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Ethnophilologie.

Deux études de cas1

ca r lo g i n z b u rg

Résumé
Mon essai porte sur deux cas, deux individus, ayant vécu à peu près à la
même époque, entre le xvie et le xviie siècles. L’un est très connu : Garci-
laso de la Vega, « El Inca ». L’autre est connu seulement par les spécia-
listes : John David Rhys. Le premier, fils d’un soldat espagnol et d’une
princesse Inca, analysa sa langue maternelle en utilisant la langue de
son père, dans laquelle il écrivit ses œuvres historiques. Le second, né
au Pays de Galles, étudia la médecine à Sienne, écrivit sur la langue ita-
lienne (en latin) et sur la langue latine (en italien) avant de se dédier à
l’analyse de sa langue maternelle. Une comparaison entre les deux cas
permet d’avancer quelques réflexions d’ordre général.
Mots-clés : homonymie, homophonie, traduction, Garcilaso de la
Vega « El Inca », John David Rhys

Abstract
My essay concerns two cases, two individuals, who lived at about the
same time, between the sixteenth and seventeenth centuries. One is
very well known: Garcilaso de la Vega, « El Inca ». The other is known
only by specialists: John David Rhys. The first, the son of a Spanish sol-
dier and an Inca princess, analysed his mother tongue using his father’s
language, in which he wrote his historical works. The second, born in
Wales, studied medicine in Siena, wrote on the Italian language (in
Latin) and on the Latin language (in Italian), before devoting himself
to the analysis of his mother tongue. A comparison between the two
cases allows us to put forward some general reflections.
Keywords: homonymy, homophony, translation, Garcilaso de la Vega
“El Inca”, John David Rhys

1  Des versions préliminaires de ce texte ont été présentées, en français, à la


Sorbonne (en juin 2016) et à un symposium de la Société suisse de philosophie
(septembre 2016) ; en anglais, à l’université d’Erfurt (en juillet 2016). Je tiens à
exprimer ma reconnaissance à Maria Luisa Catoni ainsi qu’à Giulio Lepschy pour
leurs suggestions bibliographiques. Je remercie Martin Rueff et Silvio Levi pour la
traduction française. 157
On ne saurait se lancer aujourd’hui dans un travail en histoire des idées
carlo ginzburg

dans une perspective globale sans prendre en compte le Dictionnaire


des intraduisibles, qu’il s’agisse de le lire dans sa version française ou
dans une de ses multiples traductions. À coup sûr, l’imposant Vocabu-
laire européen des philosophies, édité par Barbara Cassin et un groupe
d’éminents chercheurs a tapé dans le mille – ce qui explique, outre la
grande qualité de la plupart de ses entrées, son succès immense. Dans
un monde toujours plus globalisé, la pluralité des langages, ainsi que
leur traductibilité, sont devenues un enjeu décisif – en dépit de la pré-
valence de l’anglais, ou peut-être même à cause de cette prévalence.
Ce qui est intraduisible, écrit Barbara Cassin dans l’introduction
de son Vocabulaire, « c’est plutôt ce qu’on ne cesse pas de (ne pas)
traduire2 ». En d’autres termes : dès lors que toute traduction est
inadéquate, le processus de traduction est infini. Mais sommes-nous
autorisés à soutenir, à un niveau métalinguistique, qu’il existe aussi
des « traductions incorrectes » ? Dans notre vie de tous les jours nous
répondrions sans hésiter que « oui », de telles traductions existent
bel et bien. Pensons un instant à la distinction entre left et right, et
imaginons qu’un étranger doté d’un piètre anglais ne la maîtrise pas.
Plongeons-le maintenant, disons, dans New York. Soit. Est-il possible
d’étendre un tel argument au domaine de l’histoire des idées ? La
réponse, une fois de plus est « oui », à moins que nous nous prenions
à soutenir que les idées n’ont aucun rapport avec la vie de tous les
jours – ce que les significations de right dans différentes langues per-
met de démentir catégoriquement3. Mais s’il existe des traductions
incorrectes, les positions relativistes de Barbara Cassin deviennent
intenables4. Le Dictionnaire des intraduisibles a survécu et survivra à
l’idéologie qui l’a inspiré.
Je voudrais aujourd’hui me concentrer sur des traductions incor-
rectes envisagées selon une double articulation, que le Dictionnaire
des intraduisibles considère de manière marginale seulement : a) la
translittération, comme étape préalable à la traduction, et b) l’homo-
phonie. Comme on peut l’apprendre à l’entrée « Traduire », le mot hel-
lenizein, « traduire en grec », était parfois utilisé pour indiquer l’opé-
ration de translittération, ce qu’atteste par exemple un passage des
Antiquités judaïques de Flavius Josèphe (I, 6, 1)5. Une telle contiguïté

2  Cassin B. (dir.) (2004), Vocabulaire européen des philosophies. Dictionnaire des


intraduisibles, Paris, Seuil/Le Robert, p. XVII.
3  Voir l’entrée « droit » (due à C. Audard) dans Cassin B. (dir.) (2004), Vocabulaire
européen des philosophies, op. cit., p. 1088-1091.
4  Voir Cassin B. (dir.) (2014), Philosopher en langues. Les intraduisibles en traduc-
tion, Paris, Éditions rue d’Ulm.
5  Cassin B. (dir.) (2004), Vocabulaire européen des philosophies, op. cit., voir l’en-
trée «  Traduire  », p.  1307, avec une référence aux Antiquités juives de Flavius
Josèphe I, 6, 1 : « Car de tels noms sont ici prononcés à la manière des Grecs, pour la
158 satisfaction de mes lecteurs. Car le langage de notre pays ne les prononce pas ainsi.
fonctionne aussi pour nous : dans le cas de l’homophonie (c’est-à-

dossier
dire de mots qui ont presque le même son et un sens différent), la
translittération peut parfois se révéler trompeuse. Dans son introduc-
tion, Barbara Cassin rejette l’homophonie en ces termes : «L’homo-

ethnophilologie. deux études de cas 


phonie (le vert et le verre) n’est qu’un cas extrême et une caricature
moderne6 » de l’homonymie. Cette remarque étonnante est éclairée
par le développement suivant qu’on trouve à l’entrée « Homonyme/
synonyme » rédigée par Barbara Cassin et Irène Rosier-Catach :

Elle [l’homophonie] se présente alors comme un phénomène mar-


ginal, lié au signifiant, pouvant intéresser la psychanalyse et les
amateurs de mots d’esprit, mais d’une importance secondaire pour
l’analyse du langage7.

