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Trump au conflit depuis des mois. De même que la


patronne de la CIA, Gina Haspel, qui fut impliquée
Face à Trump, la primaire démocrate est
dans les programmes de torture américains en Irak.
très ouverte
PAR MATHIEU MAGNAUDEIX
ARTICLE PUBLIÉ LE SAMEDI 22 JUIN 2019

Donald Trump à la Maison Blanche, le 20 juin 2019. En arrière-plan, les faucons


partisans d'une attaque militaire contre l'Iran, Mike Pompéo et John Bolton. © Reuters

La plupart des candidats démocrates, en Caroline du Sud, le 21 janvier 2019. © Reuters Voilà Trump l’irascible, l’ingérable, l’incontrôlable
Le premier débat télévisé de la primaire démocrate président Trump en position d’arbitre, ce qui est à la
aux États-Unis a lieu mercredi 26 et jeudi 27 juin. En fois improbable et effrayant. Une escalade de plus,
jeu : la désignation de l’adversaire de Donald Trump demain, dans les prochains jours, pourrait déclencher
pour la présidentielle de novembre 2020, alors que le une intervention qu’il semble lui-même ne pas vouloir.
président américain joue avec le feu en Iran. En face, la plupart des démocrates conjurent le
New York (États-Unis), de notre président de ne pas engager les États-Unis dans une
correspondant.– Les avions militaires s’étaient nouvelle guerre destructrice. Et de commencer, au
envolés, les bateaux de l’US Navy étaient en position. moins, par consulter le Congrès.
Jeudi 20 juin, Donald Trump avait donné son accord Ironie du calendrier, c’est dans ce contexte dramatique
à des frappes contre l’Iran après l’attaque d’un que le parti démocrate américain organise mercredi
drone américain par le régime de Téhéran. Puis il 26 et jeudi 27 juin le premier d’une série de débats
a tout arrêté, in extremis. « Nous sommes passés télévisés, prélude à la primaire dans les 50 États
à dix minutes d’une guerre avec l’Iran », résumait américains qui, au printemps et à l’été prochain,
ce vendredi 21 juin Alexandria Ocasio-Cortez, la désignera le futur adversaire de Donald Trump à la
représentante démocrate de New York. présidentielle de novembre 2020.
En ce mois de juin 2019, jamais la perspective d’une Lors d’un meeting à Orlando (Floride) cette semaine,
guerre avec l’Iran n’a été aussi menaçante. Les faucons le président vient lui-même de lancer sa campagne
de son administration, des incendiaires nommés John de réélection. Trump a donné le ton : elle sera
Bolton et Mike Pompeo, obsédés par le régime de virulente, haineuse, comme la précédente. Comme
Téhéran dont ils veulent la disparition, poussent pour lui emboîter le pas, l’agence gouvernementale
anti-immigration, l’ICE, a annoncé son intention de
mener dans les plus grandes villes américaines à la fin
de ce week-end un grand coup de filet contre 2 000
sans-papiers et leurs familles.
Le président américain révulse une grande
partie du pays avec ses insultes, ses attaques
contre les institutions, son déni face au
bouleversement climatique, sa politique homophobe,
ses accents antisémites, ses nominations de juges
ultraconservateurs, sa politique d’enfermement

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massif de migrants à la frontière (des « camps de Les prétendants anecdotiques espèrent une visibilité,
concentration » a lancé Ocasio-Cortez), ses insultes un contrat avec un éditeur ou une chaîne câblée, et qui
contre les pauvres et les étrangers, etc. sait, une percée inattendue (après tout, Donald Trump
Mais il est aussi un formidable amuseur, adoré par sa lui-même était un total outsider en 2015, lorsqu’il se
base, prêt à tous les mensonges et à toutes les outrances lança dans la course à la Maison Blanche).
rhétoriques pour attirer la lumière et humilier ses
adversaires – un show permanent complaisamment
relayé par les chaînes du câble, jusqu’à la nausée.
À cause de cela, Donald Trump, même incapable et
déconsidéré (après tout, il l’a toujours été), reste un
adversaire redoutable, obsédé par la victoire et prêt à
tout pour y parvenir.
Bernie Sanders à Miami, le 21 juin. © Reuters

