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MORPHOGENÈSE DU SACRÉ

TURBAN Marie-laure Singularités des territoires


Projet de Fin d’Etudes Sous la direction de Toufik Hammoudi,
ENSA Nantes - 2017 Anaïs Jacquard et Alexandre Boivin
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En première de couverture :
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Cy Twombly
Neuf discours sur Commode (Nine discourses on Commodus), 1963
I
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Huile, crayon et crayon de cire sur toile


N

Guggenheim Bilbao Museoa


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Cette oeuvre de Cy Twombly retrace la vie de l’empereur romain Aurélien


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Commode (161-192) et reflète en partie (et jusqu’à un certain degré) le travail de


ce semestre : derrière le chaos apparent, des lignes, des axes, un quadrillage
apparaissent et laissent entrevoir une possible structure, tandis que l’ordre
d’alignement des toiles organisent un récit.

“il faut que ça fume !” scande sans pitié le professeur à ses élèves. Ces tableaux
sont également une représentation possible de l’état de mon cerveau au cours du
semestre, et peut-être bientôt du vôtre au cours de la lecture de ce mémoire...
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REMERCIEMENTS
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Je remercie toutes les personnes qui ont participé de près ou de loin,


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consciement ou non, à l’élaboration de ce mémoire.


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SOMMAIRE

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Urbanisme scientifique, outils et méthodes 11
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La géographie structurale : un outil pour la compréhension et


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le développement du territoire 21
AU D'A

Un nouvel apport pour la géographie : renouvellement du rapport


IS E

homme-nature et théories structuralistes 21


U UR

Le parcours morphogénétique dans la théorie de la forme


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M

urbaine 24
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Modèles et théories des formes urbaines et lieux sacrés 47


M S

La notion de sacré 48
C LE

Histoires urbaines et lieux sacrés 52


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Compréhension du territoire et nouveaux outils numériques 59


I
AT

Les trois forces 59


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Les relations de redéfinition 66


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Les relations et les attributs 67


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Bibliographie 71

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INTRODUCTION

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URBANISME SCIENTIFIQUE, OUTILS ET MÉTHODES

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Selon Françoise Choay, historienne de l’architecture, et Pierre Merlin,

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ingénieur et urbaniste, le terme urbanisation désigne deux choses :

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“l’action d’urbaniser, de créer des villes ou d’étendre l’espace urbain” et “ la
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concentration croissante dans les villes (autrefois) et dans les agglomérations
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urbaines (aujourd’hui)”1. Il s’agit donc d’un phénomène passé que l’on peut
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analyser, et d’une action future. Ce double mouvement vers le passé et vers


le futur est l’objet de la science urbaine qui s’est constituée dans le courant
AU D'A

du XIXème siècle pour faire face notamment aux problèmes d’hygiènes


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rencontrés dans les grandes villes nées de la Révolution industrielle.


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L’analyse et la projection de la ville existaient bien sûr auparavant, mais


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l’étude de la ville en tant qu’objet autonome, et selon des méthodes dites


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scientifiques, est apparue à la fin du XIXème siècle. Françoise Choay date


son apparition en 1867, lorsque l’ingénieur-architecte espagnol Ildelfonso
EN UP

Cerdà, dans sa Teoria general de l’urbanizacion, affirme que l’urbanisation


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est sous-tendue par des lois universelles qu’il s’agit de découvrir afin d’en
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tirer des prévisions et des applications.


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L’urbanisme devient une science dans le sens d’un “ ensemble structuré


I
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de connaissances qui se rapportent à des faits obéissant à des lois


N

objectives (ou considérées comme telles) et dont la mise au point exige


LE

systématisation et méthode”2. Malgré ce statut, nous sommes encore loin


O

d’avoir pu déterminer les lois objectives qui régissent nos villes. Plusieurs
EC

raisons peuvent être invoquées, la plus radicale serait de dire que nous
nous méprenons lorsque nous voulons faire de la science avec l’urbain.
Mais si l’on souhaite comprendre au mieux ce phénomène, la méthode

1 MERLIN Pierre, CHOAY Françoise, Dictionnaire de l’urbanisme et de


l’aménagement.
2 Définition du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.

11
scientifique reste la méthode par excellence. Et il semble justement que
ce soient des problèmes de méthode qui aujourd’hui nous empêchent
d’avancer dans cette discipline. Nous pouvons citer deux écueils principaux.

Le premier concerne la valeur universelle des lois recherchées pour


expliquer le phénomène urbain et questionne la valeur objective attribuée
à la science. Dans le courant du XXème siècle, on a souvent confondu
méthode scientifique et modèle de ville universel. Alors qu’il s’agit de
construire un outil scientifique permettant d’analyser les phénomènes

S
urbains, quelque soit le territoire d’étude, et ainsi de comprendre que dans

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tel lieu, telles causes produisent tels effets, de nombreux urbanistes ont

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voulu proposer une solution universelle, basée sur des principes et une

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forme urbaine applicables de manière égale sur l’ensemble du globe.

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Selon Françoise Choay, cette manière de penser et de fabriquer la ville
est fortement liée au développement des utopies dans le courant des

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XIXème et XXème siècles, elles-mêmes sous tendues par des idéologies.

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Dans sa thèse L’Urbanisme, utopies et réalités : Une anthologie, parue en

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1965, elle démontre que ces théories peuvent être classées selon deux
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grandes tendances, progressistes ou culturalistes, elles-mêmes liées à la
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mise en avant de valeurs spécifiques : les valeurs d’hygiène, d’efficacité
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et de technique pour la tendance progressiste et les valeurs culturelles


AU D'A

traditionnelles (notamment les formes organiques du passé) pour le cas


culturaliste. En tant que science, l’urbanisme doit faire attention à bien
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distinguer ce qui relève d’un outil d’analyse de ce qui est de l’ordre d’un
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choix de société fondé sur un idéal.


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Diagramme d’une ville idéale d’Ebenezer Howard

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Le second écueil concerne l’urbanisme en tant que science prédictive.
Peut-on réellement prévoir l’avenir? La science urbaine, pour étudier la
ville dans sa totalité, objet anthropologique situé sur la surface terrestre,
doit faire appel à une multitude d’autres disciplines, qu’elles relèvent
des sciences naturelles ou bien des sciences humaines et sociales.
Au fil du temps, le nombre de disciplines étudiées a augmenté, compte
tenu également de l’apparition de nouveaux champs d’études : l’histoire,
la géographie, l’économie, puis la sociologie, l’anthropologie, l’analyse
parcellaire, la linguistique, la sémiologie ou encore l’écologie. Nous faisons

S
donc face à une complexification du réel du fait même de l’avancement de

TE
la recherche et ne pouvons donc que constater les limites de nos modèles

AN
d’analyse. Par ailleurs, si la nécessité de la pluridisciplinarité est reconnue,

N
chacun des savoirs se développe trop souvent en vase clos. Il est rare,

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et complexe, de proposer un outil qui tente de combiner l’ensemble des
disciplines. La démarche de Patrick Geddes est dans ce sens singulière.

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Biologiste de formation, il s’est progressivement intéressé à de nombreux

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domaines d’études. Conscient de la complexité de la ville, il a cherché à

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développer un modèle global basé sur la mise en relation des résultats de
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divers champs d’études.
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The notation of Life, Patrick Geddes

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Ces deux écueils interpellent aussi bien la profession d’urbaniste que la
manière dont nous concevons notre société. Du fait de la complexité du
phénomène urbain, nous ne savons aujourd’hui pas encore prédire quelles
causes auront quels effets. Nous pouvons cependant décider l’idéal vers
lequel nous souhaitons nous diriger. L’objectif aujourd’hui de la science
urbaine est bien d’offrir une compréhension du phénomène urbain, la plus
large possible, basée sur des outils scientifiques et non idéologiques, nous
permettant de saisir chaque territoire dans ce qui fait sa singularité pour
ensuite choisir l’avenir que nous souhaitons construire. Il n’existe pas de

S
solution universelle à un problème donné, mais un choix de société, qui

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renvoie lui-même au processus de décision que nous nous sommes fixé.

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Nous sommes par ailleurs aujourd’hui confrontés à des changements

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importants au sein de notre société. Les phénomènes de mondialisation
et de métropolisation, auparavant caractérisés par l’accroissement des

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échanges matériels et des mobilités humaines, se doublent aujourd’hui

'A U
d’une explosion des flux d’informations. Nos cadres d’analyse basés hier

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sur les concepts d’urbain et de rural, aujourd’hui complétés par le périurbain,
IT E
O IT
peinent à définir le monde qui se crée. Ce phénomène construit pourtant
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avec lui une nouvelle matière, les “données”, que nous pouvons exploiter.
D RC

Cette information numérique est aujourd’hui en capacité de renseigner un


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très grand nombre de nos pratiques (trajectoires GPS, achats bancaires,


cartes de transports en commun, recherches sur internet, connexions de
IS E

nos diverses appareils électroniques...). A ces données récupérées sur nos


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objets connectés s’ajoutent les bases de données que chaque discipline


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peut construire suite à des recherches, entretiens, analyses diverses.


M
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L’enjeu réside dans la prise en compte de cette masse de données, qui


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s’accroît de façon exponentielle.


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Le projet du studio vise à développer un outil ambitieux qui prenne en


O A

considération l’ensemble de ces problématiques. Un outil pluridisciplinaire,


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U

systémique, renseigné par la donnée existante et future, pour améliorer la


I

compréhension du phénomène urbain. Un outil informatique, partageable,


AT

appropriable, pour participer aux décisions et permettre qu’elles se fassent


N

en connaissance de cause. Développé depuis 10 ans par les promotions


LE

successives du studio “Le même et l’autre” puis “Singularité des territoires”


O

de l’école d’architecture de Nantes, cet outil est complexe à la fois par le


EC

corpus théorique sur lequel il repose et par les techniques informatiques


qu’il requiert. La question qui se pose est alors : comment, en quatre mois,
s’approprier ce travail et tenter d’apporter sa pierre à l’édifice?

Commençons par présenter le modèle développé. Il repose sur un modèle


systémique de compréhension du monde et revêt trois aspects principaux.

14
L’arborescence : le classement des données

L’arborescence est un type de classement qui cherche à décrire l’ensemble


du monde réel. Son objectif est d’être exhaustif pour permettre le
classement de l’ensemble des données disponibles aujourd’hui et dans
l’avenir. Il se compose de trois branches, la branche physique, la branche
anthropologique et la branche culturelle. Les branches et leurs subdivisions
ont été définies à partir d’un travail sémantique basé sur des concepts et
théories de différentes disciplines.

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A ce niveau, le travail consiste en l’amélioration des branches selon deux


axes : la recherche des données existantes qu’il s’agit de classer dans
l’arborescence ; et la reformulation au besoin de certains termes utilisés
dans les branches afin de mieux qualifier et intégrer cette donnée.

15
Les combinatoires : le croisement des données

Le classement de type arborescence a été choisi pour les modes de


combinaison qu’il permet. L’objectif est de comprendre comment les
données sont liées entre elles. L’ensemble des croisements définis par
l’arborescence offre des possibilités multiples d’analyse et de combinaison
de ces données. Cette approche repose sur le principe qu’il ne faut pas
rechercher de liens de causalité a priori, mais explorer l’ensemble des
relations qui peuvent s’exprimer entre les choses : comment une donnée

S
est-elle reliée à une autre donnée ? Comment cette relation peut m’aider à

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comprendre et décrire un phénomène ? Quelles nouvelles perspectives de

AN
recherche peuvent alors être initiées ?