Pour ma part, je m’intéresse à la psychanalyse, et un peu plus aux


jeux de mots que par le passé. Et pourtant, je m’apprête à soutenir,
sur la base du cas très singulier qui va m’occuper : a) que ce que nous
considérons comme une homophonie peut parfois résulter d’une
mauvaise translittération  ; b)  que cette mauvaise translittération
peut avoir des implications sémantiques aussi bien qu’idéologiques ;
c) que l’homophonie mérite plus qu’une référence négligente et qu’il
faut la réinscrire dans un cadre bien plus large qui est celui des rela-
tions entre l’oral et l’écrit.
Je vais aborder ces deux enjeux en comparant deux études de cas.
Chacun de ces cas porte sur un individu. Le premier est célèbre, le
second ne l’est pas – bien qu’il ait attiré l’attention de quelques cher-
cheurs de haut niveau. Comme ces deux cas impliquent une approche
comparative des phénomènes linguistiques et culturels, la comparai-
son entre les deux cas préparera la voie à une comparaison au second
degré.

Mais dans tous les cas, les noms finissent d’une seule et même façon : car le nom
que nous prononçons ici Noeus, est Noah là-bas : et il se termine de la même façon
quel que soit le cas. »
6  Cassin B. (dir.) (2004), Vocabulaire européen des philosophies, op. cit., voir l’in-
troduction, p. XX.
7  Ibid., voir l’entrée « Homonyme/Synonyme », p. 571. L’évaluation rétrospective
de Barbara Cassin est d’autant plus frappante si on la compare avec cette note
différente, sinon contradictoire: « Le dictionnaire des intraduisibles vient après
coup confirmer combien performance et signifiant ont partie liée avec la sophis-
tique, qu’Aristote accuse de vouloir profiter de “ce qu’il y a dans les sons  de la
voix et dans les mots” pour refuser la décision du sens, l’univocité, la prohibition
de l’homonymie qui font le nerf du principe de contradiction [Aristotle, Met., IV,
5, 1009°20-22]. » (B. Cassin [2014], Philosopher en langues, op. cit., p. 11) La distinc-
tion entre homophonie et homonymie n’avait pas été suffisamment établie dans
un essai qui peut être considérée comme le point de départ du Dictionnaire des
intraduisibles : voir Cassin B. (1989), « Homonymie et amphibolie, ou le mal radical
en traduction », Revue de Métaphysique et de Morale, 94, p. 71-78. 159
I.
carlo ginzburg

1. Gómez Suárez de Figueroa, qui prit plus tard comme nom de plume
Garcilaso de la Vega « El Inca », est né à Cuzco en 1539. Fils d’un
conquistador Espagnol et d’une princesse Inca, il quitte sa ville natale
à la mort de son père et part pour l’Espagne en 1560. Après une car-
rière militaire ratée il se consacre aux lettres, apprend le latin et l’ita-
lien, mais reste attaché à ses multiples origines ethniques et linguis-
tiques8. Dans les premières pages de ses écrits, à commencer par sa
traduction de l’italien des Dialoghi d’amore de Léon Hébreu (Jehuda
Abravanel), publiés à Madrid en 1590, Garcilaso se présente fière-
ment comme « Inca », « El Inca », c’est-à-dire comme un membre de
la famille royale Inca9. Ses Comentarios Reales de los Incas, dont la pre-
mière partie est publiée à Lisbonne en 1609 (la seconde partie paraîtra
à titre posthume en 1617) sont considérés comme la plus ambitieuse
de ses œuvres historiques. Garcilaso meurt à Cordoue en 161610.
Il y a quelques années je suis tombé par hasard sur une traduction
française des Comentarios Reales de Garcilaso, publiée à Amsterdam
en 1704 sous le titre Histoire des Yncas11. Deux chapitres m’ont par-
ticulièrement intéressé. Garcilaso note que les Espagnols ont fait du
terme huaca, qu’ils traduisent par « idole », un signe de la grande
diffusion de l’idolâtrie chez les populations indigènes des Andes.
Mais pour Garcilaso, il ne s’agit que l’une des significations que peut
prendre le terme huaca :

Ces Indiens appellent encore Huaca toutes les choses qui sur-
passent en excellence et en beauté celles de leur espèce, comme
une rose, une pomme et les autres fruits, qui sont meilleurs ou plus
beaux que tous ceux de l’arbre […]. Malgré tout cela, ils nomment
Huaca les choses difformes et monstrueuses, qui donnent de l’hor-
reur et de l’épouvante à ceux qui les voient.

8  On trouve une liste non exhaustive des ouvrages de la bibliothèque de Garcilaso


dans Durand J. (1948), « La Biblioteca del Inca », Nueva Revista de Filología Hispa-
nica, 3, p. 239-264.
9  Garcilaso de la Vega (1989 [1590]), La traduzion del Indio de los tres Dialogos de
amor de Leon Hebreo, hecha de Italiano en español por Garcilasso Inga de la Vega,
natural de la gran ciudad de Cuzco, reproduction anastatique avec une introduction
de M. De Burgos Núñez, Séville, Padilla Libros.
10  Garcilaso de la Vega (1985), Comentarios Reales de los Incas, édité par A. Miró
Quesada, Lima, Biblioteca Clásicos del Perú/Ediciones del Centenario del Banco de
Crédito del Perú. Quelques suggestions, au sein d’une bibliographie immense : Miró
Quesada A. (1994 [1948]), El Inca Garcilaso, Lima, Fondo Editorial Pontificia Universi-
dad Católica del Perú ; Morales Saravia J., Penzkofer G. (dir.) (2011), El Inca Garcilaso
de la Vega : entre varios mundos, Lima, Universidad Nacional Mayor de San Marcos.
11  Garcilaso de la Vega (1715), Histoire des Yncas, rois du Perou ; contenant leur ori-
gine, depuis le premier Ynca Manco Capac, leur etablissement, leur idolatrie... Avec
une description des animaux, des fruits, des mineraux, des plantes, &c., traduite de
160 l'espagnol par Jean Baudoin, 2 tomes, Amsterdam, chez Jacques Desbordes.
Ou bien des évènements qui sortent de l’ordinaire comme des

dossier
jumeaux, ou encore :

Les enfants qui naissaient avec quelque défaut extraordinaire,

ethnophilologie. deux études de cas 


soit qu’ils eussent six doigts à une main, ou à l’un des pieds, ou
qu’ils naquissent bossus, ou qu’il y eut quelque chose de singulier
dans leur visage, comme une lèvre fendue (ce qui arrive souvent
parmi eux)12.

Huaca renvoie donc à toute sorte d’anomalie, mais aussi aux phé-


nomènes naturels grandioses, tels que la source d’une rivière, ou les
impressionnantes montagnes couvertes de neige qui traversent le
Pérou (les Andes). Tout cela, poursuit Garcilaso, n’était pas considéré
comme des « divinités, mais ils voulaient montrer seulement qu’elles
avoient quelque chose de particulier et d’extraordinaire, qui les obli-
geait d’en parler avec beaucoup de respect et de vénération13 ».
Les Espagnols firent une autre erreur : il n’y a pas de verbe pour le
nom Huaca qui signifie « Idolâtrer ou commettre idolâtrie14 ». Mais
« si l’on en prononce la dernière syllabe au plus profond du gosier,
huaca passe pour un verbe et signifie pleurer ».
La différence, comme le souligne Garcilaso :

[…] ne consiste que dans la différente manière de prononcer, sans


qu’on change les lettres ni l’accent. Car la dernière syllabe du
même mot, se prononce tantôt du fond du gosier, et tantôt en
tirant la langue vers le haut du palais (la última sílaba de la una
dicción se pronuncia  en lo alto del paladar y la de la otra en lo inte-
rior de la garganta). On peut dire que les Espagnols n’ont aucun
égard à cette différence de prononciation, parce qu’elle n’a rien de
commun avec leur propre langue15.

