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Sommaire

INTRODUCTION
PARTIE THEORIQUE

CHAPITRE PREMIER
1- Aperçu historique du théâtre occidental
2- La comédie de 17ème et 18ème siècle
3- Les différents types de comédie
CHAPITRE DEUXIEME
1- Le déroulement d’une comédie
2- L’évolution de l’esthétique théâtrale
PARTIE PRATIQUE
1- Le théâtre de Molière
2- Le contenu de la pièce théâtrale du Bourgeois gentilhomme
3- L’intrigue
4- Esthétique de la comédie –ballet
5- Les formes de la comédie dans la pièce
a- Le comique de situation
b- Le comique de gestes
c- Le comique de mots
d- Le comique de caractère
6- les règles de la comédie dans la pièce
a- La vraisemblance
b- La bienséance
c- Les répétitions
d- la règle des trois unités
7- Le but de la comédie
Conclusion
INTRODUCTION

L’histoire du théâtre français était en évolution permanente


depuis l’antiquité. Mais le 17 siècle était considéré comme une
période cruciale dans cette histoire comme dans différents
domaines.

La comédie qui existait depuis l’antiquité grecque et romaine, a


connu un nouvel essor en s’inspirant du théâtre italien et notamment
de la commedia-dell’arte. Dans ce genre de comédie né en Italie au
16ème siècle, les comédiens improvisaient à partir d’un ensemble
canevas. Les costumes et les masques permettaient d’identifier les
personnages types, dont celui du valet. Ces multiples fusions ont fait
de la comédie un creuset où se trouvent des influences anciennes et
des préoccupations nouvelles.

La fonction principale de la comédie est de faire rire, ou du


moins de faire sourire les spectateurs, ses pouvoirs dépassent le
divertissement pour devenir une arme dont les dramaturges se
servent pour dénoncer les abus et les travers de la société. Ils
peignent les ridicules dans des comédies satiriques pour critiquer les
vices de leurs contemporains : les mariages forcés, les abus
d’autorité, l’hypocrisie… En somme, la comédie ambitionne de
corriger les mœurs par le rire.

Le déroulement d’une comédie est toujours identique à celui de


la tragédie, elle comporte essentiellement : l’exposition, le nœud de
l’action, le dénouement. Par opposition au dénouement tragique, le
dénouement d’une comédie est généralement heureux (souvent un
ou plusieurs mariages). La comédie a une visée esthétique, plaire, son
but est aussi moral et didactique. Elle corrige les mœurs par le rire,
elle démasque les imperfections des hommes et les incite à se
corriger tout en représentant une humanité ridicule et pitoyable.
Dans cette étude, nous allons essayer d’aborder l’esthétique du
théâtre à travers Le Bourgeois gentilhomme de Molière.

La comédie est un genre important et reconnu depuis


l’antiquité. La célèbre poétique d’Aristote qui pose les règles de la
tragédie aurait dû être composée d’un second volet consacré à la
comédie. La comédie antique, comme la tragédie avait des
caractéristiques et des règles à respecter.

La comédie antique repose sur quelques principes que


réemploiera la comédie classique. Les intrigues des comédies
athéniennes du 5ème et 6ème siècles avant J.-C., en particulier celles
d’Aristophane, mettent en scène des événements de la vie de la Cité.
Elle a alors une fonction satirique et obéit à une composition précise
dont on retrouve la trace dans la comédie classique de la seconde
moitié du 17ème siècle, le moment de la naissance de Molière dont la
comédie romantique sera le sujet de notre étude. Cette comédie
romantique ne cherche généralement pas à ménager des chutes
imprévisibles : le spectateur sait, dès le début de la pièce (ou plutôt,
avant même d'entrer dans la salle), que les protagonistes vont
tomber amoureux et qu'ils vont finir par vivre ensemble. La question
est de savoir comment ils vont finir ensemble, et c'est sur ce point
que les romanciers doivent faire preuve d'imagination.

Au-delà de sa fonction artistique, 1la comédie doit se plier à des


contraintes. Son sujet doit s’inspirer de la vie quotidienne des
hommes simples. Son dénouement doit toujours être heureux. Donc
la comédie a de multiples fonctions : divertir bien sûr, mais aussi
critiquer les mœurs da la société.

1
Français littérature, sous direction Jean Marie Bigeard, éd : MAGNARD, p : 143
Ces principes et règles constituent l’esthétique de la
comédie, que nous allons essayer d’aborder dans notre travail.

Dans cette optique, notre étude portera sur Bourgeois


gentilhomme de Molière. Notre travail ne prétend pas analyser
l’œuvre à fond, ni en effectuer une étude de spécialiste. Nous nous
limiterons à l’analyse de quelques éléments esthétiques.

Notre travail s’effectuera, donc, en deux moments. Dans un premier


temps, nous allons essayer de traiter quelques éléments esthétiques,
pour, ensuite, tenter d’analyser certaines composantes qui font la
particularité de la comédie.
Partie
théorique
CHAPITRE PREMIER :

1- Aperçu historique du théâtre occidental :


En Occident, le théâtre est né en relation avec un contexte
religieux et a eu un rôle social important en exploitant les mythes
fondateurs, et en ritualisant la vie des citoyens grecs par les
représentations dans les différentes cités grecques. La tragédie (le
« chant du bouc » lié au culte de Dionysos) avec un chœur et des
parties chantées, est peu à peu codifiée jusqu'à Aristote avec sa
fonction de catharsis, purgation des passions nées de la terreur et de
la pitié ; elle a évolué au cours du 7e siècle av. J.-C. avec les œuvres
d'Eschyle et de Sophocle puis d'Euripide. Le genre comique est
illustré par le « drame satyrique » marqué par la bouffonnerie et la
farce moqueuse et surtout par les œuvres d'Aristophane (-445-385)
et plus tardivement de Ménandre (-340-292).

Dans la Rome antique le théâtre devient un art secondaire face


à la concurrence des jeux du cirque : on peut signaler cependant les
comédies de Plaute (-254-184) et de Térence (-190-159) et les
tragédies de Sénèque (-4-+45), au début de l’Empire, sous Néron.

Le texte de théâtre ne renaîtra en France qu’au Moyen Âge,


avec des œuvres le plus souvent anonymes relevant du théâtre
religieux, avec les miracles et les mystères joués sur les parvis des
églises (Miracle de Théophile de Rutebeuf en 1260 ou Le Mystère de
la Passion), ou du « théâtre profane et comique », avec des farces (La
Farce du cuvier, La Farce de Maître Pathelin) et des moralités ou des
soties.
2 - la comédie au 17ème et 18ème siècle
Au XVIe siècle, le théâtre est un art mineur en France (on repère
néanmoins les noms d'Étienne Jodelle ou de Robert Garnier), alors
que c’est l'âge d’or en Espagne avec Lope de Vega ou Tirso de Molina,
en Angleterre avec le théâtre de Shakespeare (1564-1616) et en Italie
où naît la commedia dell'arte.