N
Dans ce cadre, le travail repose sur le développement d’un outil

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mathématique basé sur la logique, permettant de croiser les données à
partir de leur position dans l’espace (croisement topologique) ou bien en

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fonction de leur classement attributaire lié à l’arborescence (croisement

'A U
sémantique).

D CT
IT E
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couche de départ (a) Point Ligne Polygone
D RC

couche superposee (b) Point Ligne Polygone Point Ligne Polygone Point Ligne Polygone
Inclusion Inclusion Inclusion Région
AU D'A

A L’INTÉRIEUR: X
A est entièrement contenu X X X X
dans B (La première forme est
contenue dans la deuxième)
Inclusion Inclusion Inclusion
IS E

CONTIENT:
U UR

B est entièrement contenu X X X X X


dans A (LA deuxième forme est
contenue dans la première)
SO IE

Polarité
M
T ER

DISJOINT:
EN UP

A et B ne s’intersecte pas
Système Franchissement Noeud Porte
M S

INTERSECTE:
C LE

A et B ont au moins un point


d’intersection en commun
O A

Système Contour Gradient


D ON

CHEVAUCHE:
U

Intersection de A + B = C où A,
B et C sont de la même forme. X X X X X X
A et B appartiennent à la même
I

catégorie (points, lignes, surfa-


AT

ces) et donne une intersection


de la même catégorie
N

Franchissement Chef-lieu Réseau Franchissement

CROISE:
LE

Intersection de A + B = C où C X X X X
appartient à une forme inférieure
à A ou B
O

(points < lignes < polygones)


EC

Système Système Système

X X X X X X
EGAL:
Superposition de même formes
aux mêmes coordonées
Voisinage Voisinage Voisinage Voisinage Voisinage
TOUCHE:
Auncun des points de contacts
se trouvent à l’intérieur des
géométries. Au moins une X X X X
géométrie doit être une chaîne
de lignes ou polygones.
Contact uniquement sur la limite.

16
L’interface : la représentation des données

La dernière partie de l’outil consiste à créer une interface qui permette


principalement deux choses :

• représenter facilement les données en relation avec l’arborescence,


par exemple sous forme de cartes liées à une thématique présente
dans une branche de l’arborescence,
• permettre le partage de l’information en offrant une plateforme

S
numérique de type open data, où chacun puisse venir chercher ou

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ajouter des données.

AN
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Au fil des ans, plusieurs plateformes et interfaces ont été testées et
développées. L’outil principal pour la visualisation des données recueillies

TE E
R
U R
reste les cartographies SIG, mais d’autres formes de représentations sont

'A U
testées (graphes et graphiques).

D CT
IT E
O IT
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Pour appréhender ce travail en construction, nous avions comme territoire
D RC

d’étude la ville d’Athènes et comme question transversale celle du patrimoine.


AU D'A

Le patrimoine historique antique d’Athènes, classé pour une grande partie


au patrimoine mondial de l’UNESCO, nous renvoie à la naissance de la
IS E

polis, à la démocratie et aux racines de la culture européenne. Pourtant,


U UR

ce patrimoine ne représente aujourd’hui qu’une infime partie du territoire


SO IE

métropolitain athénien. Se pose alors la question de ce qu’une ville transmet


M
T ER

de son passé dans sa structure urbaine contemporaine. Que raconte-elle


EN UP

de nos formes de société et de notre rapport à l’espace? Les lectures


M S

théoriques, historiques et les recherches de données sur la thématique


C LE

de la genèse des établissements humains ont été le fil conducteur de ce


O A

semestre, en particulier la théorie de la géographie structurale (chapitre 1).


D ON
U

Elles nous ont conduit à étudier plus particulièrement les formes du sacré
I

dans leurs relations à la société et aux territoires (chapitre 2). Nourries


AT

par les problématiques et les outils proposés dans le studio « Singularité


N

des territoires », ces recherches nous ont amenées à élaborer un modèle


LE

d’analyse des structures des formes d’établissements humains (chapitre


O

3). Ce modèle peut être considéré comme un exemple de combinaisons


EC

des données à expérimenter sur d’autres territoires et pourrait, selon les


résultats, questionner, actualiser et/ou affiner le modèle arborescent.

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EC
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CHAPITRE 1

S
TE
LA GÉOGRAPHIE STRUCTURALE : UN OUTIL POUR

AN
LA COMPRÉHENSION ET LE DÉVELOPPEMENT DU

N
TERRITOIRE

U DE
TE E
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U R
'A U
D CT
Le modèle théorique de la forme urbaine issu de la géographie structurale,
IT E
développé par Gilles Ritchot et Gaëtan Desmarais, nous intéresse d’abord
O IT
R H
en tant que modèle pluridisciplinaire. Les deux géographes font appel à de
D RC

nombreuses disciplines extérieures à la géographie et, dans le cadre de leur


AU D'A

spécialité spatiale, proposent de les intégrer dans un système global pour la


compréhension de la morphogenèse urbaine. Leur modèle nous intéresse
IS E

également particulièrement pour la démarche entreprise de “modélisation”.


U UR

Comme tout modèle structural, il est réducteur, mais il s’appuie sur une
SO IE

base théorique et pluridisciplinaire solidement argumentée, qui, une fois


M
T ER

digérée, leur permet de proposer un modèle complexe et original qui ne


EN UP

demande qu’à être expérimenté.


M S
C LE

Cette première partie présentera les grands principes et les différentes


notions de cette théorie. Elle affirme notamment que la genèse des premiers
O A
D ON

établissements humains serait à chercher dans les formes anthropologiques


U

abstraites, et en premier lieu le sacré, plutôt que dans un rapport direct de


I
AT

subsistance avec la nature. Cette approche par le sacré nous amènera dans
N

la seconde partie à présenter d’autres théories se rapportant aux formes du


LE

sacré et du religieux et notamment dans leurs relations aux lieux et aux


O

territoires.
EC

Un nouvel apport pour la géographie : renouvellement du


rapport homme-nature et théories structuralistes

La géographie structurale renouvelle fondamentalement le rapport de

21
l’homme à la nature. Selon ses auteurs, la géographie classique entrevoit
les liens homme-nature uniquement en termes utilitaires : les hommes
s’installent et s’organisent sur l’espace terrestre dans le but de pourvoir
aux nécessités matérielles de leur subsistance (manger, se protéger...).
En se basant sur les théories structuralistes développées à partir du milieu
du XXème siècle, la géographie structurale propose d’analyser les formes
d’organisations spatiales des établissements humains en fonction de
critères plus larges, pluridisciplinaires, et où l’ensemble des objet étudiés
peut s’expliquer par un système global, un modèle théorique structural. Dans

S
ces modèles, l’accent est mis sur des structures abstraites qui régissent

TE
les formes concrètes observables empiriquement. Les relations entre les

AN
objets étudiés sont aussi importantes, voire davantage, que les objets en

N
eux-mêmes. Différentes théories structuralistes, et en particulier celles

U DE
développées par l’anthropologue Levi-Strauss, mettent en lien des structures
abstraites et des systèmes d’organisation spatiale d’établissements humains

TE E
R
U R
: “il s’agit de comprendre comment des faits d’essence non spatiale, relevant

'A U
de différents ordres structurels (anthropologique, politique, économique...)

D CT
acquièrent une certaine localisation dans l’espace géographique”. Ainsi,
IT E
O IT
selon Levi-Strauss, les structures spatiales de l’établissement humain sont
R H
liées aux structures anthropologiques de l’imaginaire : “les représentations
D RC

que les Bororo se font de leur structure sociale sont projetées dans l’espace
AU D'A

du village” 1. Toutefois, selon Gaëtan Desmarais, ces théories structuralistes


sont de nature logique ou “projective”, les formes non spatiales se
IS E

localisent sur un espace géographique indifférencié, une étendue amorphe,


U UR

ponctuée de formes concrètes dont les caractéristiques ne sont pas


SO IE

prises en considération, ou alors seulement dans un sens utilitaire. Pour


M
T ER

Gaëtan Desmarais, cette théorie doit être complexifiée. Il plaide pour un


EN UP

structuralisme topologique et dynamique, ou conception émergente,


M S

où l’espace géographique est différencié et agit sur les structures


C LE

anthropologiques de l’imaginaire:
O A
D ON
U

“l’organisation spatiale et les significations symboliques ne sont


I

plus considérées comme des entités extrinsèques l’une à l’autre,


AT

et le lien qu’elles entretiennent n’est plus pensé comme un rapport


N

d’expression. Ce lien devient un processus d’engendrement”2,


LE
O

“les formes concrètes de l’établissement humain sont à la fois


EC

produites par une dynamique d’appropriation territoriale d’ordre


anthropologique et politique, et contraintes par une structure
morphologique abstraite indépendante du substrat où elles
s’incarnent” 3.

1 DESMARAIS Gaëtan, La morphogenèse de Paris, Des origines à la Révolution.


2 Ibid
3 DESMARAIS Gaëtan, La morphogenèse de Paris, Des origines à la Révolution.
22
Ainsi, pour Gaëtan Desmarais, l’espace géographique est structural   :
il présente des discontinuités qualitatives liées à des structures
morphologiques abstraites d’ordre naturelles et culturelles.

Les structures morphologiques abstraites naturelles sont d’origine


géomorphologiques. En effet, selon Gilles Ritchot, les sciences dites dures
ne permettent pas, comme pour les roches, les masses d’air ou encore les
sols, de donner une explication irréfutable de ces formes terrestres. Par
exemple, l’explication de la forme d’une montagne comme les Alpes sera

S
toujours fonction de suppositions : les forces géologiques ayant permis le

TE
soulèvement de la croûte terrestre et les phénomènes d’érosion qui ont pu

AN
intervenir par la suite. “C’est pourquoi la plupart des formes de relief, au

N
lieu d’être définies en fonction des agents de façonnement et de mise en

U DE
place, se définissent les unes par rapport aux autres”4. Une ligne de crête
de montagne est la ligne des points les plus hauts de cette montagne. On

TE E
R
U R
parle dans ce cas de définition faible.

'A U
D CT
Les structures morphologiques abstraites culturelles sont d’origine
IT E
O IT
humaine. Tout comme la géomorphologie n’appartient pas tout à fait aux
R H
sciences naturelles, la géographie humaine n’appartient pas tout à fait
D RC

aux sciences sociales. L’étude des formes d’établissements humains, ou


AU D'A

géographie humaine, est avant tout géographique. L’espace est investi


de valeurs par les êtres humains, et en premier lieu, par la valeur sacrée.
IS E

Ces valeurs investissent l’espace géographique et déterminent les formes


U UR

d’établissements humains.
SO IE
M
T ER

L’objectif de la théorie de la forme urbaine est de démontrer l’interaction


EN UP

profonde des structures morphologiques abstraites, et non des structures


M S

naturelles concrètes, sur la structuration des établissements humains.


C LE

Ces formes abstraites sont issues de notre imaginaire anthropologique qui


O A

donne du sens à notre établissement dans l’espace. Ce sens symbolique


D ON
U

engendre une dynamique pour le contrôle de l’espace. Le sol prend alors


I

une valeur dite positionnelle en fonction de cette dynamique de contrôle.


