fosse répan des tasses.) EPITAPHE DE ROSE. Son carquois. Porte donc. (1560. passant. Car si encor dessous la lame Quoique sentiment a son ame. Et ores le fait boire en l'onde Qui fuit trouble dans le giron Du large fleuve d'Acheron. Le traict d'amour y gist aussy. Mais la Mort. 275 Et frere Jean des Antoumeures. Répan du bril et des flacons. Il les aime mieux que les lis. qui ne boivoit pas. de vivre trop lasse.) . DES EPITAPHES. Tira le beuveur de ce monde. meinte rose Dessus la tombe à plein panier Celle qui morte icy repose Fleurissoit une rose hier. qui passes. quiconque sois. (1560. Et d'Episteme les combas. Or toy. Rose tant seulement icy Ne gist morte dessoubs la lame. son arc et sa flame. Tant soient-ils fraischement cueillis. Et les beaux cheveux que la Grace Et Venus s'arracherent lors Que Rose.

Puis l'enterrer dedans pour prendre son sommeil Il ne faut au vaillant un pompeux appareil. Claude de l'Aubespine. La terre en sa rondeur n'y pourroit satisfaire. Tout cela que pouvoit nature. L'ombre repose icy. Les mortels seulement ont besoin du tombeau. le reste est un flambeau Qui rayonnant d'honneur dans le ciel nous esclaire. passant. ambas- . Le divin ne sçauroit par la mort se desfaire.) EPITAPHE DE FEU MONSIEUR DE L'AUBESPINE. (1584. l'air et l'eau. une autre épitaphe de Quelus. 243. Si quelqu'un presumoit un tombeau luy dresser. (2) Tout ce que France avoit de beau. c'est telle sepulture. La tombe de Quélus est le ciel. Voir plus haut. 2. de parfait. Ou bien s'il luy en faut. tout ce que nature en ce monde peult faire De De vaillant. Repose en ceste sepulture. secrétaire d'État. Il ne faudroit.276 LE RECUEIL EPITAPHE DE QUELUS. seigneur d'Hauterive. 1. Mais amasser 1 honneur et la vertu qui dure. Marbre n'y soit pour couverture. p. de courtois et de beau. les marbres depecer. baron de Châteauneuf. (1) SONNET. troisième du nom.

N'a presté que vingt ans l'usure De la vie. DES EPITAPHES. gist d'un enfant la despouille Au ciel n'en bouger volla son âme belle. jouissant Du plaisir immortel. (1) mortelle. est conservée dans le musée des Thermes et de l'hôtel de Cluny. Entournant d'une nuict obscure Son corps pareil au renouveau. loue Dieu tout-puissant. helas trop dure. tant délicat Qui l'a ravi de Vaulx. Enfant de Vaulx. Où s'esbattant là sus d'une certaine vie. t. Jeune enfant de huict ans. mort à vingt-six ans. Semblables à ce jouvenceau A qui la Parque. quand le basteau De Caron. où elle porte le n° 2483. sire de Villeroy. qui des biens n'a cure. 7652 Le manuscrit de la Bibliothèque Impériale 3 A d'où sont extraits ces vers a appartenu à sa sœur Madeleine. EPITAPHE DE CHARLES DE BOURDEILLE. femme de Nicolas de Neufville. pourpris. parmy les esprits bien-heureux. mort le mardy 13 mars 1571. Au vivre d'icy bas ne porte point d'envie. le 11 septembre 1570. sadeur en Espagne en 1566. Icy pour Qui. gravée sur cuivre jaune. Cette épitaphe. pour mettre en paradis. Voir page 227 une autre épitaphe du même. . 277 Mais bien qu'on luy fasse un tombeau De roses dont la fleur ne dure Qu'un mois ou deux au temps nouveau. De Styx luy fist traverser l'eau.

Repose. Soubs les iniques Ioix où naist le genre humain. en ce temps de misere Gayement renvolée au sein de Dieu ton pere. ô doulx enfant! et ce qui t'est osté De tes ans.278 RECUEIL DES EPITAPHES. Qui de regret de toi porte greve douleur. arrousant l'escriture Dont il a fait graver ta triste sepulture. Qu'il tesmoigne de pleurs. Là tu plains son malheur. Laissant ton pere icy. 0 belle âme! tu es. . soit aux ans de ton pere adjousté! FIN DU RECUEIL DES EPITAPHES.

l'œuvre que je promets. vueillez-le moy per- Les S mettre. Développe ton bras languissant à l'entour De son col. e chante par quel art la France peut remettre armes en honneur. Neufvaine qui d'Olympe habitez les sommets. quitte-moy le sein de Cypris ton amie. 279 LE RECUEIL DES FRAGMENTS. IL APPERT PAR CE FRAGMENT L'AUTEUR VOULOIT ENTREPRENDRE UN PLUS GRAND QUE OUVRAGE. Repousse de tes yeux la paresse endormie. qui l'enerve empoisonné d'amour. Pren la hache en la main tel que te veit la Thrace Retourner tout sanglant du meurtre des Geans Foudroyez à tes pieds par les champs Flegreans. . Accomplissant par moy Mars. ENSEMBLE LES DERNIERS VERS DE L'AUTEUR. Vien le dos tout chargé du faix de ta cuirasse.

280 LE RECUEIL Ettoy. Et mets avecque moy la main à ce labeur. Inspire-moy l'audace. qui font Le nom d'un capitaine après la mort revivre. eschauffe-moy la peur. Aprés le soing public preste-moy ton aureille. AU ROY DE NAVARRE. N'amusent ton esprit. ce livre. Une effroyable peur. Le vent estoit muet. i. et les conseils. Un rocher s'eslevoit au milieu d'une plaine Effroyable d'horreur et d'une vaste arene. comme un rempart l'emmure D'un torrent desbordé. Le ciel pour ce jour-là serenoit la montagne. Prince des armes la merveille. Des sangliers et des cerfs aggreable sejour. Bourbonne. M onA qui le ciel promet de donner la couronne Que ton grand sainct Loys porta dessus le front. muette la campagne. dont le sommet pointu De l'orage des vents estoit tousjours battu. la guerre. embrasse-moy Et ne refuse point d'acquerir le bon-heur Que ton humble subject celebre en ton honneur. Si la chasse. Haut rocher deserté. Tu ne liras icy les amours insensées Des mondains tourmentez de frivoles pensées. (2) illustre sang de la race Prince. Mais d'un peuple qui tremble effroyé de la loy Que Dieu pere Eternel escrivit de son doigt. Henry IV. 2. dont le rauque murmure Bouillonnant estonnoit les voisins d'alentour. FRAGMENT D'UN POEME DE LA LOY DIVINE. Henry ('). . Probablement Henry III.

Cecy est un fragment de la comedie de le tesmoigne la premiere tophane. qui fut (comme Binet) au college de Coqueret. Le Prophete obéit. Plus que les grands palais fust aggreable Pour assembler son peuple. CARION. qui semblent un oracle. Ces vers. et le tenir en crainte. 281 l'horreur solitaire et l'effroy d'un tel lieu Quand à Dieu. jouée en France. Binet. Et luy bailler le frein d'une douce contrainte. Plutus d'Aris- 2. Ce fragment a esté recouvré par le moyen de . et fut représentée de M. Beauvoisin. » Attendant de ma loy le mandement exprés il monta sur la roche. precepteur n'a jamais été mise sur Il estoit fort jeune quand il la fit. (2) ACTE PREMIER. Maistre il approche. C. publiez par M. Chose qui soit t. Pource Moyse il appelle. après la mort de Ronsard (ce qu'il n'avoit de Henry avoient esté donnez à osé faire du vivant III). et la presse. Jupiter! ô Dieux! que c'est grand' peine de servir un maistre bien same Que qui N'a la cervelle! où le servant luy dit bien fort pour son profit. [tienne. ( ) Et plein de majesté de son FRAGMENT DE LA COMÉDIE DE PLUTUS. qui les a conservez postérité. DES FRAGMENTS. de Ronsard. mon cher souci Luy réveillant l'esprit du mont et atten que je vienne! Grimpe au sommet mont se » Fay que mon peuple en presse au pied du Et de faces et d'yeux et d'espaules espais. d'où estoit principal Dorat. et luy a dit ainsi. « Marche. à la un autre Beauvoisin.

C'est probablement Cl. car. qui mainte Oblique voix d'oracles va chantant. Et me frapper à ceste bonne feste. et fait tout autrement Qu'il ne devroit. quelqu'un (*). Si je n'entens de vous que ce peut estre. en tell' sorte et manière Que toute jour il va suivant derriere Un homme aveugle. Il est bien force au serviteur aussi D'avoir sa part du mal et du souci Puis qu'il a pieu à Dieu et à Fortune Que sur son corps puissance n'ait aucune Le vray ams le seul achepteur. mon maistre. et par force D'aller derriere avecque luy me force. Si par cela il fait ma) son affaire. Marchons devant les aveugles pour guide? Mais cestui-cy va derriere. seigneur. s'il est tant Parfait devin et medecin si sage Comme on le fait par le commun langage. 282 LE RECUEIL Et il ne plaist au maistre de le faire. veu que communément Nous qui avons la veue qui nous guide. Binet lui-même. Mais à present une tres-juste plainte Je puis former contre Apollon. Sur un trepied tout d'or. ayant dessur ma teste Ce beau bouquet au bonnet attaché. . Et si la bouche on n'oseroit ouvrir Pour en parler. Pourquoy a-il laissé mon maistre aller. mais deussé-je mourir. Vous n'oseriez. comme plusieurs autres pieces qui sont en ce recueil. jour. Plus desormais ne m'en tairay. ou Claude Garnier. Sans son cerveau du haut mal alleger De phrenesie. Tel orendroit est le mien grand malheur. Pourquoy ainsi nous suivons sans sejour Cest homme Or est-il un bon aveugle.

Et n'ay cessé d'estre un pauvre quaimant Et souffreteux. qui ne se font que rire De dérober les temples. DES FRAGMENTS. CHREMYLE. De cela je te crois. Si tu me fasche. Ou bien le droit à beaux purs deniers vendre. Iceux venoient tous comme petits Rois. sire. Non par Dieu. Riches. CARION. et pour ce le demande. accuser L'homme innocent. Or ton amy. Larron que toy entre ceux qui J'estois jadis de ceux qui mieux observent La loy de Dieu et son commandement. Le tort à tort contre le droit deffendre. Abus! car de me taire Je n'ay vouloir. à fin que tu l'entende. puissans. CHREMYLE. Bien fort je suis. ains sera arraché Bonnet et tout pour plus de dueil te faire. CARION. J'en sçaurois bien que dire. CHREMYLE. si tu ne dis devant Qui est cestuy que tu vas poursuivant. Car je ne pense avoir plus asseuré me servent. Ce cognoissant. Mais les meschans. le coulpable excuser. 283 CHREMYLE. CARION. . je m'en allay grand erre Vers Apollon pour d'iceluy m'enquerre. Et vrayement rien ne te celeré.

CARION. Qu'il te falloit à ton fils bien apprendre Les bonnes moeurs chacun use desquelles En ce païs. Par cest et c'est-à il tend. sans que je le laschasse Tant que chez-moy avec moy Je logeasse. Et Apollon. Sans conscience et du tout rien qui vaille. Attens un peu que je t'aye tout dit. A sçavoir-mon si pour avoir pratique Et amasser à foison. Dy-moy. CARION. CHREMYLE. que je rencontreroy Tout le premier à mon chemin et voye. Veu qu'autrement jamais il n'auroit maille. or. Il t'a donc bien monstré Tout si tu le sçais clairement. entendre.284 LE RECUEIL Non pas pour moy. CARION. qu'est-ce qu'il respondit? CHREMYLE. Et qui as-tu le premier rencontré? CHREMYLE. car mon temps est passé En grand misere et suis ja tout cassé. argent Il devoit estre injuste. Disant respondre. Mais pour l'amour de nostre fils unique. Et tu car il veint à oyras. par quelle ruse As-tu cogneu que c'est ce qu'il entend? CARION. Partant de là. aveugle. sans raison. Cestui-cy seul. quoy . tout clair qu'il me falloit semondre Venir chez moy.

285 Te demonstrant qu'il est tres-profitable Ne faire rien soit bon et louable. Je te le dis. CARION. Et pren pren cest augure Avec cest hoste. ARGENT. CARION. Ha! croire je ne puis Qu'il tende là où tu me dis. Vien-çà. Va-t'en au diable. Or dis-le moy tout bellement ici. dis-moy tout premier qui es-tu Que nous suivons. aussi trop de rudesse Tu as usé l'interrogeant ainsi. Plus grande et haute en ces propos enclose Mais s'il nous dit qui il est. DES FRAGMENTS. Si tu cheris j'homme qui n'est parjure. A toy s'addresse Ceste missive. CHREMYLE. . C'est trop songé. L'intention nous aurons clairement Du Dieu divin et du divinement. CARION. je suis Dieu-te-maudie. ou tu seras battu? CHREMYLE. Entendez-vous. Comme aveuglé. il faut que tu le die! ARGENT. et pourquoy Il vient ici auprès de toy et moy. mon maistre? CHREMYLE. et puis On voit tout clair qu'il y a autre chose.

tant me seriez mauvais Si vous sçaviez qui je suis. Helas bien sale Mon cas seroit. Puis le lairray. ARGENT. ARGENT. je te pri' CHREMYLE. Dy donc. ARGENT. Je feray bien que point tu ne t'en rie. par Dieu. CARION. Habilement qu'il soit troussé en male. CHREMYLE. CHREMYLE. et me laissez. Non ferons da. à fin que là laissé Tombant à bas il ait le col cassé. que tu voudras partir. Je le mettray sur un roc au rivage. Je te feray mourir en grand martire.286 LE RECUEIL CHREMYLE. Lasche-moy donc. et jamais Ne me lairriez d'avec vous departir. . Si tost. Non. Car si ja plus tu refuses le dire. Mon maistre. Allez-vous-en tous deux. ARGENT. j'ay assez Un bon moyen pour faire qu'il enrage. Ha par saincte m'amie. CHREMYLE.

