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Au pays de Donald

Coauteur du premier livre de campagne de Donald Trump en 2000, Dave Shiflett s’est prêté au jeu de la
politique-fiction et imagine non sans ironie le premier mandat du milliardaire à la Maison-Blanche.

—The Boston Globe (extraits)


Boston

Dans un an, Donald J. Trump, toisant l’immense foule de ses partisans massée sur le National Mall depuis les
marches du Capitole, pourrait prêter serment en tant que 45e président des Etats-Unis. En réalité, ce n’est
peut-être plus qu’une question de semaines avant qu’il ne s’installe à la Maison-Blanche. Trump mettra en
œuvre ses mesures phares et amènera un changement de ton radical à Washington.
Avant toute chose, quelques révélations : sachez que j’ai coécrit The America We Deserve [L’Amérique que
nous méritons], son premier livre de campagne, en 2000 [Trump a été candidat à l’investiture du Parti de la
réforme, fondé par le milliardaire Ross Perot]. J’avais trouvé Trump drôle, vraiment préoccupé par l’avenir des
Etats-Unis, et il payait ses factures dans les temps. Je suppose que, si on lui demandait aujourd’hui qui je suis, il
n’en aurait pas la moindre idée. Quant à cette élection, je ne soutiens aucun candidat. D’ailleurs, j’ai l’intention
d’aller à la pêche le 8 novembre, pour des raisons que j’expliquerai ci-dessous. Fin des révélations.
Je préciserai aussi qu’il est possible, pour diverses raisons, que Trump ne touche pas le gros lot. Mais partons
du principe que le milliardaire, surfant sur une vague d’espoir, de chance, de ressentiment et d’indifférence, se
retrouve à la présidence. Comment serait la vie pour ceux qui resteraient ? A quoi ressemblerait l’Amérique de
Trump ?
Le choc serait profond et se traduirait d’abord par les termes qui sortent de sa bouche. Il n’est pas
déraisonnable de supposer qu’il serait le premier chef de l’Etat à employer le mot qui commence par un “f”
[fuck]. Et il s’en servirait judicieusement, en particulier à propos de l’organisation Etat islamique, et peut-être
dès son discours d’investiture ou plus tard, lors du discours sur l’état de l’Union, après quoi les caméras
balaieraient les juges de la Cour suprême, les généraux et les parlementaires en train de se demander ce qui
est le pire : applaudir l’idée générale ou ne pas applaudir et passer pour antipatriote ?

M & M. En termes de mesures politiques, Trump a fait campagne sur les cinq sujets que tous les
Américains jugent les plus importants : limitation de l’immigration musulmane et mexicaine, réprimande de la
Chine, réduction des impôts, réforme de l’administration des anciens combattants et protection du droit divin
de posséder un bunker rempli d’armes automatiques.
J’ai prêté ma boule de cristal à mon courtier en Bourse, mais je pense qu’on peut supposer sans risque que son
projet “M & M” – interdire l’entrée des musulmans et expulser les Mexicains – ferait pas mal parler de lui,
surtout quand les rues se rempliraient de manifestants. DT n’aimant que les foules en adoration, cela pourrait
le perturber un peu et le ferait peut-être reculer, ou au moins modifier un peu sa politique. Dans le même
temps, il apprendrait qu’un président n’est pas un empereur ni un roi et qu’il a moins de pouvoir que ce qu’il
s’imaginait. Il a promis de tuer les tueurs de flics, par exemple, sauf qu’il oublie que la peine capitale n’existe
pas dans plusieurs Etats.
De leur côté, les Chinois lui diront probablement où il peut se mettre son projet de les obliger à fermer leurs
ateliers de misère et à boucher leurs cheminées. Si sa proposition d’impôt à taux unique sonnera agréablement
à plus d’une oreille, c’est une vieille rengaine qui sera aussi irritante que le disco pour d’autres. Sa promesse
d’exempter d’impôt les familles qui gagnent moins de 50 000 dollars par an serait tout aussi plaisante, en
particulier s’il pouvait s’abstenir de les traiter de “minables”.
Mais c’est accorder aux politiques de Trump un sérieux qu’elles ne méritent pas. Elles ne jouent en effet
probablement pas un grand rôle dans son ascension ou son héritage potentiel.
Après tout, combien de gens vont à ses meetings pour l’entendre accuser les Chinois de “manipuler la
monnaie” ou réclamer un taux d’imposition de 15 % ? Pas beaucoup. Ils affluent pour l’entendre s’en prendre
aux “minables”. Trump n’est peut-être pas nouveau dans le jeu politique, mais il perçoit le profond
ressentiment des Américains vis-à-vis des élites – qu’elles soient politiques, médiatiques, universitaires ou du
divertissement –, qui croient qu’il est de leur devoir de dire à tout le monde ce qu’elles pensent. Trump perçoit
leur mépris. Il comprend ceux qui en ont assez de se faire traiter de “hater” [coupables de haine] ou de
“n’importe quoi-phobes” parce qu’ils ne suivent pas les règles de la décence, qui en ont plus que marre de se
faire sermonner à propos de leur alimentation, de leur consommation de tabac ou d’alcool, de ce qu’ils doivent
penser du temps et des crimes commis par leurs ancêtres.