Ce n’est qu’au 17e siècle que le théâtre littéraire gagnera en


France son statut de premier plan avec, en particulier, les comédies
de Molière et les tragédies de Corneille et de Racine.

Des évolutions se produiront au 18e siècle dans un contexte


nouveau (Régence, apport des Comédiens italiens, contexte des
Lumières) avec deux grands auteurs de comédies, Marivaux et
Beaumarchais, et la naissance de genres nouveaux comme l'opéra-
comique, la comédie larmoyante et le drame bourgeois.

Les années 1830-1840 seront marquées par la revendication de


liberté du drame romantique, avec les œuvres de Victor Hugo, Alfred
de Musset et Alexandre Dumas père. La production des textes de
théâtre s’affaiblira ensuite avant de retrouver une force nouvelle
près d’un siècle plus tard par la reprise des mythes antiques dans les
années 1930-1940, avec Jean Giraudoux, Jean-Paul Sartre et Albert
Camus. La deuxième moitié du XXe siècle sera quant à elle marquée
par une représentation de la dérision du langage et par ce que l’on a
appelé d’une formule simplificatrice : le « théâtre de l'absurde »,
avec Eugène Ionesco et Samuel Beckett. Et la fin du siècle posera des
interrogations quant à la place du texte dans le théâtre, le spectacle
et le metteur en scène l’emportant de plus en plus sur le texte et
l’auteur.
Malgré l’évolution qu’a connue le théâtre en général et la
comédie en particulier pendant plusieurs siècles en France, le 17ème
siècle français est par excellence le siècle du théâtre. Ce genre en
plus d’être une représentation comique, un évènement artistique et
littéraire est un prolongement de ceux de la cour ou des salons ; c’est
un véritable rite social qui par son cas la littérature classique. De plus
aucun genre ne dépend davantage de la réalité sociale
contemporaine. La comédie, en plus de divertir, permet de dépeindre
cette réalité sociale contemporaine. Le théâtre a donc une
importance dans la société au 17ème et 18ème siècle, il est donc
impératif ici de faire connaissance avec les interprètes, et de détailler
l’atmosphère d’une représentation de l’époque, ceci permettra tout
d’abord de replacer la comédie dans son cadre historique

Au 17siècle, les dramaturges attaquent, par le biais de


l'humour, la société de leur temps en mettant en scène des
personnages de condition basse ou moyenne. Les écrivains de cette
époque y apportent de nouvelles dimensions, notamment en faisant
recours à des personnages nobles pour produire l'effet comique, ou
en y mêlant, en plus du rire, des situations relevant du pathétique et
même du critique.

Au delà du rire provoqué que ce soit dû au comique de


situation, de geste, de mot, de caractère ou encore de mœurs,
chaque pièce de théâtre s'accompagne d'un message destiné à
instruire le public.

La Comédie-Française, ou Théâtre-Français, a été fondée en


1680 pour fusionner les deux seules troupes parisiennes de l’époque:
la troupe de l’Hôtel Guénégaud et celle de l’Hôtel de Bourgogne.
C'est le seul théâtre d'État en France disposant d'une troupe
permanente de comédiens. Le dramaturge le plus connu dont le nom
est resté étroitement associé à la Comédie-Française est Molière. A
sa création, le répertoire se compose de l'ensemble des pièces de
théâtre de Molière et de Racine, ainsi que de quelques pièces de
Corneille, Scarron et Rotrou. Les distributions sont arrêtées par
l'auteur s'il est vivant, sinon, par les premiers gentilshommes de la
Chambre du roi.

3 - Les différents types de comédie :


Il existe différents sous-genres de la comédie :

a- La farce

b- La comédie d'intrigue

c- La comédie de caractères

d- La comédie de mœurs

e- La comédie-ballet

La farce : est une courte comédie, dont le registre est prosaïque


voire grossier. En effet, le comique fait appel à l'usage du patois, des
jeux de mots bas, des chutes, des bagarres, etc.

La farce est à l'origine de la comédie : sa naissance remonte au temps


des romains. Elle s'est ensuite développée pendant le Moyen- Âge
pour finalement donner naissance à la commedia dell'arte.

La farce de Maitre Pathelin, composée au Moyen-Âge vers


1460, narre les aventures d'un avocat qui tente de voler des tissus. La
farce est marquée par de nombreux provincialismes visant à amuser
le spectateur.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser,2 la farce est un


genre construit, qui obéit à un certain nombre de conventions : un
2
CANOVA Marie-Claude, La comédie, Collection Contours Littéraire, éd : HACHETTE, p : 25
thème rabattu, un développement sans surprise d’une situation
archétypale simple, des personnages connus représentant des types
collectifs d’humanité, comme l’Homme ou la Femme, et un langage
souvent cru. La farce est schématisation, stylisation, mais elle est
aussi un effort pour coller au réel dans ce qu’il a de plus quotidien et
de plus terre-à-terre.

La comédie d'intrigue : son humour est basé sur les situations


que rencontrent les personnages. Elle est ainsi faite de quiproquos,
de déguisements, de mascarades, etc. Les Fourberies de Scapin pièce
écrite par Molière est une comédie d'intrigue.

La comédie de caractère : montre un personnage qui est


affecté d'un vice. A travers lui se dessine un type comique. Le
comique de caractère vise donc à se moquer des péchés humains.

L'Avare, pièce de 1668 écrite par Molière, est une comédie de


caractère. En effet, Harpagon est le type de l'avare, et ses manies qui
provoquent le rire invitent à réfléchir sur l'avarice en général.

La comédie de mœurs : se moque des défauts et des vices des


contemporains. Les Précieuses ridicules, pièce écrite par Molière est
une comédie de mœurs. La pièce détracte les femmes des salons
précieux du 17ème siècle.

La comédie-ballet : est un type de comédie qui mélange ballet


et pièce à proprement parler. La pièce théâtrale Le Bourgeois
gentilhomme de Molière appartient à ce genre.