2. On a pu qualifier Garcilaso de «  premier mestizo Américain,


tant au sens biologique que culturel » du terme16. Dans les passages
que je viens de lire, il utilise la langue de son père, l’espagnol, pour
défendre la langue de sa mère, le quechua, contre les déformations
des Espagnols. « Con la espada, con la pluma » (avec l’épée, avec la
plume) : la devise inscrite sur le blason de Garcilaso, affiché sur le
frontispice de ses Comentarios Reales, offrait une belle récapitulation

12  Garcilaso de la Vega, Comentarios Reales, op. cit., p. 68 (livre II, ch. IV).


13  Ibid., p. 68-69 (livre II, ch. IV).
14  Ibid., p. 67 (livre II, ch. IV).
15  Ibid., p. 70 (livre II, ch. V).
16  López-Baralt M. (2005), « La traducción come etnografía en los Andes : El Inca
Garcilaso », dans López-Baralt M., Para decir el Otro. Literatura y antropología en
nuestra America, Madrid, Iberoamericana, p. 119-146;  Gruzinski S. (1999), La pen-
sée métisse, Paris, Fayard. 161
de la trajectoire vécue par l’auteur tout comme une exacte évocation
carlo ginzburg

des ambitions de son livre. Mais l’exposé de Garcilaso ne se limite pas


au domaine de la linguistique : ses remarques sur la complexité du
terme huaca visent en réalité à supprimer les stigmates de l’idolâtrie
des populations andines17. Aujourd’hui nous sommes tentés de regar-
der Garcilaso comme un anthropologue autochtone qui dénonçait
l’arrogance des colons.
Et pourtant, s’en tenir à ce portrait, aussi attirant soit-il, serait sim-
pliste. À peine avais-je commencé à me pencher sur Garcilaso que je
tombais sur des éléments surprenants. Tout d’abord, j’ai découvert
que cela faisait longtemps que les chercheurs avaient remarqué que
Garcilaso avait anticipé ses remarques sur le huaca dans une longue
note griffonnée dans la marge d’un exemplaire de l’Historia General
de las Indias de López de Gómara (l’exemplaire, qui contient aussi des
notes écrites d’une autre main, est actuellement conservé à la Biblio-
thèque Nationale de Lima). José Luis Rivarola, qui publia cette note,
la considère à juste titre comme la cellule génératrice des remarques
développées dans plusieurs chapitres des Comentarios Reale de los
Yncas18. Mais dans la version finale, un élément a été laissé de côté :
une éloquente comparaison entre les deux prononciations du terme
huaca et les cris de la pie et du corbeau :

Puisqu’en espagnol nous n’avons pas de lettres qui nous permet-


traient de produire ces sons, j’ai choisi de les comparer aux cris
de la pie et du corbeau ; la pie prononce à l’extérieur du palais et
le corbeau dans la gorge, ainsi prononcer comme la pie signifie
« idole » et prononcer comme le corbeau « pleurer »19.

17  Le livre important de C. Brosseder ne mentionne pas les remarques de Gar-


cilaso : Brosseder C. (2014), The Power of Huacas. Change and Resistance in the
Andean World of Colonial Peru, Austin, University of Texas Press. Merci à Martin
Mulsow qui a attiré mon attention sur ce livre.
18  Rivarola J. L. (2011), « La génesis de los Comentarios Reales. Examen de algunas
apostillas del Inca a la Historia de Gómara », dans Morales Saravia J., Penzkofer G.
(dir.), El Inca Garcilaso de la Vega, op. cit., p. 75-91, et surtout p. 85-86. Voir aussi
Durand J. (2011), « La Biblioteca del Inca », op. cit., p. 253-254.
19  « [pues] que no tenemos le[tras] en la len[gua] española co[mo] hazer las t[ales]
pronunciaciones me parecio compararlas a las [que] hazen la urraca y el cuervo en
sus graznidos: que la urraca pronuncia afuera en el paladar: y el cuerv[o] dentro en
las fauc[es] pues prounciando como la urraca un […] ydolo. Y pronunciando como
el cuer[v]o significa [llo]rar » (Rivarola J. L. (2011), « La génesis », art. cité, p. 85).
J’ai utilisé la traduction proposée par Zamora M. (1988), Language, Authority and
Indignenous History in the Comentarios Reales de los Incas, Cambridge, Cambridge
University Press, p. 71. Voir aussi Miró Quesada A. (1974), « Las ideas lingüisticas
del Inca Garcilaso », Boletín de la Accademia Peruana de la lengua, 9, p. 27-64, et
surtout p. 30-32 ; López de Gómara F. (1994 [1555]), Historia General de las Indias,
édition fac-similé de 1555, introduit et préfacé par A. Miró Quesada (dir.), Lima,
Comisión nacional del V Centenario del Descubrimiento de América-Encuentro de
162 dos Mundos, f. LVI r.
Au premier abord, la comparaison de Garcilaso mettant en scène

dossier
des animaux semble trouver son origine dans la vie quotidienne et
se fonder sur la surprenante faculté, probablement enracinée dans la
culture orale andine dans laquelle il avait grandi, qu’avait Garcilaso

