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récession. Mais tout a un prix : en échange, le Mexique


s’est engagé à une série d’importantes concessions sur
Commerce contre migrants: le Mexique
le plan migratoire.
cède sous la pression du chantage de
Trump
PAR MARIE HIBON
ARTICLE PUBLIÉ LE DIMANCHE 16 JUIN 2019

Des migrants traversant le Rio Bravo avec pour objectif


de passer aux États-Unis, le 11 juin 2019. © Reuters

Arrivé au pouvoir en décembre dernier, le président


Andrés Manuel López Obrador (gauche) avait
Des migrants traversant le Rio Bravo, le 11 juin 2019. © Reuters
pourtant promis de mettre en place une politique
Face aux menaces de sanctions commerciales de son
migratoire basée sur « les droits des migrants, pas les
voisin du nord, le Mexique s’est vu contraint de durcir
expulsions », à l’opposé de celle de son prédécesseur
sa politique migratoire. Signe de cette volte-face : la
Enrique Peña Nieto. Son cheval de bataille : un plan de
démission du chef des services concernés, défenseur
développement régional, qui s’attaquerait aux causes
notoire des droits des migrants, remplacé par l’homme
du problème en Amérique centrale. En janvier, il
qui dirigeait jusqu’ici le système carcéral.
offrait aux migrants un généreux visa humanitaire
Mexico (Mexique), correspondance.- Ces dernières leur permettant de travailler et se déplacer dans tout
semaines, les caricatures du président mexicain le Mexique pendant un an. Un document idéal pour
Andrés Manuel López Obrador vêtu de l’uniforme rejoindre la frontière nord du pays, les risques de la
vert olive de la Border Patrol, la police aux clandestinité en moins.
frontières américaine, ont fleuri sur les réseaux
Dépassées par le succès de la mesure – 12 000
sociaux mexicains. « Marcelo [Ebrard, le ministre des
demandes en quinze jours – les autorités ont
affaires étrangères mexicain – ndlr] est parti voir les
rapidement fait marche arrière, remplaçant le sésame
Américains et il m’a ramené ça ! » s’étonne le chef
par des visas régionaux, visant à confiner les migrants
d’État aux cheveux blancs en pointant son nouvel
dans les États du sud du pays. « López Obrador est
accoutrement.
entré en fonction avec une vision très ingénue de
Fin mai, Donald Trump a semé la panique chez son la migration, décrypte Josefina Pérez, du Centre de
voisin du sud en annonçant vouloir imposer à la recherche sur la frontière nord du Mexique (Colef).
hussarde une taxe de 5 à 25 % sur les exportations Mais il a rapidement fallu composer avec la réalité
mexicaines si le pays ne stoppait pas les migrants avant du flux migratoire. » Signe qu’une page se tourne,
qu’ils ne passent la frontière avec les États-Unis. le chef des services migratoires Tonatiuh Guillén,
Pour le Mexique, qui destine 80 % de ses exportations universitaire et défenseur des droits des migrants
à son grand voisin du nord, la menace était de notoire, a démissionné vendredi 14 juin, une semaine
taille. Le chef de la diplomatie mexicaine Marcelo après l’accord entre les États-Unis et le Mexique. Son
Ebrard s’est précipité toutes affaires cessantes à remplaçant, Francisco Garduño, dirigeait jusqu’ici le
Washington. Après trois jours d’intenses négociations, système carcéral du pays.
il est parvenu in extremis à éloigner le spectre de tarifs Le nombre d’arrivées de migrants centraméricains, en
douaniers qui auraient englué l’économie mexicaine, hausse depuis plusieurs années, a explosé en 2019.
à la croissance déjà vacillante, dans une probable Poussés hors de leurs pays par la violence et la