ARGENT. Je viens d'un trou où m'avoit enterré Un chiche-face. ains m'a desenterré . Comment donques es-tu Si ord. Or escoutez. CHREMYLE. bien que je suis fasché De declarer ce que celer pensoye. si mal-propre et si mal-diligent A te laver. Luy-mesme? ARGENT. DES FRAGMENTS. Puisque tu es Argent? CARION. assez dit. que tu reluis d'ordure? 0 Apollon! ô Dieux quelle avanture! tu l'es? Quel heur! quel bien! mais dis-tu que ARGENT. Je le diray tout bas. Tien. et où est ta demeure. Tu es Argent! Toy. te voyla lasché. CHREMYLE. 287 CHREMYLE. si sale et si fort mal vestu? ARGENT. C'est assez dit. Je suis Argent! CHREMYLE. de peur qu'on l'oye. 0 le plus malheureux De tout le monde! es-tu bien si poureux De nous avoir celé jusqu'à cest' heure Qui tu estois. Oüy luy-mesme. Oüy. allez.

de verolle et d'emplastres. Comme si Dieu leur portoit quelqu'envie! Et toutesfois il semble n'estre rien Qu'il aime plus qu'il fait les gens de bien. et les bons de la gent Qui ne vaut rien. Pleines d'onguens. Et si à ta santé Tu revenois et recouvrois la veue. qui le serre Comme luy moy. tant luy desplaist qu'Argent Soit avec ceux qui sont de bonne vie. . CHREMYLE. soudain il m'a livré A ses putains et ribaudes folastres. Je le confesse.des hommes la reveue. Car ce sont ceux qui l'honorent et prisent. après avoir en terre Mis comme moy son pere. Qui m'ont sali et si mal accoustré. argent à planté. Ausquels jadis à ma tendre jeunesse Je desirois de prendre mon addresse Mais'tout soudain que le bon Jupin vit Mon desir tel. CHREMYLE. Ausquels il baille or. Et m'aveugla. la veue me ravit. Par qui as-tu ce mal-heur rencontré? ARGENT. Qui plus que nuls sont dignes de m'avoir. Que qui fait mal endure le semblable. car il est raisonnable. Et au rebours les mauvais le déprisent.288 LE RECUEIL Son fils prodigue. Cela me vint (à fin que je ne mente) Par Jupiter qui ne veut que je hante Avec les bons et les gens de sçavoir. Quand tu ferois. Le fils aprés qu'il m'a eu delivré De la prison. Le bien du mal. à fin de ne pouvoir Or' discerner ce qui est blanc du noir.

et ne suis de pareille Façon que toy. obeïs à mon dire. Ce n'est pas grand' merveille. aveugle ny sans yeux. DES FRAGMENTS. Et. Nous n'avons garde. 19 . ains par Dieu. Que tout soudain que je vous aurois dit D'où je venois et qui j'estois. te tiendrons Le plus serré que tenir te pourrons. Et ausquels donc. 289 Fuirois-tu point les meschans desormais. Comme jadis? ARGENT. Car moy qui vois. CHREMYLE. CHREMYLE. pire Hoste que moy tu pourras esprouver. ARGENT. Où que tu voises. Mais de meilleur tu n'en sçaurois trouver. je te prie. aux bons? ARGENT. n'irois. CHREMYLE. sans cesse Vous me feriez grand fascherie et presse? CHREMYL E. VII. Trop volontiers! mais par vaulx et par mons. Je t'asseure. ARGENT. Ronsard. Voyla mon cas! vous l'ay-je pas predit. car j'ay fait mon devoir De vous conter ce que vouliez sçavoir. Et ne me laisse. Je n'en puis voir. Pieça ne vois homme bon sous les cieux. jamais A eux eux n'irois. Car point n'en est. Or me laissez.

CHREMYLE. Que dis-tu. Or entens bien les biens et l'avantage Lequel chez moy te pourroit bien-heurer. Non. Il est bien vray. Je te battray si plus tu nous outrage'. j'oserois bien promettre De te guarir tes yeux et te remettre En tel estat que tu verrois bien clair. Chascun m'en dit autant. Mais aussi tost que l'un d'iceux a tant De biens qu'il veut. Mais en chascun tell' malice n'abonde. Je te suppli plustost de m'aveugler Encore plus. si c'est quelque marchant. misérable? CARION. S'il te plaisoit avec nous demeurer. tu dis vray. et plus il devient chiche. CHREMYLE. Cet homme icy. plus meschant. . CHREMYLE. ce croy-je est incurable? Ce mal luy est de nature donné. si tel est ton pouvoir Car je n'ay cure aucunement de voir Plus que je vois. Car aydant Dieu. CARION. ARGENT. et est devenu riche.290 LE RECUEIL ARGENT. plus trompeur. ARGENT. Plus grand larron. Tant plus il a. sinon à tout le monde.

Par toy. Et s sçavoit. Le seul Argent. Et'aux seigneurs. chacun les pieds leur gratte. et ses tres-sacrez temples. CHREMYLE. chacun est attiré Et va suivant les seigneurs. en son celeste regne? CARION. Te fait-il mieux. Que de rechef je visse de mes yeux. mais Jupin l'a ainsi ordonné. Car tout premier qui fait que Jupin regne Entre les Dieux. Car quand argent et sa croix va par place. Quand En trébuchant. mais moult je le redoute. maintenant il permet que tu cours. CHREMYLE. qui fait que tant d'honneur Chacun leur porte et craint leur grand pouvoir? Le seul argent est la croix du tiroir. Il me feroit mourir. luy qui voit toute chose Et qui du tout à son plaisir dispose. et les flatte. DES FRAGMENTS. car c'est un grand seigneur. Non. . il en a plein ses amples Palais royaux. Tout homme sage et prudent fait grand doute De l'offenser. Par toy. Il court tant il se sent tiré. après. Chacun les va par toy idolatrer. Argent. Il n'est celuy qui soudain ne desplace. Je n'en sçay rien. 291 ARGENT. Argent. sans te donner secours? ARGENT. CARION.

Par qui fait-on les dons à luy aussi. A ses autels. Par ainsi donc nul n'est qui ne renie . Si donc cestuy cause leur criement. Il pourroit bien faire facilement Cesser leurs cris. ny veaux on ne leur donneroit Pour sacrifice à son idole faire. Quand quelqu'un veut luy dresser une image. Ny rien avoir. et ne voit-on prier Luy ny ses Dieux. on ne donneroit rien A ceux qui vont à Jupiter crians. Pour seulement avoir quelque rogneure De son thresor. Par nul et si tout le monde se chesme De le prier tousjours et à toute heure. Dy-moy par quel moyen? CHREMYLE. ARGENT. sinon par cestuy-mesme? CARION. Autre que cestuy-ci? CHREMYLE. Qui le luy donne? CARION.292 LE RECUEIL CHREMYLE. sinon pour supplier Qu'il donne Argent à ceux qui bien le prient. Qui bien ressemble à Jupin de visage. CHREMYLE. Et jour et nuict en son temple prians Encens ou cierge on ne leur porteroit. Si tu n'estois. Car sans Argent on ne peut rien parfaire. Ny bœufs. lequel faut que tu livres Pour acheter des marbrés ou des cuivres. Et tout le jour autre chose ne crient.

L'un donne une monture. Pareillement un mignon au coeur gent Fait de son corps plaisir. Dis-tu que c'est par moy qu'on va flater Les grands seigneurs. car je ne suis pas homme. Pourveu qu'ell' donne un sachet d'argent plein. Je t'en asseure. Si n'eust esté quelque petite somme De toy. CARION. DES FRAGMENTS. A quelque femme au bon riche vilain. Qui par Car il n'est rien qui à toy n'obeïsse. . en bagues. et n'est honneste office. ARGENT. aux Ny chose honneste ou plaisante humains. Elles luy font tousjours la sourde aureille. 293 Et Jupiter. On dit aussi que qui veut dépenser En chaines d'or. Argent. et sa grand' tyrannie. en joyaux. CHREMYLE. certes point ne servisse. ne leur soit donnée tes mains. CHREMYLE. comme tu peux penser. Mais quand un pauvre au matin les réveille. Riche et puissant. CARION. Si tu te veux des temples absenter. Ne font pas ceux qui ont bonne nature. CARION. et leur faire service? CHREMYLE. font-ils donc? Que CHREMYLE. Quant est de moy. pour de l'argent. Des dames a et tripes et boyaux.

O moy chetif! moy mal-heureux! jadis Je n'entendois cecy que tu me dis. Mais il sçait bien. Couppeur de ou d'iceux bourse. L'un pour Argent est marchand approuvé. Et l'autre ayant le cul dessus sa selle Fait des souliers. Tout gentiment dire qu'on le remonte D'un bon ou bien de courtaut. L'autre est foulon. tousjours CHREMYLE. l'autre demande un lict Pourfilé d'or. Les arts aussi. Pour Dieu. charpente. Et les engins des subtils mechaniques Par ton moyen les hommes ont trouvé. Il auroit et craindroit le diffame. dit-il. l'a. L'autre craignant de perdre ses rognons. receleur. amy cocu. avec les theoriques. Et le grand Turc est-il Si grand seigneur pas par Argent que d une telle gent? . ARGENT. pour mieux couvrir sa honte. L'autre fruictier. Quand il se voit surpris en adultaire. CARION. l'autre vendeur d'oignons. honte. l'autre forge et martelle. Et vous aurez ma bourse. L autre. prend de toy l'Argent Oui qu'il met en œuvre. par Dieu. CHREMYLE. et l'autre teinturier. sinon le poil du eu. Et s ne au bond recule. L'autre tanneur. est larron et voleur.294 LE RECUEIL L'autre un harnois. L'autre et l'autre est bon orfeuvre. S'il demandoit de l'argent à sa dame. et l'autre couturier. quelque mule. à se coucher la nuict. ne me vueillez point raire De ce razoir.

Aprés qu'ils ont ans après la plume? Rendent-ils pas cent CARlON. Les lansquenets. Est-ce pas toy par qui le venerable Frere Frappart dit souvent une fable Au lieu. les patrons des galleres. DES FRAGMENTS. du Roy bien mangé l'oye. Les generaux qui sont sur la monnoye. S'il ne le sent. marchands de Venise et de Romme Les grands cet homme? Ne font-ils pas leur. les soldats. quand le temps s'y servir qui plus leur donne? Ne vont-ils pas CHREMYLE. Que tu ne sois d'hérésie chargé. Ceux sur lesquels. 295 CARION.Est-ce les mets sur la roue? pas toy qui CHREMYLE.comme Le bourreau et que si fort rabroue. Quoy? les salaires? Servent-ils pas le Roy pour CARION. sur une enclume. addonne. CHREMYLE. Tu sçais qu'il a la charge de nos ames. tousjours CARION. frappe . nez Est-ce pas toy par qui l'on pette au Du medecin? et il est bien punez il l'endure. . neantmoins Et se nourrit dedans l'ordure. courretier CHREMYLE. Holà! laisse-là le clergé..

Et ceux qui vont marchant sur les espines Tant sont gouteux et courbans les eschines. par Argent . Mais si faut-il aimer les damoiselles. CHREMYLE. les belles pour te Et les laid'rons prendre. C'est peu de cas on la sue. Argent. CHREMYLE. Argent. tu guaris le navré Par toy. pour aux beaux fils te rendre. et si toy. CARION. Voire. qui? ou les dames? CHREMYLE. Argent contant Le grief ennuy qui les va tourmentant. ou non Par toy. comme un second Achille. Plusieurs mignons n'ont la verole à Car acheté ils ont tort. 296 LE RECUEIL CARION. quand tu es vif. Tu es si fort et si penetratif. S'en vont branslant comme une tour qui vole. Les seigneurs. Quoy qu'il advienne. Argent. quand tu vas par la rue CARION. Que tu guaris d'une façon gentille Le mal qu'as fait. ou belles. par grand effort. Et du corps. CARION. valet. mieux que gaiaque Decoction. belles. Aussi par toy. Argent. Puissent-ils choir et eux et leur verole Sur toy. De cela tu dis vray. Duquel jadis la lance Peliaque Guarit Telephe ains toy.

CHREMYLE. Par toy le mal. seul puis tant de choses faire? Moy doncques CHREMYLE. De vers et prose. tu as toutes puissances. par toy est fait le bien. De tartelettes. De petits chous. N'est fait sans toy. CARION. car de toute autre chose On devient soul. CHREMYLE. CARION. Et c'est pourquoy la guerre Et du costé que tu fais contre-poix. tu balances. en d'autres choses mille. Soit par les champs. CHREMYLE. . CARION. et si on a de toy affaire De jour en jour. 297 CHREMYLE CHREMYLE. ou bien soit à la ville. DES FRAGMENTS. a de victoire le poix. ne fut soul de toy. De pain. Oüy. plus on est en esmoy D'en amasser. et rien C'est par Argent que tout est fait. De coeur vaillant. Parquoy jamais nul Plus on en a. CARION. Iceluy ARGENT. D'honneur.

Dy hardiment. féves. CHREMYLE. De toy soulé on ne jamais peut voir Homme quelconque. Ou autrement que son ame est ravie Droit en enfer. comme dit l'Evangile. et est pis qu'un damné. Argent. Il joüira de l'eternelle vie. il ard. Puis quadrupler. fors. Et croit pour seur. sans qu'il s'en faille rien. dy-nous qui est ce poinct? . louans l'Argent. De petites figuettes. contans? Il brusle. CARION. D'aller au camp. renom. qu'il n'en desrobe au double. Mais un seul poinct me va le cœur rongeant. de t'avoir. Et aller voir les filles. A-il tant fait que son vaillant il double? Il devient fol. CHREMYLE. Et bref de tout. CARION. S'il n'a d'argent tant qu'il die J'en ay! ARGENT.298 LE RECUEIL CARION. qu'il ne le peut tripler. Vous dites d'or tous deux. De pois. lentilles. CHREMYLE. De bruit. puis en fin centupler. A quelqu'un mille frans De ou trois mille revenu. CHREMYLE. Que si a esté si habile quelqu'un Que d'acquerir le centuple du bien De ses ayeux.

