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METHODES

ut un recrutement de
: à nous comme s'ils
pêcher de mourir ou
LS faut des vocations.
>ur qui ce travail est
ui seul que plusieurs
en ce qui concerne la
cient. Il ne s'agit pas
; l'expérience, il faut
et de son activité ; la
ins garanties, c'est le
• il faut recommencer
pour les publications
50 ans et davantage, Chapitre II
dans les capacités ou

:>us sommes comblés,


os jours —, celle qui Les épigraphies et l'épigraphie grecque et romaine
3as besoin de comités
e broyeuse du temps L'histoire et ses méthodes, p. 453-497*
i autres des relations 20

ons pas grand besoin


de vœux de congrès II n'y a pas d'épigraphie dans toutes les langues et toutes les régions, mais
treprise épigraphique du moins dans de très nombreuses civilisations. Elle peut avoir des aspects
LS, que le Corpus des très différents. Il n'y a pas d'épigraphie en soi, dont on pourrait définir la
lélas ! Dans les séries méthode et l'apport à l'histoire. Ce sont des choses très dissemblables que
les plus raisonnables les runes, l'épigraphie turque de l'Orkhon, les épigraphies phénicienne ou
;, et les moins mûris, néopunique ou hébraïque ou sabéenne ou iranienne, ou l'épigraphie arabe ou les
n appel au travail des inscriptions khmer. On a élu pour ce volume de méthode historique l'épigraphie
is vœux, ce sont ceux antique classique, romaine et surtout grecque. Ce choix, entraîné par celui du
personnels où chacun collaborateur, peut se justifier en raison, car l'épigraphie grecque ou romaine
ise de saint Jean de la peut être considérée comme un exemple typique et caractérisé de l'éventuelle
re Paul Peeters : « Ne importance de l'épigraphie à la fois dans la richesse de la documentation pour
ts à nos travaux » ; et l'histoire et dans l'état d'avancement des méthodes. La plupart des observations
nécessaire au savant, de ce chapitre s'appliquent à l'épigraphie latine comme à la grecque, mais les
squ'au moment où la exemples seront pris avant tout dans cette dernière, et spécialement en traitant de
trouve accomplie par la restitution. L'importance historique en est comparable. L'épigraphie grecque
l'emporte par la variété, l'abondance des documents très longs et par la durée
aussi, puisqu'on peut la suivre du ~ vme siècle au ive siècle ; elle durera d'ailleurs
encore, mais avec un appauvrissement marqué, à l'époque byzantine.
*. Le texte ici réédité est celui qui fut publié en français dans L'histoire et ses méthodes,
Encyclopédie de la Pléiade (1961). Il est ici accompagné d'une annotation qui reprend en
partie la substance des notes « précisant toutes les allusions par des renvois à des publications
choisies », dont l'édition allemande (1970) avait été pourvue. La présente annotation fait en
outre figurer, après le signe *, des références aux études ultérieures de L. R. En revanche on
n'a pas réédité ici la courte bibliographie donnée par L. R. (p. 488-490), qu'une indispensable
mise à jour aurait rendue trop différente du texte original.
LES EPIGRAPHIES ET L EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE RO

L'épigraphie antique du monde classique présente un grand contraste qui l'ont félicité ; t
avec, par exemple, l'épigraphie de l'Occident médiéval, — par le nombre, montagne du Sud de
et plus encore par la proportion avec le reste de la documentation : œuvres d'endommager la t
littéraires et archives. Ces dernières ont I pratiquement péri dans le monde 454 juridiques ou religie
antique, sauf en Egypte ou dans quelques points du désert de la Syrie et de la offrent des renseign
Palestine. On pourrait parler pour les pays grecs et romains d'une « civilisation impériale, et les var
de l'épigraphie ». Cet aspect frappe les voyageurs sur les champs de fouilles du plus grand intéré
de la Grèce et de la Turquie, de l'Algérie et de la Tunisie. Car le contraste funéraire ; en grec 5
est très grand avec l'épigraphie en notre époque, du moins celle qui a pour apportent des volur
support des matières non périssables (ce qui exclut les enseignes, les affiches, dont certaines sont
les ampoules électriques). Que présente l'épigraphie dans un pays moderne ? Une masse de ïé
Des bases de statues aux grands hommes, quelques frises inscrites d'édifices et du plus haut intér
civils ou religieux (l'une et l'autre catégorie d'ailleurs sont une survivance moderne : lois et dé
ou une résurrection de la tradition antique), les plaques avec les noms des tel ou tel point de 1
rues, des ex-voto dans des églises, de moins en moins nombreux — ils se paix entrant dans 1<
raréfient et deviennent de plus en plus monotones, qu'il s'agisse de guérisons, d'alliance, fixant la
de « grâces obtenues » ou de succès aux examens —, et puis des graffites. partage du butin et
Cela dans les villes ; la campagne n'a pas d'épigraphie, sauf les monuments communautés, Téo
aux morts des deux guerres avec leurs listes de tués, pratique d'ailleurs récente toute petite voisine
et artificielle. Sur les routes, les bornes kilométriques, d'une sécheresse qui nombreuses qui DO
ne laisse pas deviner la multiplicité des renseignements que peuvent fournir association civique
à l'historien les milliaires romains. L'épigraphie pour le moderne, ce sont arbitrages entre dei
essentiellement les épitaphes de nos cimetières, et le lapicide moderne est un en suivant chaque a
ouvrier du constructeur de tombeaux ; là aussi la sécheresse et la monotonie géographique qu'es
ont remplacé les anciennes coutumes ; l'usage des vers a disparu ; des aime les pays de la?
épitaphes contemporaines ne pourraient guère donner lieu qu'à des études sur
l'anthroponymie régionale, sur la durée moyenne de la vie et, au mieux, sur la
2. R. Heberdey, Oprarm
composition des familles et sur un choix de titres et de professions. Aussi ne II (1944), n° 905.
se rend-on guère compte de l'énorme développement de l'épigraphie antique 3. Ces clauses sont pa
et est-on surpris d'apprendre que les inscriptions grecques et romaines déjà mineure. Il n'exis
publiées se chiffrent par centaines de milliers. imprécation funéra
n° 52). * Cf. L. R..
241-289 (= Choix.
I Rôle des inscriptions dans la vie antique 455 4. G. Kaibel, Epignnr
W. Peek, Griechîs*
Les inscriptions antiques ont le contenu le plus varié, depuis les plus simples, L. Robert, Gnom&n
graffites obscènes, injurieux ou pieux, acclamations, souvenirs et saluts. Les 5. Die Staatsverîràge a
(H. Bengtson. 1%;
épitaphes, aux formules très variées, dont on doit étudier la chronologie et la * Cf. Bull. 1963. 2
localisation, sont souvent très développées ; parties de la simplicité antique (à 6. G. Klaffenbach, 5/c
Sparte anciennement seuls le guerrier tué et la femme morte en couches ont 1965, 205.
droit à avoir leur nom gravé sur la stèle), elles arrivent à l'abondance satisfaite 7. SylL3 344 ; C. B. WeJ
de l'époque impériale, où les magistratures remplies et les générosités 8. * L. et J. R., « U n e i
Journal des Savant
répandues sont longuement rapportées sur les épitaphes des membres des 9. A. Rehm, Milet. Dos
classes dirigeantes1 ; les blocs d'un édifice funéraire monumental peuvent se 10. SylL3 647.
couvrir de tous les décrets rendus en l'honneur d'un personnage par sa patrie 11. L'étude ancienne d
et par d'autres villes, ainsi que des lettres des empereurs et des gouverneurs sympolitiarum Gra
12. Court essai de M. >
1. * Sur les apports variés de l'épigraphie funéraire, cf. e. g. L. R. dans le compte rendu du corpus 13. L. Robert, Hellenic
de Thessalonique, Rev. Phil 1974, 222-246 (= Opéra V, 309-333). 109.
ROMAINE ROLE DES INSCRIPTIONS DANS LA VIE ANTIQUE 89

un grand contraste qui l'ont félicité ; tel le tombeau du Lycien Opramoas à Rhodiapolis dans la
L — par le nombre, montagne du Sud de la Lycie2. Par milliers, les épitaphes varient les interdictions
:umentation : œuvres d'endommager la tombe ou de l'utiliser sans droit et les pénalités prévues,
: péri dans le monde 454 juridiques ou religieuses ; à elles seules les imprécations qui protègent la tombe
rt de la Syrie et de la offrent des renseignements passionnants sur la mentalité des gens de l'époque
is d'une « civilisation impériale, et les variantes, qu'elles soient locales ou personnelles, peuvent être
îs champs de fouilles du plus grand intérêt religieux et humain3. C'est un genre spécial que la poésie
isie. Car le contraste funéraire ; en grec seulement, on a environ cinq mille de ces poèmes ; ils nous
oins celle qui a pour apportent des volumes de poésies dont beaucoup ne sont point méprisables et
iseignes, les affiches, dont certaines sont un véritable enrichissement littéraire4.
is un pays moderne ? Une masse de l'épigraphie grecque est formée de documents très développés
îs inscrites d'édifices et du plus haut intérêt historique, qui n'ont point d'équivalent dans l'épigraphie
sont une survivance moderne : lois et décrets de tout contenu, qui nous font connaître brusquement
;s avec les noms des tel ou tel point de l'administration de la façon la plus complète, — traités de
nombreux — ils se paix entrant dans le plus grand détail sur les questions litigieuses5, — traités
Vagisse de guérisons, d'alliance, fixant la solde des troupes de secours I qui seront envoyées, ou le 456
et puis des graffîtes. partage du butin entre Rome et les Étoliens6, — traités de fusion entre deux
saui^ les monuments communautés, Téos et Lébédos en lonie7, Téos et Kyrbissos8, Milet et sa
que d\'ailleurs récente toute petite voisine Pidasa9, Stiris et Médéon en Phocide10, avec des clauses
d'une sécheresse qui nombreuses qui nous font pénétrer très avant dans les principes d'une telle
que peuvent fournir association civique et dans les détails de la vie politique et financière11, —
le moderne, ce sont arbitrages entre deux villes12, avec délimitation des frontières que l'on décrit
icide moderne est un en suivant chaque accident de terrain, documents privilégiés où revit la cellule
•esse et la monotonie géographique qu'est chaque cité et qui passionnent l'historien géographe qui
vers a disparu ; des aime les pays de la Méditerranée13, — lettres royales et impériales, depuis un roi
u qu'à des études sur
ie et, au mieux, sur la
2. R. Heberdey, Opramoas, Inschriften vom Heroon zu Rhodiapolis (1897) ; TituliAsiae Minons
professions. Aussi ne II (1944), n° 905.
l'épigraphie antique 3. Ces clauses sont particulièrement développées dans les inscriptions funéraires de l'Asie
ues et romaines déjà mineure. Il n'existe pas d'étude spécifique. Un texte circonstancié : P. Moraux, Une
imprécation funéraire à Néocésarée (1959) (J. Pouilleux, Choix d'inscriptions grecques,
n° 52). * Cf. L. R., « Malédictions funéraires grecques », Comptes rendus Acad. Inscr. 1978,
241-289 (= Choix, 315-356).
455 4. G. Kaibel, Epigrammata Graeca (1878), très vieilli, mais non remplacé. Large choix :
W. Peek, Griechische Vers-Inschriften. I. Die Grab-Epigramme, 1955 ; sur la méthode,
les plus simples, L. Robert, Gnomon 31 (1959), 1-30 (= Opéra III, 1640-1669).
nvenirs et saluts. Les 5. Die Staatsvertrâge des Altertums. II. Die Vertrâge der gr.-rom. Welt von 700 bis 338 v. Chr.
(H. Bengtson, 1962) ; III. Die Vertrâge ...von 338 bis 200 v. Chr. (H. H. Schmitt, 1969).
r la chronologie et la * Cf. Bull 1963, 2 et 1970, 2.
simplicité antique (à 6. G. Klaffenbach, Sitz. Akad. Berlin 1954, n° 1 (Bull 1955, 132) ; 1G IX l 2 , n° 241 ; * Bull
norte en couches ont 1965, 205.
'abondance satisfaite 7. Syll.3 344 ; C. B. Welles, Royal Correspondence in thé Hellenistic Period (1934), n° 3-4.
s et les générosités 8. * L. et J. R., « Une inscription grecque de Téos en lonie. L'union de Téos et de Kyrbissos »,
Journal des Savants 1976, 153-235 (= Opéra VII, 297-379).
es des membres des 9. A. Rehm, Milet, Das Delphinion (1914), n° 149.
mumental peuvent se 10. Syll.3 647.
sonnage par sa patrie 11. L'étude ancienne de W. Feldmann, Analecta epigraphica ad historiam synoecismorum et
•s et des gouverneurs sympolitiarum Graecorum (Diss. Phil. Argentor., 9, 1885) demeure intéressante.
12. Court essai de M. N. Tod, International arbitration amongst thé Greeks (1913).
le compte rendu du corpus 13. L. Robert, Hellenica VII, 152-170 ; * J. et L. R., Fouilles d'Amyzon en Carie (1983), 101-
109.
RO
90 LES EPIGRAPHIES ET L EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE

de Perse félicitant un de ses satrapes pour ses plantations d'arbres exotiques14 Devant le grand
et Alexandre réglant les contestations nées du rappel des bannis15 jusqu'aux malgré les destrucî
empereurs du Bas-Empire [* voir fig. 6 et 7]16, — comptes rendus triomphaux, les siècles et I eno
comme les /tes Gestae du roi Sassanide Shapour sur un édifice de l'Iran17, demande parfois oi
— tarif de Dioclétien fixant le prix maximum de chaque denrée, depuis la qu'à l'époque la pi
laine et le cuir jusqu'aux parfums et aux bêtes de l'amphithéâtre, et le salaire pierres, les cités ac
de chaque ouvrier, document capital pour l'économie, pour la technique, pour avenues d'Athènes.
le vocabulaire, et qui se reconstitue chaque lustre un peu davantage grâce aux petite ville des moi
fragments trouvés en plus de trente localités jusqu'ici18. bases de statues se
La vie religieuse a produit une égale abondance et variété d'inscriptions, ou les autels funér
depuis les ex-voto, souvent accompagnés de reliefs, émanant de particuliers, des sanctuaires éta
d'associations, de villes, jusqu'aux règlements religieux, pleins de substance documents publics.
même quand ils sont brefs comme dans la région rhodienne, souvent très se pressaient les off
développés, calendriers de sacrifices, institution de nouvelles fêtes19, etc., énumérant les génî
— aux hymnes, comme ceux qui célèbrent les démons Courètes en Crète20 ville les inscription
ou Asclèpios à Athènes ou à Erythrées21, — aux « litanies » qui célèbrent la et bien plus encore
puissance et les manifestations variées d'Isis (là aussi un modèle se reconstitue entasse ou sur un cl
par des exemplaires trouvés dans des lieux très différents) 22
, — aux récits rouge ; c'est avec c
>*
des guérisons miraculeuses d'Asclèpios : à Epidaure surtout sur des stèles Magnésie du Méac
fameuses23, mais aussi à Lébéna de Crète24 et à Rome dans le sanctuaire grec en petites lettres qu
de l'île Tibérine25. grec, depuis Syraci
accepté de consids
protectrice, Arténu
Delphes et d'Ohm
14. G. Cousin et G. Deschamps, Bull. Corr. HelL 13 (1889), 529-542 ; Syll.3 22. * L. R., Bull.
Corr. HelL 101 (1977), 84-85 (= Documents d'Asie Mineure [1987], 42-43). chaque sanctuaire
15. Inscription de Chios Syll.3 283. dizaines que tel San
16. Il n'existe pas de recueil ou d'étude des lettres des Empereurs romains. L'utile essai de reliefs du Cavalier
L. Lafoscade, De epistulis imperatorum magistratuumque Romanorum ab aetate Augusti montagne, dans la ,
(1902) est maintenant vieilli. des stèles, près de L
17. E. Honigmann, A. Maricq, Recherches sur les Res gestae Divi Sapons, Mémoires Acad. Belg.
1953 ; A. Maricq, Syria 35, 1958, 295-360 (Bull 1960, 418).
ou bien un « possé
18. Th. Mommsen, H. Blumner, Der Maximaltarif des Diokletian (1893) ; * S. Lauffer, mains un sancmai]
Diokletians Preisedikt (1971) ; M. Giacchero, Edictum Diocletiani et collegarum de pretiis a difficilement idé
rerum venalium (1974) ; Bull 1971, 110 et 1976, 88. civilisation cla&siqi
19. J. von Prott et L. Ziehen, Leges Graecorum sacrae e titulis collectae. Leipzig, 1896-1906, La répartition n
avec un riche commentaire, encore indispensable. Fr. Sokolowski, Lois sacrées de l'Asie
Mineure (1955), Lois sacrées des cités grecques. Supplément (1962), Lois sacrées des cités
la base des études :
grecques (1969) : * cf. Bull. 1955, 2 ; 1963, 3 et 1970, 147. à l'est et à
20. Inscriptiones creticae III, p. 12-17 ; J. U. Powell, Collectanea Alexandrina (1925), 160 ;
M. L. West, J. HelL Stud. 85 (1965), 149-159. 26. Par exemple les li
21. Athènes : IG II2 4509 et 4520. Erythrées : U. von Wilamowitz, Nordionische Steine (1909), grecques et latinei
n° 11 ; J. U. Powell, Collectanea Alexandrina (1925), 136 ; Fr. Sokolowski, Lois sacrées de Wilhelm, Anatolia}
l'Asie Mineure (1955), n° 24 ; E. Diehl, Anth. lyr. graeca II2 (1940), 2, 110 et I3 (1949), 1, 27. O. Kern, Inschrifïi
80. Epangelie griechis
22. P. Roussel, «Un nouvel hymne à Isis », Rev. Et. Gr. 42 (1929), 137-168; R. Harder, 28. G. Kazarow. Du
Karpokrates von Chalkis und die memphitische Isispropaganda, Abh. Berlin 1943, 14 ; D. Tsontchev. Le
D. Millier, Àgypten und die griechischen Isis-Aretalogien, Sitz. Ber. Leipzig 53, 1 (1961). Cf. 130). Durant ces d
Bull. 1946-47, 171 ; 1951,51. routiers en Phrygk
23. Syll.3 1168-1170 ; IG IV2 1, 121-127 ; R. Herzog, Die Wunderheilungen von Epidauros, d'Apollon : chacur
Philologus Suppl. 22, 3 (1931). HelL 106 (1982).
24. Syll.3 1171-1172 ; Inscriptiones Creticae I, p. 150-178. [1987], 336-340. 3
25. IG XIV, 966-967 ; Syll.3 1173. 29. Cf. N. Himmelman
JMAINE ROLE DES INSCRIPTIONS DANS LA VIE ANTIQUE 91