La comédie-ballet est 3un Genre dramatique, musical et


chorégraphique, la comédie-ballet est inventée par Molière en 1661,

3
http://fr.wikipedia.org/wiki/Comédie-ballet, consulté le 15/02/2014
pour sa pièce Les Fâcheux. Mêlant la musique et la danse dans une
action unique, la comédie-ballet traite des sujets contemporains et
montre des personnages ordinaires de la vie quotidienne.

DEUXIEME CHAPITRE :
1- Le déroulement d’une comédie.

La comédie est un genre peu théorisé. Aristote (philosophe grec


du 4ème siècle), dans sa Poétique, la définit par opposition à la
tragédie comme : "l'imitation des hommes de qualité morale
inférieure, non en toute espèce de vice, mais dans le domaine du
risible, lequel est une partie du laid". Miroir de la vie quotidienne,
elle représente le ridicule de l'humanité. Au 17ème siècle, elle obéit
aux mêmes principes dramatiques que la tragédie. Le rire n'est pas
une composante essentielle de la comédie classique dans les textes
théoriques, mais Molière en fait un élément primordial de son
théâtre.

Le déroulement d'une comédie est identique à celui d'une


tragédie : exposition, nœud de l'action, dénouement. Par opposition
au dénouement tragique, le dénouement d’une comédie est
généralement heureux (souvent un ou plusieurs mariages). Il doit en
principe découler logiquement de tout ce qui précède (c'est ce qu'on
appelle un dénouement "nécessaire". Mais Molière n'hésite pas à
introduire le procédé du deus ex machina : intervention opportune et
tout à fait inattendue d'un personnage extérieur à l'action,
comparable aux interventions divines dans le théâtre grec.

Les personnages de la comédie sont des personnages de basse


ou moyenne condition, ils appartiennent au peuple ou à la
bourgeoisie. La comédie se situe à une époque contemporaine.
L'action est inventée, contrairement à celle de la tragédie
(empruntée au mythe ou à l'histoire) ; l'intrigue s'inspire de la vie
quotidienne.
2-L’évolution de l’esthétique théâtrale.
L'esthétique théâtrale c'est essayer de saisir la notion de sa
double dimension, diachronique et synchronique, ainsi que son
rapport avec les autres sciences de l'art ou de la littérature. En
quelque sorte mettre la notion d'esthétique théâtrale au pluriel.

Les théories esthétiques du 17ème et 18ème siècle ne visent pas à


instaurer un système nouveau, à fonder une esthétique originale
(même si c'est ce à quoi elles aboutissent en définitive). Leur projet
commun est d'analyser, de comprendre la Poétique d'Aristote. Il ne
leur viendrait pas à l'idée de rompre avec lui pour jeter les
fondements d'une nouvelle esthétique. Le théâtre est, à cette
époque, totalement assimilé à la poésie classique.

L’esthétique théâtrale désigne l'ensemble des réflexions


théoriques concernant le phénomène théâtral, qu'il s'agisse du texte
ou de la scène. Son champ d'application est donc très étendu : il
comprend tous les éléments constitutifs du théâtre : le lieu,
l'architecture, le texte, la mise en scène, la lumière, le costume…, il
recouvre également tout le processus de création et de réception
ainsi que les instances impliquées : l'auteur, l'acteur, le metteur en
scène et le spectateur. L’esthétique théâtrale s'occupe du rapport du
théâtre avec les autres arts : cinéma, musique, peinture…

La comédie, cherche donc, en divertissant le public, à instruire


la société du 17ème siècle en dénonçant les mœurs des différentes
catégories sociales.

Dès l'apogée du classicisme, les principaux auteurs dramatiques


du siècle se livrent à une critique interne du système de codification
du théâtre. Corneille surtout demande dans ses Discours à revenir à
une lecture plus fidèle d'Aristote et d'élargir les règles. Dans la
perspective d'une régularité modérée, il prône une conception plus
souple du principe des trois unités tandis qu'il plaide pour un
rapprochement des genres. Créateur de la comédie héroïque, il
annonce le drame bourgeois.

Dans les années 1750, Diderot écrit deux grands textes


théoriques, Les Entretiens sur le fils naturel et Le Discours sur la
poésie dramatique, dans lesquels il invente une nouvelle
dramaturgie. Fondée sur une remise en question des règles, celle-ci
correspond à l’apparition d'un troisième genre dramatique,
intermédiaire entre la tragédie et la comédie. C'est la naissance du
drame en France, qui s'inscrit dans la montée d'une esthétique
moralisante et réaliste au théâtre. Il s'agit avant tout d'imiter la
nature : de remonter à la vérité de la nature afin de fonder le
vraisemblable sur le vrai. La nature nous apprend le vrai et le beau et
le bon. La pensée esthétique de Diderot se double toujours d'une
réflexion morale, née de la contemplation de la nature. Le théâtre
doit donc enseigner la vertu pour rendre meilleur.

Pour cela, il faut attendrir les spectateurs, les toucher, les faire
rire. La volonté de moraliser l'art dramatique conduit Diderot à la
recherche d'un nouveau langage expressif du théâtre ainsi qu'à un
système dramatique transformé. La théorie des conditions permet de
rapprocher les personnages du public, tandis que la réhabilitation de
la pantomime au théâtre fait de la scène un tableau, dans lequel le
spectateur est littéralement absorbé.

Les écrits de Diderot ont un rôle fondamental dans l'esthétique


du théâtre en France. Zola s'inscrit dans sa continuité.
Annoncé au siècle des lumières, amorcé au 19ème, le passage
d'une esthétique du texte à une poétique de la scène s'accomplit
dans les années 1880 avec Antoine.

L'esthétique théâtrale moderne est issue à la fin du 19ème


siècle de l'apparition de la mise en scène. A l'aube du 20ème siècle, la
problématique du théâtre s'enrichit de sens et de genres nouveaux
ainsi que de nouvelles questions à poser à l'art dramatique. L'une des
premières et des plus fondamentales sera précisément la question de
la redéfinition du théâtre en tant qu'art, non plus en tant qu'activité
littéraire, mais en tant que pratique artistique composite,
comprenant le texte et la scène.
Partie
pratique
1- Le théâtre de Molière :
Le théâtre comique de Molière est, 4en qualité, sans commune
mesure avec celui de ses prédécesseurs, de ses contemporains et de
ses successeurs immédiats. C’est le privilège du génie. Mais il n’est
pas sans intérêt de préciser en quoi il en diffère, pour le mettre à sa
vraie place dans la littérature dramatique du Grand Siècle. La
comédie française du XVIIe siècle, qui va chercher ses sources
d’inspiration dans la comédie italienne et peut-être encore
davantage dans la comédie espagnole, est essentiellement une
comédie romanesque, aux péripéties multiples et inattendues, dont
l’intrigue souvent compliquée est le seul ressort comique. Le public
ne lui demande qu’un divertissement, qu’une série de surprises et de
retournements de situations propres à déchaîner le rire. C’est
d’ailleurs ce que Molière a commencé par faire lui-même dans ses
farces et dans ses deux premières comédies jouées en province,
L’Étourdit et Le Dépit amoureux. Ce jeu comique entraîne dans son
tourbillon des personnages encore stéréotypés, les couples
d’amoureux, les valets, les servantes, le vieillard, le pédant, le
matamore, etc.