Mais ce qui fait que couard on me pense. non. va. . et c'est ce qui me poingt. sans estre renfermé. Si fort tu es couard et peu hardi. Aye bon cœur. Quand le loup a sur moy CHREMYLE. Il dit alors que c'est par couardise Que je me cache. Il est marry ne trouve à foison qu'il Argent et or. Aussi dit-onqu'il n'y a rien plus lasche. car on le cache Ny plus paoureux qu'Argent. et toute sa vaisselle Par tout serrer. De jour en jour il a peur des gens-d'armes. et si clairement voir voit à travers les murailles. Ny plat d'argent. CHREMYLE. bassin. Tant seulement si tu vas en bataille. On voit Argent. je te feray avoir Si bonne veue. vase. et ce seroit sottise De me tenir en place descouverte. et on ne voit escuelle. Que je ne sois assez propre à tenir Ce grand empire. DES FRAGMENTS. s avance Est que souvent. Je crainsun mal. que rien de cela ne te chaille. 299 ARGENT. si on m'a enhardi. ARGENT. Et non suis. Et quand il voit que tout est bien fermé. quand un larron D'entrer de nuict dedans quelque maison. ou pour le maintenir. Et tout soudain qu'il oit cliquer les armes. Qu'un lynx qui Et si tu vois venir quelques batailles De fins larrons qui te veulent happer. la gueule ouverte. esguierre Chez les plus gros en aucune maniere. Va.

ARGENT. CHREMYLE. Si bon te semble. Lesquels viendront pour nous donner secours. Quand moy. CARION. . Ou pour le moins lors il me l'a semblé. Il est donc consentant De cet affaire? CHREMYLE. Je t'y veux secourir.300 LE RECUEIL Fort aisément Fort aisément tu tu nourras pourras eschapper eschapper Avant qu'un trou ils ay'nt fait aux parois. assez en ay bonne esperance. Faire le veux. Comment est-il possible que tu faces Que puisse voir si clair que tu menaces? CHREMYLE. ARGENT. Gardez-vous bien! CHREMYLE. Et qu'ainsi soit eu appercevance j'ay Que le laurier d Apollon a tremblé. pauvret. et deussé-je mourir. Et par ainsi jamais peur tu n'aurois. Il y en aura bien D'autres assez. qui sont bons et n'ont rien. ARGENT. je t'en assèure. Il l'est. Assez. As-tu peur que je meure? Ne t'en soucie. m'en allay lamentant A son oracle.

Je m'y en-vois. 301 ARGENT. et je crois trouver à leurs charrois. Carion! despesche-toy CARION. le bon. Où. CHREMYLE. Laisse-m'en faire. à fin qu'ils ay'nt leur part De ce butin. Ils vaudront trop. et quoy faire? CHREMYLE. Je m'esbahis que tu as ton recours A si chetive et miserable gent. ou justement ou . Sus. d'aller. entre. car voicy la maison Où il te faut départir à foison De tes thresors ceste bonne journée! Il faut de toy qu'elle soit estrenée non. En mon hostel. CARION. Haste-toy d'appeller Mes compagnons laboureurs. s'ils ont un coup Argent. C'est pain benist. Mais qu'on m'en garde à moy un bon lopin. son bien départ A son amy. champs Se travaillans après leur labourage. Et toy. Argent. Comment que soit. le plus puissant Des Dieux. me benissant. Que les pourras Ou bien aux autour de ce village. Fay-les venir. il faut selon l'usage En départir à nostre voisinage. CHREMYLE. et va-t'en mettre à fin Ce que j'ay dit. et à son familier. DES FRAGMENTS. mais gardez d'oublier De commander que de ce sainct gasteau On en rapporte à l'hostel un chanteau.

Et nu dehors me boute de ses mains. L'un qui me donne. qu'il ne sçait qui je suis. et l'autre me martelle. Il m'emprisonne. et me pince et me frotte. Il m'enfouit. au rebours qui par un trou aussi . Tant un chacun à son plaisir m'espreuve. Encore pis. ressors-m'enserre. et m'enterre tout vif. et me celle et me plastre. Et si pour prest quelqu'un le vient requerre. reproche. L'autre me plie. L'autre me rompt. L'un qui m'employe. Comment je suis par l'esprit variable Des gens traité. et nul bien ne reçois. Car t'un me prent. car si l'hoste est avare. Ou pour le moins sous serrure et palastre. Et autrefois trop la bride me laschent L'un qui m'amasse. Sous mille clefs. En un moment. un prodigue un perdu. et l'autre me cisaille. Et puis après. despendu aux putams.302 LE RECUEIL ARGENT. donne au diable son ame Qu'il ne m'a veu. L'autre me met au feu dans la coupelle. ou bien s'il est craintif. En quelque part où je vois et revois. Homme de bien. Je crains d'entrer à un logis sinon Que j'ay' bien sceu de quelles meurs est l'hoste. L'autre. Et par un trou me met dedans qui 1 espargne. Perdu au jeu. et l'autre qui me pille. Il jure Dieu. L'autre me tinte. un fou. et l'autre me tenaille. et l'autre qui m'aissille. qui est presque incroyable. qui maintenant me cachent. sans sans blasme. 'Bref mille maux. Ou bien m'emmure. et J'autre m'espargne. Soudain il m'a despendu et perdu. crampons. et m'est chose tres-rare De voir le jour. quand à son gré me treuve. Mais s'il advient que je rencontre à l'huis Où j'entre.

car tu n'as peu en somme Jusques icy experimenter homme Qui sceut garder la mediocrité. Voila pourquoy chez autruy franchement Je n'ose entrer sans sçavoir bien comment. Je t'en croy bien. comme larron me pend A sa ceinture. Qui habitez en ces proches reperes Bons laboureurs. 303 Me despend tout. s'il m'a tout dependu. Et si dépens quant le temps le reçoit. ARGENT. Tu ne trouvas jamais un hoste tel. Certes je t'en croy bien. CARION. à ceste heure De trop songer occasion est meure. Preste à cueillir. Je l'aime tant qu'après toy il n'est rien. Or donc allons tous deux en mon hostel. Lors il se pend. CHREMYLE. sans aucune mercy. et quand suis répandu. venez et vous hastez. Et à mon fils unique. Par mon ame. hastez-vous de la prendre. ACTE SECOND. . d'un oignon et d'un ait Souvent mangez. et l'autre me despend. Or suis-je cil. Hé! bons voisins. Et me répand. qui à la verité autant Ayme espargner qu'homme qui soit. Monstrer t'y veux et à ma bonne femme. DES FRAGMENTS. galopez et trotez! Il n'est pas temps bonnes gens. Qui avec nous. Bref. Marchez. aimans peine et travail. courez. Que j'ayme plus. nos amis et comperes. l'un d'iceux.

Comme n'oyans mot de ce que je dis. Non le galop. baveux. je vous le veuxapprendre. comme je crois. crasseux. Que n'oyez vous? ne le vous di-je Pieça? mais vous ne vous hastez dpas un pas. Il a trouvé. Si vous avez haste de le sçavoir. Que tu nous dis! ce n'est pas du fin or Qu'il est tout comble.vilain. et pour qui il me mande.304 LE RECUEIL TROPPE. Escoutez bien. Faisant grand chere en repos sans tourment. Pelé. vous pauvres gensque estes. bref. Mon maistre mande. Et quel moyen et où prendre? y a-il. Me vois-tu pas pieça les pieds estendre Tant que je puis et qu'il est convenable A gens si vieux? mais il n'est raisonnable Que tant je coure avant'que bien j'entende Que veut Chremyle. chastré. . Ha dea? venez le voir. Edenté. CARION. ord. Le compagnon? ô le gentil thresor. gras. pourry. Est-il à poinct de tous poincts accoustré. Un bon vieillard qui s'en va à courbettes. ains de sale et villaine Ordure. Tous delivrez de ceste vie amere Peine travail. CARION. tigneux. A si grand' haste. entendez-vous mes dis? Si vous voulez vivre joyeusement. TROPPE. et de toute misere? TROPPE. pouilleux.

20 . O que tu sçais bien faire De l'honneste homme! il est de bon affaire. Ce fragment que sa dent nous laisse Est mis au jour devant tes yeux Sur le theatre de la Presse. Comme une relique du temps. Moy en ma main tenant ce baston-cy? CARION. c'est une biere pleine De tous les maux de fascheuse vieillesse. TROPPE. DES FRAGMENTS. Et vous aussi. pensez-vous que je soye Ainsi moqueur et digne qu'on ne croye Rien que je disse? TROPPE. AU LECTEUR. Au bout de soixante et douze ans. 305 CARION. Ronsard. Sortant de la maison des Roys. GARNIER. VII.. Et penses-tu à te sans cesse moquer Icy de nous. A vingt ans le grand Vendomois. Oüy. A fin qu'il y reluise mieux. CL. Mit cette comedie entiere Dessur le theatre en lumiere. que tu t en voise' ainsi.

i. Si plus je ces larges verdugades. où se trouvait primitivement ce passage. . doivent être reportés au tome Ill. gaudronné. La cape retroussée et le cheveul frizé. (1) quelque dameret se farde ou se desguise. supprimés vraisemblablement parce qu'ils s'appliquaient trop bien au Roi et à ses Mignons. Tu peux te garantir du soleil qui nous brule (Dit le fort Iocaste au magnanime Hercule) Dessous ceste ombre assis. je n'avais pas pu consulter l'édition originale que j'ai retrou- vée depuis dans la riche et précieuse bibliothèque de mon ami le baron Jérôme Pichon.) Ces vers. s'il te plaist nous conter Comme ta force peut le lyon surmonter. page Si des estrangers quelqu un suit la façon. Atifé. au collet empoizé. plus Qu il craigne ma fureur. 177 de ce volume une note sur le Tombeau de Marguerite de Savoie. Ces cheveux empruntez d'un ou d'un garson. voy porter La coiffure ehontée et ces ratepenades. après le vers 8. (Voyez p. Lorsque j'ai inséré dans le Bocage Royal la pièce à Henry III. COMMENCEMENT D'UN POEME INTITULÉ HERCULE TUE-LYON. page 286. 306 LE R ECUEIL FRAGMENT DES ETRENNES AU ROY HENRY III. Si S'il porte une putain au lieu d'une chemise.

La mienne prés Vendosme.aux plus parfaits amis! Ja mon soir s'embrunit. Comme tu es. Cela n'empesche point que les trois belles Graces. la borne des Gaulois Pour estre separés de villes et d'espaces. . DES FRAGMENTS. J'ai reproduit les mots sans les comprendre. L'honneur et la vertu. Sans doute la suite eût expliqué ces dix bœufs du soleil. en qui les cieux ont mis Tout le parfait requis . et tes yeux renfrongnez. nerveux. Atrebatique race. Tes bras pelus. la tienne prés d'Arras. Et la Lise des tiens qui baignant ton Artois S'enfuit au sein du Rhin. Nul homme sinon toy n'eust sceu parfaire l'œuvre. où le Loir de ses bras Arrouse doucement nos collines vineuses Et nos champs fromentiers de vagues limoneuses. le choquant l'irriterent. Galland. Galland. A JEAN GALLAND. Il n'avoit achevé. n'ourdissent le lien avec le tien. Qui prenoit Et dont la peau te sert encore de vesture Car à voir tes sourcils. I. et déja ma journée Fuit vers son Occident à demy retournée. Et l'ire de son fiel agassant despiterent. tes cheveux mal peignez. Puis ta dure massue assez le nous descœuvre. quand dix bœufs du soleil (1) Effroyez de la peau du lyon nompareil Qu'Hercule avoit au dos. Qui serre de si prés mon cœur l'avanture Heureux qui peut trouver pour passer De ce monde un amy de gentille nature. 307 en Nemée et logis et pasture. ma seconde ame. Encor nos ayeux ay'nt emmuré la place que De nos villes bien loin.

308 LE RECUEIL La Parque ne me veut ny me peut secourir. et insolentes. que nous sommes bien-tost à nostre barbarré que je plains nostre langue de voir en naissant son trespas » Puis parlant de tels autheurs qui s'ampoullent et font sans choix Mercure de tous bois « Ils ont. et d'une forte haleine Et d'un pied vigoureux tu fais jaillir l'areine Sous tes pas aussi fort que quelque bon guerrier Le sablon Elean pour le prix du laurier. lesquelles representent plustost des chimeres et ven- teuses impressions des nues qu'une venerable majesté Virgilienne. qui atteignent des montagnes autant de boue que de claire eau. dures. » . Encore ta carriere est bien longue à courir. fantastiques. lequel imite les torrens d'hiver. qui ne se rapportent non plus que les songes entre-coupez d'un frenetique. que jugemens qu'il donnoit des escrivains du jourd'huy. plus violent qu'aigu. « O2 disoit-il. duquel l'imagination est blessée. et le faire crever. me faisant cest honneur de me Sur communiquer les familierement tant les desseins de ses ouvrages. l'esprit plus turbulent que rassis. JUGEMENT DE RONSARD SUR SES CONTEMPORAINS. disoit-il. Ta vie est en sa course. ses derniers jours. ou d'un fié- vreux. il se plaignoit fort de je ne sçay quelles façons d'escrire et inventions fantastiques et melan- choliques d'aucuns de ce temps qu'il voyoit s'autho- riser parmy nous. et autre chose d'enfler son style. voulant éviter le langage commun ils s'embarassent de mots et manieres de parler. Car c'est autre chose d'estre grave et majestueux.

ains des petits fredons. disoit-il. Non des coups de canons. le chaud bouillon de la jeunesse de ces singes imitateurs et l'impetuosité de leur esprit. la troupe sacrilege Des filles de Cocyte entre dans le college Des Muses. Plus ils sont admirez des troupes qui sont Mes' Tels farouches esprits ont un coup de marteau Engravé de naissance au milieu du cerveau. Comme gens desbauchez que la lune gouverne. ou bien sur un fumier Ils meurent à la fin. Il disoit ordinairement que tous ne devoient temerai- rement se mesler de la poësié. perdra leur naissante réputation. oëtes Mais parlant de quelques autres qui suivans ceste bande prostituent les Muses et les habillent et des- guisent à leur mode. leur tombeau coustumier. Je les ay veus souvent courir parmy les rues. et d'estre mis au rang des bons s'ils eussent peu recevoir correction. 309 Puislis faisant une narodie parodie sur un vers d'Homere d'Homere quand Andromache dit à son Hector. Ou jureurs et vanteurs meurent à la taverne. Empeschant de prevoir de quel sainct artifice On appaise les Sœurs pour leur faire service. Tant plus ils sont crevez de sens et de paroles. que la poësie estoit le . De ris et de jouet. le voyant sor- tir hors la porte tout armé Ta vaillance te perdra! « Ainsi. Qui demandent des fleurs. Servir de passetemps à nos troupes menues. Qui rampant cautement se coulent et se glissent Au cœur des auditeurs. qui effrayez pallissent Estonnez du murmure et du jargon des vers: Tant plus ils sont bouffis. plus courent de travers. DES FRAGMENTS. et vestant leurs habits empruntez Trompe les plus rusez de caquets eshontez. il ne peut un jour se tenir qu'il ne me dictast sur le champ ces vers Bien souvent. sans artifice laborieux. conduict seulement de la facilité d'une nature depra- vée. et non pas des chardons. mon Binet. » Disant au reste que quelques-uns d'iceux pouvoient estre capables de ce bel art.