l* arbres exotiques14 Devant le grand nombre des inscriptions retrouvées en tel ou tel endroit,
bannis15 jusqu'aux malgré les destructions massives depuis la fin de l'Antiquité à travers tous
•endus triomphaux, les siècles et I encore plus dans les deux derniers siècles industriels, on se 457
édifice de l'Iran17, demande parfois où pouvaient loger toutes ces pierres inscrites. Il est certain
? denrée, depuis la qu'à l'époque la plus prospère de l'Empire, malgré les remplois d'anciennes
héâtre, et le salaire pierres, les cités antiques en étaient encombrées et que sur les places ou les
• la technique, pour avenues d'Athènes, d'Éphèse, de Pergame ou de Smyrne, comme aussi de telle
avantage grâce aux petite ville des montagnes de Lycie, de Pisidie ou de Cilicie, stèles et surtout
bases de statues se pressaient en files ininterrompues, comme les sarcophages
iété d'inscriptions, ou les autels funéraires en dehors de la ville, le long des routes. Les cours
ant de particuliers, des sanctuaires étaient remplies de stèles d'ex-voto, de copies sur pierre de
)leins de substance documents publics, de statues honorifiques aussi [* voir fig. 1 et 2]. Au théâtre
enne, souvent très se pressaient les offrandes à Dionysos, les statues de musiciens, les inscriptions
velles fêtes19, etc., énumérant les générosités des citoyens pour les spectacles26. Partout dans la
^ourètes en Crète20 vill£ les inscriptions, serrées les unes contre les autres, sollicitaient le regard,
; » qui célèbrent la et liien plus encore qu'elles ne le font aujourd'hui dans un musée où on les
xièle se reconstitue ent/asse ou sur un champ de fouilles, car le plus souvent elles étaient peintes en
ts)22, — aux récits rouge ; c'est avec cette couleur qu'il faut s'imaginer tel portique de l'agora de
tout sur des stèles agnésie du Méandre, dont la paroi était couverte de dizaines d'inscriptions
s le sanctuaire grec en petites lettres qui reproduisaient les décrets par lesquels les villes du monde
rec, depuis Syracuse, Corcyre et Ithaque jusqu'à Antioche de Perse, avaient
accepté de considérer la fête créée par la ville en l'honneur de sa déesse
protectrice, Artémis Leucophryène, comme égale aux grands concours de
Delphes et d'Olympie et d'y envoyer des représentants pour y sacrifier27. Mais
5v//.? 22. * L. R., Bull.
42-43). chaque sanctuaire de campagne aussi était bourré d'inscriptions ; c'est par
dizaines que tel sanctuaire du Héros thrace dans la campagne bulgare livre des
mains. L'utile essai de reliefs du Cavalier divin avec leurs dédicaces28. Même au plus profond de la
>rz///j ab aetate Augusti montagne, dans la grande solitude, il y avait des inscriptions, sur le roc ou sur
des stèles, près de la fontaine ou dans la grotte où un « possédé des Nymphes »
\. Mémoires Acad. Belg.
ou bien un « possédé du dieu », un demi-fou au moins, avait aménagé de ses
(1893); * S. Lauffer, mains un sanctuaire aux divinités de la nature, des arbres et de l'eau29. On
?î collegarum de pretiis a difficilement idée de la place qu'a tenue le marbrier, le lapicide, dans la
civilisation classique.
le. Leipzig, 1896-1906, La répartition même des œuvres des lapicides, avec I leur chronologie, est 458
Lois sacrées de l'Asie
L Lois sacrées des cités la base des études sur l'hellénisation et sur la romanisation du monde antique,
à l'est et à l'ouest. On peut dire que les inscriptions en marquent les limites et
xandrina (1925), 160;
26. Par exemple les listes du théâtre d'Iasos, Ph. Le Bas et W. H. Waddington, Inscriptions
]
ionische Steine (1909), grecques et latines recueillies en Grèce et en Asie Mineure (1870), n° 252-299 ; cf. Ad.
lowski, Lois sacrées de Wilhelm, Anaîolian Studies Ramsay (1923), 435-439.
.2. 1 10 et I3 (1949), 1, 27. O. Kern, Inschriften von Magnesia, n° 16-87. Cf. P. Boesch, Theoros. Untersuchung zur
Epangelie griechischer Peste (1908).
. 137-168 ; R. Harder, 28. G. Kazarow, Die Denkmâler des thrakischen Reitergottes in Bulgarien (1938) ; aussi
\bh. Berlin 1943, 14 ; D. Tsontchev, Le sanctuaire thrace près du village de Batkoun (1941 ; * cf. Bull. 1944,
,l (1961). Cf. 130). Durant ces dernières années on a découvert lors de fouilles clandestines ou de travaux
routiers en Phrygie plusieurs sanctuaires indigènes, de Zeus Pétarénos, de Zeus Alsénos, et
îungen von Epidauros, d'Apollon : chacun a livré des centaines de petits reliefs votifs inscrits. * Cf. L. R., Bull. Corr.
Hell 106 (1982), 374-378, et 107 (1983), 524-526 et 545 (= Documents d'Asie Mineure
[1987], 336-340, 368-370 et 389).
29. Cf. N. Himmelmann-Wildschutz, Theoleptos (1957).
92 LES EPIGRAPHIES ET L EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE ROI

en sont la mesure, en Germanie ou en Bretagne comme au Maghreb, en Syrie et On dit aussi qu


dans les Balkans. La chronologie de leur apparition, leur densité, leur caractère affiches. Certes nos
aussi font déjà l'histoire de la région. Les archives de la civilisation romaine en inscriptions de la v
Europe, c'est le Corpus Inscriptionum Latinarum. C'est peut-être aux frontières inscriptions antique;
du monde grec et latin que le caractère exemplaire des inscriptions pour l'étude ce n'est pas l'inscri]
de la civilisation apparaît le plus en lumière : inscriptions latines du Maroc, de bois, peints en bl;
par exemple, ou ces curieuses inscriptions grecques de Volubilis, dédicaces de les documents que 1
Syriens à leurs dieux nationaux, apportés avec eux, les divinités arabes Manaf vu par qui voudra ».
et Théandrios, et épitaphe d'un chef de synagogue juive30, — les méharistes qui sur telle paroi d'édif
ont laissé leurs traces lapidaires dans la partie Nord de la péninsule Arabique31, les lois et règlement
— épitaphes développées, avec les prières de la liturgie des morts, des chrétiens La gravure sur ]
de Nubie32, — pot-pourri de vers grecs avec de l'Euripide, et liste des mois universelle (« pour <
du calendrier grec sur un rocher d'un sanctuaire d'Arménie33, — île du golfe envers ses bienfaite
Persique, près de Bahrein, où des soldats grecs, tout au début de l'époque de graver une copie
hellénistique, ont fait une dédicace à Athéna et à Poséidon34, — et l'inscription les documents ne se
grecque et araméenne d'Asoka dans l'Afghanistan35. restait dans les arcb
La raison de la gravure sur pierre d'une\dédicace comme d'une épitaphe affichage temporarr
est claire. Mais pour un décret, pour un compte, pour un inventaire, il faut document peut être
marquer pour l'historien quel était le rôle de ces ^documents publics et dissiper tiennent là le pren
une confusion assez répandue. On dit souvent que les inscriptions sont les joue un rôle essent
archives de l'Antiquité — j'ai employé ci-dessus l'expression —, et que précisément pourqu
tel sanctuaire, où étaient gravés des décrets sur dek stèles, servait de dépôt près de deux cents
d'archives. On peut dire que ce sont pour nous les archives de l'Antiquité ; que beaucoup d'aut
mais elles n'étaient pas telles dans l'Antiquité. Les documents d'archives quelque circonstanc
étaient écrits sur des papyrus et des parchemins. Nous les retrouvons en à Athènes régulière
Egypte ou à Doura-Europos, colonie séleucide, puis parthe, puis romaine, sur On a gravé certes
l'Euphrate moyen36 ; c'est la paperasserie des archives des bureaux de tous masse des décrets c
niveaux, et aussi des particuliers, qu'étudié la papyrologie ; ce matériel diffère décrets décernant d
essentiellement des I inscriptions. Les documents sur pierre ne sont pas les 459 villes étrangères, et
archives ; ils peuvent être des copies des archives, mais non l'original. Ces le cas le plus fréqi
copies sont parfois intégrales, parfois abrégées, plus ou moins radicalement, et l'intérêt personnel,
il faut y penser quand on en fait l'étude diplomatique37. dans les quatre asse
petites ; les multiplt
30. L. Robert, « Inscriptions de Volubilis », Rev. EL Gr. 49 (1936), 1-8 (= Opéra II, 939-954).
31. H. Seyrig, Antiquités syriennes III 162-167 (Syria 1941). sur les décrets hon<
32. H. Junker, « Die christlichen Grabsteine Nubiens », Z.f. àgypt. Sprache 60 (1925) ; L. Robert, on gravait surtout 1
Collection Froehnerl (1936), n° 81 ; M. G. Tibiletti-Bruno, Iscrizioni Nubiane, Rendiconti de très nombreux d
ht. Lombardo, Class. Lett. 97 (1963), 491-519 ; J. F. Oates, /. Egypt. Arch. 49, 1963, 161- écrasante des docu
171. des honneurs, et de:
33. Bull 1952, 176 ; cf. Chr. Habicht, Hermès 8 (1953), 251-256 ; Bull. 1954, 255.
34. M. N. Tod, «A Greek Inscription from thé Persian Gulf », J. Hell Stud. 63 (1943), 112- les pays grecs à pai
113. l'époque impériale,
35. É. Benveniste, A. Dupont-Sommer, L. Robert, D. Schlumberger, Journal asiatique 246 (1958), cité d'Asie Mineun
1-48 ; Bull 1959,488 (J. Pouilleux, Choix d'inscriptions grecques, n° 53) ; D. Schlumberger, apporter les condol
L. Robert, Comptes rendus Acad. Inscr. 1964, 126-140 ; É. Benveniste, Journal asiatique
252 (1964), 137-157. Voir aussi « De Delphes à l'Oxus, Inscriptions grecques nouvelles de
laBactriane », Comptes rendus Acad. Inscr. 1968, 416-457 (= Choix, 533-565). 38. Milet, Das Delphini
36. Excavations aï Dura Europos. Final Report V, Part I : The Parchments and Papy ri, éd. C. B. 39. /G XI 2 ; Inscription
Welles, R. O. Fink, J. F. Gilliam, 1959. 40. Les inscriptions d\A
37. Ad. Wilhelm, Beitrâge zur griechischen Inschriftenkunde (1909), 229-299 ; Z. / osterr. études et éditions p
Gymnasien 64 (1913), 673-693 ; Bull 1961, 154. épigraphique s.v. «
OMAINE ROLE DES INSCRIPTIONS DANS LA VIE ANTIQUE 93

laghreb, en Syrie et On dit aussi quelquefois que les inscriptions antiques sont comme nos
nsité, leur caractère affiches. Certes nos affiches officielles se rapprochent beaucoup plus que nos
ilisation romaine en inscriptions de la variété et de l'importance politique ou administrative des
t-être aux frontières inscriptions antiques. Mais les Anciens connaissaient exactement l'affichage et
iptions pour l'étude ce n'est pas l'inscription gravée et durable. Sur des tablettes ou des panneaux
i latines du Maroc, de bois, peints en blanc et appelés album en latin, leukôma en grec, on peignait
ubilis, dédicaces de les documents que l'on voulait porter à la connaissance du public, « pour être
inités arabes Manaf vu par qui voudra », et on les exposait un certain temps le long de tel portique,
- les méharistes qui sur telle paroi d'édifice aménagée pour cet usage38. C'est ainsi que l'on affichait
fninsule Arabique31, les lois et règlements, les comptes et inventaires, etc.
morts, des chrétiens La gravure sur pierre a un autre but. C'est une publicité non seulement
e. et liste des mois universelle (« pour que tous sachent que..., voient la reconnaissance du peuple
e33, — île du golfe envers ses bienfaiteurs », etc.), mais durable ; nombre de décrets ordonnent
début de l'époque de graver une copie sur une stèle « afin qu'il y ait un monument de ... ». Tous
\ — et l'inscription les documents ne sont donc point gravés sur des stèles, mais un grand nombre
restait dans les archives et avait été porté à la connaissance du public par un
une d'une épitaphe affichage temporaire. La raison qui préside à la gravure sur pierre de tel ou tel
i inventaire, il faut document peut être très différente suivant les cas. Les traités internationaux
s publics et dissiper tiennent là le premier rang ; la gravure, « la stèle », publique et durable,
iscriptions sont les joue un rôle essentiel pour les contractants. Nous ne pouvons expliquer très
ression —, et que précisément pourquoi en tels sanctuaires, comme à Délos, on a gravé pendant
s. servait de dépôt près de deux cents ans inventaires et comptes après les avoir affichés39, alors
/es de l'Antiquité ; que beaucoup d'autres sanctuaires ne l'ont jamais fait ou ne l'ont fait que dans
ruments d'archives quelque circonstance exceptionnelle, pourquoi on a gravé certains inventaires
les retrouvons en à Athènes régulièrement pendant quelques décennies, puis cessé de le faire40.
î. puis romaine, sur On a gravé certes beaucoup de règlements d'intérêt général ; cependant la
^s bureaux de tous masse des décrets conservés dans toutes les villes grecques est composée de
: ce matériel diffère décrets décernant des honneurs/à des I citoyens ou à des étrangers, ou à des 460
rre ne sont pas les 459 villes étrangères, etc. Que la gravure ait été effectuée par la ville, comme c'est
non l'original. Ces le cas le plus fréquent, ou/par le personnage honoré, on voit quel en était
ins radicalement, et l'intérêt personnel. Une cité grecque, dans l'assemblée de chaque mois ou
dans les quatre assemblées du mois, prenait une foule de décisions, grandes et
petites ; les multiples actes de l'administration devaient l'emporter en nombre
= Opéra II, 939-954).
sur les décrets honorifiques, si nombreux qu'aient pu devenir ceux-ci ; mais
ié> 60 (1925); L.Robert, on gravait surtout les décrets honorifiques, se contentant de l'affichage pour
>ni Nubiane, Rendiconti de très nombreux décrets d'intérêt public. De là vient la supériorité numérique
n. Arch. 49, 1963, 161- écrasante des documents honorifiques dans nos recueils de décrets. Ce goût
1954, 255.
des honneurs, et des honneurs « gravés », s'est développé de plus en plus dans
. Stud. 63 (1943), 112- les pays grecs à partir du ~ ive siècle, comme une prolifération cancéreuse. À
l'époque impériale, chaque défunt de bonne famille aura, à sa mort, dans mainte
al asiatique 246(1958),
;
cité d'Asie Mineure, un décret pour l'honorer, le couronner à son enterrement,
53) ; D. Schlumberger, apporter les condoléances de la cité à sa famille et permettre à celle-ci de lui
liste, Journal asiatique
> grecques nouvelles de
. 533-565). 38. Milet, Das Delphinion, n° 32.
ts and Papy ri, éd. C. B. 39. /G XI 2 ; Inscriptions de Délos, n° 290-498.
40. Les inscriptions d'Athènes dans J. Kirchner, /G II2, pars altéra, fasciculus prior. Nouvelles
229-299 ; Z. / ôsterr. études et éditions par A. M. Woodward, D. M. Lewis, J. Tréheux : cf. les Index du Bulletin
épigraphique s.v. « Inventaires ».
94 LES EPIGRAPHIES ET L/EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE ÇA