AT

C’est cette valeur positionnelle qui conditionne l’édification des formes


N

concrètes.
LE
O
EC

4 DESMARAIS Gaëtan, La morphogenèse de Paris, Des origines à la Révolution.

23
Le parcours morphogénétique dans la théorie de la forme
urbaine

Le processus d’émergence des formes de l’établissement humain


est modélisé par Gaëtan Desmarais dans ce qu’il appelle le parcours
morphogénétique, conçu comme “l’algorithme générateur des formes de
l’établissement humain”. Il s’agit d’un processus d’engendrement de 4
niveaux qui se succèdent :

S
TE
• le niveau profond de l’imaginaire anthropologique

AN
• le niveau de la dynamique d’appropriation territoriale
• le niveau de la structuration abstraite de l’espace géographique

N
• le niveau de la dynamique d’occupation spatiale

U DE
TE E
Ces différents niveaux du parcours morphogénétique font appellent à 4

R
U R
thèses fondamentales :

'A U
D CT

IT E
“la “règle de propriété” qui médiatise les rapports de l’homme
O IT
avec les ressources du milieu extérieur et qui est considéré comme
R H

l”’opérateur d’actualisation spatiale” des significations symboliques


D RC

de l’imaginaire”5. Cette thèse intervient au niveau profond de


AU D'A

l’imaginaire anthropologique.
IS E
U UR

• “le “contrôle politique” de la mobilité, organisé autour de trajectoires


de rassemblement, de concentration, d’évasion et de dispersion,
SO IE
M

et qui constitue la dynamique génératrice de la structuration


T ER

morphologique de l’établissement humain”6. Cette thèse intervient


EN UP

au niveau de la dynamique d’appropriation territoriale.


M S
C LE

• “”l’”efficacité de la position”, liée à la structure morphologique


O A

abstraite de l’espace géographique”7. C’est la thèse centrale de la


D ON
U

théorie de la forme urbaine.


I
AT

• “la “rente de situation”, qui valorise les domaines investis des


N

valeurs positionnelles urbaine et rurale, conçue comme l’”opérateur


LE

de réalisation” qui spatialise l’édification des formes architecturales”8.


O
EC

5 DESMARAIS Gaëtan, La morphogenèse de Paris, Des origines à la Révolution.


6 Ibid
7 Ibid
8 Ibid

24
Figure 1

PARCOURS MORPHOGENETIQUE
DE L'ÉTABLISSEMENT HUMAIN
NIVEAU DE à lire de 7 à 1 en suivant les QUELQUES RÉFÉRENTS
flèches de présupposition thématiques
SUR ACE disciplinaires

S
professionnels

TE
f r

AN
Les activités économie productive
rentabilisent

N
Formes
concrètes architecture

U DE
les édifications ingénierie
stimulées par construction

TE E
R
U R
'A U
D CT
Formes IT E
O IT t la rente foncière
valorisant
économie foncière
R H
abstraites des domaines vides
D RC

catégorisés par un géographie


système de
discontinuités
AU D'A
IS E
U UR

engendrées par des

f conflits liés au contrôle politique


SO IE

de la mobilité, soit la
Dynamique dimension politique
M
T ER

interne de la règle de propriété,


qui actualise morale
EN UP

spatialement
M S
C LE
O A

des prégnances
D ON

affectives articulées en esthétique


U

Imaginaire axiologies élémentaires


I

anthropologique
AT
N

y
LE
O
EC

NIVEAU
SPATIAL NON SPATIAL
PROFOND

Le parcours morphogénétique de l’établissement humain de Gaëtan Desmarais

260 Cahiers de Géographie du Québec + Volume 36, n° 98, septembre 1992

25
Le niveau profond de l’imaginaire anthropologique

Il s’appuie sur la notion de vaccum, introduite par le géographe Gilles


Ritchot. Cette notion se base sur les concepts de trois grandes théories
développées dans la seconde moitié du XXème siècle :

• la théorie sémiotique du linguiste et sémioticien Algirdas Julien


Greimas,
• la théorie sémiotique du mathématicien et épistémologue René

S
Thom,

TE
• la théorie anthropologique du désir mimétique de l’anthropologue et

AN
philosophe René Girard.

N
U DE
La première théorie porte sur les modalités d’investissement des valeurs
anthropologiques dans des objets-valeurs. Les deux autres théories portent

TE E
R
U R
sur le développement psychique de l’homme et les éléments pouvant aider

'A U
à comprendre son processus d’hominisation.

D CT
IT E
O IT
Dans ce niveau dit profond, le vaccum est le lieu symbolisant l’acte de
R H
fondation d’une société. Cette hypothèse s’appuie sur la théorie du caractère
D RC

mimétique du désir proposée René Girard. Selon lui, nos désirs ne sont
AU D'A

que le reflet des désirs des autres. Ce désir correspondrait à un idéal que
nous voulons atteindre et que l’autre nous renvoie. La violence entre les
IS E

hommes est donc engendrée par le désir d’obtenir l’objet qu’un autre désir.
U UR

Les même objets peuvent être alors désirés, par contagion, par un grand
SO IE

nombre d’individus. La résolution de ces rivalités passerait par ce que René


M
T ER

Girard appelle le mécanisme de la victime émissaire, soit la transformation


EN UP

du conflit de “tous contre tous” à un conflit de “tous contre un”, le sacrifice


M S

d’un être humain bouc émissaire :


C LE
O A

“Entre l’animalité proprement dite et l’humanité en devenir, il y


D ON
U

a une rupture véritable et c’est la rupture du meurtre collectif,


I

seul capable d’assurer des organisations fondées sur des


AT

interdits et des rituels, si embryonnaires soient-ils. Il est donc


N

possible d’inscrire la genèse de la culture humaine dans la


LE

nature, de la rapporter à un mécanisme naturel sans lui ôter ce


O

qu’elle a de spécifique”9.
EC

Le cadavre de la victime acquiert alors un statut particulier, fascinant. En


s’organisant pour sacrifier un homme, les autres conservent la vie sauve.
Alors que chez les animaux se serait manifester une indifférence complète

9 GIRARD René, La violence et le sacré.

26
pour le cadavre, celui-ci prend, chez les êtres humains, une dimension
sociale :

“ il signifie pour cette communauté entière le retour à la


paix, l’avènement de toute possibilité culturelle, c’est-à-dire,
pour les hommes, toute possibilité de vie. C’est aux vertus
réconciliatrices de la victime émissaire qu’il faut attribuer, chez
les hommes, la découverte conjointe, sur le même cadavre,
de tout ce qui peut se nommer mort et de tout ce qui peut se

S
nommer vie”10.

TE
AN
La nouvelle communauté se sédentarise et s’organise autour de cet objet

N
sacré. Selon Ritchot, qui s’appuie toujours sur les théories de René Girard,

U DE
les premières communautés humaines s’établissent à distance du cadavre.
Le sacrifice a en effet une valeur d’attraction pour son symbolisme de la vie,

TE E
R
U R
mais également de répulsion pour la part de mort qu’il contient. Le vaccum

'A U
devient interdit de résidence. Toutefois, cette structuration peut évoluer au

D CT
fil du temps. Ritchot prend l’exemple des martyrs chrétiens qui vont faire
IT E
O IT
évoluer l’imaginaire anthropologique et transformer le “sacrifié” en “victime
R H
innocente”. La part de mort et de maléfice revêtue par le sacrifié s’efface
D RC

dans le martyr chrétien ce qui amène la communauté à s’établir à proximité


AU D'A

immédiate de la victime. Quelque soit le mode d’organisation, la théorie de


la forme urbaine envisage le lieu de la mort qui contient l’acte fondateur de
IS E

la société comme l’origine de la sédentarisation et de l’organisation des


U UR

communautés humaines.
SO IE
M
T ER

“Le vaccum “sacré” organise donc la structuration abstraite de


EN UP

l’espace géographique “profane” qui l’entoure, non seulement


M S

pour la situation extrême que représente le processus


C LE

d’hominisation, mais également pour toutes les situations


O A

historiques particulières où se met en place dans la longue


D ON
U

durée le symbolisme fondateur du lien social”11.


I
AT

L’investissement symbolique du sol terrestre fait apparaître “la règle de


N

propriété”, qui n’est donc pas à l’origine une règle juridique et contractuelle,
LE

mais une règle abstraite introduite par l’interdit de résidence lié à la


O

dimension sacrée du sol.


EC

10 GIRARD René, La violence et le sacré.


11 DESMARAIS Gaëtan, La morphogenèse de Paris, Des origines à la
Révolution.

27
Essai d’application à la morphogenèse d’Athènes

“Le destin d’Athènes fut lent à se dessiner et rien vraiment ne


pouvait attirer particulièrement l’homme dans cette plaine, sinon
des ressources en eau. Aussi, en Attique, d’autres sites tout
aussi bien pourvus rivalisèrent longtemps avec l’établissement
de l’Acropole”12

S
TE
La géographie structurale remet en question la seule explication

AN
utilitaire et de subsistance pour permettre de comprendre la genèse

N
des établissements humains. Roland Etienne, dès l’introduction de

U DE
son ouvrage sur l’histoire de la ville des origines au IIIe siècle, pose

TE E
ce même constat : les ressources de la plaine athénienne sont faibles,

R
U R
dans tous les cas elle n’est pas mieux dotée que le reste de la péninsule

'A U
D CT
de l’Attique. Quelle a donc pu bien être la raison d’un établissement
à cet endroit? L’analyse de la genèse et du développement de la
IT E
O IT
ville d’Athènes demande une érudition et une connaissance fine du
R H

territoire dont nous sommes loin d’être détenteurs. Nous ne pouvons


D RC

qu’émettre des pistes de recherche.


AU D'A

Le rocher de l’Acropole semble à première vu correspondre au lieu


IS E
U UR

sacré ancestral de la communauté athénienne. Pourtant, selon les


archéologues et historiens, sa fonction sacrée univoque ne s’est
SO IE
M

imposée que dans le courant du VIIe siècle avant J.-C., durant l’époque
T ER

archaïque. Le premières traces d’établissement dans la future Athènes


EN UP

sont repérables à partir du Néolithique récent (-5300/-4300), dans


M S

deux grottes situées au-dessus du futur théâtre de Dionysos, sur les


C LE

pentes sud de L’Acropole. Le site de l’Acropole est occupé par des


O A

sépultures au Bronze récent (2050-1600 av.J.-C.), que les historiens


D ON
U

mettent en lien avec un habitat, puis par un palais-forteresse à la fin


I
AT

de l’époque mycéniennes (1300 av.J-C.). Aussi, si le site a pu revêtir


un caractère sacré dans un premier temps, il n’y a aucune trace de la
N

sorte découverte aujourd’hui par les archéologues : il est devenu lieu


LE

d’habitat, puis forteresse, pour devenir ou redevenir un lieu sacré.


O
EC

Dans l’approche de la théorie urbaine, ce site ne correspond pas à


la définition du vaccum, interdit de résidence, puisqu’il a été habité,
mais plutôt au site qui se serait construit à distance, et, dans une
optique politique et militaire, sur le rocher pour faciliter la

12 ROLAND Etienne, Athènes, espaces urbains et histoire, des origines à la fin du


IIIe siècle ap. J.-C.