Ame sœur. Quiconque ayant un grief contre la politique du gouvernement, même la réglementation
concernant la ceinture de sécurité et le port du casque pour les cyclistes, voit probablement une âme sœur en
Trump. Ses partisans se durcissent et leur nombre augmente quand on les qualifie de déséquilibrés mentaux,
de colériques chroniques et de gros ploucs illettrés. Et ils aiment quand Trump balance le mot “stupide” à tour
de bras. Dans son ensemble, son électorat est bien plus large qu’on ne le pense.
Son style “électron libre” se refléterait dans son équipe : [le rappeur et producteur] Puffy Combs se
retrouverait à la Santé, [le boxeur] Iron Mike Tyson à la Sécurité intérieure et Joe Arpaio, le shérif de l’Arizona
[à la réputation sulfureuse], à la Justice, ce qui pousserait peut-être l’élite de Washington à s’enfuir au
Mexique.
Les réseaux sociaux auraient de tout autres préoccupations. Qui aura le temps de se soucier du lion Cecil
[braconné au Zimbabwe] quand Trump plaide pour qu’on forme les collégiens au maniement des armes à feu ?
Et imaginez la réaction s’il déclarait en plaisantant que les personnes nommées à la Réserve fédérale devraient
défiler en maillot de bain [comme dans le concours de Miss USA, dont Donald Trump détenait les droits] !
Tout cela serait dans l’ensemble très divertissant, mais il y aurait aussi des périodes de tension, en particulier
quand le nouveau président affronterait Vladimir Poutine. Il a beau jouer les durs, Trump est un agent
immobilier : il a peut-être déjà eu à faire plier des fabricants de moquette et de béton, mais jamais un ancien
agent du KGB habitué à larguer des bombes. Trump, qui a évoqué la possibilité d’atomiser l’organisation Etat
islamique, jugera-t-il nécessaire de montrer à Poutine qui a la plus grosse ? Le pire de ce qui pourrait arriver,
c’est l’incinération nucléaire. Peut-être qu’on y va tout droit.
Espérons tout de même que non. Et reconnaissons une petite chose à Trump : grâce à ses rivaux et à lui, il est
parfaitement respectable d’opter pour une autre solution politique, le parti ADCGL [Aucun De Ces Gens-Là], et
d’aller à la pêche le jour du scrutin.
C’est ce que je ferai. Comme beaucoup d’Américains. Je ne crois pas que nous ayons besoin d’autres Clinton ou
Bush à la Maison-Blanche – mais Trump n’est pas une solution. Je tremperai ma ligne avec un sourire ravi. Et
croyez-moi, j’aurai de la compagnie.

—Dave Shiflett Publié le 17 janvier