310 RECUEIL DES FRAGMENTS. Il estoit ennemy mortel des versificateurs dont les conceptions sont toutes ravalées.) FIN DU RECUEIL DES FRAGMENTS. qui pensent avoir fait un grand chef d'oeuvre. . Vie de Ronsard. (Binet. quand Ils ont mis de la prose en vers. et que les hommes n'en devoient estre les interpretes s'ils n'estoient sacrez dés leur naissance et dediez à ce ministere. langage des Dieux.

1586. Le vray thresor de l'homme est la verte jeunesse. Tantost la maladie. Le trespas est tout un. Buon. me bourrela les veines. extreme fléau de l'ame. G. DE RONSARD. n'est sinon le de malheur. Le reste de nos ans ne sont que des hyvers. 1586. les accidens divers. execrable douleur! Monstrant en cent façons. Avec une Ces vers se trouvent aussi dans préface de Claude Binet. cui prœpo- nuntur ejusdem Ronsardi carmina. Paris. i. 311 LES DERNIERS VERS DE P. varié ma vie en devidant la trame me filoit entre malade et sain Que Clothon J 'ay Maintenant la santé je logeois en mon sein. . apud Becodianos. habita in exequiis P. (') STANCES. un opuscule intitulé laudatio funebris Georgii Crittonii. Ronsardi. Que l'homme sujet L'un meurt en son l'autre attend la vieil- printemps. La goutte ja vieillard Les muscles et les nerfs. par cent diverses peines. in-4°. Lutetiæ apud Abraham d'Aunel. [lesse. in-4° de 14 pages.

grands maistres ensemble. chers compagnons! adieu. Ne remporte au logis un œil triste et mouillé. n'ay plus que les os. engendra. chaud. demusclé. Me consolant au lict. La jeunesse des Dieux aux hommes n'est donnée Pour gouspiller sa fleur ainsi qu'on void fanir La rose par le amsi mal gouvernée. Ne me sçauroient leur mestier m'a trompe guerir. Que le trait de la mort sans pardon a frappé. un squelete je semble. Mon corps s'en va descendre où tout se desassemble. M eschantes Que la Terre d'Encelade les sœurs. nature. Apollon et son deux fils. Grand loyer t'en demeure en ta vieille saison. Adieu plaisant soleil mon œil est estoupé. denervé. Fuy l'amour et le vin. mes chers amis! Je m'en vay le premier vous préparer la place. Quel amy me voyant en ce poinct dépouillé. Je n'ose voir mes bras de que peur je ne tremble. depoulpé. En essuyant mes yeux par la mort endormis? Adieu. nuicts filles de Cocyte. La jeunesse s'enfuit' sans jamais revenir. Serpentes d'Alecton et fureur des fureurs. et me baisant la face. N'approchez de mon lict. ains ensuy la raison. . des vices la-matiere. nuicts d'hyver. ou bien tournez plus vite. 312 LES DERNIERS VERS Pour long-temps conserver telle richesse Ne force ta entiere. U. Je Decharné.

En salade. et la mort je supplie. cuit. enfermez. III. Le plus grand. Sans manger du pavot qui tous les sens assomme. ou. 313 le soleil au Que fait tant giron d'Amphitrite? Leve-toy. de ton rameau teint Dans le ruisseau d'oubly. Ô Dieu! Ô Dieu. Donnez-moy patience. je languis. me virant de droit et de travers Sus l'un. mes gouttes et mon rhume. J'en ay mangé. ne me consume A faute de dormir! plustost sois-je contreint De me voir par la peste ou par la fièvre esteint. . je crie. et ne veut pas venir. tant vous m'estes cruelles. J'appelle en vain le jour. pour le moins. c'est bien de mes malheurs et dépite. animaux qui dormez sous la terre Demy an en vos trous. qui ma vie enchagrine Seize heures. Qui mon sang desseiché Heureux. Misericorde. dans mes veines allume. Mais elle fait la sourde. Endors mes pauvres yeux. accable de douleurs. Donne-moy tes presens en ces jours que la brume Fait tes plus courts de l'an. et suer et fremir Me fait par tout le corps. cent fois heureux. j'ay beu de son just oublieux. cru et toutesfois le somme Ne vient par sa froideur s'asseoir dessus mes yeux. Mais ne pouvoir dormir. Ah! longues nuicts d'hyver. et me laissez dormir! Vostre nom seulement. Me tournant. dessus mon front espreint. je meurs les yeux ouvers. sus l'autre flanc! je tempeste. Inquiet je ne puis en un heu me tenir. de ma vie bourrelles. IIII. DE RONSARD.

et ne fais que gemir. VI. laisser la charrue puis Qui laisse son mestier n est digne de loyer. après Pour ficher ta charrue au milieu des guerets. puis Paupiere sur paupiere. Le chemin deserté que Jesus-Christ trouva. Retournant coup sur coup en arriere ta veue. N'appose point la main à la mansine. Il ne faut point mener. Et chanter son obseque en la façon du cygne. . Quoy. Qui chante son trespas sur les bords Meandrins. Me consumant au lict navré de mille pointes. 314 LES DERNIERS VERS Le sommeil Le sommeil tanttant soit soit peu n'évente n'évente de ses de ses ailes ailes peu Mes yeux tousjours et ne affermir ouverts. V. mon ame. serre et va bagage. ou du tout s'employer. dors-tu. des hommes le confort. Il ne faut commencer. ainçois ombre d'enfer. Tu m'as ouvert les yeux d'une chaine de fer. Viens enterrer mes maux. Souffrant comme Ixion des peines eternelles. Pour chasser mes douleurs ameine-moy la mort. et vergers et jardins. Hà Mort! le port commun. je t'en prie à mains jointes. que la ronce pava. Il faut laisser maisons. Quand tout mouillé de sang racheta nostre race. et ne quitte la place. Où le chardon ses testes esleva poignant Pren courage pourtant. Vaisselles et vaisseaux que l'artisan burine. Vieille ombre de la terre. C'est un chemin fascheux borné de peu d'espace. Tracé de peu de gens. en ta masse? engourdie La trompette a sonné.

Pasle. 315 C'est fait! j'ay devidé le cours de mes destins. plus heureux. Tu descens là bas foiblelette. . la Fortune. Dans le froid royaume des mors. Mais peu valut sa Muse encontre l'éguillon De la mort. j'ay rendu mon nom assez insigne. les plus fins. Amelette Ronsardelette Mignonnelette. LE TOMBEAU DE L'AUTHEUR COMPOSÉ PAR LUY-MESME. Ma plume vole au ciel. D'homme fait nouvel ange. J'ay vescu. Tres-chere hostesse de mon corps. Laissant pourrir çà bas sa despouille de boue. Dont le sort. DE RONSARD. doucelette. et le Destin se joue. plus heureux qui sejourne. Franc des liens du corps. auprès de Jesus-Christ. qui hardy dés enfance repose RDestourna d'Helicon les Muses en la France. Ronsard icy. A SON AME. Suivant le son du luth et les traicts d'Apollon. qui retourne En rien comme il estoit. qui cruelle en ce tombeau l'enserre. maigrelette. pour n'estre qu un esprit. seulette. pour estre quelque signe. Loing des appas mondains qui trompent Heureux qui ne fut onc. Son ame soit à son corps soit à la terre! Dieu.

316 DERNIERS VERS. Ne trouble mon repos je dors . sans remors De meurtre. suy ta fortune. j'ay dit. Mesprisant faveurs et tresors Tant enviez par la commune. Toutesfois simple. poison. Passant. et rancune.

III. Buon. ainsi que le Caprice à Simon Nicolas (t. j'ay bien voulu t'en donner quel- icy. à fin qu'un jour tu puisses estre des ques reigles en la cognoissance d'un si aggreable mestier. 317 ABBREGE DE L'ART POETIQUE FRANÇOIS. toutesfois d'autant que l'artifice humain. VI. p. 28). Abbé de Haute-Combe en Savoye. Paris. voire en singuliere veneration. . experience et labeur le peuvent permettre. ombien que l'art de Poësie ne se puisse par preceptes comprendre ny enseigner pour estre plus mental que traditif. in-4° de 14 feuillets. Scribendi rectè sapere est et principium et fons. Pour se faire une idée complète de la poétique de Ronsard. Sur toutes choses tu auras les Muses en reverence. A ALPHONSE DELBENE. et ne les i. p. premiers à l'exemple de moy qui confesse y estre assez passa- blement versé. 7 et 15). 1565. il faut lire aussi ses deux préfaces sur la Franciade. surtout la seconde (t.

non meschant. mais les tiendras cheres et sacrées. 318 ABBREGÉ feras jamais servir à choses des-honnestes. et par fables. ne laisseras rien entrer en ton entendement qui ne soit sur-humain et divin. Car la Poésie n'estoit au premier âge qu'une theologie allegorique. Line maistre d'Hercule Orphée. pour-ce que les Muses ne veulent loger en une ame si elle n'est bonne. interpretes de songes. que pour la conver- sation qu'ils avoient avecques les Oracles. mais animé d'un gentil esprit. coloroient et aug- mentoient. inventèrent un si doux allechement. belles. accom- pagnée d'un parfait artifice. desquels la doctrine. Car le principal poinct est l'invention. Devins. refrongné. A l'exemple de ceux-cy. les secrets qu'ils ne pouvoient comprendre. Long-temps après eux sont venus d'un mesme païs les seconds Poètes. de Jupiter. laquelle vient tant de la bonne nature. Hesiode. quand trop ouvertement on leur descouvroit la vérité. On dit qu'Eumolpe Cecropien. ces gentils personnages l'amplifioient. que j'appelle humains. et non trainantes à terre. c'est à dire. plaisantes colorées. saincte et vertueuse. de Dieu. non tant pour leur divin esprit qui les rendoit sur tous admirables et excellens. comme les. les Poëtes Romains ont foisonné en telle formiliere. que par la leçon des bons et . qu'ils ont apporté aux libraires plus de charge que d'hon- neur. ne chagrin. Sibylles. m'a tousjours tiré en admiration. Or. Pour ceste cause ils sont appellez Poëtes divins. pour faire entrer au cer- veau des hommes grossiers. à risées. Prophetes. tu seras de bonne nature. ny à libelles injurieux. filles. desquels ils avoient appris la meilleure de ce qu'ils sçavoient. Tu auras en premier lieu les conceptions hautes. Homere. grandes. excepté cinq ou six. estans envers le peuple ce que les Sibylles et Devins estoient en leur endroit. part Car ce que les Oracles disoient en peu de mots. qui de sa saincte grace a premièrement par elles fait cognoistre aux peuples ignorans tes excellences de sa majesté. pour estre plus enflez d'artifice et labeur que de divinité.

Mercure. Pallas et autres telles Deïtez ne nous représentent autre chose que les de hommes avoient puissances Dieu. mais enc. Movsa. à l'exemple des Poëtes Mi i A o Grecs. Ex oo Aooo o?. . et les appren- dras par cœur autant que tu pourras. puisses facilement parvenir les vertus de ton ayant pour exemple domestique en sa langue p'ere. 319 anciens autheurs. Et c'est aussi pour te si monstrer que rien ne peut estre ny bon. ny parfait. vieux comme tes peres. quand qu'un il la void chargee de branches inutiles ou de bien peu de profit. et ne leur pardon- neras non plus bon jardinier à son ante. cognois- sance de la langue Grecque et Latine et qu'il ne te reste te doit estre plus que la Françoise. en ce mestier. tu seras Aprés studieux de la lecture des bons Poëtes. tes pareils comme tes freres. Et si tu entreprens quelque grand tu te monstreras religieux et craignant œuvre. Tu seras labo- rieux à corriger et limer tes vers. le commençant ou par son nom. car tu ne dois jamais rien mettre en lumiere qui n'ait premierement esté veu et reveu de tes amis. les moindres comme tes enfans2 et leur communiqueras tes escrits. laquelle d'autant plu recommandée qu'elle t'est maternelle. Et nos Musa mihi causas memora. auquel les premiers donné plusieurs noms pour les divers effects de son incomprehensible Majesté. qui non seulement a surpassé Italienne les plus estimez de ce temps. Car les Muses. ou par -un autre qui representera quelque effect de sa Majesté. Tu converseras doucement et honnestement avec les Poëtes de ton tu honoreras les plus temps. d'esprits avecques les lettres et la bonne nature que tu as. à fin que tu estimeras les plus experts et familiaritez que par telles conjonctions. Dieu. Apollon. DE L'ART POETIQUE. Æneadum genitrix. le commencement ne vient de Dieu. Romains.ores a fait la victoire douteuse entre luy et ceux qui eserivent aujourd'huy le plus purement et doctement au vieil Or pour ce que tu as déja la langage Romain. tu au comble de tout honneur.

