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PARLONS DE LA FRANCE

avec François Hollande

Assurer la transition écologique :


un nouveau modèle économique et social

Discours de François Hollande


Paris - 14 décembre 2010

1 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique 2
Je voudrais me féliciter de notre énergétique sur 10 ans qui doit
réunion de travail qui s’est déroulée à porter notamment sur l’isolation des
Paris, mardi 14 décembre au cours de logements, les transports collectifs
laquelle François Hollande a présenté et les nouvelles énergies   ; la caisse
ses propositions pour un pacte des dépôts et consignation deviendra
écologique. la caisse du développement durable
et participera au financement
Je tiens particulièrement à remercier
de la mutation de notre modèle
Marie-Hélène Aubert, Manuel Flam,
économique et social  ; enfin, nous
Ghislaine Hierso, Hélène Pelosse,
souhaitons également mettre en
Bruno Rebelle et Patrick Viveret
place une contribution carbone des
qui ont apporté leur expérience et
entreprises pour les inciter à réduire
contribué à enrichir notre réflexion
leur consommation de produits
par leurs interventions à l’occasion de
fossiles.
cette rencontre.
Plus largement, nous considérons
Cette réunion de travail ponctuée par
que de nouveaux indicateurs de
le discours de François Hollande visait
richesse doivent être définis et qu’au
à compléter notre réflexion globale
lendemain de l’élection présidentielle
engagée depuis la réunion de Lorient
et des élections législatives qui
du 27 juin 2009 en matière de fiscalité,
suivront, des assises de la démocratie
d’éducation, de production et sur les
environnementale et solidaire devront
relations internationales.
être organisées pour que les objectifs
L’ensemble de nos propositions est soient définis et mis en œuvre de
consultable sur le site «  Répondre à manière consensuelle.
Gauche » dans le document « Parlons L’écologie ne doit pas être considérée
de la France ». comme une contrainte mais un
Nous avons, au cours de notre réunion, levier de croissance et d’innovations
avancé plusieurs propositions générateur d’emplois. Le pacte
concrètes car notre conviction est que écologique que nous proposons
l’affirmation d’un pacte écologique avec François Hollande s’inscrit dans
n’est pas une affaire de posture le contexte d’un projet global où
politique ou électorale mais est toutes les dimensions se conjuguent
fondée sur une nécessité devenue (sociales, productives, ….) avec pour
aujourd’hui impérative. objectif le changement et une priorité :
la jeunesse. Stéphane Le Foll
Nous proposons un plan de transition
Président de Répondre à Gauche

3 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique 4
Discours de François Hollande page 7

Fiche bilan page 21

Fiche propositions page 27

5 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique 6
DISCOURS
François Hollande
14 décembre 2010 - Paris

7 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique 8
Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Discours

Je suis d’une génération qui est née dans l’abondance et la croissance.


Je vais entamer maintenant le dernier tiers de ma vie dans la rareté et
le ralentissement. Prenons conscience que le modèle de croissance qui
était le nôtre depuis une cinquantaine d’années est aujourd’hui dépassé.
Nous ne parviendrons pas malgré tous les efforts à le réparer et à le
remettre en état.

Ce modèle connaît plusieurs limites :


D’abord, il ne produit pas de croissance ce qui est, convenons le, un défaut
fondamental quand il s’assigne ce seul but. Il est supposé produire de la
richesse, il en créé moins ou alors à un rythme lent.
Ensuite, ce modèle est épuisé au sens où il épuise les ressources
naturelles. Dans ces conditions, il introduit lui-même de la rareté et
provoque un renchérissement tendanciel du prix des matières premières.
Enfin, il n’est pas exportable. Aucun pays émergent ne pourra tolérer le
prélèvement écologique que nous avons levé pendant un siècle. Notre
mode de consommation est devenu incompatible avec la préservation des
équilibres de la planète.
L’écologie n’est pas simplement une sensibilité politique, ni même une
affaire électorale, c’est d’abord une doctrine fondée sur des réalités
scientifiques. A cet égard, rappelons que tout ce qui a été avancé pendant
des années sur le réchauffement climatique n’est pas une vue de l’esprit,
une opinion, une hypothèse, c’est le fruit d’observations incontestables.
Prenons aussi en compte les préoccupations citoyennes et morales qui
accompagnent le mouvement écologique ; je veux dire par là cette exigence
d’une participation citoyenne d’une démocratie élargie et également
du sentiment moral qu’il n’est pas possible, par exemple, pour les
Etats-Unis d’émettre 25 % de carbone alors que la population américaine
ne représente que 4 % celle du monde.
Voilà ce qui justifie que nous puissions aujourd’hui affirmer la nécessité
d’un impératif écologique. C’est à la fois une nécessité politique, morale,