Or, à la même époque, la tragédie, au contraire, repose sur un


jeu complexe de sentiments humains, plus ou moins subtilement
analysés, dont le heurt crée la crise dramatique et amène le
dénouement : amour, haine, jalousie, amour maternel, sentiment de
l’honneur, passion de la gloire, désir de vengeance, patriotisme,
volonté de puissance.

Dans son cadre historique ou légendaire, la tragédie est à base de


psychologie et repose sur l’étude de l’homme. Ce souci de vérité
psychologique, ce ressort tout humain de la tragédie sont alors

4
Molière, Œuvres complètes, tome III, Editions GF Flammarion. Introduction de Georges Mongrédien. P 9-11
étrangers à la comédie, qui se contente de personnages simples
placés dans une situation comique.

De la même manière que l’auteur tragique, mais avec des fins


différentes, il étudiera la psychologie de ses personnages, et le jeu de
leurs sentiments deviendra à son tour le ressort de la comédie et de
ses péripéties. Attentif aux problèmes sociaux de son époque,
notamment ceux que posent la société bourgeoise, il placera ceux
dont il veut peindre les travers, les ridicules ou les vices au milieu de
parents et d’amis, eux-mêmes fortement caractérisés, vivants et
vrais, et dont l’ensemble, autour du héros principal, constituera un
milieu social naturel aux aspects divers, où les personnages
s’opposeront les uns aux autres et réagiront les uns sur les autres.

C’est ainsi que, par son observation pénétrante de l’homme et


de la société, Molière innovera en créant une grande comédie, à la
fois étude de caractères et étude des mœurs, à base de psychologie
humaine et qu’il élèvera au niveau moral de la tragédie. L’intrigue au

lieu de lui fournir un point de départ conventionnel, sera au contraire


l’aboutissement et le développement naturel d’une situation créée
par la psychologie des personnages ; son but sera atteint lorsqu’il les
aura peints, souvent d’après nature, avec vérité ; et souvent les
dénouements - ces dénouements qui lui sont reprochés - ne seront à
leur tour qu’un procédé conventionnel et facile pour dénouer une
situation dramatique.

Voilà, nous semble-t-il, ce que Molière a apporté de plus


important et de plus original dans ses comédies, et qui aboutit à une
véritable transformation d’un genre littéraire, dont le mécanisme,
immuable avant lui, se sclérosait avec le temps. Certains
contemporains furent d’ailleurs conscients de cette transformation
profonde du genre comique, tels Boileau ou La Fontaine qui écrivait,
après la représentation des Fâcheux à Vaux : Et maintenant il ne faut
pas quitter la nature d’un pas. Dans cette comédie nouvelle qu’il a
créée, comme Corneille a créé la grande tragédie classique, Molière a
mis une diversité qui atteste l’ampleur de son génie. Il avait
commencé par pratiquer la farce, qui lui assura ses premiers succès
en province, puis à Paris. Il continua à lui rester fidèle, même dans
ses grandes comédies, où il ne rougit pas de la mêler à l’étude de
mœurs. Il en fait aussi un élément important de ses comédies-ballets
où il la mêle cette fois au prestige de la musique et de la danse.

La comédie-ballet est d’ailleurs une création originale de


Molière, née du succès des Fâcheux. Avec Amphitryon, où il se
montre le seul rival à opposer dans le maniement du vers libre à La
Fontaine, il offre encore une formule nouvelle et originale, celle de la
comédie précieuse et poétique. Enfin, avec ses grandes comédies, il
nous offre une admirable galerie de personnages toujours vivants,
Tartuffe, Alceste, Harpagon, Dom Juan, en même temps qu’une
évocation du milieu dans lequel ils évoluent. En substituant la vérité
au romanesque de la comédie traditionnelle, il nous apporte un
témoignage irremplaçable sur la société de son temps.

2- Le contenu de la pièce théâtrale Le Bourgeois


gentilhomme
5L'origine
de l'œuvre est liée au scandale provoqué par
l'ambassadeur turc Suleyman Aga qui, lors de sa visite à la cour de
Louis XIV en 1669, avait affirmé la supériorité de la cour ottomane
sur celle du Roi-Soleil. […]À la création, Molière jouait le rôle de
Monsieur Jourdain, habillé de couleurs vives, paré de dentelles
d’argent et de plumes multicolores, face à Hubert, travesti dans celui
de Madame Jourdain ; Mlle de Brie était Dorimène, Armande Béjart
5 Http://moliere.mes-biographies.com/Le-Bourgeois-gentilhomme.html, le 25/03/2014
jouait Lucile, tandis que le musicien Lully était le muphti au cours de
la cérémonie turque du quatrième acte.

Trait essentiel du caractère et réussite de la création. 6Unité


artistique. La conclusion de la pièce est à ce titre bien significative, M.
Jourdain se trouve pris à son propre piège, il devient peu à peu le
jouet de ses illusions. Le Bourgeois gentilhomme, c’est la déchéance
d’un être qui perd peu à peu le sens de la réalité pour se réfugier
dans un univers artificiel. Les siens n’ayant pas réussi à le détromper,
à le guérir, sont conduits à lui donner le change, à lui jouer la
comédie. La mascarade de l’intronisation, cérémonie grotesque,
farce énorme, constitue l’apothéose finale, la démonstration
comique et théâtrale de la folie qui isole M. Jourdain et le fait
montrer du doigt.

Les types de scènes


7Deux lois chez Molière : variété et mouvement des scènes.
Volonté d’alternance, de contrastes, de surprises ; créer et maintenir
un mouvement. Toutes les conversations sont renouvelées et
différentes. Alternance scènes calmes/affrontements tout au long du
Bourgeois Gentilhomme. Les ornements du Bourgeois gentilhomme,
la musique et la danse sont des éléments essentiels du spectacle.
Molière va de la musique et de la danse, Il aime le chant et la danse
qui imprègnent la vie sociale de l’époque.