28
défense de la communauté et mettre en exergue le pouvoir.

Nous pouvons émettre d’autres hypothèses de vacuum pour Athènes,


comme par exemple l’Académie de Platon ou encore la ville d’Eleusis.

L’hypothèse de l’Académie de Platon


L’historienne Maria Pantelidou-Gofa mentionne une voie datant de

S
l’âge de Bronze (3300-1600 av.J.-C.) qui passe sur la future agora

TE
classique (au nord-ouest de l’Acropole) et qui mène vers la future

AN
Académie de Platon. Sur ce site a été identifié une « maison sacrée »,

N
difficile à interpréter, ainsi que plusieurs édifices attestant de divers

U DE
cultes datant de l’époque protogéométrique. Selon l’historienne et
archéologue Despina Chatzivasiliou : “Cet ensemble d’édifices paraît

TE E
R
U R
assez isolé en dehors du cadre urbain et loin de la ville. Or, ce n’est

'A U
pas par hasard que le culte du héros Akadémos, qui personnifie le

D CT
peuple athénien, y fut installé”13 *
IT E
O IT
R H
L’hypothèse d’Eleusis
D RC

Des fortes relations sont également établies entre Athènes et Eleusis.


AU D'A

La ville d’Eleusis, située à 20 kilomètres au nord-ouest d’Athènes,


comporte un grand sanctuaire dit panhéllenique où se déroulaient
IS E

notamment des mystères en l’honneur de la déesse Déméter. La


U UR

ville a été réunie au territoire athénien à l’époque archaïque et les


SO IE

deux cités étaient reliées par la voie Sacrée où prenaient place les
M
T ER

processions en l’honneur d’Athéna polias. La possession d’Eleusis


EN UP

par Athènes revêt donc un caractère sacré qui nous amène à penser
M S

que la ville d’Eleusis a pu être un site originellement structurant pour


C LE

des raisons sacrés pour les athéniens. Toutefois, les cultes à Eleusis
O A

n’ont pas été datés d’avant le VIIIe siècle alors que d’autres lieux de
D ON
U

cultes plus anciens sont repérables autours d’Athènes. Le sanctuaire


I

à la Mounychie (Pirée) au sud d’Athènes et un site sur les hauteurs


AT

de l’Hymette à l’est d’Athènes sont connus pour des activités dès le


N

Protogéométrique (-1050/-900), tandis que le sanctuaire Tourkovouni,


LE

au nord-est de la ville, sur le haut Céphise, apparaît au VIIIe siècle.


O
EC

13 CHATZIVASILIOU Despina, Dispositifs rituels et urbanisation en Grèce ar-


chaïque, Le cas d’Athènes et de l’Attique.

29
Carte d’Athènes
S
TE
AN
N
U DE
TE E
R
U R
'A U
D CT
IT E
O IT
R H
D RC
AU D'A
IS E
U UR
SO IE
M
T ER
EN UP
M S
C LE
O A
D ON
U
I
AT
N
LE
O
EC

Le bassin d’Athènes entre le mont Parnès au Nord, le mont Égalée à l’Ouest, le mont
Pentélique au Nord-Est et l’Hymette à l’Est, in Greco 2010

30
EC
O
LE
N
AT
I
D ON
O A Voie des
Future agora Panathénées
C LE
U classique
M S
EN UP
T ER
SO IE
U UR
M
IS E
AU D'AAcropole

D RC
R H Agora
archaïque
O IT
IT E
D CT
'A U
U R
TE E
U DE
R
N

Proposition de carte d’Athènes à l’époque archaïque, in Chatzivasiliou 2013


AN
TE

31
S
Le niveau de la dynamique d’appropriation territoriale

La valeur symbolique du vaccum, espace sacré, va engendrer une


dynamique d’appropriation du sol qui prend lui une forme concrète : achat
de terres, réglementations des mobilités des biens et des hommes... Cette
prise de contrôle organise la dimension politique de la communauté.

Gilles Ritchot introduit alors le concept de “contrôle politique” de la


mobilité. Celui-ci doit permettre de mieux définir les concepts classiques

S
du nomadisme et de la sédentarité. Alors que la géographie classique les

TE
considère comme des états liés à la nature, fonction des ressources des

AN
milieux naturels, il “conçoit le “sédentaire” comme un acteur qui n’a plus

N
le contrôle de ses trajectoires de mobilité dans l’espace géographique,

U DE
et le “nomade sélectif” comme un acteur qui possède non seulement le
pouvoir de réguler ses propres trajectoires, mais aussi celui de contrôler

TE E
R
U R
les trajectoires du sédentaire”14. En introduisant un ordre politique, la règle

'A U
de propriété modifie l’accès direct aux ressources pour les hommes. Le

D CT
contrôle politique de sa trajectoire dépend pour chacun de son état vis-à-
IT E
O IT
vis du “pouvoir de régulation” : conjoint dans le cadre du nomade sélectif et
R H
disjoint dans le cadre du sédentaire.
D RC
AU D'A

Par extension, ce concept de mobilité permet de mieux définir les notions


manipulées par les géographes que sont l’urbain et le rural en leur attribuant
IS E

des valeurs en fonction de leur mode d’acquisition territoriale. Les trajectoires


U UR

du nomade sélectif, dites endorégulées, produisent la valeur urbaine, tandis


SO IE

que les trajectoires du sédentaires, dites exorégulées, produisent la valeur


M
T ER

rurale :
EN UP
M S

“Les domaines urbains sont ceux où se rassemblent, dans


C LE

un habitat groupé, et ceux où s’évadent, dans un habitat


O A

diffus, des acteurs sociaux qui contrôlent leur mobilité, ce que


D ON
U

Gilles Ritchot appelle des “nomades sélectifs” (1985a). Les


I

domaines ruraux sont ceux où sont concentrés, dans un


AT

habitat groupé, et ceux où sont dispersés, dans un habitat


N

diffus, des acteurs sociaux qui ne contrôlent plus leur mobilité,


LE

ce que Gilles Ritchot appelle des “sédentaires” (1985a)”15.


O
EC

Cette définition introduit un aspect dynamique dans les relations entre


l’urbain et le rural : le nomade sélectif, en s’appropriant un territoire, crée
de l’urbain et, par défaut, du rural. Par ailleurs, cette définition permet de

14 DESMARAIS Gaëtan, La morphogenèse de Paris, Des origines à la Révolu-


tion.
15 Ibid

32
ne pas catégoriser les formes d’établissements humains en rural ou urbain,
chacune des formes (ville, cité, bourg, village, habitat groupé, habitat
diffus...) pouvant comporter l’une ou l’autre de ces valeurs.

Le niveau de la structuration abstraite de l’espace géographie ou la structure


morphologique abstraite

La rencontre des trajectoires endorégulées et exorégulées fait émerger

S
des discontinuités qualitatives qui délimitent des domaines investis de

TE
valeurs différenciées : une valeur positionnelle urbaine pour les trajectoires

AN
endorégulées, une valeur positionnelle rurale pour les trajectoires

N
exorégulées. Ces discontinuités qualitatives sont appelées structures

U DE
morphologiques abstraites.

TE E
R
U R
“L’essence politico-culturelle urbaine et rurale détermine

'A U
l’existence spatio-temporelle des domaines de l’espace

D CT
géographique par l’intermédiaire du déploiement des
IT E
O IT
discontinuités. A l’intérieur de chaque domaine, la valeur
R H
positionnelle urbaine ou rurale ne varie pas qualitativement.
D RC

En revanche, à la traversée d’une discontinuité, la valeur


AU D'A

positionnelle subit une transformation qualitative brusque : il


y a passage de l’urbain au rural ou, inversement, du rural à
IS E

l’urbain”16.
U UR
SO IE

En fonction des trajectoires possibles, Gaëtan Desmarais reconnaît


M
T ER

quatre grands processus engendrant des formes abstraites élémentaires,


EN UP

dans lesquelles il combine les structures morphogénétiques naturelles et


M S

culturelles :
C LE

• les domaines engendrés par des trajectoires endorégulées.


O A
D ON
U

Il s’agit d’”aires positives” où la valeur urbaine domine. Ces aires


I

sont traversées par une “ligne de crête” ponctuée de “massifs”, qui


AT

représentent les espaces but recevant les trajectoires endorégulées,


N

où la valeur urbaine est seule présente.


LE
O

• les domaines engendrés par des trajectoires exorégulées. Il


EC

s’agit d’”aires négatives” où la valeur rurale domine. Ces aires sont


traversées par une “ligne de talweg”. “L’aire négative se termine par
une frontière au-delà de laquelle s’étend la “périphérie” où la valeur

16 DESMARAIS Gaëtan, La morphogenèse de Paris, Des origines à la


Révolution.

33
rurale est seule présente”17.

• les cas de superposition des trajectoires. Deux lignes de crêtes


qui se croisent localisent un “centre” où la valeur urbaine est seule
présente. Deux lignes de talweg qui se croisent localisent une
“cuvette” où la valeur rurale est seule présente. Une ligne de crête
et une ligne de talweg qui se croisent localisent un “seuil” ou “effet
col” où les deux valeurs sont en compétition.

S
• les cas de domaines résultant de transformations. L’”enclave”

TE
correspond à un massif dont l’extension spatiale ne peut plus

AN
se développer. Un “verrou” est un massif qui ponctue une aire

N
négative, les trajectoires exorégulées doivent le contourner. Un

U DE
“collier” représente une aire positive produite par une évasion à
partir d’un massif central : il prend la forme d’un vide compris entre

TE E
R
U R
deux frontières concentriques, la frontière interne se superpose à la

'A U
frontière du massif abandonné et la frontière externe à celle de la

D CT
périphérie. Un “corridor foncier” est une ligne de talweg traversant
IT E
O IT
un collier pour relier la périphérie et le massif central. Un “front
R H
d’urbanisation” est une ligne de crête traversant une aire négative
D RC

pour relier deux aires positives.


AU D'A
IS E
U UR
SO IE
M
T ER
EN UP
M S
C LE
O A
D ON
U
I
AT
N
LE
O
EC

17 DESMARAIS Gaëtan, La morphogenèse de Paris, Des origines à la


Révolution.

34
LA «STRUCTURE MORPHOLOGIQUE ABSTRAITE»
Les principales formes abstraites

L'aire positive est articulée par une «ligne


de crête» ponctuée de massifs où la ++++•+++•++++
qualité urbaine est seule présente.

S
TE
AN
N
U DE
L'aire négative est articulée par une «ligne
de talweg» et se termine par une frontière

TE E
R
U R
au-delà de laquelle s'étend la périphérie où

'A U
la qualité rurale est seule présente.

D CT
IT E
O IT
R H
D RC
AU D'A
IS E

La superposition d'une «ligne de crête» et


U UR

d'une «ligne de talweg» configure un seuil


SO IE

où les qualités urbaines et rurales sont en


M

compétition.
T ER
EN UP
M S
C LE
O A

Le collier est une aire positive produite par


D ON

une évasion ayant pour source un massif


U

inchoatif. Il s'agit du domaine vide compris


I
AT

entre deux frontières concentriques, la


frontière interne coïncidant avec celle du
N

massif inchoatif abandonné et la frontière


LE

externe coïncidant avec celle de la péri-


phérie. Le corridor foncier est une «ligne
O

de talweg» qui perce le collier, faisant ainsi


EC

communiquer la périphérie et le massif


inchoatif.