para- cheveras de mesme mesure le reste de ton Elegie ou à fin que les musiciens les puissent Chanson. car la Poësie sans les instru- mens. en faveur desquels il semble que la Poësie soit née. qui ne se peut outrepasser sans offenser la loy de nostre vers desquelles mesures et nombre de syllabes. laquelle se mange toutes les fois qu'elle est rencontrée d'une autre voyelle ou diphthongue. 320 ABBREGÉ je te diray en peu de parolles ce qui me semble le plus et sans expédient. non plus que les instrumens sans estre animez de la melodie d'une voix. tu feras tes vers masculins et fœminins tant qu'il te sera possible.' je te meneray tout droict par le sentier que j'auray-cogneu le plus court. selon le dessein des carmes que nous entreprenons composer. n'est nullement aggreable. Si tu te sers des noms propres des Grecs et Romains. e. plus faci- lement accorder. ou sans la grace d'une seule ou plusieurs voix. Tu practiqueras bien souvent les . tu les tourneras à la terminaison Françoise. nous avons en nostre Poësie de laquelle je Françoise. pourveu que la voyelle qui suit. autant que ton langage le per- car il y en a met beaucoup qui ne s'y peuvent nulle- ment tourner. ains les choisiras meure et avecques prudente election. pour estre plus propres à la Musique et accord des instrumens. Tout ainsi que les vers Latins ont leurs pieds. veux icy traicter. te pourroient avoir aucunement devancé. Après. tu feras les deux autres et fœminins. e. pourveu que suivent la trace du premier.. n'ait point la force de consone. t'esgarer par longues et fascheuses forests. plaisante Si de fortune tu as composé les deux premiers vers masculins. aux vers Lyriques. tu feras Quant le premier couplet à ta les autres volonté. à l'imitation de quelqu'un de ce temps. nous traiterons Nous après plus amplement. Tu ne rejetteras point les vieux mots de nos romans. avons aussi une certaine cesure de la voyelle. à fin qu'aisément tu regagnes-ceux qui s'estans les premiers mis au chemin. comme tu sçais. une certaine mesure de syllabes.

comme de Marine. qui sont les nerfs et la vie du livre. car un païs ne peut jamais estre si en parfait tout. sans le grand nombre de Républiques qui fleurissoient en ce temps-là lesquelles comme amoureuses de leur bien propre. lequel est quelquefois tres-mauvais pour estre langage de Damoiselles. Lionnois. Fondeurs. pour enrichir ton oeuvre et le rendre et parfait. 21 . Tu sçauras dextrement choisir et approprier à ton œuvre les mots des dialectes plus significatifs de nostre France. Et noteras que la langue Grecque n'eust jamais esté si faconde et abondante en dialectes et en mots comme elle est. VII. car tout ainsi plus agréable qu'on ne peut veritablement dire un corps humain. quand mesmement tu n'en auras point de si bons ny de si propres en ta nation et ne se faut soucier si les vocables sont Gascons. vouloient que leurs doctes citoyens escrivissent au langage de leur nation. arteres et tendons. Manceaux. veines. Minerailliers. lesquelles estoient tenues indifferemment bonnes par les doctes plumes qui escrivoient de ce temps-là. pourveu qu'ils soient bons et que proprement ils signifient ce que tu veux dire. descriptions. DE L'ART 1 POETIQUE. Venerie. et accomply. comparaisons. Fauconnerie. et jeunes Gentils-hommes font plus profession qui de bien combattre que de bien parler. et principalement les artisans de feu. phrases et manieres de parler encores qui portent aujourd'huy sur le front la marque de leur pays naturel. Nor- mans. ainsi la Poësie ne peut estre plaisante sans belles inventions. beau. plaisant. Mareschaux. 32 artisans de tous mestiers. et de là sont venus une infinité particulier de dialectes. et de là tireras maintes belles et vives comparaisons avecques les noms propres des mestiers. Et ne fais point de doute que s'il Ronsard. ou d'autres païs. Orfévres. s'il n'est composé de sang. sans affecter par trop le parler de la Cour. qui veut forcer les siecles pour demeurer de toute mémoire victorieux et maistre du temps. qu'il ne puisse encores ne quelquefois emprunter je sçay quoy de son voisin. et sur tout d'une plaisante couleur. Poictevins.

DE L'INVENTION. se representent mille formes monstrueuses sans . qui ne se rapportent non plus l'une à l'autre que les songes entrecouppez d'un frénétique. je n'entens toutesfois ces inventions fan- tastiques et melancholiques. et les choses representer qui sont. tant celestes animées. de parler son langage. ou que les Anciens ont estimees comme véritables. à l'imagmation duquel. ainsi celuy de Poëte d'imiter. seroit estimé peu de chose. d'autant que la disposition suit l'invention mere de toutes choses. que leurs sujets escrivissent en la langue de leur païs naturel. inventer. que d'agrandir les bornes de leur Empire. ou de quelque patient extremement tour- menté de fa fièvre. pour estre blessée. qu'ils ne desirassent pour l'hon- neur de leur altesse. descrire. mais aujourd'huy pource que nostre France n'obéist qu'à un seul Roy.ou pour après les que terrestres. inanimées. Et ne faut point douter. Quand je te dy que tu inventes choses belles et grandes. et imiter car tout ains) que le but de l'Orateur est de persuader. il me semble estre bien à propos de t'en redire un mot. de Picardie. de Normandie. tant fust-il ho- norable et parfait. comme l'ombre fait le corps. L'invention n'est autre chose que le bon naturel d'une imagination concevant les idées et formes de toutes choses qui se peuvent imaginer. de Cham- paigne de Gascongne. Car les Princes ne doivent estre moins curieux d'estendre leur langage par toutes nations. que la belle disposition de vers ne s'ensuive. autrement nostre labeur. ou (peut-estre) totalement mesprisé. ABBREGÉ 322 y avoit encores en France des Ducs de Bourgongne. après avoir bien et hautement inventé. Pource qu'auparavant j'ay parlé de l'invention. representer. nous sommes contraints. qui peuvent estre. si nous voulons parvenir à quelque honneur. de Bretaigne.

dextrement toutes choses à labeur. par artifice. ajance et ordonne Tu en pourras tirer les exemples des son poinct. autheurs anciens. je te conseille de les sçavoir parfaictement et d'elles comme d'un vieil tresor trouve soubs terre enrichir ta propre car il est fort malaisé de nation. et non ingrats citoyens. depuis quinze ans maintenant superbe d'un si honorable labeur. Passage qui ne se trouve que dans . et dignes couronnez sur une statue et que d'estre publique. et bien qu'elles semblent passer celles du vulgaire. et de nos modernes qui ont illustré nostre langue. une perpetuèlle memoire d'eux et d'âge en âge on face de leurs vertus. [Non qu'il faille ignorer les langues étrangeres. et ne parfaicte à un lieu soit mis en permet que ce qui appartient mais se gouvernant estude et l'autre. DE L'ART POETIQUE. plus qu'heureux une de on sans se travailler après estrangere laquelle ne peut retirer et malheureuse. pour que peine ingrate toute et honneur! furent les recompense Quiconques la langue des Anciens premiers qui oserent abandonner celle de leur ils furent veritable- pour honorer païs. desquelles je ne seront bien te puis donner regle pour estre spirituelles. ment bons enfans. 323 ordre ny liaison. elles seront toutesfois telles qu'elles estre facilement conceues et entendues d'un pourront chacun. mais tes inventions. Tout ainsi que l'invention despend d'une gentile ainsi la disposition despend de la nature d'esprit. bien escrire en langue vulgaire si on n'est instruit en celles des plus honorables et fameux estrangers. DE LA DISPOSITION. ordonnées et disposées. Heureux et par la diligence ceux qui cultivent leur propre terre. belle invention consiste en une elegante et 1 laquelle collation et ordre des choses inventées. (')] l'édition de 1573. 1.

de la mer. commencement au milieu. et choisis. ny ne sont tellement accomplis que le lecteur espris de plaisir n'y puisse encores desirer une plus longue fin. du lever du soleil. mais les bons ouvriers le com- mencent par le et sçavent si bien joindre le milieu. habits. Pource tu te dois tra- vailler d'estre copieux en vocables. qui font reluire les vers comme les pierres precieuses bien enchassées les doigts de grand Sous l'elocution se com- quelque seigneur. qui se souvient de . chars et che- vaux te façonnant en cecy à l'imitation d'Homere. Tu n'oublieras propres les comparaisons. les descriptions des lieux. n'est autre chose qu'une et propriété E locution splendeur de parolles bien choisies et ornées de graves et courtes sentences. et trier les plus nobles et signifians pour servir de nerfs et de force à tes carmes. des vents. Tu ne commenceras jamais le discours d'un grand Poëme s'il n'est esloigné de la memoire des hommes. avecques leurs propres mestiers. DE LA POESIE EN GENERAL. et le milieu à la fin. prend l'election des parolles. montagnes. que Virgile et Horace ont si curieusement observée. sur lequel tu tireras au vif les plus parfaits lineamens de ton tableau. dois sçavoir sur toutes choses que les grands T Poëmes ne se commencent jamais par la premiere occasion du fait. que de telles pieces rapportées ils font un corps entier et par- fait. du midy. de la nuict. qui reluiront d'autant plus que les mots seront significatifs. que tu observeras comme un divin exemple. forests. 324 ABBREGÉ DE L'ELOCUTION. fleuves. des Dieux et Déesses. et pource tu invoqueras la Muse.

desja Poëtique assez mediocrement versé. autheurs. bella. ton carme. Italiens. Tes epithetes seront recherchez et non pour remplir pour signifier. estre Les autres petits Poëmes veulent abruptement comme les Odes lyriques. J'ay dit vouté et non ardant. Bref. Tu fuiras aussi la maniere de composer des prés. angelica e fortunata donna. un grand chef-d'œuvre il a composé beaucoup quand de carmes rymez sentent tellement la prose qui que comme nos François im- je suis esmerveillé daignent à la confusion des primer telles drogueries. comme en toutes choses appartenantes aux et n'y ont advisé de si vers y ont esté plus libres. en ta langue. toute memoire recom- poëtes qui ont esté depuis mandez de la posterité. qui mettent ordinairement quatre ou cinq Epithetes les uns les autres en un mesme après vers. tu . d'autant qu une voute est propre embrasser et encerner quelque pour chose. Tu pourras bien dire le bateau va dessur l'onde coulante pource que le cours de l'eau fait couler le bateau. et entre les autres Virgile et Horace. la verde ramée. Les Romains ont esté tres-curieux observateurs de ceste reigle. te conseille t'exerciter. 325 les choses dont tout. Je te dirois icy particulierement les propres sujets d'un chacun-Poëme. Les Grecs. clair. Je te ausquels je te cognois veux advertir de fuir les epithetes naturels qui ne servent de rien à la sentence de ce que tu veux dire. ny haut ny azuré. DE L'ART POETIQUE. et les vers sont seulement le but de l'ignorant lequel pense avoir fait versificateur. te desquels je premierement donnant de garde sur tout d'estre plus versificateur Car la fable et fiction est le sujet des bons que poëte. si tu n'avois veu l'Art d'Horace et d'Aristote. comme alma. pour te chanter les hommes ne se peuvent plus aucunement souvenir. comme la riviere courante. à la composition commencez. comme Déesse. Tu vois que tels epithetes sont plus pour ampouller et farder les vers que pour besoin qu'il en soit. et de nostre nation. ou pour estre oiseux en ton vers exemple le ciel vouté encerne tout le monde.

mais si tu m'en crois. sauter. tu Quand mangerois . quand l'i et u voyelles se tournent en con- sones. sans faire syllabe par soy. tombantes sur la fin des vers. laquelle vient assez aisément d'elle-mesme. esperance. Exemple de e qui se mange Cruelle et fiere. mere. despence. je dy rencontrée d'une voyelle ou d'une diphthongue pure. l'amour. cela t'adviendra le plus rarement que tu pourras. negligence. monter. Ryme n'est autre chose qu'une consonance et La cadance de syllabes. pourveu qu'elle soit resonnante. Exemple des mascu- lins surmonter. 326 ABBREGÉ te contenteras d'un epithete. Exemple de la voyelle i n'à ceux-cy. laquelle je veux que tu observes tant aux masculins qu'aux fœminins. pour la artillerie. n'à ceux-là. Exemple des fœminins France. familiere. ou pour -le moins d'une aux masculins. DELARYME. Jupiter. vive. DE LA VOYELLE E. si ce n'est quelque-fois par gaillardise qu'en mettras cinq ou six. la amour. douter. Toutesfois et quantes que la voyelle e est rencontrée d'une autre voyelle ou diphthongue. après quelque peu d'exercice et labeur. elle est tous- jours mangée. comme je. Belle au cœur dur. et fascheuse amertume. et d'un son entier et parfait. de deux entieres et parfaites syllabes. chere. ou pour le moins de deux. fourmiliere. Exemple d'a l'artillerie. se perdant en la voyelle qui la suit. autrement elle ne se peut manger. inexorable et fier. D'avantage i et a voyelles se peuvent elider et manger. Toutes- fois tu seras plus soigneux de la belle invention et des mots que de la ryme. et dure.

Grecs sont coustumiers de ce faire. elle ne se mange fœminin. elle se mange. bien tourné. humain. non entr'ouvert qu'un carme Et pource. tarques. sauf le jugement de nos Aris- ny beant. vocables singuliers que pluriers. comme il leur plaist. ou plustost point de mal. bien que les. fort. 327. Tu eviteras que des voyelles et diph- vers le permettra les rencontres car telles concur- thongues qui ne se mangent point. Quand nullement. il n'y auroit l'o et l'u pour la necessité des à la mode des Italiens. merveilleusement rudes en nostre langue. Le mange point tout. qui leur necessité. de tes vers. est note d'aspiration. en ce. quelque-fois quelque-fois elle ne rend la première syllabe L'h non. Ge de ne tomber en telle servira de patron pour te garder l'aureille que ne luy donne aspreté. tout ainsi que fait elle la rend aspirée. vers icy te Exemple Vostre beauté a envoyé amour. qui se finissent au milieu et en ces. Grecs se servent des voyelles et diphthongues. qui escraze plustost si plaisant Tu dois aussi noter que rien n'est plaisir bien façonné. tant des tu dois oster la derniere e fœminine. honneste. Exemple plurier ces deux avoit deux espées en main. font les vers rences de voyelles. Quand point e du mot aspirée. comme par elegance. Tu voir Gentil-homme hautain allait par pourras de nos Poëtes François l'h qui s'elide par la lecture de ton autant la contrainte ou non. sans estre elidées. Ne sens-tu pas que la delicatesse de l'aureille? et espées en main offensent . Exemple de h non aspirée Magnanime et de celle qui homme. et selon DE L'H. DE L'ART POETIQUE. Exemple du mot aspirée et ne se rend la premiere syllabe La belle femme hors d'icy s'en alla. quand de fortune ils se rencontrent du masculin Roland de ton vers.

