Anda di halaman 1dari 2

Cholestérol, statines et diabète : lettre ouverte du Dr de Lorgeril au Pr Grimaldi

Le Dr Michel de Lorgeril (cardiologue, CNRS), adresse cette lettre ouverte au Pr André


Grimaldi (diabétologue, La Pitié Salpêtrière, Paris) après l'intervention de ce dernier le 28
février dans le Magazine de la Santé (France 5), au cours de laquelle il a défendu la nécessité
de prescrire des statines aux diabétiques.
Lettre ouverte du Dr Michel de Lorgeril au Pr André Grimaldi
Cher Ami et Collègue,
Dans diverses tribunes, vous vous insurgez ces jours-ci contre les écrits du Pr Philippe Even
concernant le cholestérol et les statines.
Je vous sais honnête et de bonne foi ; je sais que votre principale préoccupation est la santé, la
sécurité et l’avenir de vos patients ; et je vois qu’avec humilité vous ne prétendez pas
déborder les limites de votre spécialité, le diabète.
Je m’adresse donc à vous diabétologue pour parler du cholestérol et du diabète avec confiance
car je pense que vous saurez écouter avec attention et modestie un autre spécialiste de ces
questions qui depuis 10 ans – avec des collègues américains, canadiens, suisses, belges,
japonais, néo-zélandais et français – donne l’alerte, y compris dans des publications de haut
niveau scientifique.
Vous écrivez que les statines sont de bons médicaments pour les diabétiques et qu’il faut
baisser le cholestérol de ces patients ; c’est votre droit de le penser mais c’est autre chose de
le prouver sur une base scientifique solide.
Comme vous le savez, pour prouver (au sens vulgaire du terme) une théorie médicale et
scientifique, il faut faire des essais cliniques avec tirage au sort et double aveugle ; il faut
clairement définir une hypothèse a priori pour ne laisser aucune place au hasard, sélectionner
une population adaptée à l’hypothèse testée – ici des diabétiques – et décrire à l’avance les
procédures de l’essai (date de début et de fin de l’essai par exemple) et les tests statistiques
qui permettront de vérifier cette hypothèse.
Telles sont les règles et pratiques de la bonne recherche clinique, vous le savez aussi bien que
moi.
Combien d’essais cliniques obéissant à ces règles, et testant les effets d’un médicament
faisant baisser le cholestérol chez des diabétiques ont été publiés à ce jour ?
Quatre, et pas un de plus : ils s’appellent CARDS, ASPEN, 4D et FIELD.
Comme vous le savez, trois de ces essais sont totalement négatifs : ASPEN, 4D et FIELD.
Le quatrième, le fameux CARDS, souffre d’un grave problème méthodologique puisqu’il a
été arrêté prématurément (deux ans avant le terme calculé dans l’hypothèse a priori) en
l’absence de toute justification clinique acceptable puisqu’au moment de l’arrêt, on comptait
exactement 24 décès cardiaques dans le groupe recevant le placebo contre 18 dans le groupe
recevant la statine. La mortalité totale – ou l’espérance de vie sur cette courte période de
temps – n’était pas non plus différente d’un groupe à l’autre. Il y avait donc grande urgence à
ne pas amputer, en l’interrompant (hors protocole), cet essai clinique. Je vous accorde qu’on
pourrait, avec une coupable indulgence, créditer ces investigateurs – et l’atorvastatine testée –
du bénéfice du doute.
Malheureusement, les deux autres essais testant l’atorvastatine chez des diabétiques (ASPEN,
4D) sont totalement négatifs, ce qui du moins nous permet de lever le doute concernant
CARDS et l’atorvastatine chez les diabétiques. En plus – et c’est une observation très en
défaveur des investigateurs – ceux-ci n’ont pas déclaré leurs multiples liens d’intérêt avec des
entreprises commerciales.
Vous pourriez évoquer d’autres essais cliniques où des investigateurs – peu regardants sur les
principes – ont analysé a posteriori les effets d’une autre statine sur des sous-groupes de
diabétiques constitués sans tirage au sort. Ces études ont une très faible valeur scientifique,
vous le savez, et ne devraient même pas être évoquées quand il s’agit de la santé et de la
sécurité de nos patients.
Un dernier point, cher ami, concerne justement l’effet des statines sur la survenue de nouveau
diabète chez des patients jusque-là indemnes.
C’est un très grave problème de santé publique et la Food and Drug Administration (FDA)
des Etats-Unis a lancé une alerte en 2012 à ce propos. Vous n’êtes pas sans savoir que ce
risque a été admis autour de 30 % dans les essais commerciaux type JUPITER et jusqu’à
70 % dans les études de cohortes comme la Women Health Study. Outre l’évidente
minimisation du problème par les industriels du médicament, c’est considérable – des dizaines
de milliers de nouveaux diabétiques en France chaque année à cause des statines – et c’est
tragique quand on mesure toutes les complications non cardiovasculaires (maladies
infectieuses, déclin cognitif, dépression, pathologies rénales et oculaires ; et surtout nouveaux
cancers) auxquelles sont exposés les diabétiques, du fait de leur diabète.
Le seul argument des tenants des statines chez les diabétiques, c’est de prétendre qu’il n’y a là
aucun problème puisque les diabétiques seraient protégés par leurs statines ; ce qui est
absolument faux pour les complications cardiovasculaires (comme indiqué ci-dessus) et
évidemment aussi pour les complications non cardiovasculaires que les statines au contraire
aggravent pour la plupart.
Si je comprends que vous ne puissiez du jour au lendemain admettre l’ensemble de cet
argumentaire, je pense qu’il est urgent – plutôt que des anathèmes qui ne consolident pas
l’idée que le public et les patients se font de notre profession – que vous convoquiez une
réunion d’experts libres et indépendants afin que nous puissions discuter sereinement de
l’ensemble de ces questions.
Nous ressortirions tous grandis de cette difficile période.
Dr Michel de Lorgeril, cardiologue et chercheur CNRS