268 Cahiers
Les formesde Géographie
abstraitesduélémentaire
Québec + Volume 36, n° 98, septembre
de l’établissement 1992 Desmarais Gaëtan
humain,

35
Essai d’application à la morphogenèse d’Athènes

Si nous ne pouvons pas identifier le vaccum d’Athènes, nous


pouvons regarder comment le pouvoir prend place autour des lieux
de sépulture.

S
Après la période mycénienne durant laquelle l’Acropole est occupé

TE
par un palais-forteresse, le développement de la ville d’Athènes,

AN
comme l’ensemble des villes de la péninsule Attique, est marqué par

N
une diminution du nombre d’habitants et la fin du système palatial

U DE
mycénien.Durant cette période dite des siècles “obscurs” (1100-800
av.J-C.), seules les nécropoles permettent de suivre le développement

TE E
R
U R
d’Athènes. Ces vestiges montrent toutefois des évolutions profondes

'A U
des pratiques funéraires. Selon Roland Etienne, durant cette période,

D CT
les rites funéraires “se transforment cinq fois en cinq siècles, si
IT E
O IT
l’on prend comme référence le mode d’ensevelissement”1, tout en
R H
admettant qu’il est difficile d’y trouver une cohérence. Pour tenter de
D RC

comprendre les données archéologiques, il émet l’hypothèse que le


AU D'A

droit à sépulture a varié selon les époques : il était réservé aux élites
au IXe siècle et VIe siècle, tandis qu’il était accordé à l’ensemble du
IS E

corps social entre ces deux périodes. Selon lui, ces éléments sont liés
U UR

à l’histoire politique athénienne. Il fait l’hypothèse d’une intégration de


SO IE

nombreuses populations (kakoi) à la cité lorsque le droit à sépulture


M
T ER

est étendu, contrastant avec des moments de forte dépendance


EN UP

à quelques familles aristocratiques (agathoi) lorsque le droit à


M S

sépulture est restreint. La lutte entre agathoi et kakoi correspondrait


C LE

à un processus de constitution de la cité athénienne. Selon cette


O A

hypothèse, la sépulture est un marqueur spatial du pouvoir dans la


D ON
U

communauté. L’appropriation de la mort semble être une prérogative


I

nécessaire pour imposer son pouvoir à la communauté.


AT
N

Par ailleurs, les cartes d’Athènes dressées par l’archéologue Morris


LE

en 1987 (voir ci-contre) montrent un processus de dispersion-


O

transformation des lieux de sépulture durant la période. Les sépulture


EC

sont peu a peu supprimées de l’Acropole à partir de 900 av.J.-C., tandis


que le lieu politique et commercial central, la future agora classique,
prend place sur un ancien cimetière, au nord ouest de l’Acropole. Il
est aujourd’hui admis que l’ancienne agora dite archaïque était

1 Roland Etienne, Athènes, espaces urbains et histoire, des origines à la fin du IIIe
siècle ap. J.-C.

36
positionnée au sud-est de l’Acropole. La raison de son déplacement
au nord-ouest n’est pas encore expliquée.

Ne peut-on pas
envisager ce

S
déplacement comme

TE
l’appropriation d’un

AN
lieu attractif, sacré,

N
un cimetière, pour

U DE
permettre d’imposer
un pouvoir politique?

TE E
R
U R
Roland Etienne

'A U
précise qu’à l’époque

D CT
Submycénien - Protogéométrique
mycénienne, les tombes
IT E
O IT
des plus riches athéniens
R H
sont retrouvées vers le
D RC

cimetière où prendra
AU D'A

place la future agora.


Sur ce cimetière se
IS E

sont ensuite développés


U UR

de nombreux cultes
SO IE

héroïques dans le
M
T ER

courant du VIIe siècle


EN UP

Géométrique ancien - Géométroque récent II


av. J.-C., qui auraient
M S

laissés place au VIème


C LE

siècle à la résidence
O A

des tyrans, puis au


D ON
U

Ve siècle aux édifice


I

civiques démocratiques
AT

(l’assemblée, l’Ecclesia,
N

le tribunal, l’Héliée,
LE

le foyer de l’Etat, le
O

Habitat
Prytanée,...), bientôt
EC

Tombe
complétés par les
édifices du pouvoir
économique (grande
Protoattique - Figures rouges anciennes
place du marché).

37
Le niveau de la dynamique d’occupation spatiale

Les valeurs positionnelles de l’espace conditionnent par la suite l’édification


des formes concrètes. Cette condition se réalise par l’intermédiaire de la
valorisation économique de la position spatiale :

“la construction des formes concrètes apparaît alors comme


un “faire bâtir” qui se spatialise à travers un “faire valoir” opéré
par la rente de situation”1.

S
TE
Pour tenter d’expliquer ce processus, la géographie structurale introduit une

AN
analyse selon trois échelles spatiales.

N
U DE
• Les discontinuités qualitatives délimitent des domaines urbains et
ruraux qui correspondent respectivement à des aires positionnelles

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positives et négatives. Ces domaines sont de l’ordre du kilomètre

'A U
et ont une dimension abstraite.

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• Les domaines urbains et ruraux sont subdivisés en réserves
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foncières que l’on peut classer en fonction du mode d’acquisition
D RC

immobilière et des tenures foncières : propriété ou location


AU D'A

immobilière dans le premier cas, propriété ou location foncière dans


le second cas. Ce sont les “unités de voisinage”. Gilles Ritchot
IS E

définie quatre grandes unités de voisinage liées au trajectoires de


U UR

mobilité : les “banlieues endorégulées”, les “banlieues sauvages”,


SO IE

les “faubourgs exorégulés” et les “quartiers”. Par exemple, les


M
T ER

banlieues endorégulées se caractérisent par une propriété à la fois


EN UP

foncière et immobilière.
M S
C LE

• Les réserves foncières sont subdivisées en parcelles, sur lesquelles


O A

sont construites les formes concrètes : les maisons, les immeubles,


D ON
U

les équipements publics... Gilles Ritchot parle d’”unités cellulaires”


I

repérables par des traits architecturaux saillants ou singuliers.


AT
N

Ainsi, la description a priori des unités cellulaires, soit l’analyse directe des
LE

formes architecturales, ne permet pas de comprendre les structures sous-


O

jacentes qui les conditionnent : “la description systématique de la diversité


EC

empirique des formes architecturales ne suffit pas à rendre compte de


l’organisation spatiale de l’établissement humain”2. Pour les appréhender,
il faut passer par le niveau des unités de voisinages, soit la dimension

1 DESMARAIS Gaëtan, La morphogenèse de Paris, Des origines à la Révolution


2 Ibid
38
juridique et économique investie dans le sol en fonction de sa position
dans des domaines urbains ou ruraux. Par ailleurs, Gilles Ritchot démontre
que cette dimension juridique et économique du sol est corrélée à des
cycles économiques, eux même reliés aux relations d’interdépendances
qu’entretiennent la “rente de situation” et la “plus value” (voir schéma).

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Maisons individuelles au style Résidences somptuaires Edification de monuments équipements publics de
UNITE CELLULAIRE vernaculaire, immeubles et styles architecturaux prestigieux (équipements transport liés à l’inertie de ces
LE
collectifs contigues recherchés publics et propriétés privées) investissements.
N
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I Location et petite propriété Propriété foncière et Propriété foncière et Location et petite propriété
UNITE DE VOISINAGE D ON immobilière immobilière immobilière immobilière
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U Plue-value :
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Rente de situation :
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occupation spatiale
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CYCLE ÉCONOMIQUE
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Concentration Evasion Rassemblement Dispersion
CLASSE DE TRAJECTOIRES
= exorégulé focalisant = endorégulé diffusant = endorégulé focalisant = exorégulé diffudant
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VALEUR POSITIONNELLE Rurale U R Urbaine Urbaine Rurale
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Sédentaire : Nomadisme sélectif : Nomadisme sélectif : Sédentaire :

Schématisation du parcours morphogénétique de l’établissement humain.


CONTRÔLE POLITIQUE DE N
état disjoint avec le état conjoint avec le état conjoint avec le état disjoint avec le
LA MOBILITÉ
pouvoir pouvoir pouvoir pouvoir
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Essai d’application à la morphogenèse d’Athènes

Gaëtan Desmarais précise que les classes de trajectoire de mobilités


conditionnent les cycles de croissance économique du fait de leur
incidence sur la rente foncière. Dans les domaines où se rassemblent
les mobilités choisies, lors des phases de croissance de la rente

S
TE
foncière, on observe alors un processus de monumentalisation.

AN
A Athènes, ce processus est visible sur l’Acropole et sur l’Agora

N
à partir du VIe siècle av. J.-C., période durant laquelle la polis

U DE
grecque se structure progressivement, passant d’une organisation

TE E
autour des familles de tyrans et des familles aristocratiques à une

R
U R
organisation démocratique. C’est sous la tyrannie que l’Acropole perd

'A U
D CT
complètement ses fonctions d’habitat et de fortification au profit d’une
fonction uniquement sacrée, que l’Agora prend place sur un cimetière
IT E
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“nettoyé” de ses sépultures, que les Grandes Panathénées, fêtes en
R H

l’honneur d’Athéna polias, sont créées et leur parcours de procession


D RC

jusqu’à Eleusis fixé ou bien encore que commence la construction


AU D'A

laissée inachevée du temple de Zeus olympien. A partir des réformes


de Clisthène (508/507 av. J.-C.), les “démocrates” prennent le pouvoir,
IS E
U UR

et ces lieux déjà investis par le régime tyrannique et aristocratique


continuent de se parer d’édifices de plus en plus prestigieux, tout
SO IE

en s’adaptant aux nouveaux besoins civiques. Trente ans après la


M
T ER

destruction de la ville par les Perses (480 av. J-.C.), l’Acropole est
EN UP

complètement réaménagé (mise à niveau du plateau, élargissement


M S

des murs de soutènement) en vue d’accueillir de nouveau des


C LE

monuments prestigieux liés à la dimension sacrée du lieu.


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Reconstitution graphique de l’Acropole à l’époque classique, dessin de M. Korres,


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in Greco 2010
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CHAPITRE 2

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MODÈLES ET THÉORIES DES FORMES URBAINES ET

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LIEUX SACRÉS

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“Les jardins étaient plus qu’une vallée,
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plus qu’un pays, plus qu’une patrie : ils
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étaient un monde complet fermé par
D RC

des limites de pierre et régi par une


AU D'A

déesse, âme et centre de cet univers”.


IS E

Pierre Louys, Aphrodite, 1896


U UR
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EN UP

Le modèle de Ritchot et Desmarais nous a tout d’abord interpellé sur


M S

les formes du sacré et leur persistance dans le temps. A Athènes, la


C LE

structuration autour de l’espace sacré est le caractère le plus visible de


O A

la ville. L’Acropole, le rocher sacré, est le symbole par excellence de la


D ON
U

ville. Lieu de culte durant l’Antiquité, sa place en tant que lieu religieux a
I

perduré jusqu’au XIXe siècle, le Parthénon se transformant en église lors


AT

de la conquête franque, puis en mosquée lors de la conquête ottomane.