Le Bourgeois gentilhomme comporte cinq actes. Son personnage


principal met tout en œuvre pour s’élever socialement et devenir
gentilhomme. Il lui faut pour cela apprendre, entre autres, la danse
(avec un maître à danser) et la musique (avec un maître de musique).
6 Cahier pédagogique Le Bourgeois gentilhomme Molière/Denis podalydés, théâtre de la place, Manège de la
caserneFonk09/11-16/11/2012.
7
http://www.etudes-litteraires.com/moliere-bourgeois-gentilhomme-personnage-jourdain.php
La pièce-maîtresse de cette comédie-ballet intervient au Vème acte, au
moment où Monsieur Jourdain s’apprête à être élevé au rang de
Mamamouchi dans une grandiloquente cérémonie turque, présidée
par un Grand Muphti

Le premier acte est caractérisé par la multiplication des


ornements et la mise en abîme : les répétitions des musiciens et des
danseurs ; le débat théorique que mènent les maîtres. Cette
philosophie de l’art doit être prise assez au sérieux.

Il y a aussi les chansons. Puis le grand dialogue en musique dont la


thématique est l’amour. La cérémonie turque de l’acte IV La
dramaturgie est constituée par un rite solennel. La dérision est
partout. Le Ballet des nations, constitué par la succession des
entrées. Mise en abîme du ballet par le prologue, superposition
vertigineuse des plans. Il scelle ainsi l’euphorie du dénouement de la
comédie. La Comédie-ballet rêve d’un spectacle plus total.

Le bouleversement d’une demeure bourgeoise : position


intermédiaire du Bourgeois gentilhomme. S’y croisent les nobles et
les bourgeois (même thème de la mobilité sociale). M. Jourdain
reflète l’aspiration et l’ambition nouvelles de la bourgeoisie.

Molière par le biais de la dramaturgie comique désigne aux


spectateurs la cible du rire, le héros ridicule en distinguant deux
plans : les rieurs et le personnage ridicule. Par conséquent le
bourgeois gentilhomme est clairement livré au rire des spectateurs.

Molière défend certaines valeurs de la bourgeoisie, via Mme


Jourdain (refus de s’allier avec de plus grands que soi) tandis que
Jourdain incarne la grossièreté, l’ambition de sa classe (dont il ne
peut s’échapper que par le rêve et la folie). Il est englué dans sa
classe. Un paysan comme un bourgeois peuvent être sympathiques à
condition de rester dans leur ordre. Même vision contrastée de la
noblesse : son élégance fascine mais Molière perce à jour ses tares.

Le cas de M. Jourdain montre l’incapacité à devenir noble par


l’argent. Sa nature lui interdit l’accès à un ordre supérieur.

La pièce permet d’exposer les jugements de Molière sur la


bourgeoisie et la noblesse, la mobilité sociale et l’art de vivre en
société. Le rêve du bourgeois au lieu d’accepter son rang, il veut faire
partie de la noblesse. Acharnement à nier sa propre réalité. Il ne veut
pas changer l’ordre social mais satisfaire sa vanité candide. M.
Jourdain, poursuit ses chimères, fuit la réalité de son foyer qu’incarne
Mme Jourdain et s’affronte à elle. Il s’agit pour lui d’imiter les
manières, habitudes, culture etc. des nobles. Cela mène à l’échec et
la folie du bourgeois. Cet échec est triple : il ne devient, ne passe pas
pour gentilhomme, et il est dupé. Son erreur est de ne s’attacher
qu’aux apparences. Il se déguise mais ne change pas, il reste toujours
un rustre. Quant à la folie le bourgeois s’envole de plus en plus dans
sa folie, malgré sa femme. Ça folie est dangereuse car il risque de
faire le malheur de sa vie : c’est pourquoi la supercherie a lieu. Cette
supercherie a tout d’un carnaval, après lequel il plane dans sa douce
folie. Il préfigure le malade imaginaire, elle n’a pas pu le guérir mais
le rendre inoffensif.

L’idéal de relation amicale ou amoureuse paraît inaccessible chez


Molière dans ses œuvres, mais dans la majorité il offre une vision
pessimiste de l’amour comme ici dans Le Bourgeois gentilhomme qui
s’achève par des mariages heureux.

3- L’intrigue
Étant un bourgeois, Monsieur Jourdain entend acquérir les
manières des gens de qualité. Il décide de commander un nouvel
habit plus conforme à sa nouvelle condition et se lance dans
l'apprentissage des armes, de la danse, de la musique et de la
philosophie, autant de choses qui lui paraissent indispensables à sa
condition de gentilhomme. Il courtise Dorimène, amenée sous son
toit par son amant, un comte autoritaire, qui entend bien profiter de
la naïveté de Monsieur Jourdain et de Dorimène. Sa femme et Nicole,
sa servante, se moquent de lui, puis s'inquiètent de le voir aussi
extravagant, et tentent de le ramener à la réalité du prochain
mariage de sa fille Lucile avec Cléonte. Mais ce dernier n'étant pas
gentilhomme, Monsieur Jourdain refuse cette union. Cléonte décide
alors d'entrer dans le jeu des rêves de noblesse de Monsieur
Jourdain, et avec l'aide de son valet Covielle, il se fait passer pour le
fils du Grand Turc. Il obtient ainsi le consentement de Monsieur
Jourdain, qui se croit parvenu à la plus haute noblesse après avoir été
promu « Mamamouchi » lors d'une cérémonie turque burlesque
organisée par les complices de Covielle.
8Au théâtre comme au cinéma, le public populaire se plaît aux
intrigues logiquement et chronologiquement orientées vers un happy
end et se « retrouve » mieux dans les situations et les personnages
simplement dessinés que dans les figures et les actions ambiguës et
symboliques ou les problèmes énigmatiques du théâtre selon 1Le
théâtre et son double, sans même parler de l’existence inexistante
des «héros » pitoyables à la Beckett ou des conversations
bizarrement banales ou imperturbablement absurdes à la Pinter

4- Esthétique de la comédie-ballet.
La majorité de la production de Molière fait la synthèse créatrice
entre la comédie parlée, des ballets et des scènes en musique. Le
Bourgeois gentilhomme est le point culminant de sa collaboration
8
Le Théâtre et son double : ouvrage dans lequel Antonin Artaud (1896 - 1948), poète, acteur et théoricien du
Théâtre français définit son concept du « théâtre de la cruauté »
avec Lully. La comédie-ballet, voulue par le roi, prend place dans les
divertissements dont il régale sa cour, dans des fêtes beaucoup plus
vastes. Son originalité réside dans ses ornements et ses intermèdes
où 3 langages sont mis en œuvre : le verbe, la chorégraphie et la
musique.