9 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Discours

sociale et c’est une obligation liée à l’avenir de notre planète et des


générations futures.
Néanmoins, le contexte a changé depuis 2007. Nous étions alors dans la
version de l’écologie «  heureuse et consensuelle  ». La Gauche plurielle
avait produit certaines avancées  ; Jacques Chirac avait prononcé des
discours qui faisaient référence. Une prise de conscience s’était installée.
Et lors de l’élection présidentielle la signature du pacte écologique de
Nicolas Hulot par les principaux candidats a marqué une étape. Le Grenelle
de l’Environnement en a été la consécration.
Mais la crise et les échecs rencontrés par un certain nombre d’initiatives ont
modifié la perspective. D’autres urgences sont apparues. La question de la
croissance s’est posée différemment dés lors qu’il n’y en avait plus du tout
et que l’on était même en récession. La logique financière est apparue plus
dangereuse que le dérèglement climatique. Par ailleurs, le retrait de la taxe
carbone et l’échec du sommet de Copenhague ont suscité déconvenues et
désillusions. Puisque « la plus grande des réformes depuis l’abolition de
la peine de mort » pouvait être remisée et que la « réunion de la dernière
chance  » pouvait se conclure sans ne rien conclure et que le monde ne
s’écroulait pas pour autant, alors pourquoi tant d’empressement !
De fait, la perception a évolué. Ainsi, parler d’écologie aujourd’hui
ne présente pas forcément la même acuité, ne suscite pas le même
enthousiasme, ne conduit pas à la même convergence, qu’il y en encore
quelques années.

Il faut donc penser l’écologie dans un projet global. Cela constituera


la singularité de notre approche. Penser global signifie que la mutation
qui s’accomplit doit porter à la fois sur le système productif, le mode de
consommation, l’organisation des transports mais aussi le système fiscal,
la politique familiale, le développement urbain, la qualité de l’alimentation
sans oublier la santé publique.

Cette approche suppose de régler quatre grandes questions:

Assurer la transition écologique 10


Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Discours

La première est sociale, c’est de savoir comment mener une politique


écologique, de lutte contre le réchauffement climatique dans un monde
où les inégalités sont de plus en plus grandes et dans un pays, le nôtre, où
les disparités sociales et territoriales sont de plus en plus fortes ?
L’expérience de la fiscalité écologique est éclairante. Elle apparaissait
comme une solution de bon sens dés lors que chacun s’accordait sur
le principe d’introduire des biais fiscaux pour envoyer des signaux
aux marchés sur la rareté des produits pétroliers et l’épuisement des
énergies fossiles. Ce dispositif avait sa logique dés lors qu’il visait à
pénaliser les émissions de carbone. Cette proposition a néanmoins été
largement rejetée par les catégories populaires. Elle a été vécue comme
un renchérissement du prix et donc comme une amputation du pouvoir
d’achat. Et elle a été considérée comme injuste à un moment où beaucoup
d’agents économiques n’ont pas d’autre choix que d’utiliser leur voiture
pour se déplacer.
Faut il tirer la conclusion que dés lors qu’il est créé un prélèvement pour
indiquer la rareté, cette vérité des prix contredit le principe de justice
sociale ? Je ne le crois pas !
Voilà pourquoi je propose d’intégrer la fiscalité écologique comme la
dimension tarifaire déjà largement à l’œuvre dans toutes les politiques
locales, notamment pour l’eau, l’assainissement, les déchets. La
redistribution doit permettre aux catégories populaires frappées par
une hausse des prix de leurs produits de consommation de trouver une
compensation. C’est l’enjeu de la réforme fiscale.
Je pourrais aussi évoquer l’échec le dénouement malheureux de
Copenhague avec la même argumentation. Cette conférence a échoué
parce que les États-Unis n’étaient pas prêts à remettre en cause le mode
de consommation des Américains mais aussi parce qu’il était demandé
aux pays émergents de renoncer à un modèle de croissance, le nôtre, au
prétexte que nous-mêmes avions épuisé les ressources naturelles.
Comment les pays émergents qui sont dans une logique de rattrapage et

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Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Discours

pour certains de dépassement pourraient ils accepter ce mauvais troc ?