ériger une statue41. Les membres d'une famille s'érigeront les uns aux autres, Le jour frisant fait ;
vivants ou morts (et l'argent du défunt peut y servir), des statues honorifiques, deux heures aupara\ <
chaque fois avec l'autorisation de l'Etat, seul maître des emplacements publics, sous les champs retr<
profanes ou sacrés, qui votera un décret pour le permettre, et cette autorisation littéraires qui la nom
seule sera un honneur dont on se targuera. d'un pauvre village ti
doigt sur un marbre p
kilomètres de là appa
Les documents épigraphiques et l'histoire
des demi-journées, s«
les fausses lectures à
Caractère du document épigraphique les chiens de fortere
L'inscription est presque toujours un document primaire et un témoin direct, démocratie grecque
que ce soit une épitaphe ou une « pièce d'archives ». Il nous parvient d'autre ne prenne le pouvoi
part sans intermédiaire, à la différence des œuvres historiques de l'Antiquité qu'il soit assassiné. <
transmises par des manuscrits recopiés les uns sur les autres pendant des siècles. à jamais maudit4 . S
Il n'y eut normalement qu'une transcription faite par le graveur sur le modèle Piodassès », et le pie
manuscrit qui lui était remis par un particulier I pu par un magistrat. Quelle 461 après Alexandre, nou
qu'ait été l'apparence de ce manuscrit, en capitales ou en cursive, l'expérience rocher pour les coloi
montre que les fautes furent rares et le plus souvent banales. D'autre part, à progrès de l'abstenti
quelques exceptions près, elles se laissent facilement corriger42. La situation pythagoricien ; tout c
est entièrement différente de celle de la critique textuelle des manuscrits. stèle ornée du relief <
Ayant sous les yeux le résultat du travail cp graveur qui opéra sur les ou de résignation d"
instructions de « l'auteur » et ordinairement sous son contrôle43, le lecteur sol, aux cris de la fo
moderne a une impression saisissante de transmission directe à travers les arrachée à un petit &
siècles. Il lit le document sous la forme même où l'avaient lu les contemporains, berger esclave à la le
sur tel bloc de pierre travaillé selon la technique et à la mode du temps, avec les chiens »50. Un paysa
caractères d'écriture de la forme précise en usage alors, sobres ou ornés, soignés et à la Mère Hipta : <
ou négligés, et avec les graphies qui attestent directement l'état de la langue été châtié aux yeux.
et les propres connaissances du scripteur ; il peut suivre même les repentirs dieux »51. Dans une
du graveur qui incisa dans la pierre ce document unique. Sans doute est-ce retentir le cri courag
le découvreur qui éprouve cette impression avec le plus d'intensité, quand « Tombeau élevé pai
il déchiffre le premier, syllabe après syllabe, la pierre sortie du sol dans des le seul à éprouver Té
fouilles ou qu'il se penche sur le seuil ou sur l'escalier d'une maison moderne
V
de l'inscription peut
où la pierre a été encastrée. A mesure que la terre ou la boue qui collait à le papier est direct o
la pierre disparaît sous la brosse, il lit le nom de Cicéron, de Pompée ou de Ainsi l'épigraph
César. Les termes authentiques et complets, sans qu'il y manque une lettre, du renouvelée ; elle lut
serment par lequel chaque année les éphèbes athéniens juraient d'obéir aux textes malaxés depuj
lois et aux magistrats et de ne pas abandonner leur poste et leur compagnon de est l'eau de jouvenc
bataille, surgissent dans une étable sur la stèle intacte que des paysans avisés domaine de la décoi
de l'Attique avaient cachée sous le fumier44. Le texte exact, inconnu encore,
du discours ampoulé par lequel Néron annonça aux Grecs à Corinthe qu'il leur
rendait la liberté de leurs ancêtres se déchiffre lettre à lettre sous le ciment qui 46. L. Robert, Am. Journ
recouvre une stèle extraite à grand-peine du contrefort d'une église de Béotie45. 47. Cf. n. 8.
48. Cf. n. 35.
41. Décrets de consolation : cf. L. Robert, Hellenica XIII (1965), index, s.v. « consolation ». 49. L. Robert, Les gladi
42. Cf. L. Robert, « Épigraphie et paléographie », Comptes rendus Acad. Inscr. 1955, 195-219 VII et VIII.
(= Opéra I, 576-600). 50. L. Robert, Hellenica
43. Cf. L. Robert, Comptes rendus Acad. Inscr. 1955, 212-213 (= Opéra I, 593-594). 51.W. H. Buckler, An/i.
44. L. Robert, Études épigraphiques et philologiques (1938), 302-307 (= Choix, 288-291). 52. Sur cette formule. v<
45. M. Holleaux, Études d'histoire et d'épigraphie grecques I (1938), 165-185. Epitaphs from Phryî
ROMAINE CARACTÈRE DU DOCUMENT ÉPIGRAPHIQUE 95

nt les uns aux autres, Le jour frisant fait apparaître sur une base qui avait paru sans inscription
statues honorifiques, deux heures auparavant le nom d'Hydissos ; une ville cachée sous les bois et
nplacements publics, sous les champs retrouve son identité, après dix siècles d'oubli, et les textes
. et cette autorisation littéraires qui la nomment viennent confluer vers un point précis à une I heure 462
d'un pauvre village turc46. Sous l'eau charbonneuse que déplace doucement le
doigt sur un marbre presque effacé, une ville que l'on croyait à cent cinquante
kilomètres de là apparaît dans une inscription d'Ionie et, pendant des heures et
des demi-journées, se composent lettre après lettre, parmi les tâtonnements et
les fausses lectures à abandonner, les détails les plus précis sur une garnison,
les chiens de forteresse et les prescriptions minutieuses imaginées par une
e et un témoin direct, démocratie grecque pour empêcher que le commandant d'une forteresse
LOUS parvient d'autre ne prenne le pouvoir tyrannique, et le sort ignominieux promis au rebelle,
iques de l'Antiquité qu'il soit assassiné, qu'il meure au combat ou qu'il prenne la fuite, banni et
s pendant des siècles, à jamais maudit47. Sur un estampage vient frapper les yeux le nom du « roi
raveur sur le modèle Piodassès », et le pieux roi bouddhique de l'Inde Asoka, trois quarts de siècle
un magistrat. Quelle 461 après Alexandre, nous dit en grec le message de piété qu'il a fait graver sur un
cursive, l'expérience rocher pour les colons grecs de son empire, en Arachosie, et il se félicite des
aies. D'autre part, à progrès de l'abstention des viandes en des termes familiers à un philosophe
rriger42. La situation pythagoricien ; tout d'un coup s'illumine un contact entre deux mondes48. Une
des manuscrits, stèle ornée du relief d'un combattant bardé de fer et de cuir jette le cri de haine
ir qui opéra sur les ou de résignation d'un gladiateur égorgé dans l'amphithéâtre, face contre le
:ontrôle43, le lecteur sol, aux cris de la foule et aux sons de la trompette et de l'orgue49. Une stèle
directe à travers les arrachée à un petit sanctuaire rustique de l'Asie Mineure récite la prière d'un
u les contemporains, berger esclave à la lourde houppelande « pour ses maîtres, son troupeau et ses
le du temps, avec les chiens »50. Un paysan lydien nous dit en grec sa confession à Zeus Sabazios
res ou ornés, soignés et à la Mère Hipta : « Parce que j'avais attrapé des colombes des divinités, j'ai
it Tétât de la langue été châtié aux yeux, et j'ai écrit sur cette stèle la puissance miraculeuse des
même les repentirs dieux »51. Dans une partie de la Phrygie chrétienne, d'humbles épitaphes font
i. Sans doute est-ce retentir le cri courageux du défi de la secte montaniste devant la persécution :
s d'intensité, quand « Tombeau élevé par des chrétiens à des chrétiens »52. Le déchiffreur n'est pas
rtie du sol dans des le seul à éprouver l'émotion de ces révélations, petites ou grandes. Tout lecteur
me maison moderne de l'inscription peut la ressentir à son tour ; le document une fois imprimé sur
a boue qui collait à le papier est direct comme il l'est gravé sur la pierre.
i, de Pompée ou de Ainsi l'épigraphie apporte à l'histoire ancienne une fraîcheur toujours
manque une lettre, du renouvelée ; elle lutte contre la I sécheresse des discussions sans fin sur des 463
juraient d'obéir aux textes malaxés depuis quatre siècles. Elle tranche de vieilles controverses. Elle
; leur compagnon de est l'eau de jouvence de nos études. Elle maintient toujours grand ouvert le
r des paysans avisés domaine de la découverte et de sa joie. Un perpétuel apport vivifie l'histoire
ict, inconnu encore,
à Corinthe qu'il leur
e sous le ciment qui 46. L. Robert, Am. Journal Arch. 1935, 339-340 ; * L. et J. Robert, La Carie/Il (1954), 231.
le église de Béotie45. 47. Cf. n. 8. /
/
48. Cf. n. 35.
. 5.v. « consolation ». 49. L. Robert, Les gladiateurs dans l'Orient grec (1940). Compléments dans Hellenica III, V,
id. Inscr. 1955, 195-219 VII et VIII.
50. L. Robert, Hellenica X, 28-35 et pi. VIL
r I. 593-594). 51. W. H. Buckler, Ann. BriL Sch. Ath. 21 (1914-16), 169-172.
= Choix, 288-291). 52. Sur cette formule, voir particulièrement les explications de W. M. Calder, « Early Christian
65-185. Epitaphs from Phrygia », Anat. St. 5 (1955), 25-38.
96 LES EPIGRAPHIES ET L EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE CAR

de l'Antiquité dans ses parties les plus variées. Un bulletin qui analyse chaque Stymphaliens. auxque
année les nouvelles découvertes et publications est un vrai kaléidoscope53. accueillis dans les fam
Certes, en général, la pierre ne nous apporte pas un cours d'histoire suivi fait et une exemption d'im
pour la postérité. Cependant la Chronique de Paros détaille pour l'instruction la Confédération achéc
du lecteur les événements survenus en Grèce « depuis Cécrops » jusqu'à la guerre contre Antio
~ 26354. Auguste fait le bilan de son gouvernement dans les Res Gestae, et ce « leur ville, leur territo
testament politique est gravé sur des tem^fes de son culte en Asie Mineure55. Il littéraire avait discrets
ne s'agit point de contester que la trame de rhistoire politique ne soit fournie l'intention de ne pas f:
par les historiens de l'Antiquité, et que nous ne soyons très dépourvus pour D'autre part, si Te
les périodes au sujet desquelles leurs œuvres ont disparu. Mais il ne faut pas les inscriptions sur ]
trop minimiser l'apport de l'épigraphie même à l'histoire dite événementielle. qu'évocateurs. Ce qui
Il s'agit ordinairement d'une histoire locale, reliée à l'histoire « générale » de l'île de Syros dans
par une phrase d'allusion. Dans les pays grecs, il est vrai, pays d'intense vie île voisine, Siphnos. c
locale, où la vie de la cité est le cadre de l'histoire, cette histoire « locale » a pirates avaient enlevé
une singulière importance. Le plus souvent, la chronique locale s'introduit débarquèrent sur une î]
dans les considérants d'un décret honorifique où l'on rappelle dans quelles à la nage ; le Siphnien
circonstances un citoyen dévoué a rendu des services à sa patrie. Le décret il le nourrit longtemps
d'Olbia, dans la Russie méridionale près d'Odessa, pour un certain Protogénès, à ses frais. Une autre1
fait connaître le roi des Scythes Saitapharnès et le tribut que la ville, épuisée en grand nombre allai
financièrement, doit lui payer56. Le décret de Chersonèse, en Crimée, pour la ville ; puis on annoi
Diophantos de Sinope, général du grand roi du Pont, Mithridate Eupator, est envoie aussitôt à Sipl
bourré de détails sur les guerres, succès et revers, avec les peuples barbares de situation ; le Siphnie
la région, et de noms de lieux et de chefs57. Un décret d'Istros, aux bouches deux fils, avec quelqi
du Danube, fait connaître le roi des Scythes Rhémaxès, le tribut qu'on lui la campagne ; ceux-c
paye, cependant que les récoltes de la campagne sont rentrées en hâte sous communique à Ktésik
la protection d'une troupe d'archers58. C'est un récit suivi et orné d'un luxe à Syros.
extrême de détails que déroule un décret de Stratonicée en Carie pour l'attaque Le décret d'Aigia
du sanctuaire de I Zeus Panamaros, parce qu'on veut célébrer les miracles du 464 d'Amorgos, raconte h
dieu à cette occasion59.
Voici un des nombreux exemples de la façon dont l'histoire apportée par Des pirates, ayant d
une inscription s'insère dans l'histoire rédigée d'après un texte littéraire. On filles et des femmes
sait par Tite-Live comment, en ~ 198, dans la seconde guerre de Macédoine, de trente, démolirer
lequel ils s'en allère
les citoyens d'Élatée en Phocide capitulèrent devant le proconsul romain
circonstances Hégc
Flamininus, après une ferme résistance, et obtinrent la vie sauve. C'est tout. eux aussi, persuadé
Un décret trouvé dans le Péloponnèse, à Stymphale, nous apprend la suite libres et certains de
de l'histoire avec ses données humaines qui en font seules toute la valeur comme otages et s'
historique. Les Élatéens durent quitter la ville et se réfugier dans la cité des citoyennes et aucui
53. Voir le Bulletin épigraphique de Jeanne et Louis Robert, rapport analytique et critique tombe dans des soi
paraissant chaque année dans la Revue des études grecques (depuis 1938). ainsi grâce à eux 1«
54. IG XII 5, 444 (F. Jacoby, Fragm. griech. Histor. n° 239). dans le pays62.
55. H. Volkmann, Res gestae divi Augusti, Jahresbericht uber die Fortschritte der klassischen
Altertumswissenschaft, Supplementband 276 (1942) ; id., dans Lietzmanns Kleine Texte,
n° 29-30 (1957) ; J. Gagé, Res gestae divi Augusti (1977). 60. * Ce paragraphe relatif
56. SylL3495. [1946-47], 150-174)n
57. B. Latyschev, Inscriptiones antiquae orae septentrionalis Ponti Euxini I2 (1916), n° 352 ; été convaincu par les
SylL3 709. décret d'Élatée ne per
58. S. Lambrino, Revue des études roumaines 5-6 (1961), 180-217 ; Bull. 1962, 234 ; il l'enrichit.
H. Bengtson, Historia 11 (1962), 21-25 ; Bull 1964, 300 ; * 1968, 367. 61. IG XII 5, 653.
59. P. Roussel, « Le miracle de Zeus Panamaros », Bull. Corr. Hell. 55 (1931), 70-116. 62./G XII 7, 386;Sv//. ? 5
DOMAINE CARACTERE DU DOCUMENT EPIGRAPHIQUE 97

i qui analyse chaque Stymphaliens, auxquels les liaient des traditions sur leurs origines ; ils furent
s

i kaléidoscope53. accueillis dans les familles de Stymphale, reçurent du blé de l'Etat, des terres
s d'histoire suivi fait et une exemption d'impôts pour dix ans ; sept ans plus tard, par l'entremise de
le pour l'instruction la Confédération achéenne, ils obtinrent du consul Acilius, venu en Grèce pour
s
. Cécrops » jusqu'à la guerre contre Antiochus III, de pouvoir se réinstaller à Elatée et récupérer
es Res Gestae, et ce « leur ville, leur territoire et leurs esclaves ». On a montré comment la tradition
s