Une poignée d’entre eux jouent pour la victoire :


les sénateurs Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Cory
Booker, Kamala Harris ; l’ancien vice-président Joe
Biden ; le maire de South Bend (Indiana) Pete
Buttigieg, etc.
Mais tous monteront sur la scène du Arsht Center
Joe Biden dans l'Iowa, le 11 juin 2019. © Reuters
for the Performing Arts de Miami avec en tête les
conditions humiliantes de la défaite en novembre
Mercredi 26 et jeudi 27 juin, en deux fournées de dix,
2016 de l’ultra-favorite Hillary Clinton face à Donald
vingt prétendants démocrates – quinze hommes, cinq
Trump.
femmes – monteront sur la scène du Arsht Center for
the Performing Arts de Miami pour le premier débat En novembre 2016, Trump gagnait la présidentielle
télévisé de la primaire démocrate (le second aura lieu à la surprise générale (de peu, en perdant le vote
les 30 et 31 juillet à Détroit (Michigan), le troisième populaire, mais le mode de scrutin indirect, par
les 12 et 13 septembre, avec des critères de sélection l’intermédiaire d’un collège électoral désigné dans les
plus restrictifs). États, est ainsi fait).
Les prétendants démocrates à la Maison Blanche Il avait multiplié les attaques racistes et les
sont aujourd’hui 24 (retrouvez ici leurs biographies). provocations, s’était fait le héraut improbable des
Quatre ont été recalés, faute d’avoir été crédités de 1 % sans-voix, des ouvriers et de la classe moyenne. La
dans trois sondages nationaux et de pouvoir afficher voix inattendue d’une Amérique qui se sent menacée,
plus de 65 000 donateurs individuels. humiliée par la modernité, l’égalité des sexes et
des « races », les modèles culturels des grandes
Jamais un des deux grands partis américains n’a
villes libérales, d’une Amérique ignorée aussi par les
compté autant de candidats à une primaire depuis
démocrates depuis des décennies.
quatre décennies.

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« Astérisques » Les prochaines semaines et mois diront si la


candidature Biden ira à son terme – ce n’est pas
certain, tant l’ancien vice-président est renvoyé à son
bilan, se montre arrogant et multiplie les gaffes. Mais
que Joe Biden soit en position de favori supposé face à
Donald Trump en dit long sur l’état du parti démocrate
de 2019, dont la direction et une partie des électeurs
ne semblent pas avoir tiré les leçons de l’élection de
Kamala Harris et Corey Booker, le 30 mars 2019, à Los Angeles. © Reuters Trump.
Ces premiers débats démocrates de la cuvée 2020 À ce stade de la campagne, sa position favorable
seront hantés par cette défaite à effacer. Ils dans le champ démocrate (la presse américaine et les
rappelleront au parti des Clinton et de Barack Obama sondeurs ont un mot pour cela, l’« électabilité ») serait
leur lourde responsabilité dans l’accession de Trump due, si l’on en croit nombre de sondeurs, à sa célébrité
à la Maison Blanche. mais aussi à son positionnement idéologique centriste.
Comment échapper à ce rappel puisque, mercredi,
le soir du deuxième débat, un spécimen parfait de
démocrate old school sera au centre de la scène…
Son nom : Joe Biden, 76 ans, ancien vice-président
de Barack Obama, un CV qu’il rappelle d’ailleurs en
toute occasion pour surfer sur la popularité de l’ancien
président. À ce stade, précoce, Biden est considéré par
beaucoup comme un favori. Pete Buttigieg, dans le New Hampshire, en mars. © Reuters