Je voy le rymer contre plus souvent mine belles mille beaux vers sentences. sautra pour sautera. pource tu mettras rou'. venue. joue. jugement Tu eviteras aussi l'abondance des mono- syllabes en tes vers. si pur et net. pour ores. Si tu veux que ton poëme soit ensemble doux et savoureux. Exemple de l'e fœminine sin- guliere: Contre Mezance Enée print sa tu pas comme derechef picque. part. accort. Enée sonne tres-mal au milieu de ce vers? pource tu mettras Contre Mezance Ené' branla sa picque. ostant par licence la derniere lettre t du mot fort. jou'. or. Ne sens.Roland avoit deux espés en la main. pour le char. comme roue. renart. ort. lesquels au contraire tu n'allongeras point. et perdus par faute de telle si bien que sur hardiesse. et mille ryme. et non les verbes dont pour les infinitifs se terminent en e. Tu accourciras aussi (je dis en tant que tu y seras contraint) les verbes trop longs. Autant en est-il des vocables terminez en oue et ue. je n'y voy jamais ryme ou or. contre l'opinion de tous nos maistres qui n'ont de si prés avisé à la perfection de ce mestier. pour estre rudes et mal-plaisans à oüir. autant de far. et ne diras prendera pour mordera pour mordra. autres. Tu syncoperas aussi hardiment ce mot de diras à ta necessité come. c'est quand tu trouveras des mots qui difficilement reçoivent char. et com' car je voy en bien souvent quelle peine on se trouve par faute de destourner l'e finale de ce mot. simplement avec la marque de en feras-tu l'apostrophe. Nestor. prendra. et sur char. donnera. Encores je te veux bien admonester d'une chose tres-necessaire. si tu veux son prendre conseil avec certain et raison. pour fard. Hector. comme donra. . que tresor. Cesar. et mettant for. et mesme au commencement du vers. art. n'ayant en cela reigle plus par- faite que ton aureille. laquelle ne te trompera jamais. ryme-les har- diment contre fort. commé or. et mille autres qui doivent recevoir syncope au milieu de ton vers. nue. nu'. Exemple Je vy le ciel si beau. 328 ABBREGÉ pource tu dois mettre ou autre chose semblable.

tu. Callioupe pour et tiendras Calliope. par le courage de ceux qui auront si hardiment osé. DES VERS ALEXANDRINS. pour avecques luy. baisez-moy. les fœminins de treize. à la façon des . dont nous parlerons après. ton pour tout certain que rien ne peut tant défigurer vers que les articles delaissez. mesmement quand il est court. Ltelle que les vers héroïques entre les Grecs et les de douze à treize syl- Latins. dont à peine ont-ils encores touché les premiers outils de ce mestier. je te conseille d'user de la lettre Ò. pour signifier avecques. car avecques de trois syllabes donne le grand empesche- composé ment au vers. Je n'auront si tost lieu m'asseure que telles permissions que tu cognoistras incontinent de quelle peine se verront delivrez les plus jeunes. DE L'ART POETIQUE. autant en est-il des pro- noms primitifs. mais j'aime coup reigles mieux en nous promenans te les apprendre de bouche. comme je. Je te dirois encores beau- de et secrets de nostre Poësie. que tu n'oublieras non tu tes carmes soient et de plus. si veux que parfaits tous poincts bien accomplis. Exemple des masculins madame. en nostre langue. bonne partie de ceux qui pensent estre grands maistres. et ont tousjours leur repos sur la sixiesme syllabe. lesquels sont composez labes les masculins de douze. je meurs en vous baisant.Anciens. pour faire ta ryme plus riche et plus sonante. comme Ò luy. . comme les vers communs sur la quatriesme. qui disent oúo pour óo. comme troupe pour trope. peut-estre. Tu pourras aussi à la mode un des Grecs. pour fascher. Tu n'oublieras jamais les articles. une que les mettre par escrit. 329 Au reste. Les Alexandrins tiennent la place. adjouster u après un o. marquée de ceste marque.

lesquels j'ay mis (comme tu sçais) en vogue et en honneur. sans force et sans son. sont masculins. livre. pour estre en petit nombre. chapeau. La composition des Alexandrins doit estre grave. marchent. femme. lesquels je ne veux particulierement nommer. sont reputez fœminins. et ne te contenteras pomt (comme la plus grand' part de' ceux de nostre temps) qui pensent. comme ils viennent. Car tu sçais bien non seu- que lement K. et qu'elle se garde tousjours dans les aureilles. descendez. ou en sont tous les ter- es. qu'ils sont plus longs que les autres. Il faut aussi entendre que les des pluriers verbes qui se finissent en ent. escri- toire. Tu as desja l'esprit assez bon pour descouvrir tels versificateurs leurs miserables par escrits. et d'une ryme assez riche. aussi que je desire eviter de l'impudence telle maniere de gens. et de peur d'offenser ceux qui ne seroient couchez en ce papier. as-tu pas bonne envie ? Tu dois 'icy noter que tous noms François qui ne se terminent en e lente. 330 ABBREGÉ où tu vois manifestement le repos de ce vers estre sur la sixiesme syllabe. foeminins. et par la cognoissance des mauvais. etc. Exemple des masculins donné. graves et resonnans. il s'en faut prendre à ceux qui ont puis- . haut. du fœminin Exemple 0 ma belle maistresse. etc. surmontez. x xo x xo x. et (s'il faut ainsi parler) d'autant altiloque. mais aussi oo o. s'ils n'estoient de mots composez esleus. parlent. comme j'ay dit. Tu les feras donc les plus parfaits que tu pourras. de quelque minaison qu'ils puissent estre. quand ils ont rymé de la prose en vers. nasarde. Exemple de es livres. et sentiroient la prose. chantres. hautaine. Exemple de e fœminin singuliere. avoir accomply je ne sçay quoy de grand. faire jugement des bons. disent. [Si je n'ai commencé ma Franciade en vers Alexan- drins. jusques à la fin de l'autre vers. autres. beste. à fin que telle richesse empesche le style de la prose. souhaitent. escritoires.

esperant un jour la faire à la cadence mais cette marcher Alexandrine pour fois il faut obéir. Or comme les Alexandrins sont propres les sujets heroïques. et ont sur la quatriesme syllabe leur repos ou reprise d'haleine. Cet alinéa. grace. on ne fait pas ce qu'on propose). ajouté en 1573. les Les L masculins de dix. Exemple du sens parfait Jeune beauté maistresse de ma vie. possible (car tousjours ou que les quatre premieres syllabes du vers commun les six premieres des Alexandrins. car sance de me commander cela est fait contre mon gré. et mesme- reçoivent quelquefois où ils ont assez bonne ment en Elegies et Eclogues. Exemple du vers qui a le sens imparfait L'homme qui a esté dessus la mer. ceux-cy sont proprement pour naiz pour les amours. les fœminins d'onze. i. a été retranché dans les éditions posthumes. Telle maniere de carmes ont esté fort usitez entre les amuser vieux Poëtes François. . Exemple du fœminin Pour ne dormir j'allume la bougie.] (') DES VERS COMMUNS. l'emprunter mot suivant. aucunement parfait. ainsi que les vers Alexandrins sur la fin des six pre- mieres syllabes. vers communs sont de dix à onze syllabes. Sur toute chose je te veux bien advertir. je te conseille de t'y avant que passer aux Alexan- quelque peu de temps s'il est drins. DE L'ART POETIQUE. quand ils sont bien composez. soient façonnées sans du d'un sens. Exemple des vers communs masculins Heureux le Roy qui craint d'offenser Dieu. bien que les vers Alexandrins un suject amoureux. 331 et non à ma volonté.

les masculins estans quelquefois les plus longs. tu ne leur feras point de tort. ET DE 'L'ORTHOGRAPHIE. tantost les allongeant. n'usurpant mais les les unes pour les autres. quelques- fois les fceminins selon que la caprice te prendra. Tels vers sont merveilleusement la propres pour musique. T feras servir selon leur naturel. ou plustost les chanter quelque voix que puisses avoir. ou deux petits. tantost de cinq à six. selon ta volonté tantost de sept à huict syllabes. . et après un grand vers un petit. vers Alexandrins et les communs L entre es tous qui reçoivent sont seuls cesure sur la sixiesme et quatriesme syllabe. Les édit. comme de nostre plusieurs temps. tantost les accourcissant. appelleras Lyriques. car cela est bien une des principales parties. Je te veux aussi bien advertir de hautement prononcer tes vers tu les quand feras. et se contentent seulement d'un certain nombre que tu faire à pourras plaisir. I. la lyre et autres et pource quand tu les instrumens. Tu en pourras tirer les exemples en mille lieux de nos Poëtes François. Car les autres marchent d'un pas licencieux. tantost de quatre à trois. au chois de ton aureille. 332 ABBREGÉ DES AUTRES VERS EN GENERAL. portent: Orthographe. le plus gardant tousjours tu une bonne cadence de que pourras vers (comme je t ay dit auparavant) pour la musique et autres instruments. (') n'abuseras des personnes des verbes. que tu dois le plus curieusement observer. posth. DES PERSONNES DES VERBES FRANÇOIS. tantost de six à sept.

ainsi que sans crainte tu trancheras et allongeras qu'il te plaira. nous donne à co- autres. pourveu que la personne se finisse par une voyelle ou diphthongue. je voudrois Qu'on les gardast. comme j'allois à pourroit Tours. adoncques. ains bonus. sit. si ce n'est aux verbes anomaux. pourveu que ainsi. desquels grand' quantité comme en toutes et cela. Pour ton profit. bonissimus. une certaine mesure. sum. à fin d'eviter un mauvais son qui te offenser. pour je parloy à Madame. adoncq. avecq'. ayant trouvé desja les mots faits par le peuple ils ont esté contraints d'en user pour donner à entendre plus facilement au vulgaire leurs conceptions. le a fait les et gnoistre que peuple ignorant langages. car plus nous aurons de mots en nostre langue. je parlois à Madame. qui te viendront à la plume en composant. or. 333 en la premiere j'alloy. bonior. et n'eussent dit bonus. est certain juge de la laquelle . plus elle sera parfaicte. de la seconde personne pour la premiere. ore. qui se doit si sainc- tement honorer. avecques. avecques licence. sis. j'allois. Tu pourras aussi adjouster. es. Ils n'eussent jamais dit sum. Tu diras selon la contrainte de ton vers. et donnera moins de peine à celuy qui voudra pour passe-temps s'y employer. con- gardant tousjours sultée par ton aureille. un lan- par user gage desja receu. et mille autres semblables. mais melior. est. Tu pourras. et non Exemple personne. nous avons en nostre langue. optimus. pour dire j'alloy à Tours. mais plustost. il alloit. aimeroye. la ryme du premier vers le demande sonne. diroye. et que te mot suivant s'y commence. feroye. ores. non les sçavans. ô France. comme Tu ne rejetteras point les vieux verbes Picards. voudroye pour voudroy. et mille autres adoncque. DE L'ART POETIQUE. Exemple Puisque le Roy fait de si bonnes loix. car les doctes n'eussent jamais tant créé de monstres en leur langue. une s à la premiere per- par licence.

comme bien nay. et reformer. t'ouvrant par si peu d'escriture la cognoissance de la verité de l'orthographie et de la Poësie que tu pourras plus amplement pratiquer de tov-mesme. et mille autres. et si on te dit qu'on pro- nonceroit Franze. et non cieulx. pour langaje. espouze. pour bien prononcer orgueilleux. Je te veux encore advertir de n'écorcher point le Latin. ne sont jamais volontiers parfaits en leur mestier. Quant au k. 334 ABBREGÉ structure des vers. kabaret. il est tres-utile en nostre langue. comme nos devanciers qui ont trop sottement tiré des Romains une infinité de vocables estrangers. b. tu respondras que la lettre s ne se prononce jamais par un z. comme en langage. choze. lequel je n'ay entre- pris pour le present. tantost d'une s. nostre a. d'autant que le K. si tu comprens ce petit Abbregé. comme en ces mots kar. comme en roze. Tu pardonneras encores à nos z jusques à tant qu'elles soient remises aux lieux où elles doivent servir. ou la plus grand' part. de ill. comme Quintilian. cieux. kaquet. et de gn. qui souventesfois occupe si misérablement l'i con- sone. veu qu'il avoit d'aussi bons en nostre propre langage. kantité. Tu eviteras toute orthographie et superflue ne mettras aucunes lettres en tels mots si tu ne les profères au moins tu en useras le plus sobrement que tu pourras en attendant meilleure tu reformation. Autant en est-il de nostre g. kalité. qui est le x des Grecs. comme France pour Franse. qui tantost occupe Ja force d'un k. peut en nostre langue servir sans violence en lieu du q et du c. et non le c. y en Toutesfois tu ne les desdaigneras s'ils sont desja receus . selon qu'il a pleu à nos predecesseurs ignorans de les escrire. Monseigneur. Joinct aussi que ceux qui sont si grands maistres de preceptes. Il faudroit encores inventer des lettres doubles à l'imitation des Espagnols. Autant en est- il de nostre q. comme l'œil de la peinture des tableaux. c. escriras écrire. et non escripre. lequel en faveur de toy a esté en trois heures commencé et achevé. et du lesquels il faudroit totalement oster.