m Asie Mineure55. Il littéraire avait discrètement passé sur le sort des Elatéens, sans doute dans
tique ne soit fournie l'intention de ne pas faire tort aux Romains60.
très dépourvus pour D'autre part, si l'on veut qualifier de « détails » ce que nous enseignent
. Mais il ne faut pas les inscriptions sur les événements, ces détails sont exemplaires autant
dite événementielle, qu'évocateurs. Ce qui est raconté dans un cas s'est produit cent fois. Un décret
listoire « générale » de l'île de Syros dans les Cyclades, la moderne Syra, honore un citoyen d'une
i. pays d'intense vie île voisine, Siphnos, qui a rendu service dans une affaire de piraterie61. Des
histoire « locale » a pirates avaient enlevé des esclaves d'un endroit isolé, au bout du pays ; ils
le locale s'introduit débarquèrent sur une île située en face de Siphnos ; l'un des esclaves s'échappa
ippelle dans quelles à la nage ; le Siphnien Onésandros le reçut en apprenant qu'il était de Syros ;
sa patrie. Le décret il le nourrit longtemps à ses frais, puis l'habilla et le renvoya à Syros, encore
i certain Protogénès, à ses frais. Une autre fois, on avait annoncé à Syros que des vaisseaux pirates
que la ville, épuisée en grand nombre allaient attaquer le territoire et la ville ; grand trouble dans
;e. en Crimée, pour la ville ; puis on annonce qu'ils ont mouillé sur la côte de Siphnos ; le peuple
iiridate Eupator, est envoie aussitôt à Siphnos, de nuit, un citoyen, Ktésiklès, pour observer la
peuples barbares de situation ; le Siphnien Onésandros le reçoit amicalement ; I il envoie ses 465
Istros, aux bouches deux fils, avec quelques jeunes gens qu'il a décidés, faire une enquête dans
. le tribut qu'on lui la campagne ; ceux-ci reviennent avec des renseignements précis que l'on
entrées en hâte sous communique à Ktésiklès ; puis l'on s'occupe de faire rentrer aussitôt celui-ci
à et orné d'un luxe à Syros.
Carie pour l'attaque Le décret d'Aigialè, une des trois cités indépendantes de la petite île
brer les miracles du 464 d'Amorgos, raconte la belle conduite de deux citoyens en ces termes exacts :

listoire apportée par Des pirates, ayant débarqué de nuit sur le territoire et ayant capturé des jeunes
i texte littéraire. On filles et des femmes, et d'autres personnes, libres ou esclaves, au nombre de plus
lerre de Macédoine, de trente, démolirent les navires dans le port et prirent le navire de Dorieus, avec
î proconsul romain lequel ils s'en allèrent en emmenant les personnes et le reste du butin ; dans ces
circonstances Hégésippos et Antipatros, les fils d'Hégésistratos, prisonniers
ie sauve. C'est tout, eux aussi, persuadèrent le chef des pirates, Sôcleidas, de relâcher les personnes
•us apprend la suite libres et certains des affranchis et des esclaves, eux-mêmes acceptant de rester
ules toute la valeur comme otages et s'employant activement à empêcher qu'aucune des femmes
ner dans la cité des citoyennes et aucun des citoyens ne soit mis dans le butin, ne soit vendu et ne
rt analytique et critique tombe dans des souffrances et des fatigues, et que ne périsse aucun citoyen ;
1938). ainsi grâce à eux les prisonniers ont été sauvés et sont revenus sains et saufs
dans le pays62.
Tschritte der klassischen
iet-manns Kleine Texte,
60. * Ce paragraphe relatif au décret d'Elatée trouvé à Stymphale (M. Mitsos, Rev. Et. Gr. 59-60
[1946-47], 150-174) ne figure pas dans l'édition allemande : L. R. le supprima après avoir
uxini I2 (1916), n° 352 ; été convaincu par les arguments de G. A. Lehmann (cf. Bull. 1968, 267 et 1969, 265). Le
décret d'Elatée ne permet pas de corriger la tradition historique connue par Tite Live, mais
Ï17 ; Bull. 1962, 234 ; il l'enrichit.
367. 61. IG XII 5, 653.
1931), 70-116. 62. IG XII 7,386 ; Sy//.3 521.
98 LES EPIGRAPHIES ET L EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE L A

Rien peut-il mieux montrer à l'historien ce qu'est la piraterie dans la vie


s
peuvent donner et de t
quotidienne de la mer Egée ? Un détail ? C'est aussi un cadre historique. Ces de terrains dont on coi
documents directs pourraient suffire à nous faire comprendre la situation des évolution, car on igno
insulaires, nous vivons dans leur atmosphère. D'autre part, nous possédons L'histoire sociale e
une quarantaine de décrets de ce genre rendus par des villes grecques, de permettent, comme le
la mer Noire à la Crète, pour des citoyens ou des étrangers qui ont racheté, sont limités à l'Égyptt
soigné et rapatrié des captifs63. Grâce à cette abondance, peu à peu les nous ne connaîtrions
détails se multiplient, se rejoignent, se superposent : on n'a plus devant soi orateurs et à leurs corr
un personnage isolé, mais toute une fresque. Enfin, le tableau n'est jamais de telle ou telle régie
achevé ; il ne se passe point de lustre sans qu'apparaisse un nouveau document Gortyne ont révélé un
de cette catégorie qui ajoute un détail ; la documentation ne cessera jamais de seule inscription de D
s'accroître, c'est un fait assuré. procès entre Delphes <
d'un livre très intéres?
L'apporttffes1inscriptions à l'histoire 466 Dareste et Théodore F
Les pages précédentes ont pu déjà montrer ce que les inscriptions apportent à inscriptions juridique:
l'histoire. L'essentiel n'est pas ce qu'elles peuvent fournir à l'histoire politique, des plus propres à rec
dite aujourd'hui « événementielle ». Certes cela n'est pas négligeable. Ce n'est documentaire apporté
que par des inscriptions que l'on pourra un jour déterminer la date des batailles C'est aussi aux ins
d'Andros et de Cos, qui est si disputée parmi les historiens du ~ me siècle. Une sur les institutions d
lettre du roi de Macédoine Philippe V, gravée au temple de Zeus à Labranda connaissons ainsi ave
en Carie, nous a appris enfin que ce roi avait pouvoir sur une partie de la Carie jamais citées dans le!
dès le début de son règne et qu'il fallait ainsi accorder foi à une indication d'un citerai qu'un exempk
historien ancien sur la conquête de la Carie par son prédécesseur et tuteur, inscriptions la conna
Antigone Doson, indication qui tient en moins d'une ligne et qu'on ne doit étrangers pour rempl;
plus tenter de corriger64. intestines. L'institutic
Cependant c'est l'histoire sociale, au sens le plus large du mot, qui profite allusion de Plutarque
le plus des inscriptions et qui, souvent, n'existe que par elles. L'histoire supprimé dans toutes
économique ne trouve à glaner dans la documentation traditionnelle que des des juges en Achaïe E
indications générales ou des faits isolés. Des séries ne sont fournies que par depuis la fin du ~ IVes
les inscriptions et les papyrus : par exemple les baux de domaines à Thespies procédé en tous ses de
et à Délos, surtout les très riches séries des comptes du sanctuaire d'Apollon un conflit, territorial c
à Délos qui permettent de dresser pour le ~ me siècle des tables de salaires l'époque archaïque ei
et de prix de denrées et d'objets, de fermages des domaines sacrés. Gustave armes quand a échoue
Glotz a tiré des inscriptions de Délos et d'Athènes des études très neuves sur ou lointaine des citoyi
les prix et sur le commerce du bois, du plomb, du papyrus65 ; d'autres l'ont fait les I procès entre cito
aussi pour les céréales, les tuiles, etc. Les actes d'affranchissements gravés à cité. On en est venu 1
Delphes et retrouvés au nombre de plus de mille permettent des études sur le en procès, spécialemi
prix des esclaves comme sur leur origine. Ces sources documentaires sont loin 66. Voir les remarques crin
d'être épuisées. Le danger est sans doute de leur demander plus qu'elles ne (1925).
67. R. Dareste, B. Hauss-
(1894), 352-493: J . K
63. Cf. E. Ziebarth, Beitràge zur Geschichte des Seeraubes und Seehandels im alten Griechenland zum gemeingriechisch
(1929) ; L. Robert, Hellenica XI-XII (1960), 132-138.
s
68. B. Haussoullier. Traité
64. L. Robert apud M. Holleaux, Etudes d'histoire et d'épigraphie grecques IV (1952), 162 n. 1 ; 32(1940), 68-78. Tex
J. Crampa, Labraunda III 1, The Greek Inscriptions, Part I, Nr 1-12 (1969), n° 7. 69. R. Dareste, B. Haussoi
65. G. Glotz, « Le prix du papyrus dans l'Antiquité grecque », Annales d'histoire économique (1894-1904).
et sociale 1 (1929), 3-12 (= Bull Soc. arch. Alexandrie 25 [1930], 83-96); « Le prix des 70. Polybe XXVIII 7. 8-1
denrées à Délos », Journal des Savants 1913, 16-29 ; « Les salaires à Délos », ibid. 206- 441-443.
215; 251-260. Tl.Cf.n. 12 et 13.
: ROMAINE L APPORT DES INSCRIPTIONS A L HISTOIRE 99

i piraterie dans la vie peuvent donner et de trop systématiser ; par exemple les notations sur les prix
cadre historique. Ces de terrains dont on connaît la superficie ne se laissent guère encadrer dans une
endre la situation des évolution, car on ignore très souvent la qualité des terres66.
part, nous possédons L'histoire sociale est le domaine privilégié des I inscriptions. Celles-ci nous 467
;s villes grecques, de permettent, comme les papyrus et d'ailleurs bien moins qu'eux — mais ils
s
igers qui ont racheté, sont limités à l'Egypte —, d'étudier le droit grec. Sans elles, on peut dire que
ance, peu à peu les nous ne connaîtrions pratiquement que le droit athénien, grâce surtout aux
n n'a plus devant soi orateurs et à leurs commentateurs. Les inscriptions dévoilent peu à peu le droit
tableau n'est jamais de telle ou telle région grecque pour tel ou tel chapitre. Les inscriptions de
un nouveau document Gortyne ont révélé un droit crétois et archaïque dont l'intérêt est capital67. Une
i ne cessera jamais de seule inscription de Delphes, et mutilée, traité juridique pour le règlement des
procès entre Delphes et la petite ville achéenne de Pellana, a fourni la matière
d'un livre très intéressant à Bernard Haussoullier68. Ce savant, avec Rodolphe
466 Dareste et Théodore Reinach, a rédigé, à la fin du siècle dernier, un recueil des
iscriptions apportent à inscriptions juridiques grecques, avec traduction et commentaire, qui est un
r à l'histoire politique, des plus propres à rendre manifestes la nouveauté et la précision de la masse
; négligeable. Ce n'est documentaire apportée en ces matières par l'épigraphie69.
er la date des batailles C'est aussi aux inscriptions que l'on doit presque toutes nos connaissances
is du ~ me siècle. Une sur les institutions des cités grecques autres qu'Athènes et Sparte. Nous
s de Zeus à Labranda connaissons ainsi avec précision les institutions de villes qui ne sont presque
une partie de la Carie jamais citées dans les documents littéraires. Évitant les énumérations, je ne
à une indication d'un citerai qu'un exemple détaillé d'une institution importante dont on doit aux
rédécesseur et tuteur, inscriptions la connaissance, exclusive peut-on dire : le recours à des juges
igné et qu'on ne doit étrangers pour remplacer les tribunaux de la cité paralysée par les discordes
intestines. L'institution n'est, autant dire, pas attestée par les textes : une
ge du mot, qui profite allusion de Plutarque et un mot dans un passage de Polybe, mot que l'on a
par elles. L'histoire supprimé dans toutes les éditions parce que l'ethnique « Rhodiens » donné à
traditionnelle que des des juges en Achaïe ne se comprenait point70. Près de deux cents inscriptions,
sont fournies que par depuis la fin du ~ ive siècle jusque dans l'époque impériale, ont fait connaître le
domaines à Thespies procédé en tous ses détails. Il ne s'agit pas d'appeler des étrangers pour arbitrer
sanctuaire d'Apollon un conflit, territorial ou autre, entre deux cités voisines, ce qui se pratiquait dès
des tables de salaires l'époque archaïque et qui est le seul moyen d'échapper à la décision par les
aines sacrés. Gustave armes quand a échoué l'entente directe71. On fait venir d'une autre ville proche
études très neuves sur ou lointaine des citoyens, désignés par cette autre ville elle-même, qui jugeront
s65 ; d'autres l'ont fait les I procès entre citoyens et tiendront la place des tribunaux ordinaires de la 468
ichissements gravés à cité. On en est venu là parce qu'il y a une trop grande haine entre les citoyens
ttent des études sur le en procès, spécialement entre les débiteurs et les créanciers, une trop grande
cumentaires sont loin 66. Voir les remarques critiques d'A. Jardé, Les céréales dans l'Antiquité grecque I. La production
nder plus qu'elles ne (1925).
67. R. Dareste, B. Haussoullier, Th. Reinach, Recueil des inscriptions juridiques grecques I
(1894), 352-493 ; J. Kohler, E. Ziebarth, Das Stadtrecht von Gortyn und seine Beziehungen
dels im alten Griechenland zum gemeingriechischen Rechte (1912) ; Inscriptiones creticae IV, 72.
68. B. Haussoullier, Traité entre Delphes et Pellana (1917). Cf. Ad. Wilhelm, Wiener Jahreshefte
cqueslV(l952), 162n. 1 ; 32 (1940), 68-78. Texte dans Staatsvertrage III, n° 558.
72(1969),n°7. 69. R. Dareste, B. Haussoullier, Th. Reinach, Recueil des inscriptions juridiques grecques, 2 vol.
îles d'histoire économique (1894-1904).
30], 83-96); « Le prix des 70. Polybe XXVIII 7, 8-10 ; M. Holleaux, Études d'histoire et d'épigraphie grecques I (1938),
aires à Délos », ibid. 206- 441-443.
Tl.Cf.n. 12 et 13.
100 LES ÉPIGRAPHIES ET L'ÉPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE L AP

méfiance à l'égard de l'impartialité des juges ou de leur incorruptibilité ; aussi des cultes indigènes de
la justice a-t-elle fini par être suspendue ; « Depuis longtemps les procès ne Maghreb, de l'Espagne
sont plus jugés ». Le grand nombre des décrets conservés en l'honneur de ces des sujets de première r
juges étrangers et certaines expressions montrent que l'appel de tribunaux, pays, et pour remonter ;
d'abord exceptionnel, était devenu normal. L'ensemble témoigne de la gravité religieuse et histoire de
endémique des crises sociales, allant jusqu'à la paralysie de la justice, dans s'agit pas seulement de
les cités grecques de l'époque hellénistique. Cette éclipse des tribunaux des viandes des victime
démocratiques de la cité devant quelques experts étrangers témoigne de la dans des formules de dé
décadence du patriotisme grec traditionnel de la cité devant l'exaspération de transmettent des récits d
la lutte des classes ; on constate aussi que la fière république de Rhodes et la des hymnes et des conf
démocratie athénienne n'ont jamais eu recours à ce procédé universel et ont ou sa famille, un pa\ sa
résisté à cette évolution. Les plus anciens exemples se trouvent dans les îles
s
qu'il avait commise. s<
de l'Egée et sur la côte de l'Asie Mineure ; des juges étrangers ne sont appelés — les imprécations, no
dans le Péloponnèse ou la Grèce centrale qu'au ~ IIe siècle ; la première région dans des tombes ou de:
est plus ouverte, plus facile, plus soumise aux influences et habituée à obéir ; des plaideurs ou des an
la seconde garda longtemps l'idéal de la cité indépendante et s'obstina dans Un aspect central
le particularisme des formes de vie civique traditionnelles. L'appel aux juges indigènes hellénisés, c"
étrangers ne se constate point avant Alexandre ; les plus anciens exemples, à la athlétiques, hippiques
fin du ~ ive siècle et au début du ~ me, sont liés à l'intervention de souverains l'atmosphère des gran
successeurs d'Alexandre. Antigone, Démétrios, les Ptolémées, les Séleucides classique, et les auteu
invitent telle cité des îles ou de la côte d'Asie sous leur suzeraineté à faire métaphores que contii
venir des juges étrangers de telle cité. Ils se trouvaient commander à des technique. Mais ce s<
villes pleines de luttes de partis et de désordres sociaux qui se répercutaient géographique, qui pen
sur l'état de la justice ; ils avaient intérêt, quel que fût le parti qui les avait travers les époques he
d'abord appelés, à rétablir l'ordre, judiciaire et social, à éviter les soubresauts, connus par milliers : <
à « rétablir les citoyens dans la concorde ». Les cités déchirées ne pouvaient beaucoup d'entre eux.
elles-mêmes se guérir ; mais quel engrenage si le roi avait fait juger les procès du monde grec, de Mai
par ses propres gouverneurs et fonctionnaires ! La désignation d'une ville fig. 2], ou dans une se
impartiale I qui envoyait des juges dans une autre permettait de rétablir la 469 inscriptions trouvées «
paix sociale par un procédé qui ne compromettait pas l'autorité du roi. Plus ville natale où il fut r
tard, lorsqu'au ~ IIe siècle l'institution s'étendit dans la Grèce proprement administratifs de Tas
dite, ce fut sans doute sous l'influence des Romains. Ces envois de juges Nous pouvons pour cl
étrangers, qui jugeaient toujours selon les lois de la ville qui les avait appelés, monnaies, l'histoire d(
ont certainement contribué à l'unification d'un droit grec succédant au droit comme un réactif pou
particulier de chaque cité. Ainsi, c'est une page d'histoire sociale de première
importance que révèle la série de ces décrets, dont aucun ne se présente comme 73. Bonne étude de F. Puttl
un document exceptionnel et attirant l'attention ; ils montrent la généralité et intéressante interprétât
R von derMuhlK1946
la persistance des malaises sociaux dont telle phrase d'un historien signalait la 74. R 95. Cf. F. Steinleitnei
manifestation par une révolution dans telle ou telle ville. Sans les inscriptions, Am/M1913);L. Robei
nous ignorerions l'existence même de cette institution originale ; par elles, des Chênes Jumeaux ». B
nous en connaissons les détails et nous pouvons en fixer la chronologie et la 75. R. Wiïnsch, Defixionum
répartition géographique72. A. Audollent, Defixior
Wilhelm, « Ûber die Z
Les inscriptions fournissent une documentation capitale pour les cultes, avec 126 ; K. Preisendanz. «<
les innombrables dédicaces plus ou moins développées, souvent ornées de reliefs, (riche bibliographie >. (
et avec les règlements religieux. L'épigraphie est pratiquement seule pour l'étude * L. R., « Amulettes gr
76. Nombreuses recherchs