Ainsi, s’il n’y a pas une politique de réduction des coûts de ressources
à l’échelle de la planète et d’élaboration de règles communes pour la
croissance de demain, il y aura forcément d’autres échecs. « Cancun » a
permis d’effacer l’échec de Copenhague mais au prix d’une renonciation à
tous les mécanismes contraignants et pour les uns, les États-Unis et pour
les autres, les pays émergents. Le premier enjeu, c’est donc d’arriver à
tisser un lien entre la lutte contre les inégalités et l’impératif écologique.
Le second est territorial. Il convient d’intégrer l’écologie dans une logique
d’aménagement.
Il s’agit de donner une dimension concrète, pas simplement morale,
punitive ou précautionneuse mais tangible pour le citoyen : « que puis je
gagner à la nouvelle donne écologique ? » On arrive ainsi aux politiques
de logement, de déplacements, de transports, d’urbanisme, d’éducation.
Les projets écologiques doivent devenir des instruments d’aménagement
et de développement. C’est pourquoi je propose une nouvelle étape de
la décentralisation, un changement des modes de participation, une plus
grande part donnée à l’intervention citoyenne et un nouveau partage
des responsabilités entre l’État et les collectivités locales à travers la
conclusion des « contrats de développement durable ». Pour trouver les
financements qui accompagnent cette mutation territoriale, la caisse des
dépôts doit être transformée en caisse du développement durable.
La troisième grande question est économique, c’est l’avenir de la
croissance. Chacun a fait le constat que le PIB ne reflète qu’improprement
la réalité du progrès. Dés 1973, Valery Giscard-d’Estaing avait suggéré de
réfléchir à une nouvelle mesure de la croissance. Aujourd’hui c’est une
évidence mais que de temps perdu. Il ne s’agit pas de remettre en cause le
PIB en tant que tel. C’est un instrument utile de comparaison dans le temps
et dans l’espace. On en connaît parfaitement les vices de construction. Il
s’agit de dégager d’autres paramètres : les indicateurs du développement
humain ou les indices de réduction des inégalités.

Assurer la transition écologique 12


Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Discours

Un pays comme la France doit pouvoir dire, au lendemain d’une élection


présidentielle  : nous avons une stratégie de croissance autour du PIB
mais aussi une stratégie de développement humain dont les citoyens
vont définir ensemble les objectifs, le calendrier et les moyens de mise en
oeuvre.
En ce sens, ce n’est pas simplement la redéfinition de ce qu’est la richesse
ou le progrès, ce n’est pas seulement la meilleure appréhension des coûts,
la reconnaissance des disparités que la croissance peut générer, c’est
surtout un formidable moyen de participation et de gouvernance.
Au lendemain de l’élection présidentielle et des élections législatives
qui suivront, je propose d’organiser des assises de la démocratie
environnementale et solidaire.
Celles-ci auront pour objet de déterminer à échéance de 5 ans la voie pour
réduire les déficits publics, améliorer notre compétitivité, favoriser une
redéfinition de la protection sociale, assurer l’indépendance énergétique
et réduire le bilan carbone.
La définition d’objectifs devient pour une société un élément de
mobilisation.
La quatrième question est celle de l’entreprise et de sa responsabilité
sociale.
La loi NRE votée sous le Gouvernement Jospin a eu au moins le mérite
de contraindre les entreprises à publier dans leur rapport annuel un
certain nombre d’informations sur la manière dont elles prennent en
compte les données environnementales et sociales. Ensuite, le Grenelle
de l’Environnement a élargi l’obligation d’informer dans les sociétés
cotées avec un rapport spécifique mais cette dimension du Grenelle II a
été édulcorée dans la discussion parlementaire de l’automne 2010.
Il faudra reprendre l’exigence de transparence mais lui donner une
perspective en termes de compétitivité et de mobilisation des ressources
humaines. Car c’est un sujet de fierté collective pour une entreprise,

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Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Discours

ses salariés comme ses dirigeants voire ses actionnaires, de porter des
objectifs de développement durable.
C’est aussi un moyen d’informer le consommateur et de lui envoyer un
signal environnemental dont il peut faire usage en décidant d’acheter ou
pas le produit.
Enfin, c’est un élément de concurrence par rapport à d’autres entreprises
moins soucieuses du développement durable. La responsabilité sociale,
environnementale de l’entreprise doit donc être réaffirmée.
Ainsi la définition d’une nouvelle politique écologique s’intègre dans un
projet global où les dimensions sociales, productives, démocratiques se
conjuguent. Nous ne partons pas de rien. Je sais ce qui a été fait par la
gauche plurielle. Evitons les moqueries sur le Grenelle de l’Environnement
au prétexte que bon nombre de ses dispositions ont été abandonnées
en chemin. Reconnaissons que le Grenelle a été une heureuse prise
de conscience qui a correspondu à une mobilisation considérable de
nombreux partenaires qui jusque là ne parvenaient même pas à travailler
ensemble ou doutaient de la capacité des pouvoirs publics à fixer des
objectifs de moyen terme.
Le Grenelle a marqué de nouvelles formes de gouvernance, a contribué
à une modification même modeste des comportements, lesquels se sont
largement diffusés aux collectivités locales. Toutes ont des Agendas 21,
mènent des politiques de développement durable. Cette demande peut
être faite avec plus ou moins de volonté, de sincérité voire d’effectivité
mais le fait même que ce soit évoqué confirme la réalité d’une demande
sociale, d’une aspiration citoyenne et sans doute d’un enjeu électoral et
témoigne que grâce au Grenelle, la préoccupation environnementale est
mieux partagée.
Ses aspects décevants, on les connaît  ; le ministère du développement
durable est redevenu banal  ; la partie énergie a été rattachée à Bercy
et chacun sait les conséquences d’une telle organisation en matière
d’investissements publics; par ailleurs, la taxe carbone n’a pas pu être