N

Aujourd’hui, si la religion a quitté le rocher, sa valeur “sacrée” semble être


LE

intacte. Patrimoine mondiale, zone archéologique, il est comme le vaccum


O

décrit par Ritchot et Desmarais : un lieu de pèlerinage de la communauté


EC

mondiale, interdit de résidence, et qui à la fois engendre et structure des


formes concrètes autour de lui, par une dynamique d’appropriation et de
valorisation économique. La zone sacrée a perduré durant trois millénaires
et imprime encore le développement des formes concrètes proches et
lointaines, au niveau du quartier, de la ville ou encore de la métropole. Cette
nouvelle valeur “sacrée” du rocher, qui fait référence à notre identité, notre

47
patrimoine commun de l’humanité, est partagée par un groupe du monde
occidental, dont l’UNESCO est le représentant. Mais alors, comment définir
cette notion de sacrée?

La notion de sacré

Le sacré est une notion d’anthropologie dans le sens où elle caractérise


la condition humaine. Sa définition est complexe et varie en fonction des

S
auteurs et disciplines. On pourrait le définir comme une expérience faite par

TE
l’homme de sa condition de mortel, qui se matérialiserait dans des formes

AN
particulières (objets, actes, espaces, parties du corps, valeurs) lesquelles
seraient alors investies de la valeur sacrée et considérées comme

N
extraordinaires, non banales, portant en elles un principe supérieur, hors

U DE
de notre monde intelligible. Mais cette définition n’est pas complètement

TE E
partagée.

R
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Le sacré est souvent confondu avec le religieux. Dans son ouvrage Le Sacré
IT E
et le profane, publié en 1965, l’historien des religions et mythologue roumain
O IT
Mircea Eliade, souligne que, si le religieux est “une croyance en divinités”,
R H
D RC

c’est aussi et surtout une “expérience du sacré”, qu’il oppose à l’expérience


profane. Tout ce qui est sacré est-il alors religieux? Selon Albert Arrassaf,
AU D'A

la réponse est négative. Tout est question de charge émotive irradiant d’un
IS E

objet, celle-ci pouvant être de l’ordre du religieux, c’est-à-dire du “rapport de


U UR

l’homme à l’ordre du divin ou d’une réalité supérieure”3, ou d’un autre ordre


SO IE

comme le souvenir de quelqu’un ou de quelque chose. Il semble pourtant


M
T ER

que cette émotion est bien liée à une perte, à la présence et à l’absence, et
donc au vivant et à la mort.
EN UP
M S

Dans tous les cas, Albert Arrassaf nous dit que tout peut devenir sacré, « ce
C LE

qui différencie le sacré du profane n’est pas tant une différence de nature
O A

qu’une différence de degrés »4. Chaque personne pourrait donner une liste
D ON
U

des formes, abstraites ou concrètes, qu’elle considère comme sacrées. Il


I
AT

propose dans son article « Le sacré, une force quantifiable ? » une échelle
N

de force allant de 1 à 10 en fonction de la charge émotive irradiant d’un


LE

signe ou d’un objet, les mythes concernant le divin ou semi-divin ayant


O

dans son échelle une charge émotive beaucoup plus grande que les autres
EC

signes et objets. Ils entrent alors dans la catégorie du sacré-religieux.


Aussi, si le religieux a dans un premier temps souvent pris en charge cette
dimension anthropologique “affective”, on la retrouve sous d’autres formes,
souvent inconscientes, dans nos sociétés modernes. Régis Debray parle

3 Définition du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales


4 ASSARAF Albert, « Le sacré, une force quantifiable ? »

48
de «  dimension obscure et refoulée de notre modernité  “. Selon lui, on
peut définir le sacré comme « ce qui impose le sacrifice et ce qui interdit le
sacrilège ».

Le sociologue Emile Durkheim, dans son ouvrage Les Formes élémentaires


de la vie religieuse édité en 1912, présente également le sacré comme
l’essence du religieux. Et pour lui, la dimension sacrée, c’est l’ordre social.
La religion, avant d’être une croyance en un ou plusieurs dieux, est un fait
social. Elle ne fait pas le lien entre l’homme et la nature, mais constitue le

S
lien social. Les rites sont là pour conforter et faire perdurer ce lien.

TE
AN
« Puisque ni l’homme ni la nature n’ont, par eux-mêmes, de caractère

N
sacré, c’est qu’ils le tiennent d’une autre source. En dehors de

U DE
l’individu humain et du monde physique, il doit donc y avoir quelque
autre réalité par rapport à laquelle cette espèce de délire qu’est

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bien, en un sens, toute religion, prend une signification et une valeur

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objective »5

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« Pour que nous soyons fondés à voir dans l’efficacité attribuée aux
R H
rites autre chose que le produit d’un délire chronique dont s’abuserait
D RC

l’humanité, il faut pouvoir établir que le culte a réellement pour effet de


AU D'A

recréer périodiquement un être moral dont nous dépendons comme il


dépend de nous. Or cet être existe : c’est la société »6
IS E
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Dans cette acceptation, on peut comprendre la religion comme la


SO IE

collectivisation de la dimension sacrée dont chaque être humain peut


M
T ER

faire l’expérience individuellement. La religion permet de partager cette


EN UP

dimension au sein d’un groupe. C’est dans ce même sens qu’aujourd’hui


M S

les valeurs laïques de la République peuvent être considérées comme


C LE

sacrées. Pour René Girard, le sacré est également au fondement du lien


O A

social, comme nous l’avons décrit en première partie de ce chapitre. Le


D ON
U

sacrifice d’un bouc émissaire permet de canaliser la violence de tous contre


I

tous vers une victime unique. L’ordre qui s’ensuit est interprété comme la
AT

mort qui permet à la société de perdurer. La religion se construit comme un


N

moyen de régulation de la violence sociale et de création de lien social au


LE

travers d’un sacrifice.


O
EC

Ainsi, la définition du sacré est une gageure. Nous pouvons toutefois


émettre l’hypothèse, comme Ritchot et Desmarais, mais également comme
Durkheim et Girard, qu’elle est la source d’un groupe social qui partage

5 VIDAL Daniel, « Émile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse »


6 VIDAL Daniel, « Émile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse »
49
les mêmes valeurs, celles prenant une dimension “sacrée” étant les plus
essentielles car au fondement même de l’ordre social établi par le groupe.
Aussi, le patrimoine mondial, labellisé par l’Unesco, prend une dimension
sacrée de par la définition même qui en est donnée : “Le patrimoine constitue
une source d’identité et de cohésion pour des communautés perturbées par
l’accélération des changements et l’instabilité économique”7. Enfin, nous
dit Arrassaf : « la charge émotionnelle qui irradie d’un signe n’est jamais
définitive »8, ce qui pose la question de l’évolution des formes du sacré
dans le temps et dans l’espace comme par exemple l’avenir du patrimoine

S
mondial ou bien de la République française. Si la dimension de sacralité

TE
est à l’origine du lien social, comment peut-elle construire, consciemment,

AN
ou structurer, inconsciemment, un groupe et son territoire ? Comment se

N
comporte-t-elle dans le temps ? Quand la dimension sacrée a quitté les

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lieux, que reste-t-il ?

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7 Site internet de l’unesco : http://fr.unesco.org/themes/prot%C3%A9ger-notre-pat-


rimoine-et-favoriser-la-cr%C3%A9ativit%C3%A9
8 ASSARAF Albert, « Le sacré, une force quantifiable ? »

50
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L’Acropole d’Athènes, vue ouest, dessin de L. Dupré 1819, in Travlos 1971

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Athènes, l’Acropole et l’Olympieion, au fond la colline des Muses, vue


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depuis le stade, env. 1900, in Goette, 2001


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Athènes, l’Acropole vu depuis la colline du Lycabette, 2017 51


Histoires urbaines et lieux sacrés

Au fil de nos lectures sur les origines et l’histoire de la ville d’Athènes et des
villes en général, nous avons pu relever plusieurs formes urbaines relevant
d’une relation avec le sacré.

Dans son ouvrage sur l’histoire des villes, Leonardo Benevolo, s’il n’émet pas
d’hypothèse et ne fait référence à aucun modèle, décrit constamment la ville
en lien avec le sacré, composante fondamentale des sociétés anciennes.

S
TE
Au sujets des villes de Mésopotamie, il précise qu’à partir du moment où
sont fondés les premiers empires stables, vers 2500 av. J.-C., les nouvelles

AN
fondations de ville n’ont plus comme structure dominante le temple mais le

N
palais du roi. Le temple est, dans les villes antérieures à cette époque, à

U DE
l’origine de la structuration des formes des villes ou villages :

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“La fondation de nouvelles villes résidentielles, où la structure

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dominante n’est pas le temple mais le palais du roi : la cité-
palais de Sargon II près de Ninive et, plus tard, les palais-cités
IT E
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des rois perses, Pasargades et Persépolis”9
R H
D RC

Par la suite, ses descriptions montrent plusieurs types d’organisations


AU D'A

autour des lieux sacrés. A Babylone, il décrit une ville dont le centre est
réservé au pouvoir politique et religieux, en lien avec les divinités. Quant
IS E
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aux maisons privées, elles sont la copie de ces lieux qui touchent au divin :
SO IE
M

“[...] la ville est formée d’une série d’enceintes, les plus


T ER

extérieures ouvertes à tous, les plus intérieures réservées au


EN UP

roi et aux prêtres. Ces personnages fréquentent les divinités


M S

- comme on peut le voir sur les sculptures - et ont de ce fait


C LE

un pouvoir absolu sur les choses de ce monde. Les maisons


O A

privées [...] reproduisent en plus petit la forme des temples


D ON
U

et des palais, avec leurs cours intérieures et leurs murs à


I

cannelures.“ 10
AT
N

En Egypte, la forme est différente. Tel le vaccum de Ritchot et Desmarais, la


LE

ville des vivants est construite en marge de celle des morts :


O
EC

“Nous savons que Ménès, le premier pharaon, fonde la ville


de Memphis à l’embouchure du delta, et l’entoure d’un “mur-
blanc”. Le temple de la divinité locale, Ptah, ne se trouve pas

9 BENEVOLO Leonardo, Histoire de la ville


10 Ibid

52
dans la ville, mais “au sud du mur” ; alentours, à la lisière
du désert, se dressent les pyramides des rois des quatre
premières dynasties et les temples solaires de la cinquième.
La configuration globale de l’implantation demeure inconnue,
et il n’est pas facile d’imaginer la relation entre ces monuments
colossaux et les lieux d’habitation des vivants. Elle était
certainement très différente de la relation entre temple et cité
en Mésopotamie. En Egypte, surtout dans les tous premiers
temps, on ne trouve pas un lien mais une opposition entre ces

S
deux réalités, soulignée de mille manières. Les monuments ne

TE
forment pas le centre de la ville, mais sont ordonnés pour eux-

AN
mêmes comme une ville indépendante, divine et éternelle, qui

N
surpasse et rend insignifiante la ville transitoire des hommes.