72. * Voir L. Robert, « Les juges étrangers dans la cité grecque », Xenion, Festschrift fur Pan. L particulièrement Elude
Zepos (1973), 765-782 (= Choix, 299-314). VIII et IX du présent C
ROMAINE L APPORT DES INSCRIPTIONS A L HISTOIRE 101

incorruptibilité ; aussi des cultes indigènes de l'Asie Mineure, de la Syrie et de la Thrace, comme du
Lgtemps les procès ne Maghreb, de l'Espagne, de la Gaule, de l'Illyrie ou du Norique. Or ce sont là
*s en l'honneur de ces des sujets de première importance pour l'hellénisation et la romanisation de ces
l'appel de tribunaux, pays, et pour remonter au passé originel des peuples qui les habitaient. Histoire
témoigne de la gravité religieuse et histoire de la civilisation trouvent ici des terrains privilégiés. Il ne
sie de la justice, dans s'agit pas seulement des côtés extérieurs du culte, par exemple de la répartition
éclipse des tribunaux des viandes des victimes73, mais aussi du sentiment religieux des fidèles exprimé
ngers témoigne de la dans des formules de dédicaces et des récits ; on l'a vu plus haut, les pierres nous
vant l'exaspération de transmettent des récits de miracles (interventions dans les batailles ou guérisons),
>lique de Rhodes et la des hymnes et des confessions mêmes où, après avoir été châtié dans son corps
>cédé universel et ont ou sa famille, un paysan de Lydie ou de Phrygie raconte sur une stèle la faute
trouvent dans les îles qu'il avait commise, son châtiment et son repentir (un exemple plus haut)74,
mgers ne sont appelés — les imprécations, notamment celles qui, gravées sur plomb, étaient déposées
le ; la première région dans des tombes ou des sanctuaires, nous font I sentir directement les passions 470
s et habituée à obéir ; des plaideurs ou des amoureux75.
ante et s'obstina dans Un aspect central de la vie grecque ou de la vie « à la grecque » des
les. L'appel aux juges indigènes hellénisés, c'est l'activité « agonistique », la célébration de concours
anciens exemples, à la athlétiques, hippiques et musicaux. Les textes littéraires nous plongent dans
vention de souverains l'atmosphère des grandes fêtes olympiques et pythiques, surtout à l'époque
émées, les Séleucides classique, et les auteurs font des allusions multiples, spécialement dans des
ur suzeraineté à faire métaphores que continueront les Pères de l'Église, à ces combats et à leur
:nt commander à des technique. Mais ce sont les inscriptions, dans leur masse et leur variété
K qui se répercutaient géographique, qui permettent seules de faire l'historique des concours grecs à
: le parti qui les avait travers les époques hellénistique et romaine. Athlètes et musiciens nous sont
éviter les soubresauts, connus par milliers ; des inscriptions nous donnent la carrière complète de
échirées ne pouvaient beaucoup d'entre eux, sous forme de liste de leurs victoires d'un bout à l'autre
it fait juger les procès du monde grec, de Marseille à l'Arabie, en passant par Rome et Naples [* voir
:signation d'une ville fig. 2], ou dans une seule région, et nous connaissons tel ou tel par plusieurs
•mettait de rétablir la 469 inscriptions trouvées en des endroits très différents, par des monnaies de sa
l'autorité du roi. Plus ville natale où il fut magistrat et par des papyrus qui transmettent les actes
la Grèce proprement administratifs de l'association mondiale des athlètes ou des musiciens76.
Ces envois de juges Nous pouvons pour chaque ville faire par les inscriptions, en liaison avec les
: qui les avait appelés, monnaies, l'histoire des concours, de leur création et de leur disparition. C'est
ec succédant au droit comme un réactif pour mesurer la situation économique de la ville à chaque
re sociale de première
ne se présente comme 73. Bonne étude de F. Puttkammer, Quo modo Graeci victimarum carnes distribuerint (1912) ;
mtrent la généralité et intéressante interprétation de K. Meuli, « Griechische Opferbràuche », in Phyllobolia fur
n historien signalait la P. von derMuhll (1946), 23-35.
74. P. 95. Cf. F. Steinleitner, Die Beichte im Zusammenhang mit der sakralen Rechtspflege in der
Sans les inscriptions, Antike (1913) ; L. Robert, Nouvelles inscriptions de Sardes I (1964), 23-35. * Voir L. R., « Zeus
originale ; par elles, des Chênes Jumeaux », BCH107 (1983), 515-522 (= Documents d'Asie Mineure [1987], 359-366).
* la chronologie et la 75. R. Wiinsch, Defixionum tabellae atticae (Corpus Inscriptionum Atticarum, Appendix ; 1897) ;
A. Audollent, Defixionum tabellae quotquot innotuerunt ... praeter Atticas (1904) ; Ad.
le pour les cultes, avec Wilhelm, « Ùber die Zeit einiger attischer Fluchtafeln », Ôsterr. Jahreshefte 1 (1904), 105-
126 ; K. Preisendanz, « Die griech. und lat. Zaubertafeln », Archiv. Papyr. 9 (1930), 119-154
uvent ornées de reliefs, (riche bibliographie). Cf. la rubrique « Tablettes d'imprécation » du Bulletin épigraphique ;
nent seule pour l'étude * L. R., « Amulettes grecques », Journal des Savants 1981, 3-44 (= Choix, 357-387).
76. Nombreuses recherches sur ces sujets dans les articles et les livres de L. Robert,
nion, Festschrift fur Pan. L particulièrement Etudes anatoliennes, Etudes épigr. et philol, Hellenica ; * cf. les chapitres
VIII et IX du présent Choix, 247-278.
102 LES EPIGRAPHIES ET L EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE CC

période ; cela intéresse aussi la religion, l'attitude envers les rois successeurs chapitres entiers du plu
d'Alexandre ou les empereurs romains, l'hellénisation, bref toute l'histoire aptes à montrer, comm
sociale. Une des façons de s'amuser en public, introduite par les Romains, fut d'inscriptions banales.
l'organisation de tueries dans l'amphithéâtre. La diffusion de ces spectacles
de gladiateurs et de chasses n'est connue que par les inscriptions avec leurs I Comment utiliser
reliefs ; nous connaissons par là l'armement, la tactique, l'organisation,
l'origine et la carrière des combattants, et même leurs sentiments ; on a pu Deux dangers guetta
rassembler dans l'Orient grec quatre cents documents de cette catégorie, d'où ou le faire mal.
l'on a tiré un chapitre d'histoire sociale77. Il n'est pas rare que (
C'est aussi matière d'histoire sociale que la langue et le vocabulaire ; la ou non : ils se sentent
contribution des inscriptions, comme des papyrus, y est capitale. Ces documents appellent les « sciences
sont seuls à I en renouveler le matériel, et cela inexorablement chaque année. 471
les documents par où s
C'est par eux qu'a été créée et réalisée, depuis la fin du xixe siècle, l'étude de la l'Antiquité : épigraphi<
koinè, de la langue grecque évoluant depuis le ~ ive siècle dans sa phonétique, alors faire une sorte d<
sa morphologie, sa syntaxe et son vocabulaire78, et avec un des résultats de documents nouveaux
cette étude, le renouvellement complet de la façon de considérer la langue en essayant de les rec
du Nouveau Testament et de la Bible des Septante19. Chaque année, la prose des minuties excessive
narrative hellénistique s'enrichit de morceaux nouveaux, le vocabulaire de la « technique » de ce:
mots qui n'étaient pas attestés80. Un mot isolé dans la littérature devient attesté exagération. La part de
assez souvent pour qu'on puisse en établir la chronologie et la géographie81. chacun peut s'en rend
Tel fait de civilisation s'éclaire alors de la lumière la plus pénétrante ; ainsi la critique comme en
l'introduction dans le grec et les pays grecs à l'époque impériale de termes entraîne à des lectures
latins d'architecture et de décoration. l'abondance et l'accroi
Aucune des inscriptions ne peut être méprisée ni négligée par l'historien. Il point de repos. Il est de
n'en est pas qui, vue à sa place et insérée dans une série, ne laisse transparaître ce genre de documents,
l'histoire sociale : une simple épitaphe avec des noms, sans même une formule qui vieillissent vite. 01
de salut, cette infanterie de l'épigraphie qui, chaque année, a ses bataillons courant de la nouveau!
de recrues. Si l'on s'attache à grouper les noms en séries, on en pourra tirer Le manque de fam
des conclusions, non seulement de linguistique sur la formation des noms, attitude, qui peut être
comme on l'a surtout fait jusqu'ici82, mais sur les cultes locaux, sur les épigraphistes : surinte
relations entre les villes, de voisinage ou d'origine ou de lointain commerce, plus qu'elle ne peut ei
sur l'hellénisation, sur l'évolution des modes et des goûts. Les inscriptions s'arrêter dans l'interpr
fournissent à l'anthroponymie un matériel d'une telle surabondance que les rendre compte de ce qi
textes semblent négligeables en comparaison — pour les noms indigènes, et de circonspection. S
l'épigraphie est seule en ligne — et, traitée sous certains points de vue qui l'interprétation parce c
ont été presque entièrement négligés jusqu'ici, l'anthroponymie, grecque et ou d'une information,
latine, peut donner à l'histoire religieuse et sociale, et même politique, des harpon, mais au filet.

77. Cf. n. 49.


78. Nombreuses études sur la « langue des inscriptions » de Magnésie du Méandre 83. Voir L. Robert. Entât
(E. Nachmanson), Pergame (E. Schweizer), Milet (B. Bondesson, A. Scherer), etc. indigènes dans l'Asie
79. On pense en particulier à l'œuvre d'A. Deissmann, depuis les Bibelstudien jusqu'à Licht von funéraires de Byzance
Osten4 (1923). Euxin et la différence
SO. Cf. Bull. 1958, 130. s Opéra V, 258-264): su
81. Exemples à propos d'inscriptions d'Ephèse dans Rev. Phil. 1967,7-14 (= Opéra V, 347-354) ; Savants 1968. 197-213
de Lycie à Corinthe dans Rev. Et. Ane. 62 (1960), 326 (= Opéra II, 842) ; cf. aussi Hellenica (= Opéra VI, 592. 599
XIII (1965). Constantza 7977<19~S
82. Fr. Bechtel, Die historischen Personennamen des Griechischen bis zur Kaiserzeit (1917). 84. * Cf. Opéra lll. 1~29.
•T ROMAINE COMMENT UTILISER LES INSCRIPTIONS 103

>rs les rois successeurs chapitres entiers du plus haut intérêt83. De telles recherches sont spécialement
n, bref toute l'histoire aptes à montrer, comme l'écrivait un arabisant, Jean Sauvaget, qu'il n'y a pas
te par les Romains, fut d'inscriptions banales, il y a seulement une manière banale de les étudier84.
ision de ces spectacles
inscriptions avec leurs
I Comment utiliser les inscriptions 472
ctique, l'organisation,
s sentiments ; on a pu Deux dangers guettent l'historien devant les inscriptions : ne pas les utiliser,
le cette catégorie, d'où
ou le faire mal.
Il n' est pas rare que des historiens de l'Antiquité aient cette attitude, réfléchie
e et le vocabulaire ; la ou non : ils se sentent ou se croient comme assaillis et assiégés par ce qu'ils
apitale. Ces documents appellent les « sciences auxiliaires », c' est-à-dire par les disciplines qui étudient
blement chaque année. 471
les documents par où seulement se renouvelle la documentation historique de
:ixe siècle, l'étude de la
l'Antiquité : épigraphie, numismatique, papyrologie, archéologie. Ils peuvent
:le dans sa phonétique,
alors faire une sorte de résistance passive et ignorer pratiquement ce flot de
ec un des résultats de documents nouveaux pour s'accrocher aux textes historiques traditionnels,
e considérer la langue en essayant de les renouveler par des paradoxes ou de les approfondir par
Chaque année, la prose des minuties excessives où ils se dissolvent. Ce peut être par une crainte de
lux, le vocabulaire de la « technique » de ces disciplines ; il y a là une illusion ou une très grande
térature devient attesté
exagération. La part de la « technique » n'est pas si grande en ces disciplines ;
>gie et la géographie81,
chacun peut s'en rendre maître sans tant d'efforts ; il faut du bon sens et de
plus pénétrante ; ainsi
la critique comme en toute étude historique ; il faut surtout la curiosité qui
le impériale de termes
entraîne à des lectures très étendues. Une autre crainte peut aussi naître devant
l'abondance et l'accroissement perpétuel de la documentation, qui ne laissent
rtigée par l'historien. Il
point de repos. Il est donc des historiens qui se contentent d'un salut lointain à
? ne laisse transparaître
ce genre de documents, ou qui ne les connaissent que par certaines compilations
ans même une formule
qui vieillissent vite, ou par des choix et des abrégés ; ils ne se tiennent pas au
innée, a ses bataillons
courant de la nouveauté, alors que les moyens ne manquent pas pour cela.
ies, on en pourra tirer
Le manque de familiarité avec l'épigraphie peut se marquer par une autre
i formation des noms,
attitude, qui peut être aussi due à un défaut d'esprit chez certains historiens
cultes locaux, sur les
épigraphistes : surinterroger les inscriptions, demander à chacune d'elles
de lointain commerce,
plus qu'elle ne peut enseigner, généraliser indûment, interpoler. Il faut savoir
roûts. Les inscriptions
s'arrêter dans l'interprétation d'une inscription, comme dans sa restitution, se
surabondance que les
rendre compte de ce qui est possible et avoir, là aussi, un mélange de hardiesse
r les noms indigènes,
et de circonspection. Souvent I on surinterroge une inscription et on en déforme 473
lins points de vue qui
l'interprétation parce qu'on la pique isolément, au gré du hasard d'une lecture
"oponymie, grecque et
ou d'une information. En ce domaine, il ne faut pas pêcher à la ligne ou au
t même politique, des
harpon, mais au filet.

e Magnésie du Méandre 83. Voir L. Robert, Études épigr. et philol (par exemple sur le nom Euméliodôros), Noms
n. A. Scherer), etc. indigènes dans l'Asie Mineure gréco-romaine (1963) ; N. Firath et L. Robert, Les stèles
belsîudien jusqu'à Licht von funéraires de Byzance gréco-romaine (1964). Sur les noms dans les cités grecques du Pont-
Euxin et la différence entre noms ioniens et noms mégariens, Rev. Phil. 1959, 228-234 (=
Opéra V, 258-264) ; sur les noms de Marseille et leur relation avec ceux d'Ionie, Journal des
1-14 (= Opéra V, 347-354); Savants 1968, 197-213 (= Choix, 131-144). Voir aussi Gnomon 35 (1963), 53, 60-67 et 70-77
H. 842) ; cf. aussi Hellenica (= Opéra VI, 592, 599-606 et 609-616). * Voir le « Discours d'ouverture », Actes Congrès
Constantza 7977(1979), 31-42 (= Choix, 145-156).
ns zur Kaiserzeit (1917). 84. * Cf. Opéra III, 1729.
104 LES ÉPIGRAPHIES ET L'ÉPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE

Les séries. Les corpus Poliorcète, ami de Tt


C'est en effet un principe essentiel que celui de la série. Une inscription des États grecs réunis
isolée ne livre qu'une partie de son enseignement ; elle ne prend son vrai sens inscriptions d'Ère trie
qu'au sein d'une série ; plus la série est abondante et variée, plus l'inscription l'historien Diodore c
devient intéressante. C'est la règle d'or exprimée pour tous les monuments des monnaies, des in<
archéologiques par Eduard Gerhard : « Qui a vu un monument n'en a vu était d'origine macéc
aucun ; qui en a vu mille en a vu un »85. L'inscription doit être mise à la fois l'Asie Mineure88. L"l
dans la série des inscriptions du même lieu, de la même époque et du même en Phrygie, sauf sans
sujet. Ainsi est racheté le défaut originel de l'inscription, document isolé et D'inscriptions de F
partiel ; originel à nos yeux, à cause de la destruction de ses pareils ou du fait divinatoire d'Adolf \
qu'ils sont encore cachés sous la terre ; il n'en allait pas de même quand toute l'histoire d'une famil
l'épigraphie d'une ville se présentait aux regards. ou sujets des Séleuc
De là est née la confection des recueils épigraphiques complets, des corpus. donateurs aux sanctu
Dès le xvf siècle, des recueils généraux furent publiés, et toujours on a fait des mulets dont la 1
effort pour publier et republier l'ensemble des inscriptions latines et grecques, l'épigraphie latine es
en des projets souvent avortés et en des réalisations partielles, triomphes de importants, tels les
l'énergie et de la persévérance. L'épigraphie fut sans doute la première, et en monde romain, de 1"
tout cas la plus heureuse, à réaliser des corpus et à donner l'exemple. Les autres en les reconnaissant
sciences dites auxiliaires n'ont pas eu le même bonheur. La numismatique autre domaine des p
s'y est époumonée tardivement et a dû provisoirement y renoncer, le mode par la série, que Toi
ordinaire de présentation étant, en dehors de la monographie, les catalogues un nom, ou qu'on v€
de musées. La récente science de la papyrologie en est encore au stade de la d'histoire qu'elle rec
publication par collections, c'est-à-dire au pire hasard des acquisitions, les
dossiers d'une trouvaille étant souvent partagés entre plusieurs acquéreurs au Les liens. La g*
gré des exigences des vendeurs ; le seul Wilcken a fait un début de corpus Naturellement au
avec ses magnifiques Urkunden der Ptolemderzeit. L'archéologie, avec de les inscriptions non
grandes difficultés, I a entrepris tardivement des corpus de séries : ainsi les 474 les autres. On ne p
sarcophages, et récemment aussi les vases, ce dernier Corpus Vasorum ne n'étudierait que les i
pouvant être présenté que par musées, c'est-à-dire au hasard. douter qu'il en ait j;
Les corpus d'inscriptions sont dans un état assez satisfaisant, quoi qu'on s'isoler de l'histoire
puisse toujours souhaiter comme progrès et à l'exception de l'Egypte et de la philologie, de la
l'Asie Mineure tout entière qui forment une très dommageable lacune, dans L'historien est un I
leur série traditionnelle depuis le xixe siècle, celle des corpus topographiques disponible et tirer de
établissant les liens géographiques. Il y a presque tout à faire pour les séries ou numismate ; il i
que l'on peut appeler fonctionnelles dont on parlera plus loin, qui établissent inscriptions directen
les liens par catégories diplomatiques ou de contenu. autres documents92.
On verra ci-après, en traitant de la restitution, quelle est la nécessité de Il faut souligner
la série et du corpus. Citons ici seulement l'exemple des recherches et des faire jaillir l'histoire.
résultats prosopographiques86. Les inscriptions font connaître des centaines
de milliers de personnages ; certains sont connus par plusieurs documents et 87. L. Robert, Hellenica .
88. L. Robert, Collection
l'on peut suivre leur carrière. Tel était connu par un texte littéraire qui y faisait 89. Ad. Wilhelm, « Neue
une brève allusion ; une inscription vient donner des détails, puis une autre 48-54 ; M. Holleaux.
encore ; une personnalité reprend vie devant nous par touches successives. 90. E. Groag, A. Stem.
Ainsi Adeimantos de Lampsaque, favori de l'impétueux diadoque Démétrios carrières procuraton
sur les fastes des pro
85. « (Artis) monumentum qui unum vidit, nullum vidit ; qui mille vidit, unum vidit ». 91. Cf. n. 83.
86. Cf. Ad. Wilhelm, « Prosopographische Bemerkungen », Wiener Studien 1912,411-427. * Cf. 92. Cf. L. Robert. Acte.
la rubrique « Prosopographie » du Bulletin épigraphique. 78-81).
T ROMAINE COMMENT UTILISER LES INSCRIPTIONS 105

Poliorcète, ami de Théophraste, représentant du roi auprès de la Confédération


série. Une inscription des États grecs réunis à Corinthe ; son nom et ses fonctions sont cités dans des
ne prend son vrai sens inscriptions d'Érétrie, d'Athènes, de Delphes87. Un Eupolémos était cité dans
triée, plus l'inscription l'historien Diodore de Sicile comme un général opérant en Carie en ~ 314 ;
r tous les monuments des monnaies, des inscriptions d'Iasos et de Théangéla en Carie montrent qu'il
monument n'en a vu était d'origine macédonienne et qu'il eut une sorte de royaume dans le Sud de
ioit être mise à la fois l'Asie Mineure88. L'histoire ne nous avait rien transmis d'un Lysias, dynaste
le époque et du même en Phrygie, sauf sans doute une mention dans Polybe, allusion non localisable.
ion, document isolé et D'inscriptions de Pergame, de Didymes et de Delphes la perspicacité
e ses pareils ou du fait divinatoire d'Adolf Wilhelm et de Maurice Holleaux reconstitue les cadres de
; de même quand toute l'histoire d'une famille de dynastes en Phrygie, originaires de Macédoine, alliés
ou sujets des Séleucides, fondateurs des villes de Lysias et de Philomélion,
> complets, des corpus. donateurs aux sanctuaires d'Apollon à I Delphes et à Didymes, où ils expédient 475
s. et toujours on a fait des mulets dont la Phrygie a la spécialité89. Une des tâches principales de
>ns latines et grecques, l'épigraphie latine est de reconstituer la carrière complète des administrateurs
artielles, triomphes de importants, tels les gouverneurs des provinces, en rapprochant à travers le
oute la première, et en monde romain, de l'Espagne à la Syrie, les inscriptions qui les concernent et
r T exemple. Les autres en les reconnaissant même quand leur nom a disparu de telle inscription90. Un
eur. La numismatique autre domaine des plus riches dans l'épigraphie, l'anthroponymie, ne vit que
it y renoncer, le mode par la série, que l'on se borne à la tâche modeste de corriger ou de justifier
n*aphie, les catalogues un nom, ou qu'on veuille tirer de l'anthroponymie la masse énorme et variée
t encore au stade de la d'histoire qu'elle recèle et n'a pas encore livrée91.
i des acquisitions, les
lusieurs acquéreurs au Les liens. La géographie
dt un début de corpus Naturellement aucune sorte de documents ne doit être étudiée isolément ;
.'archéologie, avec de les inscriptions non plus ne se peuvent interpréter uniquement les unes par
us de séries : ainsi les 474 les autres. On ne peut concevoir raisonnablement un « épigraphiste » qui
r Corpus Vasorum ne n'étudierait que les inscriptions et ne tirerait l'histoire que d'elles, et on peut
asard. douter qu'il en ait jamais existé de tel quelque part. L'épigraphie ne saurait
atisfaisant, quoi qu'on
s
s'isoler de l'histoire faite avec les autres documents, de la linguistique et de
lion de l'Egypte et de la philologie, de la papyrologie et de la paléographie, de la numismatique.
aiageable lacune, dans L'historien est un homme-orchestre qui sait jouer de chaque instrument
corpus topographiques disponible et tirer de tous une symphonie. Il est, selon les moments, linguiste
à faire pour les séries ou numismate ; il est épigraphiste s'il s'est rendu capable d'utiliser les
us loin, qui établissent inscriptions directement et avec critique, de les interpréter et de les lier aux
autres documents92.
?lle est la nécessité de Il faut souligner un point important. Pour que des inscriptions on puisse
des recherches et des faire jaillir l'histoire, on doit les considérer toutes et toujours d'un point de vue
onnaître des centaines
plusieurs documents et 87. L. Robert, Hellenica II (1946), 15-33.
88. L. Robert, Collection Froehner I (1936), n° 52 (= Choix, 434-454).
:e littéraire qui y faisait 89. Ad. Wilhelm, « Neue Beitràge zur griech. Inschriftenkunde I », Sitz. Akad. Wien 166 (1911),
détails, puis une autre 48-54 ; M. Holleaux, Etudes d'histoire et d'épigraphie grecques III (1968), 357-363.
r touches successives. 90. E. Groag, A. Stein, Prosopographia imperii Romani, depuis 1933 ; H. G. Pflaum, Les
LX diadoque Démétrios carrières procuratoriennes équestres sous le Haut-Empire romain (1960). Nombreux livres
sur les fastes des provinces romaines d'après les inscriptions.
. idit, unum vidit ». 91. Cf. n. 83.
ïtudien 1912,411-427.* Cf. 92. Cf. L. Robert, Actes 2e Congrès Intern. Épigraphie Paris 1952 (1953), 8-12 (= Choix,
78-81).
106 LES EPIGRAPHIES ET L EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE

géographique. Cette préoccupation pénétrera à chaque instant l'épigraphie ; La restitution


les conditions de lieu seront toujours présentes à l'esprit. Chaque inscription
doit évoquer un site. C'est ainsi que l'on tirera une substance historique de la La conservation
moindre inscription copiée sur un sarcophage isolé dans un domaine ou le long spécial est posé par
d'une avenue garnie de tombeaux au sortir de la ville, — dans les farouches pas s'imaginer que ]
montagnes de l'Isaurie ou dans le grand marché I international de Rhodes. 476 à l'état de morceau?
Toute histoire a un fondement géographique. sortir de la terre, leu
Ces points de vue inspirent un certain type de corpus, nouveau « genre » difficiles à lire sont
qui doit se développer contre la routine ou la facilité des cloisons factices, ou libre, aux intempérie
l'incompréhension de ceux qui ont pour métier et pour idéal de découper les des générations. Ce c
inscriptions avec des ciseaux dans les publications originales pour les coller Les stèles où sont trè
dans un album sans les avoir lues. Le corpus épigraphique y est une partie à être brisées. Souve
d'une reconstitution de la vie d'une région dans l'Antiquité ; on utilise avec au fait qu'ils ont été
les inscriptions les monnaies, les textes, les monuments ; le tout se fonde de ville ou de forter
sur l'étude géographique, les ressources de la région et l'évolution de leur le mur de Thémisto*
exploitation, la topologie des sites, la détermination des zones frontières entre Bas-Empire, ainsi à
les cités voisines. Ainsi l'a-t-on tenté pour la Carie, région au sud-ouest de l'Asie inscrite contre le sol
Mineure93, ou pour Thasos, l'île grecque au flanc de la côte macédonienne et Delphinios qui nous
thrace94. C'est ainsi seulement que la matière historique contenue dans une l'époque hellénistiqi
inscription est complètement dégagée. Mais les inscrif
dommages subis par
La technique entière, des lettres \i
une réutilisation de L
Tout cela est important, constitution de séries et liens, et fait l'historien
servi comme devant
épigraphiste. Ce n'est pas une « technique » qui effraye de loin au point que
parties de lignes. La ]
l'historien ne s'en approche point pour la regarder. La technique épigraphique,
lignes, à droite ou à \
ce n'est que soin exact et bon sens, pour avoir une base assurée à l'interprétation
ou au bas ; car ces r
et à cette partie de l'interprétation qu'est la restitution : décrire et mesurer les
la pierre est reconsiii
pierres, en prendre des photographies et des estampages (empreintes de papier
dans le texte d'autre?
spécial non collé ; on l'applique sur la pierre que l'on mouille, on le frappe
La « restitution »•
avec une brosse spéciale, on laisse sécher et on retire ; * voir fig. 8) pour
leur utilisation histo
les vérifications et la publication ; prendre, après avoir nettoyé la surface à
« mis à l'épigraphie
la brosse et à l'eau, une copie qui doit être un fac-similé donnant l'image la
et la restitution des
plus exacte possible de la surface de la pierre. Pour des pierres très effacées de
qu'il est plus sage et
lecture difficile, le plus grand mystère de la technique est un petit morceau de
et même sans le suiv
charbon de bois que l'on frotte sur la pierre mouillée ; l'eau charbonneuse dans
existe des méthodes
le creux des lettres les montre avec beaucoup de netteté et le doigt fait jouer
Leur élaboration n"a
cette eau sur les lettres. La technique de I la copie, c'est surtout d'avoir du soin 477
débuts en sont ancic
et de la patience ; c'est d'avoir dans l'esprit de la candeur, de la réceptivité à la
plus, on s'est éloign*
nouveauté et, à la fois, la mémoire des textes de la même série ; car, pour les
de thème.
pierres très usées, c'est celui qui sait le plus qui lit le mieux. L'expérience joue
Antoine-Jean Lé-
son rôle, avec les difficultés antérieures vaincues, les pièges évités et surtout
inscriptions grecque
les erreurs passées — les siennes ou celles des autres — où l'on risque moins
siècle, la méthode s
de retomber.
systématiques d'un
93. La Carie. Histoire et géographie historique avec le recueil des inscriptions antiques, par l'Allemand Dittenbe
Louis et Jeanne Robert, t. II (1954). Holleaux. Ce fut UD
94. J. Pouilloux, Chr. Dunant, Recherches sur l'histoire et les cultes de Thasos, 2 vol. (1954-
1958). 95. Cf. A. Rehm, Milet. L
ROMAINE LA RESTITUTION 107

instant l'épigraphie ; La restitution


t. Chaque inscription
:ance historique de la La conservation des pierres inscrites est très inégale et un problème
in domaine ou le long spécial est posé par la restitution des inscriptions mutilées. Certes il ne faut
— dans les farouches pas s'imaginer que les inscriptions antiques nous parviennent régulièrement
rnational de Rhodes. 476 à l'état de morceaux ou de débris. Bien des monuments sont intacts et, au
sortir de la terre, leur fraîcheur surprend souvent le profane ; les monuments
s. nouveau « genre » difficiles à lire sont le plus fréquemment ceux qui sont restés exposés à l'air
cloisons factices, ou libre, aux intempéries, ou qui, dans un pavage ou un seuil, ont supporté les pas
idéal de découper les des générations. Ce qui résiste le mieux, ce sont les autels, les bases de statues.
inales pour les coller Les stèles où sont très souvent gravés les décrets sont beaucoup plus exposées
ique y est une partie à être brisées. Souvent la bonne conservation des monuments inscrits est due
luité ; on utilise avec au fait qu'ils ont été remployés à époque tardive et insérés dans une muraille
ils ; le tout se fonde de ville ou de forteresse (ce fut déjà le sort de monuments archaïques dans
:t révolution de leur le mur de Thémistocle à Athènes ; le cas est fréquent dans les enceintes du
£ones frontières entre Bas-Empire, ainsi à Aphrodisias ou à Amyzon) ou dans un pavement, la face
au sud-ouest de l'Asie inscrite contre le sol ; c'est le pavement de la cour du sanctuaire d'Apollon
:ôte macédonienne et Delphinios qui nous a conservé une magnifique série de stèles de Milet de
e contenue dans une l'époque hellénistique avec des documents intacts de plus de cent lignes95.
Mais les inscriptions mutilées sont cependant un bon nombre. Les
dommages subis par l'inscription sont de nature très différente. Sur une pierre
entière, des lettres isolées ont pu disparaître, par usure, par un coup ou par
une réutilisation de la pierre (ainsi un trou pour un tuyau dans une pierre qui a
ns. et fait l'historien
servi comme devant de I fontaine) ; ce peuvent être des syllabes, des mots, des 478
de loin au point que
parties de lignes. La pierre elle-même peut être brisée ; il manque une partie de
hnique épigraphique,
lignes, à droite ou à gauche ; ne parlons pas de parties manquantes au sommet
urée à l'interprétation
ou au bas ; car ces mutilations sont presque toujours irrémédiables. Ou bien
iécrire et mesurer les
la pierre est reconstituée d'une série de morceaux et il manque un peu partout
empreintes de papier
dans le texte d'autres morceaux.
mouille, on le frappe
La « restitution » de ces inscriptions pose des problèmes particuliers pour
: * voir fig. 8) pour
leur utilisation historique. Souvent le profane ou l'historien qui ne s'est pas
nettoyé la surface à
« mis à l'épigraphie » croit que l'on dispute à perte de vue sur l'interprétation
é donnant l'image la
et la restitution des inscriptions mutilées, qu'une opinion emporte l'autre et
ierres très effacées de
qu'il est plus sage et plus scientifique de regarder le combat sans prendre parti
t un petit morceau de
et même sans le suivre de près et sans s'informer de ses règles. Au contraire il
m charbonneuse dans
existe des méthodes parfaitement au point qui mènent à des résultats assurés.
et le doigt fait jouer
Leur élaboration n'a cessé de progresser au cours du xixe et du xxe siècle. Les
urtout d'avoir du soin 477
débuts en sont anciens, sous la forme d'un bon sens perspicace. De plus en
•. de la réceptivité à la
plus, on s'est éloigné de la fantaisie et du caprice et on a renoncé à une sorte
le série ; car, pour les
de thème.
LIX. L'expérience joue
Antoine-Jean Letronne, mort en 1848, auteur d'un corpus inachevé des
èges évités et surtout s *<