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Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Discours

mise en œuvre mais cela tient moins au Grenelle qu’à la méthode qui avait
été choisie. Enfin, la dernière déception est d’avoir réduit une large part des
obligations des entreprises en matière d’information et de transparence.
Il faut désormais franchir une nouvelle étape et engager un nouveau
modèle de développement.
Je revendique le progrès. Je réaffirme la nécessité de la croissance comme
la prise en compte des exigences de la compétitivité et de l’emploi
mais en même temps, je sais que pour atteindre ces objectifs, les voies
et les moyens doivent changer. De nouveaux concepts et de nouveaux
instruments doivent correspondre à cette évolution.
La préservation des ressources, le signal du prix comme reflet de la rareté,
le souci du long terme, la sobriété dans la consommation, la prévention,
la solidarité, la maîtrise des technologies au service de la personne
humaine, la participation des citoyens ; voilà les principes sur lesquels se
fondent le modèle de développement du XXIe siècle.
C’est durant la prochaine décennie que nous devons réussir cette
mutation:
1) D’abord, réussir la transition énergétique : je ne sais pas s’il faut être
catastrophiste ou naïf, mais si l’on regarde l’évolution du prix du pétrole
depuis plusieurs années comme celui des principales matières premières,
il y a ce qui relève des mouvements spéculatifs et ce qui indique une
tendance longue vers le renchérissement des énergies fossiles. Dans un
contexte de croissance faible dans les pays développés, la montée du prix
du pétrole souligne que le « pic de production » a été atteint et qu’il reste
au mieux un demi-siècle de production au regard des réserves connues.
La transition doit être engagée sans risque d’une rupture dans les flux
et le plus tôt sera le mieux. Elle passera par des mouvements du prix
en provoquant des arbitrages de la part des consommateurs et par des
politiques beaucoup plus structurelles.
La première, c’est la contribution carbone. Elle doit concerner uniquement

15 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Discours

les entreprises. Je ne dis pas cela pour exonérer les ménages car de toute
façon, en matière de fiscalité, ce qui est acquitté par les entreprises est
au bout du compte payé par le consommateur final. Je préconise de faire
simple c’est à dire la création d’une contribution carbone sur l’utilisation
des produits carbonés servant à la production.
L’autre élément stratégique c’est le rééquilibrage du bilan énergétique
français. Nous devons faire en sorte que la part du nucléaire dans la
production d’électricité se réduise mais demeure à un niveau encore élevé.
Ce qui exige des progrès sur la transparence, le recyclage et le contrôle des
déchets comme une rationalisation des investissements avec la question
de la fin de vie des centrales.
Sur les énergies renouvelables, la stabilité doit être la règle. Il n’y a rien
de pire que de multiplier les incitations et lorsqu’elles marchent de les
faire disparaître ! C’est ce qui s’est produit sur le solaire où des opérateurs
ont été poussés à investir exagérément au point de provoquer une bulle
spéculative et sont désormais menacés dans leur existence même avec
le changement brutal des règles du jeu. En ces domaines les principes
cardinaux doivent être la continuité, la cohérence, la constance. Ça vaut
pour les énergies renouvelables, comme pour les économies d’énergie.
Si l’ajustement budgétaire à venir affecte les politiques fiscales en
matière d’énergies renouvelables et d’économies d’énergie, ce sera un
considérable recul.
Je propose un plan de transition énergétique qui serait de 5 milliards par an
soit 50 milliards sur 10 ans dont l’essentiel doit porter sur l’isolation des
logements. C’est là que se situe le plus grand gain en terme d’économies
et d’efficience énergétique.
2) Faire de la santé environnementale une priorité essentielle.
Nos concitoyens n’adhéreront à une politique exigeante sur le plan
environnemental, que s’ils sont convaincus qu’elle peut avoir une
conséquence heureuse, non pas simplement sur leurs propres enfants
mais aussi sur eux-mêmes c’est-à-dire sur leur santé dans toutes ses

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Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Discours

dimensions : au travail, dans la ville, au domicile, par l’alimentation.