Ces trente dernières années, Joe Biden, élu au Sénat Biden, qui n’a aucun problème pour financer sa
américain en 1972, s’est à peu près trompé sur tout. campagne, est le candidat de l’appareil démocrate,
Dans les années 1970, il a soutenu les combats des républicains modérés révulsés par Trump et de
d’élus ségrégationnistes lorsque l’Amérique tentait tous ceux qui pensent, par adhésion ou stratégie, qu’il
d’inverser la machine infernale de la discrimination, faut d’abord face à Trump rassembler le pays, ne pas
et il a voté des dispositions limitant le recours cliver, afficher une ligne politique qu’on qualifierait
à l’avortement – deux positionnements qui lui en France de centre-droit.
reviennent aujourd’hui en boomerang. En face, deux candidats défendent une position
Dès les années 1980, puis sous la présidence Clinton, totalement différente. L’un, Bernie Sanders, qui se
Biden fut un ardent défenseur de la guerre contre le définit comme un « socialiste démocrate », et
crime et les drogues qui consista surtout à criminaliser dont la proposition phare est une sécurité sociale
et à enfermer les Africains-Américains à tour de bras, universelle publique (une révolution aux États-Unis),
au sein d’un immense système carcéral privatisé dont fut l’adversaire malheureux d’Hillary Clinton en 2016.
l’État américain est aujourd’hui devenu dépendant. L’autre, Elizabeth Warren, ancienne économiste à
Il défendit le lobby des cartes bleues et les banques Harvard, a en tête de réguler le capitalisme plutôt que
contre la régulation financière, au point d’admettre de le remettre en question.
ses erreurs après la crise de 2008. Et s’il vilipende S’ils ont des différences significatives, tous deux
aujourd’hui, alors qu’une nouvelle guerre menace, le proposent de rompre avec la préférence américaine
« désastre » de la stratégie de l’administration Trump pour les inégalités, l’horreur économique de la
en Iran, Biden a chaudement défendu la désastreuse première puissance mondiale, la vie à crédit, les
intervention américaine en Irak en 2003. dettes et la précarité. Sanders et Warren dans une

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moindre mesure proposent aussi une remise en cause le tractage et le porte-à-porte, ou l’adhésion à des
du militarisme américain (lire nos biographies et nos organisations comme le parti socialiste américain
portraits de Sanders, de Warren). (DSA).
Deux outsiders, le maire de South Bend (Indiana) Pett Comme nombre de candidats engagés dans cette
Buttigieg et le Texan Beto O’Rourke (lire ici notre primaire, Kamala Harris (Californie), Cory Booker
portrait), se disputent, eux, la possibilité d’être l’« (New Jersey), Kirsten Gillibrand (New York)
Obama blanc » de la campagne (la formule, bien défendent ainsi tous une sécurité sociale universelle
trouvée, est du journaliste Mehdi Hasan) : dans un (« Medicare For All »), un « New Deal vert »
paysage politique qui offre des ouvertures, ils jouent et refusent l’argent des entreprises. Mais, derrière
la carte de la nouveauté, faisant le pari d’une percée les slogans ambitieux, leurs propositions réelles sont
personnelle, à la Obama ou à la Macron, liée à leur très modérées. Et la promesse générale de dégager
personnalité et à leur image. la politique de l’argent privé s’accompagne souvent
« de nombreux astérisques », souligne l’agence
Associated Press, en raison des mécanismes multiples
qui permettent de financer les candidats.
En novembre 2020, le prochain président, s’il se
trouve parmi eux, pourrait marquer l’histoire. Bernie
Sanders serait le premier président juif des États-
Unis (et le plus vieux). Elizabeth Warren (ou Kirsten
Beto O'Rourke à Los Angeles, le 27 avril. © Reuters
Gillibrand), la première femme présidente. Kamala
D’autres sénateurs, des quadras et quinquas centristes Harris, née d’un père jamaïcain et d’une mère
du parti démocrate, ont adapté leurs propositions aux indienne, la première femme présidente racisée. Pete
attentes plus radicales de cette partie de la galaxie Buttigieg serait le premier président ouvertement
démocrate qui ne se reconnaît plus depuis longtemps homosexuel.
dans un parti ossifié, néolibéral, très dépendant des
On n’en est pas encore là. Tous ceux-là devront
grands donateurs.
d’abord se départager, puis affronter l’ouragan Trump.
Cette base, « gauchie » par la campagne de Bernie Ils sont prévenus : quel que soit le vainqueur, l’« agent
Sanders en 2016, s’est activée politiquement après la orange » fera tout pour l’anéantir.
victoire de Donald Trump, par l’engagement local,

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