ethnophilologie. deux études de cas 


de distinguer très finement des sons liés à l’environnement naturel.
Mais à regarder de plus près sa note manuscrite on découvre une rela-
tion plus complexe entre culture orale et culture écrite.
« Puisqu’en espagnol nous n’avons pas de lettres qui nous permet-
traient de produire ces sons... » : cette phrase, qui peut nous sembler
un truisme aujourd’hui, ne l’était certainement pas à l’époque de son
auteur. Les lettres impliquent un langage écrit et alphabétique. Elles
peuvent être considérées comme un pont entre le parler quechua et le
parler espagnol, à deux conditions : que le quechua puisse être trans-
crit en espagnol ; et si c’est le cas, que quelqu’un en ait été capable
et qu’il s’en soit donné les moyens. Garcilaso aborde les deux ques-
tions en s’appuyant sur deux traditions intellectuelles différentes :
d’une part, l’héritage grammatical de l’antiquité grecque et latine, et
d’autre part, les récents travaux sur la grammaire quechua des mis-
sionnaires catholiques qui avaient opéré dans les Andes. Ces deux
traditions n’étaient pas indépendantes ; l’une avait précédé l’autre20.
Prenons par exemple les Institutiones grammaticae de Priscien de
Césarée, le grand grammairien qui vécut entre la fin du ve et le début
du vie  siècles. Au commencement de son imposant traité, au cha-
pitre intitulé « De voce » (Du son), Priscien classe les sons en quatre
catégories : les sons peuvent a) avoir un sens (articulata) ; b) être
dépourvus de sens (inarticulata) ; c)  être transcrits (litterata) ; ou
d) ne pas être transcrits (illitterata). Ces caractéristiques peuvent se
combiner : « des sons comme coax et cra peuvent être transcrits, mais
manquent de sens21. » Coax et cra sont tous deux des onomatopées,
mimant respectivement le cri de la grenouille et du corbeau (bien que
cra fût aussi utilisé plus tard pour le cri de la grenouille). Garcilaso,
en suivant Priscien, considéra le mot quechua huaca comme une série
de sons susceptibles d’être transcrits, comparables au cra du corbeau.
Ensuite, en se distinguant de son prédécesseur, Garcilaso fit valoir
que ces sons n’étaient pas seulement susceptibles d’être transcrits,
mais qu’ils avaient aussi un sens différent selon la prononciation,

20  Rosier-Catach I. (dir.) (1988), L’héritage des grammairiens latins de l’antiquité


aux Lumières. Actes du colloque de Chantilly, 2-4 septembre 1987, Louvain/Paris,
Peeters ; Durston A. (2007), Pastoral Quechua. The History of Christian Translation
in Colonial Peru, 1550-1650, Notre Dame, University of Notre Dame Press.
21  Priscianus grammaticus Caesariensis (1527), Libri omnes, Venise, in aedibus
Aldi et Andreae Asulani soceri, p. 2 v ; Défaux G. (dir.), avec la collaboration de
Colombat B. (2003), Lyon et l’illustration de la langue française à la Renaissance,
Lyon, ENS Éditions, p. 186-187. Voir Robis R. H. (1988), « Priscian and the Context
of His Age  », dans Rosier-Catach  I. (dir.), L’héritage des grammairiens latins,
op. cit., p. 49-55. 163
différence qu’il renvoya à celle qui sépare le cri du corbeau et celui
carlo ginzburg

de la pie et qui échappa aux Espagnols. On peut dire, en reprenant


les catégories développées par l’anthropologue et linguiste américain
Kenneth Pike, que Garcilaso adopta une perspective « étique » (liée
au point de vue de l’observateur) afin d’aboutir à une perspective
« émique » (liée au point de vue de l’acteur)22.
Garcilaso était bien conscient que transcrire la langue quechua
dans l’alphabet latin n’était pas une mince affaire. Dans ses notes sur
l’Historia General de las Indias de López de Gómara, Garcilaso (ainsi
que le souligna Aurelio Miró Quesada) écrit guaca et guacha, alors
que dans ses Comentarios Reales, il écrit huaca, notant que dans la
langue Inca il n’y a pas de « g »23. Ce changement de transcription
prend en compte la graphie huaca, utilisée par le jésuite espagnol
Diego González Holguín dans son vocabulaire du quechua publié
en 1608, sous le titre Vocabulario da le lengua general de todo el Peru
llamada lengua Qquichua, o del Inca. Deux entrées du vocabulaire
sont dédiées à huaca. Voici la première :

Idoles, petites images représentant des humains ou des animaux


qu’ils [les autochtones] transportent avec eux.

Et la seconde :

« Personne avec les narines fendues ou un bec-de-lièvre » : défini-


tion suivie par une expression quechua traduite par « jumeaux »24.

Ces deux entrées font état de certaines des acceptions du terme


huaca, pris ici en tant que nom, que Garcilaso cite dans ses Comenta-
rios reales, publiés un an après González Holguín et son Vocabulario25.
Mais la transcription fournie dans le Vocabulario, s’appuyant sur l’al-
phabet latin, occulte la différence de prononciation. Pour avancer
son point de vue contre l’interprétation erronée des Espagnols de la
prononciation quechua, Garcilaso doit s’en remettre à un outil analy-
tique différent, mais inscrit lui aussi dans la tradition de l’alphabet.

22  J’ai travaillé la distinction proposée par Pike dans Ginzburg C. (2012), « Our
Words, and Theirs: A Reflection on the Historian’s Craft, Today », dans Fellman
S., Rahikainen M. (dir.), Historical Knowledge. In Quest of Theory, Method and Evi-
dence, Cambridge, Cambridge Scholars Publishing, p. 97-119.
23  Garcilaso de la Vega, Comentarios Reales, op. cit., p. 67 note 1.
24  Gonzalez Holguin D. (1989), Vocabulario de la lingua general de todo el Peru
llamada lengua Qquichua o del Inca, edición facsimilar de la versión de 1552, incluye
addenda, présenté par R. Matos Mendieta, avec un prologue de R. Porros Barre-
nechea, Lima, Universidad Nacional Mayor de San Marcos.
25  Ce point avait été souligné par Zamora M. (1988), Language…, op. cit., p. 177
note 12 ; sur huaca voir aussi p. 71-76. Cerrón-Palomino R. (1993), « Los fragmen-
tos de gramática quechua del Inca Garcilaso », Lexis, XVII, 2, p. 219-257 ; sur huaca,
164 p. 231-232.
3. Dans un passage mémorable du Dialogue sur les deux grands sys-

dossier
tèmes du monde, Galilée loue l’alphabet comme « le sceau de toutes
les belles découvertes humaines » : « par la combinaison de vingt
caractères (venti caratteruzzi) sur une feuille » nous pouvons « par-

ethnophilologie. deux études de cas 


ler à ceux qui sont aux Indes, à ceux qui ne sont pas nés encore et
ne naîtront pas avant mille ans »26. Inventé au Proche-Orient, puis
remodelé en Grèce au viiie siècle av. J. C., en sélectionnant à partir du
continuum oral un nombre limité d’éléments, l’alphabet est devenu
un des outils les plus efficaces qui soient pour écrire27.
Avec l’alphabet il ne s’agit pas de mimer la parole ; on nous livre
un modèle, une maquette, mais sans les instructions qui nous per-
mettent de prononcer ce qui est écrit, à la différence de ce que fait
Garcilaso dans ses Comentarios reales : « Si l’on en prononce la der-
nière syllabe au plus profond du gosier, [huaca] passe pour un verbe,
et signifie pleurer. »
Relisons les remarques sur la différence entre ces deux mots, le
nom et le verbe :

[Elle] ne consiste que dans la différente manière de prononcer,


sans qu’on change les lettres ni l’accent. Car la dernière syllabe
du même mot, se prononce tantôt du fond du gosier, et tantôt en
tirant la langue vers le haut du palais (la última sílaba de la una dic-
ción se pronuncia en lo alto del paladar y la de la otra en lo interior
de la garganta). On peut dire que les Espagnols n’ont aucun égard
à cette différence de prononciation, parce qu’elle n’a rien de com-
mun avec leur propre langue28.