On y trouve deux sortes de climats : celui de la pastorale qui


débouche sur l’invitation à l’amour et au plaisir ; celui des ornements
et intermèdes comiques qui provoquent le rire.

Les ornements transforment la signification de la comédie, ils ont


un effet de sens en réalisant l’unité de la comédie-ballet. Molière
part du réel observé et critiqué qui donne à rire. Le rire déréalise le
monde, conjure la violence et la bêtise. Les ornements aident à
passer du réel à l’euphorie, à l’imaginaire, à la joie. La dureté des
comédies est adoucie par la fantaisie des ballets : sagesse comique.

5- Les formes de la comédie dans la pièce :


Pour faire rire au théâtre, il existe différents procédés qui reposent
sur des moyens différents.

a- Le comique de situation :

Il intervient lorsque c'est la situation en elle-même qui devient


drôle, personnage dissimulé, rencontre inattendue et
malencontreuse. La drôlerie peut être le cas lorsqu'on met un
personnage en difficulté, en particulier lors de l'apparition d'un
personnage qui dérange. C’est le cas dans Le Bourgeois gentilhomme
de Molière lorsque Mme Jourdain rentre chez elle et trouve M.
Jourdain en train d'essayer de séduire Dorimène. Le quiproquo est un
des éléments qui constituent le comique de situation.
b- Le comique de geste

Il intervient souvent au théâtre. De nombreux éléments en font


partie, comme les coups et les coups de bâtons, gifles, bastonnades,
chutes, mouvements mécaniques, les positions ridicules, les
expressions du visage, le ton de la voix, mais aussi les costumes
parfois extravagants ou ridicules.
c- Le comique de mots :

Les auteurs de comédie usent et abusent des bons mots en


faisant de la langue française un vivier de jeux de mots, de
calembours, de déformations possibles... En jouant sur les mots, sur
la langue, il est possible de provoquer le rire du spectateur. De ce
faire, le comique de mots exploite les ressources du langage
(répétition, jeux sur les sons, sur le sens, recours au jargon, au parler
dialectal, au latin macaronique).

Les comiques de gestes et de mots induisent souvent un rire de


connivence. M. Jourdain s’essayant à danser le menuet ou à faire la
révérence dans’’ Le Bourgeois gentilhomme’’ nous fait sourire en
raison du décalage qui existe entre ce qu’il souhaite faire et la
manière dont il le fait.

c- Le comique de caractère

La comédie met en scène des personnages qui ont des défauts,


des vices. Pour faire rire, l'auteur accentue volontairement à l'excès
ces défauts. Ainsi, M. Jourdain (Le Bourgeois Gentilhomme, Molière)
est obnubilé par son désir de devenir noble. Le comique de caractère
se manifeste souvent par l’obsession, la manie d'un personnage
tournée en ridicule.

6 – les règles de la comédie dans la pièce :

La comédie doit, comme la tragédie, respecter la règle des


bienséances, la vraisemblance, les répétitions et les règles qui en
découlent : règle des trois unités : lieu, temps, action.

a- La bienséance :

Conformément au respect de la vraisemblance et de la morale,


l'acteur ne doit pas choquer le spectateur. De ce fait violence et
intimités physiques sont exclues de la scène. Les batailles et les morts
se doivent se dérouler hors scène et d'être rapportées au spectateur
sous forme de récits.

Il existe deux types de bienséance:

Les bienséances externes qui doivent être respectées afin de ne


pas heurter le public par des scènes choquantes. Ainsi toutes les
scènes de violence, de mort, de contacte physique brutal ou sexuel
sont exclues du théâtre classique.

Les bienséances internes relèvent de la cohérence des caractères


des personnages. Le personnage a un caractère à lui qui est montré
dès le début de la pièce et ce caractère se développe en restant
cohérent avec le début du texte jusqu'à la fin de l'action.

Cette règle de bienséance permet donc de donner une


structure au récit et ainsi de ne pas déborder dans l'irréaliste ou de
"déborder" en perdant le lecteur dans des histoires trop compliquées
et longues qui pourraient se dérouler sur des années et dans
lesquelles il y aurait un trop grand nombre d'actions.

A cette règle de la bienséance vient s'ajouter la règle de


vraisemblance.

b- La vraisemblance :

Cette règle de la vraisemblance est censée donner au texte une


impression de déjà vécu et ainsi donner l'impression que ce qui se
passe dans le texte aurait pu se produire dans la vie de tous les jours
ce qui permet au spectateur de mieux se projeter à la place des
personnages et peut-être de mieux comprendre leurs réactions, leurs
gestes et leur pensées. Cette règle a donc pour but de rendre plus
réaliste les actions des récits pour les spectateurs. Pour certains
auteurs, le vraisemblable est encore plus exigeante que le vrai,
puisque « le vrai peut quelque fois n'être point vraisemblable »
(Boileau).

c - Les répétitions :
9
Non seulement les personnages du théâtre classique
&n’hésitent pas à se répéter, mais ils font remarquer qu’ils se
répètent. Ils aiment parfois à souligner leur répétition par es
expressions qui en montrent le caractère intentionnel. Les répétitions
peuvent être destinés simplement à insister, ou permet des effets
comique. Le vers du Cid Corneille :

Pleurez, pleurez, mes yeux.

Elvire lui répond :

Quittez, quittez, Madame, un dessein si tragique.

9
SCHERER.J., La Dramaturgie classique, librairie A.G NIZET, paris, p :333-349
La répétition sous ses différentes formes a fonction d’affirmer
quelques chose. Dans les répétitions, la forme et le contenu sont
indissociables. Des termes identiques au niveau de la forme peuvent
se répéter tout en exprimant des contenus différents, voire opposés.

Nous avons étudié les cas où la forme aussi bien que le contenu
des éléments répétés sont semblables, puis le cas où la forme est
semblable et où le contenu est différent ; on doit donc encore se
demander s’il existe des cas ou le contenu des éléments répétés est
semblable, et leur forme différente dans ce cas, on aurait des
répétitions, non des mots, mais d’idées, et la diversité des mots jointe
en parallélisme des pensées, aurait un effet inverse des celui des
répétitions d’ironie ou d’opposition, alors que l’identité des mots
soulignait l’opposition des attitudes de l’esprit, mais l’exprimerait au
contraire avec une légèreté qu’atténuerait ce que le parallélisme des
répétitions peut avoir d’un peu lassant si l’on en abuse.