U DE
La cité divine est construite en pierre pour rester immuable au
fil des temps.”11

TE E
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De leur côté, Gustave Glotz et Fustel de Coulange, dans leurs ouvrages

D CT
respectifs sur la naissance de la cité grecque, proposent comme origine de
IT E
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cette dernière la famille, elle-même régie en première instance par le sacré.
R H
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« Il cherche l’explication des institutions dans les croyances


AU D'A

primitives, dans le culte des morts et le feu sacré, en un mot,


dans la religion domestique. C’est elle qui a été le principe
IS E

constitutif de la famille entendue au sens large, du génos grec


U UR

comme de la gens romaine. L’obligation d’honorer l’ancêtre


SO IE

commun entraîne celle d’assurer la continuité de la famille ;


M
T ER

elle donne leur caractère essentiel aux règles qui président


EN UP

au mariage, au droit de propriété, au droit de succession ;


M S

elle confère une autorité absolue au père de famille, à l’aîné


C LE

des descendants les plus directs de l’aïeul divin ; elle sert de


O A

fondement à toute la morale »12


D ON
U
I

Le sacré comme centre du foyer familial nous est décrypté par Jean-Pierre
AT

Vernant et nous informe sur la structuration du territoire par le couple divin


N

d’Hestia et d’Hermès. Ce couple “ami”, souvent représenté ensemble,


LE

parle de deux fonctions complémentaires liées à l’étendue terrestre. Hestia


O

désigne le foyer, elle représente le centre de la maison, le feu sacré, et par


EC

extension le centre de l’habitat humain. On l’honore ainsi aussi bien au foyer


familial qu’au Prytanée, le foyer de la cité, là où se trouve également le feu
sacré. Hestia est immobile, sa fixité permet de structurer et d’orienter l’espace
humain. Hermès vit également proche des hommes, mais contrairement à

11 BENEVOLO Leonardo, Histoire de la ville


12 GLOTZ Gustave, La cité grecque

53
Hestia, il désigne le messager, le voyageur qui vient de loin et qui s’apprête
au départ. Rien chez lui n’est fixe et permanent, il représente le mouvement,
le passage, les changements d’état, le contact avec les éléments étrangers.
Il se place devant la porte du foyer familial et devant les portes de la cité,
à leurs frontières et aux carrefours, mais également sur les tombeaux. Il
représente la périphérie.

La construction d’un territoire, avec son centre et sa périphérie, est un


axe de recherche auquel s’intéresse l’archéologue et historienne Despina

S
Chatzivaziliou. Dans sa thèse sur les dispositifs rituels et l’urbanisation en

TE
Grèce archaïque, elle affirme que les cultes et leur localisation sont une

AN
décision consciente du pouvoir en place pour organiser son territoire :

N
U DE
“Le choix du lieu de la construction d’un bâtiment et l’attribution
d’une fonction à ce bâtiment sont le résultat d’une décision

TE E
R
U R
consciente qui veille à ce que l’espace porte des signes de

'A U
hiérarchie et de structure. Ainsi se forment les espaces sacrés,

D CT
les centres civiques, les zones frontalières et toute délimitation
IT E
O IT
territoriale qui a un sens pour la vie de la cité”13
R H
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La dimension sacrée est primordiale dans cette organisation car elle définit
AU D'A

et unit la cité. Ainsi, plutôt que pour faciliter les transports de biens de
subsistance, Despina Chatzivasiliou remarque que : “les premières routes
IS E

carrossables de l’Attique étaient des voies de procession (comme la Voie


U UR

Sacrée)”14. La dimension sacrée structure l’ordre social et politique, que ce


SO IE

soit dans leurs formes abstraites ou concrètes.


M
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EN UP

Depuis quelques années se développe la notion de “paysage religieux”


M S

chez les chercheurs des sociétés anciennes et en particulier les historiens


C LE

des religions et les spécialistes d’anthropologie sociale. Selon John Scheid


O A

et François Polignac:
D ON
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I

“la notion de paysage religieux naît de la constatation que le


AT

culte et les rites n’existent qu’en tant qu’ils sont ancrés dans
N

l’espace, que ce soit de manière stable ou provisoire. Les


LE

temples, les sanctuaires, forment l’armature religieuse d’un


O

territoire (de la même manière que les géographes parlent


EC

d’armature urbaine)”15.

13 CHATZIVASILIOU Despina, Dispositifs rituels et urbanisation en Grèce ar-


chaïque, Le cas d’Athènes et de l’Attique
14 Ibid
15 SCHEID John et DE POLIGNAC François, Qu’est-ce qu’un « paysage religieux
» ? Représentations cultuelles de l’espace dans les sociétés anciennes

54
Auparavant, les recherches sur les mythes et les religions portaient
davantage sur leur système interne et leur signification, notamment dans le
cadre de démarches structuralistes. Levi-Strauss a poussé ces démarches
en spatialisant ces mythes. A partir de là, de nombreuses recherches sur
la dimension spatiale des mythes et religions se sont développées à l’aide
des concepts de “marge et de confins, de bipolarité centre-périphérie, de
territoire et de frontière, de parcours et de procession”16. Les nouvelles
approches sur les paysages religieux tentent de comprendre de manière
plus fine et plus complète l’armature religieuse d’un territoire à travers la

S
mise en réseaux des lieux de culte, en tenant compte de l’ensemble de ces

TE
lieux, grands et petits :

AN
N
“L’ensemble de ces signes, de ces repères, forme ce qu’on

U DE
appelle désormais un paysage religieux, entendu à la fois dans
sa matérialité visible et métaphoriquement comme le spectre

TE E
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d’identités religieuses multiples”17

'A U
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Ces recherches portent l’hypothèse d’une structuration plus complexe du
IT E
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territoire au-delà d’une analyse souvent binaire de type centre-périphérie.
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Dans ce sens, elles traversent les questionnements de la géographie
D RC

structurale qui interroge les notions de rural et d’urbain comme des valeurs
AU D'A

pouvant être comprises à l’intérieur d’une seule et même forme urbaine


(ville, cité, village....) et non plus comme l’urbain associé au centre et le rural
IS E

à la périphérie. Elles sont également en accord avec l’idée développée par le


U UR

studio “singularités des territoires”, à savoir que les territoires sont multiples
SO IE

et complexes. Aussi chaque donnée a sa place dans un réseau plus large


M
T ER

et doit donc être prise en compte pour améliorer la compréhension de notre


EN UP

monde.
M S
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Consciemment ou inconsciemment, le sacré structure notre pensée. Qu’il


O A

soit ou pas enveloppé de religieux, il nous permet de hiérarchiser ce qui est


D ON
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primordial de ce qui l’est moins, « ce qui impose le sacrifice et ce qui interdit


I

le sacrilège ». Dimension propre à l’être humain, révélant notamment la


AT

prise de conscience de l’homme de sa condition de mortel, il permet de


N

construire le groupe social par la découverte collective de cette condition.


LE

En permettant le partage de valeurs “sacrées”, il intègre autant qu’il exclut.


O

C’est ce groupe qui, lorsqu’il s’établit sur le sol terrestre, l’investit de


EC

valeurs qui le constitue. Aussi, le sacré structure notre espace, et donc nos
maisons, nos villes et nos métropoles. Dès lors il mérite qu’on s’y attarde
pour appréhender la morphogenèse urbaine.

16 Ibid
17 SCHEID John et DE POLIGNAC François, Qu’est-ce qu’un « paysage religieux
» ? Représentations cultuelles de l’espace dans les sociétés anciennes

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CHAPITRE 3

S
TE
COMPRÉHENSION DU TERRITOIRE ET NOUVEAUX

AN
OUTILS NUMÉRIQUES

N
U DE
TE E
R
U R
'A U
Après avoir exposé les théories et développements de la géographie

D CT
structurale et de l’inscription du sacré dans le territoire, comment
IT E
O IT
requestionner ces analyses au travers des outils développés dans le cadre
R H
du studio?
D RC
AU D'A

Nous proposons ici un modèle d’analyse des données qui tente de faire
ressortir les structures qui sous-tendent les formes d’établissement humain.
IS E

Il repose sur le parcours morphogénétique proposé par Ritchot et Desmarais


U UR

que nous avons tenté de caractériser par des jeux de données. Il a également
SO IE

été élaboré en prenant appui sur l’arborescence existante. Il a été construit


M
T ER

selon trois niveaux principaux dont les relations sont caractérisées par une
EN UP

série d’attributs.
M S
C LE
O A

Les trois forces


D ON
U
I

Nous avons divisé le processus d’établissement humain en trois grandes


AT

formes anthropologiques : la forme sacrée, la forme politique et la forme


N

économique. Ces formes sont des dynamiques, elles interagissent entre


LE

elles et organisent le processus d’appropriation et d’occupation du sol. On


O

parlera alors de force sacrée, de force politique et de force économique.


EC

L’imaginaire anthropologique = la force sacrée

Comme nous l’avons vu, le sacré est une expérience, celle de notre
condition humaine. La prise de conscience de notre être au monde,
de la vie et de la mort, de ce qui à la fois nous dépasse et nous relie et qui

59
est à l’origine du lien social.

Cette prise de conscience, ce rapport ontologique, est réalisé dans


notre univers physique qui agit sur notre compréhension du monde, qu’est-
ce que sont l’eau, la terre, le vivant, les formes qui nous entourent. En retour,
ces formes physiques sont investies d’une dimension sacrée, et
prennent une valeur symbolique dans l’espace (l’ensemble des formes
naturelles peuvent être investies, comme dans les religions animistes, ou

S
bien les formes humaines, et notamment les morts, qui nous renvoient d’une

TE
manière très forte notre être au monde).

AN
Ce premier niveau s’appuie sur la théorie de la forme urbaine de Ritchot et

N
Desmarais complétée par la théorie du bouc émissaire de René Girard. Les

U DE
être humains s’établissent sur un site non pas prioritairement en fonction

TE E
de ses caractéristiques naturelles, mais parce qu’il revêt une signification

R
U R
'A U
symbolique qui renvoie à notre condition humaine et sociale : la mort d’un

D CT
individu, bouc émissaire ou martyr, qui a été la condition d’émergence
IT E
du lien social. L’inhumation du cadavre investit le sol d’une dimension
O IT
sacrée, attractive, qui conditionne et structure l’installation du groupe et
R H
D RC

donc enclenche le processus d’occupation spatiale. Le sol sacré est appelé


vaccum. Selon le rapport que vont développer les individus vis-à-vis de la
AU D'A

mort, lui-même lié au processus de mise à mort, le groupe s’installe en retrait


IS E

(cas du bouc émissaire) ou bien à proximité immédiate (cas du martyr) du


U UR

vaccum.
SO IE
M
T ER

Nous avons ainsi caractérisé ce niveau par les formes concrètes liées à la
mort (tombes, tombeaux, cimetières).
EN UP
M S

Ce rapport à la mort se construit également en fonction de notre connaissance


C LE

du monde. La prise de conscience de notre finitude par l’expérience de la


O A

mort enclenche un désir d’intelligibilité, de recherche de la vérité. Ce désir


D ON
U

de savoir donne lieu à des explications d’ordre plus ou moins rationnelles,


I
AT

faisant intervenir ou pas le divin. Nous ajouterons donc dans ce niveau


N

les lieux de production du savoir, qu’ils soient d’ordre religieux ou non, qui
LE

apparaissent progressivement et actualisent notre rapport au monde dans


O

sa dimension sacrée. Comme le vaccum initial, ils stimulent le déplacement


EC

des individus de manière désintéressée et non selon des désirs matériels.