Hx. Hector. tu composeras hardiment des mots à l'imitation des Grecs et Latins. comme 'O. 335 et usitez d'un chacun. s'il reste encores quelque partie d'eux. jusques à ce ayent fait renaistre en qu'ils leur place. Achille. comme Aga- memnon. et plusieurs autres que tu pourras par-cy. comme une vieille souche. d'autant que les Poëtes. approprié ce qu'ils ont peu des Grecs à leur langue Latine. eussent voulu sans envie perméttre aux nouveaux une telle liberté. comme les plus hardis. Hercule. et lors tu te serviras du rejetton et non de' la souche. laquelle fait aller toute sa substance à son petit enfant. qui ont peut faire. tu le pourras par bonne et certaine analogie faire croistre et multi- plier. Hercules. en usage ou hors d'usage. Tu ne desdaigneras les vieux mots François. pour le faire croistre et finablement l'establir en son lieu. que nostre langue en abondance se feust en peu de temps egallée à celle des Romains et des Grecs. par-là trouver en la lecture des Au- theurs. Nicolas. Tu tourneras les noms propres des anciens à la terminaison de ta langue. ou Hercul. Paris. quoy qu'on die. et n'auras soucy de ce que le vulgaire dira de toy. Ne- nelas Nxo. A. ou participe. De tous vocables quels qu'ils soient. d'autant que je les estime tousjours en vigueur. ont les premiers forgé et composé les mots. louez et admirez d'un chacun. Ulysse. Nicolaus. un rejetton. ou pour Ulysses. que si ceux qui se mesloient de la Poësie les plus estimez en ce mestier du temps du feu Roy François et Henry. DE L'ART POETIQUE. pourveu qu'ils soient gracieux et plaisans à l'aureille. J'ay entendu par plusieurs de mes amis. AchIlles. M. et qu'il faut mettre peine. lesquels pour estre beaux et significatifs ont passé par la bouche des Orateurs et du vulgaire. autant qu'il se à l'imitation des Romains. soit en nos verbe. puis finablement ont esté receus. syncope Ulys. Les autres sont demeurez en leur premiere terminaison. adverbe. quoy que murmure le . Menelaus. d'autant que nostre langue est encores pauvre.

peuple. essoiner. pense que nos devanciers estoient plus sages que nous. qui ne voyent encores la lumiere. et l'adverbe vervement.336 ART POÉTIQUE. (1565. superlatifs et autres tels ornements de nostre langage pauvre et manque de soy et ne se faut soucier. Or si je cognois que cest Abbregé te soit agreable. qui ne veut sçavoir sinon ce qu'il void devant ses yeux. te un plus je feray long discours de nostre Poësie. feu. comme je l'ay dit tant de de fois. pour donner comme mere tres-liberale à ses enfans. et que dés le commencement elle a respandu toutes ses vertus sur les premiers hommes. si elle se peut regler aux pieds des vers Latins et Grecs ou non. eau.utile à la posterité. de ses parties plus necessaires. et croyant à credit. donner à entendre sa pour signification. inchoatifs. fouer. et qu'il les faut totalement suivre sans rien inventer de en cecy faisant grand tort à la bonne nature nouveau. des noms comparatifs.) . et quand il n'y auroit tu pourras faire le verbe et le participe que l'adverbe. librement et hardiment. essoinement. fouement. qui devoient naistre après au monde par le cours de tant de siecles à venir. faute d'un hardy et bien- heureux entrepreneur. du' jugement qu'on en doit faire. tu feras payser. laquelle ils pensent pour le jourd'huy estre brehaigne et mfertile en bons esprits. au pis aller tu le cotteras en la marge de ton livre. Exemple des vieux mots puis que le nom de verve nous reste. et mille autres tels. tu pourras faire sur le nom le verbe verver. eve- et mille autres tels vocables ment. et sur les vocables receus en usage. ever. comme il faut com- poser des verbes frequentatifs. sans avoir rien retenu en espargne. comme elle se doit enri- chir. et . sur le nom d'essoine. l'opinion que pourroit avoir le peuple de tes escrits. avec toute modestie de l'enrichir et cultiver. tenant pour toute asseurée regle qu'il vaut mieux servir la vérité qu à l'opinion du peuple. comme pays.

lequel oyant un doux accord d'instru- mens ou la douceur de la voyx naturelle. et du quel il se faut donner garde. Cette préface est extraite d'un livre intitulé Mélanges de cent quarante-huit Chansons tant de vieux auteurs que de modernes. qui ne fait honneur à la Musique. vicieuse. comme petite partie de celle. six. Leroy et Rob. B. 337 PREFACE SUR LA MUSIQUE. le biblio- thécaire d'Upsal.. AU ROY CHARLES IX. ne s'en esmeut point. 22 . ainsi les les esprits de anciens esprouvoyent par la Musique ceux qui sont. et pieds si ne sçay comment derobé hors de soy. comme doucement ravy. qui si armonieusement (comme dit Platon) agitte i.genereux. Sire. de Ronsard (Paris. Je saisis avec empressement cette occasion de remercier M. paresseux. avec une préface de P. Ad. sept et huit parties. Comment se pourroit-on accorder avec un homme qui de son naturel hayt les accords? celuy n'est digne de voyr la douce lumiere du soleil. VII. tout ainsi que par la pierre de touche. ou se trouve le seul exemplaire que je connaisse de cet ouvrage. PREFACE SUR LA MUSIQUE. Ronsard. et de teste en n'en tressault point. et depravée. à cinq. et non forvoyans de leur premiere essence. et de ceux qui sont en- et abastardiz en ce corps mortel. ne se souvenant de la celeste armonie du ciel. on esprouve l'or s'il est bon ou mauvais. c'est signe qu'il a l'ame tortue. J'en dois la copie à l'obligeance de M. qu'aux compagnons les eut transformés en porceaux. non plus d'Ulysse d'avoir esté hommes. Ballard. magnanimes. in-4' oblong). P. après que Circe Car celuy. (1) ire. gourdiz. le conservateur de la Bibliothèque d'Upsal (Suède). ne s'en resjouist point. 1572. comme de celuy qui n'est point heureusement né.

philosophes. et dè son naturel ayme les choses haultes. voyx. que premierement il n'eut fait meschamment mourir le Musicien de vouloir encores deduire comme toutes choses sont composées de mesures. et bref en tous offices honorables il fait tousjours les apparoistre estincelles de sa vertu. devenoit furieux. laquelle pour sa lasciveté fut par les anciens banye des en républiques: diatonique. et commutations de sa division en enarmonique. sa difficulté ne laquelle pour fut jamais parfaittement en usage en chromatique. laquelle comme la plus aprochante de la melodie de ce grand univers fut de tous approuvée. d'autant que la Musique a tousjours esté le signe et la marque de ceux qui se sont monstrez vertueux. princes. tant au ciel. de ses tons. tant monarques. en la mer. si elle est plus gouvernée de fureur que d'art. comme nos soldats aujourd'huy au son des trompettes et ta- bourins comme le Roy Alexandre oyant les chants de Timothée. Dorienne. lequel par la vertu du pied Anapeste. sons. de ses concens. systemates. la le maniment philosophie.et veritablement nez pour ne sentir rien . alloyent courageusement à la guerre. moderoit les efrenées passions amoureuses de sa femme de l'amour de laquelle Clytemnestre. De parler de la Phrigienne. Au contraire celuy qui lui grand porte honneur et reverence est ordinairement homme de bien il a l'ame saine et gaillarde. Or' de declarer icy que c'est que Musique. intervalles. laissa en sa maison tout expres je ne Musicien sçay quel Dorien. et de d'accords. 338 PREFACE PREFACE tout ce univers. de vouloir discourir comme les davantage plus hono- rables personnages des siecles passez se sont curieuse- ment sentis espris. Lydienne et comme quelques peuples de Grece animez d armonie. gouverneurs de pro- vinces. le travail des guerres. des ardeurs de la Musique. et comme Agamemnon allant à Troye. Ægiste emflamé ne peut jamais avoir joyssance. magnanimes. proportions. et cappitaines de renom je n'auroys jamais fait. modulations. qu'en la terre. des affaires politicques.

que tous ceux qui restent aujourd'huy en France bien affectionnez à cet art. ce sont histoires desquelles je ne veux empescher le papier. aymé. l'un fut honoré par le divin poëte Ho- que mere. qui estoyent princes de votre age. de Terpandre. et en qu'en l'art de Musique d'autant que ces trois mestiers meslez ensemble ne sont mal seans à la grandeur d'un Prince. que Dieu absolve. de soufrir le fardeau incongnu des navires lequel ayant outre- passé les roches Symplegades. lequel ce pen- a a fait combien le ciel dant qu'il regné apparoistre l'avoit liberallement de toutes graces et de enrichy a surpassé soit en presens rares entre les Roys. de- envoya dans l'antre venerable du centaure Chiron. et pour a tant montrer qu'il estoit accomply de toutes vertus. pieté et religion. Or de vous conter icy d'Orphée. comme Peleus qui son filz Achille et Æson son filz Jason. monstrez combien vous estes son filz favorisé du ciel. en libéralité. Je prendray seullement pour exemple le feu Roy votre pere. non seullement tous les Princes bonté. d'Eu- molpe. d'aymer si perfait- tement telle science et ses accords. Seulement je vous reciteray que tes plus ma- anciennement nourrir leurs gnanimes Roys faisoyent enfans en la maison des Musiciens. ses prédécesseurs. SUR LA MUSIQUE. Vousaussi. mais tous ceux qui ont jamais vescu cet honorable tiltre de Roy lequel pour portant descouvrir les etinceIJes de sa bien naissance. lequel soit en clemence. grandeur d'empire. sans lesquels chose de ce monde ne pourroit demourer en son entier. et donté la furie de la . 339 de vulgaire. comme le premier autheur d'avoir apris à la mer. un si recommandable exemple de vertu. et l'autre célébré par Apolloine Rhodien. comme choses à vous con- gneues. d'Arion. Sire. comme le seul autheur de la prinse de Troye. et advint d'Achille et de Jason. estre pour instruitz tant aux armes la Medicme. honoré. comme héritier et de son royaume et de ses vertus. et prisé la Musique. ne le sont tant tous ensemble que tout seul par- ticulierement l'estoit.

plus vielles chanssons qui se puissent trouver aujour- d'huy. surpassant les antiens. Sire. ny la commodité du temps. Josquin des Prez. et Robert est composé des Ballard. et de painc- ne viennent ture. Certon. Jaquet. Hennuyer de nation. apparoissent puis tout en un coup s'esvanouissent. Jannequin. finablement s'en retourna en son pays enrichy de la noble toyson d'or. Vuillard. Et pource. et ses disciples Mouton. qui deça qui dela en divers pays. qui comme une mouche à miel a cueilly toutes les plus belles fleurs des antiens. Maillard. pas par degrés en perfection comme les autres sciences. dont Plutarque et Boëce ont am- plement fait mension. Donques. Plusieurs autres choses se pourroyent dire de la Musique. vous adoucirez voz souciz par les accordz de la Musique. Claudin. Richaffort. depuis six ou sept vingtz ans. à leur imitation. Moulu. d'autant qu'elle a esté composée en un siecle plus heureux. Il ne faut aussi que votre Majesté s'esmerveille si ce livre de mellanges lequel vous est treshumblement dedié par voz tres- humbles et tresobeissans serviteurs et imprimeurs Adrian le Roy. et quand quelques foys vous serez lassé de voz plus urgentes affaires. Et de present le plus que divin Orlande. pource qu'on a tousjours estimé la Musique des anciens estre la plus divine. de Poësie. et outre semble avoir seul desrobé l'harmonie des cieux. 340 PREFACE SUR LA MUSIQUE. Aussi les divines fureurs de Musique. Arcadet. mais par boutées et comme esclairs de feu. ces deux Princes vous seront comme patrons de la vertu. que apparoist. vous le devez songneusement comme garder. quand il se manifeste quelque excellent ouvrier en cet art. et moins entaché des vices qui regnent en ce dernier âge de fer. ny la matiere ne me . et se faisant la seule merveille de notre temps. eslevez. Entre lesquelz se sont. pour re- tourner plus fraiz et plus dispos à la charge royalle que si dextrement vous suportez. froide mer de Scytie. pour nous en resjouir en la terre. chose d'autant rarement elle excellente. Mais ny la breveté de ce pre- face. Sire.

de Cesar du quel Auguste Dieu l'empire Auguste tout puissant vous vueille donner les ans. B. et vous continuer en la bonne à la et à affection qu'il vous plaist porter Musique. de l'éternité stable et immuable de l'esprit de Dieu tout-puissant. qui m'en a envoyé la P. MARTIN. TRANSLATION DE L'ORIGINAL LATIN DE LA FONDATION DU PRIEURÉ DE SAINCT COSME. Manceau. par infaillible. de faire reflorir soubz votre tous ceux qui s'estudient les sciences et les artz qui florissoyent soubz regne. Sire. 341 permet de vous en faire plus long discours. je dois cette pièce presque inconnue à M. . et la prospérité. son principe et son ordre. copie avec le plus gracieux empressement. et accroissement de toute Veu que la naissance raisonnable un sort creature retient. bien arresté constamment en la hautesse de son immuableté. bibliothécaire de la ville du Mans. COSME. dispose et ordonne mille sortes de moyens à un chacun des choses qu'il il faut croire la creation du doit faire. et veu que ce mesme Esprit. supliant de en plus les le Createur. d'augmenter plus vertus de votre Majesté. ce grand Esprit. les victoyres. et a prédestiné ceux qu'il feroit venir de sa mesme en la fin des siecles à la congnoissance j. monde. premier a eu prescience. (') A ÉTÉ INSTITUÉE PAR COMMENTL'EGLISE DE SAINCT COSME AUTRES CHANOINES DE SAINCT PIERRE LE ET LES DOYEN. que devant moteur de l'univers. FONDATION DE S. sa cause.

par une affluence d'humbles prieres et oraisons. aux esperances droictes et celestes. aussi un fabeur de differante sorte d'estude et de devotion les exerce. toute particuliere affectation de vivre à sa propre volonté. lesquels combien qu'ils s'acheminent par un different chemin de bonnes œuvres. rejettant de leurs cœurs. si est-ce que nous sommes contraints d'approuver. Doncques en toutes ces differentes manieres d'hommes inspirez d'une divine lumiere tout ainsi qu'ils sont de diverses manieres. car après que quelques uns ont exterminé de leurs cœurs toute du monde. nous voyons qu'iceux insistent vigilamment en actions divines sans aucun defaut. voyons que quelques uns d'iceux. que la pure innocence de vivre des Cha- noines s'efforce et tend à gaigner meritoirement la faveur et propitiation combien divine qu'il avienne rarement. au mesme instant. aussi a eu prescience de ceux ausquels elle commanderoit par ses divins advertissemens de resister aux vices et suivre les eslevant leurs coeurs vertus. Martin. Pour ce quelques Chanoines de S. transportent en commun (à l'imitation des Apostres) tous les biens qui leur estoient propres en la secularité. lesquels . et ont rejetté volupté l'usage superflu des choses qu'on ne peut sainctement appeter. les discrets les Moines Anachorettes. se sont eslevez en l'an mil quatre vingts et douze. et d'une chanté fraternelle. et les admonnes- tant de rechercher sans cesse ardamment la bonté de Dieu. d'un ardant desir poussez envers Dieu. toutesfois avec une mesme intention de cou- rage. mettent peine de parvenir à la fin de la beatitude eternelle. afin que leurs semblables et en usent y participent comme eux fraternellement. Prenez que nous passions maintenant soubs silence les Martyrs de leur pourprez sang. 342 FONDATION divinité aussi divinité. les excellens Confesseurs. desirans estre du nombre et de la devotion des dessus dits. se rangeant à une nouvelle façon de saincteté souz l'aspreté et austerité de la profession et encore reguliere. tousjours veillans.