inscriptions grecques et latines de l'Egypte, a posé des bases. A la fin du


où l'on risque moins
siècle, la méthode s'est généralisée, s'est précisée et affinée par les efforts
systématiques d'un certain nombre de savants, parmi lesquels il faut citer
inscriptions antiques, par l'Allemand Dittenberger, l'Autrichien Adolf Wilhelm et le Français Maurice
Holleaux. Ce fut une évolution continue sans révolution dans le sens de la
de Thasos, 2 vol. (1954-
95. Cf. A. Rehm, Milet, Das Delphinion (1914) ; cf. n. 9.
108 LES EPIGRAPHIES ET L EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE

finesse et de l'exactitude, progressant avec l'abondance de la documentation pas un jeu fascinant, u


et avec la rigueur accrue du raisonnement. Il n'y a pas eu de modes passagères qui peut être rétabli a
et contradictoires, comme dans la critique philologique, où le balancier oscille la vérité ; le juridique
entre l'hypercritique et la candeur naïve vers laquelle trop souvent incline à comme celle-ci : la cl
son tour le temps présent. L'on peut aujourd'hui vérifier par des exemples très élément doit être dise
nombreux l'exactitude de cette phrase de Letronne : Le premier prina
restitution ne peut et
En s'attachant à remplir avec scrupule toutes les conditions de ces petits succès du travail de p
problèmes, on peut parvenir à des résultats tellement certains que très souvent que l'on puisse dans 1
les découvertes ultérieures les confirment d'une manière qui surprend les un morceau disparu <
personnes I étrangères à ce genre d'études ; car elles ont peine à comprendre 479 toujours ; il faut prati
comment ce qui leur paraît un simple jeu d'esprit, propre seulement à faire espérer d'ailleurs par
briller la sagacité ou la science d'un philologue, lui permet de prédire en toute
documentation permc
assurance ce qui a dû être écrit dans une ligne effacée.
vraie restitution.
Un texte doit d'ab
Si des restitutions sont qualifiées de certaines, ce n'est point par un satisfecit
les diverses parties il
personnel ni par celui d'un groupe ; ce n'est pas le résultat de l'autorité d'un
Exemple simple : le
savant ou de son bluff, ni même par consentement universel. La méthode est
honoré par un décret
vérifiée par des preuves qui tranchent souverainement. Il n'y a plus à discuter,
et au début du dispo:
mais à s'instruire. Le morceau désiré d'une inscription surgit aujourd'hui
peuple de féliciter un
d'un champ creusé par un paysan, d'où, il y a peut-être cent ans, était sorti
procéder à une analys
un morceau que l'on a restitué96. Ou bien on découvre, peut-être à l'autre
agencement, en faisa
bout de ce monde grec uni par une telle communauté de civilisation, un autre
inscriptions sont gravi
exemplaire d'une inscription ou une inscription de même catégorie qui fournit
d'erreurs viennent de
des « parallèles ».
quelle catégorie de de
Ces cas servent de guides si on en médite les leçons. Car on voit ainsi,
II faut ainsi délimiter
lumineusement et sans contestation possible, ce qui était juste ou ce qui était
Naturellement on
faux et pourquoi tel était arrivé au but et tel s'était égaré, peu ou prou, et ce
exemple largeur de 1
qui tenait à une faute de raisonnement et à une lacune dans la documentation.
en partie ; dispositioi
Il faut méditer les raisonnements des prédécesseurs, maintenant confirmés ou
les lettres sont en file
réfutés, méditer « l'apparat critique » où l'éditeur consciencieux d'un corpus
[* voir fig. 4]), coup
a présenté le travail du passé dans l'ordre chronologique pour dégager la
dehors de la gravure
logique des raisonnements. Ce sont ces vérifications qui modèlent, poussent et
On essaiera aussi, d
contiennent la méthode. De façon semblable, on peut, à titre d'exercice dans
à droite, de détermi
la formation des épigraphistes, leur présenter des textes que l'on a mutilés de
telle ligne peut s'ace
façon à leur permettre de rétablir le texte complet, le résultat étant soustrait à
ramassé, c'est la corr
toute discussion puisqu'on a le « corrigé ».
telle restitution longi
Letronne encore avait indiqué exactement le but : « II ne s'agit pas de refaire
ou bref ; ainsi on an
le document, ce qui est toujours très facile, mais sans aucune utilité ; il faut le
Bien qu'il y ait norm
rétablir, ce qui est bien différent ». Cette règle d'or doit toujours être présente
un certain flottement
à l'esprit et servir de garde-fou contre toute tentation de refaire le document ;
une moyenne.
quelques épigraphistes cèdent à ce vertige, et spécialement dans le traitement I 480
Notons que la o
des inscriptions en vers. Il n'y a aucune utilité à refaire un document ; il faut
de la lacune », n'e
retrouver ce qui a disparu, ou du moins le sens, sinon les mots exacts. Ce n'est
96. Voir par exemple le fragment d'une inscription de fondation à Amorgos : J. Vanseveren, Rev. 97. Cf. L. Robert, Compît
PhiL 1937, 314-315 ; un décret de Delphes pour un médecin de Béotie, Bull. Corr. HelL 78 98. Ad. Wilhem a souvei
(1954), 58-73 (= Opéra I, 255-260) ; les fragments d'Istros expliqués dans Studii Clasice 10 ArchEph. 1969, 24 < =
(1968), 77-85 (= Opéra VI, 265-273). syllabe en deux ligne
ROMAINE LA RESTITUTION 109

ie la documentation pas un jeu fascinant, un exercice, une rédaction ; c'est une reconstitution de ce
le modes passagères qui peut être rétabli avec certitude. C'est comme une découverte policière de
ù le balancier oscille la vérité ; le juridique n'y a pas sa place ; on ne doit pas y accepter de règles
3p souvent incline à comme celle-ci : la charge de la preuve incombe à tel ou tel critique ; chaque
»ar des exemples très élément doit être discuté et prouvé, les arguments étant étalés.
Le premier principe est de limitation. Il est bien des lacunes dont la
restitution ne peut être tentée et ne doit donc pas l'être. C'est un singulier
ditions de ces petits succès du travail de plusieurs générations de critiques, raisonneurs et érudits,
tains que très souvent que l'on puisse dans bien des cas deviner avec certitude ce qui était gravé sur
ère qui surprend les un morceau disparu de la pierre. Il est normal que l'on ne puisse y réussir
t peine à comprendre 479 toujours ; il faut pratiquer dans certains cas l'art de ne pas savoir97 ; on peut
pré seulement à faire espérer d'ailleurs parfois que c'est partie remise et que l'accroissement de la
têt de prédire en toute
documentation permettra plus tard, à nous-mêmes ou à nos successeurs, la
vraie restitution.
Un texte doit d'abord se restituer par lui-même. Il n'est pas rare que dans
x)int par un satisfecit
les diverses parties il y ait des répétitions plus ou moins exactes, des rappels.
tat de l'autorité d'un
Exemple simple : le nom, avec le patronyme et l'ethnique, du personnage
rsel. La méthode est
honoré par un décret apparaît normalement à la fois en tête des considérants
n'y a plus à discuter,
et au début du dispositif: «Attendu qu'un tel a fait telles choses, plaise au
n surgit aujourd'hui
peuple de féliciter un tel, etc. ». Il est donc d'abord et toujours nécessaire de
cent ans, était sorti
procéder à une analyse rigoureuse et patiente des parties conservées et de leur
:. peut-être à l'autre
civilisation, un autre agencement, en faisant attention aux diverses coupes possibles des mots (les
inscriptions sont gravées en majuscules et sans séparation des mots, et beaucoup
catégorie qui fournit
d'erreurs viennent de mauvaises coupes dues à l'éditeur) et en déterminant à
quelle catégorie de documents l'on a affaire, et dans quelle partie on se trouve.
s. Car on voit ainsi,
Il faut ainsi délimiter rigoureusement et cerner l'inconnu, le disparu.
juste ou ce qui était
Naturellement on tiendra compte de toutes les conditions matérielles : par
§. peu ou prou, et ce
exemple largeur de la stèle, si la pierre est complète, mais l'écriture effacée
ns la documentation,
en partie ; disposition des lignes et des caractères (dans l'Athènes I classique, 481
itenant confirmés ou
les lettres sont en files verticales et chaque ligne a le même nombre de lettres ;
encieux d'un corpus
[* voir fig. 4]), coupe des fins de lignes (elle est syllabique en général, en
}ue pour dégager la
dehors de la gravure « en files » ; on ne coupe pas un mot en deux lignes)98.
nodèlent, poussent et
On essaiera aussi, dans le cas par exemple d'une stèle brisée à gauche ou
titre d'exercice dans
à droite, de déterminer la longueur des lignes. Ordinairement, si telle ou
}ue l'on a mutilés de
telle ligne peut s'accommoder d'un formulaire plus ou moins développé ou
ultat étant soustrait à
ramassé, c'est la comparaison des diverses lignes, certaines ne supportant pas
telle restitution longue ou courte, qui permettra d'exclure un formulaire long
e s'agit pas de refaire
ou bref ; ainsi on arrivera par tâtonnements à déterminer la longueur exacte.
:une utilité ; il faut le
Bien qu'il y ait normalement, en dehors du système de la gravure « par files »,
oujours être présente
un certain flottement dans le nombre normal des lettres de chaque ligne, il y a
refaire le document ;
une moyenne.
it dans le traitement I 480
Notons que la constatation : « Cette restitution correspond à l'étendue
un document ; il faut
de la lacune », n'est nullement une raison d'accepter ladite restitution.
mots exacts. Ce n'est
)rgos : J. Vanseveren, Rev. 97. Cf. L. Robert, Comptes rendus Acad. Inscr. 1955, 200 (= Opéra I, 581).
éotie, Bull. Corr. HelL 78 98. Ad. Wilhem a souvent attiré l'attention sur la règle de la coupe syllabique. * Cf. L. R.,
jés dans Studii Clasice 10 ArchEph. 1969, 24 (= Opéra VII, 730) ; Choix, 582. Corriger en : « on ne coupe pas une
syllabe en deux lignes ».
110 LES EPIGRAPHIES ET L EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE

Des épigraphistes triomphent trop facilement là-dessus et y voient une déjà connu pour un ji
recommandation pour leur restitution, alors que celle-ci heurte la construction qualifier ces restituât
voulue ou le sens attendu. C'est simplement la constatation qu'il n'y a pas place au doute. On \
d'obstacle de ce point de vue matériel, que la restitution proposée n'est pas aucun rapport avec s
exclue par là. D'ailleurs une restitution peut être exclue au point de vue matériel, une I lacune qui a er
parce qu'elle est trop longue ou trop courte pour la lacune, et cependant être dont il ne restait qu'u
juste en substance et donner le vrai sens, qui devrait simplement être exprimé formulaire semblable
en une formule plus longue ou plus resserrée. Si une découverte confirme le syllabe, résistera à toi
sens, tout en modifiant les mots, on le considérera légitimement comme un En dehors même
succès pour l'épigraphiste, sauf s'il avait prétendu rétablir les mots exacts à se faire, au moins en
l'exclusion de toute autre formule. de l'intégration dans
Après avoir analysé et restitué un texte par lui-même, on cherchera ce que philologie eut recoun
fournit, pour sa restitution, la comparaison d'autres textes. Le cas le plus net et expression et de ses c
le plus sûr est celui du rapprochement d'un autre exemplaire du même texte. toute la littérature, p
Le texte fut parfois gravé sur deux ou trois stèles exposées en des endroits correction. Pour resti
différents, par exemple sur l'agora et dans un temple ou, lorsqu'il s'agit d'un tous les décrets pour
étranger, dans sa patrie et dans la ville qui a rendu le décret. Les Res Gestae dans tout le monde ««
d'Auguste furent gravées, déjà à I notre connaissance, à Ancyre de Galatie, 482 les actes mentionnés,
à Apollonia et à Antioche de Phrygie" ; les fragments trouvés dans un lieu quelles expressions. !
compléteront ceux de l'autre. De même pour le décret de la province d'Asie un juge étranger, pou
réformant le calendrier en l'honneur d'Auguste ; on en a des parties à Priène et des parties conservée
à Apamée100. Un tout petit fragment d'un de ces documents pourra être restitué le cadre du décret à
en entier et sûrement grâce au texte complet de la ligne trouvé ailleurs. souvent rétablir le su
La même méthode vaut pour beaucoup de parties de très nombreux décrets. des détails originaux
Dans une ville, à une certaine époque, on emploie le même formulaire exact autres se déroberont <
(on pourra aussi le varier) pour décerner des honneurs, pour dater et authentifier on ne pourra deviner
les documents ; seuls les noms des bénéficiaires et des magistrats changeront, nombre de personne!
c'est-à-dire la partie originale. Le reste se reconstituera comme mécaniquement avait été publié et rc
dès qu'on a un exemplaire complet ou dès que, dans deux exemplaires, les cette inscription, doc
parties manquantes ne sont pas les mêmes. L'identité du formulaire peut à Pergame dix ans a
s'étendre même à une partie plus originale, les considérants : « attendu qu'un moulage de cette pai
tel a fait telle chose ». Il arrive souvent en effet qu'on emploie des formules il n'y a plus de lao
très générales et fixes et que les mérites énumérés soient de même nature. Wilhelm avait retrou
Ainsi pour les juges étrangers. Si Priène fait venir des juges de diverses villes le texte prend une co
en même temps ou dans une même période, elle rendra des décrets identiques, n'eût pu restituer sa
où l'activité des juges sera analysée et louée dans des phrases pareilles, les là par exemple où 1
noms seuls changeant. Si donc on a retrouvé seulement une partie d'un de ces l'apodytérion ». la sa
décrets étroite comme une écharde, avec quelques syllabes par ligne, il suffira Les inscriptions
de l'appliquer sur un exemplaire analogue complet comme sur une grille pour toute catégorie on di
restituer en toute sûreté les lignes complètes, même si elles ont une centaine de s'adaptent ou non à 1
lettres. D'autre part, comme ces décrets sont normalement gravés aussi dans la
101. Voir la n. 72. Au su
patrie du juge, si l'on a trouvé à Assos par exemple un fragment de décret d'une restituer les uns par le
ville étrangère indéterminée pour un juge d'Assos, l'origine priénienne en sera de Lébédos, Hellenict
établie si le fragment entre exactement dans le cadre de tel décret de Priène culte de la reine Laod
grecque de l'Iran ». C
99. Cf. n. 55. 102. Cf. à propos d'une il
100. U. Laffi, « Le iscrizioni relative all'introduzione nel 9 a. C. del nuovo calendario délia 103. Inschr. Pergamon 11
Provincia d'Asia », Studi classici e orientait 16 (1967), 5-98. H. Hepding, Ath. \fir.
ROMAINE LA RESTITUTION 111