Nous avons de ce fait inclus dans ce deuxième niveau de l’imaginaire


anthropologique les formes concrètes liées au savoir : les lieux de formation
de “l’esprit” qui apparaissent dans un premier temps (écoles philosophiques
en Grèce ancienne, universités...) ainsi que l’ensemble des places nouvelles
qui concentrent les formes de savoir : musées, zones archéologiques...

60
L’appropriation territoriale = la force politique

La force politique est comprise ici comme la force organisatrice de la


société. Elle prend forme et force au départ autour des lieux sacrés, qui
sont le premier ciment social, symbolique et spatial. Cette force politique
s’approprie l’espace via des règles juridiques : droit de

S
propriété, modes de représentation... qui délimitent le territoire. Par ailleurs,

TE
la force politique prend appui sur les formes physiques pour établir sa

AN
stratégie militaire (construction de forts sur les reliefs terrestres, construction

N
d’une flotte pour maîtriser les domaines maritimes...).

U DE
Le processus d’appropriation territoriale se structure autour des luttes

TE E
pour l’accès au pouvoir. Les groupes ou individus souhaitant s’accaparer

R
U R
'A U
le pouvoir vont en priorité prendre possession des lieux attractifs, c’est-à-

D CT
dire les vaccum. En surimposant un pouvoir de type politique sur un lieu
IT E
investi d’une valeur sacrée, ils surdéterminent la valeur de ce lieu. Les
O IT
individus qui étaient attirés par la force sacrée vont être de facto contrôlés
R H
D RC

par la force politique. L’organisation spatiale initiale imprimée par la vision


anthropologique déterminant le rapport entre les morts et les vivants va être
AU D'A

renforcée par la dimension politique.


IS E
U UR

Vis-à-vis de la théorie de la forme urbaine, ce niveau s’appuie sur les


SO IE

concepts de discontinuités morphologiques abstraites, de domaines urbains


M
T ER

et ruraux et de contrôle politique de la mobilité. Les domaines où le processus


d’établissement est principalement choisi sont appelés domaines urbains.
EN UP

Ceux où le processus d’établissement est principalement subi sont qualifiés


M S

de ruraux. Les limites abstraites séparant ces domaines sont appelées


C LE

discontinuités qualitatives. Par exemple, la famille royale se trouve dans un


O A
D ON

domaine qui lui appartient, où elle a définit ses propres règles. Sa mobilité
U

est choisie, le domaine est urbain. Les ouvriers agricoles qui travaillent sur
I
AT

les domaines royaux ou seigneuriaux sont au contraire contraints de venir


N

s’établir à cet endroit, leur mobilité est subie, leur domaine d’établissement
LE

est rural. Ainsi, à l’intérieur d’une même propriété juridique, celle du roi, on
O

peut distinguer des domaines où les mobilités sont majoritairement choisies


EC

et des domaines où elles sont majoritairement subies.

En fonction des conflits et des désirs d’appropriation, l’espace géographique


va se structurer en différents domaines abstraits investis de valeurs
positionnelles, positives ou urbaines là où les trajectoires de mobilité
choisies dominent, négatives ou rurales là où les trajectoires de mobilité
subies dominent. Ces pouvoirs s’approprient l’espace en le délimitant

61
concrètement par des frontières physiques (enceintes, poste de frontières...)
qui renvoient à des règles juridiques (limites administratives et modes de
représentation, justice, création monétaire...).

Pour déterminer ce niveau, nous avons pris en compte les formes concrètes
liées aux pouvoirs spirituel, civil et militaire : frontières physiques (enceintes,
postes de frontières...) et administratives (espace en lien avec les modes de
représentation du pouvoir, la justice, la création monétaire...) .

S
TE
L’occupation spatiale = la force économique

AN
N
L’occupation spatiale renvoie aux forces productives et à l’accroissement

U DE
démographique. Les dynamiques de mobilités contrôlées par la force
politique vont conditionner la valorisation économique du sol.

TE E
R
U R
Les pouvoirs en place sont ainsi renforcés par l’accroissement

'A U
D CT
de leur pouvoir économique. Ce pouvoir prend place dans un
IT E
cadre physique qui caractérise les modes et les types de
O IT
R H
production.
D RC
AU D'A

Ce niveau s’appuie sur le concept de rente foncière, c’est-à-dire le revenu


que perçoit le propriétaire (ou représentant) d’un terrain (ou d’un territoire) :
IS E

taxes sur les échanges de marchandises, vente et/ou location du foncier et


U UR

de l’immobilier. La rente foncière va être plus importante dans les domaines


SO IE

urbains que dans les domaines ruraux. Par exemple, les lieux investis à la
M
T ER

fois par la force sacrée et par la force politique vont être très attractifs et
EN UP

engendrer une valorisation importante de la rente foncière. Selon Ritchot


M S

et Desmarais, ces lieux vont connaître un processus de monumentalisation


C LE

lors des phases de croissance économique.


O A
D ON
U

Nous pouvons caractériser ce niveau par la densité des différents


I

équipements liés aux fonctions utilitaires, leur coût de constructions et leur


AT

prix au m2. Nous plaçons également ici la date de construction, qui renseigne
N

l’ensemble des formes concrètes et permet d’analyser la morphogenèse


LE

urbaine dans sa dimension temporelle.


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FORMES ABSTRAITES FORM

S
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Rapport ontologique Imaginaire anthropologique
FP FA Edifi
(dynamique interne)

AN
Valorisation
symobolique
Force sacrée

N
surdétermine

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redéfinie
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attire
D RC

Bio, le vivant
AU D'A

Appropriation territoriale
Rapport stratégique Li
(contrôle politique de la
FP FA territo
IS E

Valorisation mobilité)
édifi
U UR

juridique et Force politique


positionnelle
SO IE
renforce

Ge, la terre
M
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redéfinie
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conditionne
U
I
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Valorisation
économique
LE

Occupation territoriale
FP FA (rente de situation) Edifi
Rapport productif
O
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Force économique

64
FORMES CONCRETES ATTRIBUTS

S
TE
hropologique
Edifications Sepulture
e interne)

AN
acrée

N
Savoir
relation au divin

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redéfinie

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divinité

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propriétaire foncier
AU D'A

territoriale Religieux
tique de la Limites
territoriales et Civil
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ité)
édifications
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litique Militaire
propriétaire
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bâtiment
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redéfinie

M S
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Réseau
Date de
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construction
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Résidentiel
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Coût de
I

Industriel
AT

construction
Artisanal
N

Prix au m2
LE

territoriale
situation) Edifications Commercial
O

Densité
EC

nomique Agricole

Forestier

65
Les relations de redéfinition

Ces trois forces qui structurent notre organisation dans l’espace se


redéfinissent ou s’actualisent dans le temps les unes par rapport aux autres.

Redéfinition du sacré par le politique

Les formes que prennent le politique, et notamment les modes de


représentation et de prise de décision, transforment notre rapport au monde.

S
TE
C’est la thèse de l’historien et anthropologue Jean-Pierre Vernant, spécialiste
de la Grèce antique. Dans son ouvrage Les origines de la pensée grecque,

AN
publié en 1963, il émet l’hypothèse selon laquelle l’invention de la polis

N
grecque (organisation étatique démocratique) engendrerait un nouveau

U DE
mode de représentation mentale du cosmos : la pensée rationnelle. Ainsi, le

TE E
passage de la gouvernance d’une communauté par un Roi, qui intègre dans

R
U R
ses prérogatives le pouvoir spirituel, à un Etat où les citoyens décident de

'A U
D CT
leur avenir suite à un débat, est à l’origine de cette pensée nouvelle, qui se
singularise notamment par ses principes géométriques (rapports d’égalité
IT E
O IT
et de proportionnalité). Cette théorie renvoit à notre hypothèse principale
R H

selon laquelle ce ne sont pas les formes naturelles qui déterminent notre
D RC

rapport au monde, mais notre pensée sociale.


AU D'A

Redéfinition du politique par l’économique


IS E
U UR

La force économique redéfinit la distribution du pouvoir politique. Les lobbies


SO IE

qui souhaitent assurer le maintien et le développement de leur activité


M
T ER

économique sont par exemple significatifs des pouvoirs de l’économie


EN UP

sur les décisions politiques. Selon le philosophe Michel Serre, la force


M S

économique est aujourd’hui prépondérante dans notre société, au détriment


C LE

des autres et notamment de la culture/du savoir.


O A
D ON
U

“ (...) La culture est devenue, assez récemment, une


I

marchandise. Il est possible que la vraie culture, si elle


AT

existe, serait en dehors de l’échange marchand, et je peux


N

le démontrer. Si vous avez du pain, et si moi j’ai un euro, si


LE

je vous achète le pain, j’aurai le pain et vous aurez l’euro et


O

vous voyez dans cet échange un équilibre, c’est-à-dire : A a un


EC

euro, B a un pain. Et dans l’autre cas B a le pain et A a l’euro.


Donc, c’est un équilibre parfait. Mais, si vous avez un sonnet
de Verlaine, ou le théorème de Pythagore, et que moi je n’ai
rien, et si vous me les enseignez, à la fin de cet échange-là,
j’aurai le sonnet et le théorème, mais vous les aurez gardés.
Dans le premier cas, il y a un équilibre, c’est la marchandise,

66
dans le second il y a un accroissement, c’est la culture”1

Redéfinition du sacré par l’économique

L’accroissement démographique et l’utilisation du sol ont des conséquences


importantes sur les formes physiques terrestres (agriculture plus ou moins
intensive et industrialisée, imperméabilisation des sols, extraction de
matériaux pour les constructions...). En contrepartie de cette transformation
de notre environnement, notre rapport au monde se modifie. Par exemple,

S
la domestication de la nature qui était hier associée au progrès, pose

TE
aujourd’hui question, et prend consistance notamment dans l’écologie

AN
politique.

N
U DE
Les relations et les attributs

TE E
R
U R
Le modèle proposé fonctionne avec des attributs qui permettent d’établir

'A U
D CT
des relations entre les différents niveaux de force. Par exemple, le pouvoir
spirituel, situé au niveau de la force politique, est fortement corrélé à la
IT E
O IT
dimension sacrée, à savoir le mode de compréhension du monde auquel il
R H

renvoie. Il n’est pas seulement une force d’organisation, mais aussi un idéal
D RC

de société. Par ailleurs, le coût de construction d’une cathédrale renvoie à la


AU D'A

force économique qui est mise en avant par le pouvoir spirituel et questionne
la possibilité d’un tel pouvoir (dons? rentes? vente de produits agricoles?).
IS E
U UR

Si les structures mises en avant dans ce modèle permettent d’analyser


SO IE
M

chaque phénomène urbain, les attributs sont les données singulières de


T ER

chaque territoire. Leur mise en relation repose sur des jeux d’alliance et des
EN UP

décisions basés sur des rencontres, des sensibilités, des stratégies, qui sont
M S

le fruit de notre être singulier. Si nos modèles urbains peuvent être identiques
C LE

en tous lieux, les morphologies abstraites sur lesquels ils s’imposent,


O A

combinés aux êtres qui le pratique, auront force de singularisation.


D ON
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LE
O
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1 SERRES Michel, «La marchandise, c’est l’équilibre. La culture, c’est l’accroisse-


ment», in Libération, 28 avril 2009

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vert : force économique


violet : force politique
orange : force sacrée
LEGENDE :
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vert : force économique
violet : force politique
orange : force sacrée
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