de duquel boncques S. de plusieurs. et tout le reste du. par telle defimtion et à tous leurs successeurs vivans souz la concedée. et l'isle susdite aux chanoines qui les en reque- l'eglise et paisiblement en en jouir librement roient. tant de cœur que de en fin les plaisirs mondains. et mesme regle de tel ordre regulier. François soubzdoyen. sonne n'habitoit et demandèrent doyen Martin nommé Pierre. Bouchard chantre. Valentin celle- maistr' escolle. et moins estroittement . cogneue fondée. par tous les clercs l'honneur de- ledit Pierre doyen. et esleurent pour la place l'isle qui s'ap- ils devoient vivre souz telle discretion. mignardez giron ceur d'excessives mirent en arriere et mespriserent de fortune favorable. où presque avoit seulement une chapelle per- au de S. Cosme. et chanoines dudit S. pour du susdit ordre Prevoyans toutesfois à l'observance Dieu plus ce et ordonnans que ceux qui avoient servy au temple de Sainct à ieur aise. rier. Mar- l'estat des temples. et à un nommé Gautier. ce qu'ils impetrerent dont dudit doyen. Martin. en laquelle ment acquérir. assavoir. COSME. et s'y accordans. Cosme. Robert dignitez aussi. chapitre la conversation d'une si loüans ceux qui embrassoient devotion. et à tout le chapitre la vie isle leur fust concédée pour vivre tin. par le doyen. et tout pendoit le clergé de en ayant communiqué avec le conseil d hommes Martin. qui et surintendant de lors estoit maistre des œuvres dudit S. rendans ils de leur habit tous les biens que particulierement et qu'ils pouvoient par après honneste- possedoient. tous ensemble ont donne et concedé sages et avisez. DE S. 343 dou- leur somme avec une joyeuse aprés avoir dormy et nouris au delices. que telle ils avoient fait eslection. l'isle de S. en laquelle y pelle S. les favorisant libéralité par une franche et toutes les en cela tous les prevots le voulans. avec toute religieuse et arrest leur fut l'isle seulement. à se glorifier un vil et se sousmirent en jouissance. communs à ceux habit de discipline austere. car ladite petite eglise.

par vagabonde incertitude se reti- roit dudit d'esprit. ny auquel cet affaire et cette chose ny tout le reste de la communauté regardoit dudit clergé n'en prendra rien dudit monastere de Sainct Cosme. ordre. s'essayant d'oster de son chef l'aus- terité et severité ou si tel requise. la coustume du lieu dudit et lorsqu'ils Sainct. isle. et se trouve- ront seulement à l'enterrement d'iceux chanoines aussi en recompense de telle soumission les chanoines de S. ils y serviront iront aux obseques solemnels qui se feront en l'eglise de S. Martin auront soin et obeïssance. Martin comme domestiques de la mesme eglise. sans aucune differance. soit par droict heredi- taire. ny le le cellerier tresorier. mais s'efforçans de maintenir cet ordre promeu et avancé. de que jamais ny le doyen. Martin pour les defuncts chanoines. soit par droict precaire. et ne requerra luy en estre donné ny rendu aucune chose des freres retirez audit lieu. Que si quelqu'un d'iceux chanoines une lascive et reguliers. convertissant leur vie. soit à quelqu'autre charge et condition que ce soit lesdits freres seule- ment seront tenus recongnoistre souz la maison du chef du qu'ils sont establis bien-heureux Sainct Martin. Cosme. après qu'il aura esté esleu d'eux au- qu'il aura esté offert au chapitre de paravant. 344 FONDATION Martin. Sainct et il Martin. des chanoines reciproquement reguliers de S. ne feussent changez ni transmuez en la posses- sion d'un autre sainct. au et vivans droict en la possession de vertu. y sera estably sans aucune contro- verse ny debat par les dignitez dudit chapitre et les freres dudit monastere pourront entrer au chœur de Sainct sauf toutesfois Martin. assisteront aux services dudit lieu. vouloit par sa . ils Doncques ont donné cette telle sorte. que les freres du monastere voulussent creer un prieur. Que si par avanture ce lieu quelque jour prenoit tel accroissement. fussent maintenus de leur heritage par la société qu'ils avoient avec l'eglise de S. exemptez seule- ment de la fatigue de procession.

qui demeureroient incor- rigibles et voudroient perseverer en leur impieté et du- reté de cœur. par cy apres. après la Nativité de nostre Seigneur. Robert vandomois. Il anathematize les violateurs et infracteurs dudit privilege. Vincent. souscrivant à leurs suc- cesseurs. ne vouloient s'amender. Robert m. mons- troient se vouloir laisser aller à une vie plus molle et paresseuse. voulans à tout jamais conserver en ce lieu un tel ordre. Othon capitulans. Cosme. Lambert diacre. et corrigez.. Hugon. COSME. 345 rebelle opiniastreté amoindrir cet ordre promeu ou du tout le pervertir. et le prevost Venant: Guillaume torterier. In- . le chapitre de Sainct Martin s'est reservé la puissance de chasser de ladite eglise de S. Humbert. et le commun. pour fa diffi- culté de telle religion austere. ains l'augmenter selon qu'ils verront telle religion s'accroistre. DE S. pour subroger en leur place en ce sainct ordre et religion maintenant establie (non en une religion monachalle. Bouchard chantre. Mathieu prevost. et ne vou- lant jamais le priver de ses biens. l'an mil nonante deux. Turelin prevost. qu'ils le lisent afin de l'observer et garder. sans estre violé ny corrompu. doyen. Que si le nombre de ces freres religieux pullule jusques à douze ou davan- tage. Ainsi signez.. le rejettant oug. Hervé prestres Foucher chambrier. Rorgan. Rendu confirmé autentiqué. Breton. Radulphe. ou si tous ensemble. et le fortifie du seing de son tesmoignage. et ordonne qu'il demeure perpetuellement ainsi. souz la 15. ny de la communauté de l'eglise Sainct Martin. Le clergé du bien-heureux Sainct Martin a pour recommandé et recommande le memorial de ce privi- lége. Ramart. Foucher souzd. celuy ou ceux en general et en particulier. Valentin cellerier.. en tel convent. honorera de sa presence les Rogations Gregoriennes en l'eglise du bien-heureux Sainct Martin. Ulger. ny au commun canonicat) autres de mesme profession. avec la vigueur de sa religion. quatre nommez Geofrois. P. Gautier trés.

FLN DU TOME SEPTIÈME ET DERNIER. diction romaine. et Prieur commandataire dudit prieuré de Sainct Cosme. composé par l'entendement de Scricer. fait durant l'Epacte neufiéme quatre ans concurrants avec le bissexte. Imprimeurs ordinaires du Roy. l'an 3 S. Le tout fidelement traduit sur l'original latin. Aderbal administrateur en ce prestre temps là des escolles de S. DC. entre les mains de Jugon et de Letard chanoines. par feu de bonne memoire messire Pierre de Ronsard. .346 FONDATION DE S. à l'Enseigne du Nom de Jesus. chez Jacques POINSOTet Claude BRICET. de l'empire de Philippes. imprimé à Tours. Prince des Poëtes françois. l'un et l'autre levite. M. Martin. enregistra de sa main ce present memorial de privilege. XXXVII. COSME.

82 Epistre. 49 Remonstrance au peuple de France 54 Prognostiques sur les miseres de ce temps. 134 In LaudemRonsardi. etc. Pages Ad. 87 Le Temple de Ronsard 88 Response aux calomnies des predicans. 84 Divers effects des quatre humeurs qui sont en frere Zamariel. 347 TABLE DES MATIÈRES CONTENUESDANS CE VOLUME. DISCOURS. Carolum Agenoreum 6 Avertissement 7 Discours des miseres de ce temps 9 Continuation des miseres 17 Institution pour l'adolescence de Charles IX 33 Elegie sur le tumulte d'Amboise. 95 Aux bons medecins predicans 133 In Petrum Ronsardum coaxatio 134 Ronsardi responsum. 39 Discours à Louys des Masures. 135 .

193 Epitaphe de M. 221 d'André Blondet 222 de Loyse de Mailly 225 de Claude de L'Aubespine 227 de M. de L'Aubespine 233 Epitaphe de Françoise de Vieil-Pont 233 de Mlle Anne L'Esrat 236 de Marulle 238 Sur le trespas d'A. TABLE 348 Pages Epistre au lecteur 136 Priere à Dieu pour la victoire. 163 EPITAPHES. Le derrenier honneur qu'on doit 168 Sur le coeur de Henry II (sonnet) 169 Le tombeau de Charles IX. 170 Sonnet de luy-mesme. 176 A Luy-mesme (sonnet) 177 Le tombeau de Marguerite de France 177 Epitaphe de François de Bourbon. 175 A M. 218 d'Artuse de Vernon. 241 de Marie Brachet 242 . le President de Sainct-André 231 Sixain pour les cœurs de MM. Strosse 202 Elegie en forme d'Epitaphe d'A. 191 Prosopopée de François de Lorraine. 208 de Louys de Bueil 215 du jeune la Chastre 216 de Ph. 149 L'Hydre desfaict 155 Les Elemens ennemis del'Hydre. Vergece. de La Peruse 240 de N. 202 Epitaphe d'Anne de Montmorency. Turnebe 239 Epitaphe de J. de Commines. d'Annebault 194 de Roch Chasteigner 198 de H. Arnaut Sorbin (sonnet). Chasteigner.

chienne de Charles IX 250 de Beaumont. 253 Dialogue de la Barbiche de madame de Villeroy 257 Epitaphe de Thomas 259 de J. Rabelais . Mernable 260 de J. 267 d'André Blondet 270 Pour luy-mesme 271 271 Epitaphe de Loys de Mailly Sur le tombeau de J. Brinon 272 Epitaphe deF. Meschantes nuicts d'hyver 312 . et de Caron. DES MATIÈRES. Je chante par quel art 279 280 Mon Prince. 3o6 A Jean Galland 307 Jugement de Ronsard sur ses contemporains. Je n'ay plus que les os 312 Il. Martin 261 Le Passant respond à l'Esprit. de Bourdeille 277 FRAGMENTS.273 de Rose 275 de Quélus 276 deL'Aubespine. illustre sang 281 Fragment du Plutus d'Aristophane Si quelque Dameret se farde 306 Commencement d'Hercule Tue-Lyon. a49 Pages Pages de Quélus 243 Epitaphe Pour le seigneur de Maugiron (sonnet) 246 de Remy Belleau 247 Epitaphe d'Albert 247 de Courte. 265 Epitaphe de Hugues Salel. Stances. J'ay varié ma vie 311 Sonnet I. 308 LES DERNIERS VERS DE RONSARD. 276 de Ch. levrier du Roy.

350 Pages Sonnet III. . Ah! longues nuicts. par luy-mesme 315 A son ame Amelette Ronsardelette 315 ABBREGÉ DE L'ART POÉTIQUE 317 PRÉFACE SUR LA MUSIQUE 337 FONDATION DU PRIEURÉ DE SAINT-COSME 341 FIN. 313 V. Donne-moy tes presens 313 IV. Quoy. Il faut laisser maisons 314 Tombeau de l'autheur. dors-tu 314 VI. mon ame. TABLE DES MATIÈRES.

ils ont été rétablis page 305 de ce volume. ses Œuvres inédites. Page 299. sentement mises un volume sans lettre numérale qui comprennent être mis en tête des autres. au 12evers. qui eussent enflé outre mesure les enfin une Liste alphabétique de tous ceux Tomes 1 et Il. LECTEUR DEBONNAIRE. Page 286. tel avait été 1564. Six strophes par M. Le Sonnet de l'auteur à son livre est page à tort comme ayant la fois en signalé paru pour première à la fin du t. et qui contient doit Œuvres inédites son son Oraison oraison funèbre. de que les Œuvres Ronsard. guerite. à la fin première Sonnet LXXXVII. se lit de nouveau page 441. importantes de l'Ode à Madame Mar- T. III. T. T. retrouvées sont imprimées au volume préliminaire. plus une bibliographique. La chanson Je te hay Une ou deux pièces peu bien. qui —Page 50. 1. 30. savoir le soin d'amender les autres. Ronsard a nommés dans ses de ses Contemporains que Œuvres.. Turquety dans l'éd. a été bien vite remplacé figurait primitivement par celui de Des Autels. ont été omis huit A la vers. Ed. originale. Notice les Tables détaillées etc. funèbre. pré- t'avertir au jour pour la dix-septième fois. ont été ainsi repétées. ne veux achever ce Septième Volume sans de P. la Vie du Poète. Il. Page 398. qu'il de la édition des Amours. Elles concernent Saint-Gelais. imprimé en 1552. Il a été reproduit V. Le nom de Saint-Gelais. Après la ligne 8e. des Amours et des Odes. certaines Je dois aussi te confesser que tu y trouveras mieux instruit eût heureusement évitées et fautes qu'un les laissant à ton dont je note ci-dessous plus capitales. .

GOUVERNEUR. PROSPER BLANCHEMAIN. cardinal de Rambouillet. ACHEVÉ D'IMPRIMER A NOGENT-LE-ROTROU. Page 6. encore. Je me suis aperçu trop tard que c'était Charles d'Angennes. Dans le sonnet dédicatoire de la Charite. . l'exemple à solli- citer ton indulgence pour ce mien travail. J'ai traduit à tort Carolus Agenoreus ('A Vaillant) par Charles Vaillant. repris. LE XII MARS M. 265. T. consacré à la gloire du grand PIERRE DE RONSARD. VII. auquel j'ai employé douze années. Il me reste suivant des anciens. PAR A. T. et enfin à te dire A BENEVOLE LECTEUR. Page J 77. manque le 7e vers Ny du peuple mordu. on a omis le Panegyrique de la Renommée au Roy Henry III. Table après LE BOCAGE ROYAL. DCCC. dans le dessein de t'être agréable. travail Vendômois. abbé de Pimpont. ny envié. IV. DIEU. LXVII. pensant qu'il s'agissait d'un parent de Germain Vaillant de La Guesle.

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