Un programme écologique doit être un programme sanitaire avec la
mobilisation de tous les acteurs du système de santé  : prévention,
éducation sanitaire, qualité des produits agricoles, informations,
démocratie sanitaire, réseaux de soins, etc.
3) L’économie verte.
L’écologie n’est pas une contrainte, c’est un levier de croissance,
un vecteur d’innovations, un instrument d’efficience.
C’est évident, sur la gestion des ressources naturelles, ça l’est aussi sur
la qualité de la transition énergétique et sur l’usage des technologies.
L’économie verte dépendra d’abord des entreprises elles mêmes. Sont
elles sont prêtes à intensifier leurs efforts de recherche, leurs combinaisons
productives pour se doter d’avantages comparatifs par rapport à leurs
concurrentes  ? Espérons le  ! Beaucoup d’entreprises françaises, les
grandes sociétés d’eau, d’assainissement, les grandes entreprises de
recyclage des déchets sont d’ores et déjà en avance. Et bien d’autres sont
engagées sur les secteurs les plus dynamiques de l’économie verte. Que
faut il faire pour amplifier le mouvement? Sans doute une politique de
normes, de réglementation, sûrement une politique fiscale pour soutenir
les investissements écologiques.
4) Pour l’enjeu écologique dans les négociations internationales et
notamment au G20.
Certains thèmes s’imposent  : la régulation financière, l’instabilité du
système monétaire international, la lutte contre les paradis fiscaux…
Mais un sujet pourrait aussi être introduit, celui de la rationalisation
de l’ensemble des politiques mondiales en matière d’environnement
et de développement durable. On recense en effet une quarantaine
d’organisations, de programmes, de fonds internationaux en matière
d’environnement. Ainsi une avancée majeure serait de rassembler tous les
programmes (Nations-Unies, le FMI, Banque mondiale, fonds notamment
celui décidé à Cancun) et de créer une grande Organisation mondiale de

17 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Discours

l’Environnement.
L’impératif écologique c’est à la fois un modèle de développement
solidaire, une méthode de changement et enfin l’affirmation d’une
priorité : celle de la jeunesse.
Le nouveau modèle, c’est de rehausser la politique en lui fixant la
perspective d’offrir à chacun les capacités d’assurer son destin, tous les
éléments du choix de sa propre vie et toutes les conditions nécessaire
pour s’inscrire dans l’avenir.
La méthode, c’est de considérer que le développement durable élargit
la participation civique implique la transparence dans les décisions, et
l’évaluation dans la conduite des politiques publiques.
Enfin, ce modèle de développement met l’accent sur la priorité qui, à mon
sens, est la première de toutes, c’est-à-dire, la place de la génération qui
vient.
Dans ce contexte, la question se pose de savoir si le socialisme qui a
été conçu au temps des matières premières abondantes, des systèmes
productifs les plus capitalistiques, avec des mécanismes de redistribution
fondés sur le travail et un État providence prospère, a encore un sens au
XXIe siècle ?
Le socialisme est-il une théorie du XXe siècle et l’écologie une du XXIe ?
Pour ma part j’estime que le socialisme n’est pas simplement un mode de
production lié à l’industrialisation, une machinerie sociale ou un système
de propriété dont la socialisation des moyens de production serait la
forme la plus rudimentaire. Le socialisme, c’est une exigence de produire
pour satisfaire des besoins. Des besoins qui évoluent nécessairement  :
les biens comme les services. Le socialisme n’est pas simplement une
doctrine fiscale visant à corriger des inégalités mais une organisation
humaine fondée sur la justice  : entre générations, entre catégories
sociales et entre zones géographiques.
Le socialisme est surtout une promesse, la capacité pour chacun de réussir