Qu’est-ce qui a permis à Garcilaso le mestizo de comparer la langue


de son père à celle de sa mère ? Je tâcherai d’avancer une réponse à
cette question plus loin. Commençons par regarder de plus près les
précédentes descriptions physiologiques du langage qu’il a pu utili-
ser pour rendre compte de la prononciation du quechua.
4. Denys d’Halicarnasse, historien grec et professeur de rhéto-
rique, naquit en 60 avant notre ère et mourut en l’an 7 de notre ère.
Il est l’auteur de nombreuses œuvres comme les Antiquités Romaines
et La composition stylistique (traduit en latin par De compositione ver-
borum). Dans ce dernier ouvrage il décrit de façon détaillée comment

26  Galilei G. (1970), Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo, édité par
L. Sosio, Turin, Einaudi, p. 130.
27  Catoni M. L. (2010), Bere vino puro. Immagini del simposio, Milan, Giangia-
como Feltrinelli Editore, p. 154-165 ; Diringer D. (1968), The Alphabet: a Key to the
History of Mankind, 3e édition révisée avec la collaboration de R. Regensburger,
Londres, Hutchinson.
28  Garcilaso de la Vega, Comentarios Reales, op. cit., p. 70 (livre II, chap. V). 165
les mots doivent être prononcés, en se penchant sur chaque lettre de
carlo ginzburg

l’alphabet grec.
Pour les semi-voyelles il écrit :

La prononciation dans chaque cas est à peu près comme suit  :


pour le λ, la langue se lève vers le palais et la trachée maintient le
souffle ; pour le μ, la bouche est solidement fermée par les lèvres,
le souffle se divise et passe par les narines ; pour le ν, la langue
empêche le souffle de passer et renvoie le son vers les narines ;
pour le ρ, le bout de la langue expulse le souffle avec un battement,
en se levant vers le palais, près des dents ; pour le σ, la langue se
lève vers le palais, le souffle passe entre les deux et fait entendre
au niveau des dents un sifflement mince et grêle29.

Cette longue citation était nécessaire pour montrer la subti-


lité et la minutie des grammairiens grecs quand ils entreprennent
de décrire la prononciation de leur propre langue. Diffusée par les
grammairiens latins, puis reprise par les missionnaires (principale-
ment jésuites), cette méthode fut appliquée à une grande variété de
langues à travers le monde, de l’Asie à l’Afrique en passant par les
Amériques, donnant lieu à une pléthore de grammaires, de diction-
naires, et bien sûr de traductions de la Bible30. On pourrait dire – fai-
sant écho à la dichotomie grecque reprise par Wilhelm von Hum-
boldt – que ces descriptions transformèrent le langage conçu comme
ergon (produit) en langage en tant qu’energeia (activité productrice).
Projet grandiose, dont le succès tient à des caractéristiques partagées
par tous les êtres humains : l’accès au langage et le corps. Et pourtant
la réussite d’une telle entreprise reste quand même un phénomène
surprenant.
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’agacement de Garci-
laso face aux Espagnols incapables de comprendre que le mot huaca
puisse changer de sens en fonction de sa prononciation. Il s’agit d’un
minuscule fragment de son œuvre : et pourtant il lui accorde une
importance si grande qu’il en fait la première des règles linguistiques
qui introduisent ses Comentarios Reales31.

29  Denys d’Halicarnasse (1981. Voir aussi Matthews  P. (1994). Garcilaso, qui
connaissait le latin, a pu consulter Denys d’Halicarnasse (1547).
30  Percival W. K. (2004 [1999]), « Nebrija’s Linguistic Oeuvre as a Model for Mis-
sionary Linguists », dans Percival W. K. (dir.), Studies in Renaissance Grammar,
Aldershot, Hampshire, p. 1-14.
31  Garcilaso de la Vega, Comentarios Reales, op. cit., p. 7 : « Que unas sílabas se pro-
nuncian en los labios, otras en el paladar, otras en lo interior de la garganta, como
166 adelante daremos los ejemplos donde se afrecieren. »
II.

dossier
1. Le cas que je m’apprête à comparer à celui de Garcilaso nous
plonge dans un tout autre monde. Comme toujours, une comparai-
son implique autant de divergences que de similitudes ; il nous faut

ethnophilologie. deux études de cas 


apprendre des unes et des autres.
John David Rhys est le contemporain de Garcilaso  : il est né à
Llanfaethlu, Anglesey au Pays de Galles, en 1534 et mort en 1619 ou
quelques années après. Il étudie la médecine à Sienne où il obtient
son diplôme ; puis il enseigne le latin à Pistoia. Pendant son séjour en
Italie il publie un livre en italien sur le latin (Regole della costruttione
latina, Venise 1567) et un autre en latin sur la langue italienne (Peru-
tilis exteris nationibus de Italica pronunciatione et orthographia libel-
lus, Padoue 1569)32. Ce dernier, comme son titre l’indique, s’adresse
aux étrangers désireux d’apprendre à parler et à écrire l’italien : Alle-
mands, Anglais, Français, Espagnols, Polonais, Portugais, comme il le
dit à plusieurs reprises. Rhys décrit la prononciation de chacune des
lettres de l’alphabet italien de manière comparative, en recensant les
variations régionales et en les replaçant dans une perspective linguis-
tique plus générale. Prenons par exemple la lettre « n » :

Tout le monde, Toscans ou autres, s’accordent sur la façon de


prononcer cette lettre. Tous, sans exception, forment ce son dans
la cavité intérieure de la bouche, joignent les lèvres, appuient la
pointe de la langue sur les incisives supérieures, et expulsent l’air
et le son à la fois par la bouche et le nez.

C’est ici en tant que médecin que Ryhs s’exprime, et il continue


ainsi pendant des pages. Après avoir décrit la façon dont le son
connexe « gn » doit être prononcé, le grammairien reprend le dessus
(on notera que certains de ses exemples semblent étranges, faisant
référence à une strate plus ancienne de la langue) :

Les Français associent ce son à la même lettre que les Toscans, c’est-
à-dire gn, comme dans compagnon ; les Espagnols font de même
avec ña, ñe, ñi, ño, ñu, comme dans caña, « chien », ou hazaña,
« crime » ; les Portugais font de même avec nha, nho, nhi, nho, nhu,
comme dans amenham [amanhã] « demain », ponho « je mets »,
nenhua [nenhuma] «  aucun». Les Polonais ont un son similaire