us et y voient une déjà connu pour un juge de Phocée, par exemple101. On voit pourquoi on peut
leurte la construction qualifier ces restitutions de « mécaniques ». Elles ne laissent pas la moindre
ation qu'il n'y a pas place au doute. On voit aussi que la certitude d'une restitution peut n'avoir
n proposée n'est pas aucun rapport avec sa longueur ; dans un tel cas, on restitue avec certitude
point de vue matériel, une I lacune qui a emporté les neuf dixièmes d'une ligne et une inscription 483
ne. et cependant être dont il ne restait qu'une écharde ; dans un cas tout différent, où il n'y a pas de
plement être exprimé formulaire semblable, une lacune de quelques syllabes, et même d'une seule
couverte confirme le syllabe, résistera à tout essai de restitution102.
timement comme un En dehors même de ces correspondances très étroites, la restitution peut
>lir les mots exacts à se faire, au moins en partie, par la méthode des parallèles. C'est le principe
de l'intégration dans une série appliqué à la restitution. Dès ses origines, la
. on cherchera ce que philologie eut recours au rapprochement de textes parallèles, d'exemples d'une
5. Le cas le plus net et expression et de ses diverses variations attestées soit dans tel auteur, soit dans
)laire du même texte. toute la littérature, pour corriger un passage ou pour le défendre contre une
>sées en des endroits correction. Pour restituer un fragment de décret pour un médecin, on étudiera
. lorsqu'il s'agit d'un tous les décrets pour des médecins, non seulement dans la même ville, mais
Icret. Les Res Gestae dans tout le monde grec. On verra ainsi quel est le contenu de ces décrets,
à Ancyre de Galatie, 482 les actes mentionnés, les qualités célébrées, les histoires racontées, — et par
trouvés dans un lieu quelles expressions, formules, épithètes, alliances de mots, etc. De même pour
le la province d'Asie un juge étranger, pour un homme qui a racheté des prisonniers, etc. L'analyse
des parties à Priène et des parties conservées et la détermination de la longueur des lignes donneront
its pourra être restitué le cadre du décret à rétablir, l'amorce des restitutions précises. On pourra
rouvé ailleurs. souvent rétablir le sujet d'ensemble, la construction et les parties communes ;
•es nombreux décrets, des détails originaux, seuls ceux qui sont conservés seront utilisables, les
ême formulaire exact autres se déroberont (noms de lieux, de personnes, etc.). Ainsi pour les pirates
ur dater et authentifier on ne pourra deviner et rétablir leur nationalité, leur point de départ, etc., ou le
lagistrats changeront, nombre de personnes enlevées. Un décret de Pergame pour un gymnasiarque
mme mécaniquement avait été publié et restitué ; Adolf Wilhelm en a corrigé les restitutions ; de
leux exemplaires, les cette inscription, dont la partie centrale avait été arrachée, H. Hepding trouve
; du formulaire peut à Pergame dix ans après non pas la partie manquante, mais exactement un
ants : « attendu qu'un moulage de cette partie sur un ciment contre lequel elle avait été appliquée ;
emploie des formules il n'y a plus de lacunes et toutes les conjectures peuvent être appréciées ;
ent de même nature. Wilhelm avait retrouvé tout l'essentiel de la construction des phrases, mais
iges de diverses villes le texte prend une couleur plus individuelle, apportant des précisions que l'on
les décrets identiques, n'eût pu restituer sans arbitraire et dont la place aurait dû rester en blanc ;
phrases pareilles, les là par exemple où l'on avait I restitué « dans le gymnase », on lit : « dans 484
âne partie d'un de ces l'apodytérion », la salle du gymnase où l'on se déshabillait103.
>es par ligne, il suffira Les inscriptions grecques sont désormais assez abondantes pour qu'en
ne sur une grille pour toute catégorie on dispose d'un trésor de formules, dont on essayera si elles
es ont une centaine de s'adaptent ou non à la partie conservée. Une étude précise de la langue et du
nt gravés aussi dans la
101. Voir la n. 72. Au sujet de décrets sur les juges étrangers à Smyrne et la possibilité de les
gment de décret d'une restituer les uns par les autres, cf. L. Robert, Hellenica VII (1949), 171-188 ; pour deux décrets
ine priénienne en sera de Lébédos, Hellenica XI-XII (1960), 204-213. Trois exemplaires d'un édit d'Antiochos sur le
e tel décret de Priène culte de la reine Laodice (deux en Iran et un en Phrygie) : L. Robert, « Encore une inscription
grecque de l'Iran », Comptes rendus Acad. Inscr. 1967, 281-296 (= Opéra V, 469-484).
102. Cf. à propos d'une inscription béotienne ArchEph. 1969, 34-39 (= Opéra VII, 740-745).
lel nuovo calendario délia 103. Inschr. Pergamon I n° 252 ; Ad. Wilhelm, Arch. epigr. Mitt. aus Ôsterr. 20 (1897), 57-58 ;
H. Hepding, Ath. Mitt. 32 (1907), 273-278 n° 10.
112 LES EPIGRAPHIES ET L EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE

style montrera la chronologie de telles formules, ou parfois leur emploi local, à terre que le premier
et permettra ainsi d'en éliminer certaines et d'en recommander d'autres. On l'exercice et l'accun
a réalisé de très grands progrès en ce domaine, en sorte que l'on peut arriver s'agence d'un coup. <
à rétablir le style même d'une inscription et les mots eux-mêmes. On pourra du problème ont été i
parfois faire un choix raisonnable entre plusieurs formules équivalentes et on Mais toujours il fau<
en proposera une « à titre d'exemple » ; cette formule, exempli gratta, doit être l'esprit, libéré de la
réservée à ces cas, et non point s'appliquer, comme cela a lieu trop souvent, à lucide et désintéressé
des restitutions purement gratuites et fantaisistes, sans point d'appui, et qu'un Le chemin suivi f
épigraphiste propose pour écrire quelque chose, alors que dix sens différents ou être suivi à l'occasi<
dix autres constructions sont également possibles. L'application scrupuleuse de mêmes de I sa rechen
la méthode des parallèles signifie que l'épigraphiste connaît tous les documents coup, et c'est son dr<
du même genre et qu'il a pénétré assez la langue de l'époque pour pouvoir éducative. Dans tous
rédiger un décret de telle sorte en sentant toutes les nuances. Si l'on distingue des prédécesseurs, à
en principe la découverte du sens à restituer et celle des mots qui sont aptes à Le degré de certit
l'exprimer dans telles conditions, en fait, dans la recherche, le sens et le mot dépendent de l'état
s'entraînent l'un l'autre et se suggèrent l'un l'autre. Forme et fond s'attirent découvertes ne cess;
dans les hypothèses et les tentatives de l'épigraphiste. nécessaires peuvent
On comprend dès lors l'importance des corpus par matières et catégories. devient subitement u
Il convient de les multiplier, car on en a très peu et ils permettront de grands copiée vers 1890. nt
progrès. Si l'on se trouve devant une inscription relative à une fondation, syllabes incompréhei
testamentaire ou autre, à restituer, les conditions optima seraient de disposer d'Eubée, mais transp
d'un recueil groupant, avec apparat critique, toutes les inscriptions de cette des éphèbes qui ont
catégorie et offrant ainsi leur formulaire complet connu à ce jour. Si un tel exactement le conten
recueil n'existe pas ou n'est pas à jour, l'épigraphiste doit pratiquement faire sont différents, mais
le travail de le constituer pour soi ou de le compléter. En même temps un tel la pierre autrefois s
recueil offre à l'historien un tableau des I documents sur tel aspect de l'histoire 485 provenance exacte de
juridique, économique et sociale. devait rester une énig
Dans le raisonnement pour les restitutions, la logique et la mémoire se intacte est venue Fée
mêlent étroitement. Le sens attendu est tel, à la fois d'après la partie conservée consiste à rapproche
et d'après les parallèles. La logique est à la base. Mais il faut se garder hasard de lectures toi
d'introduire notre logique d'Européens de telle période habitués à ce que telle ou bien la mémoire ;
catégorie de documents obéisse à telles préoccupations, par exemple à celles dans l'attente d'une
d'un acte notarié actuel, pour la composition comme pour la précision. C'est médecin est publié ei
une logique apprise par l'usage des documents eux-mêmes. l'éditeur, puis deux
De même, imagination et mémoire se fécondent mutuellement dans la moitié droite est déc
recherche de la restitution. L'imagination est à la fois dirigée et contenue restitutions proposée
par la mémoire du déjà connu, en toutes ses variantes ; elle prend appui sur mots exacts105.
les parallèles, que ceux-ci soient présents de façon précise dans la mémoire La difficulté de
ou dans les fiches ou qu'ils déterminent une sorte de région où se meut le document. Le formi
plausible. D'autre part, elle reste toujours ouverte à la possibilité non encore cas ses modèles exac
attestée, à la nouveauté. Son rôle est plus apparent dans la restitution que dans un décret sera plus o
l'interprétation d'un texte complet ; il n'en est pas moins réel dans ce dernier des faits. La poésie.
cas. L'imagination laisse le champ ouvert à des hypothèses diverses, restant 104. L. Robert, Rev. Phi
souple et accueillante. Il ne faut jamais s'enferrer aussitôt dans une direction, 1393).
et on sera toujours prêt à se replier. Peu à peu, certaines hypothèses seront 105. G. Klaffenbach. Ar/i
éliminées. Comme disait Fontenelle des « vrais philosophes », les savants Inschriftenkunde V >
« sont comme les éléphants qui, en marchant, ne posent jamais le second pied (1928), 178et/tev. P
Mitt. 72, 1957. 233-1
ROMAINE LA RESTITUTION 113

Dis leur emploi local, à terre que le premier ne soit bien affermi ». Il est vrai aussi que, par l'habitude,
mander d'autres. On l'exercice et l'accumulation des expériences, il arrive que tout s'éclaire et
que l'on peut arriver s'agence d'un coup, et quelquefois après le sommeil, quand tous les éléments
x-mêmes. On pourra du problème ont été ressassés le soir, et parfois même au premier coup d'œil.
es équivalentes et on Mais toujours il faudra revenir quelque temps après sur ces illuminations ;
?mpli gratta, doit être l'esprit, libéré de la fièvre créatrice, les jugera alors avec la même critique
a lieu trop souvent, à lucide et désintéressée que l'hypothèse d'autrui.
)int d'appui, et qu'un Le chemin suivi par l'épigraphiste dans la conquête d'une restitution peut
dix sens différents ou être suivi à l'occasion par le lecteur si l'auteur a reproduit les démarches
cation scrupuleuse de mêmes de I sa recherche ; c'est un cas assez fréquent. Mais l'auteur a pu, après 486
ût tous les documents coup, et c'est son droit, faire prendre au lecteur une route qui lui a paru plus
époque pour pouvoir éducative. Dans tous les cas, on gagnera beaucoup à se pénétrer des démarches
ces. Si l'on distingue des prédécesseurs, à tirer la leçon de leurs succès et de leurs échecs.
mots qui sont aptes à Le degré de certitude ou de vraisemblance et la possibilité d'une restitution
:he, le sens et le mot dépendent de l'état de la documentation et du caractère du document. Les
•me et fond s'attirent découvertes ne cessant pas année après année, l'exemplaire ou le parallèle
nécessaires peuvent surgir à chaque instant et l'impossibilité de la veille
latières et catégories, devient subitement une restitution mécanique. Une pierre effacée de Béotie,
•ermettront de grands copiée vers 1890, ne donne pas de sens suivi : quelques mots ici ou là, des
ive à une fondation, syllabes incompréhensibles. Une inscription publiée en 1935, copiée à Chalcis
[ seraient de disposer d'Eubée, mais transportée de Tanagra, au delà du canal de l'Euripe, catalogues
inscriptions de cette des éphèbes qui ont présidé aux concours athlétiques, permet de reconstituer
j à ce jour. Si un tel exactement le contenu de l'inscription ancienne, sauf que les noms des éphèbes
)it pratiquement faire sont différents, mais non ceux des concours ; chaque trait d'une lettre vu sur
n même temps un tel la pierre autrefois s'encadre parfaitement dans la nouvelle restitution ; la
el aspect de l'histoire 485 provenance exacte de l'inscription est en même temps déterminée. Le document
devait rester une énigme jusqu' au jour où la découverte de l'inscription similaire
[ue et la mémoire se intacte est venue l'éclairer d'une lumière soudaine. Tout l'art de l'épigraphiste
es la partie conservée consiste à rapprocher les deux fragments pour les éclairer104. Ce peut être le
ais il faut se garder hasard de lectures toujours renouvelées dans les corpus, les livres et les revues,
labitués à ce que telle ou bien la mémoire a cherché dans le tas d'énigmes qu'elle avait enregistrées
par exemple à celles dans l'attente d'une rencontre et d'une solution. Un décret de Samos pour un
ur la précision. C'est médecin est publié en 1926 ; il ne contient que la moitié gauche du document ;
tes. l'éditeur, puis deux autres épigraphistes, restituent la partie manquante. La
lutuellement dans la moitié droite est découverte et publiée en 1959 ; elle confirme et précise les
; dirigée et contenue restitutions proposées, en remplaçant quelquefois la restitution du sens par les
elle prend appui sur mots exacts105.
:ise dans la mémoire La difficulté de la restitution croît en proportion de l'originalité du
région où se meut le document. Le formulaire administratif a souvent déjà et aura un jour en tout
K)ssibilité non encore cas ses modèles exacts de restitution. La narration ou l'exposé des motifs I dans 487
a restitution que dans un décret sera plus ou moins difficile à restituer suivant la rareté et l'originalité
s réel dans ce dernier des faits. La poésie, et même la poésie des cimetières, offrira toujours le plus
èses diverses, restant 104. L. Robert, Rev. PhiL 1939, 122-128 ; 1944, 24-27 (= Opéra II, 1275-1281 et III, 1390-
5t dans une direction, 1393).
£S hypothèses seront 105. G. Klaffenbach, Ath. Mitt. 51 (1926), 28-33 n° 2 ; Ad. Wilhelm, « Neue Beitràge zur griech.
sophes », les savants Inschriftenkunde V », Sitz. Akad. Wien 214 (1932), 48-54 ; L. Robert, Bull. Corr. Hell. 52
jamais le second pied (1928), 178 ci Rev. PhiL 1939,165-166 (= Opéra 1,107 et II, 1318-1319) ; Chr. Habicht,A//i.
Min. 72, 1957, 233-241, n° 64 ; Bull. 1960, 318, p. 187. Cf. aussi n. 96.
114 LES EPIGRAPHIES ET L EPIGRAPHIE GRECQUE ET ROMAINE

de résistance ; la plus grande partie ne sera jamais restituée, souvent même


pour le sens, en tout cas pour les mots ; or c'est là, dans une œuvre littéraire,
que le choix des mots a le plus d'importance. Si le texte est unique de sa
catégorie, il n'est pas restituable, et il le restera tant qu'il n'aura pas surgi un
texte comparable.
De ces faits on peut tirer ces règles. Il ne faut pas restituer n'importe quoi,
une vague supposition indémontrable ; l'épigraphiste doit être insensible à
l'horreur du vide. Les restitutions sans fondement ni justification ne sont pas
seulement inutiles, mais nuisibles ; elles masquent le problème et peuvent
abuser un certain nombre d'épigraphistes, elles s'imposent au profane ou elles
lui font porter une condamnation générale sur toute restitution. Il est une limite
qu'enseigne l'étude des expériences passées. Il faut, comme l'a dit Letronne,
« un certain mélange de circonspection et de hardiesse, qui conduit jusqu'à la
limite sans permettre de la dépasser ». Il faut avoir très vifs à la fois le sentiment
de la limite et le goût d'oser. Les triomphes de la méthode sont un éperon, mais
l'on n'oublie pas qu'ils n'ont été possibles que par l'acceptation de la limite,
limite provisoire d'ailleurs. Il faut toujours s'abstenir de la violence106 (c'est
ordinairement une violence que l'hypothèse de fautes multipliées du lapicide,
quelques raisons qu'on leur cherche et notamment la mélecture de la minute en
cursive107), rester sans impatience et sans hâte, savoir remettre au lendemain et Discours d'inîroc
avoir confiance en l'avenir. Ces méthodes ont marqué depuis plus d'un siècle
un tel progrès continu qu'elles ne cesseront de s'affiner.
Chacun peut comprendre à fond la méthode en l'appliquant, dans sa langue,
à une feuille de journal dont il mutilera ou tachera des colonnes. Il y pourra
expérimenter la restitution par le texte lui-même, par les autres exemplaires Lorsque le Com
et par les parallèles, et la difficulté croissante, allant jusqu'à l'impossibilité, le grand honneur de
selon qu'il a affaire à des annonces de vente aux enchères, à des informations
je m'interrogeai nat
de caractère politique, sportif, criminel ou anecdotique (accidents, nécrologies,
direction où vous c
etc.), à des papiers politiques de première page, à la critique littéraire ou
présentation d'une
artistique ou au feuilleton, aux poèmes s'il en trouve encore en ces feuilles. 488
journée ni d'ailleur
inscription, la soluti
tout cas une commu
présentées avec gén<
le Comité en a chois
et susciter là-dessus
et programme à un
dispersion des cornu
préliminaire, une ini
Une introductioi
vingt ans, en ouvran
quinze années de se]
principes pour les ti
de la considérer dai

*. Publié dans Bull. Asso


106. Voir les remarques dans Studii Clasice 9 (1967), 115-116 (= Opéra VI, 259-260). fur gr. und la:. Epis
107. Cf. n. 42. n° 363.