Assurer la transition écologique 18


Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Discours

sa vie, d’accomplir son destin, de se libérer des contraintes de la nature


ou de la domination de l’argent. Elle n’a rien perdu de sa force.
Enfin, le socialisme est et reste un internationalisme : comment dépasser
les limites nationales pour porter une régulation au niveau du continent et
de la planète ?
Regardons les grands défis d’aujourd’hui  ; économiques, financiers,
écologiques, diplomatiques, ils appellent les mêmes exigences, les
mêmes ambitions, les mêmes rêves que ceux qui étaient portés au début
du XXe siècle.
Mesurons bien l’ampleur de la tâche qui nous attend après 2012 : il s’agit
à la fois de replacer l’économie dans le bon sens, de remettre la finance
à sa place, mais aussi de décider de l’avenir de la planète, sans oublier la
nécessité de vivre ici ensemble !
Comment fait on, même avec un bon programme, même avec un excellent
candidat, même avec un score élevé au premier tour (ce qui n’est pas fait
compte tenu de la dispersion de la gauche) et un second tour victorieux ?
Est-ce que ce sera suffisant ? Il n’y a pas de réussite possible et durable s’il
n’y a pas un rassemblement très large qui implique une adhésion même
de ceux qui n’auront pas voté pour nous. Il faudra les mobiliser, les réunir
sur des objectifs qui dépassent les clivages de l’élection. Tel est le grand
enjeu qui nous rapproche de l’impératif écologique. Nous devons avoir
cette force non pas simplement pour créer la prise de conscience mais
prendre des décisions.

C’est là que la durée peut être une chance. Plus clairement, nous fixerons
des objectifs communément acceptés, consensuellement admis avec des
indicateurs de résultats pour atteindre la perspective que nous aurons
fixée, plus facilement pourrons nous conduire nos concitoyens vers des
changements essentiels. Faut il encore qu’ils aient la conviction que cette
mutation sera utile pour leur vie et surtout pour celle de leurs enfants.

19 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique 20
Fiche Bilan
Ecologie et
développement
durable :
une urgence à agir

21 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique 22
Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Fiche Bilan

Il est urgent d’agir :


1. Les ressources de la planète ne sont pas suffisantes pour que le monde
vive sur le modèle de la société de consommation occidentale.
L’adoption progressive par les pays émergents du modèle de société
de consommation occidentale va accroître de manière considérable
les tensions sur les cours des matières premières fossiles, minérales et
agricoles. Selon le WWF, il faudrait deux planètes supplémentaires pour
que tout le monde vive comme un Français.
La Chine illustre à son échelle les risques de cette logique. Les dommages
environnementaux chinois résultent directement de la croissance à marche
forcée. Certains dirigeants commencent à considérer que la croissance
chinoise est en réalité nulle si l’on devait ré-internaliser les dommages
environnementaux qu’elle provoque.

2. De Copenhague à Cancun les négociations climatiques peinent à


avancer
La première période d’engagement du Protocole de Kyoto arrive à échéance
à la fin de 2012. La question de son devenir, et d’une seconde période
d’engagement, se pose de manière aiguë.
Ni la conférence de Copenhague de l’an dernier ni celle de Cancun, close
le 10 décembre, n’ont permis d’aboutir à un nouveau traité sur le climat.
L’espoir est reporté sur la conférence de Durban de l’an prochain.
Copenhague avait consacré la rupture avec la logique instaurée par le
Protocole de Kyoto. Les États-Unis et la Chine s’étaient mis d’accord pour
imposer un accord consacrant le rejet d’une architecture contraignante
supranationale. L’idée d’un marché carbone mondial avait aussi été
abandonnée.
Copenhague avait cependant débouché sur un engagement, non formalisé,
de la part des pays industrialisés d’aider les pays en développement à
lutter contre les conséquences du réchauffement climatique.

23 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Fiche bilan

L’accord de Cancun formalise cet engagement, en créant un fonds vert


du climat de 100 milliards de dollars par an à partir de 2012. Sa gestion
sera assurée par la Banque mondiale. De même l’objectif de limiter le
réchauffement planétaire à 2°C par rapport à l’époque préindustrielle a
été adopté.
L’un des problèmes principaux qui a grevé par avance le résultat de la
conférence de Cancun provient de l’incapacité des États-Unis à accepter
un objectif chiffré. Le poids des groupes de pression au Congrès est tel
que l’objectif du Président Barack Obama de convaincre les Représentants
et les Sénateurs apparaît vain, surtout depuis les élections de mi-mandat
de novembre 2010. Or, sans législation interne, les États-Unis ne peuvent
pas signer d’accord international prenant le relais du Protocole de Kyoto.
Une lueur d’optimisme : les négociations internationales ont permis
d’aboutir en octobre dernier à l’accord de Nagoya sur la biodiversité, et en
novembre au pacte de Mexico sur la ville. Ces deux succès montrent que la
coopération internationale reste possible.