32  Maraschio N. (1980), p. 5-18 ; et Maraschio N. (dir.) (1992). Voir aussi Gwynfor
Griffith T. (1953), p. 72-82 ; Dionisotti C. (1968), p. 37 ; Lepschy G. C. (1978), p. 217-
299, en particulier, p. 219-220 ; Izzo H. J. (1982), p. 335-359 ; Tavoni M. (1990), p.
193 ; De Clercq J., Swiggers P. (1996), p. 147-161. Quant à la date de la mort de
Rhys, je suis Maraschio N. (1980), p. 6 note 3 (« les dernières nouvelles qu’on a de
lui remontent à 1619 ») plutôt que De Clercq J., Swiggers P. (1996), p. 47, (« il est
mort vers 1610-1615 »). 167
à celui-ci qu’ils forment avec la lettre n placée devant un i suivi
carlo ginzburg

d’une autre voyelle : nia, nie, nij, nio, niu. Par exemple niemasz « ce
n’est pas là », se prononce plus ou moins comme si c’était écrit en
toscan gnemasz. Cette règle s’applique pour la première syllabe ;
si une voyelle ne suit pas, le son devient dur, comme par exemple
pour nicz « la neige », qui se prononce comme il est écrit plutôt
que gnicz. Les Gallois, les Allemands, et les Anglais ne possédant
pas un tel son, ils doivent donc suivre autant que possible cette
description jusqu’à ce qu’un professeur les aide avec sa voix et les
sauve de la lassitude et de l’ennui33.

2. Rhys, « comprenait l’italien aussi bien qu’un indigène », écrit


Anthony Wood dans son Athenae Oxonienses (1691)34. Mais cette
connaissance, ainsi qu’on l’a souligné, s’inscrit dans le cadre d’une
démarche scientifique rigoureuse35. Les descriptions de Rhys sont
bien plus fines et détaillées que celles de Garcilaso ; et pourtant, une
similitude entre les deux est indéniable. Cette ressemblance est-elle
due à l’héritage partagé des grammairiens grecs et latins que Rhys
a approfondi et repris, s’appuyant sur sa connaissance de la méde-
cine ? Ou bien faut-il aussi considérer l’hypothèse que Garcilaso a lu
le manuel de Rhys sur la prononciation de l’italien ?
Dans son introduction à Comentarios Reales, Garcilaso note que
« la langue générale du Pérou [...] diffère beaucoup de l’espagnole, de
l’italienne et de la latine36 ». L’italien, l’espagnol et le quechua étaient
les langues qu’il connaissait. On notera, du reste, un paradoxe. Dans
l’introduction de sa première tentative littéraire, la traduction des
Dialoghi d’amore de Léon l’Hébreu, Garcilaso met sur un pied d’éga-
lité son rapport à l’italien et à l’espagnol :

Car ni l’italien, la langue dans laquelle ils [les Dialoghi d’amore] ont
été écrits, ni l’espagnol dans laquelle je les ai traduits ne sont ma
langue maternelle37.

33  Joannes David Rhoesus [John David Rhys] (1992), De Italica pronunciatione et
orthographia, dans Maraschio N. (dir.), Trattati di fonetica del Cinquecento, Flo-
rence, Presso L’Accademia, p. 217-18.
34  Wood A. (1691), Athenae Oxonienses, Londres, Thomas Bennett, p.  304
(note 381).
35  Trabalza C. (1908), Storia della grammatica italiana, Milan, U. Hoepli, p. 207-
209 ; voir le compte rendu par Dionisotti C. (1961), « Compte rendu de T.G. Grif-
fith, Avventure linguistiche del Cinquecento, Florence, 1961 », Giornale storico della
letteratura italiana, 138, p. 451-458 ; N. Maraschio (1980), « Sulla formazione ita-
liana… », art. cité.
36  Garcilaso de la Vega, Comentarios reales, op. cit., I, p. 6.
168 37  J’ai utilisé la traduction de Zamora M. (1980), Language…, op. cit., p. 50.
Une courte digression est ici nécessaire. Dans un article important,

dossier
Carlo Dionisotti a avancé l’hypothèse que le texte italien des Dialoghi
d’amore, publié à Rome en 1535, avait été traduit de l’hébreu, proba-
blement par le biais d’une traduction latine38. Un élément qui étaye

ethnophilologie. deux études de cas 


son argumentation a pourtant échappé à l’immense érudition de Dio-
nisotti. Dans l’introduction de sa traduction (comme Barbara Garvin
a pu le faire remarquer récemment), Garcilaso mentionne un passage
de Della institution morale (Venezia, 1575) d’Alessandro Piccolo-
mini, dans lequel Piccolomini critique celui qui a traduit les Dialoghi
« de l’hébreu à l’italien39 ». Garcilaso rejette cette remarque, dans
la mesure où le traducteur d’une œuvre aussi considérable se serait
fait connaître ; il se fie aussi à la renommée du très érudit jésuite
Jeronimo del Prado, qui connaissait l’hébreu et considérait que la
concision de cette langue était incompatible avec le style imagé des
Dialoghi. Garcilaso insiste lui-même sur le caractère italien du texte
de Léon Hébreu40. Dans un article récent, Barbara Garvin est allée
dans le sens de Garcilaso quand il rejette l’allusion de Piccolomini.
Le débat reste ouvert41. En tout cas, Garcilaso n’avait pas le moindre
doute : les Dialogues d’amour de Léon Hébreu ont été écrits en italien.

38  Dionisotti C. (2008 [1959]), p. 315-332. Une bibliographie plus récente est men-
tionnée dans Gilbhard T. (2004), p. 113-134 ; Nelson Novoa J. (2007), p. 271-282.
Voir surtout Bellinotto E. O. (1973), p. 399-409.
39  Garvin B. (2001), « The Language of Leone Ebreo’s Dialoghi d’amore », Italia.
Studi e ricerche sulla storia, la cultura e la letteratura degli Ebrei d’Italia, 13-15,
p. 181-210 ; Garcilaso de la Vega (1989 [1590]), dédicace. p. ++3 r-v : « Alexandro
Picolomini […] en la institucion moral que compuso, hablando de la amistad, repre-
hende al tradutor, que el dize, que lo traduxo de Hebreo en Italiano, sin dezir quien
es : a mi me parece, que lo haze por reprehender en tercera persona al mismo autor,
porque si alguno lo traduxera de lo Hebreo a lo Italiano, de creer es, que no callara
su nombre en hecho tan famoso ».
Voir A. Piccolomini (1575), p. 423 : « … agevolmente si può vedere quanto errasse
quel dottissimo Ebreo, il qual compose i dialoghi di Filone et di Sofia, dicendo egli
nel dialogo della communità che l’amicitia differisca dall’amore non per altro, se
non perché ella si considera nell’amato, et l’amor nell’amante. La qual cosa, oltra
che non è a pena intelligibile, ella ancor né in Platone, né in Aristotele, né in altro
buono scrittore si potrà trovar mai […] Ma vada questo fallo con alcuni altri che in
quei dialoghi ultimi si ritrovano, là onde Filone insegna a Sofia alcune cose, che né
platoniche né aristoteliche si possono stimare : se già (come io credo) in molte cose
non si dee dar la colpa a chi quella opera di ebreo in lingua nostra tradusse ». Un
exemplaire de Della institution  morale de Piccolomini se trouve dans la liste des
livres qui étaient en possession de Garcilaso, voir Durand J. (2011).
40  Garcilaso de la Vega (1989 [1590]), La traduzion del Indio, op. cit. : le jésuite
Jeronimo de Prado est l’auteur, en compagnie de Juan Bautista Villalpando, d’un
immense travail d’antiquaire : Prado J. de, Villalpando J. B. (1596), In Ezechielem
explanationes et apparatus urbis ac templi Hieroslymitani, commentariis et imagi-
nibus illustratus, 3 vol., Romae.
41  Dans une lettre datée du « 1er juillet 1543 », Claudio Tolomei écrivait que les Dia-
logues d’amour de Léon Hébreu avaient été « traduits en langue toscane » à partir
d’un original écrit « in lingua sua / dans sa langue » – l’hébreu, pour Dionisotti et pour
Isaiah Sonne (voir Dionisotti C. (2008 [1959]), « Appunti » art. cité, p. 324 et 326). 169
Traduire les Dialoghi d’amore a dû signifier un travail considérable
carlo ginzburg