Le procédé peut être appliqué, non seulement à des répliques,


mais des scènes entières, comme chez Molière.

d - La règle des trois unités :


''Dans le théâtre classique, on désigne sous ce nom l'ensemble
10

des contraintes selon lesquelles une pièce doit comporter une seule
action principale (unité d'action), se déroulant dans un même lieu
(unité de lieu), et dans l'espace d'un seul jour (unité de temps) :
''Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu'à la
fin le théâtre rempli''

Cette règle s'est imposée dans le théâtre classique. Ces unités


cherchent à réduire au maximum l'écart entre le lieu et le temps de

10
BOILEAU. N, l'Art poétique, Chant III, 1674
l'action dramatique d'une part, et le cadre et la durée de l'action
représentée sur scène d'autre part

La construction part du héros. La disposition des situations


théâtrales vise à éclairer son évolution de la naïveté à la folie.
L’analyse du héros prend le pas sur la construction d’une intrigue. Les
deux premiers actes nous montrent le Bourgeois qui apprend à
devenir Gentilhomme. L’acte III-IV montrent le chef de famille devant
les critiques des siens. La suite montre le terme de son évolution et la
duperie totale. La métamorphose du bourgeois en gentilhomme est
l’axe qui régit la construction de la comédie-ballet.

a- L'unité d'action :
Afin que le spectateur puisse concentrer toute son attention sur
le point essentiel de la tragédie, c'est-à-dire la crise qui est au cœur de
la pièce, il faut éviter de multiplier les intrigues secondaires. Toutefois,
cette règle ne sous-entend pas, comme on pourrait s'y méprendre,
une action unique et simplifiée au maximum ; elle suppose néanmoins
que toutes les actions, même secondaires, soient liées d'une manière
ou d'une autre à l'intrigue principale.

Ainsi, dans une pièce bien construite, il ne doit pas être possible
de supprimer un épisode sans que cette coupe nuise à la
compréhension d'ensemble : chaque élément, aussi accessoire puisse-
t-il paraître, doit exercer une influence sur le déroulement de l'intrigue
principale, sinon il n'y a aucune raison de le conserver. Par ailleurs,
toutes les intrigues, principale et secondaires, doivent être exposées
au début de la pièce et se dérouler jusqu'à son dénouement : puisque
l'unité d'action commande que tous les faits soient subordonnés à
l'action principale, les actions secondaires ne peuvent se dénouer
qu'en même temps qu'elle. De même, il ne saurait être question
d'introduire des digressions focalisant l'attention du spectateur sur un
épisode annexe pendant plusieurs scènes consécutives.

Il convient toutefois de nuancer cette approche, car la façon de


concevoir et d'appliquer l'unité d'action varie d'un théoricien à l'autre:
si Chapelain propose de conserver les épisodes secondaires, Vossius et
l'abbé d'Aubignac, eux, sont partisans d'une seule et unique action.
Dans la pièce de ’’Le bourgeois gentilhomme ‘ L’unité d’action est
ambigüe entre la galante aventure de Jourdain et l’amour entre
Cléonte et Lucile. En fait la première intrigue s’achève quand
commence l’autre, deux fils se succèdent et s’entrecroisent: ce n’est
pas une comédie d’intrigue rigoureuse.

L'unité de temps :

Les exigences de l'unité de temps consistent à demander que les


11

événements représentés par la pièce soient supposés se dérouler dans


une période de temps limitée. Si le nœud est action, et si toute action
se déroule nécessairement dans le temps, la quantité de temps que se
donne l’auteur dramatique est bien l’un des éléments premier du
problème qu’il se pose, un élément inhérent à la conception de
l’œuvre et non exécution.

L’idée de limiter la durée des événements représentés sur la scène


12

n’est pas nouvelle. On la trouve chez les tragiques grecs chez les
auteurs dramatiques de la renaissance italienne dont l’œuvre
précisément, avant conquis une réputation européenne. En France, la
limitation du temps théâtral apparait au 19ème siècle.

L'unité de temps s'appuie sur le principe de la vraisemblance :


elle cherche à faire coïncider au maximum la durée de l'action avec

11
SCHERER.J., La Dramaturgie classique,librairie A.G NIZET , Paris, p : 110
12
(Op.cit., p : 110)
celle de la représentation théâtrale. Cette règle repose sur le constat
suivant : il n'est pas crédible de faire tenir en deux ou trois heures de
représentation une multitude d'événements et de retournements de
situation qui s'étalent dans le temps.

Aristote parlait de limiter le déroulement de l'action au temps


d'une ''révolution de soleil'' ; Chapelain proposa de faire tenir l'action
en une journée. Cette règle, qui suscita de nombreuses contestations
parmi les partisans d'un théâtre riche en rebondissements, impose
donc une certaine concentration de l'action. Corneille insista sur le fait
qu'il était impossible de faire croire que toutes les actions qui
composent l'intrigue d'une pièce tiennent en 24 heures, et ce débat
fut le point de départ de la ''querelle du Cid''. Toutes les polémiques
alimentées par cette règle mettent en évidence son aspect paradoxal:
au nom de la crédibilité et de la vraisemblance, il est impossible de
faire tenir de nombreuses péripéties en une seule journée ; pourtant,
au nom de cette même exigence, il convient de faire tenir toute
l'action en 24 heures.

Concernant le cadre temporel dans la pièce de Le Bourgeois


gentilhomme il est régulier.

L'unité de lieu:

Également liée à la notion de vraisemblance, l'unité de lieu trouve


les mêmes justifications que l'unité de temps : le cadre de la pièce
étant nécessairement limité à l'espace imposé par la scène, il ne serait
pas crédible de faire se dérouler l'action dans trop d'endroits
différents. Cette règle, qui n'est pas mentionnée chez Aristote,
constitue une invention du théâtre classique et découle des impératifs
de la mise en scène. Aussi se mettra-t-elle en place plus
progressivement que les autres. Si, au départ, on constate une
certaine tolérance à l'égard de cette règle (les déplacements des
personnages sont autorisés à l'intérieur d'une même ville ou vers une
ville voisine), les positions se durcirent peu à peu allant jusqu'à
imposer l'unité de décor : on opta alors souvent pour un lieu propice
aux rencontres (une place, un palais, une antichambre).