3. Le Grenelle a fait évoluer les mentalités, mais a en définitive accouché


d’une souris.
L’organisation du Grenelle de l’environnement a inauguré de nouvelles
formes de gouvernance ; elle a aussi permis une prise de conscience forte
des enjeux liés à l’environnement, avec le cercle vertueux offre/demande
que cela peut induire.
Il en est sorti plusieurs mesures intéressantes : bonus-malus automobile,
augmentation de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP),
création d’une éco-redevance sur les poids lourds, verdissement du prêt
à taux zéro…
Mais rétrospectivement le bilan est bien décevant :
- Nicolas Sarkozy s’était engagé à créer un grand ministère du
développement. Cela a été fait en mai 2007. Puis le poids de ce ministère
s’est réduit, pour finalement aboutir à ce que, en novembre 2010, l’énergie

Assurer la transition écologique 24


Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Fiche Bilan

soit détachée de ce ministère pour être rattachée à l’industrie et donc au


ministère de l’économie ;
- la taxe carbone n’a pas vu le jour, le gouvernement ayant adopté en
2009 un projet à la fois peu lisible et pénalisant pour les ménages les plus
démunis ;
- de nombreuses mesures adoptées suite au Grenelle sont en train
d’être détricotées : remise en cause des aides à l’énergie photovoltaïque
(réduction du crédit d’impôt et moratoire sur les achats d’électricité
solaire par EDF), réduction des obligations déclaratives des entreprises en
matière de développement durable…

4. Il existe un lien fort entre inégalités et écologie, que ce soit au niveau


national ou international.
Alors que ce sont les plus défavorisés qui sont les premières victimes
des dégradations environnementales, c’est également la catégorie de
population qui est la plus réticente à engager la transition écologique.
C’est assez logique dans la mesure où l’approche punitive qui domine la
communication publique actuelle vise à faire prendre en charge le coût
de la transition écologique par les classes populaires. Celles-ci ne s’y
trompent pas, et ont rejeté massivement un projet comme celui de la taxe
carbone. Cette charge environnementale supplémentaire ne sera donc
comprise que si elle est équitablement répartie, et si elle s’inscrit dans
une réforme fiscale globale.
Cette problématique, qui est connue dans le cadre des relations Nord-Sud
– il faut aider les pays du Sud à s’adapter au changement climatique car
ils sont les plus exposés (alors même que ce sont les pays industrialisés
qui ont fait exploser la concentration de CO2 dans l’atmosphère) – se
retrouve au niveau national quand un pays choisit d’accélérer sa transition
écologique.

25 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique 26
Fiche propositions
Assurer la transition
écologique :
Un nouveau modèle
économique et social

27 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique 28
Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Fiche propositions

L’écologie ne doit pas être abordée de manière isolée, mais dans le cadre
du développement durable, c’est-à-dire dans la perspective d’un nouveau
modèle social et économique au service de l’homme et de son environnement.
Nos propositions sont les suivantes :
1. Une gouvernance plus démocratique et décentralisée
La transition écologique suppose des évolutions démocratiques importantes,
permettant aux citoyens, aux organisations de la société civile, aux collectivités
territoriales, d’avoir des capacités d’avis et d’initiatives beaucoup plus
importantes.
Le rapport des citoyens à la société a changé, exigeant plus de transparence,
de concertation, de compréhension,  d’évaluation (bénéfices/risques) des
impacts possibles. Il nous faut reprendre les conférences de citoyens,
continuer la réforme de l’enquête publique engagée sous Lionel Jospin,
organiser le débat sur les technologies nouvelles, améliorer la formation des
grands corps de l’État sur ces sujets...
2. Aborder différemment l’éducation et la santé
L’éducation, la formation, et la recherche sont des aspects fondamentaux de
l’évolution vers des sociétés et des économies plus autonomes, économes,
responsables et solidaires, avec pour objectif le «  mieux-être  » et non le
« toujours plus » de biens matériels non durables.
Les questions de santé et de sécurité sociale ne peuvent plus être traitées
aujourd’hui sous l’angle exclusivement de l’accès aux soins, à l’hôpital,
à la technique médicale, aux coûts d’ailleurs de plus en plus exorbitants.
Les moyens accordés à la santé environnementale, dont fait partie la
santé au travail, aux maisons et réseaux de santé, aux associations de
malades, à la prévention et l’éducation sanitaires, sont encore très faibles
proportionnellement, malgré la loi du 4 mars 2002 (votée sous Lionel Jospin)
dont les décrets d’application rédigés par la droite ont complètement dénaturé
l’esprit initial. 
Il ne s’agit pas de mettre plus de moyens, mais de les répartir autrement
avec des priorités différentes, et plus «rentables» à terme.
3. Adopter un plan de transition énergétique