et une immersion totale dans une langue étrangère. Le fascicule de


Rhys destiné aux étrangers sur l’orthographe et la prononciation ita-
lienne a pu retenir l’attention de Garcilaso. Il a été suggéré que les
notes marginales de Garcilaso sur l’Historia General de las India de
López de Gómara ont pu être rédigées au moment où la traduction
des Dialoghi d’amore paraissait42. Le passage de Garcilaso sur les pro-
nonciations de huaca, différentes selon qu’on utilise le palais ou la
gorge, a peut-être été influencé par la lecture de Rhys et par ses des-
criptions des différents organes sollicités dans la prononciation des
lettres de l’alphabet43.
3. Ceci n’est qu’une hypothèse, qui nécessiterait d’autres éléments
pour être validée. Cependant, la comparaison entre Garcilaso de la
Vega « El Inca » et John David Rhys, qui latinisa son nom en Johannes
David Rhoesus, s’avère fructueuse sur un autre plan. Les deux
hommes vivaient plus ou moins à la même époque en des lieux diffé-
rents, et tous deux furent capables de considérer les langues (y com-
pris la leur) dans une perspective comparatiste, grâce à leur position
marginale dans la société. Dans son introduction à ses Comentarios
Reales, Garcilaso note : « qu’il y a six lettres qui manquent dans l’al-
phabet péruvien ou même huit ». Dans un passage déjà mentionné,
Rhys fait une remarque similaire lorsqu’il compare les différentes
langues.

Cela fait voir, poursuit Garcilaso, que les Espagnols qui les y
ajoutent ne peuvent qu’altérer et corrompre ce langage, et que
d’un autre côté, les Indiens, qui ne les ont point, ne peuvent que
prononcer fort mal l’Espagnol. On ne doit pas trouver mauvais que
je tâche de conserver ma langue maternelle dans toute sa pureté,
et que j’écrive des mots Indiens de la même manière que les gens
du Pays les prononcent, excepté lorsqu’il s’agit de quelques cita-
tions tirées des auteurs Espagnols. Dans ce dernier cas, je suis leur
orthographe, et je me flatte qu’on ne m’accusera point pour cela de
me contredire44.

Garvin interprète « in lingua sua » comme une référence au style de Léon Hébreu
(Garvin B. (2001), « The Language… », art. cité, p. 186-87). Mais il paraît peu pro-
bable que Piccolomini (étant de Sienne, comme Tolomei) ait eu l’intention de
contredire tacitement la thèse formulée par un concitoyen aussi célèbre. On peut
supposer qu’il faisait plus probablement allusion à une tradition orale que Tolomei
partageait aussi.
42  López-Baralt M. (2011), El Inca Garcilaso, traductor de culturas, Madrid/Franc-
fort, Iberoamericana/Vervuert, p. 313.
43  Maraschio N. (1980), « Sulla formazione… », art. cité, p. 18 : « In nessun’altra
opera italiana sulla pronuncia, grammatica o altro, si trova una esattezza in qualche
modo avvicinabile a quella del Rhys nella descrizione del processo articolatorio. »
170 44  Garcilaso de la Vega (1985), Comentarios Reales, op. cit., p. 7-8.
Ce passage remarquable nous montre que Garcilaso adopte un point

dossier
de vue de philologue lorsqu’il s’attache à conserver la pureté de sa
langue maternelle. Son attention particulière à ne pas altérer l’ortho-
graphe originelle du quechua et de l’espagnol a peut-être été encou-

ethnophilologie. deux études de cas 


ragée par Rhys et par la focalisation sur l’exactitude orthographique
dont il fait montre dans De Italica pronunciatione et orthographia
libellus. Nous ignorons si Garcilaso l’a effectivement lu ; en revanche
nous savons qu’au début de sa carrière littéraire il a appris l’italien et
qu’il a passé plusieurs années à traduire les Dialoghi d’amore de Léon
l’Hébreu. Une langue étrangère comme l’italien lui a donc permis de
se distancier de sa langue maternelle et paternelle et d’adopter un
point de vue qu’on appellerait, aujourd’hui, comparatiste45.
4. On pourrait considérer que la trajectoire de Rhys fut similaire.
Il quitta le Pays de Galles pour l’Italie, dont il apprend la langue et
analyse la structure du latin en se servant de l’italien et en adoptant
le point de vue d’un italien. Il se livre aussi à un autre exercice : ana-
lyser la langue italienne par le truchement du latin. Dans la seconde
moitié de sa vie, une fois revenu dans les Îles Britanniques (la date
exacte reste inconnue), il décide de publier une grammaire du gallois,
sa langue maternelle : Cambrobrytannicae Cymrecaeve linguae insti-
tutiones et rudimenta (Londres, 1592). Carlo Dionisotti a souligné
l’influence de son séjour italien sur cette œuvre tardive, influence
qui se manifeste jusque sur la couverture, puisque Rhys se désigne
comme « médecin siennois46 ». La philologie comparative a permis
à Rhys de se consacrer à une analyse rigoureuse et passionnée de sa
langue maternelle. Il en va de même pour Garcilaso : la démarche
comparative lui a permis d’accéder, non pas à la découverte de son
identité (mot aujourd’hui à la mode et qui finit par se révéler perni-
cieux), mais à son auto-identification.
5. Deux chapitres du livre El Inca Garcilaso, traductor de culturas
de Mercedes López-Baralt sont respectivement intitulés « Etnólogo
avant la lettre » et « Un Inca filólogo »47. Le terme « ethnophilolo-
gie » que j’ai employé dans le titre de ma présentation semble donc
aller de soi dans le cas de Garcilaso. Je l’adopte également dans celui
de John David Rhys en raison de son approche comparative ambi-
tieuse de la prononciation et de l’orthographe italiennes. La philolo-
gie, loin d’être incompatible avec une démarche comparative, en est
évidemment l’un des meilleurs instruments.
Cette conclusion pourrait paraître évidente  ; en fait, elle ne
l’est pas, et pour plusieurs motifs. Tout d’abord, le sens même

