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LA NATION OU LE ROI VIVE LA NATION ! Dessins de José Bielsa, texte de Pierre Castex. Dessins de Maurillo Manara, texte de Roger Lécureux. HISTOIRE DE FRANCE BANDES DESSINEES LAROUSSE LA REVOLUTION DE 1789 Quand on charge Frangois Rude, en 1835, de décorer l'Arc de triomphe, il sculpte, au-dessus des combattants de 1792, costumés en guerriers a l'antique, une femme qu’on n’oublie plus, aprés avoir une fois regardée. Lair farouche, les traits convulsés par la fureur, les yeux exorbités, le bras tendu brandissant un glaive, elle n'est qu'une énorme bouche hurlante : il n'est pas de meilleur symbole de la Grande Révolution. Elle avait pourtant commencé trés sagement. Malgré la résistance, vite sur- montée, du roi et d'une poignée de privilégiés, on avait appliqué les grandes idées nées au XVIII siécle : les libertés individuelles, la représentation nationale, le consentement de limpét, la séparation des pouvoirs. Libre désormais, et maitresse de son destin, la Nation’peut surmonter les obstacles qui se présentent sur son chemin par des réformes progressives, en évitant les bouleversements sanglants. Mais leuphorie est de courte durée : bientét la tempéte se leve. Les décors de la fete civique sécroulent, les visages rassurants des premiers élus — nobles, prétres. négociants, gens de savoir et de distinction — disparaissent. A leur place, des hommes, hier encore inconnus, deviennent célébres dans toute Europe : des avocats obscurs, des journalistes sans le sou, des écrivains de mansarde, des réveurs... Au-dessous encore. le peuple des ateliers et des boutiques, gens de rien, ou gens de peu, anime les comités de surveillance, les sociétés populaires ; partout, a Paris, en province, aux armées, les sans-culottes sont la téte et le bras de la Nation. Comme toutes les grandes révolutions, celle de 1789 a révélé au monde, et au pays d’abord, des profondeurs inconnues de lui-méme, une foule d’hommes et de talent entitrement nouveaux. Beaucoup se laisserent gagner par la corruption : 'appat des richesses, tout bonnement, ou la corruption plus subtile du pouvoir. Mais combien d'autres, illustres ou obscurs, ont donné lexemple de “vertus”, de force d’ame, de dévouement, qu’on croyait disparus depuis PAntiquité! Que veulent les hommes de l'an II? II n'est plus question de jouir tranquillement, en bons bourgeois ayant-du bien au soleil, des libertés conquises par la Révolu- tion. “La Liberté ou la mort” proclament leurs étendards. Ils veulent 'égalité entre les citoyens; ils déclarentla guerre al'Europe, guillotinentlle roi, combattent la religion, instaurent la dictature du Comité de salut public. II s’agit bien de Tceuvre administrative — considérable pourtant - de la Révolution ! Un mot magique semble résumer tout ce pour quoi ils combattent : la République. Non pas le bien commun, qui est son sens premier — mais une divinité exigeante et sombre, pour laquelle ils se font tuer, par dizaines de milliers, sur le front, ou périssent sur la guillotine. Une grande figure qui les pousse a aller au-dela d’eux-mémes : cette femme mystérieuse que Rude a sculptée, et qu'on entend hurler encore si on y préte oreille. 1977 Sovis des Peciodiques Larousse, 17, rue du Montparnasse. 75006 Paris. Dépotlégal 4° tvimestre 1977