29 Assurer la transition écologique


Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Fiche propositions

Un «  Plan de transition énergétique  » est indispensable pour financer


l’isolation des logements existants, le développement des sources d’énergie
renouvelable et l’offre de transports collectifs (train, tramway et tram-train).
L’éclairage de nos villes devra être modernisé pour utiliser les nouvelles
techniques économes en énergie et peu productrices de chaleur, et à viser
une diminution de l’intensité lumineuse des grandes zones urbaines.
Ce plan sur 10 ans viserait à modifier le mix énergétique de notre pays. Il serait
réalisé par un investissement à la fois de l’Etat et des collectivités locales
(régions et communautés urbaines), dans le cadre de contrats de plan entre
l’État et les collectivités locales.
Ce plan devra être complété par les apports des fonds structurels européens.
D’une manière générale, sur tous ces sujets, l’Union européenne joue un rôle
fondamental, et la France est trop souvent en retard dans la transposition
des directives européennes en matière d’environnement, que ce soit
pour les questions de l’eau (traitement des eaux urbaines, nitrates...), de
biodiversité (habitats et Natura 2000), d’énergies renouvelables ou de
ressources halieutiques. On ne peut pas avoir un programme en matière de
développement durable, sans le relier étroitement aux politiques européennes
dans ce domaine.
Le montant de ce plan sera au minimum de 5 milliards d’euros par an. L’apport
de l’Etat pourrait être financé par une remise en cause de l’application du taux
réduit de TVA de 5,5 % à la restauration.
Au total sur dix ans, 50 milliards d’euros pourraient ainsi être mobilisés.
Un commissariat à la planification écologique pourrait être créé afin de
sélectionner les investissements éligibles, de fournir une enceinte de
négociation des contrats entre l’État et les collectivités locales et d’assurer
l’interface avec l’Union européenne.
Cet élan contribuera à positionner la France sur les marchés des technologies
propres, porteuses de croissance à long terme (énergies renouvelables,
stockage de l’énergie, éolien, photovoltaïque, véhicules propres, voitures
électriques).
4. Mobiliser des financements pour le développement durable
La Caisse des dépôts et consignations deviendra la Caisse du développement

Assurer la transition écologique 30


Assurer la transition écologique : un nouveau modèle économique et social
Fiche propositions

durable et participera au financement de la mutation de notre modèle


économique et social entraînant à ses cotés d’autres acteurs, comme la
Banque européenne d’Investissements (BEI).
5. Responsabiliser les entreprises en matière de développement
durable
Il convient de renforcer les obligations d’informations des sociétés sur la
manière dont elles prennent en compte les critères environnementaux et
sociaux dans leur stratégie. Cela les sensibilise, et les pousse à l’action.
Il faut aussi renforcer le rôle des CHSCT comme instances consultatives en
matière de politique environnementale.
6. Mettre en place une contribution carbone des entreprises, afin de les
inciter à réduire leur consommation de produits fossiles.
Les ménages en seraient exonérés ; la contribution pèserait uniquement sur
les entreprises. C’est cette approche qu’a retenue le gouvernement travailliste
britannique, lorsqu’il a introduit en 2001 la « climate change levy ».
Les plus petites entreprises seraient hors du champ du prélèvement, ce
qui permettrait d’éviter d’alourdir la charge des routiers, taxis, pécheurs,
ambulanciers et agriculteurs, qui n’ont guère de moyens de changer dans un
délai court leurs habitudes.
Les entreprises industrielles soumises au régime des quotas de CO2 seraient
intégrées dans le dispositif. Le montant de leur contribution serait calculé de
manière à ce que la somme du prix du quota et de la taxe carbone atteigne le
taux plein de la contribution. C’est le système mis en place en Norvège,
La contribution serait perçue sur les achats d’énergies fossiles destinés à être
consommés par l’entreprise. Les achats destinés à être revendus ne seraient
donc pas concernés.
Le taux retenu pourrait être celui proposé par le rapport Rocard : 32 € la tonne
de CO2 en 2010, avec une augmentation de 6 % par an,
La totalité du produit de la taxe serait recyclé dans le financement des
investissements « verts » : aides à la production de la voiture propre et/ou
électrique, et/ou à la construction de logements mieux isolés.

31 Assurer la transition écologique


Nous vous invitons à débattre
de ces propositions
sur le site de l’association
www.repondreagauche.fr

Association Répondre à Gauche


185 rue Lecourbe
75015 Paris
www.repondreagauche.fr
Imp. Maugein Imprimeurs à Tulle (19) en mars 2011
Dépôt légal n° XXX - Mars 2011 3 euros

Assurer la transition écologique 32