45  Sur la rareté des livres espagnols et sur l’abondance des livres italiens dans la
bibliothèque de Garcilaso, voir Durand J. (1948), « La Biblioteca del Inca », art.
cité, p. 239 et suiv.
46  Voir Dionisotti C. (1961), « Compte rendu de T.G. Griffith », art. cité.
47  López-Baralt M. (2011), El Inca Garcilaso, op. cit., chapitres 3 et 4. 171
d’« ethnophilologie » ne va pas de soi. Ce terme a été utilisé dans
carlo ginzburg

un sens très restrictif par quelques anthropologues américains, qui


l’ont assimilé à la reconstruction de traditions orales marginales 48.
De manière encore plus discutable, ce terme a été utilisé pour oppo-
ser les documents écrits, considérés comme apanage de l’élite, à la
tradition orale comme mode d’expression des groupes subalternes :
en d’autres termes, pour rejeter la philologie au nom de l’ethnolo-
gie comparative49. De tels arguments ne méritent pas d’être pris au
sérieux. Opposer des matériaux écrits et oraux est simpliste : les deux
cas que je viens d’étudier montrent à quel point leur relation peut
être complexe. Depuis longtemps les antiquaires d’abord, et les his-
toriens ensuite se sont penchés sur les documents (y compris sur des
documents écrits) en essayant de les interpréter dans un sens qui ne
correspondait pas aux intentions de ceux qui les ont produits50. Si, à
l’instar de Giambattista Vico, nous appréhendons le terme « philolo-
gie » au sens large, son lien avec « l’ethnologie » devient évident. Le
terme « ethnophilologie » souligne les interactions entre ces deux
traditions. Ce qu’on appelle « croyance » – par exemple, les croyances
idolâtres que les Espagnols attribuaient aux populations andines – a
été transmis par des mots, des objets, des gestes, dont la signification
n’a rien d’évident. Garcilaso, ethnographe et philologue, l’avait bien
compris.

III.
Quelles conclusions provisoires pouvons-nous tirer de ces deux
études de cas et de leur comparaison ? J’essaierai d’en avancer deux.
La première est, en un sens large, politique. Garcilaso de la Vega et
John Rhys ont fini par défendre leur langue maternelle marginalisée
(respectivement, le quechua et le gallois) à travers un long itinéraire
qui impliquait une profonde immersion dans une troisième langue :
il s’agissait alors de l’italien  ; ce serait l’anglais aujourd’hui51. La

48  Tangherlini T. R. (2003), « Afterword: Performing through the Past. Ethnophi-
lology and Oral Tradition », Western Folklore, vol. 62, 1/2, Models of Performance
in Oral Epic, Ballad, and Song, p. 143-149.
49  Benozzo F. (2007), «  Etnofilologia  », Ecdotica, 4, p. 208-230  ; Benozzo F.
(2010), Etnofilologia. Un’introduzione, Naples, Liguori. Voir aussi Benozzo F.
(2013), Appello all’UNESCO per liberare Dante dai dantisti, Alexandrie, Edizioni
dell’Orso, p. 14-15 (un pamphlet facétieux dont le contenu est sérieux, et à mon
avis inacceptable).
50  Voir Ginzburg C. (2015), « Revelaciones involuntarias. Leer la historia a contra-
pelo », dans Id., Cinco Reflexiones sobre Marc Bloch, introduction de E. Cifuentes
Medina, Bogota, Ediciones desde abajo, p. 127-168.
51  Berman A. (2012), Jacques Amyot, traducteur français. Essai sur les origines de
la traduction en France, Paris, Belin, p. 37 : « Contrairement à ce que l’on pense
encore, la traduction n’est pas un processus qui joue simplement entre deux lan-
gues face à face. Ou, plus précisement, pour qu’un tel face à face fonctionne, il faut
172 une tierce langue qui, en tant que langue-de-traduction, joue le rôle de médiatrice
seconde conclusion est historique – mais elle a des implications théo-

dossier
riques. Le cas de Garcilaso de la Vega, un locuteur natif capable d’éta-
blir les différentes prononciations du mot huaca, n’est certainement
pas habituel et on peut même le qualifier d’exceptionnel. Mais la

ethnophilologie. deux études de cas 


notion d’eccezionale normale (d’exceptionnel normal) avancée jadis
par Edoardo Grendi, un des fondateurs de la microhistoire, pourrait
se révéler bien utile dans ce contexte. Un cas exceptionnel pour ce qui
est des preuves à notre disposition, comme celui de Garcilaso, pourrait
bien renvoyer à un phénomène en réalité bien plus répandu. D’une
part, ce cas offre un avertissement aux linguistes qui ne peuvent pas
faire autrement, quand ils se penchent sur des textes du passé, que
de s’appuyer sur des textes écrits, lesquels pourraient correspondre
parfois à des translittérations inadéquates52. Mais d’autre part, ce cas
est aussi un avertissement adressé à ceux qui réfléchissent sur la tra-
duction dans une perspective théorique plus large. On peut regretter
l’absence, dans le Dictionnaire des intraduisibles, d’une entrée consa-
crée à la différence « étique/émique ». La relation asymétrique entre
les catégories de l’observateur (ou devrions-nous dire du « traduc-
teur » ?) et les catégories de l’acteur ne semble pas sans conséquence
dans le cadre d’une réflexion sur les traductions et leurs respectives
inadéquations. De manière plus générale, on peut regretter qu’une
œuvre aussi imposante que le Dictionnaire des intraduisibles fasse si
peu attention au contexte asymétrique dans lequel les traductions
ont lieu le plus souvent53. Tous les langages sont égaux, mais certains
langages le sont plus que d’autres. L’asymétrie n’a jamais empêché les
traductions, ni leur prérequis nécessaire : les translittérations. Tout
au contraire : tout le monde a en mémoire l’extraordinaire effica-
cité des nombreuses translittérations des missionnaires – la plupart
d’entre eux jésuites. Deux éléments ont rendu ces translittérations
possibles : la force (c’est-à-dire l’expansion coloniale), et la compé-
tence – à savoir, l’héritage dûment retravaillé des grammairiens grecs
et romains. Une combinaison troublante, un succès stupéfiant.

entre les deux autres… » Merci à Martin Rueff qui a attiré mon attention sur ce
passage.
52  Crickmay L. (1999) ; Calvo Pérez J. (2005), p. 137-170 (mais le volume tout
entier est important). Voir aussi Hanzeli V. E. (1969).
53  Parmi les exceptions, voir Cassin B. (dir.) (2004), Vocabulaire européen des phi-
losophies, op. cit., p. 546-549, l’entrée « Heimat » (due à Marc Crépon). 173
Bibliographie
carlo ginzburg

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