L'effort d'imagination requis par le spectateur était l'argument le


plus souvent mis en avant pour justifier ces aspirations vers un
maximum d'homogénéité :13 ''Il faut de nécessité que l'imagination soit
divertie du plaisir de ce spectacle qu'elle considérait comme présent,
et qu'elle travaille comme quoi le même acteur qui naguère parlait à
Rome à la dernière scène du premier acte, à la première du second se
trouve dans la ville d'Athènes, ou dans Le Caire si vous voulez ; il est
impossible que l'imagination ne se refroidisse et qu'une si soudaine
mutation ne la surprenne, et ne la dégoûte extrêmement, s'il faut
qu'elle courre toujours après son objet de province en province, et
que presque en un moment, elle passe les monts et traverse les mers
après lui.'' Cette règle favorisa le recours au récit pour évoquer tout
événement qui se déroule hors de la scène (ainsi le récit de
Théramène, dans Phèdre de Racine). À ces trois règles fondamentales,
il convient d'ajouter l'unité de ton, qui constitue une autre dimension
importante de l'esthétique classique : elle imposait de maintenir le
même niveau de langue dans toute la pièce et dans la bouche de tous
les personnages, quel que soit leur rang.

Le roman ‘’ le Bourgeois Gentilhomme’’ est initialement


conçu en trois actes qui ont été redistribués en cinq. Durant tous ces
actes il n’ya pas de changement du lieu. On peut donc dire que le lieu
est unique.

13
Mairet, préface de la Silvanire, 1631
7- Le but de la comédie dans la pièce :

Le 17e siècle, c'est le siècle classique, le siècle de Louis XIV, mais


c'est aussi le siècle de Molière, dramaturge au nom à jamais uni à la
langue française comme celui de Shakespeare à l'anglaise. Dans le
Bourgeois gentilhomme, Molière s'exprime sur l'idéal de la société de
son temps : l'honnête homme, mais servant à mettre en lumière des
défauts fort communs. De manière comique, il décrit deux hommes se
prenant pour ce qu’ils ne sont pas, c'est-à-dire des personnes de
qualité. Se croyant au-dessus de tout le monde et se donnant un air,
Dorante et M. Jourdain, ridiculisent les gens qui changent de
personnalité afin d'entrer dans les critères de sélection de la société.
Exagérant leurs défauts tels que la vanité, la malhonnêteté, la flatterie
et la manipulation. Molière dénonce l'hypocrisie et montre la vraie
nature de ces deux personnages.
Tout ceci amène donc le fait que Dorante et M. Jourdain ne sont
pas du tout des honnêtes hommes. Flatteurs, vaniteux, profiteurs et
malhonnêtes, ils nous prouvent à plusieurs reprises dans ‘’ le
Bourgeois gentilhomme’’ qu’ils sont bien loin de cet idéal.
Malheureusement, il y aura toujours des gens qui se prendront pour
ce qu’ils ne sont pas et qui se feront prendre au jeu d’un monde
auquel ils n’appartiennent pas. Ce type de personnage naïf qui
accepte ce qu’il est et vouloir devenir autre est un personnage
fréquent chez Molière, il vit dans l’imaginaire, l’illusion et finit par
basculer dans la folie comme le cas de M. Jourdain.
Le 17ème siècle a grandement touchée les Arts. En effet, la naissance
du théâtre et l’apparition du courant littéraire classicisme ont permis aux
gens de s’exprimer tout en dénonçant certaines habitudes des
différentes classes sociales de l’époque. À cet égard, Jean-Baptiste
Poquelin, surnommé Molière, a écrit et joué la comédie-ballet Le
Bourgeois gentilhomme. Dans cette œuvre, l’auteur fait la satire des
mœurs de son époque en s’en prenant aux travers des différentes
classes sociales du 17ème siècle. Pour ce faire, dans plusieurs scènes en
particulier 3,4, 15 et 16 de l’acte III, Molière dénonce le snobisme des
bourgeois et le prêt à tout de la noblesse.
D’abord, tout au long de la comédie-ballet Le Bourgeois
gentilhomme, Molière dénonce le snobisme des bourgeois avec le
mépris et la maladresse de Monsieur Jourdain ; un bourgeois de
l’époque. Les bourgeois étaient des habitants fortunés qui vivaient dans
les « bourgs ». D’ailleurs, au 17ème siècle, plusieurs d’entre eux rêvaient
d’obtenir le titre de gentilhomme afin d’en bénéficier les avantages. En
effet, le noble était cultivé, possédait des laquais et était l’idéal de
l’honnête homme du 17ème siècle. Le noble avait aussi des privilèges
financiers puisqu’il ne payait pas d’impôts. Dans le même ordre d’idée,
voulant se faire gentilhomme, Monsieur Jourdain démontre un mépris
envers la bourgeoisie, comme l’indique la scène 3 de l’acte III : « Lorsque
je hante la noblesse, je fais paraître mon jugement, et cela est plus beau
que de hanter votre bourgeoisie. ». Ce propos est absurde puisque
Monsieur Jourdain offense sa propre classe sociale après ce mépris
envers la bourgeoisie. Dans un autre ordre d’idée, toujours aussi
déterminé à posséder le titre de noble, Monsieur Jourdain croit avoir du
prestige dans ses actes alors qu’il n’agit qu’avec maladresse. Prenons
exemple de la scène 16 de l’acte III, où Monsieur Jourdain discute avec
Dorimène : « Madame, c’est vous qui faites les grâces ».
Enfin, La comédie a une visée esthétique, plaire, Son but est aussi
moral et didactique, la comédie corrige les mœurs par le rire. En
représentant une humanité ridicule et pitoyable, elle démasque les
imperfections des hommes et les incite à se corriger.
Conclusion

En mettant en scène un bourgeois dont le souci majeur est de


ressembler aux gens de qualité, Molière dépeint l’ambition de la
bourgeoisie de l’époque qui, non contente de son statut social, a voulu
profiter de sa situation financière aisée pour imiter les nobles sur tous
les points et fuir la roture et ses désavantages sociaux et économiques.
Toutefois, le décalage entre l’immensité du rêve et l’incapacité de se
débarrasser de la culture et des habitudes plébéiennes pour s’adapter
aux mœurs et aux manières de la noblesse, les expose à la caricature.

Pour bien ridiculiser son personnage, Molière mobilise tous les


outils de la comédie satirique. Le Bourgeois gentilhomme, en fait,
donne lieu à tous les types de comique. Par sa vanité, sa candeur et son
souci de tout apprendre en même temps, Monsieur Jourdain incarne
toutes les facettes comiques d’un personnage qui pousse l’amusement
jusqu’au burlesque.

Ceci dit, l’ambition des bourgeois n’est pas la seule tare critiquée
dans cette pièce. Le pédantisme des philosophes, la cupidité des
maîtres, le cynisme et l’opportunisme de certains nobles sont sujets à
une subtile condamnation.
Bibliographie