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pauvreté qui y règnent, pressés d’atteindre les États- matelas à même le sol dans une église. Chaque jeudi
Unis avant que Trump ne mette à exécution ses et dimanche, il leur faut débarrasser leurs affaires pour
menaces récurrentes de fermer la frontière, plus de que la messe puisse s’y tenir. « Les enfants ne sont
520 000 migrants sont entrés au Mexique depuis pas scolarisés. Il n’y a pas de permis de travail ni de
janvier : quatre fois plus que les années précédentes. logement prévus. Je ne vois pas comment le Mexique
En mai, 132 000 migrants étaient interpellés à la pourra gérer d’ici quelques semaines le retour de
frontière sud des États-Unis – du jamais-vu depuis 1 000 personnes par jour. On s’avance vers une crise
treize ans. humanitaire », avertit l’activiste.
Un afflux qui a attisé la colère du locataire de Autre conséquence de cette mesure : les demandeurs
la Maison Blanche, qui a fait de la lutte contre renvoyés au Mexique sont de facto privés d’avocats.
l’immigration sa marque de fabrique politique. Celui Ceux que recommande l’administration américaine
qui doit bientôt annoncer sa candidature à la sont basés aux États-Unis, et leurs collègues mexicains
présidentielle de 2020 accuse le Mexique à coups sont débordés. Une présence pourtant essentielle au
de tweets rageurs de rester les bras croisés face à moment de convaincre les tribunaux du bien-fondé de
la situation. « Le Mexique a en réalité expulsé plus la demande d’asile. « Cela s’inscrit dans une stratégie
de Centraméricains que les États-Unis ces dernières globale pour restreindre le droit à l’asile », décrypte
années », rappelle Andrew Selee, directeur du Kizuka. « Au vu des bâtons qu’on leur met dans les
Migration Policy Institute, un think tank indépendant roues, la plupart abandonneront en cours de route ou
basé à Washington. « De manière non explicite, les seront déboutés », anticipe-t-il.
deux pays se partagent déjà la responsabilité de gérer 3 000 km plus au sud, le Mexique a promis de
le flux migratoire », ajoute-t-il. renforcer le contrôle de sa frontière avec le Guatemala
Pour apaiser Donald Trump, le Mexique a accepté en y déployant 6 000 membres de la garde nationale,
de prendre des mesures supplémentaires, comme cette police militarisée flambant neuve créée par le
l’expansion éclair du programme « Rester au Mexique président López Obrador pour combattre le crime
», en vertu duquel, depuis janvier, les Centraméricains organisé.
ayant déposé une demande d’asile sont renvoyés au Une militarisation de la région qui risque de provoquer
Mexique pour y attendre une réponse. « Sinon, une l’augmentation des violations des droits des migrants,
fois aux États-Unis, ils disparaissent dans la nature avertissent les associations du secteur. Ces derniers
», argumentait en décembre dernier l’ex-secrétaire à la mois déjà, les autorités migratoires ont multiplié les
sécurité américaine Kirstjen Nielsen. En moyenne, la coups de filet musclés dans le sud du pays, arrêtant
décision met en moyenne deux ans à tomber. plus de 80 000 personnes. « Le Mexique est réellement
Alors que la légalité de ce protocole est toujours en en train de devenir le mur dont rêvent les États-Unis »,
débat devant la justice américaine, les autorités ont grince Claudia Léon, coordinatrice du Service jésuite
déjà renvoyé plus de 11 000 demandeurs d’asile au aux Migrants.
Mexique. Et la cadence va s’accélérer : d’ici le mois L’arrivée de la garde nationale sonne aussi le glas
d’août, 60 000 de plus devraient les rejoindre. des caravanes. Depuis octobre 2018, les migrants
L’accord prévoit que le Mexique prenne ces avaient trouvé dans ces déplacements en masse un
demandeurs d’asile en charge pendant leur attente – moyen de progresser vers le nord relativement sûr
ce qu’il n’a pas fait pour les premiers arrivants. La et moins coûteux qu’un passeur. Mais les dernières
promesse laisse de marbre Kennji Kizuka, de l’ONG arrivées ont été démantelées par les forces de l’ordre
Human Rights First, qui rentre tout juste d’une visite en embuscade, renvoyant les migrants aux dangers de
à Ciudad Juarez, à la frontière nord du Mexique. la clandestinité.
Il y a rencontré des familles qui dorment sur des

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« S’il en a la volonté politique, le pays peut augmenter de longue date au Mexique, et qui leur permettrait de
les expulsions de migrants à court terme » pour refuser d’étudier les demandes d’asile des migrants
dégonfler les statistiques, estime Stéphanie Leutert, arrivés par le Mexique au prétexte que c’est un pays
à la tête du programme Mexico Security Initiative sûr.
de l’université d’Austin (Texas). « Mais je ne suis « C’est une ligne rouge que le Mexique a toujours
pas certaine qu’il puisse maintenir ce rythme sur le refusé de franchir », souligne Andrew Selee, du
long terme », ajoute-t-elle. « Le Mexique a cherché Migration Policy Institute, qui avertit : « Les États-
avant tout à gagner du temps », abonde le professeur Unis sont en train de sous-traiter leur politique
Humberto Garza, du Centre d’études internationales migratoire au Mexique. Ils font peser sur leur voisin
du Colegio de Mexico. « Il fallait éloigner la menace du sud le poids de leur système d’asile, que le manque
des tarifs douaniers d’abord, et réfléchir ensuite », de volonté politique a contribué à rendre défaillant. »
poursuit-il.
Dos au mur, le Mexique compte répliquer en proposant
Car le diable se cache dans les détails : le dernier un accord régional, similaire au « règlement de
paragraphe de l’accord signé début juin stipule que Dublin » en Europe qui délègue la responsabilité de
le Mexique a 45 jours pour obtenir des résultats l’examen de la demande d’asile d’un migrant au pays
concrets, sans quoi les négociations reprendront de de première entrée. L’accord inclurait d’autres pays
plus belle. Un deuxième volet que le Mexique, qui concernés par les mouvements migratoires, comme le
se targuait d’avoir « conservé sa dignité » à l’issue Guatemala, le Brésil ou le Panama. « Je ne vois ni le
des négociations, aurait bien passé sous silence. Mais Mexique ni le Guatemala, tous deux dotés de systèmes
c’était sans compter sur Donald Trump qui a multiplié d’asile sous-dimensionnés, capables de gérer l’afflux
les allusions à « une clause secrète très puissante » sans précédent de Honduriens et de Salvadoriens »,
qu’il appartiendrait au Mexique « de dévoiler en temps juge Kennji Kizuka. « Sans compter que la sécurité des
voulu ». migrants est loin d’être garantie dans ces deux pays
Embarrassé, le chef de la diplomatie mexicaine », ajoute-t-il.
a reconnu qu’en cas d’échec, le pays serait prêt Pendant ce temps, la garde nationale mexicaine
à discuter d’une réforme du droit d’asile : une entame une course contre la montre. Elle a un mois et
conversation qui va beaucoup plus loin que les demi pour prouver au président américain qu’elle peut
mesures actuelles. En ligne de mire : l’étiquette de « tarir le flux de migrants venu d’Amérique centrale, et
pays tiers sûr », que les États-Unis tentent d’imposer échapper au second round de négociations.

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